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Notre-Dame-des-Landes : le triptyque rustique – petite propriété – petite exploitation animale

Nous sommes quelques jours après la décision gouvernementale d’abandonner le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Déjà il faut se réjouir de la protection de la Nature là-bas.

L’aspect principal reste pour nous la vie sauvage, et le fait qu’une partie d’entre elle puisse être préservée est essentiel. Même s’il faut être prudent pour l’avenir, d’autant plus que selon les propres lois de l’Etat français, le projet lui-même aurait dû être impossible en raison de la protection des zones humides…

Mais il faut également voir ce qu’il ressort de cette lutte à Notre-Dame-des-Landes, qui a eu beaucoup d’aspects. Ici il s’agit également voir si nous avons raison de tout d’abord saluer grosso modo le mouvement zadiste, pour ensuite le dénoncer comme s’étant retourné en son contraire.

Nous avions en effet constaté que loin de l’initiative écologiste du début, la ZAD s’est vite retrouvée comme un bastion des partisans de l’individualisme forcené, de la petite propriété et de la petite exploitation animale.

Il y a eu quelques végans pour servir de caution à la ZAD, tant sur place qu’en général, mais c’est absurde car les zadistes se sont toujours positionnés radicalement comme non végan, et donc comme anti-vegan, puisque la petite exploitation animale est leur valeur absolue.

Ces gens sont des réactionnaires, ils veulent réagir contre le monde moderne, ils veulent le passé. Le prochain rassemblement sur la ZAD, le 10 février 2018, confirme même la validité de notre critique rien que par son titre : « enracinons l’avenir ».

C’est là du pétainisme et l’utilisation du terme « s’enraciner » est un exemple pathétique de plus. Un tel vocabulaire relève exclusivement de l’extrême-droite à la française, avec le fameux « la terre, elle, ne ment pas » de Pétain, la terre comme “recours” comme il le dit dans son fameux discours.

Le communiqué de l’association ACIPA au sujet du rassemblement de février développe d’ailleurs tout l’argumentaire mystique du triptyque rustique – petite propriété – petite exploitation animale :

« Depuis des décennies, les 1650 ha de la zad sont menacés par un projet d’aéroport climaticide, destructeur de terres nourricières, de zone humides et de liens sociaux.

En lieu et place de ce projet, des paysan.ne.s résistant.e.s ont continué de vivre  sur leurs terres et de nouveaux.elles habitant.e.s sont arrivé.e.s dans les 10 dernières années. Il s’invente sur la zad des formes de vie, d’habitats et d’agriculture fondées sur le partage, la rencontre, le soin du vivant et des biens communs. »

Le soin du vivant, c’est en effet la petite exploitation animale ; les biens communs servent ici de justification au maintien des biens qui ne le sont justement pas, communs ! Les paysans, sur « leurs » terres, voilà le rêve de certains en 2018, alors que nous avons besoin d’une humanité unifiée à l’échelle mondiale pour protéger la planète…

Certains ont d’ailleurs été surpris que le gouvernement n’ait pas décidé de déloger les zadistes. Mais pourquoi serait-il si pressé ? Cela ne dérange personne et cela fait genre la seule opposition consiste en des gens voulant vivre comme il y a cinquante ou cent ans.

Et rappelons que non loin à Nantes les anarchistes cassent régulièrement des choses au centre-ville lors de manifestations. Sans que cela ne change rien, à part permettre au gouvernement d’avoir l’air « démocratique ».

Les zadistes comptent par conséquent continuer tranquillement leur démarche, comme le dit le communiqué de « victoire » :

« Dans le futur, ce territoire doit pouvoir rester un espace d’expérimentation sociale, environnementale et agricole. »

On ne peut pas faire moins révolutionnaire : c’est vraiment l’éloge du repli sur un petit terrain, pour une « expérimentation ». Rien à voir avec l’urgence dont on a besoin !

Et comme le dit le texte commun de l’assemblée du mouvement du 18 janvier 2018, il y en a pour des années à négocier avec l’État, se mettre d’accord sur ce qui va être fait, etc.

Avec l’abandon de l’aéroport à Notre Dame de Landes nous vivons un moment important pour notre devenir commun.

Tandis que l’avenir de ce territoire fait l’objet de fantasmes médiatiques ici nous nous emparons de notre avenir et l’ensemble du mouvement avance concrètement sur sa construction.

Nous nous appuyons sur 10 ans de pratiques communes, assemblées, réunions, activités agricoles, vie quotidienne, organisation d’évènements etc… Nous avons construit une recherche du consensus qui est à la base de notre fonctionnement. Notre travail de réflexion et d’échange a abouti en 2015 à un accord en 6 points. Ils sont ce que nous défendons collectivement aujourd’hui.

Depuis plusieurs mois l’assemblée des usages nous permet de nous organiser sur différents thèmes :
Les hypothèses sur l’avenir qui explorent les formes juridiques possibles pour ce territoire.
Le foncier : ses usages, son partage, son statut
La gestion des conflits tant internes qu’avec l’extérieur (communes proches, organismes officiels etc…)
L’habitat, l’agriculture, la voirie, les communs que nous gérons

Il faudra de longs débats et un travail soutenu pour arriver à une formulation détaillée de notre projet, et nous aurons besoin de temps pour en trouver les formules de mise en place.

L’assemblée du mouvement du 18 janvier 2018

On pourrait se demander si, à la limite, tout cela n’est pas un grand gâchis. Sans doute que non. Tout comme le véganisme devait forcément connaître une décadence et un échec avec L214, l’écologie devait s’effondrer avec Europe Ecologie Les Verts et les zadistes.

Trop d’intellectuels liés aux universités, trop de gens de classes sociales supérieures, pas assez de contenu, pas d’engagement sur le long terme à part le plus souvent de carriéristes et d’opportunistes cherchant un moyen à s’intégrer dans les institutions d’une manière ou d’une autre…

Aujourd’hui, ni l’écologie ni le véganisme ne menacent l’équilibre des idées, la neutralité sociale la plus complète. Pourtant, il faut renverser l’exploitation animale et bloquer la destruction de la planète ; le décalage est énorme entre ce qu’il y a et ce qu’il faudrait.

Mais ce n’est qu’un début et les choses n’en resteront bien entendu pas là. La contradiction n’a été que repoussée… Pour s’exprimer d’autant plus violemment après.

Tribune pro-GPA et anti-Nature dans Le Monde

« On ne peut plus ignorer les enfants nés par GPA », tel est le titre d’une tribune publiée dans Le Monde et visant à exiger la reconnaissance des mères porteuses en prétextant le fait accompli.

C’est la même technique que pour le cannabis : on laisse le capitalisme conquérir une sphère de la société et on dit qu’on ne peut plus faire autrement, alors autant encadrer, réglementer, sinon ce serait pire.

Voilà comment un certain “progressisme” n’est en fait que le vecteur de l’ultra-libéralisme… “encadré”.

Et cela passe comme une lettre à la poste, puisque la société récuse la Nature. Le texte de la tribune le souligne de manière ouverte, ce qui en fait sa grande valeur:

« Rien dans le droit ne prescrit que la filiation doive imiter la nature. »

Un tel degré d’égocentrisme, d’anthropocentrisme est impressionnant… et montre à quel point on court à une véritable catastrophe. L’humanité décroche totalement de la Nature, elle s’imagine entièrement supérieur et à part… L’incompréhension de la question du réchauffement climatique en dit long à ce sujet d’ailleurs.

Voici le texte de la tribune, que nous avons été obligés de trouver… sur le forum jeux vidéos.com, pour la simple raison que comme très souvent, ce genre de tribunes est dédié à un public appartenant aux couches sociales très favorisées.

