• « Balance ton porc »

« Balance ton porc »

Le troisième « X » de la culture straight edge est tout autant important que les deux premiers. Au refus de l’alcool et des drogues, s’ajoute le refus d’avoir des rapports sexuels sans relation durable.

C’est une valeur essentielle, car elle pousse à aller dans le sens naturel de la construction, sans être happé par une idéologie de la consommation. Une relation durable, avec attachement et dévouement, est authentique et engage toute notre personnalité.

Quiconque ment est condamné à s’effondrer, à nier une partie de sa personnalité, à déformer son esprit.

La consommation, avec toute sa dimension impersonnelle et mécanique, n’est que manipulation et culte de l’ego, fuite en avant et écrasement de la possibilité d’éprouver des sentiments. C’est un saccage, aboutissant à une destruction.

On sait dans quelle mesure ce point de vue est dénoncé en France comme « puritain », au nom de la « liberté ». Comme s’il était naturel d’être libertin ou de tromper, comme s’il était naturel de détruire une relation durable juste pour satisfaire des caprices.

Mais il est vrai qu’en France on rejette la « Nature », tout serait dans le « choix ». Le couple serait dépassé, au nom du « polyamour », du droit de tromper, du droit d’abandonner, etc.

Le bonheur serait dans la consommation et comme l’a dit il y a quelques jours, Marlène Schiappa, Secrétaire d’État auprès du Premier ministre, chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, le couple, c’est dépassé !

« Il n’y a pas de modèle unique de famille » : c’est la remise en cause du couple. Au nom de la « complexité » des choix des individus devenus rois… C’est le culte de la consommation individualiste.

Plus personne n’a rien à assumer, seulement à consommer. Ce n’est pas seulement moralement faux, car on laisse tomber quelqu’un. C’est absurde, car c’est nier sa propre existence dans la mesure où l’on nie ses propres attachements, dans la mesure où l’on nie ce dont on fait partie.

On devrait se concevoir comme une entité totalement autonome, vivant par la consommation.

Derrière le côté aseptisé de Facebook et l’illusion du bonheur sur Instagram, il y a pourtant les faits.

Et dans les faits, la « liberté » c’est celle du plus fort, celle des hommes qui ont du pouvoir institutionnel. C’est cela qui explique le grand succès du hashtag #BalanceTonPorc sur twitter, où des femmes racontent des agressions sexuelles.

Les témoignages y sont révoltants, comme par exemple ceux-ci :

« 1er stage de journalisme à Paris, j’avais 18ans. Le red chef m’embrasse de force. Il venait d’etre jeune papa. »

« Un red chef, grande radio, petit couloir, m’attrapant par la gorge : « un jour, je vais te baiser, que tu le veuilles ou non » »

Malheureusement, ils sont souvent l’expression de femmes éduquées, feignant d’être étonnées de ce que le milieu des entreprises se fonde sur des rapports de pouvoir.

Comme si le petit monde capitaliste était sympathique et non rempli de carriéristes et de manipulateurs, d’opportunistes et de trompeurs, d’agresseurs et d’écraseurs…

Ce n’est pas très sérieux. Ce n’est pas parce qu’Emmanuel Macron est président qu’on ne vit pas dans une société de beaufs. Derrière l’apparence, Emmanuel Macron doit d’ailleurs lui-même obéir aux valeurs dominantes.

Il n’y a qu’en s’opposant à ce système, de manière personnelle, en s’engageant en tant qu’humain, dans la confrontation, qu’on peut se préserver.

C’est le principe d’être révolutionnaire…

Encore faut-il en avoir le courage, en refusant toute corruption.

L’affaire Weinstein aux Etats-Unis, prétexte à une certaine libération de la parole féminine, est ainsi à la fois ignoble et ridicule, parce qu’elle n’a rien de nouveau.

Les moeurs agressifs d’un producteur, c’est ignoble, mais cela n’a rien d’original? Cela correspond aux mœurs hollywoodiens décadents depuis le départ, dans ce mélange de capitalisme et de spectacle, de pouvoir financier et de divertissement abrutissant des gens.

La vidéo qui ressort d’ailleurs pour bien souligner cela est la suivante : on y voit Courtney Love, chanteuse du groupe Hole ; elle a alors déjà abandonné toute sa culture grunge pour passer dans le show business.

Mais là elle craque et balance, en sachant qu’elle ne le « devrait » pas, conformément à l’omerta hollywoodienne…

« – Un conseil pour une jeune qui voudrait débuter à Hollywood ?

– Je sais que je vais me faire démolir si je dis ça, si weinstein vous propose une soirée privée au [complexe hôtelier] four seasons, n’y allez pas. »

Cette vidéo date de 2005 et elle n’a fait que dire ce que tout le monde savait et ce que tout le monde a accepté. Gwyneth Paltrow, par exemple, a elle-même été agressée, cela ne l’a pas empêché de remercier Harry Weinstein en pleurs lors de la cérémonie des oscars.

Quelle hypocrisie terrible… Le système parvient à faire des victimes des personnes consentantes, s’imaginant tout de même en profiter, quand même avancer dans leur vie.

Alors qu’en réalité, c’est la mort de l’esprit à petit feu, la souffrance marquée à vie pour le corps, l’esprit et le corps étant une seule et même chose qui plus est.

C’est ici la norme : pour participer à l’industrie hollywoodienne, aux fondements pourris, il faut participer à la pyramide de l’autorité et de l’humiliation.

Il serait tout à fait ridicule de ne pas penser que ce n’est pas pareil dans les médias ou dans la mode (récemment c’est le photographe Terry Richardson qui a accumulé les scandales). Tous ces milieux remplis de carriéristes et d’opportunistes sont prêts à tout pour avancer et servent de victimes sacrificielles pour des dégénérés profitant de leur puissance.

Et tout le monde sait très bien que les hommes ayant du pouvoir dans les institutions politiques ou économiques sont des beaufs, n’hésitant pas étaler leur agressivité sexuelle. C’est un constat élémentaire de la vie sociale, malheureusement, avec toute une hypocrisie française anti-« puritaine ».

C’est ce qu’Isabelle Adjani a très bien résumé hier dans le Journal du Dimanche, en disant :

« En France, il y a les trois G : galanterie, grivoiserie, goujaterie.

Glisser de l’une à l’autre jusqu’à la violence en prétextant le jeu de la séduction est une des armes de défense des prédateurs et des harceleurs. »

Ce qu’il y a de bien dans ces trois « G », c’est qu’il y a la tentative de définir le problème, de chercher quelle est la base culturelle du phénomène.

Et effectivement en France il y a un problème : on ne respecte pas l’intégrité des gens, en particulier des femmes. Cela a aussi à voir avec le fait de considérer le couple comme quelque chose de relatif, qu’on peut balancer par-dessus bord.

Il faut se rappeler ici de cet épisode qui a profondément marquer l’opinion publique, avec Michel Rocard expliquant en 2001 à Thierry Ardisson dans une émission qu’embrasser ou « sucer » ce n’est pas tromper!

Cet épisode a été durablement mis en valeur par ceux qui relativisent, qui nient la valeur du couple.

Car il y a une idéologie de la « consommation » sexuelle, du libertinage. Il n’est nul question de « porc » : ce qui est grave ici, c’est que les accusations justes contre les beaufs se transforment en argumentaire de type religieux contre les hommes en général, assimilés aux cochons.

C’est en effet un grand classique de la religion catholique que l’accusation selon laquelle les hommes sont emportés par leur réalité matérielle et ne penserait qu’à se « goinfrer » et « forniquer », en étant grossier et brutal.

Les pauvres cochons seraient conformes à cette vision délirante relevant de la fantasmagorie religieuse.

C’est la fameuse dénonciation du « pourceau d’Épicure », ce dernier étant un philosophe grec qui n’est rien d’autre qu’un de nos lointains prédécesseurs de l’antiquité.

Il est évident que la dénonciation des « porcs », ici des hommes en général, vise à cacher en fait que le cœur du problème ce sont ces milieux aux valeurs pourries et décadentes.

Comme cela demande toutefois une critique de la réalité, et que la parole relève surtout de femmes privilégiées socialement, on dévie la cible et on passe à une critique des hommes en général.

Sans voir que c’est le même discours que par exemple l’Islam qui veut que les femmes se voilent justement pour se protéger des hommes et de leurs pulsions qui seraient incontrôlables.

Sans, surtout, aller à une critique qui valoriserait la morale et la construction personnelle dans le couple. La morale et la construction personnelle dans le couple étant inacceptable pour une société fondée sur les individus autonomes, « libres de faire ce qu’ils veulent », picorant autour d’eux sans jamais se sentir lié…

L214 fait de l’éleveur Jean Rochefort un « défenseur des animaux »

L214 a salué la mémoire de Jean Rochefort, acteur décédé hier, en le présentant sous un jour extrêmement positif pour son rôle en faveur des animaux. Naturellement, nous avons voulu savoir dans quelle mesure c’était vrai.

Car c’un cas d’école chez L214 que cete récupération manipulatrice et mensongère de n’importe qui ou n’importe quoi, en en appelant à l’irrationnel et au sentimentalisme au moyen de quelques anecdotes censées être représentative d’une défense des animaux.

L’exemple est d’ailleurs parlant. Voici donc ce qu’a dit L214 sur son facebook :

Jean Rochefort était censé avoir porté « un profond respect à tous les animaux ». Le minimum pour cela voudrait dire qu’il était vegan (et nous ne pensons pas qu’être vegan soit d’ailleurs suffisant, car il faut aimer les animaux et les soutenir dans les faits).

Il ne l’était pas, même pas végétarien d’ailleurs, et en plus c’était un éleveur professionnel, un fanatique de l’utilisation des chevaux. L214 peut appeler cela être « amoureux des chevaux », ce n’est pas notre point de vue.

Précisons bien qu’il ne s’agit nullement d’accabler Jean Rochefort comme individu, qui plus est à l’occasion de sa mort. C’est l’interprétation irrationnelle (ou manipulatoire) qu’il s’agit de critiquer ici.

Que Jean Rochefort ait pu avoir quelques avis sympathiques, certainement, comme par ailleurs l’écrasante majorité des gens si on y regarde bien… Mais jouer sur la sensiblerie pour masquer les curseurs et les frontières, pour gommer la différence entre ce qui est juste et injuste, bien et mal, c’est non.

Le lien mentionné par L214 aboutit d’ailleurs à un très court extrait de propos de Jean Rochefort à la radio France Culture en 2012.

Jean Rochefort y explique que les abattoirs industriels, c’est une horreur, et qu’il regrette le temps où le bourgeois et la personne moyenne mangeant le « même poulet ».

Cela n’en fait pas une critique de la réalité allant dans le sens de la libération animale… C’est simplement une nostalgie classique, comme on en trouve dans le film « L’aile ou la cuisse »

C’est l’idéalisation classique du passé, propre à un homme par ailleurs connu pour son engagement dans la droite conservatrice. Son style dandy a correspondu à des valeurs de la bourgeoisie traditionnelle, celle qui avait encore des valeurs, une éducation et des principes (qui ne sont pas les nôtres par ailleurs).

Jean Rochefort a donc dénoncé l’abattage industriel, comme par ailleurs la corrida. Mais ce sont des anecdotes, car en pratique il a été un éleveur de haut niveau, et même « à l’origine de la première transplantation d’embryons chez la jument », comme on l’apprend dans une interview donnée au magazine équestre « Cheval Savoir« .

C.S. Parlez-nous de Jean Rochefort éleveur…

J.R. J’ai été absolument passionné par l’élevage, et là aussi, je fonctionnais complètement à l’instinct.

Un jour, j’étais avec ma jument de concours, Téfine, une jument vendéenne qui avait un peu de sang cob normand, et d’excellents aplombs. Un homme (manifestement un éleveur pur et dur) est passé à côté de moi et a laissé tomber : « quand on a une jument qui a un dos comme ça, on devrait la faire pouliner ».

J’ai obéi ! J’ai cherché un étalon, et j’ai voulu Laudanum, comme ça, par coup de coeur ; je n’étais pas compétent, mais j’adorais ce cheval.

J’ai fini par le trouver, boiteux, au fond d’une cabane. La saillie (en monte naturelle bien sûr…à l’époque il n’y avait que cela) a eu lieu sous l’ironie des personnes présentes. C’était la première, ou peut-être la deuxième saillie de Laudanum.

Il a ainsi été le père de Nashville, (je donne toujours des noms de films à mes poulains) qui a fait une carrière magnifique sous la selle de Jean-Maurice Bonneau.

Laudanum a eu ensuite la carrière de reproducteur que l’on sait, et une des filles de Nashville a été l’an dernier en tête des gains des chevaux de 6 ans, alors qu’elle ne toise que 1,53 m !. (…)

C.S. Toujours à propos de votre passion d’éleveur, vous avez été à l’origine de la première transplantation d’embryons chez la jument ?

J.R. Oui, c’est une chose dont je suis très heureux, qui a été très importante pour moi : cette première transplantation effectuée par le Dr Palmer a été faite sur une de mes juments…

C’est terrible. Cette histoire de transplantation correspond au principe des mères porteuses ; elle vise à permettre à la jument de pouvoir continuer à avoir une carrière dans les courses, tout en permettant la reproduction de manière technologique…

C’est naturellement odieux et il est inacceptable de mettre en avant Jean Rochefort en affirmant qu’il a un rapport positif aux animaux. Il a joué un rôle essentiel dans les rouages de l’exploitation animale des chevaux.

Il a d’ailleurs même été décoré pour cela, comme montre ses propos rapportés par Gala :

« J’ai décro­ché le Mérite Agri­cole pour avoir été à l’ori­gine de la première trans­plan­ta­tion d’em­bryons chez la jument. Je veux qu’on l’ins­crive sur ma tombe. J’ai le cabo­ti­nage post-mortem ! »

Il a, par ailleurs, été le commentateur des courses équestres à la télévisiondes épreuves équestres aux JO de 2004 et 2008.

Quand on voit cela, on se dit que L214 est d’un opportunisme assez viscéral, à ce degré.

Notons par ailleurs qu’une photo tirée de l’interview de Cheval Savoir a pu par ailleurs être utilisée sur internet ici ou là.

Le commentaire de « Cheval Savoir » n’a naturellement aucune valeur à nos yeux. Mais cela suffit à certains pour faire de cette photo un témoignage d’opinion engagée.

En réalité, la photographie illustre le passage suivant :

C.S. Vous êtes engagé dans la défense des chevaux maltraités…

J.R. Oui. La défense animale en général me semble un combat nécessaire. Je lis en ce moment le livre de Jonathan Safran Foer « Faut -il manger les animaux ? » C’est un livre que je vous recommande vivement. Les méthodes d’élevage industriel font froid dans le dos. Je ne suis pas encore végétarien, mais je compte le devenir…

Jean Rochefort n’est pas végétarien, mais cela le travaille, comme beaucoup. Sauf qu’en 2011, date de l’interview, il fallait déjà mettre en avant le véganisme… Et de toutes façons, c’est l’élevage industriel qu’il dénonce.

Quand on voit son parcours, son attitude visant à dénoncer que tout aille trop loin, sa posture de dandy, cela en fait au mieux quelqu’un proche des thèses fachos du « avant c’était mieux », pas quelqu’un visant une utopie universelle végane. D’ailleurs, s’il défend les chevaux, c’est parce qu’il les aime bien, voilà tout.

Et encore, les défendre est un grand mot, comme en témoigne ses propos au Figaro au sujet d’un tournage :

Avez-vous des regrets?

Le jour où on est satisfait de soi-même, on est foutu. Le doute est un carburant nécessaire. Je regrette infiniment l’expérience de Don Quichotte de Terry Gilliam, un metteur en scène pour lequel je n’ai plus d’estime. Le tournage (en 2001, ndlr), inachevé, a été interrompu par une hernie foudroyante.

De plus, j’avais accepté de monter sur un cheval qui, pour ressembler à Rossinante, n’avait pas été nourri pendant quarante jours. Les soigneurs avaient des pommes accrochées dans le dos pour qu’il marche.

Deux jours après mon arrêt, le cheval est mort. Moi, l’homme de cheval, j’avais accepté cette horreur! À la douleur physique, au renoncement du rôle, s’ajoutait la honte. Mon psychiatre m’a aidé à faire sortir peu à peu tous ces maux. Et à me relever d’une grave dépression.

C’est un bon exemple, car cela signifie que Jean Rochefort n’a pas su systématiser son amour des chevaux, l’universaliser. Il a donc échoué en 2001, et il l’a bien compris. C’est à son honneur, mais cela n’en fait pas un défenseur des animaux.

Cela en fait quelqu’un qui a échoué à aimer les animaux. En pratique, il ne dépasse pas la position d’éleveur professionnel, fervent défenseur des activités équestres, qui veut que les choses restent « mesurées », « à l’ancienne » en quelque sorte… Mais qui n’a pas été capable pour autant de défendre le pauvre cheval du film « Don Quichotte ».

On notera d’ailleurs que les propos de Jean Rochefort aurait dû aboutir à une enquête et à la condamnation du réalisateur. Cela n’est évidemment pas le cas.

Notons même que Terry Gilliam salue Jean Rochefort précisément avec une image où l’on voit ce pauvre cheval… Quelle ignominie…

Le réalisateur Terry Gilliam montre vraiment ici qu’il n’a rien compris aux animaux. Une telle publication, alors que l’animal est mort deux jours après la photographie, après avoir été affamé… cela fait froid dans le dos.

Quand on voit tout cela, quand on sait que Jean Rochefort a été un éleveur même décoré pour son activité, peut-on alors faire de cet acteur un défenseur des animaux, ou même des chevaux? Certainement pas.

A croire pourtant qu’il sufit qu’il dise qu’il ne faut pas manger les chevaux – seulement donc les utiliser pour des courses, comme des objets – pour en faire quelqu’un de bien, comme chez Brigitte Bardot, qui parle d’une « hécatombe d’étoiles qui s’éteignent avec la mort de Jean Rochefort »…

Peut-on alors aussi comprendre certains commentaires irrationnels qu’on trouve sur le facebook de L214 ?

« C’est toujours les meilleurs qui partent en premiers malheureusement. »
« Un grand homme, il a porté son art à la cause animale »
 » Un très grand Monsieur ! Reposez en paix.« 
« Adieu Monsieur Rochefort. Vous allez nous manquez. Reposez en paix Monsieur Rochefort ami des animaux. »

Ces commentaires sont absurdes, ou plutôt symptomatiques : tout ce cinéma ne sert qu’à larmoyer, afin de se mettre soi-même en avant, de prétendre que le monde est uniquement dur, qu’on ne peut rien et que la cause est vouée au martyr.

C’est ignoble et L214 joue là-dessus pour s’imposer comme association institutionnelle. C’est du racolage morale absolument affreux.

Alors qu’en plus, sans sacraliser Jean Rochefort, sans le transformer en « ami des animaux », il y avait matière à réflexion.

Pour preuve, nous avons trouvé cette chanson où Jean Rochefort raconte un beau texte sur les chiens abandonnés, dans un 45 tours au profit de la SPA. C’est très dur et on sent qu’il saisit très bien la signification du texte lu.

C’était bien plus cela qu’il fallait mettre en avant qu’une photographie de Jean Rochefort à prétention esthétisante, faisant passer celui-ci pour ce qu’il n’a pas été.

Quand ils ont claqué la portière
Il n’a pas compris tout de suite
Il a couru longtemps derrière
Mais la voiture allait trop vite

Et pendant des journées entières
Il a vu les autos passer
Mais vous, auriez-vous fait marche arrière
En voyant ce chien sans collier ?

Car après les premières caresses
Puis quelques mois d’indifférence
Beaucoup de chiens perdent leur laisse
Au début des grandes vacances…

Comme un objet que l’on jette
Quand il n’est plus au goût du jour
Il sera remplacé peut-être
Par un chien plus jeune au retour…

Le chien abandonné en été par ses maîtres
Flaire toujours la route et fait des kilomètres
Il traverse les villages et s’approche des enfants
Qui n’osent le caresser de peur qu’il soit méchant,
De peur qu’il soit méchant

Il n’a pas oublié ses maîtres
Depuis le jour qu’il vagabonde
Et pour les retrouver peut-être
Il ira jusqu’au bout du monde

Il n’a plus d’âge et plus de race
Qu’importe comment il s’appelle
Mais à le voir suivre leurs traces
Moi, je vais l’appeler Fidèle

Le chien abandonné en été par ses maîtres
Sur le bord d’un fossé vaut bien que l’on s’arrête
Qu’on ouvre sa portière pour le faire monter
Pour qu’un jour en été il n’y ait plus jamais
De chien abandonné.

Voilà qui est utile et qui fait partie du patrimoine de la défense des animaux. Voilà ce qu’il faut valoriser et évaluer objectivement, et non pas sacraliser tout et n’importe quoi, afin d’alimenter l’irrationnel et de masquer qu’en fait l’exploitation animale est en expansion exponentielle à l’échelle planétaire.

Aucun compromis avec McDonald’s, burger « veggie » ou pas

Dans la culture rasta, la société moderne est qualifiée de Babylone ; c’est bien sûr une référence chrétienne au fait que dans la Bible, Babylone est le symbole de l’oppression, d’un mode de vie incorrect.

L’allégorie de Babylone a pu être utilisé ici et là, et si la portée religieuse est sans intérêt, ce qui compte à l’arrière-plan, c’est la valorisation de la question de la vie quotidienne.

Ce qui est décisif, c’est la manière de vivre dans sa nature quotidienne.

Non pas que révolutionner sa vie quotidienne suffise. Être anarcho-punk ne change clairement pas le monde. Ni même le fait d’être vegan, en fait. Mais être vegan,  c’est une condition sine qua non pour aller à l’assaut de cette société et la changer.

Tout relativisme est alors une faille.

Pourquoi dire cela ? Car McDonald’s a sorti un burger végétarien, qui va être testé plus d’un mois en France (du 10 octobre au 27 novembre 2017).

Le « grand veggie » sera composé d’une galette végétarienne composée d’un mélange de salsifi, carotte, emmental et céréales, avec en garniture, de la salade, du chou rouge et blanc et une sauce au pesto rouge, avec deux pains parsemés de graines de courge, de sésame et de pavot.

Le tout « made in France », McDonald’s insistant particulièrement sur ce côté « terroir ».

Il existe aussi ailleurs un burger végétalien, le McSpice, avec comme base un « steak » de haricots rouges, de carottes, de poivrons verts et d’oignons rouges. Il est présent en Norvège depuis peu, et a ou existe encore en Afrique du Sud, en Arabie Saoudite et en Belgique ; une version avec fromage est aussi disponible. Il y a également en Inde un McVeggie, avec un steak de légumes (petits pois, carottes, haricots, oignons, patates et riz).

Peu importe, car ce qu’il est nécessaire de réaffirmer ici, c’est qu’il n’y a rien de végan. Le véganisme n’est pas le végétalisme. Même si la nourriture est vendue à part, Mc Donald’s reste un monstre de l’exploitation animale, le symbole d’une consommation ignoble, d’un mode de vie infâme.

McDonald’s est une machine de guerre, c’est le capitalisme tourné vers l’exploitation animale de très grande consommation, avec un perpétuel souci d’agrandissement, de modernisation.

Avec, aussi, une très grande attention portée à ce que tout reste niais, aseptisé, stupide.

Il ne s’agit pas ici de faire de l’anti-américanisme primaire et forcément stupide, ni d’ouvrir un débat sur la possibilité ou non de manger végétalien dans un restaurant qui ne l’est pas. On sait bien à quel point il n’est pas forcément aisé de se confronter au réel avec toute la rage nécessaire et il ne s’agit pas de jeter la pierre à des gens tentant d’organiser leur vie quotidienne.

Des discussions sont possibles et nécessaires, bien entendu ; le sujet est complexe et demande de la finesse. Pour Mc Donald’s, par contre, aucun débat n’est possible. McDonald’s est un ennemi.

C’est un ennemi prioritaire. Au même titre que les kebabs ou les fast-foods « bien de chez nous », d’ailleurs, car l’aspect essentiel n’est nullement l’origine nationale, mais le fait qu’il s’agisse d’une consommation de masse, à vocation « plaisante » et relativement peu onéreuse.

L’accessibilité d’une telle consommation, voilà la réelle ennemi, et non pas une pseudo « végéphobie » qui est vraiment une fantasme de gens cherchant à tout prix à refuser l’esprit de confrontation et de lutte.

Être vegan signifie lutter, signifie la rupture. Ce que proposent en ce moment L214, l’association 269, les petits boutiquiers et autres épiciers, les magasins bios, n’est qu’un moyen d’intégrer, de saboter, de dévier vers le symbolique et la consommation.

Alors que la question qui compte, c’est celle de la production à l’échelle du monde.

Croit-on vraiment changer le monde en portant de manière immorale des cadavres d’animaux dans les bras, en montrant des vidéos sordides, en passant une nuit devant un abattoir ?

Tout cela est bon pour la bonne conscience, et encore, mais cela ne modifie en rien la réalité. Ce n’est pas une contribution à la bataille pour la libération, une libération qui passe par la confrontation avec les tyrans.

McDonald’s est un tel tyran.

McDonald’s est une entreprise de très grande envergure tentant de faire passer l’exploitation animale la plus poussée pour un acquis démocratique ; chez McDonald’s, on peut venir comme on veut, il y a un côté plaisant et familial : tout cela n’est qu’un masque infâme, un éloge de la niaiserie la plus violente, la plus criminelle même.

Au 21e siècle, tout le monde sait ce que représente McDonald’s, à savoir la continuation d’un mode de vue superficiel, anéantissant l’Amazonie, élargissant l’exploitation animale, avec des conditions de travail très difficiles pour un salaire misérable, tout cela au service du bon plaisir individuel totalement aliéné et d’une entreprise richissime.

Les nouveaux burgers végétarien ou végétalien sont ainsi une insulte au véganisme. Ils témoignent d’une offensive pour corrompre les gens ayant une conscience, ils prétendent être ce qu’ils ne sont pas, car McDonald’s est un lieu qui est une insulte à la conscience, à la Nature, à la culture, à ce que devrait être chaque être humain portant la moralité.

Par conséquent, les burgers végétariens ou végétaliens de McDonald’s doivent être dénoncés comme l’exemple de l’hypocrisie de la part de l’exploitation animale, comme exemple aussi de corruption par la manipulation de la fibre individuelle des personnes ayant conscience de ce qui se passe.

Quiconque a un peu de conscience et va au McDonald’s se laisse corrompre. Ce n’est pas un compromis anodin, mais un doigt dans l’engrenage qui amène sa totale intégration et son inévitable capitulation.

Jamais on ne soulignera assez que la bataille n’est pas seulement pour que les gens deviennent vegans, mais également qu’ils le restent. Les gens en France n’ont malheureusement pas encore connu, à l’opposé de pays comme la Suède, l’Allemagne, l’Autriche, etc., de vague qui a échoué et qui sert de bilan.

Car entre une base culturelle insuffisante et l’offensive de l’industrie de l’exploitation animale, des revues féminines et du bio, il ne va pas rester grand-chose de la vague vegan actuelle. La corruption individuelle est inévitable ; le véganisme n’est pas populaire, il n’est pas ouvrier, il n’est pas ancré dans la vie quotidienne, il est surtout un lifestyle à la mode, larmoyant et branché en même temps, glauque et élitiste à la fois, purement symbolique et sans volonté de rupture.

De rupture dans la vie quotidienne. C’est peut-être ici la preuve qu’il n’est pas possible de porter le véganisme sans la dimension straight edge. C’est sans doute la preuve que sans assumer une mentalité stricte, disciplinée, refusant toute échappatoire, on succombe.

Car la corruption, dans « Babylone » est partout ; elle s’immisce dans la moindre interstice, elle creuse et fait tomber même les meilleurs.

Pourtant, la bataille ne s’arrête jamais, il doit continuer jusqu’à la victoire. Il faut faire tomber Babylone et pour cela il faut une morale inébranlable, des principes indiscutables, un projet collectif rationnel, une conscience de l’enjeu qui n’est pas moins que la bataille pour la planète.

Lettre ouverte aux vegans de Pézenas, de l’Hérault, de France et d’ailleurs

François Ferdier est un éleveur de l’Hérault, membre de la Coordination Rurale 34. Il a rendu public une lettre ouverte « aux vegans de Pézenas, de l’Hérault, de France et d’ailleurs ».

Comme toutes les lettres ouvertes, elle feint le dialogue pour, comme de bien entendu, attaquer un concurrent sur le plan des idées. La Coordination Rurale, c’est en effet le slogan « Pour sauver un paysan, mangez un végan« , la pendaison d’une vache morte depuis trois semaines à la permanence d’un député des Républicains en Normandie

Voici la lettre.

Madame, Monsieur, vous défendez la cause animale dites-vous, et je la défends aussi. Or, je défends aussi mes collègues agriculteurs, ceux dont la profession est de nourrir les Hommes.

Car sans nourriture point n’est besoin de médecin, de psy et des autres professions.

Aujourd’hui, un agriculteur se suicide tous les deux jours, soit près de 200 paysans par an… Juste pour que les Français puissent manger à leur faim !

N’oubliez pas que sans l’élevage, ce sont les estives ou paissent des vaches, des moutons et des chèvres qui disparaîtront. Il faudra dire adieu aux joies de la glisse en hiver et faire face à un risque accru d’avalanches.

De même, les garrigues privées des chèvres et des brebis Lacaune ou Mérinos,s’embroussailleront et feront la part belle aux flambées estivales, lesquelles n’épargneront pas nos maisons…

Il vous restera, mesdames et messieurs les « végans », à aller brouter l’herbe du mont Lozère et du plateau du Cantal, car sans les Aubracs qui y paissent, ces espaces, où seule l’herbe peut pousser, deviendront une jungle.

Et je ne parle pas de la place essentielle des animaux dans le cycle de la vie organique terrestre !

Lorsque vous défendez les animaux des brutalités de certains individus, lorsque vous vous battez contre la surpopulation « carcérales » de certains élevages, vous avez là toute ma considération. Le bien-être de mes animaux est ma préoccupation quotidienne.

