« Horses latitude » des Doors

Au nord et au sud de l’Équateur, entre les latitudes 30 et 35 degrés de chaque hémisphère, il existe une zone appelée région des calmes subtropicaux. Il y a très peu de vent, en raison des anticyclones, et un grand ensoleillement ; on l’appelle également pour cette raison historiquement « Latitudes des chevaux ».

En effet, les bateaux espagnols s’y retrouvaient parfois coincés, à l’époque des bateaux à voile. Par conséquent, en raison du manque d’eau, ils sacrifiaient les chevaux, les jetant par-dessus bord…

Le chanteur des Doors, Jim Morrison, avait écrit dans sa jeunesse un poème à ce sujet, qu’il récite dans une chanson appelée « Horses latitude » et qu’on trouve sur l’album « Strange Days ».

L’armure dont il est parlé au début fait allusion à celle utilisée par les conquistadors. Les bateaux amenaient en effet les chevaux depuis l’Europe vers l’Amérique, il s’agissait de véritables transports d’animaux, utilisés ensuite pour la colonisation…

Bien entendu, la musique allant avec le poème tente d’imprégner de cette terrible atmosphère.

En voici les paroles :

When the still sea conspires an armor
And her sullen and aborted
Currents breed tiny monsters
True sailing is dead
Quand la mer silencieuse conspire une armure
Et ses maussades et abandonnés
Courants donnent naissance à de petits monstres
Le véritable voyage en voilier est mort

Awkward instant
And the first animal is jettisoned
Legs furiously pumping
Their stiff green gallop
And heads bob up
Instant malaisé
Et le premier animal est largué
Les jambes furieusement battant
Leur galop vert pénible
Et leurs têtes se redressant par à coups

Poise
Delicate
Pause
Consent
Maintien
Délicat
Pause
Consentement

In mute nostril agony
Carefully refined
And sealed over
Narine en sourdine agonie
raffinée avec précaution
Et scellée

« Comment dire… à son petit frère que son chien est mort »

Pour attirer l’attention aujourd’hui, les humoristes et les séries jouent beaucoup sur la corde du sordide. Il y a une dimension profondément cynique, celle de « flatter les plus bas instincts », de s’appuyer sur les préjugés, la moquerie, l’humour noir, le rire cruel.

En voici un exemple vraiment terrible : « Comment dire… à son petit frère que son chien est mort » de Canal bis, qui pollue internet avec des productions lamentables se voulant humoristiques, il faut dire que c’est la mode en ce moment. Ici toutefois on ne peut qu’être pétrifié par autant d’infâmie.

Ici on n’est même plus dans une sale mentalité, on est dans la diffusion criminelle des pires des valeurs.

Voici une autre vidéo, intitulée « Enquête choc : l’arnaque aux animaux », où l’on se moque des gens aimant les animaux et où on contribue à ne pas prendre au sérieux les trafics.

On peut arguer que tout cela est anecdotique. C’est précisément ce qui est dit par la plupart des jeunes, s’imaginant avoir du recul. Mais en réalité cela contribue au relativisme, au fait de ne rien prendre au sérieux.

Combien de gens marchent dans les rues sans même voir les animaux autour d’eux, notamment les oiseaux ? Et la plupart passent à côté d’un animal malade ayant besoin d’aide sans même le voir, quant à d’autres ils restent passifs voire agissent de manière mauvaise. Combien de pigeons blessés, chaque année, sont jetés dans des poubelles par des gens imbibés d’indifférence criminelle, de cynisme assassin ?

Et il ne suffit pas de dire que c’est « mal », il faut également affirmer clairement les valeurs qui sont « bonnes »… et ne jamais tolérer le moindre relativisme !

« La pipistrelle rapporte gros (2) »

L’article du Canard enchaîné intitulé « La pipistrelle rapporte gros » – que nous avons re-publié il y a peu – laissait un arrière-goût évident, en plus de sa démarche moqueuse et jamais engagée concrètement.

Il n’était en effet pas parlé de Notre-Dame-des-Landes, qui est pourtant un exemple flagrant de « compensation ». Qui plus est, les gens de « Biotope » étaient présentés sous un jour favorable, alors que justement on les retrouve à Notre-Dame-des-Landes…

Pourquoi cela? Une telle anomalie était frappante.  Et voici donc que ce journal publie un « La pipistrelle rapporte gros (2) »…



« Non au Zoo de Fréjus »

« Non au zoo de Fréjus » est une campagne lancée en ce moment par des gens ayant enquêté sur la situation des animaux là-bas et bien entendu elle est terrible.

De nombreux articles ont été publiés de-ci de-là, les médias en ont également parlé. Voici un article engagé publié sur un blog du Nouvel Observateur. Les photos associées à cette enquête sont notamment ici et là.

L’article n’exige pas la fermeture des zoos. C’est indéniablement une erreur: le principe même des zoos est une honte. La torture de l’enfermement est associé à une intolérable « distraction » anthropocentriste.

Il faut ici bien avoir conscience de ce qui se passe d’ailleurs. On se souvient la semaine dernière de la réaction officielle du zoo de Vincennes, d’un cynisme absolu, à la mort d’un lamantin (Barry, le lamantin assassiné au zoo de Vincennes). Cela c’est la version « ultra-moderne » d’un zoo « ultra-moderne », une vision « clinique » maquillée en distraction du type « Disneyland ».

Les autres sont sans moyens, avec des aménagements périclitant… et avec la crise économique c’est simplement l’enfer.

Non seulement les moyens disparaissent et les zoos existent dans des conditions souvent illégales mais « tolérées » par les préfectures car « il en faut un »… Mais en plus les humains y travaillant acceptent tout, sont de plus en plus blasés, passifs et sans conscience, à l’image de la société.

Comme tristement d’habitude, la condition animale reflète les contradictions et l’indifférence humaine! Et il ne s’agit pas que de briser l’indifférence sur ce plan, comme le veut le réformisme, mais arriver à l’universalisme et reconnaître les animaux, la Nature, en tant que tel!

Éléphants assoiffés, loup blessé, ara déplumé… J’ai visité le zoo de Fréjus, une horreur

Ouvert depuis 1971, le parc zoologique de Fréjus accueille 110 espèces d’animaux sauvages sur 20 hectares. Lisa habite la région depuis toujours. À la suite d’une visite du zoo en juillet dernier, elle a observé des animaux assoiffés, sans ombre, parqués dans des enclos sales. Choquée, elle a décidé de lancer une pétition.

Je ne suis pas une habituée des zoos. Voir des animaux en cage, très peu pour moi. Mais j’habite Saint-Raphaël et il se trouve que le zoo de Fréjus est tout près de chez moi.

J’y étais déjà allée enfant et je l’avais trouvé triste, mais ce n’est qu’il y a un mois que les conditions de vie misérables des animaux m’ont littéralement sauté aux yeux.

J’ai bien conscience que je ne suis qu’une citoyenne lambda. Mais nul besoin d’être experte pour constater des lacunes des soins vétérinaires, la saleté repoussante des enclos, l’eau souillée et surtout l’air malheureux de tous ces prisonniers exploités.

Ce témoignage est celui d’une simple visiteuse qui a été profondément choquée par ce qu’elle a vu.

Un hippopotame nageant dans ses excréments

Le 2 juillet dernier, accompagnée d’une amie, j’ai décidé de remettre les pieds au zoo de Fréjus. Immédiatement, j’ai été surprise de constater qu’un grand nombre d’animaux avaient des gamelles d’eau vides.

Arrivée devant l’enclos des poneys, mon amie qui fait de l’équitation, m’a fait remarquer que les animaux n’étaient pas parés, c’est-à-dire que leurs sabots n’ont pas été entretenus et la pousse a donc été plus rapide que l’usure. À tel point que l’un des équidés se tordait le postérieur gauche quand il marchait. Ces soins ne devaient pas avoir été faits depuis plusieurs mois.

Face au bassin de l’hippopotame, j’ai été dégoûtée de voir qu’il nageait dans ses excréments. L’eau était croupie, verdâtre, et le pauvre animal tentait tant bien que mal d’y patauger. Nous sommes retournées au zoo le 21 juillet. Heureusement l’eau avait été changée entre mes deux visites, certainement suite à la publication des photos et vidéos.

Un loup blessé, un perroquet déplumé

Le loup, qui fait une tranchée du matin au soir devant le grillage comme un fou de désespoir et de solitude, avait lui les oreilles dans un piteux état et une vilaine plaie suintante sur le dos.

Je ne suis pas vétérinaire et je serais dans l’incapacité de vous en donner les raisons. Mais lorsque j’y suis retournée trois semaines plus tard, l’animal ne semblait pas avoir été soigné.

’ai demandé à une soigneuse une explication pour ces blessures. Elle m’a répondu que c’était lié au stress, qu’il n’avait pas toute sa tête et qu’on lui administrait du Nervosil, un médicament homéopathique. Seulement ? Pas d’antibiotique ?

Et puis, il y a eu ce Ara à qui il manque trois doigts et un perroquet qui ne cesse pas de se piquer. Stress ou maladie ? Je ne sais pas.

J’ai essayé de comprendre

Profondément choquée, j’ai décidé en rentrant chez moi de créer une page Facebook « Non au Zoo de Fréjus« , une pétition sur change.org  et surtout d’avertir les autorités sanitaires concernées. J’ai alors appris qu’une pétition avait déjà été lancée par G.A.L.A deux ans plus tôt et qu’une enquêtrice de la Fondation Brigitte Bardot était intervenue en 2011. Je suis rentrée en contact avec elle.

J’avais pris des photos pendant ma visite pour les faire examiner par des experts et pour les montrer aux associations de protection animale.

La plupart des autorités (mairie, associations, etc.) étaient au courant des conditions désastreuses de ces animaux, mais on m’a expliqué qu’elles ne pouvaient rien faire car il s’agissait d’un zoo privé.

Je voulais aussi savoir si j’avais été la seule à observer de telles négligences. Les témoignages ont afflué sur la page Facebook. Des anciens soigneurs, des visiteurs comme moi, des associations, tous appuyaient mes accusations. Les critiques publiées sur Tripadvisor sont elles aussi édifiantes.

En moins d’une semaine, notre pétition a réuni plus de 10.000 signatures.

Un éléphant qui tourne en rond

Le 21 juillet, lors de ma seconde visite, et peut-être avec l’engouement de notre page Facebook, certaines choses s’étaient améliorées, mais pas toutes.

Exemple, il y a à Fréjus deux éléphants mais qui sont séparés, chacun dans un enclos de 500 m2. Ils n’ont ni ombre, ni point d’eau adapté, ni végétation. Gina tourne inlassablement en rond, laissant des marques au sol et Kim secoue la tête en permanence, tous deux victimes de tocs. Mais qui n’en aurait pas avec un tel stress ?

On m’avait signalé entre-temps l’existence d’une panthère. Je ne l’avais pas remarquée lors de ma première visite et pour cause elle se trouve dans un enclos caché aux yeux de tous. Il faut monter tout en haut des gradins de l’ancien espace dédié aux spectacles de fauves pour pouvoir l’apercevoir.

Elle est seule, sans ombre encore une fois, le ventre tombant par terre. J’ai demandé une explication. On m’a répondu qu’elle était vieille. Puis, une autre personne m’a dit qu’elle avait eu des bébés. Je n’ai pas vu de bébés.

Je n’ai pas vu non plus vu Jimmy le chimpanzé, qui s’était enfui de son enclos mi-juin provoquant une panique parmi les élèves de maternelle qui se trouvaient là. Le zoo respecte-t-il réellement les normes de sécurité, étant donné que ce n’est pas la seule évasion qui ait été constatée ?

En rentrant, j’ai décidé d’adresser une lettre ouverte au zoo pour réclamer des explications. Personne ne m’a répondu depuis.

Impossible de fermer les yeux

Je ne sais pas comment expliquer cette situation. S’agit-il d’un problème de budget, de soins, de gestion ou de place ? Peu importe, ce n’est pas à moi de trancher, mais il n’est pas question que je ferme les yeux sur ce qui se passe.

Le 11 août, nous avons eu un rendez-vous avec la direction départementale de la protection des populations (DDPP) pour leur expliquer la situation car ils sont les seuls en droit d’intervenir. Ils nous ont assuré une réponse d’ici fin septembre. Si rien ne change, nous irons manifester devant les locaux de la DDPP à Toulon.

Je ne demande pas nécessairement la fermeture du zoo, simplement que les autorités agissent, et vite. Qu’on aime ou non les animaux, on ne peut pas, ne serait-ce que par dignité, les laisser dans cette situation.