C’est un “débat interne”, qui ne vise pas à la discussion démocratique, mais au fait de décider entre gens riches, pour savoir à quel point la permissivité de tel ou tel acte est possible.

Le Monde précise que la tribune est signée par “110 signataires, dont Elisabeth Badinter, Pierre Rosanvallon et Irène Théry”, nous obtiendrons cette liste un de ces jours, afin d’avoir un aperçu social et intellectuel de ces gens.

Tribune. Nous, associations de lutte contre l’infertilité, citoyens engagés en faveur de l’égalité des droits, demandons que le débat qui va s’ouvrir à l’occasion de la révision des lois de bioéthique soit un véritable débat, et de ce fait, inclue la gestation pour autrui (GPA).

En effet, cette dernière fait partie des techniques d’assistance médicale à la procréation selon l’Organisation mondiale de la santé qui en a donné une définition précise.

1. Les enfants nés par le recours à la GPA sont là. Ils ont des parents, hétérosexuels ou homosexuels. Ils sont des milliers, de plus en plus visibles, on ne peut plus les ignorer comme des fantômes et faire comme s’ils n’existaient pas.

On ne peut pas continuer à bafouer leurs droits en ignorant les jugements de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) qui ne cesse de condamner la France. La Cour de cassation a proposé une voie discriminante à l’égard des femmes qui ne peuvent porter un enfant puisqu’elle les efface purement et simplement de l’acte de naissance transcrit (filiation paternelle exclusivement reconnue).

Pourquoi les adaptations juridiques tenant compte des condamnations de notre pays par la CEDH pour manquement aux droits de l’homme devraient-elles être apportées uniquement par les juges ?

C’est ici le rôle et la responsabilité du législateur, en relation avec la société, de faire évoluer le droit. Nous demandons la transcription intégrale à l’état civil français de la filiation de l’enfant établie légalement à l’étranger à l’égard de ses parents. Les Français y sont favorables dans leur écrasante majorité (71 % – sondage IFOP – juin 2017).

2. Il faut lutter efficacement et avec détermination contre les dérives de la GPA et les mafias qui en profitent, au-delà de la réforme urgente qu’appellent les droits fondamentaux des enfants à leur filiation.

Nombreux sont ceux, en France, qui s’alarment à juste titre de la marchandisation et de la réification dont peuvent être victimes des femmes pauvres dans certains pays, mais aussi des parents d’intention qui se font maltraiter et les enfants qui peuvent se retrouver dans des tourments dramatiques. Eh bien, combattons ces situations odieuses !

A l’image de la convention de La Haye encadrant l’adoption internationale et luttant contre les trafics d’enfants, nous prônons une convention internationale sur la GPA, condamnant de façon efficace toutes les atteintes aux droits fondamentaux des personnes, seul moyen de lutter contre les situations où la dignité des femmes et la sécurité des enfants ne sont pas respectées.

3. Enfin, il est temps d’ouvrir sur la GPA en général un débat serein, argumenté et informé. Il existe dans de grandes démocraties des protocoles de GPA pensés et aménagés de façon parfaitement éthique, et dont les pratiques sont étayées par des études validées.

Plusieurs pays voisins, comme le Royaume-Uni, les Pays-Bas, le Portugal, la Grèce, ont déjà débattu et même légalisé la GPA sur leur sol. Aujourd’hui, la réalité des nombreux témoignages vient contredire les fantasmes brandis par certains.

Les controverses sur la GPA transcendent les appartenances politiques ; mais nous savons aussi que ses adversaires les plus acharnés sont souvent ceux qui se sont opposés naguère à la contraception, à l’interruption volontaire de grossesse, à la procréation médicalement assistée (PMA).

Nombre d’entre eux n’acceptent toujours pas l’homoparentalité, alors que la loi de 2013 a tranché. Le Conseil constitutionnel l’a rappelé : rien dans le droit ne prescrit que la filiation doive imiter la nature.

Nous disposons des moyens de débattre de façon apaisée grâce aux témoignages des personnes concernées, des enfants ainsi nés, des études faites par les chercheurs et des associations spécialistes.

Aujourd’hui, nous demandons une réforme urgente sur la transcription de la filiation, une implication de la France dans une convention internationale contre les atteintes aux droits des personnes, et un vrai débat de fond sur la GPA, au nom des enfants qui en sont nés à l’étranger, au nom de leurs familles et amis, au nom des associations que nous représentons, au nom des experts et personnalités signataires de ce texte, au nom du principe de réalité, au nom de la dignité des personnes considérées.

L’opinion publique est prête. Les Français vont même plus loin que la demande exprimée dans cette tribune : ils sont 64 % à envisager une forme de légalisation de la GPA selon le dernier sondage IFOP pour La Croix et le Forum européen de bioéthique de janvier 2018, confirmant une tendance favorable depuis dix ans.

“Débats” sur la bioéthique : la PMA et la GPA comme vecteurs de l’individualisme

Dans quelques jours vont commencer les débats amenant la révision des lois de bioéthique.

C’est là un processus d’une importance capitale, d’une valeur historique. En effet, si auparavant le rejet de la Nature consistait en un contenu avec des formes très diverses, pour la première fois il y a une volonté d’ériger cela en système ouvert, reconnu.

Les thèmes du « débat » – en fait une vaste propagande pour faire passer la pilule libérale – vont consister en la procréation médicale assistée (PMA) pour toutes les femmes y compris célibataires, le stockage des données concernant la santé des personnes, la génétique, la fin de vie en général et l’euthanasie en particulier voire le suicide assisté, et inévitablement la gestation par autrui (GPA).

Cependant, il ne faut pas se leurrer et bien voir que ces thèmes sont à la fois des vecteurs et des verrous à faire sauter. Si ces digues tombent, tout tombe, peut-on même dire. Pourquoi ? Tout simplement, parce qu’il y a la conjonction :

– d’une science sans conscience qui applique simplement ce qu’elle peut techniquement appliquer ;

– d’un vaste panel d’entreprises lancées sur un tel marché ;

– d’un individualisme forcené faisant des « droits » individuels l’essence de la vie.

Le raisonnement est le suivant : s’il est possible de payer pour avoir une nouvelle dimension de la vie d’un individu, alors cela est juste, du moment qu’il n’y a pas de préjudice pour autrui. C’est la négation complète de l’universel au profit du particulier.

C’est la négation de l’être humain comme figure universelle, au profit d’un ultra-individualisme forcené. C’est le culte du choix individuel, qui ferait l’identité même de la personne. C’est une tendance de fond présente à tous les niveaux de la société : tout serait relatif, on n’aurait pas le droit de rien critiquer ni dénoncer.

L’ ouverture d’esprit a été dévoyé en libéralisme forcené et en réponse purement individuelle. La « tolérance » est le masque d’un turbo-capitalisme faisant du corps un champ de bataille pour le marché. La fuite dans les mutilations corporelles afin de « changer de sexe » – une pure aberration biologiquement parlant – est un excellent exemple de cette fuite identitaire faisant de la consommation de son propre corps un moyen « d’avancer dans la vie ».

Force est de constater que, comme pour le cannabis, les digues sont d’ailleurs déjà tombées culturellement. L’Église catholique a malheureusement pris jusque-là la tête de la critique de cette évolution au moyen du mysticisme religieux et des valeurs réactionnaires, comme avec « la manif pour tous ».

Las ! La base catholique ne suit pas du tout, car elle est elle-même pourrie par le libéralisme, l’idéologie du chacun-fait-ce qu’il-veut-cela-le-regarde. Une large majorité des gens est favorable à ce qu’une femme seule puisse « faire un bébé toute seule », même si cela n’est pas vrai au sens strict. L’utilisation scientifique « efface » la dimension naturelle, au profit d’un « droit »… Et qui n’est pas pour que l’on ait plus de droits ?