Mais que vous vouliez imposer par des méthodes extrémistes illégales vos points de vue sur la consommation de viande, et sur la vie sans animaux domestiques, cela dépasse les bornes.

Alors oui, je partage sans honte le slogan de mon syndicat : POUR SAUVER UN PAYSAN, MANGEZ UN VÉGAN !

François FERDIER, Coordination Rurale de l’Hérault

Répondons ici brièvement en quelques points :

a) Dire qu’on est dans une situation où il faut se battre pour que la France puisse manger à sa faim est faux. Le gâchis alimentaire est entre entre 95 et 115 kilo par personne dans notre pays.

Il n’y a pas besoin d’une bataille « pour la production ». S’il dit cela, c’est justement en raison du point suivant.

b) François Ferdier se trompe quand il dit que les agriculteurs ont comme « profession de nourrir les Hommes ». Les agriculteurs ont comme profession d’avoir une entreprise. Leur activité concrète est secondaire par rapport à cette fonction.

Et si justement il y autant de suicides, c’est parce que cela ne marche pas pour les petits agriculteurs, qui se font littéralement broyés par les grands groupes. C’est la simple application du principe de la concurrence, de la compétition économique.

L’idée de dire qu’il faudrait « sauver les agriculteurs », c’est simplement un moyen de se protéger dans le cadre de la concurrence économique. D’où le chantage avec le point suivant.

c) Le chantage à la défense du paysage, avec avalanches et incendies sans éleveurs, apparition de jungles, etc. ne tient pas une seule seconde. Rien n’empêche en effet de laisser paître vaches, moutons et chèvres, sans pratiquer l’élevage, en contrôlant la natalité dans un premier temps…

Sans compter que l’élevage est industriel désormais et ne correspond à cette image d’Epinal qui nous est donné. D’où le point suivant.

d) Parler « de la place essentielle des animaux dans le cycle de la vie organique terrestre » n’a aucun sens dans la mesure où ce cycle est naturel alors que l’utilisation des animaux se moque de ce cycle, occassionant pollution et contribution au réchauffement climatique.

L’élevage industriel a explosé depuis cinquante ans et va continuer sa croissance exponentielle dans les trente prochaines années. En quoi cela a-t-il un rapport avec le cycle de la vie terrestre ? Rien, mais tout avec le chaos de la manière humaine de produire. D’où le point suivant.

e) François Ferdier a tort de s’imaginer qu’il est possible de faire sans « la surpopulation « carcérales » de certains élevages. » Qui dit concurrence dit compétition, qui dit compétition dit bataille sur les prix.

Son activité est en décalage avec les grands groupes, peut-être ; il n’en reste pas moins que ce sont toutes les petites activités qui, par leur jeu économique, ont produit les grands groupes. On ne va donc pas retourner en arrière pour que toute recommence, et ce n’est de toute façon pas possible.

Ni souhaitable d’ailleurs, car si l’on peut vivre sans tuer d’être vivant, autant le faire. C’est une manière de voir la vie qui est différente.

Et il est vrai ici que cette bataille positive ne ressort en rien des initiatives récentes des associations L214 et 269life, qui maintenant parfois même s’allient.

François Ferdier réagit en effet avec cette lettre ouverte sur le site de la Coordination rurale 34 aux initiatives de « nuit debout » devant des abattoirs. Des éleveurs étaient souvent venus apporter une « opposition », avec la police servant de tampon. En voici quelques photos.

Les éleveurs ont très bien saisi le problème, comme en témoigne le communiqué de la coordination rurale 34, justement, appelant à se mobiliser.

« Aussi bien les agriculteurs, toutes spécialités réunies, que les consommateurs doivent se préserver contre l’application de l’idéologie végane – dont on ignore les ressources financières mais dont on constate le prosélytisme exacerbé – afin que ne soient pas définitivement anéantis les équilibres économiques et sociaux de notre pays.

Agriculteurs et consommateurs devront être très nombreux le 26 septembre prochain pour engager pacifiquement le dialogue avec les végans et, en respectant leurs pratiques pour eux-mêmes, les convaincre d’abandonner leur volonté de les appliquer à tous. »

S’appuyer sur les traditions, fomenter les suspicions sur les vegans en tablant sur leur manque de projet, jouer sur la dimension économique des bénéfices pour le capitalisme, appuyer la question du libéralisme (chacun fait ce qu’il veut) : tel est le panorama de la contre-offensive de l’exploitation animale.

C’est intelligent, réfléchi, et il y a les moyens derrière. Et les pseudos-actions renforcent cet ennemi.

Car on peut comprendre qu’on ait envie de s’engager. Mais s’imaginer que cela changerait quelque chose de s’habiller en noir et de se rassembler devant des abattoirs, c’est totalement catholique. C’est glauque et cela ne sert à rien ; c’est du témoignage contemplatif.

Et c’est très symptomatique du véganisme français, qui depuis son émergence, ne dépasse pas cet horizon du témoignage, de la mise en avant individuelle, de la logique du boutiquier-commerçant.

Il n’y a aucune réflexion, aucune organisation ; le premier groupe qui lance une activité, quelle qu’elle soit, rassemble un peu de monde, et cela s’arrête là.

Il n’y aucune structure fixe, les gens passent d’une association à une autre, quand ils n’ont pas double ou triple casquette.

Le niveau reste naïf, infantile, limité à une vague dénonciation de l’oppression, sans aucune analyse de la société, aucune remise en cause des institutions, comme si on ne vivait pas dans une société capitaliste, comme s’il n’y avait pas des riches et des pauvres, un style de vie dominant, des mœurs traditionnelles, etc.

Pire encore, on peut même dire que cette approche vise de manière explicite à nier que pour que la libération animale réussisse, il faudra une révolution. Au fond, tous ces gens ne peuvent ne pas le savoir. Ils font donc semblant, ils témoignent.

Ils ne veulent pas mettre leur vie au service de la cause, ils ne veulent pas risquer leur situation personnelle. C’est leur individualité qui prime, leur confort personnel.

Et à l’arrière-plan, rien ne change, car il n’y a pas de militantisme dans la population, seulement du témoignage. Il y a une dénonciation à prétention moraliste, mais personne d’accusé de manière précise à part le « spécisme », ce mot fourre-tout qui permet surtout aux riches et aux puissants de pouvoir continuer à dormir tranquille.

Tout cela est catholique au possible, une manifestation de bonne conscience, dans un monde pourtant en perdition.

Or, il faut être athée, avec comme perspective une tempête de masse, fracassant un système dans son ensemble, révolutionnant la vie quotidienne.

Ce sont vers les gens qu’il faut aller, c’est dans la population qu’il faut aller, dans toute la France. C’est là qu’il faut dispenser son énergie, en trouvant des voies positives pour la défense des animaux, mais de la Nature, car là est le véritable enjeu de fond, le sens réel de la bataille.

Charlie Hebdo prend partie contre la PMA pour toutes

L’extrême-droite et les catholiques font semblant de se réjouir du dernier éditorial de Charlie Hebdo, mais en fait ils enragent, car c’est le premier vrai signe de visibilité qu’à gauche il n’y a pas que des partisans du libéralisme libertaire…

Voici l’éditorial en question.

On remarquera que là où Charlie Hebdo montre qu’il est encore de gauche, ce n’est pas seulement parce qu’il explique qu’il n’y a pas de « droit à l’enfant ». C’est aussi parce qu’il souligne qu’il existe une pression démesurée de la société pour avoir des enfants.

Bien entendu, avoir des enfants est une chose naturelle, et donc bonne : la vie appelle la vie.

Cependant, nous vivons dans une société infernale, avec la destruction de la Nature à l’échelle planétaire, avec une surpopulation allant de paire avec une urbanisation terrifiante.

Ne pas vouloir avoir d’enfants est donc un choix, dans ce contexte, qui s’il n’est pas naturel, possède certainement un sens également!

« Une amende forfaitaire en cas d’usage de stupéfiant »

Ces derniers jours ont eu lieu plusieurs réunions organisées par la mission d’information parlementaire sur la mise en place d’une amende forfaitaire en cas d’usage de stupéfiant.

Jetons un œil bref sur ce premier pas vers l’inéluctable légalisation du cannabis, en absence d’opposition massive et militante. Car on est là dans une opération technocratique rondement menée.

Après la vague chargée de neutraliser l’opinion publique, la légalisation va se faire administrativement : il s’agit de faire passer la consommation du cannabis dans le cadre de « l’amende forfaitaire délictuelle ».

Si on est arrêté avec du cannabis, on aura donc une amende. Or, c’est très compliqué à mettre en place, comme le remarquent d’ailleurs même les responsables de cette mission sont Robin Reda (Les Républicains) et Éric Poulliat (La République En Marche).

Ceux-ci servent, pour résumer, d’interface de discussion avec les multiples intervenants invités pour donner leur avis. Ces avis ne concernent nullement le cannabis, mais seulement la manière dont il faut procéder à la mise en place des amendes pour consommation de cannabis.

La définition exacte de la mission parlementaire est d’ailleurs: « mission d’information portant sur l’opportunité de recourir à la procédure de l’amende forfaitaire délictuelle (déjà prévue dans notre droit pour deux délits routiers) pour sanctionner l’infraction d’usage illicite de stupéfiants. »

Où sont les complications ? Le problème, c’est que déjà les mineurs vont échapper à ce principe de délit, relevant d’une autre juridiction. Ensuite, il y a le volet pénal qui reste en cas de récidive et qui relativise donc le principe comme quoi ce serait simplement un « délit ».

Notons au passage que tout ce mic-mac permet, en même temps de rester dans le cadre de la Convention des Nations Unies contre le trafic illicite de stupéfiants et de substances psychotropes, datant de 1988 et signé en 1990. Officiellement, la France interdirait le cannabis… mais sans appliquer de répression autre qu’une amende.

Ensuite, il y a le problème de la prévention sur le plan de la santé, le cannabis devenant un délit échappant alors littéralement à tout principe de santé publique. On en arriverait en fait à la même hypocrisie qu’avec l’alcool et les cigarettes.

Enfin, cette décriminalisation pose encore un autre souci, puisqu’elle contourne la question de la production : le marché noir reste et l’État ne gagne pas ces fameuses taxes qu’il aurait en cas de légalisation…

Une légalisation qui va donc se présenter à terme comme « inéluctable » de par le problème de l’encadrement des délits. De toutes façons, parmi les « invités » aux auditions, on trouve même Cannabis sans frontières ou le Collectif d’information et de recherche sur le cannabis (CIRC).

Il suffira que la police dise – et elle le fera – qu’elle a autre chose à faire que mettre des contraventions pour le cannabis, et le tour sera joué !

Arkangel : « Prayers upon deaf ears »

« Les Lamentations des morts glorifient la révolution
Les larmes des victimes
Flottent dans une mer de désespoir »

 

« Dans un bassin de rouge
Les outils de la mort forgés dans les flammes du mépris
Les animaux non humains meurent au nom de l’ignorance égoïste »

 

« Alors que les larmes tombent de mes yeux et roulent sur ma la joue comme une pluie de tristesse, je prie pour le salut de l’innocence mais mon esprit endeuillé et mon coeur saignant savent que ce sont des prières dans des oreilles sourdes »

 

« La folie industrielle consomme Gaïa
Témoignez de la disparition de la vie sous le siège de l’humanité
Mère sans respiration, impuissante elle meurt »

C’est un album emblématique d’un groupe de musique qui a eu une grande influence. Lorsque le groupe belge Arkangel sort en 1998 l’album « Prayers upon deaf ears », on fait face en effet à un monument.

On est dans une affirmation vegan straight edge profonde, avec des paroles reflétant une vision du monde comprise et exprimant une colère sourde. Il y a quelque chose de profond, de vrai, de juste, dit avec émotion et vérité.

La musique, de par son tournant métal dans le hardcore, apporte quelque chose de nouveau, qui a été marquant. Il y a un côté à la fois sombre et agressif, une tristesse et une colère qui sont terribles et engagés : la partie parlée à la fin de l’album est un appel à la compassion.

Mais il est difficile d’être au niveau et de comprendre l’ampleur de ce qu’on porte. Les musiciens d’Arkangel ont ainsi entièrement rompu avec tout ce qui a un rapport avec la culture vegan straight edge et ses principes, profitant toutefois de leur aura et d’un style découvert pour continuer une carrière sous le même nom.

C’est étrange et révoltant. La forme aussi, perdant tout rapport avec son contenu, a alors irrigué une scène metalcore allant parfois jusqu’au nihilisme (Arkangel est ainsi proche de « Kickback », du « negative hardcore » français avec chaque concert tournant en bagarre, une fascination pour la « transgression » jusqu’au morbide, etc.).

Bref, Arkangel s’est transformé en son contraire. Cela doit nous rappeler que nous devons rester humbles et disciplinés, écraser toujours notre ego pour toujours savoir se mettre au service de Gaïa, sans céder.

C’est Gaïa qui prime – la Terre d’abord !

Voici les paroles de l’album « Prayers upon deaf ears », « Prières dans des oreilles sourdes ». L’ordre des chansons suit l’album (qui fait un peu moins de 20 mn), les lecteurs sont calibrés pour chaque chanson.

Within The Walls of Babylon
Au sein des murs de Babylone

Immersed in a sea of pain
Chained to a lifetime agony
Existence becomes a thorn stuck in the side of the innocents
Born different, destined to suffer
A throne usurped by man for a Kingdom plagued with tyranny
Immergée dans une mer de douleur
Enchaînée à une agonie à vie
L’existence devient une épine planté dans la côte des innocents
Né différent, destiné à souffrir
Un trône usurpé par l’homme pour un Royaume rongé de tyrannie

Malicious, vile, merciless
Modernity devours the children of earth disgraced
Before humanity’s demented eyes
Driven by sickness civilization indulges in suicidal madness
Malicieuse, vile, impitoyable
La modernité dévore les enfants de la terre déshonorés
Devant les yeux de déments de l’humanité
Conduite par la civilisation de la maladie, engagée dans la folie suicidaire

Within the walls of Babylon, wickedness is rampant
And snakes crawl under virgin skin
I seek a moral elevation
To salvage hopes of paradise
No more cupidity but altruism to restore harmony
Au sein des murs de Babylone, la folie furieuse est rampante
Et les serpents rampent sous la peau vierge
Je cherche une élévation morale
Pour sauver les espoirs du paradis
Plus de cupidité mais l’altruisme pour restaurer l’harmonie

Under a red sky of dying nature
Laments of the dead praise revolution
Tears of the victimized
Flow into a sea of despair
Sous un ciel rouge de la nature mourante
Les Lamentations des morts glorifient la révolution
Les larmes des victimes
Flottent dans une mer de désespoir

One Standard, One Ethic
Une norme, une éthique

In the mist of inferno, I seek salvation
Filth cannot taint my allegiance
For my heart
Holds the truth
Dans le brouillard de l’enfer, je cherche le salut
La saleté ne peut pas corrompre mon allégeance
Car mon cœur
porte la vérité

My heart and my mind worship discipline and filter right from wrong
Purification
Mon cœur et mon esprit adorent la discipline et filtrent le bien du mal
Purification

Sworn to justice to cast iniquities into the shadows of oblivion
Untouched by the dirt of lust
One standard, one ethic
Redemption for all innocent life
One standard, one ethic
Reverance for the sentiment
Jurer à la justice de jeter les iniquités dans l’ombre de l’oubli
Intact de la crasse de la luxure
Une norme, une éthique
La rédemption pour toute vie innocente
Une norme, une éthique
La révérence pour le sentiment

(reprise)

Built Upon The Graves
Construit sur les tombes

Emissaries of demise slit the defenseless
In an act of barbarity
Sharp knives give the final embrace
In a pool of red
Les émissaires de la faille ont fendu les sans défense
Dans un acte de barbarie
Les couteaux aiguisés donnent l’étreinte finale
Dans un bassin de rouge

Deathtools forged in the flames of scorn
Non human animals die in the name of selfish ignorance
Les outils de la mort forgés dans les flammes du mépris
Les animaux non humains meurent au nom de l’ignorance égoïste

Blood spilled for lust
In temples of terror
Factory farms
Le sang répandu pour la luxure
Dans les temples de la terreur
Les fermes usine

Vivisection laboratories
Fur ranches Slaughter houses
All replace concentration camps still injustice remains
Les laboratoires de la vivisection
Les séries d’abattoirs pour la fourrure
Tous remplacent les camps de concentration encore l’injustice reste

End this evil empire built upon the graves
Of murdered and devoured creatures
Salvation I whisper thy name and scream for liberation
Consumption of lifeless bodies is a vote for genocide
Terminons-en avec cet empire maléfique construit sur les tombes
D’assassinées et dévorées créatures
Le salut je murmure ton nom et je hurle pour la libération
La consommation de corps sans vie est un vote pour le génocide

In The Embrace Of Truth
Dans l’étreinte de la vérité

I am not tempted by your paradise of lies
Never will I fester in the boels of decadence
Committed to nobility for a higher destiny
In the embrace of truth belongs my heart and soul
I walk the path of righteousness
Je ne suis pas tenté par votre paradis de mensonges
Jamais je ne me farderai dans les bouffées de la décadence
Engagé pour la noblesse pour une destinée supérieure
Dans l’étreinte de la vérité appartient mon coeur et mon âme
Je parcours le chemin de la droiture

My quest for justice is enlightened by the blazing sun of harmony
I refuse to partake into man’s craving for lechery
A desire fueled by the flames of greed in this world Mother
Culture is a legacy of prejudices
Against non human animals
Ma quête de justice est éclairée par le soleil brûlant de l’harmonie
Je refuse de participer à l’envie de l’homme pour la luxure
Un désir alimenté par les flammes de la cupidité dans ce monde Mère
La culture est un héritage de préjugés
Contre les animaux non humains

Day Of Apocalypse
Jour de l’apocalypse

« And there were angels who could not accept the lifting of man above them,
and like Lucifer rebelled against the armies of the loyal arch-angel Michael,
and there arose a second war in Heaven » [From the movie The Prophecy, inan extra chapter of the Book of Revelation]
«Et il y avait des anges qui ne pouvaient pas accepter la levée de l’homme au-dessus d’eux,
et comme Lucifer se révoltèrent contre les armées du fidèle archange Michel,
et il y a eu une seconde guerre au ciel » [Tiré du film La Prophétie, dans un chapitre supplémentaire du Livre de l’Apocalypse]

I hear the trumpets of the apocalypse
Announcing the end of man
So please end this exploitation
Thou shall not poison the earth
Essence of all existence for with her
We fall along into the abyss of avidity
J’entends les trompettes de l’apocalypse
Annoncer la fin de l’homme
Donc s’il vous plaît cessez cette exploitation
Vous ne devriez pas empoisonner la Terre
Essence de toute existence, avec elle
Nous tombons dans l’abîme de l’avidité

Sealing our fate with the kiss of death
Defense of innocent life is my declaration
Retribution, humanity harvests destruction
As we have sown desolation
Scellant notre sort avec le baiser de la mort
La défense de la vie innocente est ma déclaration
La rétribution, l’humanité transporte la destruction
Comme nous avons semé la désolation

Vision of apocalypse complete devastation
Final judgement falls upon us as we rape the land
Vision de l’apocalypse, dévastation complète
Le jugement définitif tombe sur nous alors que nous violons la terre

When mother earth’s lifeforce depletes
Action must be taken to free the world from its sickness
Action for justice leads to freedom
Lorsque la force vitale de la terre-mère s’épuise
Il faut prendre des mesures pour libérer le monde de sa maladie
L’action pour la justice conduit à la liberté

Scorched landscape burned to ashes
Original state of balance forever lost
Creation of nature is drowned into concrete
Paysage brûlé en cendres
L’état d’équilibre original perdu à jamais
La création de la nature est noyée dans le béton

Oblivion embraces paradise while helpless species die
We forge this world into an hell
Industrial madness consumes Gaïa
Witness the demise of life under the siege of humanity
Breathless mother, helpless she dies
L’oubli embrasse le paradis alors que les espèces sans défense meurent
Nous forgeons ce monde en un enfer
La folie industrielle consomme Gaïa
Témoignez de la disparition de la vie sous le siège de l’humanité
Mère sans respiration, impuissante elle meurt

Evilization
Mal-isation

Legions of demons advance in the shadow of mankind
Infernal hordes of chaos wage war against Earth
Soldiers of doom pour venom on the land
Final shreds of nature swing on the brink of abyss
While non human life agonizes
Anthropocentrism is tainted by the suffering of millions
Des légions de démons avancent dans l’ombre de l’humanité
Des hordes infernales du chaos font la guerre contre la terre
Des soldats de la destruction versent du venin sur la Terre
Les fragments finaux de la nature se balancent au bord de l’abîme
Alors que la vie non-humaine agonise
L’anthropocentrisme est entaché par la souffrance de millions

Admist inferno, I seek salvation to bring an end to your mindless destruction
We conquer a wind of protest
Blows to enlighten
Au milieu de l’enfer, je cherche le salut pour amener une fin à votre folle destruction
Nous conquérons un vent de protestations
Soufflant pour éclairer

The blackness of ignorance when absolute evil forms
I raise an avenging sword and strike the beast into its heart
To preserve innocence, to protect the defenseless
I am striving for an all encompassing golden age
Where justice and compassion prevail
In reaction to decadence emerges a shining order
One that ensures freedom not enslavement
La noirceur de l’ignorance quand le mal absolu se forme
Je soulève une épée vengeresse et frappe la bête dans son cœur
Pour préserver l’innocence, protéger les sans défense
Je tends à un âge d’or embrassant tout
Où la justice et la compassion prévalent
En réaction à la décadence émerge un ordre brillant
Celui qui assure la liberté et non l’asservissement

[Spoken Part]
[Partie parlée]

As tears fall from my eyes and roll over my
cheek as a rain of sadness, I pray for the salvation of innocence
but my mourning soul and bleedings heart know that they are prayers
upon deaf ears for I have witnessed so much disregard in the actions
of our greed ridden civilization.
Alors que les larmes tombent de mes yeux et roulent sur ma
joue comme une pluie de tristesse, je prie pour le salut de l’innocence
mais mon esprit endeuillé et mon coeur saignant savent que ce sont des prières
dans des oreilles sourdes, j’ai été témoin de tant de mépris dans les actions
de notre civilisation dominée par l’avarice.

After all the pain, after all the suffering non human animals
have to endure, imprisoned in the factory farms, tortured
in the vivisection laboratories and killed in the slaughterhouses,
symbols of ignorance and cruelty, I hope that somewhere there
is a place where they can finally rest in peace.
Après toute la douleur, après toute la souffrance que les animaux non humains
doivent endurés, emprisonnés dans les fermes industrielles, torturés
dans les laboratoires de vivisection et tués dans les abattoirs,
symboles de l’ignorance et de la cruauté, j’espère que quelque part là-bas
il y a un endroit où ils peuvent enfin se reposer en paix.

But the sad and bitter truth is that no heaven awaits us,
only an hell that man creates on earth, En hell that burns
everything on its path, leaving ashes of desolation in its wake.
Mais la triste et amère vérité est qu’aucun paradis ne nous attend,
seulement un enfer que l’homme crée sur terre, un enfer qui brûle
tout sur son chemin, laissant les cendres de la désolation dans son sillage.

Dominion over nature ensures our demise for we destroy
the unique life support systems we’ll ever have, this beautiful
planet which brought us into the sunlight.
La domination sur la nature assure notre disparition car nous détruisons
les uniques systèmes de soutien de la vie que nous n’aurons jamais, cette belle
planète qui nous a amenés à la lumière du soleil.

Love, compassion and justice are not just beautiful words,
they are a weapon against the greed and selfishness
of the society we live in.
L’amour, la compassion et la justice ne sont pas seulement des mots magnifiques,
ils sont une arme contre la cupidité et l’égoïsme
de la société dans laquelle nous vivons.

Love, compassion and justice are a weapon for revolution
in the mind and in the soul of every man and every woman,
a revolution for the coming of harmony.
L’amour, la compassion et la justice sont une arme pour la révolution
dans l’esprit et dans l’âme de chaque homme et de chaque femme,
une révolution pour l’avènement de l’harmonie.

Veganism is compassion, is justice, is a tool for the love
and caring to prevail on this earth. The only true happiness
is the one we all share in total freedom.
Le véganisme est la compassion, est la justice, est un outil pour que l’amour
et le fait de prendre soin prévalent sur cette terre. Le seul vrai bonheur
est celui que nous partageons tous en totale liberté.

PMA pour toutes : la guerre au romantisme

En mars 2017, dans le journal La Croix, Emmanuel Macron affirmait qu’il était favorable à la PMA (procréation médicalement assistée, par insémination artificielle, fécondation in vitro, transfert d’embryons) pour toutes sans restrictions, mais qu’il avancerait prudemment :

« Elles [les questions éthiques de société] ne sont pas prioritaires sur le plan de l’action politique.

Il faut sortir d’une espèce de dogme où le politique pourrait décider de tout et aurait vocation à trancher des sujets éthiques, sociétaux, parfois anthropologiques.

Le rôle d’un président de la République est de donner un cadre aux débats sur ces sujets et de s’assurer que la société mûrit. (…)

Ma conviction personnelle est qu’il faut étendre la PMA, au nom de l’égalité hommes femmes et du droit à l’accès à une prestation médicale. Mais je respecterai l’avis attendu du Comité consultatif national d’éthique et regarderai aussi l’état de la société et des débats qui s’y jouent pour agir de manière apaisée. »

Las ! C’est entre le bilan de l’ouragan Irma et manifestations contre la réforme du code du travail que, ce lundi 11 septembre 2017, la secrétaire d’Etat Marlène Schiappa, a annoncé que la procréation médicalement assistée serait disponible à toutes les femmes, dans le cadre de la révision de la loi de bioéthique en 2018.

C’est un passage en force, d’une portée évidemment très grande. Si l’on accorde, en effet, de la valeur à la Nature, alors on voit bien ici qu’on a affaire à une reconnaissance de la guerre contre elle.

L’enfant, le fruit non pas de quelque chose de « magique » comme le pense la religion, mais de la vie naturelle, devient un produit technologique, un droit, un objet, une marchandise.

Le couple se voit totalement dévalorisé : de construction sur le long terme, il devient une simple alliance entre deux individus, un contrat de partenariat. Il perd son sens naturel.

Le mouvement straight edge soulignait déjà dès les années 1980 le caractère destructeur du fait d’utiliser la sexualité de manière mécanique, indépendamment de la construction d’une relation sentimentale durable.

Là, la PMA pour toutes affaiblit encore plus l’idée même de couple, anéantit sa substance naturelle elle-même.

On n’est ici pas dans une rupture avec le passé, mais bien dans le prolongement d’un ultra-individualisme, passif, consommateur, destructeur, à mille lieux du besoin d’une humanité unifiée, consciente d’elle-même dans sa collectivité et donc cessant de faire la guerre à la planète.

C’est un choix historique qui doit être fait par l’humanité : ou le particulier, ou le tout, ou bien l’individu, ou bien Gaïa.

Au fond, les partisans de la PMA pour toutes en sont tout à fait conscient et c’est pour cela qu’ils sont obligés de passer en force. Il y a deux mois, le 11 juillet, la ministre des solidarités et de la santé Agnès Buzyn disait encore qu’il y aurait « débat » :

« J’attends de voir ce que donnent les états généraux [de la bioéthique qui se tiendront l’année prochain]. Je n’ai pas d’avis personnel à donner sur les sujets de société, a-t-elle poursuivi. Il faut qu’une société soit prête pour avancer. J’attends de voir ce que disent les Français. »

Le débat n’aura donc pas eu lieu et le justificatif tout trouvé par les partisans de la PMA pour toutes est que le Comité consultatif national d’éthique a émis un avis favorable.

Pour appuyer ce forçage, dès le lendemain de la déclaration de la secrétaire d’État Marlène Schiappa – qui a été pour l’anecdote « journaliste » à Yahoo.fr, ce qui, quand on sait à quoi cela ressemble, est plus que pathétique – l’ensemble du milieu LGBT a exigé l’application immédiate de la PMA pour toutes.

On l’a compris : en arrière-plan, il y a la question de la GPA qui se profile. Au nom de l’égalité des droits entre les hommes et les femmes, l’État ayant reconnu la PMA pour toutes sera « obligé » de reconnaître la Gestation Par Autrui (GPA), le principe des mères porteuses.

Est-ce exagéré que de dire cela ? Pas du tout : il suffit de voir que l’appel des associations LGBT exige la PMA pour toutes au nom de la lutte contre l’homophobie. Une vague homophobe aurait lieu si on ne reconnaît pas le plus rapidement possible la PMA pour toutes.

Il suffira de dire demain exactement pareil avec la GPA.

Voici l’appel des associations, bien entendu publié dans Le Monde, fer de lance de ce type de valeurs :

« Ouvrons dès maintenant l’accès à la PMA à toutes les femmes »

Le 13 septembre 2017

Tribune. L’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes est un engagement de campagne d’Emmanuel Macron. « Le fait que la PMA ne soit pas ouverte aux couples de femmes et aux femmes seules est une discrimination intolérable », affirmait-il en février. La secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, a déclaré mardi 12 septembre qu’« ouvrir la PMA à toutes les femmes est une question de justice sociale ».

Elle préconise d’utiliser la révision des lois de bioéthique, prévue en 2018, pour proposer des modifications législatives au Parlement, probablement au premier trimestre 2019. La PMA pour toutes les femmes n’est pas une question d’éthique, mais d’émancipation des femmes, d’égalité des droits et de lutte contre les discriminations.

Attendre les lois de bioéthique signifie courir le risque de revoir, dans le pays, une vague d’homophobie et de haine que nous ne souhaitons pas revivre.