« Viande, volaille et poisson : les prix poussent des ailes »

Le véganisme est par définition universaliste, et si l’on veut que l’humanité entière devienne végane, alors il faut connaître sa situation, qui peut s’avérer très différente selon les endroits.

Voici un article intitulé « Viande, volaille et poisson : les prix poussent des ailes » en provenance du Mali, du site Malijet, mais quand on dit article, c’est plutôt d’un portrait qu’il s’agit. C’est une sorte de véritable photographie, d’une très grande densité, qui témoigne de comment l’angoisse naît du chaos de la production humaine fondée sur l’exploitation animale, la quête de profit.

Comment la faim dans le monde serait aisément résolu si l’exploitation animale, en plus du crime moral, ne ruinait pas les ressources! L’accroissement de la population en Afrique, dans une multiplication destructrice des grandes agglomérations et avec la destruction de la Nature, souligne l’urgence d’une humanité unifiée et végane!

Jamais la hausse des prix de la viande n’avait atteint un tel niveau. Ce renchérissement de la viande pourtant prévisible depuis bien avant le mois de Ramadan, déstabilise aujourd’hui autant les maîtresses de maison soucieuses de servir le repas avec de bons morceaux de viande que les chefs de familles désormais obligés d’augmenter les frais de condiments.

Il faut dire qu’habituellement, la principale préoccupation des chefs de famille résidait dans le prix des céréales. Heureusement le riz et le mil constituent aujourd’hui un souci en moins grâce au bon niveau d’approvisionnement du marché. C’est le bétail et la viande qui, depuis 3 ans, connaissent une tendance haussière. Les spéculateurs s’en donnent à coeur joie et ne manquent pas d’arguments pour expliquer le renchérissement des prix.

Sur les différents marchés de la place, la hausse semble s’être durablement installée surtout en ce qui concerne la viande de bœuf et de mouton qui a connu une hausse se situant entre 300 Fcfa à 400 Fcfa selon la qualité. Un tour dans les différents marchés de la capitale, nous donne les tendances suivantes : au marché Dibida, le kg de viande de bœuf avec os est passé en l’espace de 3 mois de 1600 Fcfa à 2300 Fcfa et le gigot sans os de 2000 Fcfa à 2500 Fcfa. Quant au foie de bœuf, particulièrement prisé par les gargotières, il est aujourd’hui vendu à 3250 Fcfa/kg contre 2400 Fcfa avant le Ramadan.

Sur certains marchés, l’envolée est encore plus marquée. C’est le cas du marché de Kalabancoro et Banakabougou où le kg de viande avec os coûte 2350 Fcfa tandis qu’il faut débourser 2600 Fcfa pour le kg de viande sans os. Subvention uniquement pour le Ramadan. Pour expliquer cette situation, les chevillards ne manquent pas d’arguments. Selon Fousseyni Guindo, boucher au marché de Boulkassoumbougou, l’explication est toute simple. « Je vous jure, chaque année, pendant la période hivernale, nous avons des problèmes d’approvisionnement en bœufs sur pied. Et depuis le début de l’hivernage, les bœufs sont devenus très chers, et les vrais taureaux bien en chair sont même rares.

Il y a 3 mois, un bon taureau coûtait entre 350.000 à 500.000 Fcfa selon le poids. Mais aujourd’hui, il faut débourser entre 750.000 voire 900.000 Fcfa pour le même animal. Nous n’avons donc pas d’autres choix que de réorganiser un peu les prix », explique le boucher. Selon lui, cette situation a commencé avant le Ramadan. « Mais le département du commerce avait pris des mesures spécialement pour ce mois de carême en prenant en charge la différence de 200 Fcfa sur chaque kg de viande dans les abattoirs.

Mais cette mesure ayant pris fin, nous avons pas d’autres choix de d’appliquer les réalités du marché. Aujourd’hui, le kg de viande de bœuf avec os est cédé entre 2200 à 2300 Fcfa selon les marchés. Mais certains vendeurs non installés dans les marchés le vendent moins cher. Tout dépend du prix du bœuf sur le marché de bétail », développe notre interlocuteur. Sirima Diarra, boucher au marché de Banankabougou, souligne le manque de bétail même dans les différents « garbals » de Bamako.

« Il n’y a pas de bétail, c’est le seul problème. S’il faut acheter un bœuf de 150 kg à plus de 400.000 Fcfa et après la vente ne gagner que 350.000 Fcfa. Je jure quand nous achetons un bœuf, nos premiers soucis c’est la rentabilité et non les bénéfices. Même avec cette hausse nous vendons très souvent à perte. Si les autorités veulent vraiment une baisse, il faut qu’ils s’impliquent dans l’approvisionnement du marché comme pour les céréales », indique le boucher.

Cette hausse oblige des ménagères à rogner sur la quantité de viande habituellement consommée dans leurs foyers, d’autres se sont simplement rabattues sur les abats ou s’efforcent de jongler avec les poissons de mer et les poissons fumés. Mme Ndiaye Fanta Traoré, une ménagère avertie, déplore cette situation. «Ce qui est récurrent, c’est que chaque année, nous assistons impuissants à la même situation à l’approche de l’hivernage même une fois passée la tempête, les prix ne baissent plus.

Maintenant, nous sommes obligés de nous rabattre sur le poisson fumé. Et ce produit aussi est en train de renchérir. On ne sait donc plus à quel saint se vouer », souligne cette ménagère en souhaitant l’implication des autorités en charge du commerce pour le suivi de ces produits. Pénurie de bétail. Au grand marché de bétail de Niamana, on ne manque pas d’interlocuteurs pour analyser la situation actuelle. En effet, ce marché d’habitude très animé connait aujourd’hui par une certaine morosité.

L’absence de bêtes à l’embonpoint est frappante. Et les prix connaissent une hausse inhabituelle. Ici, pour se procurer un bovin, il faut débourser 350 000 à 500.000 Fcfa. Certaines bêtes bien en chair sont proposées jusqu’à 800.000 Fcfa voire 1 million. Et le pire est que le bétail est rare. A Niamana, l’angoisse se lit sur tous les visages : vendeurs, intermédiaires, acheteurs. « La situation est catastrophique.

Il n’y a pas encore de bœufs », lancent plusieurs interlocuteurs. Les rares têtes bien en chair qui débarquent sont très disputées. Baya Diallo, un commerçant de bœufs très connu à Niamana, est aussi un analyste très averti. « Pendant la période hivernale, les bœufs sont rares sur le marché car les éleveurs ont tendance à garder leurs animaux pour leur assurer un bon entretien afin de leur donner plus de valeur marchande. Pire, avec la crise sécuritaire qui sévit dans notre pays, le cheptel malien a beaucoup migré dans les pays voisins.

Autre facteur expliquant la situation : l’installation tardive de l’hivernage dans les régions du Nord où le bétail a été véritablement affecté par la longue saison sèche à cause du manque d’eau, d’herbes et de pâturages », développe-t-il en ajoutant que cette tendance haussière s’est installée depuis trois ans et chaque année à la même période, le prix du bœuf renchérit. Le spécialiste explique qu’à l’approche de l’hivernage, les éleveurs amenaient leurs bêtes dans les zones au climat pré guinéen où l’herbe est abondante notamment dans le Wassoulou, le Kénédougou, le cercle de Bougouni et à la frontière avec la Côte d’Ivoire. Ces contrées avec les zones de bourgoutières du cercle de Macina et de Ténenkou étaient les zones traditionnelles de pâturages.

Malheureusement, ajoute-t-il, avec la diminution des précipitations et l’aménagement effréné des bourgoutières en terres de culture du riz, les éleveurs s’étaient rués sur la zone du Wassoulou. Par malheur, chaque année, de graves conflits opposent les éleveurs aux habitants de cette zone. Les éleveurs ont dû chercher d’autres terres de pâturages à l’extérieur du pays. «Aujourd’hui près de 70 % du cheptel malien de bovins se trouvent dans des pays voisins notamment en Guinée, Mauritanie, Niger, Burkina Faso et Côte d’Ivoire. Les rares marchands qui amènent des bœufs s’approvisionnent à partir de ces pays. Et transportent les bêtes par camion à des coûts élevés.

Et ironie du sort, il faut désormais payé des frais de dédouanement, car il s’agit d’importer. La hausse des prix au détail est donc inévitable», explicite le spécialiste. Hama Barry, un autre vendeur de bétail est plus alarmiste. «Comme les populations des régions du Nord, le bétail malien s’est refugié dans les pays voisins. Seulement à la différence des hommes, les bêtes ne bénéficient ni d’évaluation et d’assistance. Vous imaginez la situation est telle que, nous avons l’impression d’importer nos propres bêtes pour approvisionner nos marchés.

Il est temps pour les autorités de prendre des mesures concrètes pour favoriser le retour du bétail malien sur le territoire national sinon si nos éleveurs décident de s’installer dans les pays voisins, nous serons obligés d’importer de la viande pour satisfaire les besoins de consommation », avertit ce marchand de bétail. Encore l’argument de l’hivernage. Comme la viande, les prix de la volaille et du poisson de mer poussent aussi des ailes. Cédé, il y a trois mois entre 2250 Fcfa à 2500 Fcfa, le poulet est aujourd’hui vendu entre 3000 à 3500 Fcfa.

La pintade est intouchable entre 4000 et 5000 Fcfa. Les raisons de la folie des prix ? La rengaine de l’hivernage. «Les lieux d’approvisionnement en volaille sont inaccessibles pendant l’hivernage et les frais de transports deviennent très chers. Les femmes rurales sont plus occupées à cultiver qu’à s’occuper de leurs poulaillers. Même chez les aviculteurs professionnels, la période n’est pas favorable à la grande production de volaille.

Le mauvais état des routes foraines pendant cette période n’arrange pas non plus les choses alors que les acheteurs doivent se déplacer de village en village, de foire en foire, jusque dans les recoins les plus reculés, souvent inaccessibles maintenant pour acquérir les volailles», explicite Moussa Samaké, commerçant de volaille. Sur un point au moins, on peut vérifier qu’il a raison : une légère hausse est notable sur les poulets de chair produits dans les fermes avicoles de la périphérie de Bamako, où le kg est passé de 2000 à 2500 Fcfa selon les points de vente. Si la viande et la volaille sont intouchables, il ne reste que le poisson de mer pour les ménagères qui n’ont pas assez de moyens. C’est pourquoi jamais ce produit n’avait connu autant de succès dans notre pays.

Moins chères que les poissons localement pêchés, surtout beaucoup apprécié pour son coût plus savoureux et son prix relativement très bas, le poisson congelé a conquis aussi bien les ménagères que les gargotières, voire les hôteliers. Aujourd’hui, le poisson congelé domine notre marché et commence même à être distribué dans les villages. Appelé « Sénégal Diéguéni » parce qu’il provenait de ce pays, il transporté en conteneurs frigorifiques en provenance aussi bien du Sénégal, de la Mauritanie, du Maroc et même de la Tanzanie via la Côte d’Ivoire.

Malgré ce long périple, ce poisson était vendu à des prix très abordables, environ 1000 à 1500 Fcfa le kg selon les variétés (Mérou, dorades, chinchards, baudroie, limandes, roussettes, sars, sols, poulpes etc.). Mieux les détaillantes en coupent en petits morceaux de 50 et 100 Fcfa pour les ménages à faibles revenus. Malheureusement depuis quelques temps, le poisson de mer aussi connaît un surenchérissement sans précédent. D’aucun parle de pénurie, d’autres de spéculation due à la forte de demande. Mais un tour chez les grands importateurs du produit nous a permis de comprendre qu’aucun de ces facteurs évoqués par les femmes n’est à écarter.

En effet, selon Alassane Diallo, importateur, la saison des pluies est la période des vaches maigres pour les pêcheurs de mer et le poisson devient une denrée rare en mer. « Actuellement, les côtes dakaroises sont moins poissonneuses, nous nous rabattons sur la Mauritanie. Ensuite la demande qui explose, et devient même supérieure à l’offre, naturellement les prix grimpent », explique le commerçant en ajoutant que certaines variétés sont même rares dans les pays d’approvisionnement.

« On ne sait plus à quel saint se vouer. La viande est devenue de l’or. Le poisson de fleuve est intouchable, le poisson congelé qui nous permettait de savourer l’odeur du poisson est aussi en train de prendre de l’ascenseur. Tantôt le prix grimpe, tantôt il baisse », lance une ménagère rencontrée devant un magasin de poisson de mer des Halles de Bamako. Ainsi va le marché de viande, de volaille et de poisson de Bamako. Dans les familles, les commentaires vont bon train. Chaque année, à la même période, les mêmes hausses de prix. Et comme toujours, les consommateurs subissent.