D’ailleurs, le « droit » à la PMA est malheureusement un thème très porteur comme revendication « progressiste » – les gens se disant très à gauche ne voyant pas à mal qu’ils disent exactement la même chose que ceux de La République En Marche !

En ce qui concerne la gestation par autrui – les mères porteuses – il se dessine toujours plus une majorité en sa faveur. C’est logique : toutes les digues tombent ensemble, ou aucune. Un libéralisme en appelle un autre. Si l’individu est roi, alors le raisonnement se généralise à tous les domaines.

Même le suicide assisté va s’imposer inévitablement comme thème ! C’est là un découplage total de l’individu et de la société, de l’individu et de la Nature !

Quant au stockage des données, il est essentiel également, car il est un pas nécessaire vers la généralisation systématique des modifications du corps humain, dans le sens d’une « amélioration » ou d’un dépassement. C’est là l’idéologie du transhumanisme, mais ce dernier n’est rien d’autre que l’idéologie de l’individu-roi qui prétend être en mesure de « s’améliorer ».

On est passé du fait de vouloir une vie plus facile, plus épanouie, à une révolte contre la vie elle-même. L’individu prétend dépasser la vie, être sorti entièrement de la Nature.

En raison de l’offensive catholique ouvertement réactionnaire, il va être difficile de faire entendre une autre voix dans les débats bioéthiques. Mais le catholicisme ne fait pas le poids et va toujours plus se discréditer ; il ne restera au final que deux camps.

Celui qui veut que l’individu se dépasse, que l’humanité se considère comme un empire indépendant – et celui qui considère que l’humanité n’est qu’une composante de la Terre comme système, comme Nature en évolution.

La turbah de l’Islam chiite

Tout comme le nouvel an lié au soleil – le Norouz – qui s’est maintenu malgré ou à travers l’Islam en Iran (le nevroz), le « turbah » révèle beaucoup de choses de la tradition du rapport à la Nature en Perse historiquement.

On connaît en effet le principe du tapis de prière des hommes dans l’Islam. Sauf qu’en fait, ce n’est vrai que chez les musulmans sunnites. Chez les chiites, dont la base est persane, on doit pour les hommes prier à même la terre, ou bien sur de la pierre, sur du sable ou de l’herbe.

On reconnaît aisément la nature de ces éléments, sorte de base primordiale de la matière, de parties les plus élémentaires… En particulier dans des zones du monde où le désert, l’aridité a une telle importance.

Le Coran explique lui-même également que Dieu aurait procédé à la création de l’être humain au moyen d’argile (« Nous avons certes créé l’homme d’un extrait d’argile »).

L’Islam chiite, en plus de ces éléments « primitifs », autorise le papier, car il provient d’un arbre. Mais on n’a pas le droit de se prosterner sur un tapis ou sur des vêtements, ni même sur des végétaux pouvant servir à fabriquer des vêtements.

Ce qui est visé, c’est la pureté du contact avec ces éléments « primordiaux ». Le rapport le plus direct à la Nature est ici évident et la religion a tenté de briser en partie ce rapport au moyen de la turbah, le mot voulant directement dire terre ou boue par ailleurs.

Il s’agit d’un petit objet, le plus souvent en forme de disque, fait de terre, sur laquelle les hommes posent leur front au moment de prosterner. Cependant, il y a des limites dans la récupération. Ainsi, la turbah ne doit pas être faite de terre cuite, c’est-à-dire qu’elle doit conserver sa dimension à proprement parler naturelle.

A cela s’ajoute que les éléments sur la turbah – un nom en arabe, la représentation d’un mausolée, les noms des douze imams à la suite de Mahomet – ont tellement de relief, que la forme vient s’imprimer littéralement sur le front. L’importance de ce phénomène est essentiel pour comprendre comment le rapport à la Nature a été dévoyé en religion.

Rappelons en effet que chez les musulmans chiites, les douze imams à la suite de Mahomet, tous morts en martyr sauf le dernier qui s’est « voilé » et revient à la fin des temps – servent d’intercesseurs entre le monde de l’au-delà et le monde matériel. La Nature se voit ici « chiper » la première place par ces entités magiques.

S’incruster ce qui est inscrit permet d’avoir un rapport direct avec les intercesseurs… Pour bien souligner cela, il faut que la terre dez la turbah soit celle autour d’un mausolée d’une figure sainte, idéalement celle de Hussein, le fils d’Ali, mort lors de la bataille de Kerbala, grand symbole de la martyrologie chiite.

La turbah devient alors pratiquement une amulette aux propriétés protectrices ou thérapeutiques, au point de connaître deux nouvelles formes : celle en tant que chapelets, celle directement absorbée diluée dans l’eau (à quoi s’ajoute même l’onction des mains et du front d’une personne décédée).

L’Islam chiite affirme conserver dans sa mémoire religieuse, dans cette perspective pratiquement panthéiste en version religieuse, la phrase suivante qu’aurait prononcé Mahomet :

“La terre m’a été donnée en tant que lieu de prosternation et de purificateur.”

Tout cela semblera naturellement à la fois pétri de superstition et de lien fantasmé avec la Nature. Cependant, il serait absurde de ne pas voir une quête évidente de dignité dans le rapport au monde.

On ne trouve pas historiquement en Perse de réel pas vers les animaux, mais la végétation est puissamment reconnue comme ayant une valeur en soi ; les éléments naturels comme la terre elle-même se voient accordés une valeur aussi. Sans doute faudrait-il, pour avoir la réponse, demander aux gens tenant le restaurant végétalien de Téhéran, qui s’appelle… Zamin, c’est-à-dire la terre.

Réfléchir à la question de la mort

Établir un rapport positif avec les animaux amène un grand risque : celui de la fragilité par rapport à la mort. C’est l’une des raisons pour lesquelles certaines personnes n’adoptent pas ou refusent de s’attacher (tout au moins l’imaginent-elles).

Avoir un être proche qui disparaît est toujours une grande souffrance et les animaux avec qui on peut avoir un lien – chien, chat, ou encore cochon d’Inde, rat, – ont un cycle de vie bien plus court que le nôtre.

Cette différence de cycle pose un énorme souci. D’autant plus que l’établissement de certains animaux comme « animaux de compagnie » est lié à ce cycle. Ainsi, les cochons d’Inde sont censés aller avec les enfants, parce qu’ils ne vivent que quelques années, le temps que l’enfance passe.

On connaît donc le terrible dédain qui les marque si l’enfant, s’imaginant avoir « grandi », considère qu’il est de son devoir de ne plus s’y attacher, de ne plus y porter attention, voyant cela comme « indigne » du nouvel être qu’il serait.

Il en va pareillement, en fait, des chiens également : l’adolescent considère qu’il est le centre de sa propre attention et délaisse un compagnon toujours fidèle, lui.

Le rapport à la mort est si difficile que, bien entendu, la personne qui sait que l’animal va mourir et qui n’a pas assez de maturité, va chercher à s’en éloigner. D’autres, plus sages, s’en rapprochent. L’effet inverse est alors de ne jamais s’en remettre, alors que la vie continue, mais cela est vrai aussi pour des rapports entre humains.

Cette question de la mort est si importante dans le rapport à la mort qu’elle peut virer à l’obsession, dans un sens morbide. On connaît la tendance qu’ont de nombreuses personnes véganes à privilégier la couleur noir, une tendance au sinistre ou au cynique, avec comme ignoble expression parfois les défilés avec des animaux morts dans les mains.