« L’OUVERTURE DE LA PMA À TOUTES LES FEMMES EST UNE MESURE DE LIBERTÉ ET D’ÉGALITÉ DES DROITS »

L’ouverture de la PMA à toutes les femmes est une mesure de liberté et d’égalité des droits d’accès aux techniques reproductives. Elle donne le choix à toutes celles qui le souhaitent, et qui ne le peuvent pas aujourd’hui, de fonder une famille.

C’est une mesure qui contribue à l’émancipation des femmes. L’accès à la PMA pour les couples hétérosexuels a déjà été débattu par le Comité consultatif national d’éthique (CCNE). Aujourd’hui, l’ouverture de la PMA pour toutes les femmes est une application du principe de non-discrimination et d’égalité des droits devant le projet parental.

On l’a vu, en France, l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples homosexuels a provoqué de vifs débats sociétaux, souvent alimentés par une frange religieuse très conservatrice.

En 2013, l’année du mariage pour tous, SOS homophobie a enregistré une hausse de 78 % des actes homophobes par rapport à 2012. François Hollande a lui-même reconnu qu’il n’avait que trop tardé pour engager cette réforme, laissant la parole et les actes homophobes se propager.

Un enjeu de santé publique

Emmanuel Macron a déclaré qu’il souhaitait « agir de manière apaisée » pour engager l’ouverture de la PMA. L’Eglise lui a immédiatement rétorqué qu’il convenait de ne pas « réveiller les passions » sur ce sujet. Le ton est donné, la messe est dite.

Aujourd’hui, 60 % des Français sont favorables à l’élargissement de la PMA aux couples de femmes (sondage IFOP-ADFH, juin 2017). Les Français sont prêts à ce que la PMA pour toutes soit adoptée.

Faire croire qu’un débat serein serait possible avec celles et ceux qui se sont toujours opposé(e)s au progrès – droit à la contraception, à l’IVG, au mariage pour tous – ne trompera personne : on ne peut pas débattre face au dogme.

« NE LAISSONS PAS UN ESPACE À L’HOMOPHOBIE POUR QU’ELLE ENVAHISSE UNE NOUVELLE FOIS LA PLACE PUBLIQUE »

Ouvrir la PMA à toutes les femmes est aussi un enjeu de santé et de sécurité publique pour toutes les personnes lesbiennes, gay, bi, trans (LGBT) et leurs soutiens, qui ne souhaitent pas être replongées dans un climat de violence à leur égard. Pour les enfants français déjà nés par PMA et élevés par deux mères, les prises de position auront des conséquences sur leur construction identitaire.

Ces enfants lisent, écoutent et observent ces débats. Quel signal enverrions-nous à ces enfants si l’on s’autorisait à dénigrer, à caricaturer publiquement leur mode de conception ? Qui serait comptable des conséquences de tels propos dévastateurs ? L’homophobie dévaste des ados, des hommes et des femmes qui restent souvent dans l’ombre. Elle brise des familles, elle tue.

Ne laissons pas un espace à l’homophobie pour qu’elle envahisse une nouvelle fois la place publique. Sans attendre la prochaine révision des lois de bioéthique, ouvrons dès maintenant l’accès à la PMA aux femmes lesbiennes et célibataires.

Les premiers signataires de cette tribune sont :

Christèle Alexandre (présidente de l’association Contact), Aurélien Beaucamp (président d’Aides), Jean-Marie Bonnemayre (président du Conseil national des associations familiales laïques), Céline Cester (présidente des Enfants d’Arc en Ciel, l’asso !), Jöel Deumier (président de SOS homophobie), Aurore Foursy (présidente de l’Inter-LGBT), Christian Gaudray (président de l’Union des familles laïques), Véronique Godet (vice-présidente de SOS homophobie), Malik Salemkour (président de la Ligue des droits de l’Homme), Alexandre Urwicz (président de l’Association des familles homoparentales), Clémence Zamora-Cruz (porte parole de l’Inter-LGBT).

Autres signataires :

Flora Bolter (présidente du Centre LGBT), Dominique Boren (coprésident du Nelfa, réseau européen des associations des familles LGBT), Mickael Bucheron (président de l’association Flag !, gendarmes et policiers LGBT), Omar Didi (coprésident du Mouvement d’affirmation des jeunes LGBT), Denis Erhart (président des « Oublié-e-s » de la Mémoire, association civile homosexuelle du devoir de mémoire), Anthony Favier (président de David & Jonathan, association LGBT chrétienne), Giuseppina La Delfa (coprésidente du Nelfa), Lorie Martin (coprésidente du Mouvement d’affirmation des jeunes LGBT), Marie-Hélène Nouvion (coprésidente de David & Jonathan), Dimitri Ouardighi (coprésident du Collectif des associations étudiantes LGBT d’Ile-de-France), Laëtitia Poisson Deleglise (présidente de Maïa), Vincent-Viktoria Strobel (coprésident de Bi’Cause), Cybèle Vigneron (coprésidente du Collectif des associations étudiantes LGBT d’Ile-de-France), Mikaël Zénouda (président d’Act-Up Paris).

Il est tout de même assez étrange intellectuellement de chercher à expliquer qu’un simple individu a tout à fait le droit de faire un… « projet parental ».

Quant à dire que la PMA pour toutes est une mesure qui contribue à l’émancipation des femmes, alors que cela chasse celles-ci du principe du couple pour les jeter dans les bras des entreprises et de leur technologie, que dire ?

Mais ce ne sont pas les seules tristes nouvelles de ce panorama. Mettons de côté l’anecdote qui veut que , au moment du débat sur le mariage pour tous en 2013, Edouard Philippe désormais premier ministre se disait « résolument » opposé à la PMA pour toutes.

Il en va de même pour Bruno Le Maire, actuel ministre de l’Economie, Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des Comptes publics, Sébastien Lecornu secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot, Jean-Baptiste Lemoyne secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, Jacqueline Gourault secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb.

Non, le grand souci est que les religieux et les fachos ont pris les devants et sont à la pointe de la critique de la PMA pour toutes et de la GPA.

Citons ici Éric Zemmour, qui est clairement un affreux réactionnaire, une figure odieuse de rejet des valeurs qui doivent être les nôtres. Ce personnage est un préjugé du passé, un gouffre nous sépare de ses valeurs.

Voici ce qu’il a dit à l’annonce de la secrétaire d’Etat Marlène Schiappa, en parlant d’Emmanuel Macron :

« Après l’obligation des onze vaccins, il va finir par apparaître comme l’homme-lige des grands laboratoires pharmaceutiques et du big business médical. »

De manière subtile, il dénonce l’alliance de « la liberté et du marché », des « libéraux et des libertaires » contre ceux qui croient en Dieu ou bien en la Nature.

Hier, c’est même la porte-parole du parti Les Républicains Valérie Boyer qui s’est lancé dans Le Monde dans une tribune contre la PMA pour toutes, qui ne peut que conduire à « une marchandisation des corps ».

C’est tout bonnement honteux de démagogie, mais surtout catastrophique parce que les gens comprenant qu’il y a un problème vont être happés par les conservateurs.

Ce qui va encore plus renforcer les libéraux par réaction, ce qui par réaction va renforcer les conservateurs, etc.

A titre d’exemple de ce genre de réaction, voici les propos pathétiques de l’humoriste Alison Wheeler sur France-Inter, qui fait passer les gens rejetant la PMA pour toutes comme des partisans de la manif pour tous, des racistes, des gens favorables au harcèlement des femmes dans les rues, etc.

Bonjour à touss-hein. Devinez qui c’estttttt??? Ca commence par Marie, ça finit par Cystite, oui, MARIE, Cystite, Marie, Cystite!!!! Oui hen, c’est Marie Cystite! De la Manif pour touuuuuusssssshein!

Elle aime péter, oui mais elle n’aime pas la PMAhein.

Non parce qu’on va pas me la faire à l’enverhein, Marlène Schiappa la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité femme-hommhein, veut réviséche la loiche bioéthiquhein… je m’explique elle veut démocratisèche le droit d’accèche à la procréactionche médicalement assistèche pour tous… ce qui signifie elle veut qu’les gouines ellezaient des bébés. Des gouineaux?! Mais où va le mond-hein!

Je rappelle pour ceux qui ne le sauraient pas qu’une famille c’est un Papa, une maman. Vous savez comment ça se passe une PMA monsieur Podalydès? Bah j’vais vous l’dire!

Parce que c’est ça, la PMA on congèle des spermatozoïdes vivants contre leur gré, afin de les obliger à avoir un rapport non consentichein avec des ovocytes.

Non, le sperme n’est pas une marchandise qu’on peut vendre ou échanger comme un vulgaire kilo de patates. Non, c’est un bien précieux, c’est un cadeau de Dieu pour nous aider à nous reproduire. C’est d’ailleurs pour ça que j’en ai toujours un peu sur moichein.

Et puis rendez-vous compte : un enfant c’est le fruit de l’amour, du romantisme, pas d’une vieille branlette dans un ramequinche.

Dieu nous a donné des embryons pour les aimer, pas en faire des plats Picardhein.

En tant que vrai croyante, j’estime qu’un enfant doit-être uniquement le fruit d’une réelle relation sexuelle. Par réelle, j’entends précisément les positions suivantes Nagui : une pénétration classiquhein du missionnaire, la pénétration en amazone, le carré de l’archange Gabriel, la brouette de Nazareth avec pourquoi pas une petite claque sur les fesses de temps en temps, Monsieur Podalydèssein, ça ne mange pas de painche.

Vous saveche, la médecine ne nous dit pas tout sur les dangeche de la fécondation in-vitro.

Ma cousine a fait une FIV, ben son fils il a 16 ans il est encore au stade anal… j’suis sûre que le sperme était pas frais. C’est sûrhein qu’il Y a une rupture dans la chaîne du froid. Il été décongelé et recongelé derrière. Ce n’est pas du tout amusant, maintenant il veut être youtubeur, on est tous extrêmement bouleversés.

Et puis on ne peut pas accepter le sperme de n’importe qui sans savoirhein qui c’estche? Moi j’aurai trop peur de tomber sur celui de Daniel Morin.

Dieu nous a conçu de telconque … que telconque … ne… de façon à ce que.. putain que la science ne peut pas résoudre! MERRRRDE!

Vous savez, ce qui m’inquiète le plus dans tout çache, c’est la disparition de la figure paternelle dans tout ça.

Et puis, le patriarcat sans le père, c’est arca, et ça ne veut rien dirhein.

Comment voulez-vous développer une société patriarcale avec des enfants qui n’ont pas de père. Ça n’est pas logique. C’est comme si à la comédie française, on avait des gens pas très françaichein. Où va le monde?

Pour qui elle se prend la Schiappa là à changer le cours naturelhein des choshein… Je vous préviens qu’elle projette également de verbaliser les harceleurs de ruhein.

Quand j’y pense ça me fait froid dans le doche !

Si mon mari ne m’avait pas harcelée, nous ne serions pas mariés aujourd’hui.

Pour tout cela, nous allons continuer à nous battre et revenir dans la rue et nous chanterons :

Un Papa! Dans une Maman ! La PMA c’est dégoûtant!

Dans cet ignoble discours, il y a une phrase qui est peut-être tout à fait symbolique :

« un enfant c’est le fruit de l’amour, du romantisme, pas d’une vieille branlette dans un ramequinche. »

L’idée d’un couple uni de manière sentimentale est présentée comme absurde. Dire qu’un enfant est le fruit de l’amour serait un dogme religieux à l’ère des droits et des libertés, c’est-à-dire d’un monde où tout est marchandise…

Nous sommes ici pris entre le marteau et l’enclume, entre les partisans de Dieu et ceux du marché. Aux personnes reconnaissant la Nature de savoir la défendre à la fois contre l’un et contre l’autre.

Le trafic d’ivoire en Afrique centrale

Deux importantes ONG – l’Union internationale pour la conservation de la nature et le WWF – produisent ensemble un projet intitulé Traffic ; un numéro spécial vient de sortir au sujet des éléphants d’Afrique et du trafic d’ivoire.

L’enquête, concernant la Centrafrique, le Cameroun, le Gabon, le Congo et la République démocratique du Congo, s’appuyant sur onze villes entre 2007 et 2009, entre 2014 et 2015, n’est disponible qu’en anglais.

Il est toujours étonnant de voir des associations aux moyens financiers très importants être incapable de fournir de tels documents dans différentes langues. C’est plus que regrettable.

Afin de voir de quoi il en retourne dans cette enquête, abordons tout de suite un aspect essentiel pour comprendre cela. L’ivoire est une matière extrêmement prestigieuse dans le cadre de l’idéologie dominante.

Le colonialisme en a fait un commerce de très haute valeur, tout comme en Chine les objets faits en ivoire se voient reconnus une importante reconnaissance.

Il existe un roman intéressant à ce sujet, Au coeur des ténébres, de Joseph Conrad, paru en 1889. Le scénario de ce roman a fourni la base au film Apocalypse now.

Ce roman, mélange de dénonciation du colonialisme et d’une sorte de racisme distant, raconte comment dans le cadre de la quête de l’ivoire, un agent commercial devient fou, s’alliant à des tribus pour devenir chasseur de tête, utilisant donc des méthodes criminelles, mais, du point de vue de la compagnie qui l’emploie, assez efficace…

Voici quelques extraits, pour donner le ton :

« Tout le reste dans ce poste était confusion – les têtes, les choses, les bâtiments. Des théories de Noirs poussiéreux aux pieds épatés arrivaient et repartaient ; un flot de produits manufacturés, de cotonnades camelote, de perles, de fil de cuivre partait pour les profondeurs des ténèbres, et en retour il arrivait un précieux filet d’ivoire. (…)

Sur d’autres questions il précisa que M. Kurtz avait à présent la charge d’un comptoir, très important, en plein pays de l’ivoire, « au fin fond. Il envoie autant d’ivoire que tous les autres réunis… » (…)

Le mot « ivoire » résonnait dans l’air, se murmurait, se soupirait. On aurait dit qu’ils lui adressaient des prières. Une souillure de rapacité imbécile soufflait à travers le tout, comme un relent de quelque cadavre. Tonnerre ! Je n’ai jamais rien vu d’aussi irréel de ma vie. (…) Le seul sentiment réel était un désir d’être nommé à un comptoir où on trouvait de l’ivoire, de façon à se faire des pourcentages. Ils intriguaient et calomniaient et se haïssaient l’un l’autre pour ce seul motif. »

Maintenant qu’on a bien compris l’ambiance folle de l’époque, allons 150 ans plus tard, jusqu’à aujourd’hui. Car la situation est le fruit du prolongement d’il y a 150 ans.

On considère que la population d’éléphants en Afrique était de 20 millions environ avant la colonisation, d’1,3 million en 1980, de 600 000 en 1989, étant d’un peu plus de 350 000 désormais.

Mais que signifient réellement ces statistiques ? Venons-en justement à l’enquête de Traffic. Il s’agit de professionnels qui ont enquêté, des gens qui s’y connaissent, ont accès aux informations, mènent des enquêtes, etc.

Et pourtant que voit-on ? Que le nombre d’éléphants relève d’un flou artistique incroyable.

Il est expliqué dans l’enquête que, dans les parties du Gabon où une enquête a été menée ces dix dernières années, il y a 7058 éléphants… Mais possiblement 2303 en plus ou en moins !

Et il est aussitôt expliqué que 80 % du pays échappe à l’enquête, et qu’il est « spéculé » qu’il y aurait entre 59 057 et 67 094 éléphants de plus…

Cette « spéculation » en dit long sur la situation là-bas. En fait, il n’existe aucun encadrement réel, aucune surveillance fiable, aucun compte-rendu complet. On se doute bien que ce n’est pas avec cela que les éléphants pourraient être correctement protégés.

Et c’est pareil pour la République du Congo, où il y a 6 057 éléphants selon l’estimation de ces dix dernières années – possiblement 1222 en plus ou en moins ! -, mais possiblement entre 20 924 et 26 942 de plus dans les zones non connues.

Et c’est pareil pour la République Démocratique du Congo, avec 1794 éléphants – peut-être 52 en plus ou en moins -, et entre 7803 et 9337 de plus dans les zones non connues.

Et c’est pareil pour le Cameroun, avec 6830 éléphants (peut-être 943 en plus ou en moins), possibleme,t entre 1985 et 2134 éléphants dans les zones inconnues.

C’est pareil aussi pour la Centrafrique où il y aurait 702 éléphants – possiblement 245 en plus ou en moins ! – et entre 699 et 826 dans les zones non surveillées.

Rien qu’avec cela, on est déjà fixé sur une chose : c’est le chaos qui règne et l’humanité n’est pas capable de prendre en compte la vie sauvage… Nous ne parlons même de protection, nous parlons ici de prise en compte.

Maintenant regardons un autre aspect très intéressant : le bilan de l’enquête quant aux localisations des trafics d’ivoire. Voici le cartes fournis par l’enquête.

Et à voir ces cartes, la chose est très simple : ou l’humanité décide de s’unifier et d’envoyer des forces spéciales écraser les trafics et protéger les éléphants. Ce qui coûte des millions et des millions.

Ou bien elle décide de ne pas le faire, restant divisée et investissant dans les guerres… Avec comme perspective l’anéantissement des éléphants. Cet effondrement numérique va continuer, étant donné qu’autour de 20 000 d’entre eux sont tués par les braconniers chaque année.


Voici ce que constate l’enquête dans son tout petit résumé en français, constatant l’organisation de ces plaques tournantes :

« Les sources d’ivoire sont aujourd’hui confinées à certaines zones bien connues telles que le parc national de Salonga en RDC, une grande zone englobant le sud-est du Cameroun, le sud-ouest et le nord-est de la RCA, le nord du Gabon et le nord du Congo.

Un peu d’ivoire entre au Congo de l’Angola, et de la RDC depuis la Zambie via Lubumbashi, puis quitte la sous-région sortant le plus souvent du Cameroun au Nigéria, de la RDC au Rwanda, en Ouganda, au Burundi ou en Tanzanie, et de la RCA au Tchad ou au Soudan.

Les déplacements régionaux de l’ivoire n’ont pas beaucoup changé au cours des dernières décennies, les trafiquants utilisant les mêmes routes, chemins et rivières traditionnels avec deux scénarios fondamentaux.

Un scénario implique le Cameroun et le Gabon avec des mouvements constants d’ivoire illégal/braconné à travers la frontière du nord du Gabon vers le sud du Cameroun, puis vers l’ouest par la route vers les ports côtiers au Cameroun et au Nigéria.

L’autre scénario concerne la RDC et le Congo qui utilisent le fleuve Congo comme moyen de transport facile et important d’ivoire brut braconné dans le nord et l’est du Congo et de la RDC, avec un mouvement constant d’ivoire travaillé et brut entre les deux capitales de Brazzaville et Kinshasa, seulement séparées par le fleuve.

En plus de ces deux principaux scénarios, la RCA, qui en plus d’être un pays source, sert souvent de pays de transit pour l’ivoire illégal originaire de la région de Bangassou ou de la RDC voisine.

L’ivoire est alors exporté vers l’ouest, principalement par la route vers le Cameroun (Yaoundé puis à Douala) puis au Nigéria, et aussi en bateau sur la rivière Oubangui pour approvisionner Brazzaville.

En plus de l’aspect de transit, les populations d’éléphants de la RCA ont été sévèrement réduites, en particulier dans les régions du nord-est et de l’est, par des braconniers lourdement armés et organisés, principalement des rebelles soudanais, tchadiens et centrafricains de la Séléka.

Dans la partie orientale de la RDC, avec l’influence des rebelles, l’ivoire brut illégal/braconné dans la région traverse, dans la plupart des cas, les frontières vers le Rwanda, le Burundi, l’Ouganda ou la Tanzanie pour ensuite être exporté vers les destinations asiatiques. »

On l’aura compris, les mafias frappent là où se trouvent les éléphants et les parcs nationaux sont des cibles évidentes.

Ces dernières années, le parc national du Gabon Minkebe a perdu entre 16 000 et 20 000 éléphants, soit entre 60 et 80 % de sa population. La parc national de Nouabalé-Ndoki – « une réserve forestière naturelle et intacte » dit son site officiel, a perdu 3 000 éléphants, soit la moitié de sa population.

Les trafiquants ciblent d’autant plus les zones denses savent qu’ils perdront environ le 1/5e de l’ivoire lors des contrôles ; entre 2007 et 2015, 53 700 kilos d’ivoire ont été confisqués par les autorités en Afrique centrale, représentant plus de 5700 éléphants assassinés.

Pourtant, paradoxalement, les marchés publics d’Afrique centrale voient l’ivoire disparaître. C’est là d’ailleurs le thème quasi-essentiel de l’enquête.

A quoi cela ressemble-t-il ? En fait, les enquêteurs sont allés voir si de l’ivoire était vendue sur les marchés. Ils sont constaté en 2007 qu’on pouvait y trouver 971 kilos d’ivoire, avec 4722 marchandises fait avec cela, contre 401 kilo en 2014/2015, avec 4255 marchandises.

Concrètement, à part surtout à Kinshasa en République Démocratique du Congo où l’on peut trouver de l’ivoire sur les marchés, il est devenu très difficile d’en trouver de manière publique.

Voici un graphique à ce sujet.

Faut-il y voir une bonne nouvelle ? Malheureusement, pas en tant que tel. Auparavant, l’ivoire était travaillée de manière artisanale en Afrique, puis exporté. L’exportation des défenses allait de paire avec une artisanat local travaillant l’ivoire.

Mais comme la Chine est le principal acheteur – avec le Vietnam et la Malaisie – la pression a été complète sur les vendeurs et l’artisanat local s’est effacé devant des réseaux exportant l’ivoire en Chine en petite quantité.

Ce qui était artisanal auparavant est désormais organisé de manière méthodique, professionnelle ; les importateurs chinois ont modernisé les réseaux et ils s’occupent de la transformation, afin de ne plus être dépendant des fournisseurs.

Après, la Chine, plaque tournante du trafic, a annoncé que la vente et la transformation d’objets en ivoire seraient entièrement interdites d’ici la fin de cette année. Les prix de l’ivoire baissent déjà considérablement.

Y a-t-il un retournement de situation et les éléphants sont-ils sauvés ?

Malheureusement, il faut bien comprendre qu’il y a un problème fondamental. Ce qui est interdit, c’est toujours l’ivoire passé une date précise. Mais comme on ne peut pas savoir réellement, à moins d’une analyse au carbone, de quand date cet ivoire, tous les mensonges sont possibles : il suffit d’antidater.

Le plus grand exportateur mondial d’ivoire est, de très loin, la Grande-Bretagne, qui interdit l’ivoire d’après 1976. Il faut dire que du temps de l’empire britannique – ce que raconte justement le roman Au cœur des ténèbres – 30 000 tonnes d’ivoire ont été importés.

Or, cela signifie que l’ivoire continue de circuler, sous une forme travaillée. N’importe quelle mafia peut donc jouer là-dessus, falsifier des papiers.

Le problème va se poser en Chine de manière aiguë, car il y a 3000 ans de tradition de sculpture de l’ivoire et 80 % des ménages ont de l’ivoire sculptée.

Il y a un espace énorme pour les mafias et l’enquête elle-même est obligée de reconnaître que si en Centrafrique l’ivoire est interdite, même les officiels responsables de la vie sauvage s’en moquent. Elle constate aussi :

« L’implication dans le commerce de l’ivoire de fonctionnaires de haut rang, de militaires et de juges des pays d’Afrique centrale a été rapporté dans tous les pays étudiés. »

On lit aussi la chose suivante concernant les gens arrêtés :

« Nombre d’arrestations ont eu lieu au Congo, avec un profil de suspects étant plutôt varié, incluant de riches businessmen locaux, des diplomates, des officiers de l’armée, des étrangers du Cameroun, de Chine, d’Égypte et du Sénégal. »

Un tel réseau mafieux, aux ramifications internationales, peut-il s’effondrer du jour au lendemain sans être écrasé, juste parce qu’un marché légal est interdit ?

Du point de vue du WWF et de l’UICN – qui ont comme but affiché que le « commerce d’animaux sauvages et de plantes sauvages ne soit pas une menace à la conservation de la nature » – on peut penser que oui.

Mais du notre, certainement pas.

Pour sauver les éléphants, il y a deux choses inévitables à faire :

– interdire la valorisation de l’ivoire sur le plan culturel, interdire de le montrer en public, interdire toute vente et tout achat, sous quelque forme que ce soit ;

– militariser la protection des parcs naturels avec des moyens très importants.

Ce n’est évidemment pas possible aujourd’hui, car les échanges de marchandises priment et le monde est divisé en nations. Aussi faut-il changer cela pour sauver les éléphants : l’humanité doit cesser son arriération et s’insérer pacifiquement dans Gaïa.

Vegan Straight Edge, pour la libération

stickerIl n’y a aujourd’hui aucune raison de ne pas être vegan straight edge et toutes les personnes conscientes de ce qui se passe dans le monde doivent assumer une position d’avant-garde, une position de rupture, l’indiquant clairement afin d’ouvrir une brèche.

La destruction de la vie naturelle sur la planète, tout cela pour un mode de vie à la fois barbare et absurde, criminel et meurtrier, doit être stoppée, ce qui signifie qu’un contre-projet de libération doit être lisible, diffusé, assumé et se concrétise sous la forme d’un changement complet, d’une révolution totale dans la manière d’avoir des rapports avec les animaux, avec la Nature, avec la vie en général.

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Le réchauffement climatique est une épée de Damoclès sur l’humanité ; elle représente l’impact des erreurs humaines, elle est la réponse à un déséquilibre provoqué par l’humanité dans son développement non harmonieux.

Établir cette harmonie est notre devoir et nous disons établir et non rétablir, parce que nous ne voulons pas retourner en arrière comme les zadistes de Notre-Dame-des-Landes ou l’extrême-droite. Le passé est le passé et il faut laisser place à l’avenir, à un monde pacifié et unifié, où tous les efforts sont tournés vers la protection de la planète et de tous les êtres vivants qui y habitent.

stickerFace à la rapidité de l’accroissement du massacre général de la vie sauvage, de l’expansion de l’exploitation animale, des catastrophes en liaison avec le réchauffement climatique, il n’est pas possible de tergiverser.

Le véganisme bobo est un obstacle, un frein à la prise de conscience de l’ampleur de la destruction et du scandale moral. Le système lui-même est très content de cette forme inoffensive empêchant une juste rage de gagner chaque être humain dont la personnalité n’est pas déformée par le cynisme, l’isolement individualiste, la fuite dans les drogues ou l’alcool, la quête d’une accumulation matérielle sans esprit ni sens, les divertissements superficiels, le mépris, l’esprit de concurrence…

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Le véganisme bobo n’est qu’un vecteur pour l’esprit d’entreprise, la fuite dans des petits
espaces isolés, en-dehors de la réalité de notre monde. C’est une approche qui est une insulte à notre planète, que nous devrions protéger comme une mère.

Comme une mère qu’elle est, justement, dans les faits, car l’humanité n’existe pas de manière indépendante, malgré tous ses fantasmes anthropocentristes. Seuls ceux qui ont quelque chose à gagner contre la Nature ne veulent pas assumer ce principe évident : il ne peut pas y avoir de compromis dans la défense de la Terre-Mère.

stickerIl ne peut pas y avoir de compromis dans la délivrance attendue par des millions d’êtres vivants, par la Nature sauvage, et même par une humanité aliénée, dénaturée, ayant perdu tout sens des valeurs naturelles au nom de la course à l’individualisme et à la consommation.

C’est une tâche incroyable et en apparence démesurée et c’est la raison pour laquelle beaucoup n’osent pas ou capitulent, perdant confiance dans une bataille qui semble avoir des proportions incroyables.

Mais le combat ne peut pas s’arrêter. Le combat ne s’arrête jamais et inévitablement la tempête à venir va balayer les valeurs perdues de l’humanité anthropocentriste, mettant sur la table la nécessité de reconnaître la Nature, la beauté des animaux, le caractère central de la planète.

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Le caractère central de la planète, c’est ce que représente la lettre grecque thêta, Θ, symbole inventé aux États-Unis en 1969 dans le mouvement écologiste. Le choix de la lettre provient du fait qu’elle combine symboliquement le « o » pour « organisme » et le « e » pour environnement.

Le symbole a été par la suite repris par les gens faisant de la culture vegan straight edge le vecteur d’une radicalité écologiste authentique, soulevant les questions essentielles par rapport aux destructions terribles infligées à la vie.

stickersC’est ce message que nous diffusons, c’est ce feu intérieur que nous propageons, c’est cette discipline que nous portons et transmettons.

Pas de drogues, pas d’alcool, pas de rapports sexuels sans couple durable.
Le respect de soi-même, l’acceptation de la réalité, une vie naturelle.
Pas de consommation de produits d’origine animale.
L’amour pour les animaux, la compassion comme fondement de la vie quotidienne.

La volonté inébranlable du changement nécessaire, l’absence de compromis dans la défense de notre mère la Terre.

Vegan Straight Edge !

L’ouvrage « Zoopolis »

La Nature est-elle un grand tout ou bien un espace chaotique où « coexistent » des espèces, des individus ? Ce sont deux manières antagoniques de voir les choses et voici un exemple de réflexion à ce sujet, avec « Zoopolis ».

Il s’agit d’un ouvrage de 400 pages publié en 2011 en anglais, puis en 2016 en français. Il a été écrit par deux universitaires canadiens, tous deux professeurs à l’université de Queens, Sue Donaldson et Will Kymlicka (par ailleurs docteur en philosophie de l’université d’Oxford).

On l’aura compris, c’est un énième ouvrage sur les « droits des animaux » d’un point de vue juridique, avec comme d’habitude une conception présentée comme ultime, résolvant tous les problèmes, dépassant les autres auteurs (Regan, Singer, Francione, etc.).

Voici un exemple de soutien à la valeur censément incroyable de l’oeuvre, par le quotidien catholique La Croix :

« La traduction en français de Zoopolis de Will Kymlicka et Sue Donaldson constitue une nouvelle étape, majeure, dans la redéfinition de nos rapports aux animaux.