La sanctuarisation et non la « compensation »

Le fait d’utiliser le terme de « Gaïa » pour désigner la planète Terre comme hébergeant la vie, qui elle-même forme un « grand ensemble » a bien entendu ceci de mauvais qu’il s’agit d’une personnification de type humaine, et donc ainsi réductrice, prétexte à d’éventuelles interprétations religieuses.

Cependant, cet aspect est tout à fait secondaire par rapport au fait de mettre en avant la Terre comme une entité réellement existante, comme quelque chose de tout à fait concret… et de tout à fait « sacré ».

Si quelqu’un critique l’emploi du terme de « Gaïa », soyez sûr d’y voir de la mauvaise foi, un simple prétexte pour célébrer l’ego d’une personne humaine se rêvant « unique », « indépendante » de tout, « libre » de ses choix. Si quelqu’un critique la Nature, soyez certain et certaine d’y voir quelqu’un refusant l’humanisme et les Lumières au nom d’une modernité où l’individu dispose d’une liberté « absolue ».

D’une liberté absolue comme celle de détruire une composante de la Nature et de la « compenser », dans un élan destructeur et une mentalité d’apprenti sorcier. Voilà pourquoi au terme de « compensation », il faut opposer le terme de « sanctuaire ».

Selon la définition du wiktionnaire, le terme de « sanctuaire » désigne plusieurs choses:

1. Lieu le plus saint d’un temple ; partie interdite aux profanes dans les temples consacrés aux divinités du paganisme.

2. (En particulier) (Christianisme) Partie de l’église où est le maitre-autel et qui est ordinairement entourée d’un chancel.

3. (Par extension) (Histoire) Lieu où la puissance temporelle de l’État ne s’exerçait pas.

4. (Par extension) Édifice ou lieu consacré aux cérémonies d’un culte.

5. (Figuré) Lieu où s’exerce une activité profondément respectée ou particulièrement révérée.

Les sanctuaires pour animaux ne sont ici pas précisés ; le Larousse donne à peu près la même chose, mais avec en plus « Lieu protégé contre toute agression ».

Il y a également le verbe « sanctuariser », dont voici pareillement deux définitions du wiktionnaire :

1. Donner à un lieu, une chose le caractère sacré d’un sanctuaire.

2. (Par extension) rendre permanent, intangible.

Comme on le voit le terme de sanctuaire est lié à la religion, désignant quelque chose de « sacré ». Mais nous aussi nous devons dire qu’il y a des choses « sacrées » selon notre morale. Naturellement, les individualistes ne veulent pas de choses « sacrées » et encore moins de « morale », ils veulent des choix.

Mais tout choix est une illusion anthropocentrique. L’humanité ne peut pas vivre à côté de Gaïa. L’harmonie avec l’ensemble de la Nature est inévitable, et soit on sanctuarise des parties de la planète, soit on sancuarise des zones du type Tchernobyl et Fukushima.

Là où l’humanité dit de manière arrogante : on gère, on compense, on doit répondre : non, la Terre d’abord ! C’est la Terre qui doit décider, et pour comprendre ses décisions, c’est-à-dire sa nature, qui est précisément la Nature, il faut une humanité tournée vers elle et la reconnaissant comme existante.

La reconnaissance de Gaïa comme réalité est la réalité inéluctable du 21ème siècle, que ce soit par les catastrophes dûes aux déséquilibres provoqués par l’humanité, ou par une science authentique débarrassée de l’anthropocentrisme.

S’il fallait d’ailleurs ici résumer le concept de « Earth first ! », de « la Terre d’abord ! », ce serait ainsi le concept de « biocentrisme ». Ce qui compte c’est la vie comme processus général, et non pas le point de vue d’un individu humain ayant fait le fétiche de sa propre existence, de ses caprices, de son ego.

C’est l’ensemble qui compte, et l’ensemble de la vie, c’est le système-Terre. La reconnaissance de Gaïa est inéluctable, la généralisation des sanctuaires également.

Il existe au Japon toute une gamme de jardins…

« Il existe au Japon toute une gamme de jardins : beaucoup sont centrés sur un étang constellé d’îlots ; certains d’entre eux reproduisent sur terre le paradis bouddhique ; d’autres célèbrent le mariage heureux de la pierre et de l’eau, l’union élémentaire du statique et du dynamique. Il y a aussi des espaces dépourvus d’eau et, parfois, de végétaux.

Il y a encore des jardinets secrets menant au pavillon où a lieu la cérémonie du thé, et de grands parcs conçus pour la promenade et ouverts sur l’horizon. L’un d’eux, le Shugaku.in, s’étend sur plus de cinquante hectares, tandis que le Daïsen.in tient sur quelques dizaines de mètres carrés.

L’émergence d’un style n’entraîna jamais le reniement des styles antérieurs ; tous se perpétuèrent au-delà des temps qui les avaient vu naître. Les jardins Zen sont un produit de l’époque Muromachi (1333-1572), mais, tel le Saifiôji, ils se sont formés au sein même de jardins s ‘inscrivant dans la tradition de l’époque de Heïan (794-1185).

À l’époque Momoyama (1573-1602), apparaissent les jardins de thé. Les jardins Zen ne dépérissent pas pour autant ; ils se mettent au goût du jour, accueillant les lanternes de pierre et les dalles de passage que les maîtres de thé avaient adoptées. L’histoire du jardin japonais est nourrie par la coexistence et la compenetration de l’ancien et du nouveau.

La diversité des styles ne doit pas masquer la cohérence des lois de l’art jardinier. Prenons un exemple : à l’époque Muromachi, le shogun Ashikaga Yoshimitsu (1358- 1408) fit construire le Pavillon d’Or sur les ruines d’un monastère bouddhique datant du XIIIe siècle. Le pavillon est situé au bord d’une pièce d’eau qui figure l’étang du paradis d’Amida ; ce type de jardin remonte au moins au XIe siècle.

Par ailleurs, le jardin du Pavillon d’Or couvre plus de neuf hectares et s’orne d’une végétation abondante. À la même époque, le jardin du Ryôanji n’est pas plus grand qu’un court de tennis et n’est fait que de quelques pierres disséminées sur du sable. Les deux jardins offrent chacun un aspect fort éloigné de l’autre ; ils sont pourtant régis par les mêmes principes de composition et leur thème est analogue : ils représentent tous deux des montagnes émergeant de l’océan.

Dans le premier cas, la représentation est relativement réaliste puisque des îlots rocheux émaillent un plan d’eau ; dans le second, l’étroitesse de l’espace et la rareté des matériaux donnent au jardin une dimension abstraite.

L’une des règles présidant au dessin des jardins dérive de l’art d’écrire chinois, lequel est considéré comme une branche de la peinture.

Il y a trois styles de calligraphie : la forme régulière (écriture moulée), la cursive – plus rapide – et l’écriture « herbacée », ainsi nommée parce que le caractère, tracé très vite, possède la souplesse de l’herbe ; c’est un graphisme hautement stylisé.

Ainsi, le même idéogramme peut revêtir des formes différentes. Cette règle de l’art calligraphique a été étendue à l’art jardinier.

Un jardin est dit « régulier » (shin) quand il comprend de nombreux éléments réalistes (arbres, eaux vives ou dormantes, mouvements de terrain) ; il est de style cursif (gyô) si l’accent y est mis sur des motifs symboliques (une pierre dressée suggérant une cascade) ; il est stylisé (sô) lorsque ses composants sont strictement réduits au minimum et que l’ensemble tend à l’abstrait.

Un principe unique peut engendrer des expressions stylistiques qui sont diverses dans leur forme tout en étant semblables dans leur essence. Ces variations formelles se retrouvent dans les détails, comme les pierres marquant les chemins parmi la mousse ou le gazon. Ce peuvent être des dalles dessinant un pavement régulier, ou des pierres brutes semées dans un désordre apparent ; un moyen terme entre les deux formules donne le style cursif.

Les pierres, qui jouent un rôle de premier plan dans l’agencement du jardin, diffèrent toutes, tant par leur forme que par leur taille. Il convient donc de réaliser un équilibre fondé sur l’asymétrie. Le principe gouvernant les arrangements de pierres consiste à disposer des pierres satellites non loin d’une ou de plusieurs pierres centrales, puis d’introduire un troisième groupe de pierres dites « invitées ».

Dans la plupart des cas, l’ensemble dessine un triangle scalène. Cette structure triangulaire est à rapprocher du rythme ternaire auquel obéit la composition des arrangements floraux (ikebana). La règle est assez souple pour tolérer des variantes : les pierres sont généralement réparties en trois groupes d’importance inégale, mais on peut en supprimer un, dont l’absence même intervient dans l’harmonie de la composition. Au Ryôanji, le groupe principal et le groupe secondaire sont contrebalancés par trois autres groupes qui forment un arrangement autonome tout en faisant office de groupe tertiaire.

Rien n’est laissé au hasard dans un jardin japonais ; il n’est jusqu’aux matériaux délimitant l’espace qui ne soient choisis en fonction de leurs rapports avec l’ensemble. Si le terrain est de faibles dimensions, la clôture forme la toile de fond et constitue un élément du décor, d’autant plus important que le jardin est petit. Le type de clôture le plus fréquent est le mur en terre.

Au Daïsen.in, la blancheur de la murette fait ressortir les pierres sombres. Au Ryôanji, moins exigu, le mur bas et de couleur neutre s’efface devant les roches. À l’Entsûji, une haie vive ferme le terrain sans sceller l’espace, laissant le regard courir jusqu’à la montagne distante qui clôt le jardin. Il y a aussi des barrières en bambous dont les fûts croisés en oblique tressent un réseau de losanges ajourés. La célèbre haie de Katsura, unique en son genre, est une verte muraille vivante de feuillages de bambous très drus. »

(François Berthier, Les jardins japonais : principes d’aménagement et évolution historique)

Définition de la « compensation »

Il y a quelques jours, nous avions publié un article du Canard enchaîné sur la « compensation », c’est-à-dire le fantasme humain visant à « compenser » des destructions de la Nature par des initiatives administratives, dans un esprit comptable.

C’est un problème de fond absolument essentiel pour l’écologie. Ce qui se passe en ce moment, c’est voir la Nature de manière comptable, imaginer qu’on peut « compenser » dans un délire d’apprenti sorcier typiquement anthropocentriste, et tout cela est significativement français, parce qu’en France on nie la Nature et on pense que le raisonnement technico-administratif résout les problèmes.

Voici donc déjà une définition de la compensation, fournie par l’ONG Union internationale pour la conservation de la nature.

« En premier lieu, il convient de rappeler que la proposition de mesures compensatoires ne légitime pas l’autorisation du projet concerné. En effet, certaines atteintes importantes à la biodiversité pouvant entraîner la destruction d’espèces endémiques ou de milieux rares doivent conduire au refus des projets concernés. Dans le cas de projets particulièrement impactant, la notion d’utilité publique doit être démontrée et justifiée au préalable.

Enfin, la compensation doit correspondre à des actions de terrain avec une obligation de résultats, et non à un dédommagement financier. Les financements dédiés à la compensation doivent servir
à la réalisation des actions. La compensation est un mécanisme qui ne doit intervenir qu’après
la mise en place de mesures d’évitement et de réduction des impacts initialement identifiés. Les mesures compensatoires ne concernent donc que les dommages résiduels, inévitables, du projet sur la biodiversité.

Les maîtres d’ouvrages peuvent choisir d’effectuer eux-mêmes les mesures de compensation ou bien de financer une tierce partie, publique ou privée, pour leur réalisation.

Le principal fondement du mécanisme de compensation est, à minima, la non-perte nette voire un gain net de biodiversité.

Cela signifie que toute perte de diversité biologique doit être compensée au moins de manière équivalente voire avec une amélioration nette de la valeur écologique d’un site, par des mesures proportionnées à l’impact du projet, à sa nature et sa dimension. Les financements dédiés à la compensation doivent servir à la réalisation des actions.

En France, le mécanisme de compensation n’est pas formellement défini mais il existe un cadre réglementaire qui prévoit la mise en place de mesures compensatoires dans le cadre de la réalisation d’un projet de développement, d’infrastructure et/ou d’exploitation des ressources biologiques, générant des dommages sur la diversité biologique. »

Le principe même de compensation est pourtant absurde. Déjà car la vie en soi a des droits, ensuite parce que la complexité de développement de cette vie ne saurait être comprise ou résumée à l’heure actuelle, en l’état des connaissances. On n’est pas prêt de comprendre Gaïa, notre système Terre, à l’heure qu’il est.