Cela n’a rien à voir avec le véganisme comme amour des animaux, car l’amour signifie également et surtout le bonheur, la joie, la vie. C’est à croire d’ailleurs que certains prennent les animaux en otage pour exprimer leur peur de la mort, de la fragilité de la vie. La situation des animaux dans les abattoirs fait alors de pendant à la souffrance du Christ sur sa croix.

Le caractère stérile d’une telle dénonciation de la vérité ne va pas sans dire. On est là dans une forme en décalage total avec la réalité animale.

Précisons cependant que le rejet du concept de « Nature » relève de la même démarche, généralisée cette fois à l’ensemble de la vie sur Terre.

On notera aussi, pour être exhaustif, que le romantisme nazi, notamment lié à black metal, fait inversement un fétiche de la mort au sein de la Nature, au moyen d’un néo-darwinisme cynique et malsain, refusant de voir l’ensemble de la vie, au profit d’une lecture individualiste et guerrière de l’existence.

Tout cela est très problématique et on sait comment l’hindouisme a résolu le problème, en le contournant, au moyen de la réincarnation.

Non seulement chaque être se réincarne, mais qui plus est l’univers connaît une série de cycles se répétant. Pourquoi alors s’inquiéter de la mort dans la vie, si la vie n’est qu’un épisode constitué d’une multitude d’épisodes ?

Il va de soi qu’aimer les animaux signifie ne pas pouvoir se satisfaire d’une telle évocation des sentiments dans un au-delà mystique. Aimer les animaux signifie donc, bien souvent, les voir mourir.

Ainsi, quand on adopte un animal, on sait qu’on le voir mourir. Si on en adopte beaucoup, alors on sait qu’on en verra beaucoup mourir. On n’aurait tort de sous-estimer l’impact dévastateur que cela peut avoir.

Cela travaille forcément et si c’est vrai pour un médecin, pourquoi ne le serait-il pas pour un vétérinaire, une personne dans un refuge, une personne adoptant régulièrement des animaux ?

Le rapport à la mort, comme on le sait avec les médecins ou les croque-morts, induit souvent un humour noir, un certain cynisme, des attitudes pouvant choquer. On se doute que c’est une soupape de sécurité ; cela n’en heurte pas moins.

De manière bien plus compréhensible, pour s’attarder sur le principe de la réaction face à la mort, il y a la culture vegan straight edge du type hardline qui se focaliser sur la rétribution, sur la justice comme forme de violence que doivent connaître ceux qui maltraitent les animaux.

A la mort répond la mort, comme justice totale, avec une dimension universelle, d’où souvent l’inspiration dans l’imagerie religieuse apocalyptique, notamment médiévale, romantique noir, etc.

Il y a inévitablement davantage de dignité dans une telle attitude, car au-delà de la justice elle-même, il y a l’expression d’un manque. Il ne s’agit pas que de dénoncer le martyr des animaux, encore faut-il souligner l’importance de leur manque et cela doit provoquer la rage.

Les gens qui s’habillent en noir et portent un animal mort lors d’un petit défilé ne parlent que d’eux-mêmes, de leur propre angoisse, de leur propre peur. S’ils voulaient défendre vraiment la dignité de l’animal, ils lui accorderaient un enterrement digne et raisonneraient ensuite sur comment la justice doit s’exercer.

Telle est d’ailleurs la réponse. La mort est naturelle, mais il faut l’accepter. Par contre, arracher la vie à elle-même avant son terme, supprimer une vie en développement, c’est attaquer la vie elle-même.

Se positionner pour les animaux signifie donc se positionner la vie, la vie en général, et dire que la justice doit être conforme avec cette défense universelle de la vie.

Les compilations pour PETA “Animal Liberation” (1987)

 

Wax Trax! Records est un label de Chicago qui a joué un grand rôle dans la genèse de la musique electro-industrielle.

Fondé en 1980, il s’est lancé grâce à Ministry et par la suite on peut retrouver dessus des productions de Minimal Compact, Front 242, KMFDM, etc.

Cette scène electro-indus – parmi les grands noms il faut citer également Front Line Assembly, SPK, Die Krupps, Cabaret Voltaire et Skinny Puppy – a toujours eu une orientation extrêmement critique sur la société et ses aliénations.

On ne sera donc pas étonné qu’un esprit d’engagement affleure, notamment sur des questions directement liées à une remise en cause du mode de vie dominant.

Wax Trax a ainsi, en avril 1987, sorti un album en soutien à l’association PETA qui, rappelons le, est à l’époque une sorte de mouvement légal parallèle à l’ALF et refusant formellement de s’en dissocier.

Et encore, quand on dit refus de s’en dissocier, la photo que l’on voit sur le vinyl de la compilation veut dire bien autre chose…

Parmi les figures les plus connues, on retrouve dessus les deux chanteuses de New Wave Nina Hagen et Lene Lovich, Chris & Cosey auparavant membres du groupe anglais de musique industrielle Throbbing Gristle, Captain Sensible du groupe punk anglais The Damned, ainsi que le belge Luc Van Acker, qui participa au projet Revolting Cocks avec Richard 23 de Front 242 et Al Jourgensen de Ministry. Ce dernier réalisa les extraits de nouvelles et les citations sur l’album.

On retrouve également Shriekback, un groupe de postpunk avec un membre de XTC et un autre des Gang of four ; la version anglaise de l’album connaît une version live de Meat is murder des Smiths, placée tout à la fin.

Al Jourgensen – “International Introduction” (1:36)
Nina Hagen / Lene Lovich – “Don’t Kill The Animals” (Rescue Version) (6:36)
Al Jourgensen – “Civil Disobedience Is Civil Defence” (0:58)
Attrition – “Monkey In A Bin” (2:26)
Chris & Cosey – “Silent Cry” (3:27)
Al Jourgensen – “Lab Dialogue” (0:24)
Lene Lovich – “Supernature” (5:40)
Al Jourgensen – “Life Community” (0:49)
Colour Field – “Cruel Circus” (3:58)
Luc Van Acker – “Hunter” (3:31)
Shriekback – “Hanging Fire” (3:00)
Captain Sensible – “Wot? No Meat!” (3:11)
Al Jourgensen – “Meat Farmer” (0:28)
Howard Jones – “Assault And Battery” (4:50)

Voici ce qu’on pouvait trouver comme affiche dans la pochette du vinyl.

A noter que la première chanson dispose d’une vidéo.

Un an après la sortie de l’album, un Animal Righs Festival fut organisé par PETA, à Wahsington. Gratuit, on y retrouvait notamment les B-52’s, ainsi que Nina Hagen et Lene Lovich, Exene Cervenka et Tony Gilkyson du groupe punk californien « X ».

En 1991 fut produite une autre compilation sur le label Rhino, Tame Yourself, qui connut également un maxi spécial avec des « Housebroken Dance Mixes ».

Voici la liste des chansons, si jamais quelqu’un retrouve quelque part la compilation. On remarquera avec attention la très grande majorité de femmes chantant sur cet album.

“Don’t Be Part of It” – Howard Jones
“Tame Yourself” – Raw Youth
“I’ll Give You My Skin” – Indigo Girls and Michael Stipe
“Damned Old Dog” – k.d. lang
“Quiche Lorraine” (Live) – The B-52’s
“Slaves” – Fetchin’ Bones
“Born for a Purpose” – The Pretenders
“Don’t Kill The Animals” (’91 Mix) – Nina Hagen and Lene Lovich
“Fur” – Jane Wiedlin
“Asleep Too Long” – The Goosebumps
“Rage” – Erasure and Lene Lovich
“Bless the Beasts and the Children” – Belinda Carlisle
“Across the Way” – Aleka’s Attic
“Do What I Have to Do” – Exene Cervenka

Herbert Marcuse et l’écologie

Totalement inconnu en France, Herbert Marcuse est un philosophe allemand réfugié aux Etats-Unis qui a eu une influence très importante sur le Mai 1968 en Allemagne de l’Ouest. C’est un “freudo-marxiste” qui rejette le monde industriel, source pour lui d’aliénation totale.