La notoriété de Kymlicka, grand nom de la philosophie politique anglo-saxonne, et l’ampleur de la réflexion menée destinent l’ouvrage à devenir un classique pour tous ceux qui sont convaincus qu’il est urgent de s’engager politiquement à améliorer la condition animale, tout comme pour ceux qui contesteront la voie proposée ici pour y parvenir. »

En voici un autre exemple :

« Comme La Libération animale de Peter Singer ou Les Droits des animaux de Tom Regan, il y a des chances que ce livre devienne un classique de la pensée contemporaine sur la question animale. »

Cette dernière citation dithyrambique est tirée d’un petit livre de cent pages publié en mai 2015 par les Cahiers Antispécistes et distribué par la boutique de L214 (ce qui rappelle, par ailleurs, leurs liens historiques).

Le petit livre en question résume « Zoopolis » tellement il est censé présenter un grand intérêt.

C’est d’ailleurs L214 qui a organisé une conférence avec Will Kymlicka à Paris il y a deux mois.

En pratique, évidemment, personne n’en a rien à faire de cet ouvrage, énième avatar d’une bibliographie toujours plus grande d’universitaires faisant carrière dans un système portant l’exploitation animale et prétendant être pourtant de grands « rebelles ».

Regardons tout de même ce qu’il en est, histoire d’être certains et certaines de ne rien rater. Voici un court extrait de « Zoopolis », où ce qui est censé être « nouveau » est particulièrement souligné :

« Dans le modèle traditionnel de la TDA [théorie des droits des animaux], une seule relation acceptable avec les animaux est reconnue: pour traiter les animaux de façon éthique, il faut les laisser tranquilles, ne pas interférer avec leurs droits négatifs à la vie et à la liberté.

Selon nous, le principe de non-intervention est effectivement approprié dans certains cas, notamment concernant les animaux sauvages qui vivent loin de tous lieux d’habitation et de toute activité humaine.

Mais dans des cas où les animaux et les humains sont reliés par une interdépendance étroite et partagent un même habitat, ce principe est totalement inapproprié.

Cette interdépendance est manifeste lorsque nous avons affaire à des animaux de compagnie ou à des animaux d’élevage qui ont été élevés pendant des millénaires pour être dépendants des êtres humains.

Ce processus nous impose des devoirs positifs à leur égard (et s’engager en faveur de l’extinction de ces animaux est une étrange manière de remplir les obligations positives que nous avons envers eux!).

Mais il en va de même, quoique de façon plus complexe, des nombreux animaux qui, sans y avoir été conviés, gravitent autour de lieux habités par les humains.

Peut-être n’avons-nous pas envie de vivre avec les oies et les marmottes d’Amérique qui apprécient tant nos villages et nos villes, mais avec le temps, nous sommes amenés à cohabiter avec elles au sein d’un espace commun, et il est possible que cela nous oblige à concevoir cet espace en tenant compte de leurs intérêts.

Nous examinons de nombreux cas similaires tout au long de ce livre, où toute conception de l’éthique animale impliquera un mélange de devoirs positifs et de devoirs négatifs, qui seront formulés en tenant compte de différentes histoires d’interaction et d’interdépendance, et d’aspirations à une coexistence juste.

Selon nous, limiter la TDA à un ensemble de droits négatifs est non seulement intenable d’un point de vue intellectuel, mais également préjudiciable au niveau politique; ainsi conçue, la TDA se prive en effet de toute conception positive des interactions entre les humains et les animaux.

Reconnaître l’existence de devoirs positifs propres aux différentes relations que nous entretenons avec les animaux accroît peut-être l’exigence de la TDA , mais cela permet également de la rendre beaucoup plus attrayante.

Après tout, les êtres humains n’existent pas en dehors de la nature, ils ne sont pas dépourvus de contact avec le monde animal. »

Dit autrement, les auteurs de « Zoopolis » disent que les rapports entre humains et animaux existent qu’on le veuille ou non et il faut les prendre en compte.

Mais quelle est la nature de ces rapports ? On connaît la position de « l’antispécisme », qui dit que ces rapports sont mauvais par essence même. L’humanité aurait choisi d’opprimer les autres espèces.

Nous trouvons cette conception délirante et en apparence, les auteurs de « Zoopolis » ne la partagent pas. Ils se veulent d’ailleurs en rupture avec toutes les formes traditionnelles de critique universitaire de l’exploitation animale (l’utilitarisme, le welfarisme, l’abolitionnisme, etc.).

Reste que si on ne part pas dans l’antispécisme, il faut alors avoir une interprétation pour ainsi dire philosophique du rapport entre l’humanité et les animaux.

Soit on ramène aux animaux l’interprétation de l’humanité, soit on fait l’inverse.

Dans le premier cas, on est athée, on dit que l’humanité s’imagine plein de choses mais ne maîtrise nullement la Nature, dont elle est d’ailleurs un aspect. Comme le dit Spinoza, « l’ homme n’est pas un empire dans un empire ».

Dans le second cas, on considère que l’humanité doit avoir assez de gentillesse, d’humanité, etc., afin d’élever la condition animale. C’est précisément le choix des auteurs de Zoopolis.

Entendons-nous bien : leur œuvre à un intérêt relatif. Il est évident que dans la mesure où cela correspond à l’exigence de la construction de tunnels animaliers lorsqu’il y a des routes bloquant les passages, on ne peut pas trouver cela absurde.

Le problème est que le point de vue de « Zoopolis » est finalement le suivant : deux mondes coexisteraient, à savoir la « nature sauvage », la société des êtres humains. Quelques animaux, pour des raisons historiques (la domestication, la pénétration dans les villes, etc.) seraient d’une certaine manière entre les deux.

Ce qui signifie qu’il faut les gérer et cela revient, dans l’optique des universitaires, à passer par le droit. Comment ? En gérant la citoyenneté à différents degrés. La solution serait de formuler une « citoyenneté » à différents niveaux aux animaux domestiques, aux animaux sauvages, aux « animaux liminaires résidents ».

Prenant en exemples les touristes ou encore les gens en voyage d’affaire, les auteurs de « Zoopolis » disent qu’il y a des reconnaissances partielles de ces individus lors de leur séjour temporaire. Tout n’est pas figé dans la reconnaissance des droits, il existe plusieurs niveaux, plus degrés. Il faudrait faire pareil avec les animaux dans notre rapport avec eux.

Les auteurs font, dans ce cadre, un inventaire à la Prévert de comment la « concitoyenneté » peut être mise en place, avec toutes les questions morales qui vont avec (la sexualité, l’alimentation, l’intervention, la résidence, etc.). Il faudrait réaliser un travail prenant en compte tous les paramètres de la coexistence, afin de l’organiser de la manière la meilleure qui soit, dans le sens d’un refus de l’exploitation animale.

Seulement, comme dit plus haut, les auteurs de « Zoopolis » ne partent pas du principe que l’être humain soit un « animal politique » comme chez Aristote, avec une organisation naturelle.

On est ici dans le « choix » raisonné de l’humanité, accordant des droits. De notre point de vue, le problème est qu’une telle approche signifie raisonner en termes de « coexistence ».

Or, si l’on dit : il y a les humains d’un côté, tels animaux, tels animaux, tels animaux, de l’autre, on est coincé.

On est coincé, car on a la même vision que l’exploitation animale, sauf qu’on refuse l’exploitation animale. On ne s’élève pas à la reconnaissance de la Nature comme ensemble global, dont font partie toutes les espèces, avec un degré d’interdépendance qu’il s’agit impérativement d’étudier et de comprendre, et de respecter. Ce que nous appelons, de manière littéraire, « Gaïa ».

Les auteurs de « Zoopolis » rejettent cela, ils ne reconnaissent pas la Nature, donc ils refusent cette vision d’ensemble. Par conséquent, ils aboutissent logiquement non pas à parler des animaux, mais de l’animal individuel, avec son « soi », sa « subjectivité ».

La « citoyenneté » des auteurs de « Zoopolis » n’est pas une théorie des droits des animaux, mais une théorie des droits de l’animal. Ce qui ramène, sans que les auteurs ne le veuillent, leur position à celle de l’utilitarisme, du welfarisme, de l’abolitionnisme.

On ne sort pas du cadre individuel ; on est dans un simple prolongement du droit humain, qui est étendu aux animaux. Le seul espoir qu’il y a donc ici, c’est que les individus humains acceptent de « reculer ».

Comment ? Les auteurs de « Zoopolis » le reconnaissent : ils n’ont aucune idée de comment leur conception peut se réaliser dans les faits. Leur logique est purement « associative », ce qui fait dire d’ailleurs à Will Kymlicka dans une interview que dans un monde utopique, on peut s’imaginer que des vaches ou des poules fournissent une quantité restreinte, « non commerciale », de lait ou d’oeufs, dans le cadre d’une « relation de compagnonnage » !

Ils espèrent que les catastrophes écologiques et le caractère non durable de l’exploitation animale vont amener une prise de conscience.

Ils tablent sur « l’imaginaire » des gens :

« En réalité, l’image de soi et les relations auxquelles nous accordons une valeur ne sont pas façonnées uniquement par des intérêts égoïstes ou par des convictions morales explicites.

Notre imaginaire moral peut s’enrichir lorsque nous menons une réflexion approfondie ou établissons des relations empathiques, mais il peut également être enrichi par la curiosité scientifique ou l’élan créatif, par notre désir d’explorer, d’apprendre, de créer de la beauté, des liens, du sens.

C’est dans cet esprit que nous devons aborder le projet de justice envers les animaux.

Aujourd’hui, à l’évidence, la plupart des exigences de la TDA sont perçues comme un immense sacrifice par la plupart des êtres humains.

L’abîme entre la théorie morale que nous avons défendue et la façon dont les individus se perçoivent et perçoivent leurs intérêts est immense. Mais cela peut changer, et peut-être plus rapidement qu’on aurait tendance à le penser.

À mesure que les coûts environnementaux et économiques de notre système d’exploitation et de colonisation des animaux augmenteront, il deviendra de plus en plus urgent d’élaborer de nouveaux cadres conceptuels nous permettant d’adopter une autre vision des relations entre les humains et les animaux. »

Les auteurs de « Zoopolis » se trompent : si leur vision est correcte, alors l’effondrement écologique et alimentaire produira la guerre de chacun contre chacun, nullement un acceptation raisonnée d’un nouveau « cadre conceptuel ».

Si l’individu est mu par des intérêts égoïstes, alors il n’y aura pas de « recul », pas de meilleure « coexistence ».

Heureusement, les choses sont bien différentes. L’humanité n’est pas « à part », elle est une composante de la Nature. Son cheminement particulier l’a fait s’imaginer différent, mais inévitablement elle va le saisir dans les faits, ce qui amènera une humanité végane par conscience collective, par reconnaissance de Gaïa, par soumission à l’ordre naturel.

Un chien noyé dans une cage de 30 cm de long

Ce qui compte dans une société, ce n’est pas ce qu’on voit à la surface, ce qui ressort de l’image que la société a d’elle-même. Ce qui compte, c’est la base de la vie quotidienne, dans ses valeurs pratiques, avec les conceptions du bien et du mal, de la vérité et du mensonge.

La découverte à Cambron, à quelques kilomètres d’Abbeville, d’un chien assassiné de manière atroce, révèle précisément ce fond social. Loin des niaiseries régressives de L214 et des hipsters de la capitale parisienne, la réalité sociale exprime tout ce qu’elle a comme charge de barbarie, et cela est de pire en pire.

Il faut en effet bien plus que la maladie mentale d’un individu pour placer un chien dans une cage de 30 cm de long et le jeter dans un étang. Il faut pour cela tout un environnement d’idées. Pour qu’une personne puisse arriver à concevoir un tel acte, à être capable de le réaliser, il faut disposer d’une certaine habitude dans sa vie quotidienne, une froideur endurcie à travers des rapports avec d’autres personnes, avec la société, avec la Nature.

Il faut une personnalité en mesure d’anéantir tout sens de la compassion, capable d’une froideur digne des nazis, pour tuer de manière « sophistiquée » et ignoble. On a ici un véritable supplice, qui n’est d’ailleurs nullement sans rappeler l’une des manière qu’a Daech de massacrer les gens au Moyen-Orient.

Il ne s’agit pas de perversité s’exprimant, car il n’y aurait plus d’encadrement social : dire cela, c’est excuser le crime et donner à l’humanité une nature « mauvaise », criminelle. Il ne faut pas se leurrer : il y a dans ce crime une réflexion, un travail en amont pour le concevoir, pour en arriver même à cette idée.

La construction même d’un tel crime, la méthode organisée – le pauvre chien a même été attaché à la cage – tout cela exige un vrai raisonnement, au moyen de concepts. Ce n’est pas un acte désordonné, simplement brutal au sens de quelque chose de spontané. C’est quelque chose de réfléchi.

Sans vouloir décortiquer un raisonnement criminel jusqu’à l’absurde, il faut au moins voir qu’il y a plusieurs éléments qui ont été pris en compte, rassemblés, étudiés, puis réalisés. Il fallait trouver la cage, imaginer la noyade, concevoir même le fait de vouloir tuer le chien, tout cela demande un appui important dans l’esprit et dans la pratique.

L’être humain n’étant pas mauvais par nature, à moins de croire en Dieu, cela signifie que les mentalités sont façonnées ici dans le sens de l’assassinat, et qu’une personne a franchi le cap de manière franche, révélant des valeurs présentes de manière diffuse. Il existe des valeurs mauvaises qui plombent la société ; présentes de manière plus ou moins latentes, elles s’expriment de manière éparses, revenant à la surface.

Et les assassins sont parmi nous.

Ce crime qui vient d’être révélé en Picardie fait d’ailleurs écho à un autre du même type, puisque à Camon on a retrouvé un chien noyé, qui avait été accroché à une pierre. C’est un mode opératoire relativement similaire, un savant calcul propre à un assassin.

Il faut remarquer également que Cambron n’a que 750 habitants. Cela signifie que tout le monde se connaît et que peu de choses passent inaperçus… La commune est également en bordure d’Abbeville, mais cette ville n’a que 135 000 habitants, avec une organisation urbaine typique de la région. Là aussi difficile de passer inaperçu…

Cela en dit long sur le degré de destruction des rapports humains, des échanges, des valeurs positives. Tout cela est bien sinistre…

C’est cette situation sociale qui est la vraie source du problème et cela témoigne inversement de l’absurdité du concept de « spécisme ». La personne qui a tué le chien ne l’a pas fait en s’appuyant sur un système de valeurs en termes d’espèce. Elle a tué le pauvre être sans défense justement parce qu’il était sans défense. C’est un crime qui a une valeur social (et une valeur naturelle), pas une question d’espèces.

Le meurtre suinte de la société, car la barbarie est profondément ancrée, elle est diffuse, elle vise autant les êtres humains que les animaux, dans une dynamique de guerre de chacun contre chacun, avec une course éperdue à harceler les « faibles ». C’est le reflet d’une société où la concurrence prime, où il faut écraser l’autre et où l’on existe qu’en écrasant l’autre.

Cette violence sociale est intégrée par les individus et se diffuse partout, sans que les gens en aient même conscience. Là encore, ne pas voir les choses ainsi implique d’aboutir au raisonnement selon lequel l’être humain serait « mauvais » par nature.

Mais rien que le fait que certains êtres humains voient le caractère barbare de tout cela ne peut qu’amener au rejet universaliste d’une telle vision pessimiste, négative, religieuse.

Reste qu’il faut encore savoir : comment changer les choses ? La mort terrifiante du pauvre chien implique un problème d’éducation, de valeurs, d’épanouissement, de sensibilité. La société n’est pas « spéciste », elle est simplement toujours plus une fabrique d’indifférents et d’assassins, de cyniques et de relativistes.

Ce qui est essentiel par conséquent, c’est de mettre en avant une perspective positive, avec des valeurs positives. Cela passe par le refus des valeurs négatives, le désengagement de ce qui est erroné, et la mise en valeur de ce qui est au contraire positif, méritant l’engagement.

Évidemment, dans chaque endroit les manières de mettre en avant des valeurs positives peuvent être différentes. Mais il y a des dénominateurs communs incontournables. Déjà, les refuges doivent être systématiquement valorisés et soutenus, ce qui implique une vraie rupture avec l’indifférence au quotidien.

Le véganisme doit être diffusé non pas comme repli individuel, mais comme expression logique de l’amour des animaux s’étendant à la Nature en général. Le refus de la Nature est la base même d’une société française qui n’a de yeux que pour René Descartes et son interprétation des animaux comme étant des machines.

Les chasseurs sont ici d’autant plus nos ennemis sur le plan des idées qu’ils se présentent comme étant justement ceux qui se « reconnectent » à la Nature. Ils tentent de se valoriser comme une alternative à la vision anti-naturelle dominante.

La défense de la vie sauvage en général est donc inévitable pour que le véganisme puisse réellement s’implanter en France, et par là il faut comprendre dans toute la France et non pas simplement dans les centres urbains. Il faut que le véganisme soit capable de fournir des activités concrètes où que l’on soit en France.

Cela implique aussi à nos yeux le refus de l’alcool et des drogues, ces facteurs de destruction individuelle, de destructions des liens sociaux. Refuser la dépendance et ce qui détruit l’esprit, la santé, est une rupture claire dans la vie quotidienne qui ne propose que des échappatoires morbides.

Les jeux d’argent, les drogues, l’alcool, la pornographie, les religions… les fuites sont nombreuses pour se forger une identité fictive, mais toutes assèchent l’esprit, abîment l’épanouissement, nient la Nature et la possibilité d’une vie heureuse.

Pour qu’il n’y ait plus de chien placé dans une cage et noyé, il faut une révolution fondamentale des mentalités, des manières de concevoir la vie quotidienne, de se lier à la Nature.

Etude sur le potentiel planétaire de l’aquaculture

Nature Ecology & Evolution est une nouvelle revue scientifique, existant en ligne depuis le début de l’année. C’est une revue indépendante sur le plan du contenu, mais lié à l’une des principales revues scientifiques mondiales, Nature.

De manière dramatique, cette nouvelle revue a publié un article marquant l’ouverture d’une nouvelle époque, celle de la crise écologique finale, avec l’organisation de l’exploitation animale à l’échelle de l’océan.

Un nouvel article, Mapping the global potential for marine aquaculture, vient en effet de proposer une cartographie du potentiel de l’aquaculture océanique. C’est un pas ouvert vers la destruction finale de la planète, dans la mesure où toute la vie se voit asservie pour une consommation immorale et destructrice.

L’article se veut ouvertement au service du projet général d’aquaculture océanique et la première phrase de l’article est explicite :

« L’aquaculture océanique présente une opportunité pour augmenter la production de nourriture marine, face à la demande croissante de protéines marines et la perspective limitée d’expansion des pêches de poissons sauvages. »

Le cynisme d’une telle phrase est impressionnant et typique de scientifiques sans conscience. Traduit dans un langage normal, cela donne : nous avons tellement anéanti la vie sauvage de l’océan qu’il faut désormais asservir l’océan lui-même.

L’article présente donc l’océan comme une « ressource agricole » et, pour la première fois de manière formelle, s’intéresse non pas à des zones spécifiques ou des espèces particulières, mais à l’aquaculture à l’échelle planétaire.

L’article est ainsi le résultat d’une double analyse, avec l’utilisation de toutes les données scientifiques disponibles : tout d’abord ont été étudiées les caractéristiques de 120 poissons et de 60 bivalves, c’est-à-dire certains mollusques comme les huîtres et les moules.

Les scientifiques partent du principe que les poissons devront faire en moyenne 35cm (la « taille d’une assiette ») et les bivalves 4cm de long : comme on le voit, rien n’est laissé au hasard pour satisfaire les exigences de l’exploitation animale et de la commercialisation des « produits ».

Ont été prises en compte la question de la profondeur, de l’alimentation, des conditions environnementales, des températures minimale et maximale supportées.

Ensuite, l’océan a été cartographié en entier et divisées en petites zones, pour voir les possibilités de production. Puis, ensuite, les chercheurs ont enlevé les zones non adéquates, en partant tout d’abord du fait que les zones à plus de 200 mètres de profondeur n’ont pas été prises en compte en raison de la difficulté qu’il y a à « ancrer les fermes » à cette profondeur.

Les chercheurs – plutôt les criminels – ont ensuite enlevé les zones inadéquates, comme celles où l’oxygène se dissout trop lentement ou où il y a trop peu de phytoplanctons. Les zones où il y a trop de bateaux ont été enlevés, comme les zones protégées, celles aussi où passent de nombreux bateaux.

Des zones à moins de 200 mètres, il a fallu ainsi enlever 25.3% du total en raison du trafic maritime, 3,9 % à cause de la dissolution problématique de l’oxygène, 2,5 % à cause des plate-formes pétrolières, seulement 0,1 % à cause des zones protégées.

Le résultat est terrifiant, puisque les chercheurs proposent pas moins de 11,4 millions de km² disponibles pour l’exploitation des poissons, 1,5 million de km² pour celle des bivalves.

L’article annonce la possible « production » de 15 milliards de « tonnes de poissons » (sic) chaque année.

Comme bien entendu, les chercheurs auteurs de l’article comptent faire carrière, ils mentionnent certains points encore à étudier. Ils parlent ainsi de la question de l’accès aux marchés et aux ports, de la nature des infrastructures portuaires, de la disponibilité du capital « intellectuel » et du capital « business », des « interactions sociales » avec les entreprises de pêche existantes, etc.

Les zones considérées comme les plus propices à l’aquaculture, celles au meilleur potentiel sont en rouge.

C’est à cela qu’on voit bien que sans révolution, l’exploitation animale se maintiendra et se renforcera, disposant de moyens économiques, d’appuis politiques, de soutiens scientifiques.

On a déjà passé le cap des 50 % pour la part de l’aquaculture dans la « production » de poissons par l’exploitation animale et ici on a un exemple de comment un grand saut dans un monde où la vie serait entièrement subordonnée, à l’échelle planétaire, à un mode de vie destructeur.

La France a ici un potentiel énorme, malheureusement ; c’est d’ailleurs l’un de grands leitmotivs de Jean-Luc Mélenchon, pour qui l’aquaculture représente l’avenir. La France dispose en effet de la zone économique exclusive pratiquement la plus grande du monde, avec 10 263 100 km², seuls les États-Unis ayant autant.

Bizarrement, les auteurs de l’article ne semblent pas au courant ; il faut dire que leur démarche visent surtout les côtes directes des pays. A ce titre, ils affirment qu’il est possible de faire « mieux » que la Norvège, la Chili et la Chine, pays où l’aquaculture est déjà intensive. Ils soulignent que l’Inde et le Kenya ont un gros potentiel, alors que leurs populations augmentent…

Les chercheurs se réjouissent même du Gulf of Mexico Fishery Management Plan for Offshore Aquaculture, qui depuis 2016 permettent l’établissement de 20 fermes dans le golfe du Mexique, ce que la NOAA américaine présente comme étant « aux bénéfices de la nation ».

Nul doute, par ailleurs, que leur appel soit entendu. Au Maroc, un appel d’offres va être lancé dans deux jours par l’Agence Nationale pour le Développement de l’Aquaculture, pour une exploitation de 470 hectares.

Au Sénégal, un expert soulignait cette semaine l’importance de l’aquaculture dans les projets de « développement » :

« Le coordonnateur scientifique du projet Isra/Crodt, Moustapha Dème, a insisté sur « la place importante » de l’aquaculture dans la politique de développement économique et social du Sénégal, soulignant que le Plan Sénégal émergent (Pse) la positionne parmi les six secteurs prioritaires à haut potentiel de création d’emplois et de richesses. (…)

Ce projet est coordonné par l’Isra/Crodt (institut sénégalais de recherches agricoles/centre de recherche océanographiques Dakar-Thiaroye) et exécuté sur le terrain avec la collaboration de l’Anida (agence nationale d’insertion et de développement agricole), de l’Ana (agence nationale d’aquaculture) et de l’Iupa/Ucad (institut universitaire de pêche et d’aquaculture). Selon lui, ce projet a des objectifs de production de 30.000 tonnes de produits aquacoles en 2018 et de 50 000 tonnes avant 2023. »

Le Vietnam, un pays en pointe dans l’aquaculture, organise également fin octobre un exposition internationale, «Vietnam Aquacuture 2017», au Centre des expositions internationales de Cân Tho, dans le delta du Mékong. L’endroit est choisi symboliquement, puisque le delta du Mékong est la source de 67% des « produits aquacoles » vietnamiens.

Toutes les forces de l’économie actuelle tendent à trouver de nouvelles voies pour renforcer l’exploitation animale, afin de former de nouveaux débouchés, de trouver d’autres ressources à piller.

Le phénomène est planétaire et est d’une ampleur telle que, comme nous l’avons souligné, tout va se jouer dans les 20-30 prochaines année. L’océan, cette dernière grande frontière, est en train de tomber !

Le véganisme est-il un droit de l’Homme?

lionC’est une question qui n’est pas encore vraiment apparue, mais qui inévitablement va faire surface. L’émergence du véganisme en France va en effet amener des conflits inévitables avec la vie quotidienne institutionnalisée.

Il faut entendre par là l’école, l’hôpital, ou encore la prison, des lieux où c’est principalement l’alimentation qui risque de poser un problème fondamental. La question des cantines dans les écoles revient déjà de manière récurrente, celle de l’alimentation dans les hôpitaux l’est moins et pourtant il y a déjà forcément beaucoup d’expériences faites dans ce domaine.

A cela s’ajoute nombre d’autres domaines : les repas de famille, ceux organisés par l’entreprise, ou ceux qu’on est en droit d’attendre dans un hôtel en tant que client.

Mais on peut élargir la question, car il ne s’agit pas que d’alimentation : policiers et soldats doivent porter, de manière obligatoire, des objets en cuir, certaines études exigent l’utilisation de produits d’origine animale ou testés sur eux, voire d’animaux eux-mêmes.

En fait, on peut trouver de tels exemples pratiquement à l’infini, puisque l’exploitation animale est présente à tous les niveaux. La question est de savoir alors comment il faut justement voir les choses.

abeille

Si on raisonne à sa propre échelle, on ne peut que constater une expérience individuelle désagréable ou inacceptable. Si on veut continuer à participer à la vie quotidienne institutionnalisée, alors on considère qu’on subit une discrimination, ce qui demande bien sûr à être corrigé.

Disons tout de suite pourquoi ce point de vue, largement partagé et diffusé par des associations comme L214, est erroné. Le grand défaut de cette approche est son anti-universalisme, sa réduction du véganisme à une démarche individuelle.

Les animaux sont perdus de vue, la libération animale n’apparaît plus que comme une lointaine utopie et ce qui compte alors c’est simplement l’intégration de sa propre démarche végane dans la vie quotidienne anti-végane.

Le véganisme se ramène ici, ce qui est vraiment absurde, aux pratiques religieuses. Tout comme les Juifs, les catholiques, les musulmans ont leurs exigences, les végans auraient les leurs. Tout se vaudrait et il faudrait accepter tout le monde  comme ils sont.

manchot

Si cette perspective améliorerait grandement la vie quotidienne des gens végans, elle anéantirait totalement leur perspective universaliste. Ce qui ne dérangerait par ailleurs pas beaucoup d’entre eux, étant donné qu’ils sont végans pour leur bonne conscience ou bien par mode, mais pas par amour des animaux.

Il y a ici un écueil très grand, qui risque de briser ce que transporte le véganisme en exigence universelle de changement de la vie quotidienne. Les animaux de la forêt se moquent de la vie quotidienne des véganes des villes s’ils sont toujours confrontés aux chasseurs. Les animaux toujours plus nombreux dans les fermes-usines dans le monde se moquent du fait qu’il y ait des glaces véganes…

Il faut ici toutefois approfondir la réflexion au niveau de l’universalisme, car les religions sont parfois censées l’être.

Le catholicisme est en effet universaliste. Historiquement hégémonique en France, il peut donc prétendre être ouvert, tout en gagnant du temps pour se renforcer et ramener la grande majorité dans la voie juste.

Cela ne peut pas être un modèle, car le véganisme n’a pas à ramener les gens à sa démarche, mais à les y ramener, ce qui est bien plus difficile.

Le judaïsme part du principe qu’il sera toujours une religion minoritaire et qu’il faut s’adapter, accepter des compromis même importants. Il en va de même du protestantisme traditionnel.

corail et poissons

Le véganisme ne peut pas accepter cela, à moins de considérer qu’il restera minoritaire et qu’il faut capituler devant l’exploitation animale au moins pour trois cent ans. Au-delà d’une capitulation morale, vue la situation de la planète c’est intenable.

L’Islam ne parvient pas, quant à lui, à trouver une voie en raison de son exigence hégémonique et soit passe dans l’isolement salafiste, bien plus rarement la rupture pro-terroriste, plus couramment l’adaptation plus ou moins hypocrite car en contradiction avec ses propres valeurs. Cette dernière option est la grande ligne des « frères musulmans », qui ont théorisé tout un agenda d’exigences et de points culturels à gagner pour avancer.

Le véganisme ne peut pas suivre une telle démarche, pour toute une série de raisons. Tout d’abord, parce que ce qui est l’objectif, c’est la libération concrète des animaux et pas le fait de pouvoir manger un gâteau végan au restaurant comme d’autres vont prier dans un édifice religieux.

Ensuite, parce que les compromis sont inacceptables pour le véganisme. Un musulman peut accepter une alimentation non halal s’il n’a pas le choix , mais une personne végane ne peut pas accepter une nourriture non végétalienne dans une même situation…

Enfin, c’est là d’ailleurs la clef de toute la question, le véganisme ne saurait raisonner en termes de communauté séparée. Le fait même de parler des « végans » comme un ensemble est sans doute faux.

chenille

On le voit bien de par les grandes différences qui les marquent. Mais, surtout, les végans ne sont pas des individus ayant fait un « choix », mais l’expression d’une tendance universelle au véganisme.

Formulé différemment, cela donne la chose suivante : soit d’ici cinquante ans l’humanité a adopté le mode de vie végane, soit sa civilisation aura connu l’effondrement. L’humanité ne peut pas nier la réalité, elle ne peut pas nier la sensibilité animale, elle ne pas dénier la réalité d’une planète formant un tout complexe formant un équilibre permettant la vie de se développer.