Voici également les dix principes dit de compensation du « Programme de compensation biodiversité et entreprises » comme programme international :

1) Atteindre un résultat de non perte nette de biodiversité
2) Tendre vers un gain de biodiversité
3) Respecter la hiérarchie des mesures d’atténuation (éviter, réduire, compenser)
4) Poser des limites au principe de compensation
5) Prendre en compte le contexte local (environnement, social et culturel)
6) Faire participer l’ensemble des parties prenantes
7) Mettre en œuvre une mesure de compensation de façon justifiée, équilibrée et équitable
8) Fixer un objectif de résultats sur le long terme
9) Être transparent et communiquer ses résultats
10) Respecter les savoirs-faire traditionnels lors de la mise en place de mesures de compensation

Tout cela a l’air bien organisé, bien soupesé, bien compris. Mais en réalité, c’est le masque d’une « compensation » qui se veut démocratique, scientifique, correcte, pour cacher l’organisation du monde selon les besoins des entreprises en guerre contre la Nature.

« Il lisait dans les regards des bêtes, il lisait une âme comme la sienne »

Ecrivain du début du 20ème siècle, Romain Rolland a notamment écrit « Jean-Christophe », un roman-fleuve en 10 volumes. Dans « Le buisson ardent », on retrouve un point de vue très commun: celui de la personne qui aimerait avoir de la compassion, mais qui a comme vision du monde une Nature statique qui serait uniquement violence répétée.

En fait, cette conception erronée de la Nature ne fait que refléter le point de vue dominant, celui de la concurrence généralisée. Et elle paralyse toute tentative de compassion… Tout comme elle amène à se désocialiser des gens choisissant la compassion, mais ayant encore la conception erronée de ce qu’est réellement la Nature.

« Ces pensées, dans la vie ordinaire, restaient ensevelies au fond du cœur de Christophe. Il ne voulait pas y songer. A quoi bon? Qu’y pouvait-il? Il lui fallait être Christophe, il lui fallait accomplir son oeuvre, vivre à tout prix, vivre aux dépens des plus faibles… Ce n’était pas lui qui avait fait l’univers… N’y pensons pas, n’y pensons pas !…

Mais après que le malheur l’eut précipité, lui aussi, dans les rangs des vaincus, il fallut bien qu’il y pensât! Naguère, il avait blâmé Olivier, qui s’enfonçait dans l’inutile remords et la compassion vaine pour les malheurs que les hommes souffrent et font souffrir.

Il allait- Plus loin que lui, à présent, avec l’em­portement de sa puissante nature, il pénétrait jusqu’au fond de la tragédie de l’univers; il souffrait de toutes les souffrances du monde, il était comme un écorché. Il ne pouvait plus songer aux animaux sans un frémissement d’angoisse.

Il lisait dans les regards des bêtes, il lisait une âme comme la sienne, une âme qui ne pouvait pas parler; mais les yeux criaient pour elle :
— Que vous ai-je fait? Pourquoi me faites-vous mal?

Le spectacle le plus banal, qu’il avait vu cent fois. — un petit veau qui se lamentait, enfermé dans une caisse à claires-voies; ses gros yeux noirs saillants, dont le blanc est bleuâtre, ses pau­pières roses, ses cils blancs, ses touffes blanches frisées sur le front, son museau violet, ses genoux cagneux; — un agneau qu’un paysan emportait par les quatre pattes liées ensemble, la tête pendante, tâchant de se relever, gémissant comme un enfant, et bêlant et tendant sa langue grise; — des poules empilées dans un panier; — au loin, les hurlements d’un cochon qu’on saignait; — sur la table de cuisine, un poisson que l’on vide…

Il ne pouvait plus le supporter.

Les tortures sans nom que l’homme inflige à ces innocents lui étreignaient le coeur. Prêtez à l’animal une lueur de raison, imaginez le rêve affreux qu’est le monde pour lui : ces hommes indifférents, aveugles et sourds qui l’égorgent, l’éventrent, le tronçonnent, le cuisent vivant, s’amusent de ses contorsions de douleur.

Est-il rien de plus atroce parmi les cannibales d’Afrique? La souffrance des ani­maux a quelque chose de plus intolérable encore pour une conscience libre que la souffrance des hommes. Car, celle-ci du moins, il est admis qu’elle est un mal et que qui la cause est criminel. Mais des milliers de bêtes sont massacrées inutile­ment, chaque jour, sans l’ombre d’un remords. Qui y ferait allusion se rendrait ridicule. — Et cela, c’est le crime irrémis­sible.

A lui seul, il justifie tout ce que l’homme pourra souffrir. Il crie vengeance contre le genre humain. Si Dieu existe et le tolère, il crie vengeance contre Dieu. S’il existe un Dieu bon, la plus humble des âmes vivantes doit être sauvée. Si Dieu n’est bon que pour les plus forts, s’il n’y a pas de justice pour les misérables, pour les êtres inférieurs offerts en sacrifice à l’humanité, il n’y a pas de bonté, il n’y a pas de justice…

Hélas! Les carnages accomplis par l’homme sont, eux-mêmes, si peu de chose dans la tuerie de l’univers ! Les animaux s’entre-dévorent. Les plantes paisibles, les arbres muets sont entre eux des bêtes féroces. Sérénité des forêts, lieu commun de rhéto­rique pour les littérateurs qui ne connaissent la nature qu’au travers de leurs livres !…

Dans la forêt toute proche, à quelques pas de la maison, se livraient des luttes effrayantes. Les hêtres assassins se jetaient sur les sapins au beau corps rosé, enlaçaient leur taille svelte de colonnes antiques, les étouffaient.

Ils se ruaient sur les chênes, ils les brisaient, ils s’en forgeaient des béquilles. Les hêtres Briarées aux cent bras, dix arbres dans un arbre! Ils faisaient la mort autour d’eux. Et quand, faute d’enne­mis, ils se rencontraient ensemble, ils se mêlaient avec rage, se perçant, se soudant, se tordant, comme des monstres antédi­luviens.

Plus bas, dans la forêt, les acacias, partis de la lisière, étaient entrés dans la place, attaquaient la sapinière, étreignaient et griffaient les racines de l’ennemi, les empoisonnaient de leurs sécrétions. Lutte à mort, où le vainqueur s’emparait à la fois de la place et des dépouilles du vaincu.

Alors, les petits monstres achevaient l’oeuvre des grands. Les champignons, venus entre les racines, suçaient l’arbre malade, qui se vidait peu à peu. Les fourmis noires broyaient le bois qui pourrissait. Des millions d’insectes invisibles rongeaient, perforaient, réduisaient en poussière ce qui avait été la vie…

Et le silence de ces combats!… O paix de la nature, masque tragique qui recouvre le visage douloureux et cruel de la Vie! »

On passe ainsi de l’éloge de la compassion au social-darwinisme où la Nature consisterait en une bataille mortelle ininterrompue et cruelle…

Une « radiographie de l’électorat EELV »

Europe Ecologie les verts tient en ce moment ses journées d’été, avec en arrière-plan la sortie opportune d’un livre de Cécile Duflot où elle critique le gouvernement dont elle a elle-même il y a peu encore fait partie. Ce qui est prétexte à un nouveau psychodrame, etc. etc.

De manière plus intéressante, il y a eu hier à ces journées un atelier sur le rapport d’EELV à l’opinion, et l’institut CSA a rendu public sa « Radiographie de l’électorat EELV ».

Voici les quelques informations intéressantes. Tout d’abord, l’électorat d’EELV puise notamment chez les « catégories socio-professionnelles + », en région parisienne, alors qu’il est sous-représenté chez les plus de 65 ans et dans les petites villes, ainsi que chez les gens n’ayant pas le bac.

Ce n’est guère étonnant : l’écologie d’EELV n’est nullement populaire. EELV, ce sont des gens à l’esprit associatif, actifs dans les mouvements sociaux, donc clairement dans l’esprit « ville », voire « bobo ». Ils n’en ont cependant pas du tout l’impression et ont l’impression de présenter des intérêts communs à tous, de porter par nature même un projet global.

Cela donne concrètement que dans seulement 9,9 % des villes de 1000 à 2000 habitants EELV a fait plus de 10% aux élections européennes. Inversement, 72,4% des communes où EELV a recueilli 10% ou plus des suffrages exprimés aux européennes ont un de diplômés de l’enseignement supérieur long de 11% ou plus.

Ce côté urbain s’exprime également par quelque chose d’assez flagrant. Voici la carte montrant où EELV a eu ses meilleurs scores aux élections européennes. Impossible de ne pas penser à la ceinture historique du protestantisme en France, montrée sur la carte juste en dessous.

EELV est ainsi nettement porté par un courant de protestation traditionnel d’une partie des cadres supérieurs « éclairés », il n’y a rien d’original, et d’ailleurs quiconque va régulièrement sur le site d’EELV n’y voit jamais parlé d’écologie véritablement, mais tout le temps des questions « sociétales ».

Les réponses aux questions « positif/négatif » sont encore plus flagrantes. L’électorat d’EELV aime moins que la moyenne la police et l’armée, ainsi que les entreprises, mais davantage les syndicats et les associations,la Justice et l’école. On est ainsi ni dans une position conservatrice (où les gens aiment la police et l’armée), ni dans une position révolutionnaire (où les gens n’aiment pas l’école ni la Justice).

De manière corroborant cela, on voit que 88 % des personnes interrogées – il faut toujours relativiser les sondages – pensent que, « En règle générale, les gouvernements, qu’ils soient de gauche ou de droite, ne se préoccupent pas des gens » comme eux. Le chiffre n’est plus que de 80 % chez l’électorat d’EELV, et pour cause.

De la même manière, 73 % des personnes interrogées pensent que la France est « en déclin », mais uniquement 41 % de l’électorat d’EELV. 52 % des personnes interrogées trouvent que l’appartenance de la France à l’Union Européenne est une « bonne chose », mais carrément 85 % de l’électorat d’EELV.

Niveau cadre de vie, la première préoccupation des personnes interrogées consiste en le montant des impôts locaux (47%), chez l’électorat d’EELV ce sont les transports en commun (40%) puis seulement les impôts locaux (36%).

Bref, cette radiographie témoigne, si besoin en était, qu’EELV porte une écologie qui est celle exprimant les besoins de gens urbains, plutôt en centre-ville ou bien profitant d’une ville développée culturellement comme Paris, vivant de manière relativement tranquille socialement voire aisée.

EELV n’est pas un projet politique, moral ou culture ; c’est juste un reflet d’un certain mode de vie, bobo ou semi-bobo, d’une protestation plus ou moderne et « cultivée » qui ne va pas vraiment loin, et en tout cas n’assume pas de réelle remise en cause.

« La pipistrelle rapporte gros »

Voici un article assez terrible, publié cette semaine par le Canard enchaîné. En voici le titre et le sous-titre, empreints du cynisme traditionnel à ce journal:

« La pipistrelle rapporte gros

Depuis le fameux grenelle de l’environnement, tout aménageur peut bétonner à loisir des zones où vivent des espèces animales ou végétales protégées, à condition de « compenser » les dégâts. Un vrai business… »

Tout cela est logique: en France, on considère que la Nature n’existe pas, qu’il existe uniquement différents phénomènes naturels. D’où les conceptions mécaniques à ce sujet… De la même manière que l’individu pétri d’individualisme peut « faire ce qu’il veut », l’humanité anthropocentrique fait « ce qu’elle veut » des phénomènes naturels…

Les entreprises ont donc le champ libre pour façonner tout ce qu’ils veulent, comme ils l’entendent…


Barry, le lamantin assassiné au zoo de Vincennes

Le zoo de Vincennes juste à côté de Paris a rouvert tout récemment, après des années de travaux. Et on vient d’apprendre qu’il y a plus d’une semaine, un lamantin est mort dans un bassin. Il était arrivé au tout début juillet, et il est déjà mort…

Comment ? Voici l’incroyable explication de Rodolphe Delord, Directeur du zoo de Beauval, sur le site du Nouvel Observateur : pour lui, c’est simple, il n’y aucune explication, et il n’y en a pas besoin. C’est la faute à pas de chance, ce n’est la faute de personne !

Un tel accident est rarissime. C’est pourquoi, quand j’ai appris ce drame, j’ai contacté l’équipe zoologique de Vincennes pour en savoir davantage. Pour le moment, ils ignorent les circonstances exactes qui ont conduit au décès de Barry, lamantin de trois ans né au zoo d’Odense au Danemark. Une enquête a été ouverte pour comprendre comment cela a pu se produire.

Je ne pense pas que le parc zoologique de Vincennes soit responsable. Tout laisse à penser que la mort de Barry est le fruit d’un accident fortement regrettable. Comme tout mammifère marin, le lamantin ne dispose pas de branchies et doit donc remonter à la surface pour respirer. Sans air, il se noie.