C’est en quelque sorte un ancêtre du primitivisme. Voici une interview de lui à l’occasion d’un dossier du Nouvel observateur en 1972, intitulé “Ecologie et révolution” (Cliquer l’image pour agrandir).

La personne qui prend la parole juste après lui est le social-démocrate néelandais Sicco Mansholt, un des fondateurs de la Communauté Européenne et l’un des principaux artisans de la Politique Agricole Commune (PAC), avant de prôner en même temps une forme de “décroissance”.

Le marché et la criminalité de la drogue en France en 2017

Voici la présentation du marché et de la criminalité de la drogue en France l’année passée, 2017, par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies. Un dossier plus approfondi est téléchargeable ici.

L’herbe de cannabis est la seule substance illicite dont on observe la production en France. Alors que la culture d’herbe était majoritairement le fait de petits cultivateurs autosuffisants, la situation a commencé à changer, à partir de 2011, avec l’apparition de cannabis factories tenues par le crime organisé et l’investissement de particuliers dans la culture commerciale.

La France, compte tenu de sa position géographique au cœur de l’Europe occidentale, est une zone de transit pour les principales substances illicites (cannabis, cocaïne, héroïne, drogues de synthèse) produites dans le monde.

Elle l’est aussi par ses départements d’outre-mer situés sur le continent américain (Guadeloupe, Martinique et Guyane) à proximité des grandes zones de production et de transit de la cocaïne (Colombie, Venezuela).

La résine de cannabis consommée en France provient du Maroc, le plus souvent via l’Espagne tandis que l’herbe de cannabis provient principalement d’Espagne, des Pays-Bas et de Belgique. De nouvelles routes de trafic émergent, par l’intermédiaire de la Libye pour la résine de cannabis et de l’Albanie pour l’herbe de cannabis.

La cocaïne consommée en France provient essentiellement de Colombie. Elle transite essentiellement au sud par l’Espagne et au nord par les Pays-Bas (Rotterdam) et la Belgique (Anvers).

Depuis quelques années la cocaïne, transitant par le Vénézuela, puis les Antillles françaises, pénètre sur le continent européen par le port du Havre. Depuis deux ans, le trafic de « mules » empruntant la voie aérienne entre la Guyane et la métropole est aussi en forte augmentation.

L’héroïne consommée en France provient majoritairement d’Afghanistan (héroïne brune) et transite via la route des Balkans (Turquie, Grèce, Albanie). Les Pays-Bas, devant la Belgique, sont la plate-forme principale où les trafiquants français s’approvisionnent.

Les drogues de synthèse (MDMA/ecstasy, amphétamines) consommées en France proviennent également principalement des Pays-Bas.

En 2016, le nombre total de personnes mises en cause pour usage de stupéfiants en France est d’environ 160 000.

En dehors de ces infractions pour usage (83 % de l’ensemble), les services de la police et de la gendarmerie ont mis en cause 16 487 personnes pour usage-revente et 13 515 pour trafic-revente sans usage de stupéfiants. En 2010, 90 % des interpellations concernaient l’usage simple de cannabis, 5 % celui d’héroïne et 3 % celui de cocaïne.

Le plan gouvernemental de lutte contre les drogues et les conduites addictives 2013-2017 (MILDT 2013), et sa déclinaison dans le Plan d’actions 2016-2017 (MILDECA 2016), comprend un axe relatif à l’intensification de la lutte contre le trafic, avec les objectifs principaux suivants : Agir en amont des trafics : notamment en renforçant la coopération internationale et les capacités de contrôle, et en mutualisant les renseignements ; en renforçant la lutte contre le blanchiment des capitaux illicites et l’approche patrimoniale des enquêtes judiciaires ; en intensifiant la lutte contre la cannabiculture ; en accroissant la surveillance de l’utilisation du vecteur Internet et la lutte contre l’offre de produits illicites en ligne; en coupant les routes du trafic international de cannabis et de cocaïne en Méditerranée et dans la mer des Antilles.

L’usage des drogues en France en 2017

Voici la présentation de l’usages de substances illicites en populations générale et spécifiques en France pour l’année passée 2017 par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies. Un dossier plus approfondi est téléchargeable ici.

Usage des principales drogues illicites et polyconsommation

Selon les dernières données disponibles datant de 2016, le cannabis reste de très loin la substance illicite la plus consommée, aussi bien chez les adolescents qu’en population adulte, avec 17 millions de personnes à l’avoir déjà essayé (42 % des individus âgés de 18 à 64 ans). En 2014 (dernières données disponibles), la proportion d’usagers récents (dans le mois) atteint globalement 6,3 % et l’usage régulier (au moins 10 fois par mois) 3,1 %.

Parmi les usagers dans l’année de 18 à 64 ans, selon l’enquête Baromètre santé 2014 de Santé publique France, la proportion de ceux qui présentent un risque élevé d’usage problématique de cannabis (au sens du Cannabis Abuse Screening Test, CAST) est de 21 %, soit 2,2 % de la population française âgée de 18 à 64 ans.

C’est d’ailleurs le produit le plus souvent mentionné comme posant problème parmi les personnes reçues dans les centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA). Concernant les cannabinoïdes de synthèse, 1,7 % des 18-64 ans déclarent en avoir déjà consommé, un niveau d’usage similaire à celui de l’héroïne ou des amphétamines.

Le cannabis apparaît comme le produit illicite le plus consommé entre 11 et 16 ans et surtout parmi les garçons. En termes d’expérimentation, l’usage du cannabis est très rare à 11 ans, il concerne 5,6 % des 13 ans et 28,3 % des 15 ans (données de l’enquête HBSC 2014), des proportions stables par rapport à 2010.

D’après les données de la dernière enquête ESPAD, en 2015, 32 % des élèves âgés de 16 ans ont expérimenté le cannabis au moins une fois au cours de leur vie (29 % des filles et 24 % des garçons), un niveau en baisse par rapport à la précédente enquête ESPAD de 2011 (39 %).

Les usages de cannabis ont augmenté entre 2010 et 2014 et se sont depuis maintenus à un niveau élevé, quelle que soit la tranche d’âge et la fréquence d’usage : cette hausse s’inscrit dans un contexte de net accroissement de l’offre de cannabis en France et notamment de développement de la pratique de l’autoculture et de la production locale d’herbe, tandis que le marché de la résine reste pour sa part très dynamique (voir workbook Marché et criminalité).

La consommation de cocaïne, deuxième produit illicite le plus consommé, se situe bien en deçà et concerne environ dix fois moins de personnes, que ce soit en termes d’expérimentation ou d’usage dans l’année.

Toutefois, la part des 18-64 ans ayant expérimenté la cocaïne a été multipliée par quatre en deux décennies (de 1,2 % en 1995 à 5,6 % en 2014), tout comme la proportion d’usagers dans l’année entre 2000 (0,3 %) et 2014 (1,1 %), marquant la diffusion plus large d’un produit autrefois cantonné à des catégories aisées et touchant depuis quelques années l’ensemble des strates de la société. Les niveaux d’expérimentation pour les substances synthétiques telles que la MDMA/ecstasy et les amphétamines sont respectivement de 4,3 % et de 2,3 %.

La proportion d’usagers actuels de MDMA/ecstasy a augmenté de manière significative entre 2010 et 2014 (de 0,3 % à 0,9 %) et atteint ainsi son niveau maximal depuis une décennie. Chez les 18-25 ans l’usage de ce produit devance celui de la cocaïne.