Une humanité s’imaginant trouver un sens en elle-même, en-dehors de la Nature, contre la Nature, est une illusion.

Les personnes véganes doivent prendre conscience de cela, du timing plus que serré qui existe pour, osons le dire, sauver la planète. L’horizon se limite, très concrètement, aux trente prochaines années, où tout va être décisif.

Avec cette mise en perspective, on voit bien l’absurdité de faire du véganisme un « droit de l’homme ». Il faut conquérir des droits, comme celui de pouvoir manger végétalien dans les cantines par exemple, mais il ne faut pas en faire un « droit de l’homme » qui impliquerait le « droit de l’homme »… de ne pas manger végétalien.

renardLe système ne reculera d’ailleurs pas. Il se contentera de mesures pour intégrer les personnes véganes, pour qu’elles se contentent d’être une minorité à prétention moraliste mais entièrement coupée de toute influence sociale.

La théorie de « droits de l’homme » lui convient alors très bien, puisque relativisant toute démarche et niant l’universalisme.

A l’inverse, le véganisme ne doit pas s’orienter par rapport aux droits de l’Homme, masque de l’individualisme, mais par rapport à la libération animale comme devoir moral absolu.

Peut-on avoir deux mères?

Qu’est-ce qu’une mère? La définition obéit-elle à la Nature, ou faut-il dépasser celle-ci, en rejeter les fondements et parvenir à une définition « culturelle » – en partant alors du principe que Nature et culture s’opposent?

mere1Pour aborder la question, prenons un exemple pratique, avec le coupe d’Europe de football des équipes féminines qui s’est achevée dimanche dernier. Il s’agit d’athlètes de haut niveau, que rien ne distingue des hommes dans ce sport, à part un niveau technique encore faible en comparaison, mais elles courent autant, font autant de duels, l’agressivité sur le terrain y est peut-être même plus marquée, etc.

Or, qui dit sport de haut niveau amène la question de savoir comment combiner cela avec le fait d’être enceinte, d’avoir des enfants. Il y a le risque potentiel de perdre le fil ou d’interrompre une carrière à succès, de se « disperser », ce qui est bien sûr impardonnable aux yeux d’une société fondée sur la compétition. C’est la même problématique que dans les entreprises.

La joueuse de tennis belge Kim Clijsters est ainsi connue pour avoir été numéro un, fait une pause « bébé » en 2009, pour revenir avec succès ensuite. La joueuse de beach volley Kerri Walsh a trois médailles d’or et trois titres de championnes du monde, elle en aurait eu bien davantage sans trois « pauses bébé ».

mère 3

Le regrettent-elles? Sans doute pas, sinon elles ne l’auraient pas fait. Elles connaissaient forcément la pression existant à ce niveau. La question revient toujours sur la table, car la pression de l’esprit de compétition, de concurrence, d’accumulation de prestige et de gains, tout cela a ses exigences.

Parmi les femmes qui jouent la coupe d’Europe de football, très peu sont les femmes qui ont eu une maternité suivie d’une reprise : les islandaises Málfridur Sigurdadottir (trois enfants), Harpa Thorsteindottir (qui a eu son second enfant en février), Sif Atladottir (un enfant), l’Autrichienne Jasmin Pfeiler.

Le porte-parole officiel des 368 femmes membres des 16 équipes de la coupe d’Europe de football n’était même pas au courant. Il s’est vu poser la question de savoir s’il y avait des mères parmi les joueuses et sa réponse fut simple et même répétée deux fois, alors que pourtant elle est donc fausse : « No mothers. No mothers. »

mère 4Mais les corrections qui lui ont été faites dépassent ce à quoi on pouvait s’attendre, et c’est là que la question de la définition de ce qu’est une mère intervient.

L’équipe anglaise a en effet tout de suite remis en cause ces propos, la joueuse Casey Stoney étant « mère de deux enfants ». Mais le terme est-il le bon? Car c’est sa compagne Megan Harris qui a mis au monde les deux enfants en question.

Est-elle la mère, ou la compagne d’une mère?

L’équipe suédoise précisa également qu’il y avait de son côté deux « mères », sans plus de précisions. Mais là encore, le terme est une association d’idées seulement, puisque que si on regarde de quoi il en retourne, c’est Sabine, la compagne maritale de Hedvig Linthal, qui a eu un enfant, tout comme la compagne de Lisa Dahlqvist, Jessica Danielsson.

Le statut de mère est ici réduit à une formulation juridique simplement : femme ayant la responsabilité d’un enfant.

Il semble bien que cette définition tende à l’emporter. Ainsi, l’équipe hollandaise a félicité une de ses joueuses de la manière suivante en avril :

« Nous avons une mère dans notre équipe. La petite amie de Sherida Spitse a donné naissance à un bébé cette année. »

Il y a naturellement un souci ici, car il y a bien un père. Quels sont ses droits et devoirs, et dans quelle mesure l’enfant a-t-il accès à ses informations?

Mais il y a aussi cette question qu’il faut poser ici : qu’est-ce qu’une mère? D’un point de vue naturel, il s’agit d’une femme ayant porté un enfant qui est le sien. Il y a un lien affectif naturel, de par le fait que la vie donne la vie, qu’on porte un être vivant qui est le sien.

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Les partisans des mères porteuses disent ici qu’on peut faire en sorte qu’un femme porte
un enfant qui, sur le plan de l’ADN, n’est pas le sien. Que par conséquent on peut être mère sans porter l’enfant.

Mais dira-t-on alors que le footballeur Cristiano Ronaldo a été la mère de ses enfants, portée par mères porteuses? Car celles-ci, contre un gros chèque, ont disparu. Et qui est d’ailleurs la mère de ces enfants?

Est-il possible, comme lui, d’être simplement « père »? C’est bien sûr possible, puisqu’il le fait, mais ne faut-il pas considérer cela comme totalement fou?

Un père, mais aucune mère, comme si celle-ci n’avait jamais existé?

Mais donc, qu’est-ce qu’une mère? Certains diront : c’est celle qui s’occupe d’un enfant, qui en a la responsabilité. Mais pour autant, une femme adoptant un enfant en est-elle la mère? Une femme s’occupant d’un jeune enfant qui n’est pas le sien, par exemple lors d’un remariage, est-elle la mère?

Peut-on remplacer une mère, la changer par une autre, aussi simplement que cela? Une personne n’ayant jamais connu sa mère n’aurait-il aucun rapport avec elle?

mère 7Les exemples sont infinis et pour faire bref et ne pas se perdre dans le propos, voyons simplement qu’il n’y a que deux possibilités.

Soit on dit que la définition de père et de mère n’existe pas en soi, ne consistant qu’en une seule réalité : la responsabilité juridique d’un mineur. Père, mère sont alors des termes recouvrant simplement un statut juridique, celui au sens de « parent » comme tuteur légal.

Soit on dit que la définition de père et de mère correspond à la réalité naturelle de la procréation. Dans la Nature, il faut un homme et une femme pour avoir deux enfants, c’est la seule réalité et tout le reste n’est que contournement technique de cette réalité.

Dans le premier cas, il peut y avoir une mère comme deux mères, ce qui compte étant la responsabilité juridique et non pas le lien naturel (physiologique, affectif, etc.). Il ne peut y avoir aussi qu’une mère toute seule, qu’un père tout seul, deux pères, deux mères.

Dans l’autre cas, ce n’est pas possible. Même dans le cas de deux femmes vivant ensemble, il n’est pas possible de les appeler toutes les deux mères, car la réalité du rapport à l’enfant n’est pas le même. Ni du rapport tout court menant à cet enfant, puisqu’il faut forcément un père pour aboutir à la procréation.

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Encore faut-il pour cela reconnaître la Nature et ne pas considérer que ce qui compte, c’est le choix individuel d’une conscience abstraite vivant hors de la Nature.

On voit aisément comment une telle problématique est porteuse de choix historiques pour l’Humanité. Les religieux l’ont très bien compris et mènent des campagnes tambour battant, cherchant à détourner le respect de la Nature en quête mystique.

Les partisans de l’ultra-libéralisme l’ont très bien saisi aussi, expliquant que leur démarche de refus de la Nature permet de gagner de nouveaux droits… Comme celui du « droit à l’enfant ». Un droit qui peut passer par le droit de ne pas porter cet enfant, comme avec les mères porteuses.

Un tel panorama est terrible, car il amène forcément les partisans de la Nature à être pris entre le marteau des religieux et l’enclume des « modernes ». Les véritables athées, qui ne reconnaissent que la Nature, doivent affronter les religieux comme les existentialistes qui trouvent un sens à leur vie uniquement dans l’individualisme.

mère 6Tant les religieux et les existentialistes seront par conséquent forcément anti-écologistes, car le seul moyen d’être écologiste, c’est de reconnaître la Terre comme mère, comme lieu abritant la vie et la protégeant de par sa nature d’ensemble où tout est lié.

Les uns parleront par contre de Dieu, les autres de leur petit moi et de leurs « choix ». Jamais ils ne se sentiront liés à la défense d’un animal à l’autre bout de la planète, ou même d’une plante en bas de chez eux!

Les uns voient la mère comme celle qui est soumise au père, les autres abandonnent la notion de mère et de père. Dans tous les cas, la réalité naturelle leur échappera, car ils refuseront toujours de reconnaître les faits – au profit d’un « Dieu », au profit d’un « choix personnel ».

Angleterre : pourquoi je continue à saboter les chasses au renard dix ans après leur interdiction

La loi est faite pour être contournée par les puissants, surtout lorsqu’on touche aux traditions de ceux-ci ! Lee Moon, le porte-parole de la Hunt Saboteurs Association en Angleterre, raconte ce qu’il en est en Angleterre, avec la chasse au renard, une grande tradition de l’élite.

En prétextant qu’il s’agit d’un entraînement pour un oiseau de proie, les chasseurs continuent leur crime, bafouant la loi, avec l’accord tacite bien sûr du gouvernement, des juges et de la police…

En tant que saboteur de la chasse, je passe chaque samedi de la saison de chasse à intervenir pour sauver la vie sauvage.

En août et septembre, lorsque les chasseurs entraînent leurs jeunes chiens à tuer les renardeaux, cela veut dire se lever à trois heures du matin pour être en position quand ils commencent leur vil « sport », à l’aube.

Certaines personnes de demanderont ce qui motive une personne ordinaire comme moi à consacrer une partie si importante de son temps libre à ça. Eh bien, il est erroné de prendre la vie d’un autre être pour le plaisir.

C’est pire encore d’appeler ça un sport. Et c’est pire encore d’utiliser de telles ressources pour rendre si inégal les chances – le renard n’a quasiment aucune chance de s’en sortir sans l’intervention des saboteurs.

J’ai commencé à saboter des chasses quand j’avais 19 ans, la chasse à courre était encore légale à cette époque. Je ne m’étais jamais considéré comme une ami des animaux, mais l’idée de chiens déchiquetant un animal au nom du sport m’a frappé comme relevant de l’injustice.

Je savais que je devais essayer à arrêter cela. Alors que j’étais impliqué dans un groupe environnemental, j’ai entendu parler des sabotages de chasses et j’ai donc assisté à ma première réunion dans l’arrière-salle d’un sombre bar.

C’était un tout nouveau monde et je n’ai pas compris grand chose de ce qui était duiscuté, mais j’étais déterminé à m’impliquer.

Mon premier sabotage de chasse fut une journée à la fois mémorable et horrible. J’étais pétrifié lorsque nous nous sommes mis en route le matin, et je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre.
Par chance, les autres membres du groupe étaient rassurants et accueillants. Durant la journée, malgré nos efforts, les chasseurs ont tué un renard.

Nous avons réussi à récupérer le corps et nous avons découvert qu’ils avaient tué une renarde enceinte ; deux de ses petits sortis de son corps déchiqueté étaient encore vivants.
Nous n’avons rien pu faire et les deux petits moururent rapidement.

J’étais écœuré, mon estomac se retourne encore quand je pense à cette magnifique créature et sa mort vicieuse. Les chasseurs présents avaient l’air de trouver ça parfaitement acceptable.

Quelques semaines plus tard, notre groupe intervint et sauva un renard.

Nous l’avons vu s’échapper à travers champ et pouvions entendre les meutes de chiens crier. L’un des saboteurs expérimentés utilisa sa corne de chasse pour distraire les chiens, donnant au renard assez de temps pour s’enfuir.

J’ai su alors que je devais apprendre ces techniques. Ces deux incidents m’ont fait réaliser à quel point nous pouvions efficace, et c’est la raison pour laquelle je continue à saboter les chasses presque 20 ans plus tard.

En 2005, lorsque le Hunting Act de 2004 est entré en vigueur, nous pensions que nous pouvions ranger nos bottes de sabotage et continuer nos vies.

Malheureusement ce ne fut pas le cas. Les chasseurs, tout en essayant de se dresser un portrait respectable, décidèrent d’enfreindre la loi.

A plusieurs reprises, chaque semaine.

Pas un « accident » occasionnel, mais un défi complet.

Furieux de voir leur « sport » limité par le gouvernement, les chasseurs ont tout simplement continué à chasser et à tuer des cerfs, des renards, des lièvres et des visons.

La chasse a été autorisée à continuer, largement sans être touchée par le Hunting Act, en raison d’un manque de compréhension et d’intérêt de la part de la police et des services judiciaires royaux.

Les saboteurs utilisent l’action directe non-violente pour perturber les chasses.

Nous nous soucions de tous les animaux, pas seulement des renards (ou des autres animaux chassés), et donc nous ne ferions jamais quoi que ce soit qui pourrait faire du mal aux chiens de meutes, aux chevaux ou même aux humains qui soutiennent la chasse.

Les chasseurs croient fréquemment et ont propagé toutes sortes d’histoires folles à notre sujet, pendant des années, affirmant que nous sommes financés par le KGB, que nous vaporisons de l’acide sur les visages des chiens, que nous mettons en place des cordes de piano à hauteur de la tête pour tuer les chasseurs, ou même que nous poignardons les chevaux.

Pourquoi est-ce qu’un mouvement composé de vegans attaquerait des animaux ? La simple réponse est que nous ne le faisons pas et que nous ne le ferions jamais.

Rien que la semaine dernière, un juge, lors d’un procès contre quatre saboteurs, a déclaré : « Vous contribuez chacun immensément à la société, non seulement dans vos vies professionnelles, mais aussi durant votre temps libre. Vous méritez des éloges pour ce que vous accomplissez ainsi que pour votre comportement ».

En revanche, les chasseurs réagissent souvent par la violence et l’agression lorsque les saboteurs perturbent avec succès une mise à mort. J’ai été frappé à coups de poings, de pieds, craché dessus et battu à coups de bâtons alors que je sabotais des chasses et d’autres saboteurs ont reçu bien pire.

Mike Hill et Tom Worby ont été tués alors qu’ils perturbaient des chasses (bien que personne n’ait jamais été mis en procès pour ça) ; Steve Christmas a passé plusieurs mois à l’hôpital après s’être fait couru dessus par des chevaux.

Pour ajouter l’insulte aux blessures, la police a des préjugés à notre égard. Ils préfèrent travailler comme sécurité privé des chasseurs plutôt que d’appliquer la loi. Même quand ils sont confrontés aux « hommes du terrier », dont la simple présence veut déjà dire être dans l’illégalité, la police refuse d’agir.

[Les « hommes du terrier », terriermen, ont comme fonction de bloquer les terriers pour empêcher le renard de pouvoir se replier. Le cas échéant, ils l’en font sortir. Muni de tout un matériel, ils suivent la chasse à pied, en quad, voire en 4×4, déniant tout rapport avec la chasse ou bien se présentant comme ayant la fonction de fermer de réparer les clôtures, etc.]

[Le premier ministre britannique] David Cameron a promis à plusieurs reprises d’abroger l’interdiction de la chasse. Cela a simplement mis en avant le fait que la chasse continue. La majorité de l’opinion publique pense que ce « sport » a disparu il y a dix ans, et est choquée de s’apercevoir qu’il existe encore.

Cependant, nous avons de l’espoir. Le nombre de saboteurs a augmenté de manière significative ces trois dernières années, en partie à cause des impopulaires abattages de blaireaux.

Ainsi, la situation de la chasse au renard dix ans après son interdiction est quasiment identique à la situation dix ans auparavant. Partout dans le pays, les chasseurs continuent de chasser et de déchiqueter des animaux, bien que ce soit illégal maintenant, et les saboteurs ont du succès pour les stopper.

Une chose est sûre en tout cas – tant que des personnes tueront pour sport, il y aura des saboteurs.

La vénerie vue en 1900

Nous sommes en 1900, il y a bien plus de cent ans, et Lucien Boppe (1834-1907), qui fut Directeur de l’École nationale des eaux et forêts (École forestière),à Nancy, publie un ouvrage sur la chasse et la pêche en France.

Voici la présentation qu’il fait de la chasse à courre. Aussi absurde que cela soit, il faut comprendre la nature de ce phénomène barbare, car il existe encore dans notre pays… Quelle folie!

On notera que Lucien Boppe cherche à avoir un point de vue « neutre », ce qui rend le document justement très intéressant, car il est en quelque sorte conforme à l’objectivité de l’idéologie dominante.

Il reflète une approche froide, très 19ème siècle, à la fois scientifique mais en même temps réductrice.

Pour l’anecdote qui a son importance, Lucien Boppe a également écrit sur la sylviculture et il s’est largement engagé pour la protection de la futaie des Clos, dans la forêt de Bercé, dans la Sarthe.

La question arriva en 1907 à la Chambre des Députés et le ministre de l’agriculture annonça son accord pour la protection, un chêne étant nommé par la suite du nom de Lucien Boppe. Touché par la foudre, la souche y est encore symboliquement préservé.

La vénerie

En première ligne se place la chasse à courre, à cor et à cris. C’est la chasse française par excellente, qui fut instituée jadis à l’égal d’une profession d’État, avec tout le luxe et le pompeux attirail que comportaient les plaisirs royaux : la vénerie en un mot.

On compte encore en France des veneurs émérites et des équipages de premier ordre. Le courre du cerf est resté le type de ce sport somptueux.

Il exige un nombreux personnel et se pratique à grand renfort d’auxiliaires : chevaux et chiens.

Chaque chasse prend l’éclat d’une fête où rien ne manque à la mise en scène : maîtres, invités, valets portant la livrée et le bouton de l’équipage.

On se propose pour objectif de ne chasser, pour le prendre, qu’un animal dont l’espèce et l’individu sont déterminés à l’avance. Le succès dépend de la quête du limier, puisque c’est lui qui sert à détourner le cerf dans le buisson, où il est rembuché.

Le limier doit avoir le nez fin et suivre juste. Il marque chaque foulée sans bruit et sans abois; an piqueur à débrouiller si telle est la vraie voie du gibier qu’il cherche. Sa besogne faite et à l’heure dite, le piqueur se trouve au rendez-vous, où il fait son rapport détaillé.

Si le mettre de l’équipage juge qu’on tient une bonne piste, il prend de suite ses mesures pour l’attaque et proportionne les moyens d’action à la résistance probable et à la difficulté du terrain.

Tout d’abord, on foule l’enceinte avec quelques chiens, les plus vieux et les plus lents, pour faire le rapprocher et le lancer; en même temps, on poste du monde sur la refaite probable pour chercher à voir l’animal par corps et être bien sûr que le piqueur a dit vrai.

Alors seulement on découple la meute. La voie est chaude et les premiers coups de gueule des chiens excités par la fanfare éclatent sous les grands bois et se répercutent dans les lointains comme les échos d’une puissante symphonie.

A partir de cet instant, la chasse est poussée à fond ; c’est une lutte de vitesse dont le grand train est entretenu par des relais plusieurs fois renouvelés. L’art est de ne permettre aucun défaut, aucun change, aucun ralentissement dans la poursuite.

Après deux ou trois heures, plus ou moins suivant les cas, le cerf haletant baisse la tête et tire la langue.

Souvent, il cherche un étang ou une mare pour se rafraîchir et c’est là qu’il s’arrête pour tenir les abois et vendre chèrement ce qui lui reste de vie.

Le cor sonne l’hallali.

En forme d’épilogue, le maître de l’équipage ou l’invité à qui on fait les honneurs de la chasse sert la bête sur ses fins d’un coup de dague ou de carabine ; beaucoup moins d’ailleurs pour terminer son martyre que pour épargner la vie des chiens, contre lesquels il se défend des andouillers et des pieds de devant avec le courage du désespoir.

On compte les minutes et l’équipage tient à honneur la rapidité avec laquelle la victoire a été enlevée.

Quand le laisser-courre est bien mené, tout cela se sera passé si rapidement, si naturellement que le spectateur, qui suit en voiture ou à cheval sans autre préoccupation que celle de ne pas se perdre, croit que cela devait arriver.

Bien peu se doutent de ce qu’il a fallu déployer de savoir, d’expérience, de coup d’oeil et d’énergie avant et pendant l’action, pour éviter les mille incidents de nature à compromettre le résultat final.

La représentation se termine par la curée, qui tient lieu d’apothéose surtout lorsqu’elle se fait aux flambeaux.

Mais ce sont les beaux jours, car chasser n’est pas toujours prendre et il faut compter avec les buissons creux, les incidents et les accidents.

On ne doit jamais tirer le cerf devant les chiens ; cela est au contraire admis pour le daim, le sanglier et le loup chassés dans les mêmes conditions. Le courre du loup est autrement difficile et tourmenté. C’est accomplir un raid des plus durs que suivre un animal qui, d’une traite, vous emporte à 60 et 80 kilomètres du lancer.

La vénerie emploie aussi des chiens de force qui, à proprement parler, ne sont plus des chiens courants.

On les substitue à la meute, en face d’un animal : cerf, loup ou sanglier qui tient les abois et fait tête, afin d’éviter aux chiens d’ordre de trop graves blessures.

Les matins coiffent l’animal, l’étranglent ou le rendent inoffensif jusqu’à l’arrivée du chasseur qui le servira de la pique ou de la dague.

Mais les mâtins et les dogues surtout sont de véritables bêtes féroces qu’il faut toujours tenir en laisse et surveiller de près ; car, à l’occasion, ils attaquent l’homme et peuvent causer les plus grands malheurs.

Il ne sera pas question de la chasse au lévrier, puisque l’usage en est formellement interdit par la loi.

Le titre de veneur ne se gagne pas sans chevrons. Il demande, en même temps qu’une grande résistance physique, de l’adresse et les connaissances les plus variées concernant le maniement des armes, le choix et le dressage des chevaux et des chiens, les mœurs et les allures du gibier, etc…

Mais, par-dessus tout, un don inné qui ne s’acquiert pas. Tout veneur doit aussi savoir jarreter le gibier pour en faciliter le transport, le vider, le dépouiller et le découper.

Chacun de ces menus détails est réglé par une tradition dont il aura la coquetterie de ne pas s’écarter.

Encore fût-il muni de toute cette science, ce n’est pas sans un long apprentissage à l’école des bons maîtres qu’il deviendra un veneur capable, à l’aide des preuves dont le gibier marque son passage et à ses allures, d’en reconnaître, sans se méjuger, l’espèce, l’âge et le sexe.

Car, si, en temps de neige, quand le livre des ânes est ouvert, il est facile à tout le monde de suivre un animal à une piste, en été, surtout par un temps sec, il faut faire état du moindre brin d’herbe foulé ou froissé.

C’est donc par sa pratique des choses du revoir qu’un veneur donne sa mesure.

[Suivent des dessins explicatifs sur les empreintes des animaux.]

Le langage de la chasse a été créé uniquement à l’usage de la vénerie. Les autres chasses se sont donné le genre de se l’approprier.

On trouvera ci-après la liste des termes techniques les plus usités.

Abattures……. Voir Foulées

Affût……. Lieu où l’on se cache pour tirer le gibier.

Aller d’assurance……. Se dit d’un animal qui marche sans crainte.

Allures……. Façon de marcher des animaux; se dit aussi de la distance qui sépare l’empreinte du pied de devant de celle du pied de derrière.

Aze……. Voir Hase.

Bauge……. Gîte des bêtes noires et des bêtes mordantes.

Billebauder……. Fouler une enceinte sans y voir préalablement remis le gibier ; chasser à la billebaude, c’est chasser au hasard.

Bête……. Tout animal de chasse à courre.

Bouquin……. Mâle du lièvre.

Bourre……. Mâle du canard sauvage.

Boutoir……. Bout du nez des bêtes noires.

Bréhaigne……. Biche,daine ou chevrette devenues stériles.

Broche……. Premier bois du cerf et des bêtes fauves; comme Dague.

Brisées……. Branche rompue pour marquer le passage d’un gibier; on met le gros bout du côte où la tête est tournée.

Brout……. Bourgeons et écorces dont les bêlez fauves s’enivrent au printemps; de là leur nom de Bêtes de brout.

Carnage……. Tripailles et chair morte que l’on traîne par la campagne pour attirer loups et renards dans les pièges.

Cattiche……. Retraite des loutres au bord des étangs et rivières.

Cerf……. Biche; faon jusqu’à 6 mois, hère de 6 mois à 1 an, daguet, 2e à 5e têtes, dix cors jeunement, dix cors bellement à 7 ans, puis gros ou vieux cerf.

Cervaison……. Époque où la chair du cerf est grasse et de bonne qualité.

Change (faire un)……. Se dit lorsqu’une bête se substitue à celle que l’on chasse.

Chevreuil……. Chevrette ; faon, daguet, brocard à 3 ans.

Clapier……. Ensemble des trous creusés et habités par les lapins.

Coulées……. Faux chemins que les animaux tracent sous les couverts.

Cris des animaux……. Le loup hurle; le renard glapit; le cerf brème (brâmement); le chevreuil rait ou rée (le réement, le raire); l’ours et le sanglier grognent; la marmotte et la loutre sifflent; le lapin et le lièvre crient.

Cris du chasseur pour avertir qu’il voit le gibier par corps……. Souilleau, pour sanglier; tayau, pour bêtes fauves ; vla-au ou vloo, pour lièvre, loup, renard ou blaireau ; tire-haut, pour gibier à plumes.

Curée……. Repas que l’on fait faire aux chiens lorsqu’ils ont pris le gibier; la curée est chaude quand on donne sur le terrain quelque partie de la bête morte ; la curée froide est celle que l’on donne au logis.

Dague……. Premier bois des bêtes fauves.

Daim……. Daine et, pour les mâles, comme le cerf.

Débucher……. Se dit de la bête qui sort du bois.

Déchaussure……. Égratignures que le loup fait sur le sol après avoir jeté ses laissées.

Défenses ou limes……. Longues dents canines qui sortent de la mâchoire inférieure des sangliers.

Détourner……. C’est tourner tout autour d’une enceinte pour s’assurer, soit à l’aide de limiers, soit par le revoir, si la bête que l’on cherche y est encore remise. On compte les passages par des brisées.

Écoutes……. Oreilles des sangliers.

Fort……. Canton de bois épais et fourré où les grands animaux se reposent pendant le jour.

Fouger……. Action du sanglier qui arrache les racines avec son boutoir.

Foulées ou foulures……. Traces laissées par les pieds d’un animal sur l’herbe et sur le terre; se dit trace pour le sanglier, voie pour les bêtes fauves et les lièvres, passée pour l’écureuil, piste pour les bêtes mordantes et puantes.

Frayer (leur tête)……. Action des bêtes de brout lorsqu’elles frottent aux perches leurs bois en velour pour les brunir.

Frayoir, ou frévoir……. Parties des perches écorchées par les bêtes fauves qui y frottent leurs bois.

Gagnage……. Terres oh les bêtes fauves vont en pâture.

Gardes……. Ergots des traces de sanglier.

Goupil……. Ancien nom donné au renard.

Graies ou grès……. Canines en crochet qui sortent de la mâchoire supérieure des sangliers et semblent aiguiser les défenses.

Haire ou hère……. Jeune cerf qui, ayant perdu la livrée, n’a pas encore sa première tète.

Halots……. Comme Rabouillères.

Hase……. Femelle du lièvre.

Hallali……. Cris de victoire quand la bête est prise sur pied ou à terre.

Harde……. De horde, troupe de bêtes fauves.

Hourvari (faire un)……. Se dit d’un animal qui double ses voies.

Houzures……. Traces boueuses laissées par les sangliers sur les arbres autour des souilles.

Limier……. Chien dressé à marquer une piste sans crier.

Livrée……. Marques et bandes de couleur pâle qui éclairent la fourrure des faons et des marcassins jusqu’à 8 mois.

Massacre……. Tète de bête fauve séparée du corps.

Mangeure……. Cantons où les sangliers trouvent leur nourriture.

Pays……. Terrain boisé (grand ou petit pays).

Piste……. Trace ou sentiment que tout animal laisse de son passage.

Portées……. Branche froissée par la tète du cerf dans sa coulée.

Quêter ……. Chercher à détourner une bête.

Rabouillères……. Trous où les hases de lapins font leurs petits.

Raire (le)……. Brâmement du cerf pendant le rut (raire, réer).

Randonnée……. Circuit que fait la bête de chasse dans un même canton.

Recoquetage……. Seconde couvée des faisans ou perdrix.

Regalis……. Place grattée par le pied du chevreuil et où il a fait sa nuit.

Rembuchement……. Rentrée de la bête dans le fort où elle se remise.

Reposées……. Lieux où les bêtes fauves se reposent pendant le jour.

Revenir de tête……. Se dit des mâles des bêtes fauves quand ils ont refait leur ramure.

Sanglier……. Laie; marcassin jusqu’à 6 mois, bêtes rousses de 6 mois à 1 an, bête de compagnie de 1 an à 2 ans, ragot mâle de 2 à 3 ans, puis tiersan, quartan, passé 4 ans solitaire ou vieux sanglier.

Saunières……. Pain d’argile pétri de sel à l’usage des bêtes fauves.

Souille……. Endroit boueux où le sanglier se vautre.