Dans le cas présent, il semblerait que l’animal soit resté coincé entre deux portes de bassin. Barry ne souffrait d’aucun souci de santé particulier et a été attentivement suivi par l’équipe vétérinaire.

Pour moi, il s’agit juste d’un accident comme il peut en survenir chez les hommes. Au zoo de Beauval, nous n’avons jamais été confrontés à un tel incident, mais cela ne veut pas dire que nous sommes totalement à l’abri.

La question se pose quant à l’aménagement du bassin. Une erreur a-t-elle pu être commise ? J’en doute sérieusement.
Quand nous avons construit le bassin de 800m3 pour les lamantins, j’ai réalisé des croquis, que j’ai par la suite fait exécuter par un architecte spécialisé. Mais tout l’aménagement du bassin et sa construction ont été validés par le programme d’élevage européen (EEP). Un coordinateur d’espèce est aussi là pour suivre de près et recenser tous les individus de l’espèce.

Une erreur a été faite quelque part. Je ne sais pas si l’accident aurait pu être évité, mais c’est le propre d’un accident. À Beauval, nous accueillons 5.700 animaux, soit plus de 600 espèces différentes. Tous les ans, nous devons faire des aménagements dans des enclos, bassins et autre pour éviter l’accident.

On est là dans un n’importe quoi absolu. Que signifie donc « il s’agit juste d’un accident comme il peut en survenir chez les hommes » ? Et depuis quand les accidents chez les êtres humains relèvent-ils du simple hasard ?
C’est à croire qu’on vit dans un monde qui comme il est, et où s’il arrive quelque chose d’imprévu, alors c’est du « hasard », un hasard absolument inexplicable, incompréhensible.

On reconnaît ici dans les réponses de cette personne la dimension totalement arrogante de l’anthropocentrisme qui prétend savoir et connaître, alors qu’en réalité elle opprime et elle tue.

La vérité est que ce sont les humains qui sont responsables de la mort de cet être vivant, et pas n’importe lesquels : ceux qui ont construit ce bassin, ceux qui ont amené le pauvre lamantin.

Les réactions ne manquent pas, d’ailleurs : « lamentable », tel est le leitmotiv qui revient, et ce d’autant plus avec le discours du zoo de Vincennes qui se voulait ultra-moderne, et d’ailleurs le lamantin était mis en avant comme relevant d’une espèce menacée, et donc soi-disant particulièrement choyé au zoo, etc. etc.

Sur le facebook du zoo, une personne résume bien les réactions :

xxx Une honte! Le business avant le bien-être des animaux. Pour le prix qu’a coûté la rénovation et le nombre d’ingénieurs qui sont en charge de mettre en place des installations conformes et sûrs, vous vous moquez du monde!

Une autre réaction exprime également un autre aspect :

xxxx D’accord avec xxxxx, la façon dont vous gérer cette accident est assez contestable. A part vous défendre et dédouaner vous ne dites rien de plus. La principale victime ici est Barry, que l’attention soit porter sur lui et sa perte plutôt que sur le zoo et l’équipe me semble plus juste.
Quand bien même votre responsabilité n’est pas en faute, des excuses et regrets ne seraient pas de trop.
Vous parlez du futur arrivant avant même la fin des investigations, ca montre que peu d’intérêt à Barry je trouve tout ca…

Car, en effet, voici le communiqué du zoo à ce sujet, et là aussi on est dans le déni le plus total… Zéro excuses, zéro regrets, mais la venue du prochain lamantin est annoncé. On remplace la marchandise, en quelque sorte… L’horreur toute froide, glaciale!

Parc Zoologique de Paris

Le Parc Zoologique de Paris, établissement du Muséum national d’Histoire naturelle a le regret d’annoncer la mort de l’un des deux lamantins du Parc Zoologique de Paris le 11 Août dernier. Agé de 3 ans, il était arrivé le 05 juillet dernier en provenance du zoo d’Odense au Danemark et avait rejoint « Tinus », déjà présent depuis 6 mois et bien habitué à ses soigneurs.

En fin d’après-midi, peu de temps après son dernier nourrissage, Barry n’a plus été visible dans son bassin et les recherches sous-marines entreprises immédiatement ont mis en évidence son passage dans une cavité technique, normalement inaccessible aux animaux car clos par une porte. Cette cavité se situe entre les deux parties du bassin, sous une zone de faible profondeur permettant l’entrainement médical des animaux.

Resté coincé, le mammifère marin n’a pas pu remonter à la surface pour reprendre sa respiration.

Une analyse fine et précise des causes de l’accident est en cours et nécessitera du temps en raison de l’environnement sous-marin et de la complexité de ces installations. Cependant, des mesures ont été prises immédiatement pour condamner l’accès à cette zone et empêcher tout incident avec les autres animaux (lamantin et poissons).

Le diagnostic en cours et les conclusions qui en seront tirées permettront d’éviter que ce type d’accident se reproduise dans les parcs zoologiques.

Le bassin des lamantins se situe dans la serre du Parc zoologique, et constitue un double volume de plus de 630 m3, doté d’un équipement de filtration de haute technologie pour assurer une qualité d’eau constante aux espèces animales du bassin.

Le Parc Zoologique de Paris s’est vu confier ses lamantins après une demande auprès du plan d’élevage européen (EEP) qui gère une trentaine d’individus dans les zoos et aquariums d’Europe. Ce plan d’élevage place les animaux après validation des bassins et agencements, sur plan et sur site.

Les installations sont donc conformes aux normes du Programme Européen d’Élevage. Une fois qu’elles auront été sécurisées de manière pérenne et contrôlées, un congénère viendra rejoindre « Tinus » avant la fin de l’année.

Les équipes du Parc déplorent ce malheureux accident et rappellent défendre au quotidien le bien-être des animaux au cœur du nouveau Parc Zoologique de Paris, tout à la fois formidable outil de sensibilisation à la nature, centre de conservation des espèces respectueux de l’animal, lieu de science et de recherche.

Alexis Lécu, directeur scientifique et vétérinaire en chef du Parc Zoologique de Paris

Sophie Ferreira Le Morvan, directrice du Parc Zoologique de Paris

Thomas Grenon, directeur général du Muséum national d’Histoire naturelle

En gros : le zoo c’est super, ses responsables des gens très biens, et de toutes façons l’animal mort va être remplacé sous peu, circulez il n’y a rien à voir !

On a ici, très précisément, la logique de l’irresponsabilité humaine par rapport à ses crimes vis-à-vis de Gaïa, c’est-à-dire de l’ensemble de notre planète comme résidence d’êtres vivants.

Prix des vétérinaires et mutuelles

Le site du magazine Capital – pas vraiment des gens sympathiques, donc – ont publié un intéressant article intitulé « Assurance santé animaux : gare aux plafonds de remboursement et aux franchises ».

On y découvre en effet comment le capitalisme a conquis le « marché » des animaux de compagnie. En fait, on y apprend quelque chose que toute personne s’occupant des animaux sait : le prix des vétérinaires a explosé. C’est un marché très lucratif, avec une véritable corporation ayant un statut de monopole.

Voici ce que dit le magazine :

« Entre les examens annuels, les vaccinations et les petits bobos, la note peut atteindre ­plusieurs centaines d’euros par an. Et elle ne cesse de grimper : + 70% en dix ans.

Aujourd’hui, il faut compter environ 60  euros pour une consultation de routine et plus de 1.500  euros pour une intervention chirurgicale un peu compliquée. »

Il ne faut pas se leurrer : ce n’est pas le « coût de la vie » qui fait monter les prix ; quant aux vétérinaires, on ne les voit que très rarement agir dans les associations et en tout cas jamais prendre la parole en faveur des animaux…

Ce qu’il y a derrière, c’est une énorme activité des laboratoires pharmaceutiques, plus une démarche corporatiste où les gens sont pris en otage devant l’urgence.

Voici les tarifs donnés par le magazine :

Le coût de cinq actes de soins courants

Sans une bonne mutuelle santé, voici en moyenne ce qu’il faudra sortir de votre poche :
. Identification = 60 euros pour un tatouage, 150 euros pour l’implantation d’une puce électronique.
. Stérilisation = 100 euros pour un chat, 300 euros pour un chien.
. Vaccinations : 120 euros par an pour l’ensemble des vaccins préconisés (rage, piroplasmose, typhus…)
. Détartrage : 80 euros pour un chien de 20 kilos.
. Opération : 500 euros pour une rupture de ligament, 800 euros pour une broche sur une patte cassé, 1.800 euros pour une prothèse de hanche.

Le magazine, dans son article, aborde en fait la question des mutuelles. Et il critique celles-ci de manière plutôt nette. Voici la présentation des trois niveaux existant grosso modo :

Trois niveaux de prise en charge sont proposés par les assureurs. Dans la formule de base, dite économique, sont couverts les soins courants (consultations du vétérinaire, médicaments, examens, analyses biologiques…), mais pas toujours les frais de chirurgie et d’hospitalisation, notamment en cas de maladie, ou alors pas intégralement.

Cette formule coûte au plus une quinzaine d’euros par mois, mais elle n’indemnise pas grand-chose en cas de gros pépin de santé de l’animal.

La formule intermédiaire, dite standard, est plus généreuse, et à tous points de vue. Il faut toutefois compter le double côté tarif. Quant à la formule intégrale, encore appelée haut de gamme, elle offre l’ensemble des services qu’un assuré est en droit d’attendre, plus un large éventail de petites garanties bien utiles, allant de la stérilisation à l’euthanasie, en passant par les soins dentaires, le toilettage ou le gardiennage. Bien sûr, tout cela se paie : jusqu’à 70  euros de cotisation par mois.

Et voici la critique qui est faite aux mutuelles :

Les assureurs débordent d’imagination pour réduire les indemnités qu’ils doivent vous verser en cas de sinistre. Ainsi, après la souscription, votre animal ne sera pris effectivement en charge qu’après une période qui peut varier de quelques jours (en cas d’accident) à six mois (pour exclure les maladies qui auraient pu couver avant la souscription), voire à deux ans pour un détartrage dentaire ou une stérilisation.

Passé ce délai de carence, d’autres dispositions vont permettre à la compagnie de limiter encore plus le montant de vos indemnisations. C’est ainsi que les remboursements sont toujours plafonnés, de 500 à 2.500  euros par an, selon la gamme de contrats. Certaines interventions chirurgicales particulièrement compliquées sont même soumises à un plafond spécifique.

Enfin, une franchise est systématiquement appliquée à chaque acte, laquelle peut grimper jusqu’à 25 ou 30% de la dépense engagée dans les formules de base. Sans parler des surprimes de cotisation qui vous guettent si votre animal est trop souvent malade. Bref, tout est fait pour que vous en soyez le plus possible de votre poche.

C’est on ne peut plus clair. Il est en tout cas clair qu’on a ici un véritable problème de société. La même chose se passe pour les humains, par ailleurs. Et cela montre que la question de la santé, du rapport à une vie naturelle, se pose chaque jour de manière plus aiguë.
Rappelons ici encore une fois justement que les premiers dispensaires ayant existé dans le monde ont été ouverts par l’empereur indien Ashoka, et que ceux-ci s’adressaient tant aux humains qu’aux animaux…

Condillac contre Descartes et sa conception des animaux « automates »

Le culte de l’individu-roi qui « choisit » a atteint des proportions toujours plus grotesques en France historiquement, le mépris pour la Nature a prédominé en France depuis 1789, sans commune mesure par rapport aux autres pays.

Il suffit de penser à la situation en Allemagne ou en Angleterre, ou même encore en Italie, pour ne prendre que nos voisins! Pourtant les auteurs humanistes et ceux des Lumières ont mis en avant la Nature comme seule réalité. Quel est donc le virage qui a été raté?

L’ennemi, c’est bien sûr Descartes et sa célébration de la « pensée », de l’âme, de la séparation du corps et de l’esprit, etc.

Voici une critique effectuée par Condillac (1714-1780), l’un des très grands auteurs des Lumières, un « abbé » qui n’aura célébré qu’une messe pour choisir le camp de l’athéisme, de la reconnaissance de la Nature!

Chapitre premier. Que les bêtes ne sont pas de purs automates, et pourquoi on est porté à imaginer des sistêmes qui n’ont point de fondement.