Enfin, la prévalence de l’expérimentation de l’héroïne est de 1,5 % pour l’ensemble des 18-64 ans et l’usage actuel apparaît très rare (0,2 % des personnes interrogées).

La dernière enquête ENa-CAARUD menée fin 2015 dans les Centres d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques chez les usagers de drogues (CAARUDs) a permis de valider les observations qualitatives du dispositif TREND concernant l’évolution des consommations de cette population d’usagers problématiques, en l’occurrence un report des consommations des usagers les plus précaires vers les produits les moins chers, les médicaments et le crack lorsqu’il est disponible (Cadet-Taïrou et al. 2014; Lermenier-Jeannet et al. 2017).

Dans l’ensemble, la structure des consommations au cours des 30 derniers jours avant l’enquête n’a pas connu de modification importante. Néanmoins, certaines évolutions sont observables depuis 2008. Concernant les opiacés, conformément aux observations qualitatives, l’usage de buprénorphine haut dosage (BHD) diminue de façon régulière (depuis 2010) (40 % vs 35 %), au profit de la méthadone (24 % en 2008 vs 34 % en 2015), davantage prescrite, et du sulfate de morphine, le plus souvent détourné (15 % en 2010, 19 % en 2015).

Les consommations de substances codéinées s’élèvent très progressivement depuis 2010, date où elles ont été mesurées pour la première fois (5 % vs 10 %), alors que le niveau d’usage des autres médicaments opioïdes (fentanyl par exemple), interrogé pour la première fois s’élève à 8 %.

Concernant les stimulants, la part des usagers des CAARUD ayant consommé de la cocaïne basée (crack ou free base) poursuit sa progression continue (22 % en 2008, 32 % en 2015). Seuls 5 % des usagers ont consommé du méthylphénidate détourné, mais cette situation est très concentrée géographiquement. On n’observe pas d’évolution concernant les hallucinogènes consommés seulement par un sous-groupe de cette population (15 %).

Par contre, l’usage des benzodiazépines connaît une hausse brutale entre 2012 et 2015 (30,5 % vs 40 %).

Usage de drogues illicites, d’alcool, de tabac et de médicaments

Dans le Baromètre santé de Santé publique France (population adulte) comme dans l’enquête ESCAPAD de l’OFDT (jeunes de 17 ans), la polyconsommation est abordée par le biais de la consommation régulière (au moins 10 usages dans le mois, et tabac quotidien) d’au moins deux des trois produits parmi l’alcool, le tabac et le cannabis, sans qu’il soit possible d’établir s’il s’agit d’usages concomitants.

En 2014, une telle pratique demeure peu courante puisqu’elle ne concerne que 9,0 % de la population adulte. Elle atteint son niveau maximal parmi les 18-25 ans, qui sont une des tranches d’âges les plus consommatrices de tabac et de cannabis (13,2 %). La polyconsommation régulière des trois produits est rare, puisqu’elle concerne 1,8 % des hommes et 0,3 % des femmes âgés de 18-64 ans.

En 2014, la polyconsommation régulière d’alcool, de tabac ou de cannabis concerne 12,8 % des adolescents de 17 ans. Le cumul des usages réguliers de tabac et de cannabis est le plus répandu (5,0 %), devançant de peu celui des usages réguliers de tabac et d’alcool (4,5 %). Le cumul des usages réguliers des trois produits concerne pour sa part 3,0 % des jeunes de 17 ans.

Entre 2011 et 2014, la polyconsommation régulière a progressé de 3 points. Cette concentration des usages réguliers s’est nettement accentuée chez les jeunes filles, dont la polyconsommation a quasiment augmenté de moitié par rapport à 2011, en passant de 5,8 % à 8,4 %.

Concernant le public reçu dans les consultations jeunes consommateurs (CJC), les consultants venus au titre du cannabis sont aussi consommateurs de tabac (87 % de fumeurs quotidiens) et sujets à une alcoolisation fréquente, voire massive. Ainsi, un consultant sur cinq déclare souvent consommer de l’alcool en vue de parvenir à l’ivresse, surtout parmi les jeunes majeurs (19 % des mineurs, 26 % des 18-25 ans, 16 % des plus de 25 ans).

Environ 10 % de ces « consultants cannabis » sont des buveurs réguliers et près d’un quart (22 %) déclare au moins trois alcoolisations ponctuelles importantes (API) dans le dernier mois.

Les consommations d’alcool apparaissent également majoritaires : si 69 % des usagers des CAARUD rapportent avoir consommé de l’alcool au cours du dernier mois, 33 %, soit près de la moitié des usagers récents d’alcool, déclarent avoir consommé l’équivalent d’au moins 6 verres en une seule occasion, tous les jours ou presque au cours de la dernière année (Lermenier-Jeannet et al. 2017).

Prévision de la croissance de l’exploitation animale en 2018

L’exploitation animale connaît une croissance immense ; d’ici 2026, rien que la production de “viande” à l’échelle mondiale devrait augmenter de 13%. Bien entendu, l’écrasante majorité de cette croissance repose sur les pays du tiers-monde, qui adoptent le mode de consommation des pays riches.

Voici un petit aperçu pour 2018, avec des données fournies par la Rabobank, une très puissante institution financière internationale de bancassurance d’origine néerlandaise.

Commençons par regarder et mettre de côté la question du végétalisme. Il est vrai, et heureusement, qu’il existe une croissance puissante de la consommation végétalienne. Voici les tableaux montrant cette croissance.

Mais les chiffres sont en milliers de tonnes… Ce n’est strictement rien aux non pas millions, mais milliards de tonnes de l’exploitation animale… Des tonnes qui masquant un nombre gigantesque d’êtres vivants!

L’une des formes d’exploitation qui connaît ici la plus forte croissance est l’aquaculture. Celle-ci devrait connaître l’année prochaine une croissance d’entre 3 et 4%, notamment en raison de la généralisation de cette forme dans le monde, son extension à l’Afrique, l’Amérique latine, le Sud-Est asiatique.

La pêche ne connaît quant à elle pas de changement concernant son niveau.

Certains secteurs de production connaissent eux-mêmes une croissance significative. Ainsi, aux Etats-Unis, la consommation de produits d’origine bovine augmente, tout comme massivement leur exportation.

Au Brésil, la production continue sa croissance dans les secteurs des cochons et des poulets… On parle là encore une fois de millions de tonnes.

Il en va de même des boeufs au Brésil, ainsi qu’en Argentine où la croissance reprend sa marche après une chute en 2010.

Il ne faudrait pas croire que l’Union Européenne ne participe pas à cette tendance. Voici les chiffres pour les exportations tout d’abord, et ensuite la consommation des poulets, en pleine expansion.

En ce qui concerne les cochons et les boeufs, cela reste stable sur le plan de la consommation locale (parallèle à la croissance des exportations).

En Chine, la production concernant les cochons augmente après un pic suivi d’un recul, mais les importations continuent massivement.

Il en va de même pou les importations de boeufs, alors que pour les poulets, il y a une vaste modernisation en cours. Les marchés locaux ont été fermés pour des raisons d’hygiène, ce qui est un pas essentiel vers le passage à une consommation de type industrielle (avec abattoirs modernes, produits réfrigérés, une chaîne de distribution systématisée, etc.).

Les poulets sont, malgré le ralentissement chinois, les victimes de la croissance de la production des autres pays du sud-est asiatique.

Ce qu’on voit ici est très clair et signifie qu’il faut avoir en tant que personnes véganes un point de vue mondial concernant les animaux, et certainement pas uniquement national. Célébrer une avancée ici en France, en admettant qu’elle soit réelle, est totalement hypocrite par rapport à la croissance mondiale de l’exploitation animale…

C’est même une trahison de la Cause.