Taison, tesson……. Blaireau.

Terrier……. Retraite souterraine des renards, des blaireaux et des lapins.

Toucher (au bois)……. Voir Frayer (leur tête).

Trait……. Corde que l’on attache au collier du limier pour le maintenir.

Trôler……. Quêter au hasard, sans remettre, à la billebaude.

Vautrait……. Équipage de chiens à courre le sanglier.

Viander……. Se dit des bêtes fauves qui vont en nature.

Viandis……. Pâture des bêtes fauves.

Vriller ou vermiller……. Action du sanglier qui fouille la terre pour y chercher des insectes et des racines.

Voie……. Voir Foulée.

Volcelet……. Cris pour annoncer que l’on revoit du cerf par corps.

Vol-ce-l’est……. Empreintes que les pieds des bêtes fauves laissent sur le sol.

Vol-ci-aller……. Empreintes du pied des animaux sans ra-mure : sangliers, loups, renards, etc.

Honnêteté – trop d’entre nous sont emplis d’avidité

Ce qui saute aux yeux dans la société, c’est l’indifférence, le cynisme, l’individualisme, le fait de ne croire qu’en l’argent, comme seul horizon, seule certitude. Il y a un manque d’honnêteté généralisé, car comment pourrait-il y avoir de la franchise, alors que la seule chose qui compte, c’est soi-même ?

Ce raisonnement est d’ailleurs absurde, car si l’on veut réellement défendre ses intérêts, alors on doit se considérer non pas simplement soi-même, mais tout ce qui va avec : ses valeurs, ses amis, sa famille, sa culture, son passé, son présent, son futur.

Ainsi, le manque d’honnêteté va surtout de pair avec un ego hypertrophié, avec un culte de la toute-puissance de sa volonté, de ses propres choix. Il n’y a alors plus aucune honnêteté, ni avec les autres, ni avec soi-même, car on est obligé de se mentir à soi-même, pour avoir une mentalité de conquérant.

Les réseaux sociaux sont ici un puissant vecteur de cet égocentrisme, avec les rapports sociaux orchestrés de manière mensongère, dans une pure apparence où ce qui compte, ce sont les fausses images qu’on donne de soi-même.

Aussi, ce qui compte c’est d’être une franchise complète, de toujours dire la vérité, de ne jamais cautionner de masquer ou de cacher des choses, en prétextant que ce serait mieux ainsi. Quand on fait cela d’ailleurs, on se voile soi-même la face, car on adhère à une démarche unilatérale et on perd le fil avec la réalité.

Il faut toujours donner, et pas seulement prendre, pour ne pas perdre la connexion avec la réalité, avec ce qu’elle véhicule comme richesse.

Le groupe Youth of today a fait une intéressante chanson à ce sujet, en 1986, alors qu’il portait la culture straight edge, revendiquant le désengagement avec des valeurs dominantes corrompues.

1 2 3 4
You steal
and take from everyone else
do you feel good about yourself ?
1 2 3 4
tu voles
et prends de tout le monde
te sens-tu bien par rapport à toi-même ?

instead of taking,
try to give
and then you’ll feel
good about the way you live
au lieu de prendre
essaie de donner
et alors tu te sentiras
bien par rapport à la manière dont tu vis

honesty
too many of us filled with greed
overlooking those who need
honnêteté
trop d’entre nous emplis d’avidité
négligeant ceux qui sont dans le besoin

open your eyes and changes your ways
open your heart
and break away !
Ouvre tes yeux et change tes manières
ouvre ton coeur
et fais romps avec ça !

Il est évident que la perte de la capacité à être honnête conduit à la perte de sa propre intégrité. Ne pas être honnête, c’est perdre le respect de soi-même. Mentir, c’est forcément rompre avec ce qui est vrai, ce qui est authentique, nier la différence entre le vrai et le faux également en soi-même.

Est-ce qu’il faut pourtant être impitoyable dans l’affirmation de la vérité ? Est-ce qu’il ne faut pas relativiser, savoir mesurer les choses parfois à leur « juste valeur » ?

Ce n’est justement pas possible. Le mensonge est un engrenage. Une fois qu’on a commencé à mentir, on est coincé, on peut que continuer, en allant toujours plus loin… Sans même peut-être le remarquer, parce que justement on ne sait plus où on en est, où se situe la vérité.

Pour être dans le vrai, il faut toujours rester dans le vrai. Ce que dit la culture straight edge, justement, avec son mot d’ordre « stay true », « rester vrai », c’est qu’il ne faut pas rentrer dans le jeu dominant où le mensonge est acceptable.

La culture straight edge désavoue les valeurs dominantes de facilité : la consommation d’alcool, le fait de coucher avec n’importe qui au lieu de construire une relation, les drogues dont la cigarette, de par la dépendance qu’elles produisent, ce qui empêche forcément l’authenticité.

Le refus de la consommation de « viande » était une conséquence logique, dans la mesure où là aussi c’est une facilité mensongère qui est proposée par la société, dans la mesure où est masquée la terrible souffrance des animaux.

Le démontage ne pouvait qu’être prolongé par la culture straight edge, avec donc le passage au véganisme, car le lait n’est-il pas lui aussi le produit de la souffrance ?

Il s’agit bien d’un démontage et non pas d’une « déconstruction ». Il ne s’agit pas d’une déconstruction, parce qu’il ne s’agit pas de changer son état d’esprit seulement, en faisant une liste sous la forme de catalogue.

Il s’agit d’être actif, dans une rupture continue avec les valeurs dominantes. Car être authentique aujourd’hui ne veut pas dire qu’on le sera demain. Il faut toujours lutter contre les fausses facilités et le pseudo confort fourni par la société.

Il serait donc absurde de dire qu’on sera toujours honnête avec les animaux, qu’on restera toujours vegan : il faut dire qu’on va se battre pour rester toujours honnête avec les animaux, qu’on va se battre pour rester toujour vegan.

Toute sous-estimation de cette bataille intérieure ne peut qu’aboutir à une mystification sur notre rapport à la réalité. Ce serait une lecture égocentrique, où on s’imagine plus fort que tout.

Voilà pourquoi la culture straight edge a toujours mis en avant l’adolescence, le principe de rester « mineur » dans son style de vie, car cela correspond à la capacité de la jeunesse d’oser rompre avec les valeur dominantes.

Il est évidemment plus facile de rompre avec le style de vie dominant quand on est jeune, car on n’a pas de responsabilités sociales réelles. Mais cet état d’esprit doit savoir être maintenu, ce que ne comprennent justement pas les gens qui s’imaginent par exemple qu’ils vont rester vegans alors qu’ils ont un style de vie hipster, avec des moyens financiers importants, la capacité à être propriétaire, de dépenser beaucoup, etc.

Ces gens ne voient pas qu’être honnête, ce n’est pas simplement un état d’esprit, mais une attitude qui va de paire avec une rupture affirmée avec des valeurs dominantes ignobles, s’appuyant sur l’hypocrisie, le refus de voir la vérité en face.

Comment penser que rester honnête est facile dans une société où ce qui est valorisé, ce sont les écoles de commerce où l’on apprend à mentir pour vendre, où la publicité flatte l’ego pour que soit acheté des marchandises valorisant une image mensongère ?

On comprend pourquoi les gens les plus sincères dans le mouvement vegan du début des années 1990 aient pu chercher une inspiration dans les religions, comme le culte de Krishna ou bien l’Islam. Ils y voyaient une source d’inspiration morale et exotique, impliquant un style de vue en rupture avec ce qu’ils interprétaient comme une « société de consommation ».

D’autres ont cherché, bien entendu, un autre folklore : celui des squats, avec une culture anarcho-punk revendiquant un isolement général.

Tout cela a bien entendu échoué, parce que, qu’on le veuille ou non, il n’y a pas d’échappatoire. Pour rester honnête, il faut combattre une société qui valorise la tromperie, le mensonge, et la modifier de fond en comble.

Comment s’imaginer que des gens resteront honnêtes dans leur véganisme, dans une société où il peut y avoir des publicités pour des réseaux sociaux où tromper son ou sa partenaire ? Ce n’est qu’un exemple, car le fait de mentir, de s’arranger avec la vérité comme cela est communément dit, est général.

Voilà pourquoi il faut valoriser la culture vegan straight edge, qui célèbre le respect, l’intégrité… l’honnêteté !

L’escargot et sa coquille

Les escargots sont des animaux qui sont familiers à tout le monde en France, dans une expression d’ailleurs très contradictoire liée à leur nature de gastéropode.

Si leur coquille torsadée présente sur leur dos fascine, de l’autre côté leur côté « baveux » provoque un étonnement qui, par préjugé, amène un certain dégoût.

Dans tous les cas on peut les observer souvent, car ils sont lents. Lents à nos yeux seulement, puisqu’ils ont un rapport bien déterminé à la Nature, ne nécessitant en réalité pas d’aller plus vite…

Jetons aussi un petit aperçu naturaliste, afin d’éveiller l’intérêt, la compréhension et le respect pour cet animal à la si merveilleuse complexité.

Voici déjà un dessin représentant une coupe des organes des escargots ; cela permettra d’ailleurs de comprendre pourquoi il fauy absolument éviter d’abîmer la coquille.

S’il y a marqué Gastropoda – ventre pied, c’est que le terme de gastéropode signifie justement cela, son étymologie venant du grec avec gastêr signifiant « ventre », « estomac », podos étant le pied.

Comme on peut le voir également ici, les escargots ont à la fois un pénis et un vagin, en tout cas le plus souvent. Ils sont en effet hermaphrodites : se déplaçant lentement, les rencontres peuvent être rares, aussi la Nature a-t-elle façonné l’espèce de cette manière.

Une centaine d’oeufs est alors pondue et enterrée à quelques centimètres de profondeur.

Pour mieux distinguer les organes des escargots, voici une autre coupe, montrant d’un côté les organes reproducteurs, de l’autre les organes internes qui ont été résumés de manière abstraite en un ventre et un pied,

Comme on le voit donc, la coquille, dont le point culminant s’appelle l’apex, protège des parties du corps vitales aux escargots. Abîmer la coquille, c’est mutiler l’escargot, car la coquille n’est pas un élément séparé de lui, mais un élément du corps servant de protection comme peut l’être le crâne ou les côtes pour nous.

L’escargot peut reconstituer les rebords seulement de la coquille, comme nous les os en quelque sorte, mais pas la coquille en elle-même : ce n’est pas une « maison » séparée de son corps.

Voici une image avec les différents types de coquille, montrant leur variété, mais au sens strict cette image est erronée, car elle montre les coquilles sans le reste du corps de l’escargot, ce qui est absurde sur le plan naturel, c’est une vision abstraite de ce qu’est une coquille.

Comment cette coquille est-elle fabriquée? Il faut pour cela comprendre comment vit l’escargot et se tourner vers sa langue, appelée radula, qui possède des milliers de petites dents, souvent plus de 100 000. Voici à quoi elles ressemblent.

Le terme de radula vient du latin rado, signifiant racler. On se doute que ce raclage use les dents et justement, la langue des escargots est une bande, une sorte de tapis roulant.

Lorsqu’une série de dents est usée, une autre vient la remplacer.

Et comme les escargots ont une alimentation variée selon les espèces, pouvant être ainsi phytophages, détritivores, nécrophages, voire prédateurs, les dents de la radula sont très différents selon leur utilisation.

Il est considéré que la radula est l’une des caractéristique des mollusques à l’origine ; les gastéropodes sont justement une sous-partie des mollusques. Les moules et les huîtres auraient ainsi perdu leur radula, dans le cadre de leur évolution.

Voici les traces du passage d’un escargot ayant en quelque sorte brouté des algues. Voilà ce que donne la radula.

Les dents sont lubrifiés par le mucus, aspect très important pour comprendre les escargots. Le mucus, c’est cette fameuse « bave » qui provoque un certain dégoût absurde.

Si les escargots se montrent quand il pleut, c’est qu’ils ont justement besoin d’humidité. Sans hydratation correcte, ils ne peuvent pas produire, au moyen de glandes, du mucus, qui leur permet de glisser sur le sol, grâce au muscle qui leur sert de pied.

Ce mucus sert également, donc, à produire la coquille.

Quand ils naissent, les escargots ont déjà une coquille, qui va devenir justement l’apex. Les escargots ajoutent des éléments, augmentant donc la surface de la coquille, en tirant des substrats minéraux calcaires de ce dont ils se nourrissent.

La coquille hélicoïdale, composée donc de calcium, est ainsi particulièrement fragile lors de la croissance. Elle est également moins solide dans le cadre d’escargots habitués aux zones humides.

Ce qui signifie donc que, sans hydratation suffisante, les escargots ne peuvent pas vivre, puisqu’ils ne peuvent pas se déplacer et manger.

C’est pour cela qu’on peut voir parfois les escargots comme « collés » à une surface lisse, comme un mur. Car en cas de manque d’humidité, ils rentrent dans la coquille et la ferment au moyen de mucus.

Ils sont ainsi isolés au moyen de ce qui est appelé un épiphragme. Dans certains cas, ils ajoutent du calcium pour renforcer cette fermeture.

C’est naturellement une importante protection lorsqu’il y a une hibernation de plusieurs mois, il n’y a pas de perte de la précieuse hydratation stockée.

Malheureusement pour eux, les escargots sont une cible très importante de l’exploitation animale à l’échelle mondiale, pour l’alimentation principalement, mais également pour les cosmétiques.

En France, il y a toute une tradition à ce niveau, avec des objets particuliers pour faciliter la consommation, comme des cuillères à escargot.

Mais le terme de cuillère est lui-même en rapport avec les escargots. Son origine étymologique est latine, cochlear désignant une cuillère, terme venant de cochlea désignant à la fois l’escargot et sa coquille.

La cuillère avait alors, chez les Romains, une pointe à l’extrémité, afin de tuer l’escargot, pour ensuite donc le séparer de la coquille, et non, donc, de le « sortir » de la coquille.

Le rapport entre l’escargot et sa coquille est un bon exemple d’incompréhension d’un ensemble, d’une séparation arbitraire entre le tout et ses parties, l’animal étant dégradé à sa simple fonction utilitaire que représente sa partie « comestible », la coquille étant considérée comme quelque chose « de plus ».

L’exploitation animale : prévisions d’ici 2026

L’Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture a publié un nouveau rapport, au sujet des perspectives agricoles pour la période 2017-2026. C’est l’occasion de porter un regard approfondi sur l’évolution de l’exploitation animale.

Cette évolution ne peut être comprise qu’à l’échelle mondiale. Il n’est pas possible, si on fait les choses sérieusement, de se limiter à ce qui se passe dans son propre pays, même si c’est bien sûr important.

En effet, de la même manière qu’il existe un effondrement complet de la population animale vertébrée ces cinquante dernières années, il y a un accroissement de la population animale utilisée dans l’exploitation animale.

Le rapport nous fait la projection suivante au sujet de la « viande » :

« En 2026, la production de viande devrait avoir augmenté de 13 % par rapport à la période de référence (2014-16).

La hausse a été de près de 20 % au cours de la décennie écoulée. Les pays en développement devraient représenter la majeure partie de l’augmentation totale, moyennant une utilisation plus intensive d’aliments pour animaux dans le processus de production. »

Pour les produits laitiers, il y a également un accroissement :

« Sous l’effet de l’accroissement des revenus et de la population, mais aussi de l’uniformisation des habitudes alimentaires dans le monde, les pays en développement devraient consommer davantage de produits laitiers.

La consommation par habitant devrait passer de 20.2 kg (extrait sec du lait) en 2014-16 à 21.4 kg en 2026 dans les pays développés, et de 10.9 kg à 13.2 kg dans les pays en développement. (…)

La croissance de la production mondiale de lait devrait être ramenée de 1.94 % à 1.87 % par an au cours de la décennie à venir. La production devrait toutefois avoir augmenté de 22 % à l’horizon 2026 par rapport à la période de référence (2014-2016). »

Pour les animaux marins, voici ce qui est prévu :

« La production totale de poisson à l’échelle mondiale devrait gagner tout juste plus de 1 % par an sur la période visée, soit bien moins que lors de la décennie précédente (2.4 %).

En termes absolus, la production totale devrait atteindre 193.9 Mt d’ici 2026, signant une hausse de 15.2 % (25.6 Mt) par rapport à la période de référence, en partie sous l’effet d’un épisode El Niño anticipé en 2026. (…)

La décélération observée dans l’aquaculture devrait se poursuivre puisque la croissance annuelle devrait passer de 5.3 % sur la période 2007-16 à 2.3 % sur la période 2017-26.

La production aquacole devrait supplanter les captures (y compris celles destinées à des usages non alimentaires) en 2021, année au cours de laquelle ces dernières devraient s’inscrire en baisse du fait d’un épisode El Niño ; elle devrait ensuite continuer sa progression en termes absolus jusqu’à la fin de la période de projection.

La production aquacole mondiale devrait passer la barre des 100 Mt pour la première fois en 2025 et atteindre 102 Mt en 2026. »

Ces constats, faits par un organisme on ne peut plus sérieux, montrent bien qu’à l’échelle mondiale, l’exploitation animale connaît une croissance.

Une croissance économique, une croissance en termes d’animaux martyrisés, mais également une croissance culturelle, dans la mesure où la consommation « occidentale » se généralise.

Cela signifie, si l’on regarde les choses objectivement, que d’ici 9-10 ans, l’exploitation animale sera plus forte économiquement et plus ancrée dans les mœurs.

Le « moteur » est ici le développement anarchique des pays du tiers-monde, avec une urbanisation débridée et un style de vie chaotique, calquée sur les pays occidentaux jusqu’à la caricature.

La FAO dresse un tableau assez apocalyptique malgré le ton tout à fait mesuré : le déséquilibre mondial sur le plan de la consommation de produits d’origine animale se résout, mais d’une telle manière que cela implique une pression gigantesque sur les animaux.

« La consommation mondiale de viande par habitant devrait se stabiliser à 34.6 kg en poids au détail d’ici à 2026, soit une progression de moins de 500 g par rapport à la période de référence.

Toutefois, compte tenu du fort accroissement démographique dans une grande partie du monde en développement, la consommation totale devrait augmenter de près de 1.5 % par an.

La consommation supplémentaire par habitant se composera principalement de viande de volaille, tandis que la consommation par habitant de viande porcine sera en recul à l’échelle mondiale.

En valeur absolue, l’augmentation de la consommation totale des pays développés représentera au cours de la période de projection environ un cinquième de celle du monde en développement, où elle est alimentée principalement par une croissance démographique et une urbanisation rapides.

Ces facteurs jouent un rôle particulièrement important en Afrique subsaharienne, où la consommation totale au cours de la période croît plus rapidement que dans toute autre région. »

Quelle réponse apporter ? C’est très simple : il est absurde de penser qu’une lente évolution des mœurs, apportant l’existence d’un minuscule secteur végan dans la société, va réellement apporter quelque chose.

Les scientifiques du dernier rapport sur l’extinction en cours disent que nous avons 20-30 ans ; on peut penser la même chose.

Ou bien un pays décroche du système de l’exploitation animale, par une révolution, indiquant au monde un chemin totalement différent, mobilisant à l’échelle mondiale en sa faveur, provoquant d’autres révolutions…

Ou bien cela sera trop tard et les secteurs vegans existant dans les pays occidentaux ne seront que le pendant à la mondialisation de l’exploitation animale.

Regardons ce que dit la FAO sur la production de lait de vache aux Etats-Unis, d’ici 2026 :

« La production laitière des États-Unis devrait augmenter de 1.1 % par an au cours de la décennie à venir ; cette hausse tiendra essentiellement à celle des rendements (1 % par an). »

Que signifie ce terme de « rendement » ? Davantage de pression sur les travailleurs bien entendu, mais surtout une pression encore plus grande sur les animaux. 1 % par an est un chiffre gigantesque si l’on considère cela à l’échelle d’une décennie !

D’ailleurs, la croissance de l’exploitation animale va de paire avec un ciblage bien précis sur certains animaux, parallèlement à l’extinction d’espèces sauvages, d’ailleurs :

« La production de certaines espèces d’eau douce, comme les silures, les pangas, les tilapias et les carpes, devrait afficher les plus forts taux de croissance au cours des dix prochaines années, tous supérieurs à 35 %, contre environ 27 % pour le saumon/la truite, et 28 % pour les crevettes, et environ 24 % pour les mollusques. »

Ces chiffres sont terribles et prouvent bien que l’exploitation animale s’étend, se modernise, augmente sa puissance destructrice.

Prenons un autre exemple, avec ce que dit la FAO sur la production de viande au Brésil :

« La croissance de la production brésilienne tirera parti de l’abondance des ressources naturelles, des aliments du bétail et des pâturages, ainsi que des gains de productivité et, dans une certaine mesure, de la dévaluation du réal. »

Traduit en langage normal, cela signifie ni plus ni moins que la continuation de l’anéantissement de l’Amazonie.

Mais cela est vrai pour d’autres pays, car la production de « viande » se concentre souvent, comme toujours dans la division du travail de type capitaliste, fondée sur la compétition et la spécialisation :

« En 2026, la production de viande bovine dans les pays en développement aura augmenté de 16 % par rapport à la période de référence, et représentera 80 % de la hausse de la production de ce type de viande.

Pas moins de 75 % de cette production supplémentaire est attribuée à l’Argentine, à la Chine, au Brésil, à l’Inde, au Mexique et au Pakistan. »

Cela veut dire également que dans ces pays, l’exploitation animale formera un secteur d’une importance capitale, façonnant les mœurs, imprimant ses valeurs, mobilisant l’État en sa faveur, bref faisant de ces pays de nouveaux bastions.

Cela signifie aussi que des structures comme la FAO seront encore davantage mobilisées en faveur de l’exploitation animale, puisque celle-ci sera encore plus incontournable dans l’alimentation humaine.

La FAO s’inquiète d’ailleurs des « politiques commerciales » et des « problèmes sanitaires et de sécurité des aliments liés aux épizooties » qui pourraient perturber la marche en avant de la production de « viande ».

Enfin, l’un des points essentiels d’ici 2026 est que l’aquaculture va devenir majoritaire dans l’exploitation animale des poissons. La FAO constate « sobrement » :

« La croissance future de la production de poisson devrait tenir essentiellement à l’aquaculture.

Le secteur aquacole devrait continuer de croître grâce à l’intensification, la diversification des espèces, l’expansion dans de nouveaux milieux, y compris les eaux extracôtières, et l’introduction de technologies d’élevage innovantes et plus économes en ressources. »

Mais ce que cela signifie, c’est que l’océan, ce dernier bastion de la vie sauvage malgré bien entendu la pêche, va désormais devenir directement intégré à l’économie de l’exploitation animale, dans son ensemble.

En effet, les conséquences d’une industrialisation de l’exploitation animale des poissons vont être d’une importance terrifiantes pour l’équilibre de l’océan.

Nous avons 20, 30 ans… Pas plus.

Les vertébrés et l’anéantissement biologique par la sixième extinction de masse

Les médias se sont fait largement l’écho ces derniers jours d’une étude publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America (PNAS), c’est-à-dire les Comptes-rendus de l’Académie nationale des sciences des États-Unis d’Amérique.

Le titre de cette étude scientifique a d’ailleurs le mérite de la clarté :

« L’anéantissement biologique par la sixième extinction de masse signalée par les pertes et les déclins de la population de vertébrés »

Pour ce faire, les trois scientifiques à l’origine de l’article ont utilisé les données concernant 27600 vertébrés terrestres, en particulier 177 mammifères.

Cependant, les médias n’ont pas compris, naturellement, le réel message que les auteurs de l’article ont voulu faire passer. En fait, l’article va dans le sens d’une reconnaissance de la planète comme un ensemble organisé, et non pas comme un lieu où des espèces coexistent de différentes manières.

Les auteurs ont, en effet, modifié l’axe traditionnel d’étude. Au lieu de raisonner en termes d’espèces disparaissant, ce qui correspond au principe de la « sélection naturelle » censée prédominer dans la Nature, les auteurs ont tenté d’avoir une vue d’ensemble.

Et là, forcément, ils s’aperçoivent que l’effondrement est général. Il n’est donc pas juste de se focaliser sur certaines espèces comme si on s’intéressait à des individus séparés, il faut bien regarder la planète comme un système, où tout est lié.

A la vision de « l’individu », ils ont opposé un raisonnement en termes d’ensemble, de système.

Ils expliquent ainsi, tout à fait dans la logique qui fait que nous parlons de « Gaïa » pour bien symboliser que la Terre est un seul organisme général :

« En somme, en perdant des populations (et des espèces) de vertébrés, nous perdons des réseaux écologiques complexes impliquant les animaux, les plantes et les microorganismes.

Nous perdons également des réservoirs d’informations génétiques qui peuvent se montrer vitaux pour les ajustements et la survie évolutionnaire des espèces, dans un environnement général changeant rapidement.

Cela suggère que, même s’il n’y avait pas d’ample signe que la crise s’étend bien au-delà de ce groupe d’animaux, la défaunation planétaire actuelle des vertébrés va elle-même amener des effets catastrophiques en cascade sur les écosystèmes, aggravant l’anéantissement de la nature.

Ainsi, alors que la biosphère subit une extinction en masse d’espèces, elle est également ravagée par une vague bien plus sérieuse et rapide de déclins et d’extinction de population.

De par leur combinaison, ces assauts causent une vaste réduction de la faune et de la flore de notre planète.

L’anéantissement biologique qui en résulte aura évidemment de sérieuses conséquences écologiques, économiques et sociales. L’humanité paiera un prix très haut pour avoir décimé l’unique assemblage de vie que nous connaissons dans l’univers. »

On ne trouve rien de cela dans les médias, bien sûr. Comme d’habitude, malheureusement, l’écho d’une étude sérieuse est déformé, mal compris, donnant un mélange de sensationnalisme et de relativisme. Prenons un simple exemple ici, pour montrer l’ampleur du problème.

Dans Le Monde, un quotidien on ne peut plus sérieux, un article est consacré à cette étude (encore par Audrey Garric!) et on y lit :

« l’opinion publique peine à mesurer la gravité du phénomène à l’œuvre (deux espèces disparaissent chaque année, ce qui paraît faible, surtout quand ces dernières sont peu connues ou peu répandues) »

Or, il ne s’agit pas de deux espèces en général disparaissant par an, mais de deux espèces de vertébrés. Pourquoi cette précision est-elle importante ? Parce qu’il existe environ 45000 espèces de vertébrés, mais pas moins de 990 000 espèces d’invertébrés…

Qui sont, de par leur taille, leur mode d’existence, évidemment peu connues.  L’article scientifique du PNAS ne les oublie pas et ajoute à ce sujet des précisions, donnant comme estimation une menace d’extinction pour 42 % de 3623 espèces invertébrés terrestres et 25 % de 1306 espèces invertébrés marines.

De manière également très importante à nos yeux, on ne retrouve pas dans l’article du Monde le terme d’anthropocène, pourtant employé dans l’article scientifique. C’est un vrai souci, révélant un choix : celui de masquer le fait que c’est bien l’humanité qui est au cœur de la question de l’extinction.

Dernière remarque à ce sujet, on lit dans l’article du Monde :

« Les populations d’orangs-outans de Bornéo ont chuté de 25 % ces dix dernières années, pour atteindre 80 000 individus »

Ce qu’on lit ici est incompréhensible. Le document scientifique nous dit, en effet, qu’il y a désormais « moins de 5000 orang-outans de Bornéo et de Sumatra » !

L’article du Monde mentionne des chiffres d’il y a plus de dix ans, alors que les orang-outans disparaîtront de Bornéo dans les trois ans si rien n’est fait ! Une telle erreur est extrêmement grave.

Malheureusement, elle reflète un dédain véritable pour tout ce qui touche un engagement sincère, profond, authentique, entièrement au service des animaux.

Le ton général des articles publiés dans les médias est simpliste, s’appuyant sur un amer mélange de sensationnalisme, d’information, de pessimisme et de faux espoir.

Ce qu’on lit dans l’étude, pourtant, devrait amener à un engagement net, franc, pour la libération de la Terre, la défense de toute vie.

Les gens qui ont compris le véganisme ne devraient à ce titre pas raisonner en tant qu’individu, mais bien s’identifier à la planète…

Tout comme ils ne devraient pas se contenter de refuser de consommer personnellement ce qui relève de l’exploitation animale, mais bien partir en guerre pour sauver les animaux à l’échelle planétaire…

Car le constat des auteurs, que l’on devine bien, est formel :

« Nos données indiquent qu’au-delà des extinctions générales d’espèces, la Terre fait face à un épisode massif de déclins et d’extirpations de population, qui auront des conséquences négatives en cascade sur l’écosystème fonctionnant et rendant des services vitaux à la civilisation durable.

Nous décrivons cela comme un « anéantissement biologique », afin de souligner la magnitude actuelle de l’événement qu’est la sixième extinction majeure qui se déroule sur Terre ».

En clair, tout est lié et tout va en cascade. Il ne s’agit pas seulement de quelques espèces en particulier disparaissant, mais d’un effondrement général. On marche à l’anéantissement, comme en témoigne l’effondrement des populations de vertébrés à l’échelle mondiale.

Et quelles sont les raisons de cet anéantissement ? Il ne s’agit nullement uniquement du changement climatique. Ce sont les activités humaines, désordonnées et destructrices, expansionnistes et polluantes, qui provoquent la catastrophe.

L’étude dresse ce terrible panorama sur le déséquilibre planétaire :

« Dans les dernières décennies, la perte d’habitat, la surexploitation, les organismes invasifs, la pollution, la toxification, et plus récemment la perturbation climatique, tout comme l’interaction parmi ces facteurs, ont conduit à des déclins catastrophiques à la fois en nombre et en taille de populations à la fois des espèces vertébrés communes et rares. »

C’est un point important, au centre de l’étude sans doute, et c’est le point largement mentionné par les médias.

Ce qui a en effet frappé les auteurs de l’étude, c’est que les espèces de vertébrés non considérées comme « en danger » voient également leur population en déclin. Voici un tableau donnant la part, pour les espèces en déclin, de celles considérées comme en danger (en rouge) et celles non considérées comme en danger (en vert).