Le sentiment de « Descartes » sur les bêtes commence à être si vieux, qu’on peut présumer qu’il ne lui reste guère de partisans : car les opinions philosophiques suivent le sort des choses de mode ; la nouveauté leur donne la vogue, le temps les plonge dans l’oubli ; on diroit que leur ancienneté est la mesure du degré de crédibilité qu’on leur donne. (…)

C’étoit peu pour « Descartes » d’avoir tenté d’expliquer la formation et la conservation de l’univers par les seules lois du mouvement, il falloit encore borner au pur mécanisme jusqu’à des êtres animés. (…)

Mais enfin il ne s’est trompé, que parce qu’il s’est trop pressé de faire des sistêmes ; et j’ai cru pouvoir saisir cette ocasion, pour faire voir combien s’abusent tous ces esprits qui se piquent plus de généraliser que d’observer.

Ce qu’il y a de plus favorable pour les principes qu’ils adoptent, c’est l’impossibilité où l’on est quelquefois d’en démontrer à la rigueur la fausseté. Ce sont des lois auxquelles il semble que Dieu auroit pu donner la préférence ; et s’il l’a pu, il l’a dû, conclut bientôt le philosophe qui mesure la sagesse divine à la sienne.

Avec ces raisonnemens vagues, on prouve tout ce qu’on veut, et par conséquent on ne prouve rien. Je veux que Dieu ait pu réduire les bêtes au pur mécanisme : mais l’a-t-il fait ? Observons et jugeons ; c’est à quoi nous devons nous borner.

Nous voyons des corps dont le cours est constant et uniforme ; ils ne choisissent point leur route, ils obéissent à une impulsion étrangere ; le sentiment leur seroit inutile, ils n’en donnent d’ailleurs aucun signe ; ils sont donc soumis aux seules lois du mouvement.

D’autres corps restent attachés à l’endroit où ils sont nés ; ils n’ont rien à rechercher, rien à fuir. La chaleur de la terre suffit pour transmettre dans toutes les parties la seve qui les nourit ; ils n’ont point d’organes pour juger de ce qui leur est propre ; ils ne choisissent point, ils végetent.

Mais les bêtes veillent elles-mêmes à leur conservation ; elles se meuvent à leur gré, elles saisissent ce qui leur est propre, rejettent, évitent ce qui leur est contraire ; les mêmes sens qui reglent nos actions, paroissent régler les leurs. Sur quel fondement pouroit-on suposer que leurs yeux ne voient pas, que leurs oreilles n’entendent pas, qu’elles ne sentent pas, en un mot ?

A la rigueur, ce n’est pas là une démonstration. Quand il s’agit de sentiment, il n’y a d’évidemment démontré pour nous, que celui dont chacun a conscience. Mais parce que le sentiment des autres hommes ne m’est qu’indiqué, sera-ce une raison pour le révoquer en douce ? Me suffira-t-il de dire que Dieu peut former des automates, qui feroient, par un mouvement machinal, ce que je fais moi-même avec réflexion ?

Le mépris seroit la seule réponse à de pareils doutes. C’est extravaguer, que de chercher l’évidence par-tout ; c’est rêver, que d’élever des sistêmes sur des fondemens purement gratuits ; saisir le milieu entre ces deux extrémités, c’est philosopher.

Il y a donc autre chose dans les bêtes que du mouvement. Ce ne sont pas de purs automates, elles sentent.

Chapitre II. Que si les bêtes sentent, elles sentent comme nous.

Si les idées que M. de B. a eues sur la « nature » des animaux, et qu’il a répandues dans son histoire naturelle, formoient un tout dont les parties fussent bien liées, il seroit aisé d’en donner un extrait court et précis ; mais il adopte sur toute cette matiere des principes si diférens, que quoique je n’aie point envie de le trouver en contradiction avec lui-même, il m’est impossible de découvrir un point fixe, auquel je puisse raporter toutes ses réflexions.

J’avoue que je me vois d’abord arrêté : car je ne puis comprendre ce qu’il entend par la faculté de sentir qu’il acorde aux bêtes, lui qui prétend, comme Descartes, expliquer mécaniquement toutes leurs actions.

Ce n’est pas qu’il n’ait tenté de faire connoitre sa pensée. Après avoir remarqué que ce « mot » sentir « renferme un si grand nombre d’idées, qu’on ne doit pas le prononcer avant que d’en avoir fait l’analise », il ajoute : « si par « sentir » nous entendons seulement faire une action de mouvement, à l’ocasion d’un choc ou d’une résistance, nous trouverons que la plante apellée sensitive est capable de cette espece de sentiment, comme les animaux. Si, au contraire, on veut que sentir signifie apercevoir et comparer des perceptions, nous ne sommes pas sûrs que les animaux aient cette espece de sentiment » : in-4°. t.2. p.7. ; in-12. t.3. p.8 et 9. il la leur refusera même bientôt.

Cette analise n’offre pas ce grand nombre d’idées qu’elle sembloit promettre ; cependant elle donne au mot « sentir » une signification, qu’il ne me paroit point avoir. « Sensation » et « action de mouvement à l’ocasion d’un choc ou d’une résistance », sont deux idées qu’on n’a jamais confondues ; et si on ne les distingue pas, la matiere la plus brute sera sensible : ce que M. de B. est bien éloigné de penser.

« Sentir » signifie proprement ce que nous éprouvons, lorsque nos organes sont remués par l’action des objets ; et cette impression est antérieure à l’action de comparer. Si dans ce moment j’étois borné à une sensation, je ne comparerois pas, et cependant je sentirois. Ce sentiment ne sauroit être analisé : il se connoît uniquement par la conscience de ce qui se passe en nous. Par conséquent ou ces propositions, « les bêtes sentent et l’homme sent », doivent s’entendre de la même maniere, ou « sentir », lorsqu’il est dit des bêtes, est un mot auquel on n’attache point d’idée.

Mais M. de B. croit que les bêtes n’ont pas des sensations semblables aux nôtres, parce que selon lui, ce sont des êtres purement matériels.

Il leur refuse encore le sentiment pris pour l’action d’apercevoir et de comparer. Quand donc il supose qu’elles sentent, veut-il seulement dire qu’elles se meuvent à l’ocasion d’un choc ou d’une résistance ? l’analise du mot « sentir », sembleroit le faire croire.

Dans le sistême de « Descartes » on leur acorderoit cette espece de sentiment, et on croirait ne leur acorder que la faculté d’être mues. Cependant il faut bien que M. de B. ne confonde pas se « mouvoir » avec « sentir ». Il reconnoit que les sensations des bêtes sont agréables ou désagréables. Or, avoir du plaisir et de la douleur, est sans doute autre chose que se mouvoir à l’ocasion d’un choc.

Avec quelque attention que j’aie lu les ouvrages de cet écrivain, sa pensée m’a échapé. Je vois qu’il distingue des sensations corporelles et des sensations spirituelles ; qu’il acorde les unes et les autres à l’homme, et qu’il borne les bêtes aux premieres. Mais en vain je réfléchis sur ce que j’éprouve en moi-même, je ne puis faire avec lui cette diférence.

Je ne sens pas d’un côté mon corps, et de l’autre mon ame ; je sens mon ame dans mon corps ; toutes mes sensations ne me paraissent que les modifications d’une même substance ; et je ne comprends pas ce qu’on pouroit entendre par des « sensations corporelles ».

D’ailleurs, quand on admettroit ces deux especes de sensations, il me semble que celles du corps ne modifieroient jamais l’ame et que celles de l’ame ne modifieroient jamais le corps.

Il y auroit donc dans chaque homme deux « moi », deux personnes, qui, n’ayant rien de commun dans la maniere de sentir, ne sauraient avoir aucune sorte de commerce ensemble, et dont chacune ignoreroit absolument ce qui se passeroit dans l’autre.

L’unité de personne supose nécessairement l’unité de l’être sentant ; elle supose une seule substance simple, modifiée diféremment à l’occasion des impressions qui se font dans les parties du corps. Un seul moi formé de deux principes sentans, l’un simple, l’autre étendu, est une contradiction manifeste ; ce ne seroit qu’une seule personne dans la suposition, c’en seroit deux dans le vrai.

Cependant M. de B. croit que l’ »homme intérieur est double, qu’il » « est composé de deux principes diférens par leur nature, et contraires par leur action », l’un spirituel, l’autre matériel ; qu’ »il est aisé », « en rentrant en soi-même », « de reconnoître l’existence » de l’un et de l’autre, et que c’est de leurs combats que naissent toutes nos contradictions. In-4°, t. 4, p. 69, 71 ; in-12, t. 7, p. 98, 100.

Mais on aura bien de la peine à comprendre que ces deux principes puissent jamais se combattre, si, comme il le « prétend » lui-même, in-4°, t. 4, p. 33, 34 ; in-12, t » 7, p. 46, celui qui est matériel « est infiniment subordonné à l’autre », si « la substance spirituelle le commande », si « elle en détruit », « ou en fait naître l’action », si « le sens matériel, qui fait tout dans l’animal, ne fait dans l’homme que ce que le sens supérieur n’empêche pas », s’il « n’est que le moyen ou la cause secondaire de toutes les actions ».

Heureusement pour son hipothese, M. de B. dit, quelques pages après, in-4°, p. 73, 74 ; in-12, p. 104, 105, que «  »dans le tems de l’enfance le principe matériel domine seul, et agit presque continuellement »…. « que dans la jeunesse il prend un empire absolu, et commande impérieusement à toutes nos facultés »…. « qu’il domine avec plus d’avantage que jamais ». » Ce n’est donc plus un moyen, une cause secondaire ; ce n’est plus un principe infiniment subordonné, qui ne fait que ce qu’un principe supérieur lui permet ; et « l’homme n’a tant de peine à se concilier avec lui-même, que parce qu’il est composé de deux principes oposés. »

Ne seroit-il pas plus naturel d’expliquer nos contradictions, en disant que, suivant l’âge et les circonstances, nous contractons plusieurs habitudes, plusieurs passions qui se combattent souvent, et dont quelques-unes sont condamnées par notre raison, qui se forme trop tard pour les vaincre toujours sans effort ? Voila du moins ce que je vois quand je « rentre en moi-même ».

Profondeur du forage offshore et absence d’identifiant unique des navires de pêche

Voici deux autres informations fournies par le rapport de la « Commission Océan Mondial ».

La première information est quelque chose dont il faut prendre conscience: les progrès technologiques ont largement modifié le rapport de l’humanité à l’océan.

Ainsi, non seulement les bateaux de pêche sont bien plus perfectionnés, relevant d’entreprises gigantesques, mais le forage en mer lui-même a totalement changé.

Le problème est que l’humanité n’a aucun recul par rapport à cela; c’est juste vu comme un « mieux ». Or, il faut étudier quel est l’impact des activités humaines, et cela avant d’agir tant qu’à faire!

En l’occurrence donc, on voit que le forage offshore a des capacités n’ayant rien à voir avec il y a 30-40 ans. On atteignait 300 mètres de fond en 1975, 1500 mètres en 1986 et on dépasse déjà 2000 mètres, le record étant à 3165 mètres.

Cette progression dans la capacité des forages dépendant des très grandes entreprises, on peut se douter qu’elles voudront toujours davantage agir.

Une autre information concerne les navires de pêche de grande taille. Ici le document parle de pêche légitime et de pêche illégitime; à nos yeux cela n’a aucun sens.

Par contre, ce qui est terrifiant, c’est que sur 185 600 navires, « moins de 15% ont un numéro identifiant unique ».

C’est totalement fou parce que cela montre bien que c’est le chaos. Il s’agit d’un marché libre, où n’importe qui peut investir dans la bataille économique et faire comme bon lui semble. Il n’y aucune vue d’ensemble, aucune surveillance, sans parler de gestion!

Mais il est vrai qu’il ne peut pas en être autrement, puisqu’une humanité divisée ne peut par défintion pas agir ensemble. On voit ici comment pour protéger la planète, il faut une humanité qui ne se disperse pas, qui ne se divise pas selon des critères nationaux.

En fait, l’océan pose inévitablement une humanité unie, et si l’humanité n’est pas unie, elle ne peut pas comprendre l’océan…

Il faut en gros, malheureusement, attendre des catastrophes comme celle de la plate-forme Ixtoc-1, ou du Deep Water Horizon, ou encore Fukushima pour que l’humanité s’aperçoive qu’il y a des entreprises aux moyens colossaux qui se lancent dans des projets sans surveillance véritable, en prenant des risques…

Or, ce n’est tout simplement pas tenable, ce n’est pas acceptable!

La Marine nationale aimerait renforcer l’exploitation animale maritime…

Voici un article très important publié hier comme « tribune » par Le Figaro: « Et si la clé pour la reprise économique se trouvait sous l’océan? ». L’article est présenté comme écrit par :

« Vincent Hélin est le président du Forum Hippocampe, cercle de réflexion et de débats économiques et stratégiques. »

De quoi s’agit-il? Eh bien ce « Forum Hippocampe » organise des dîners très select, réunissant la crème de la crème de l’armée et des industriels, et l’homme clef est justement le Vincent Hélin en question, qui a moins de 30 ans.