269Life contre l’ALF

Un spectre hante le mouvement pour les animaux : celui de l’ALF. Toute les associations institutionnelles se sont unies en une Sainte-Alliance pour traquer ce spectre : mieux, pour en nier l’existence.

De notre côté, nous n’avons pas d’avis sur les gens faisant des actions de l’ALF. Par contre, nous avons un point de vue sur les animaux sauvés… Ou encore sur les actions elles-mêmes. Et ce point de vue est révolutionnaire.

Aussi, nous avons toujours eu comme principe de systématiquement publier les communiqués d’actions de l’ALF en France. Il en a toujours été ainsi et il en sera toujours ainsi. C’est un principe pour ainsi dire sacré : quoi qu’on en pense, toute dissociation est intolérable, inacceptable, une capitulation.

Aussi est-il très intéressant de regarder ce que vient d’expliquer Tiphaine Lagarde de « 269Life Libération Animale » au sujet de l’ALF, à l’occasion d’une très longue interview à une revue en ligne issue de Nuit debout (première partie, seconde partie).

Non pas que cette association nous semble intéressante, bien au contraire. Seulement, si L214 peut faire comme si l’ALF n’existait pas (car ses fondateurs ont historiquement toujours été catégoriquement contre), quand on se prétend radical comme 269, on ne peut pas agir ainsi et il fallait bien prendre position, à un moment ou un autre.

Et donc, Tiphaine Lagarde, au milieu de multiples références universitaires, s’est décidée à dire les choses, on va dire clairement… Enfin.

Car 269Life Libération Animale compte s’installer dans le paysage, comme une version « radicalisée » de L214. C’est une sorte de division du travail pour casser la vraie radicalité. A L214 les appels réformistes, à 269Life Libération Animale le cinéma de la « désobéissance civile ».

Et pour que cela se passe, il faut se soumettre. La soumission au système, même si on joue les rebelles, est obligatoire pour l’obtention d’une reconnaissance médiatique et dans l’idéologie dominante.

LTD parle de l’ALF ? LTD est boycotté et nié par les gens croyant au système. C’est la règle et nous assumons. Parce que nous savons qu’il faut changer le monde, non pas se « défendre », mais bien passer à l’offensive pour renverser ceux qui détruisent la planète, exploitent et assassinent les animaux.

Tiphaine Lagarde a quant à elle décidé d’expliquer que l’État est du côté des capitalistes, mais qu’en même temps il ne fallait pas de violence, même si la non-violence est quelque chose de mauvais. Cela n’a aucun sens, à part celui de chercher une place au soleil dans le système en se la jouant radical, sans jamais l’être réellement.

Voici ses propos : après, tout, ils parlent d’eux-mêmes.

« Au-delà de la définition commune que l’on donne au terme « violence », il s’agit de savoir qui, dans notre société, possède le pouvoir de définir ce qui est violent et ce qui ne l’est pas, qui maîtrise cette faculté de répartition de nos actes en deux catégories.

Bien sûr, la violence, définie de façon adéquate, est un mal. Dans l’idéal, elle devrait n’avoir aucune part dans la façon dont les individus interagissent.

Notre propos n’est pas de faire l’apologie de la violence mais de savoir si, de manière pragmatique, des stratégies présentées comme « violentes » peuvent conduire à davantage d’efficacité.

Un premier constat s’impose : si nous légitimons majoritairement son usage au sein de luttes humaines (de préférence « lointaines », géographiquement parlant, exotisation de la violence oblige), nous la condamnons systématiquement lorsqu’elle s’exerce au profit des individus non-humains.

Il suffit de voir comment sont décriés (et au sein même du milieu animaliste) les modes d’action du mouvement ALF…

Dès lors : la non-violence est-elle en soi une posture de privilégiés humains (ne subissant pas l’oppression spéciste) ? la non-violence est-elle spéciste ?

Il y aurait beaucoup à dire sur ce culte du pacifisme que l’intégralité du mouvement antispéciste prône comme un dogme stratégique et moral.

Cette analyse de la non-violence comme une pratique de « privilégiés » a été menée par le philosophe Peter Gelderloos dans deux ouvrages importants : Comment la non-violence protège l’État et L’Échec de la non-violence, paru en 2013.

En prenant l’exemple du mouvement pour les droits civiques aux États-Unis, il démontre comment la non-violence peut être analysée comme un mode d’action raciste prôné par la « race » blanche privilégiée.

(…)

Quand Malcolm X disait des Afro-Américains qu’ils devaient se battre pour la liberté « par tous les moyens nécessaires », il ne défendait pas la violence agressive ni les attaques offensives, mais soulignait plutôt le droit à la légitime défense dans des conditions où la police, le FBI et l’État sont des ennemis ayant l’intention de tuer.

Comme les humains, les animaux ont un droit à la légitime défense, mais ne peuvent, mis à part quelques rares exceptions, se défendre par eux-mêmes.

Les humains qui agissent au nom des animaux ont le devoir de les protéger par tous les moyens nécessaires des blessures qui peuvent leur être infligées.

Comprises dans leur contexte, ces mesures ne sont pas violentes : elles sont une contre-violence et relèvent de ce que Steven Best appelle une « légitime défense par extension »… C’est donc probablement pour des raisons pragmatiques, et non morales, qu’aucun activiste n’a encore sérieusement blessé ou tué un exploiteur d’animaux !

Ce type d’action serait certainement une catastrophe au niveau médiatique et entraînerait une répression telle qu’elle immobiliserait vraisemblablement les activistes…

Même si le mouvement ALF a obtenu des succès qu’on ne peut nier, il a été catastrophique sur un plan politique en ne parvenant pas à imposer l’antispécisme comme un débat de justice sociale. »

Malcolm X n’aurait été que pour la violence défensive? Quelle absurdité.

Nous invitons ici nos lecteurs et lectrices à réécouter la chanson “Destroy babylon” du groupe éponyme, qui a un texte exprimant parfaitement la nécessité de notre époque. Elle commence justement par un extrait de discours de Malcolm X  (“Vous n’avez pas de révolution qui n’implique pas l’effusion de sang. Et vous avez peur de saigner.”).

Mais surtout, quelle aberration que ces propos sur l’ALF! Heureusement que l’ALF a justement, dans sa définition même, paré à ce genre d’attaques lamentables. En effet, pour l’ALF, ce sont les animaux qui comptent.

L’ALF n’a jamais été un débat de justice sociale, ni même un débat.

L’ALF a voulu justement échapper aux abstractions intellectuelles et aux discours faisant des animaux des objets, et non pas des sujets d’une pratique concrète.

L’ALF, cela signifie : les animaux, maintenant !

Telle est la signification authentique et unique de l’ALF.

On peut considérer que ce n’est pas suffisant, que c’est en décalage avec la nécessité de révolution ou que c’est du réformisme militant, qu’il y a d’autres priorités, etc. Mais la question n’est pas là,  l’ALF ne se place pas sur ce terrain. L’ALF dit historiquement : tel animal est en danger, j’interviens, et tant qu’il y en a, j’interviens.

C’est là se placer sur le terrain d’une réalité indiscutable. Non pas simplement d’une réalité morale, mais bien d’une réalité physique.

Est-ce que cela signifie que l’ALF est une fin en soi, ou bien l’unique vecteur de la lutte ? Pas du tout, l’ALF est un front, se voulant un dénominateur commun inévitable, une sorte de minimum syndical. Ni plus, ni moins.

Tiphaine Lagarde le sait inévitablement, mais elle a besoin de dénoncer l’ALF. Parce qu’elle sait que l’ALF, cela signifie non pas la “désobéissance civile” et des interviews dans la presse où l’on tient des discours radicaux, mais inévitablement la révolution, l’affrontement, la violence. C’est d’une logique implacable.