On remarquera que la situation est particulièrement sous-estimée pour les oiseaux.

Avant d’aborder d’autres points soulignés, regardons un aspect de la méthode. Les auteurs de l’article ont découpé le monde en 22 000 carrés de 10 000 km² : les graphiques suivent ce découpage.

Le graphique suivant montre par exemple le pourcentage du déclin de la population de 177 espèces de mammifères dans le monde. Il s’agit ainsi de l’extinction des populations des espèces, pas des espèces en tant que tel.

Voici un graphique plus général, présentant, pour la période 1900-2015, le pourcentage du déclin de la population des vertébrés, pour chaque continent. On constate un effondrement général.

Le graphique ci-dessous demande une explication un peu précise. Il s’agit à chaque fois d’un triptyque.

Tout à gauche est présentée la richesse des espèces en termes de diversité, le chiffre changeant selon les 22 000 carrés de 10 000 km² employés pour l’étude. Le chiffre indiqué indique le nombre d’espèces, la ligne horizontale représente une coordonnée planétaire : la latitude.

Au centre, on retrouve ce même tableau, mais uniquement avec les espèces concernées par un déclin de la population.

A droite, on a le pourcentage d’espèces en déclin par rapport au total.

On notera que le déclin de la population des mammifères et des oiseaux est similaire dans les régions riches en espèces différentes, comme dans les régions pauvres en espèces différentes.

Le graphique ci-dessous présente la distribution des espèces terrestres de vertébrés sur la planète.

Tout à gauche, on retrouve la richesse des espèces, leur diversité.

Au centre, le nombre d’espèces connaissant un déclin selon leur localisation.

A droite, le pourcentage d’espèces connaissant un déclin, par rapport à la diversité locale d’espèces.

Ce dernier aspect est frappant : l’Amazone, l’Afrique centrale, le sud et le sud-est asiatique, des régions du monde connaissant une très grande diversité d’espèces de vertébrés, sont frappées par un important déclin de la population.

En clair, auparavant on pensait que, grosso modo, sur les quarante dernières années, la population de vertébrés avait chuté de 58%. Il apparaît qu’en réalité, le chiffre soit bien plus grand.

L’Afrique, notamment, a vu sa population de vertébrés chuter de 80%, l’Asie de 75%.

L’étude parle ainsi d’une « épidémie mondiale de déclin [de la population] des espèces » et considère que tout va se jouer dans les 20-30 ans.

Cela est tout à fait juste et c’est là que nous affirmons que la planète a besoin d’une avant-garde pour ouvrir le chemin de l’opposition à l’anéantissement, pour lutter sans compromis dans la défense de notre mère la Terre!

Génération vegan 2.0, entre négation des « précurseurs » et action directe réformiste

S’il y a quinze ans le véganisme était une démarche inconnue de l’opinion publique, ce n’est plus le cas et depuis quelques semaines on attend l’apogée médiatique de la découverte du véganisme.

Il n’y a pas un média d’importance significative qui n’y est pas allé de sa présentation du véganisme, avec une analyse plus ou moins favorable du « phénomène ».

C’est que, désormais, le véganisme est un phénomène de masse, contrairement à il y a quinze ans, ou même à il y a quelques années. Il y a un afflux de gens s’engageant dans cette démarche.

Et force est de constater que, dans l’état actuel des choses, tous les courants qui existaient il y a quinze ans dans le véganisme ont tort, au moins en apparence. En effet, les gens qui deviennent vegans réagissent à une impulsion particulièrement floue, sans définition…

Les courants existant dans le véganisme, il y a encore quelques années, bataillaient au sujet des définitions, considérant que sans ces définitions, aucun développement ne serait possible.

Or, les gens qui deviennent vegans ne s’intéressent pas du tout à ces questions, émergeant même en-dehors de telle problématique. C’est en cela que c’est une « mode » et forcément il y a lieu de se demander si cela peut tenir.

Faut-il un contenu conscient au préalable, ou bien l’engouement pour une cause morale suffit-elle en soi, sans qu’il soit nécessaire de la définir de manière détaillée ou complète ?

C’est un thème essentiel et particulièrement récurrent chez nous, tout comme c’est un thème en arrière-plan dans les articles d’Audrey Garric, qui dans Le Monde s’évertue depuis longtemps à nos yeux à participer à une dénaturation profonde du véganisme.

Dans Le Monde, on peut ainsi lire un article intitulé « Changement de régime chez les végans », où il est expliqué avec une grande joie que :

« Les nouveaux convertis au véganisme défendent une image « cool, sympa et accessible », bien loin de l’approche « parfois culpabilisante » des précurseurs des années 1980. »

Le mot n’est pas choisi par hasard. Les vegan straight edge, les vegan abolitionnistes partisans de Gary Francione, les anarcho-punks, les antispécistes utilitaristes des « Cahiers antispécistes », les antispécistes anarchistes, les multiples activistes de l’ALF, tous n’auraient été, somme toute, que des « précurseurs ».

Couverture du neuvième numéro de la revue Arkangel, en 1993

Le véganisme commencerait seulement maintenant et les années 1980-1990 n’auraient été, au mieux, qu’une lointaine histoire sans réelle signification…

Ce n’est pas un secret que nous sommes profondément contre une telle interprétation et que nous avons publié pour cette raison de nombreux documents du passé, des années 1990, des années 1980.

Et si nous passons désormais d’une publication quotidienne à des sortes de mini-dossiers, c’est aussi pour cela : il y a un esprit consommateur dans le véganisme actuel, un esprit tourné vers l’ego, vers une démarche témoignage, utilisant tout à tort et à travers.

C’est précisément ce que ne voulaient pas, justement, tous les courants mentionnés plus haut, même si certains s’y sont retrouvés. Il y avait une exigence de rationalité générale, au moins relative.

Mais tous ces courants, au-delà des divergences, nous y compris, avons été marginalisés par la vague « végane 2.0 », dont une expression est la mouvance de L214, structure en droite ligne des Cahiers antispécistes, avec leur ligne « végéta*ienne » développée par la veggie pride, une hostilité absolue envers l’ALF, un esprit d’ouverture générale aux institutions.

A quoi a-t-on affaire avec cette vague « 2.0 » ? A un refus de tout contenu concret sur le plan des idées, au profit d’un pragmatisme qui est censé « marcher ». La preuve, les médias en parlent et l’économie suit : voilà les critères qui sont, pour le moins, d’une étroitesse d’esprit plus que prononcé.

Car sans contenu, comment ne pas être broyé ? Dans l’article du Monde mentionné plus haut, cet apolitisme appelant à « témoigner » et à collaborer avec les institutions connaît un éloge sans bornes :

« Au cœur de cette dynamique en France, L214. En une année, l’association a réussi ce tour de force auquel aucune autre n’était jamais parvenue : rendre le discours végan audible et légitime dans le débat public.

Transformer ce qui était jusque-là perçu comme un choix de vie individuel, marginal et souvent clandestin, en une question politique qui interroge l’ensemble de la société et propose un nouveau modèle. Comment ? En maniant la carotte et le bâton, la dénonciation (les vidéos) et les solutions (comme le site VegOresto, qui recense les restaurants proposant des menus végans).

Avec 28 000 adhérents et 650 000 fans sur Facebook, l’ONG, incarnée par Brigitte Gothière et Sébastien Arsac, joue aujourd’hui le rôle de pivot du mouvement.

Tous les mois, des événements coordonnés sont imaginés par le bureau parisien de l’association, qui envoie consignes et matériel. A charge pour les comités locaux de les mettre en pratique, voire d’aller plus loin.

A Lyon, par exemple, les volontaires, recrutés à l’issue d’un entretien individuel et après avoir rempli un questionnaire, doivent s’engager à accomplir cinq actions en quatre mois. (…)

Mais pour les Pâques véganes, point d’échauffement, faute de temps. « C’est une action soft, ça passe », juge Camille Ots. Les bleus comme les vétérans prennent à peine connaissance des tracts et sont envoyés au front. De toute façon, ils ne veulent pas « convaincre », mais « informer » et, si possible, « semer une petite graine dans l’esprit des gens ». »

Tout est dit là, effectivement, il ne s’agit pas de convaincre, mais d’informer, de semer une idée.

Or, est-ce ce qu’il faut faire ? A court terme, les résultats sont bien plus efficaces que si l’on veut convaincre, évidemment. Mais à moyen terme, qu’en restera-t-il ? Et à long terme ?

L’utilisation d’animaux morts dans des mises en scène macabres est sans doute la chose la plus odieuse et inacceptable des « témoignages » censés être militants

Et regardons les critères concrets. Les refuges sont toujours en crise, pendant que les vegans n’ont qu’une seule préoccupation : la nourriture.

Si l’on fait un article sur l’avenir du véganisme, en tant qu’objectif concret à l’échelle mondiale, on aura rien comme lecteurs et lectrices en comparaison à un article sur une recette de cuisine. Et il ne faut pas avoir peur de le dire : c’est vraiment un problème.

Car, non seulement le niveau intellectuel est faible ou nul, mais en plus il y a derrière des intellectuels universitaires qui prennent les commandes, de manière non démocratique… Avec comme objectif de s’installer, de prendre des places, bref afin de faire carrière.

Citons de nouveau l’article du Monde mentionné plus haut :

« C’est ce que tente de faire la philosophe Corine Pelluchon, qui assume vouloir « convaincre les non-végans, en écrivant, en argumentant ».

Si elle réfute toute volonté d’endoctrinement, la professeure de philosophie à l’université Paris-Est-Marne-la-Vallée le confesse : elle œuvre « en coulisses », depuis la sortie, en janvier, de son Manifeste animaliste (Alma Editeur, 112 p., 10 euros), pour faire passer des idées aux décideurs politiques et aux chefs d’entreprise qu’elle rencontre, afin qu’« ils les répercutent ».

Elle dit aussi « mouiller sa chemise » dès qu’elle le peut, par exemple en participant à des conférences – « de manière bénévole », précise-t-elle. »

En fait, ce qui se passe, c’est une opération de liquidation de toute le patrimoine activiste végane en Fance. Déjà que ce patrimoine est difficile à défendre : où trouver des documents sur les squatts lillois et parisiens vegans du début des années 1990 ?

Et pourtant, ces expériences sont d’une grande signification, car aujourd’hui vient d’hier et on ne peut pas sans voir cela comprendre comment avoir un meilleur lendemain.

Mais il y a des gens qui ont des intérêts, matériels ou personnels (en termes d’ego), à ce que rien ne déborde, à ce que les vegans restent à un profond niveau d’infantilisme.

C’est une opération de liquidation par ailleurs assumée, citons encore l’article du Monde, décidément bien riche :

« Surtout, c’est grâce au Web qu’est apparue une nouvelle génération de végans qui veut dépoussiérer l’image du mouvement et « sortir de l’entre-soi ».

Tous les deuxièmes mardis du mois, depuis décembre, ils sont une cinquantaine d’entrepreneurs à se retrouver au Tago Mago, un resto branché du 10e arrondissement de Paris. La formule est simple : présenter de nouveaux projets, évidemment garantis sans produits animaux, et réseauter.

« On veut convertir en douceur, par la découverte », exposent Sylvain Tardy et Nicolas Dhers, deux des organisateurs de ce rendez-vous. Eux qui revendiquent leur « ouverture » comme seconde peau veulent surtout se dégager de « l’image de sectaires » qui colle aux végans.

Rupture assumée avec les aînés

Les compères ont créé leur petite communauté en lançant le Smmmile, un festival « vegan pop » qui met au régime végétalien le public et les artistes – « même si on ne demande pas de certificat de véganisme ».

L’événement tiendra sa deuxième édition en septembre à La Villette, à Paris, avec le même souci de « faire découvrir le mode de vie végan à un maximum de gens » et, répètent-ils tel un mantra, « donner une image positive du véganisme ». Montrer, en bref, qu’on peut manger du tofu et être heureux.

Attablée autour de bières et de burgers – aux pousses d’épinard, artichauts et faux cheddar –, la bande de jeunes fait le point sur ses projets, se conseille et s’entraide.

« On a voulu créer notre entreprise pour proposer une offre cool, sympa et accessible à tous, montrer aux gens qu’on peut être végan sans se priver. C’est comme ça qu’on peut faire tomber les freins au véganisme », affirment Cheyma Bourguiba et Raphaël Francisco.

A moins de 50 ans à eux deux, ils sont sur le point de lancer un « concept store végan et stylé », Aujourd’hui Demain, qui proposera à la fois alimentation, vêtements, cosmétiques et livres.

Ils ne se reconnaissent pas dans l’approche « très militante » et l’image « un peu vieillotte, parfois culpabilisante », des premiers acteurs du véganisme.

« Nous, on est jeunes, on sort, on s’amuse, lancent-ils. On veut continuer à vivre comme avant. »

« Et garder notre style », ajoute, dans l’hilarité générale, Anne-Cécile Canon, la doyenne du groupe (33 ans), qui organise des événements végans – marchés de Noël, marché de Pâques, barbecues – auxquels se pressent plusieurs milliers de personnes.

En « rupture » assumée avec leurs aînés, ils ne lisent pas les classiques de la pensée antispéciste, ne descendent pas dans la rue pour militer et n’adhèrent même pas aux associations de protection animale. »

Cela est parfaitement claire et on a compris que l’objectif était ici de faire un véganisme minoritaire, branché, tourné vers soi-même, niant la bataille pour les animaux.

C’est pour cela que nous avons dénoncer le festival Smmmile, ce qui n’empêche pas leur attaché de presse de nous envoyer des mails pour en faire la promotion. Nous avons d’ailleurs une attitude historique très stricte là-dessus et chaque jour on comprend mieux pourquoi !

Nul sectarisme là-dedans, mais la défense des principes.

Ceux qui n’ont pas assumé cela en paient le prix… De manière intéressante à ce sujet, l’article du Monde parle d’Yves Bonnardel, qui désormais a un regard critique. Alors qu’il a participé de plain-pied à cette tendance à un végan consumériste et individualiste, apolitique et béat…

L’occupation d’un McDonald’s à la fin de la veggie pride de 2008

En quoi consistait par exemple la veggie pride, que nous avons toujours critiqué ? En l’union sans principe des « végéta*iens », en le refus de toute prise de position, sociale, culturelle ou politique.

En 2010, le véganisme y était ouvertement présenté comme secondaire comme nous le constations…  Et faut-il se rappeler quel « scandale » cela a été lorsque des militants ont forcé l’entrée d’un KFC et d’un McDonald’s lors d’une veggie pride, en 2008.

Et désormais, les tenants d’une ligne « veggie pride » sont débordés par les tenants d’une ligne commerciale pure et dure, comme le raconte Le Monde…

« Peu amène envers les jeunes générations, Yves Bonnardel juge que les nouveaux végans, tournés vers les modes de vie, « portent préjudice au mouvement ». « Nous devons le repenser par l’action collective et le rapport de force, pour troubler la tranquillité de l’exploitation animale. »

Ce qui passe, à ses yeux, par la distribution de tracts, les marches pour la fermeture des abattoirs ou les Estivales de la condition animale, grand rendez-vous annuel de la mouvance.

Une divergence de pensée et de stratégie qui a failli tourner au pugilat, l’an dernier, quand le VeggieWorld a choisi la même date que la Veggie Pride. Le premier, tout récent en France, qui s’est tenu en avril, se veut un « salon de 140 exposants nationaux et internationaux et de plus de 1 000 produits végans ».

La seconde, créée en 2001, se présente comme « la manifestation des végétariens et végétaliens contre l’exploitation animale ». La querelle des anciens et des modernes à la sauce végane.

S’ils ont rangé les couteaux à viande, ils ne sont souvent pas loin de se rentrer dans le lard. Ce sont ces accrochages, ainsi que les demandes pressantes de la communauté LGBT, qui poussent la Veggie Pride à changer de nom pour devenir « le carnaval antispéciste », annonce Camille Brunel, qui fait partie de son organisation. Le jeune homme milite par ailleurs pour franciser le terme anglais vegan en « végane ».« Cela désamorce le côté frime. » »

Quelle va être la conséquence de cela ? Disons-le tout de suite : cela sera la fuite en avant.

Il y aura toujours plus de fuite dans le symbolique dure : il y a eu L214, puis 269 life France comme débordement radical prônant « l’action directe », puis 269 Libération animale comme débordement encore plus radical, et cela continuera.

Jusqu’à quoi ? Jusqu’au réformisme violent, avec des occupations d’abattoirs, de supermarchés, comme cela a été tenté dernièrement, avec toujours plus d’actions symboliques « chocs » pour marquer les esprits…

Dans une logique anti-populaire de mépris de la lutte pour convaincre les gens, au nom du fait que L214 le fait et que ce serait forcément une trahison…

Voici ce que dit la co-présidente de l’association 269Life Libération Animale lors d’une interview.

Il s’agit ni plus ni moins que de réformisme agressif, illégaliste : il n’y a pas d’idée de révolution, simplement l’idée de faire tellement de chaos qu’il faudra que… le système, présenté comme ne pouvant pas se réformer, se réforme quand même.

– Les moyens utilisés par 269Life Libération Animale provoquent souvent des réactions de rejet très brutales. Cela ne décrédibilise-t-il pas la cause que vous défendez ?

Je pense que ça révèle une incompréhension de ce qu’est l’antispécisme.

Parce qu’à partir du moment où on pense qu’il faut donner une bonne image pour donner envie aux gens d’être véganes, c’est qu’on n’a rien compris à l’antispécisme.

L’antispécisme ce n’est pas du marketing, c’est une question de justice. Peu importe qui en parle. J’espère qu’on n’a pas besoin d’être tout sourire et calibré en taille 38 pour apporter une bonne parole dans la rue.

Personnellement, si je vois quelqu’un qui se met en danger, qui a un bon discours, qui fait un acte qui a du sens, j’aurais plutôt tendance à l’admirer.

Bien plus que la personne qui distribue des tracts sans avoir l’air convaincue.

Il y a une confusion qui se fait entre le véganisme et l’antispécisme, or pour moi ce n’est pas du tout la même chose. On n’a pas à donner envie.

Pendant une guerre, les résistants ne donnent pas envie de lutter contre l’oppression, on ne regarde pas la manière dont ils parlent.

Il faut comprendre que la désobéissance civile ce n’est pas une occupation pour des gens qui manquent d’adrénaline dans leur vie, c’est une démarche politique, et une démarche qui comporte beaucoup de sacrifices personnels. Et il faut arrêter de se prétendre militant quand on va à un salon végane. (…)

« Convertir » tout le monde au véganisme, c’est complètement idéaliste, ça prendrait des milliers d’années et ça ne marchera jamais.

Vous trouverez toujours des gens qui continueront à manger de la viande tant que ce n’est pas interdit, même si on leur démontre par A plus B que c’est mauvais pour eux, pour l’environnement, pour les animaux.

Certains disent que ce n’est « pas le moment » de faire appel à des actes aussi choc, qu’il faut attendre le soutien du public. L’action directe, c’est ce qui commence le travail, pas ce qui le finit.

Et pour moi ça n’a pas encore commencé, il n’y a pas de baisse dans la production ou la consommation de viande.

Ce n’est pas parce qu’on parle de véganisme que ça freine les abattoirs, loin de là, on voit bien qu’il n’y a aucune corrélation entre les deux. Pour commencer un vrai combat, pour montrer que ça a son importance, il faut des gestes forts.

C’est ce que disait Martin Luther King : il faut créer un état de crise, qui forcera les politiques à venir vers nous et à trouver des solutions. »

C’est là du L214 inversé, sans aucune prise en compte ni de l’histoire des révolutions, ni de l’histoire de la gauche et de ses idées, ni même des tentatives historiques de l’ALF…

Couverture de la revue Arkangel: la libération animale y est bien présentée comme un mouvement populaire

Cette histoire de dire que la résistance ne vise pas à convaincre,  à soulever tout le monde, ce n’est pas vrai, c’est du mépris pour le peuple, au nom d’un activisme comme les anarchistes à la fin du 19ème siècle.

Cet activisme débridé ne fera pas boule de neige, il est auto-centré, il nie l’existence de la politique. Ses actions ne changeront rien avec comme seul résultat la répression qui s’abattra implacablement, parce que l’État français est très sérieux, très éduqué, très organisé, disposant de fonctionnaires de police infiltrés et d’une surveillance efficace.

Et la conséquence de ce réformisme sera ni plus ni moins que la capitulation, l’esprit de défaite, l’abandon, etc., que véhicule déjà par définition L214 en se soumettant aux institutions.

Comme quoi, rien n’est possible sans voir la dimension révolutionnaire du véganisme, mais pour cela encore faut-il se rattacher à une tradition authentique, tournée vers le peuple…

Culture : Memento mori (Hunters will be hunted)

Le groupe « Culture »

La Floride a connu une importante vague musicale de metalcore dans les années 1990, en particulier la ville de Miami, où la scène a été relativement importante, dans un climat de violence propre à la brutalité des grandes métropoles, en particulier aux États-Unis.

La culture vegan straight edge y a été significative, avec notamment le groupe ayant justement pris le nom de « Culture ». Il a eu une certaine influence, certains musiciens faisant une carrière musicale.

Le single « Deforestation »

Le groupe a sorti plusieurs albums, mais la chanson « memento mori » présente sur le single « Deforestation » sorti en 1996 a marqué les esprits. Nous la présentons ici, avec la musique et les paroles, ainsi que la reprise qui vient d’en être faite par le groupe xElegyx, également de Floride.

« Memento mori » signifie en latin «  souviens-toi que tu vas mourir ». Cette expression désigne tout un genre de peintures et de poèmes qui appellent à reconnaître la « vanité » de la vie.

Seule compterait la vie éternelle et donc il faut se tourner vers la religion, en abandonnant ses préoccupations « terrestres ».

La chanson renverse la perspective, puisqu’on retrouve le thème très classique dans la culture vegan straight edge des années 1990, celui de la rétribution. La violence des chasseurs doit être rétribué : « œil pour œil, dent pour dent » ; pour instaurer la justice, il faut écraser les oppresseurs en renversant la violence qu’ils assument contre les animaux.

Voici les paroles de « Memento mori », avec la musique de Culture, puis du groupe xElegyx. Suit la chanson « Hunters will be hunted », qui reprend les paroles clefs de la chanson, par le groupe Heaven Shall Burn.

Ce groupe, qui a eu un succès important, est constitué de vegans, tout en ayant certains musiciens invités uniquement végétariens, pratiquement tous sont également straight edge. Cependant, il ne s’est pas défini stricto sensu comme un groupe relevant de la démarche « vegan straight edge », comme par exemple Culture ou xElegyx.

Hunters will be hunted
Blood spilled for blood
In my mind
Your end is justified
Les chasseurs vont être chassés
Le sang répandu pour le sang
Dans mon esprit
Votre fin est justifiée

No exceptions
No acceptance
No forgiveness
Your merciless sport
Pas d’exceptions
Pas d’acceptation
Pas de pardon
Ton sport sans pitié

Blood spilled for blood
Your blood for their blood
Blood spilled for blood
In the name of recreation
Le sang répandu pour le sang
Ton sang pour leur sang
Le sang répandu pour le sang
Au nom du loisir

I deny
I deny it
Je refuse
Je le refuse

I’ve heard it said
That life is a series
Of trade-offs
J’ai entendu dire
Que la vie est une série
De compensation

Your life for theirs
Seems only fair
Your life for theirs
Seems only fair
Ta vie pour la leur
Cela semble tout à fait juste
Le sang répandu pour le sang

Blood spilled for blood
Le sang répandu pour le sang

Voici l’excellente reprise par xElegyx ; il s’agit de la seconde chanson dans le lecteur.

Voici la chanson du groupe Heaven Shall Burn « Hunters will be hunted », dont les paroles du début disent donc :

This is the end of all endurance
No mercy for assassins
Violence against violence
And hunters will be hunted
Until the slaughter ceased to be
C’est la fin du fait d’endurer
Pas de pitié pour les assassins
La violence contre la violence
Et les chasseurs seront chassés
Jusqu’à ce que le massacre ait cessé

Les trois magasins Naturalia vegans à Paris

Il y a quelques temps, dans un reportage à la télévision, on pouvait voir un membre d’une association végétarienne négocier avec le groupe Monoprix, cherchant à monétiser ses compétences dans le domaine du nouveau « marché » que représente la consommation de l’alimentation végétalienne.

Voici donc que le groupe Monoprix a choisi, plutôt que de former des rayons végétaliens, de tenter le coup avec des magasins bios vegans.

Cette initiative de Monoprix par l’intermédiaire de Naturalia va à rebours de ce que constatait la chaîne allemande Veganz, qui elle ferme ses magasins pour se lancer dans des produits qui ont comme objectif de remplir les supermarchés traditionnels.

C’est d’ailleurs la tendance constatée par Le Figaro :

« Un phénomène très marginal au sein de la population française, mais qui commence à avoir l’oreille des distributeurs et fabricants alimentaires, qui ont commencé à introduire depuis 18 mois dans leurs gammes des produits vegan. Même le roi du jambon Herta s’y est mis!

Le phénomène restait jusque-là limité à une partie des rayons des grandes surfaces ou des références des acteurs de l’agroalimentaire. »

Naturalia a cependant une stratégie différente, pour une raison bien particulière, se révélant dans la localisation des magains.

Ceux-ci ont ouvert à Paris dans des quartiers parisiens à la fois chic et branchés (les Batignolles dans le 17ème arrondissement et Père-Lachaise dans le 11ème arrondissement), ainsi qu’à Vincennes où la population est du même type.

C’est important : il ne s’agit pas de bobos, mais de bourgeois chic et branchés, la différence a beaucoup de signification. On a ici affaire à des gens très aisées, mais rétifs au folklore : ils veulent du chic, mais toujours moderne et recherché, branché.

Le magazine 20 minutes n’est pas du tout dupe, mentionnant tout de suite la « gentifrication » des quartiers, c’est-à-dire la transformation d’un quartier populaire par l’arrivée massive de bourgeois chics et branchés attirés par les lieux et les faibles prix, transformant entièrement le visage du quartier en quelques années…

Et Naturalia se défend de tout cela, bien entendu, au moyen justement d’une association végétarienne, chargée de justifier l’opération, de lui laisser son masque « humaniste », « en faveur des animaux », etc.

Mais qui peut croire à une fable pareille, à part ceux et celles choisissant de le faire ?

« Bio c’ Bon a récemment ouvert dans le 18e arrondissement. De son côté, Biocoop ouvre prochainement un nouveau magasin aux abords du canal Saint-Martin. Mais comment choisissent-ils ces emplacements ?

Réelle demande, effet de mode, gentrification… Comment décident-ils de prendre leur quartier dans tel ou tel coin de la capitale ? 20 Minutes a tenté de comprendre et a posé la question aux responsables de ces entreprises.

>> A lire aussi : La gentrification des quartiers populaires parisiens, ça change quoi?

« Des remontées d’associations », annonce Naturalia. « Nous répondons à une demande très précise de clients.

Quand on est végan par exemple, c’est très compliqué de faire ses courses au quotidien, car on doit vérifier les étiquettes de chaque produit, explique Sidonie Tagliante, responsable marketing de la marque.

Nous avons donc eu des demandes et avons décidé de se lancer. Au sujet des emplacements, nous nous sommes fait accompagner par l’Association végétarienne et vegan de France sur les règles et les besoins.

Ils nous ont confirmés, via les remontés de leurs adhérents, que ces trois quartiers [11e, 17e, Vincennes] étaient en demande.

On voit aussi sur les réseaux sociaux, des gens regrettent de ne pas en avoir à côté de chez eux.

L’enseigne a 43 ans et nous ne suivons pas une tendance bobo ou la volonté d’accompagner une mode. La preuve, nous n’avons pas installé ces magasins dans le veggietown que sont les 9e et 10e arrondissements »

Tout cela est totalement démagogique. Il est parfaitement clair qu’ici est visée une consommation « haut du panier », une mode du même type que le « sans gluten », l’image positive en plus.

S’il y avait vraiment une demande « naturelle », il n’y aurait pas la publicité en couverture d’un magazine quotidien gratuit parisien, ni les inscriptions à la peinture sur le sol, conformément aux règles du marketing branché…

D’ailleurs, les supermarchés végan en Allemagne et en Autriche n’étaient pas bio, alors que là il s’agit bien d’une combinaison du vegan et du bio. Tant mieux, évidemment, sauf que là cela correspond à la formation d’un « marché de niche » très précis, doublement captif.

C’est le même esprit que les gens ouvrant des magasins halal ou casher : vendre cher des produits à des gens n’ayant pas le choix.

Le magazine Challenges l’a tout à fait compris, définissant de la manière suivante la motivation de Monoprix :

« Franck Poncet n’est pas vegan. A titre personnel, le directeur général France de Naturalia (groupe Monoprix) ne suit pas ce mode de vie qui exclut la consommation de tous les produits issus des animaux, de leur exploitation ou testés sur eux.

Mais en bon commerçant, celui qui a fait ses classes chez Lustucru et Bongrain, avant de rejoindre le groupe Monoprix en 2002, a su tendre l’oreille pour écouter le consommateur.

« Nos clients réclamaient de plus en plus une offre végétale et végane », explique le dirigeant. « Cela fait deux-trois ans que nous constatons que ce n’est plus un marché de niche ». (…)

L’enseigne du groupe Monoprix avance ses pions, et prend un temps d’avance sur ses concurrents de la grande distribution. »

Le directeur général de Naturalia n’a pas voulu dire que ce n’était plus un marché de niche, mais que cela n’en est pas seulement un.

Le véganisme est en France une sensibilité, mais malheureusement beaucoup une mode, qui donne une image chic et branchée.

Nous nous en plaignons assez : nous voulons une génération de personnes affrontant ouvertement le système et rompant avec les valeurs dominantes, libérant concrètement les animaux et assaillant l’exploitation animale, et nous faisons face à une mode ouvertement vantée par les magazines féminins et la bourgeoisie branchée.