Il a fait une licence d’histoire à la Sorbonne, un Master 1 et 2 de relations européennes et lobbying à l’Institut Catholique de Paris, un stage de fin d’études au sein du cabinet de M. Patrick Ollier (alors ministre chargé des relations avec le Parlement), puis collaborateur auprès d’un député européen français. Au cours de ce parcours, il a fondé « Mer et Université », association à l’origine de dizaines et de dizaines d’événements rapprochant des étudiants très « propres » (HEC, Sciences Po, Paris IV Sorbonne, Paris II Assas…) de responsables industriels et militaires.

Car cela ne rigole pas, l’association a été soutenue très rapidement, « miraculeusement », par de nombreuses figures de l’armée… Comme l’amiral Alain Oudot de Dainville, l’amiral François Dupont, l’amiral Alain Coldefy par ailleurs ancien Major général des Armées, l’amiral Olvier Lajous, l’amiral Olivier de Rostolan…

Et comme ces gens sont liés de-ci de-là à de nombreuses grandes entreprises, l’association a été soutenu par des titans de l’industrie, comme DNCS (les arsenaux navals français historiques), MBDA (leader européen des missiles et de leurs systèmes), Dassault, Thales, ODAS (regroupement de l’Etat et d’entreprises pour mieux commercialiser de l’armement de haute technologie), EADS…

A quoi il faut ajouter des parlementaires, comme Jean Lemière, Patricia Adam, Philippe Juvin, Marguerite Lamour, Bernard Caseneuve, Nicolas Dhuicq, Hervé Mariton…

Bref, c’est le lobby de la Marine nationale et des entreprises qui vont avec. Et forcément ce regroupement aimerait renforcer l’exploitation animale maritime, car cela ajouterait de l’importance à leur propre rôle…

«Les larmes de nos souverains ont le goût salé de la mer qu’ils ont ignorée», dit Armand Jean du Plessis, cardinal de Richelieu. Dans la situation économique et sociale difficile que nous vivons, restaurer la puissance de l’Etat en mer pourrait représenter une partie de la solution.

Un ministre pour la mer

Penser la mer, son développement, son économie. Telles peuvent être les missions d’un ministre d’Etat, ministre de la Mer et de l’Economie maritime. Ministre d’Etat, il a le poids politique nécessaire pour peser dans les négociations avec la majorité parlementaire et dans les arbitrages budgétaires.

Chargé du développement de l’économie maritime dans sa globalité, il oriente les priorités pour maintenir puis créer des emplois partout sur le littoral. Ministre de la Mer, il co-assure la tutelle du Secrétariat général de la mer et participe à la réflexion sur le futur de la Marine nationale, dont il peut abonder le budget.

Un Livret Mer pour financer l’économie maritime

Créer un Livret Mer, sur le modèle du Livret de Développement Durable, c’est orienter l’épargne des Français vers la mer. La somme des dépôts est utilisée pour soutenir et rénover l’économie maritime: concevoir et produire en série de bateaux de pêche et de navires à passagers plus respectueux de l’environnement et au coût d’exploitation moindre, favoriser par des prêts à taux 0 leur achat par les professionnels de la mer, moderniser les filières ostréicole et conchycole, recherche océanographique… A plus long terme, c’est l’ensemble du patrimoine maritime qui peut être soutenu: aquariums, fortifications, vieux gréements, navires transformés en musées…

Une Marine plus puissante, pour porter la voix de l’Etat sur mer

En l’espace de deux Livres blanc, la marine nationale a dû renoncer à la construction de huit frégates, un pétrolier-ravitailleur, un bâtiment de projection et de commandement et un porte-avions, tandis que les programmes cruciaux en cours de réalisation, frégates et sous-marins, sont étalés.

Ces renoncements ne peuvent être acceptés plus avant. La construction, dès à présent, d’un bâtiment de projection et de commandement qui pourrait reprendre le nom de Richelieu, le lancement d’un programme de corvettes, sur la base de la Gowind de DCNS, qui s’accorde avec un cadre budgétaire contraint et la réalisation des trois pétrolier-ravitailleurs de nouvelle génération sont de nature à éloigner le spectre d’un déclassement naval potentiellement irréversible tout en sauvegardant les emplois à St-Nazaire, Brest, Lorient et Toulon.

Un ministre d’Etat pour l’incarner, un Livret Mer pour la financer, une Marine plus puissante pour la protéger, tels sont les piliers d’une restauration de la puissance de l’Etat en mer que nous appelons de nos vœux, pour permettre à notre pays de surmonter la crise qu’il traverse.

L’avenir de la France et de l’Europe se joue à la surface scintillante des mers, dans les profondeurs et sur le fond de l’océan. Nos amis britanniques l’ont compris, eux qui, malgré une quasi-austérité, viennent de baptiser le plus grand porte-aéronefs d’Europe tandis que le président de la République, M. Hollande, préside sans rougir à une revue navale qui marque le recueillement de la marine française. Qu’attendons-nous?

Une baleine sauvée des filets de pêche…

C’est une vidéo particulièrement émouvante qui a été mise en ligne il y a quelques jours, et qui connaît un très grand succès, avec un million de vues en quatre jours.

On peut y avoir des gens aidant une baleine empêtrée dans des filets, et impossible de ne pas voir comment l’engagement s’exprime dans l’activité de ces personnes s’affairant pour libérer la baleine.

On est forcément empli d’émotions. Malheureusement, cette vidéo, qui a quelques années, a été mise en ligne sur youtube par « best videos » avec le titre racoleur de « un homme découvre une baleine et alors qu’il s’approche d’elle, il va faire une découverte choquante ».

La démarche est ainsi racoleuse, comme celle de la revue Entrevue qui accorde plusieurs pages au transport de singes pour les laboratoires par Air France. Il faut d’ailleurs savoir ici que bien souvent les revues racoleuses pour hommes – comme Entrevue ou encore Newlook, etc. – traitent de sujets comme la brutalité à l’encontre des animaux.

Pour dénoncer, il est vrai, néanmoins cela reste sur le plan de l’anecdote. On peut apprécier d’autant plus qu’à la fin de la vidéo où la baleine est aidée, il y a à la fin un appel à s’engager.

Et cela souligne à quel point l’océan est le grand oublié de la cause de la libération animale. Il est en effet difficile d’avoir des images, des reportages sur l’océan, et au quotidien on ne pense pas forcément à l’océan, à moins d’habiter à côté, et même là ce n’est pas forcément « parlant ».

Il y a clairement ici toute une culture à refaire : l’humanité anthropocentrique a oublié que « sa » planète, c’est en réalité la planète bleue…

Les problèmes de l’océan, et quelles solutions?

L’un des aspects les plus intéressants de ce que raconte sur l’océan la « Commission Océan Mondial » consiste en la question planétaire. En fait, quand on s’intéresse un tant soit peu à l’écologie, on voit bien que le principe des frontières étatiques ne compte pas pour la vie sur la planète.

Chaque jour, des animaux traversent des frontières, la pollution elle non plus ne s’arrête pas aux frontières, etc. Comme de toutes manières tout est relié – la vie est un phénomène unifié sur Terre – alors évidemment les problèmes provoqués par les humains ne peuvent être résolus qu’à l’échelle mondiale.

Voici un tableau accordant justement beaucoup d’inspiration sur ce thème. Le premier point parle de la « demande croissante en ressources ». Mais est-il difficile de voir que l’humanité, étant divisée, pratique un gâchis général? Doit-on continuer à gâcher, juste pour maintenir le principe des divisions nationales?

Le second point parle des « avancées technologiques ». Est-il difficile, encore une fois, de ne pas voir ici que celles-ci profitent à ceux qui ont les moyens de se les procurer, et donc logiquement les grandes entreprises qui visent le profit, aux dépens de la planète?

De la même manière, peut-on lutter contre le changement climatique sans obtenir une dimension mondiale? Absolument pas, bien entendu.

Le paradoxe est que le tableau propose une méthode et une solution erronée. Il parle de « stocks de poisson », montrant que l’approche reste la même qui a amené à la catastrophe. C’est la même méthode anthropocentriste d’aborder la vie.

Quant à la solution, elle est absurde. Il est parlé de « gouvernance insuffisante de la haute mer ». Mais par définition une humanité divisée et une logique de profit empêche toute « gouvernance ».

La seule « gouvernance » qui puisse exister réellement, c’est celle de l’humanité obéissant en pratique à la Nature, à sa vie et ses transformations…

L’océan en train d’être assassiné: quelques données

Voici donc les informations fournies par le rapport de la « Commision Océan Mondial ». Rappelons ici qu’il s’agit de quelque chose d’on ne peut plus institutionnel. C’est pratiquement un rapport mondial officiel que pourrait faire l’ONU, sauf que là c’est directement orienté business, pour maintenir viable l’exploitation animale concernant l’océan.

Voici un premier tableau qui fait froid dans le dos. Si en 1950 la haute mer échappait à l’exploitation animale, ce n’est majoritairement plus le cas…

Concernant les animaux formant une cible à cette exploitation, le chiffre est effarant. Plus personne ou presque n’échappe à la destruction.

Le schéma suivant est important. Il souligne que la pêche n’a plus rien d’artisanal: c’est une industrie moderne. Et donc, ayant connu un processus de concentration très avancée.

Voici enfin un tableau comparant la valeur économique de la pêche, en million de dollars, et celle des subventions à la pêche (pour les pays de l’UE le chiffre est complet, pour les autres seules les subventions à la pêche des thons est concernée).

On peut voir que les subventions forment une quantité essentielle à l’existence de la pêche. L’exploitation animale a réussi à se faire directement soutenir par la société elle-même.

Il ne s’agit pas que de reprocher cela de manière économique. Il s’agit aussi de voir que c’est un engrenage. La destruction de la vie dans l’océan est soutenu économiquement, et donc cela fait appel d’air pour les entreprises!

L’idée de la « Commission Océan Mondial » est de bloquer cela, afin de maintenir viable l’océan comme « ressource » alimentaire. C’est ici se voiler la face sur les conditions concrètes ayant permis à l’exploitation animale de s’imposer. On ne peut « réformer » un tel phénomène, on ne peut que le renverser.

Encore faut-il pour cela ne pas avoir été contaminé par l’idéologie de l’exploitation animale…

La pêche ne se maintiendrait pas sans subventions

La « Global Ocean Commission » (« Commission Océan Mondial » en français) est un organisme international né l’année dernière, sur une base on ne peut plus institutionnelle : parmi ses membres on trouve le président de l’Organisation Mondiale du Commerce, le directeur de la Banque mondiale, un ancien premier ministre canadien, un ancien ministre espagnol de l’environnement, etc.

Son objectif est de faire en sorte que l’on puisse continuer l’exploitation animale liée à l’océan. Ce n’est pas le nôtre, évidemment, néanmoins il y a dans ce rapport beaucoup d’informations quant à la situation dramatique de l’océan, à voir chacun en détail.

Pour commencer, voici le grand paradoxe de ce que réclame la Commission en question. Pour elle la situation est clairement catastrophique, et le seul moyen de freiner cela est de cesser les subventions.

En effet, l’exploitation animale liée à l’océan ne tiendrait pas sans les subventions… La Commission dit ainsi :

« La somme des subventions à la pêche s’élève au total à 35 milliards de dollars par an. Sans elles, de nombreuses pêcheries en haute mer ne seraient probablement pas rentables. Avec les deux tiers des stocks de poissons en haute mer, soit surexploités, soit même épuisés, il est démontré que les subventions aggravent la surpêche et par conséquent la dégradation de l’environnement marin.

Les économistes ont classifié les subventions sous les catégories de « nuisibles » et « avantageuses » pour l’environnement. Dans la catégorie « nuisibles », les plus importantes sont celles destinées aux carburants, à la construction des vaisseaux, et celles destinées à maintenir les prix de marché. Sans subventions aux carburants, le chalutage de fond, extrêmement nuisible à l’environnement, serait sûrement suspendu.

De nombreux gouvernements, en plus de scientifiques et économistes, soutiennent la réforme des subventions comme une option pour en finir avec la surpêche et pour préserver la biodiversité des fonds marins. Les subventions « nuisibles » pourraient être plutôt utilisées pour soutenir la préservation de l’environnement des zones côtières et l’emploi.

Mais, même avec les engagements et initiatives répétés de la communauté internationale, comme le processus au sein de l’Organisation mondiale du commerce, les subventions nuisibles persistent, en partie dû à l’influence des groupes de pressions. »

Groupes de pression? Le Nouvel Observateur avait justement, il y a un an, rendu public un rapport de la Cour des comptes concernant la pêche de 2000 à 2009. C’est accablant. Dans un système totalement opaque, l’argent coule à flots.

On lit entre autres dans le rapport, qui n’a jamais été rendu public, et pour cause :

« On constate en premier lieu que le total des concours au secteur de la pêche et de l’aquaculture et des concours à la protection sociale des marins pêcheurs et des aquaculteurs s’élève à 824,4 M€ en 2007 et 1 016,9 M€ en 2008. Le montant des aides a ainsi dépassé la barre symbolique du milliard. Dans la mesure où cette récapitulation n’inclut pas les aides des collectivités territoriales, le total des aides publiques avait probablement franchi ce seuil auparavant. Il est quasiment égal au chiffre d’affaires total de la pêche (1 182 M€ en 2007), il est vrai hors l’aquaculture (542 M€) qui reçoit une partie de ces aides. »

« Il est frappant de constater que les aides publiques [en, Bretagne, soit 40 % de la pêche] représentent en 2008 plus de 2,5 fois cet excédent brut d’exploitation et plus de 4 fois le résultat net des entreprises. En l’absence des aides , ces deux soldes et la capacité d’autofinancement seraient négatifs, et les entreprises non viables. »

« Les aides à la pêche recouvrent non seulement l’activité de pêche proprement dite, mais aussi son environnement, qu’il s’agisse des ports, des criées, du mareyage, de la recherche ou de l’enseignement.

Elles ne concernent toutes les régions, toutes les pêcheries, toutes les tailles de navires, tous les moments du cycle de vie d’une entreprise. Quasiment tous les postes du compte de résultat d’une entreprise de pêche connaissent, à des degrés divers, l’influence d’une aide. »

« Il n’est quasiment pas d’acteur du secteur qui ne soient concerné par une aide : entreprises de pêche, d’aquaculture ou de mareyage, collectivités, syndicats et organismes professionnels de toute nature, un tableau des paiements effectués au 31 décembre 2008 au titre de l’IFOP fait apparaître environ 10 000 bénéficiaires différents, pour des montants de fonds européens allant de 291,63 € à 2 610 969,04 €. »

Tout cela est très clair ! Pas étonnant que le rapport ait été escamoté…

La planète des singes, de Pierre Boulle

[Voici un article publié sur l'ancêtre de LTD, à savoir VeganRevolution. L'article date vraisemblablement de 2006.]

La Planète des singes, c’est un roman à des années-lumière du véganisme et une série de films très intéressants du point de vue du rapport entre les êtres humains et les animaux.

Initialement la Planète des singes est une nouvelle (et non pas un « roman ») du français Pierre Boulle, publié en 1963. Cette oeuvre profondément réactionnaire décrit une population humaine devenue fainéante et décadente, chassée au fur et à mesure par les singes esclaves, qui ne disposent naturellement dans la nouvelle d’aucune intelligence, leur seule faculté étant de « singer » les humains, de reproduire les actes des humains (les singes sont donc incapables de développer une quelconque technologie).

Il va de soi que, si l’on y réfléchit sérieusement, les singes représentent dans cette nouvelle les populations « arriérées » et « barbares » du tiers-monde qui viennent voler les places toutes chaudes des occidentaux devenus « mous » en raison de la « société de consommation ».

La série des films, à l’opposé de la nouvelle de Pierre Boulle, pose des remises en question essentielles, que 30 ans après on comprend largement plus qu’à l’époque.

Ainsi, dans le premier film, La Planète des singes sorti en 1968, est un véritable réquisitoire contre la folie humaine. Les astronautes américains débarqués sur la planète comprennent qu’il s’agit de la planète Terre, que les humains ont fait sauter avec les bombes nucléaires.

Les humains retournés à l’âge de pierre sont les esclaves des singes qui, ayant évolué, possèdent un début de civilisation dont la religion enseigne de se méfier de l’humain, qui « tue son frère par avidité et détruit tout ce qu’il touche ».

Allusion à l’esclavage et à la querelle religieuse de l’Europe féodale pour savoir si les « Indiens » d’Amérique ont une âme ou pas, les Rouleaux sacrés des singes expliquent que « Les hommes n’ont pas d’âme » et que « Le Tout Puissant a créé le singe à son image .

Dans Le Secret de la Planète des singes (1970), on s’aperçoit que des humains ont survécu tout en mutant horriblement, et la planète saute de nouveau avec la bombe atomique. Mais juste avant quelques singes se sont enfuis et se retrouvent dans le passé, chose racontée dans Les évadés de la Planète des singes (1971). La CIA entend naturellement stériliser les deux singes afin d’éviter la future domination des singes, mais le bébé est échangé avec celui d’un cirque, les deux singes étant assassinés.

La suite est racontée dans La Conquête de la Planète des singes (1972), où 20 ans après, alors qu’un virus a tué les chiens et les chats et où les chimpanzés, gorilles et orangs-outangs sont devenus esclaves des humains, ceux-ci se révoltent sous la conduite de l’enfant des singes venus du futur.

Enfin, dans La Bataille de la Planète des singes (1973), après moult péripéties, humains et singes fondent ensemble une nouvelle civilisation, côte à côte.

Le remake de Tim Burton, de 2001, est par contre une nullité sans nom, admirablement bien fait mais au contenu absolument nul et proche du néant du point de vue du questionnement du rapport entre l’être humain et l’animal. Un film à grand spectacle de plus, sans aucun intérêt par rapport à la série des « Planètes des singes », qui bien que kitsch conservent une signification certaine à l’heure où l’être humain détruit la planète et asservit plus que jamais les animaux.

Le film de Tim Burton reprend en plus l’idée déjà présente dans la nouvelle de Pierre Boulle, à savoir la fascination (amoureuse) de la singe Zira, une scientifique, pour le héros humain. L’être humain reste ainsi, en définitive, un idéal de beauté, une forme « supérieure » naturellement fascinante pour les autres espèces.

C’est-à-dire qu’on en revient inlassablement à la conception religieuse de l’être humain fait à l’image de Dieu et disposant comme il l’entend de la nature et des êtres vivants.

Dominique Venner, la chasse et la haute bourgeoisie

En mai 2013, Dominique Venner se suicidait dans la cathédrale
Notre-Dame-de-Paris. Un geste politique, car il s’agissait d’un ultra de l’extrême-droite, célébrant la race blanche, considérant le christianisme comme une religion des faibles, etc. etc.

Ce qui nous intéresse par contre directement ici, c’est que cette personne a été le grand théoricien de la chasse de ces 40 dernières années. C’est logique, la chasse se veut « naturelle », expression de la loi du plus fort, en communion avec les lois de la Nature qui seraient forcément conformes à la bataille pour la survie, etc.

L’Express a publié il y a quelques semaines une sorte de mini biographie. Voici un passage fascinant: il s’agit de la partie présentant une dimension, dont nous avons déjà parlé, qui est le fait que les classes sociales les plus aisées célèbrent la chasse, produisant une idéologie qui influence toute la société.

Dans l’extrait ici présenté, la première phrase fait allusion à la « réelle valeur intellectuelle » de Venner (chose donc dont le milieu de la chasse ne doute guère).

Qui se ressemble s’assemble, et on peut voir ici à quel point la chasse n’est pas un plaisir « populaire », mais une idéologie aristocratique poussée par en haut, valorisée par en haut, reflétant des valeurs et des attitudes dignes du Moyen-Âge!

L’abattoir Gad de Josselin en liquidation judiciaire

Nous avons à plusieurs reprises parlé des abattoirs Gad, parce que c’est un thème important (L’abattoir Gad et le « pacte d’avenir » ministériel, Abattoir Gad, l’écotaxe et reprise du logo de la « marche des cochons »…).

On ne peut pas dire qu’il faut la libération animale et ne pas chercher à comprendre de quelle manière cela peut se réaliser concrètement. C’est une question de projet de société, il faut montrer aux gens que tout cela tient debout, sinon ils considéreront que c’est de l’utopie, et le véganisme ne sera pas crédible.

C’est d’autant plus valable que le capitalisme subit une crise terrible et que de nombreuses personnes perdent leur emploi. En l’occurrence, c’est l’abattoir de Josselin, dans le Morbihan, qui est concerné, avec 1000 emplois qui risquent disparaître.

Mais si l’on se rappelle bien, ce sont précisément ces travailleurs là qui étaient intervenus comme briseurs de grève en affrontant les travailleurs venus de l’abattoir de Lampaul-Guimiliau dans le Finistère, qui tentaient de bloquer l’abattoir de Josselin (voir Abattoir Gad de Josselin et affrontement anti-bloqueurs).

Cela a été quelque chose de marquant et de particulièrement terrible. C’était un sacré reflet de l’individualisme complet régnant en France.

La facture est donc ici salée : à l’ignominie et la honte, s’ajoutent la défaite qui arrive, le licenciement plus ou moins inéluctable. A la misère s’associe la perte de toute dignité. Voilà ce qui découle d’une mentalité égoïste lamentable, mais aussi d’une incompréhension de ce qu’est l’exploitation animale, qui en raison des lois du capitalisme exigent une productivité toujours plus grande.

Pour ne pas avoir compris que les animaux sont une donnée ajustable, une simple marchandise, les travailleurs paient le prix de ne pas avoir compris qu’il en était de même pour eux. C’est inévitable.

Il faut bien comprendre aussi que ce qui compte ce ne sont pas les critères de l’exploitation animale dans un lieu donné, mais à l’échelle mondiale, et le capitalisme choisit là où cela rapporte le plus. Donc Gad est en liquidation judiciaire, après un redressement judiciaire en février 2013.

Mais derrière, il y a Intermarché, qui va sans doute racheter l’abattoir. Tout cela c’est une bataille pour le profit. Voici ce que disent Les échos :

Les conditions financières du rachat sont encore inconnues, mais le groupe précise qu’il n’entre pas dans le cadre du plan de continuation. « Nous reprendrons uniquement l’outil », insiste Dominique Langlois, le directeur général de SVA Jean Rozé. La disparition de cet opérateur risquerait de mettre en péril plusieurs centaines de producteurs de porcs qui l’approvisionnent en matière première, principalement les adhérents du groupement Prestor, actionnaire minoritaire de Gad.

Ce sauvetage enlèverait une épine du pied au groupe Cecab (1,9 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2013), dont une partie des fonds propres ont été absorbés par sa filiale déficitaire. Ce qui l’a obligé à céder l’an passé ses 8 usines de surgélation de légumes. Cecab reste un acteur de premier plan dans les conserves de légumes vendues sous sa marque d’aucy. Intermarché possède plus de 60 usines pour 3,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel.

Le 1er juin dernier, SVA Jean Rozé a pris le contrôle d’un autre abattoir de truies de réforme (viandes destinées à la fabrication de saucissons et de rillettes) précédemment dans le giron du groupe Terrena (Ancenis). La filiale d’Intermarché va y investir 12 millions d’euros et créer 70 emplois.

Comme on le voit, la bataille économique bat son plein. Et ce sont les animaux les victimes, tout comme les travailleurs. C’est l’accélération tout azimut. Voici par exemple ce que dit leporc.com, un site bien sûr lié à l’exploitation animale :

Une viande classée n°1 dans l’assiette des Français

Avec 34 kg par an et par habitant, le porc est la première viande consommée en France. Les trois quarts étant dégustés sous la forme de produits de charcuterie, un quart sous la forme de viande fraîche, le porc se conjugue au pluriel, à l’image de la charcuterie qui compte plus de 400 produits (rillettes, andouille, boudin, jambon sec ou à l’os, petit salé…).

Ces derniers, qui font partie intégrante du patrimoine culinaire de l’Hexagone, sont travaillés avec soin par les charcutiers et les salaisonniers.

Chaque année, la population française consomme l’équivalent de 23 millions de porcs. Pour satisfaire sa demande, la filière porcine produit près de 25 millions de porcs par an. La France est donc autonome à 106% pour sa consommation de porc.

Des bénéfices, il y en a donc, mais le capitalisme en veut toujours plus. Par conséquent l’exploitation animale s’accentue, quant aux conditions de travail des gens, n’en parlons pas. C’est toute une machinerie terrible et criminelle.

Les travailleurs de Gad espéraient mener une vie tranquille d’ouvriers des abattoirs, tuant à la chaîne, s’imaginant au-delà de la réalité, au-dessus de questions économiques et morales. Quitte pour cela à se désolidariser de leurs collègues, de gens menant la même vie qu’eux. C’est une sacrée défaite sur toute la ligne !