Naturalia surfe sur la vague, et donc le groupe Monoprix à qui appartient Naturalia, et donc le groupe Casino à qui appartient Monoprix…

C’est là que cela donne mal au coeur. Bien sûr, l’existence de ces magasins est très pratique. Il y a 2000 références et c’est agréable de ne pas avoir à regarder si un produit est vegan ou pas (même si inévitablement on le fait parfois quand même, par réflexe!).

Pourtant, ces Naturalia vegans appartiennent à l’exploitation animale. Ce ne sont pas des éléments d’un dispositif de combat positif, mais un moyen de faire du profit. Naturalia a d’ailleurs toujours surfé sur le relativisme, cette « liberté de choix » qu’on aurait en général.

Ici, il ne faut pas se leurrer et bien voir que l’amour pour les animaux est dévoyé, en particulier chez les femmes.

Celles-ci sont happées dans quelque chose qui a l’air positif, mais qui est un style bourgeois chic, faussement rebelle, ultra-esthétisant, centré sur soi-même et la consommation…

C’est une rébellion lisse, propre, bon enfant, sans enjeu, dans une démarche particulièrement régressive par rapport aux vrais enjeux.

Du côté du profit, par contre, c’est tout bénéfice. Le projet de magasin vegan de Naturalia rentre d’ailleurs dans le cadre général de la stratégie commercial du groupe Casino. Il y avait en effet 38 Naturalia en 2008, il y en a 150 désormais, 20 ont ouvert l’année dernière, 20 ouvrent cette année.

Les magasins Naturalia végans servent ici de test ; on ne sait pas en effet s’ils vont durer encore. Mais ils rentrent, dans tous les cas, entièrement dans le cadre d’un projet économique d’une entreprise qui est un pilier de l’exploitation animale.

Qui peut, au 21ème siècle, faire confiance aux grands distributeurs pour sauver le monde, franchement?

C’est donc une question de détermination : soit on croit en la capacité de l’exploitation animale à se réformer, on écoute les bourgeois chics et branchés, on en reste à un « ni droite ni gauche » totalement crétin…

Ou on comprend que le monde doit entièrement changer de base, qu’il faut défendre la Terre-mère… Maintenant!

L’architecture vue par les pigeons, par Basile Plumagile

Basile Plumagile est un pigeon qui voyage et décrit des constructions humaines marquantes.

Il raconte ainsi le Taj Mahal, la tour Eiffel, le Colisée à Rome, la Maison sur la cascade de Frank Lloyd Wright, Beaubourg à Paris, des bâtiments publics de Brasilia, l’opéra de Sydney, la Sagrada Familia de Barcelone, la muraille de Chine…

L’auteur réel, l’américaine Stella Gurney, est allé jusqu’au bout de son raisonnement : c’est justement Basile Plumagile qui est l’auteur officiel de cet ouvrage destiné aux enfants autour de sept ans.

L’oiseau se présente même comme envoyé officiellement par la maison d’éditions Phaidon pour son enquête et réaliser l’ouvrage (qui coûte 19,95 euros).

Tout l’esprit de l’oeuvre rejoint cette excellente mise en perspective, Basile expliquant de manière fort sympathique que les pigeons sont des « animaux intelligents et doux » et qu’il va justement le montrer en donnant aux hommes un petit cours d’architecture.

L’approche est ouvertement engagée et dans sa présentation, Basile Plumagile raconte même :

« J’espère te transmettre, au fil de notre périple, ma passion pour les monuments, et que tu saches qu’il y a plus à découvrir sur les pigeons que tu n’aurais pu l’imaginer, beaucoup plus… »

Voilà une démarche excellente et on a donc Basile qui survole au fur et à mesure des bâtiments, les présentant de manière détailléeà chaque fois, le tout avec des dessins bien amenés de la japonaise Natsko Seki.

Voici un exemple, avec le « Patchwork aux merveilles », nom que Basile donne à la cathédrale de Canterbury.

« Ce matin, je me suis envolé, ailes déployées, pour la côte sud-est de l’Angleterre.

Malgré ma tristesse de quitter ma chère Elsa et mes amis, j’avais hâte d’entamer mon voyage. Et quoi de plus beau pour commencer que la cathédrale de Canterbury ?

Tout l’intérêt d’une cathédrale, vois-tu, est de faire en sorte que les visiteurs soient émerveillés par la gloire des cieux, et effrayés par les horreurs de l’enfer.

Une cathédrale est en fait une immense machine médiévale à effets spéciaux, un peu comme lorsque la scène la plus incroyable d’un film en 3D te cloue à ton fauteuil, sauf qu’il s’agit ici de pierre et de vitraux.

J’ai aperçu de loin les hautes flèches ornementées de l’imposante cathédrale. En m’approchant au-dessus de la ville, profitant d’une brise aux senteurs marines, alors que le soleil se réfléchissait sur les immenses vitraux, un frisson d’impatience m’a traversé.

Commencée en 597, la cathédrale a été de nombreuses fois reconstruite et agrandie au fil des siècles et dans de nombreux styles différents.

L’archevêque de la cathédrale est le chef de l’Église d’Angleterre. Pendant des centaines d’années, ce statut a représenté un pouvoir équivalent à celui du roi.

Chaque nouvel archevêque a voulu ainsi laisser sa propre empreinte sur l’édifice pour marquer son territoire, un peu comme les chiens font leurs besoins sur les lampadaires, mais de façon bien plus élégante.

Des centaines de touristes se pressent toujours dans la cathédrale. En sautillant, j’ai réussi à franchir les anciennes portes en bois de l’entrée avant de me cacher sous un banc.

Ouah ! Impressionnant ! Je peux te dire que les effets spéciaux fonctionnent ! Il y a tant de belles choses à voir que je ne savais plus où regarder…

Dans la crypte, je me suis retrouvé face à un monstre hideux. Heureusement, ce n’était qu’une statue très réaliste, façonnée par des tailleurs de pierre du Moyen Âge pour que les croyants aient peur de l’enfer.

Quand j’ai vu un énorme lutrin (un pupitre pour poser les livres) de bronze en forme d’aigle prêt à s’envoler, mon sang n’a fait qu’un tour.

Épuisé par tant d’émotions, je suis sorti, chancelant, pour me reposer sur la tombe d’une certaine Mme Spurgeon. Cette cathédrale est d’une beauté à couper le souffle, et de combien d’édifices peut-on dire cela ? »

Comme on le voit, Basile donne son avis et il n’hésite pas à constater que de prime abord, il a trouvé Beaubourg et ses tuyauteries bien affreux…

Mais il apprécie l’endroit, pour une raison pratique montrant la subtilité pro-pigeons de l’auteur :

« Sur la place, les passants et les pigeons peuvent s’asseoir ou se promener alors que le reste du quartier est très construit. »

Dans l’image suivante, qui montre la Sagrada Familia de Barcelone, on voit les oiseaux qui sont posés sur le bâtiment de manière symbolique, en train de discuter avec Basile : une belle manière de défendre les pigeons et leur droit à vivre en ville.

Lorsque Basile est au Colisée, il n’oublie pas de mentionner les animaux massacrés :

« Fascinant !

Mais je suis partagé.

D’un côté j’admire la taille colossale du Colisée et sa beauté. (….)

Mais de l’autre, je n’arrive pas à croire ce qui s’y passait !

Rou !

Pendant cinq siècles, des spectateurs se sont réjouis en regardant des gens s’entre-tuer et des hommes mettre en pièces des lions, des tigres et des éléphants. »

On notera que d’une certaine manière, l’ouvrage est une allusion à la belle fable des deux pigeons, car après avoir voyagé il s’empresse de retourner chez sa compagne Elsa, tout comme le pigeon de la fable retourne chez sa compagne après s’être imaginé qu’il avait besoin de davantage de choses à voir…

La conclusion est, par ailleurs, admirable. La voici, elle est très belle et rien qu’elle mérite la large promotion de l’ouvrage.

« Si tu ne devais retenir qu’une chose, sache que l’architecture est faite pour toi, que les édifices sont faits pour que tu les utilises et les admires, et que ce que tu en penses est important.

Bien sûr, ce que tu penses des pigeons est tout aussi important. J’espère que ton opinion aura changé depuis notre première rencontre.

La prochaine fois que tu vois un pigeon, fais-lui un petit clin d’oeil : il te répondra sûrement d’un petit hochement de tête.

Je ne porte pas toujours mon chapeau, tu sais… »

C’est donc un très bel ouvrage, indéniablement à conseiller, à acheter, à offrir!




Norouz, le nouvel an persan

Le 21 juin, c’est l’arrivée du printemps et dans l’aire culturelle persane, cela est fêté de manière grandiose.

C’est une fête très ancienne (autour de trois mille ans), qui date bien entendu d’avant le triomphe du monothéisme.

L’origine du mot employé, Norouz, vient d’ailleurs d’une très vieille langue, l’avestique, les racines étant modifiées pour donner « no », « nouveau », et « rouz », le jour.

L’UNESCO a placé en 2006 cette fête sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. En voici la présentation, qui souligne la célébration de la Nature, du renouveau de la vie.

Le Novruz, ou Nowrouz, Nooruz, Navruz, Nauroz, Nevruz, marque le nouvel an et le début du printemps dans une zone géographique très étendue, comprenant, entre autres, l’Azerbaïdjan, l’Inde, l’Iran, le Kirghizistan, le Pakistan, la Turquie et l’Ouzbékistan.

Il est fêté chaque 21 mars, date calculée et fixée à l’origine en fonction des études astronomiques.

Le Novruz est associé à des traditions locales diverses, par exemple l’évocation de Jamshid, roi mythologique d’Iran, à des nombreux récits et légendes.

Les rites qui l’accompagnent dépendent des lieux, depuis les sauts par-dessus les feux et les ruisseaux en Iran jusqu’aux marches sur la corde raide, le dépôt de bougies allumées à la porte de la maison, en passant par des jeux traditionnels, tels que des courses de chevaux ou la lutte traditionnelle pratiqués au Kirghizistan.

Chants et danses sont presque partout la règle, ainsi que des repas semi-sacrés familiaux ou publics.

Les enfants sont les premiers bénéficiaires des festivités et participent à nombre d’activités comme la décoration d’œufs durs.

Les femmes jouent un rôle central dans l’organisation et le déroulement du Novruz, ainsi que dans la transmission des traditions.

Le Novruz promeut des valeurs de paix, de solidarité entre les générations et au sein des familles, de réconciliation et de bon voisinage, contribuant à la diversité culturelle et à l’amitié entre les peuples et les différentes communautés

Ce dernier point est très important, car le Novruz est une fête concernant tout son entourage, comme l’UNESCO le souligne. Il y a une portée universelle, dans un rapport avec la Nature qui est assumé.

Une importante tradition propre à cette période veut que les individus se rassemblent autour d’une table, décorée d’objets qui symbolisent la pureté, la clarté, la vie et la richesse, pour partager un repas avec leurs proches.

Les participants portent à cette occasion de nouveaux vêtements et rendent visite à leurs parents, notamment à ceux qui sont âgés, et à leurs voisins.

Des cadeaux, surtout destinés aux enfants, sont échangés ; il s’agit généralement d’objets fabriqués par des artisans.

Le nawrouz inclut également des spectacles de musique et de danse donnés dans la rue, des rituels publics faisant intervenir l’eau et le feu, des sports traditionnels et la fabrication d’objets artisanaux.

La fête dure douze jours et la tradition veut que le 13ème, on aille pique-niquer ; c’est le sizdah, « passer le treizième jour à l’extérieur ». Les jeunes filles célibataires font même des noeuds dans le gazon, pour espérer être marié dans l’année.

On l’a compris, le printemps c’est le retour de la vie, de la fertilité. Aller pique-niquer collectivement, c’est un retour à la Nature, la végétation étant particulièrement valorisée dans la culture persane, historiquement pas du tout tourné vers les animaux par contre.

Voici la liste des éléments utilisés désormais pour cette fête en Iran, présentée par la revue de Téhéran, et qui tournent justement autour de la fertilité. Même la religion a dû céder devant la force de cette fête célébrant la vie…

La tradition principale de Norouz est la disposition des haft sin. Il s’agit de sept éléments dont le nom commence par la lettre « s » ou sin de l’alphabet persan.

On les dispose sur une nappe sur la table et ils y restent jusqu’au 13e jour après le nouvel an.

Le plus souvent, on décore la table avec d’autres objets tels que des œufs colorés (symbole de fertilité), des bougies (bonheur), des poissons rouges (vie), ainsi qu’avec le Coran, le Divân de Hâfez ou le Shâhnâmeh et un miroir.

Voici quelques objets avec lesquels les Iraniens décorent leur table de haft sin :

sabzeh – germe de blé ou lentille poussant dans un plat (symbole de la renaissance)

sir – ail (symbole de la médecine)

samanou – crème très sucrée faite avec des germes de blé (symbole de l’abondance)

senjed – fruit séché du jujubier (symbole de l’amour)

somâq – baies de sumac (symbole de la couleur du lever du soleil et santé)

sib – pomme (symbole de la beauté et bonne santé)

serkeh – vinaigre (symbole de l’âge et la patience)

sonbol – jacinthe (symbole de l’arrivée du printemps)

sekkeh – pièces de monnaie (symbole de la prospérité et de la fortune)

Voici une représentation idéalisée sur un mode conservateur de cette fête, dans une lecture moins festive. On peut y voir toutefois les éléments décrits pour le haft sin.

Voici une petite présentation en vidéo résumant le principe du norouz.

On notera également que la veille du dernier mercredi avant la fête de Norouz, il y a une fête appelée « Chaharshanbe suri », où les gens sautent au-dessus de feux improvisés.

Voici la présentation par le site Persiennes, afin de saisir le principe :

L’Iran connait les derniers jours de l’an 1394 du calendrier perse, et ce soir, le dernier mardi soir précédant Norooz (le nouvel an perse) c’est « Chaharshanbe suri  » ou, la Fête du Feu.

Un soir où l’Iran brille, dans la joie. Des feux sont allumés sur les places des villes, des feux d’artifice éclatent ça et là.

Le feu symbolisant l’espérance, un bonheur qui irradie la nouvelle année.

Un feu qu’on défie, en sautant au dessus de brasiers et en récitant la phrase traditionnelle : « Zardie man az to, Sorkhie to az man » signifiant « je te donne ma couleur jaune, tu me donnes ta couleur rouge ».

Confier ainsi sa pâleur, sa fatigue et prendre toute la bonne énergie du feu qui crépite, pour une nouvelle année pleine de force.

C’est une fête populaire avec des pétards, des feux d’artifice, des sucreries qui sont données : l’Adjilé Moshkel Gosha (un mélange de noisettes, de noix de cajou, de noix, de pistaches, de raisins secs et de mûres blanches séchées). Il y a de grandes variations selon les régions, avec d’autres traditions s’y ajoutant.

Concluons justement avec une histoire, pas du tout végane malheureusement malgré son culte de la vie, qui est une version kurde d’une légende persane, racontée notamment dans le fameux Livre des Rois de Ferdowsi.

Ici Zahak devient Dehak et Kaveh devient Kawa, mais la particularité surtout est que cette histoire est précisément ce qui est célébrée dans l’équivalent kurde du Norouz, le Newroz.

Il y a bien longtemps, entre les deux grands fleuves du Tigre et de l’Euphrate, était une terre appelée Mésopotamie.

Au-dessus d’une petite ville dans la montagnes de Zagros, était un énorme château de pierre avec des grandes tourelles et de hauts murs foncés.

A l’intérieur de ce château, vivait un roi cruel nommé Dehak. Ses armées terrorisaient toutes les personnes vivant sur ses terres.

Tous les rois précédents avaient été bons et avaient encouragé le peuple à irriguer la terre et à maintenir leurs champs fertiles.

C’est pendant le règne du roi appelé Djamshid que les choses ont commencé à changer. De part ses actions, il a perdu la faveur de son peuple. Un esprit du mal appelé Ahriman, saisi cette chance, choisi Dehak pour succéder au trône et tue Djamshid.

Le mauvais esprit, déguisé en cuisinier, alimentait Dehak avec le sang et la chair des animaux. Un jour Dehak l’a complimenté sur ses plats de viande . Il l’a remercié et a demandé de lui embrasser ses épaules. Ce que Dehak accepta.

A ce moment là, deux serpents noirs géants sont apparus sur ses épaules. Dehak fut terrifié et a tout essayé pour s’en débarrasser. Lorsqu’il les coupaient, ils réapparaissaient aussitôt.

Ahriman (le mal) déguisé en tant que médecin et a indiqué à Dehak qu’il ne pourrait jamais se débarrasser des serpents ; et que, quand ils auront faim, ils devraient être nourris de cerveaux de jeunes garçons et filles.

Depuis ce jour noir, tous les jours, deux enfants étaient choisis parmi les villes et les villages autour du château. Leurs cerveaux ont été placés aux portes de château et placés dans un grand seau en bois et donnés au serpents.

Depuis ce jour, le soleil a refusé de briller. Les récoltes, les arbres et les fleurs se sont défraîchis. Les pastèques géantes qui s’étaient développées là pendant des siècles se sont décomposées. Les paons et les perdrix qui avaient l’habitude de se pavaner autour des arbres géants de grenades étaient partis.

Près de ce château, vivait un forgeron. Son nom était Kawa. Dehak avait déjà pris 16 de leurs 17 enfants.

Un jour l’ordre est venu du château que la dernière fille de Kawa devait être tuée et son cerveau apporté à la porte de château dès le jour suivant.

Kawa a réfléchi toute la nuit comment sauver sa dernière fille des serpents de Dehak.

Il a eu une idée… Le matin suivant il est monté sur son cheval, tirant lentement le chariot avec les deux seaux en métal pour les emmener jusqu’au château.

La porte du château s’ouvrit, et deux gardes ont pris les seaux et les ont ramenés dans le château. Les cerveaux ont été donnés aux deux serpents affamés.

Quand Kawa est revenu à la maison il a trouvé son épouse se mettre à genoux devant un feu de bois et pleurait. Il s’est mis également à genoux et a doucement soulevé son grand manteau de velours. Sous ce manteau, y avait leur fille.

Au lieu de sacrifier sa propre fille, Kawa avait sacrifié un mouton et avait mis le cerveau du mouton dans le seau en bois. Et personne n’avait rien remarqué.

Bientôt, tous les citadins ont entendu parler de ce stratagème.

Ainsi, à chaque fois que Dehak exigeait un sacrifice d’enfant, ils ont tous fait la même chose. Ainsi, des centaines d’enfants ont été sauvés.

Ils se sont tous réfugiés dans la montagne de Zagros, là où personne ne pourrait les retrouver. Ils ont appris comment survivre avec leurs propres moyens. Ils ont appris comment monter les chevaux sauvages, comment chasser, pêcher, chanter et danser.

Kawa leur a également appris à se battre pour un jour en finir avec ce roi tyran. Le temps s’est écoulé, et l’armée de Kawa était prête à commencer leur marche vers le château. Ils ont rapidement maîtrisé les hommes de Dehak et kawa a coupé la tête de ce méchant roi.

Il est alors monté tout en haut de la montagne, a allumé un grand feu pour dire aux habitants de la Mésopotamie qu’ils étaient libres.

Sur ce, des centaines de feux ont été allumées pour faire circuler le message. Les flammes se sont élevées haut dans le ciel. L’obscurité avait disparue.

Les fleurs ont lentement commencé à s’ouvrir. Les pastèques ont se sont développées, comme elles l’avaient fait pendant des siècles auparavant. Les aigles sont revenus et ont volé parmi les crêtes de la montagne.

Les feux ont brûlé de plus en plus haut. Le peuple a chanté et dansé au son des tambours en cercle autour des ces feux. Maintenant ils étaient libres.

Interview de xREIGNx à l’occasion de leur demo

A l’occasion de la sortie de leur demo, voici une interview du groupe américain xREIGNx de San Diego, qui pratique une musique résolument dans l’esprit de la scène vegan straight edge des années 1990.

Accompagnant cette interview, nous présentons les paroles des chansons de la demo, avec leurs traductions.

1.Peux-tu présenter le groupe, comment il s’est fondé comme projet et quel est son identité ?

Matt A est au chant, Matt L joue de la basse, Justin est le batteur et Rex est le guitariste. Chacun d’entre nous voulait depuis longtemps être dans un groupe de musique vegan straight edge militant ; en fait, c’était le seul projet dans lequel nous étions tous prêt à nous investir.

Nous sommes tous xVx depuis des années. Certains d’entre nous se sont rapprochés de l’idée d’un groupe pendant plusieurs années, mais n’ont jamais mis l’énergie pour réaliser cela.

Maintenant que c’est réel, cela m’a personnellement ouvert les yeux sur la nouvelle génération vegan straight edge, qui est mondiale. C’est rafraîchissant à voir.

J’espère que cela continuera jusqu’à constituer un élan. Peut-être que des jeunes écoutant du hardcore standard peuvent être introduits au véganisme et au straight edge, puis espérons-le aller plus loin et commencer à remettre en cause les institutions.

Si cela ne se produit pas, nous espérons au moins avoir fait une contribution positive à la lignée hardcore vegan straight edge.

2. Votre choix musical est vraiment portée sur le punk hardcore, avec l’objectif clair d’exprimer une certaine attitude rebelle à contre-courant. Quelles sont vos sources d’inspiration, pour la musique et les paroles ?

Nous sommes massivement influencés par la scène locale en Californie du sud. L’époque du label New Eden Records : Tears of Gaia, Purified in Blood, 7 Generations (demo) était très bien ; Excessive Force, Adamantium.

Nous avons grandi en allant au Che Cafe à San Diego [un lieu alternatif de réunions et de concerts, sans alcool], pour voir des groupes comme Find him and kill him, Over my dead body et Tamora. Nueva Etica est un de nos favoris, ils détruisent tout et représente bien l’Amérique du Sud. Purification, Undying, Day of suffering… Tous les grands groupes xVx.

3. Parle nous du symbole Θ que vous avez choisi, comme beaucoup de gens vegan straight edge. Comment le comprenez-vous ?

C’est le symbole de l’écologie. Il a été dessiné dans les années 1960 et a été utilisé par de nombreuses organisations environnementalistes (y compris des groupes hardcore vegan).

Évidemment, l’un des arguments pour le véganisme est son impact environnemental bien moins grand que celui des fermes-usines conventionnelles.

Le symbole de l’écologie a été utilisé pour représenter l’Ordre Naturel / la Loi Naturelle.

La philosophie de l’écologie profonde reconnaît la valeur intrinsèque à toute vie et souligne la coexistence vis-à-vis de l’exploitation.

La libération de la Terre, la libération animale, la libération humaine, tout cela doit commencer avec ce principe comme noyau.

4. Comment voyez-vous la situation actuelle dans le monde pour le mouvement vegan straight edge ?

Nous ne sommes pas certains de pouvoir évaluer cela de manière adéquate, mais à mon avis il y a l’espoir que la communauté xVx à travers le monde grandira et ne se limitera pas à des thèmes politiques précis.

Il s’agit de s’étendre et de coopérer avec d’autres mouvements et communautés. Et vu comment le véganisme commercial largement s’est largement répandu ces quinze dernières années, espérons que les gens resteront dans la course et auront moins d’excuses pour capituler.

5. En France, beaucoup de gens ont été choqués par la décision de Donald Trump de rejeter les accords de Paris sur le climat. Quelle est la situation des gens conscients aux États-Unis ?

Les surprises de Trump ne viennent pas comme des surprises, c’est tout son mode opératoire en fait. Les Etats-Unis ont connu une grande polarisation de par son élection.

C’est une honte que les blancs de la classe ouvrière ont été – de nouveau – trompés, en croyant que les hommes blancs riches se préoccupent tout, en présentent des boucs-émissaires.

Il semble qu’une série d’événements similaires se soient déroulés au Royaume-Uni, juste en ce moment. Personnellement je ne m’occupe pas vraiment de la politique en général ou de la politique du pays en-dehors d’un cycle électoral. Les élections au niveau de l’État et les municipales semblent plus concrètes, le changement, s’il y en a, a plus de chances d’être vu ou ressenti.

Voici les paroles des chansons de la demo, dans leur ordre sur celle-ci.

Voici les paroles de la chanson « Upper Echelon« , « Échelon supérieur ».

Life reduced to resource
Bled dry for capital
La vie réduite à une ressource
Saignée pour le capital

Week after week. check to check.
never gaining ground. we create.
They dictate,
and we’re extorted for their fucking privilege
Semaine après semaine. Echec apès échec.
Ne gagnant jamais de terrain. Nous créons.
Ils dictent,
et nous sommes extorqué pour leur saleté de privilège

Socialize the burden while concentrating wealth
Power won’t be granted
Power must be seized
Socialiser le fardeau pendant que se concentre la richesse
Le pouvoir ne sera pas accordé
Le pouvoir doit être saisi

The enemy won’t capitulate to ever meet our needs
Speaking truth to power never changed a thing
Les ennemis ne se résoudront jamais à répondre à nos besoins
Dire la vérité au pouvoir n’a jamais rien changé

For those who dare to organize
They’ll “make the economy scream”
Power won’t be granted
Power must be seized
Pour ceux qui osent s’organiser
Ils vont faire « hurler l’économie »
[« make the economy scream » est le titre d’un documentaire sur le rôle de Nixon et de la CIA dans le coup d’Etat de Pinochet au Chili]
Le pouvoir ne sera pas accordé
Le pouvoir doit être saisi

Speaking truth to the enemy won’t change a thing
They take relentlessly until there’s nothing left
Pummel unrepentant abusers into the ground
Dire la vérité à l’ennemi n’a jamais rien changé
Ils accaparent implacablement jusqu’à ce qu’il ne reste rien
Frapper les agresseurs impénitent à terre.

Voici les paroles de la chanson « Complicit« , « Complice ».

When the excuse of ignorance has run its course
You can comfort yourself with the affirmation:
“that’s just the way the world is”
if not by your hands then by those of another.
So why waste the effort?
Lorsque l’excuse de l’ignorance a fait son temps
Vous pouvez vous réconfortez en vous disant :
« C’est comme ça que le monde marche »
Si ce n’est de vos mains alors de celles d’un autre
Alors pourquoi faire des efforts inutiles ?

Complacent means complicit
La complaisance signifie la complicité

Idle hands still assist in the wringing of necks
Unmoving feet still weigh heavy on the backs of the oppressed
Your own passive acceptance reinforces the notion that this cruelty is
An unfortunate necessity
Les mains paresseuses prêtent secours au tordage de cous
Les pieds immobiles pèsent lourd sur le dos des opprimés
Votre propre acceptation passive renforce l’idée que cette cruauté est
Une malheureuse nécessité

And so bloodshed continues
Factories remain rooted
Torture and slaughter, unchallenged
Et ainsi l’effusion de sang se poursuit
Les usines continuent à être soutenu
La torture et le massacre, incontestés

Complacent means complicit
La complaisance signifie la complicité

Spectator. Consumer. Killer
Spectateur. Consommateur. Tueur.

Voici les paroles de la chanson « No absolution« , « Pas de pardon ».

You’re no keeper of peace, but a protector of cutthroat suppression
Belligerant arm of the law
An enemy lurking in plain sight
You’re no savior, but a terrorist with a lust for control and domination
Tu n’es pas un gardien de la paix, mais un protecteur d’assassinats
Le bras belligérant de la loi
Un ennemi qui se cache à vue
Tu n’est pas un sauveur, mais un terroriste avec un désir pour le contrôle et la domination

Predicated on a falsehood of protection
Cultivating subservience through violence and fear
Fuck you, motherfucker
Fondé sur un mensonge de protection
Cultivant l’asservissement par la violence et la peur
Je t’emmerde, ordure

Power-hungry, gun-wielding fascist
Obedient servant one directive away from brutality
Fasciste brandissant une arme, assoiffé de pouvoir
Serviteur docile toujours prêt à la brutalité

Demanding of respect and admiration
You’ve earned nothing but contempt
I reject your lie. i reject your power
Recherchant le respect et l’admiration
Tu ne mérite rien d’autre que le mépris
Je rejette ton mensonge. Je rejette ton pouvoir.

I long for the day your dominion crumbles
A day of retribution for those you’ve made to suffer
J’attends impatiemment le jour où ta domination s’écroulera
Un jour de réctribution pour ceux que tu as fait souffrir

No sympathy
No understanding
No absolution for a single one of you
Pas de sympathie
Pas de compréhension
Pas de pardon pour un seul d’entre vous

Voici les paroles de la chanson « Proclamation » .

I refuse to surrender to comfort and docile conformity
Je refuse de me soumettre au confort et à la conformité docile

Social engineering. normalized violence.
profits prioritized over personal and collective well-being.
L’ingénierie sociale. La violence normalisée.
Les profits prioritaires sur le bien-être personnel et collectif.

It’s more than a personal choice
or some pious notion of purity
This is my uncompromising stance
An adamant opposition to your tradition of enslavement
C’est davantage qu’un choix personnel
ou qu’une notion pieuse de pureté
C’est mon point de vue intransigeant
Une opposition inflexible à votre tradition d’asservissement

I deny you validation.
I deny you my life
Je vous dénie toute validité.
Je vous dénie ma vie.

I don’t want escape.
i don’t want pacification.
i want to burn your whole fucking world down.
burn it down
Je ne veux pas m’échapper.
Je ne veux pas de pacification.
Je veux brûler jusqu’aux fondations votre horrible monde.
Le brûler jusqu’aux fondations.

Straight edge
Straight edge

To you it’s a joke.
you wait for the day i fall
and give in to the misery and consumption
that suffocates life
Pour toi c’est une plaisanterie
tu attends le jour où je tombe
Et où je plonge dans la détresse et la consommation
qui fait suffoquer la vie

But i could never sell out
that which means so much to me
I will never break
Mais je ne pourrai jamais trahir
ce qui signifie tellement pour moi
Je ne capitulerai jamais

I will never break
We will never break
Je ne capitulerai jamais
Nous ne capitulerons jamais