Et comme on ne peut pas citer des auteurs universitaires et chercher une reconnaissance médiatique, tout en assumant la révolution, il fallait choisir et cela a donc été l’inévitable dissociation. C’est là tant une mise en conformité avec l’idéologie dominante sur le plan des idées, qu’une exigence fondamentale formulée par la pression sociale.

C’est là l’origine des dissociations et capitulations.

Ce qui bien entendu ne modifie en rien ce que sera le 21e siècle : un changement fondamental et à l’échelle mondial de l’organisation humaine et des modes de vie. La reconnaissance de la planète Terre comme système global, l’affirmation de la Nature comme totalité, la défense de toute vie !

Les exigences de survie de la planète et les bouleversements issus des erreurs humaines détermineront l’identité à adopter au 21e siècle : soyons en avance et assumons l’identité avec notre mère la Terre !

Actions de l’ALF dans la seconde moitié de 2017

L’ALF a hacké le site de la Fédération des Chasseurs de la Somme, ainsi que sa mailing-list. Les 6086 personnes inscrites ont reçu le message suivant, le lien étant une image du site hacké que nous reproduisons ci-dessous.

C’est une lutte que nous engageons, une opposition que nous affirmons, un refus de silence et d’inaction que nous vous signifions.

http://fdc80.com/images/bandodefil/A.L.F.html

Vous nous trouverez toujours sur votre chemin pour défendre farouchement tous les animaux non humains.

Some nice links :

ALF publishing website in spanish
#OpBiteBack ALF Direct Action list
ZINE: VEGANARCHY AntiSpecist Warfare and Direct Action
vegan XXX – French
CyberGuerrilla Anonymous Nexus
RiseUp radical server lists
Earth First! Journal
International anti-capitalist insurrection & social war news, counter-information & incitement

A noter également que d’autres actions ont été menées ces derniers mois.

“Dans la nuit du 22 Juillet; des activistes veganes ont libéré 25 poussins et poules d’un élevage de poules pondeuses. Une des poule, exploitée est dans un mauvais état; mais elle est en soins vétérinaires. V.A”

“Sud de la France

Dans la nuit du 30 juillet, des activistes véganes ont libéré des appelants (pies, choucas de tours) détenus par un chasseur. V.A”

En août, une action a eu lieu à Castres.

“Les animaux aquatiques sont hélas souvent oublier, peu d’empathie existe à leurs égards. Leur massacre est énorme, l’on entend pas leur cris mais la souffrance et l’agonie qu’ils endurent sont terrible.

Ils sont considérés comme de la marchandise, on parle d’eux en tonnes… sans tenir compte du fait que ce soit des individus.

C’est pour cela que dans la nuit du 8 au 9 août nous avons engluées 2 serrures d’une poissonerie et taguée “stop au massacre” sur la vitrine.

N’hésitez pas à leur téléphoner ou à leur rendre une petite visite pour que leur commerce de barbarie ferme. “La Marée de Neptune 23 rue Henri IV 81100 Castres téléphone: xx-xx-xx-xx-xx ”

Sachez que nous reviendrons, partout où les animaux sont tués, pour la vie, contre le spécisme. Sabotage, libération animale, en petits groupe ou même seul, rejoignez l’ALF dans l’action !

On peut tous agir !”

Des miradors ont été détruits en septembre dans l’ouest de la France, alors qu’un boucherie a eu ses serrures remplies de colle à Saint Pierre La Palud (Rhône).

Des miradors ont également été détruits le même mois à Santenay (Côte-d’Or).

En octobre, à l’occasion du sommet de l’élevage à Clermont-ferrand, les sites suivants ont été hackés.

http://www.chambilly.fr/
http://www.ccbe.fr/
http://www.lorca.andreguilloux.fr/
http://www.perigord-betail.fr/
http://www.agrinews.coopdefrance.coop/
http://www.celmar.fr/
http://www.glbv.fr/
http://www.terelevage.com/
http://www.boeufdecharolles.fr/
http://www.cal-elevage.fr/
http://www.alliances.coop/
http://www.sofrelim.com/
http://www.feder.coop/

Le même mois, un coq et un pigeon ont été libérés dans une forêt.

En novembre, c’est dans le Tarn que des miradors ont été détruits.

En décembre, ce fut le cas en Meurthe-et-Moselle.

Encore Emmanuel Macron avec les chasseurs!

Emmanuel Macron a passé un week-end au château de Chambord et à cette occasion, il a fait quelque chose de très marquant. Nous avions déjà souligné à quel point il était proche des chasseurs, à qui il a fait de larges promesses lors des présidentielles.

Eh bien à l’occasion de son passage au château, il a rencontré les présidents des fédérations départementales des chasseurs. Ceux-ci étaient présents, car ils faisaient une « battue aux sangliers » dans le domaine du château.

La Nouvelle République nous donne des détails à ce sujet…

Il y avait là Willy Schraen, le patron de la puissante Fédération nationale des chasseurs dont le vice-président, le Loir-et-Chérien Hubert-Louis Vuitton était également de la partie, tout comme Thierry Coste, lobbyiste chevronné des intérêts cynégétiques.

Leur présence ne devait rien au hasard, puisque la visite du président de la République leur avait été annoncée quelques jours auparavant.

Selon plusieurs témoignages, Emmanuel Macron a réussi son opération de séduction auprès de ce public particulier, tout en demandant qu’aucune photo de cet instant ne soit prise ou du moins ne circule.

Chaussé d’une paire de bottes, il a assisté au traditionnel tableau de la journée. Un moment impressionnant, pendant lequel le temps se suspend. Les plus gros sangliers tirés au cours des battues sont alignés sur un lit de branches de sapin, éclairés par des flambeaux, avec le château en toile de fond lumineuse, tandis que retentissent les trompes et que la garde républicaine, à cheval et sabre au clair, rend les honneurs au gibier.

« Il a fait le tour de tout le monde, témoigne Hubert-Louis Vuitton. Il a salué les chasseurs, les maîtres-chiens, les rabatteurs, les sonneurs, les gendarmes. Il a eu un petit mot pour chacun. Il est resté une bonne demi-heure avec nous.

C’était une très grande fierté pour nous tous. Depuis Valéry Giscard d’Estaing qui était lui-même chasseur, ce qui n’est pas le cas d’Emmanuel Macron, aucun président de la République n’avait assisté à un tableau à Chambord. Ce fut une rencontre très chaleureuse.

Pour lui la chasse s’inscrit dans notre patrimoine national, et il a confirmé qu’il allait bientôt recevoir les dirigeants de la FNC pour aborder des dossiers importants. »

La modernité combinée à la célébration du terroir, quelle horreur!

Empressons-nous de conclure par quelques photos issues d’une présence fort utile lors d’une chasse à courre toute récente, chasse à courre ayant échoué dans son entreprise meurtrière. Ces gens ont répondu à deux questions simples : si ce n’est pas moi, qui ? Si ce n’est pas maintenant, quand ?

L’expérimentation animale en France ne baisse pas, bien au contraire

Voici une tribune au sujet de la vivisection publiée dans Libération et, s’il ne s’agissait pas de crimes terrifiants devant nous révolter de la manière la plus complète, on rirait de tant de naïveté et d’hypocrisie.

Oser appeler à une transition vers la fin de l’expérimentation animale, tout en constatant qu’en réalité, il n’y a aucune base pour une telle transition, comment appeler cela? De la fausse candeur, du mensonge?

Il n’y a qu’une voie vers la libération animale et elle ne passe par la croyance en les institutions, en la diffusion d’illusions à ce sujet.

TRIBUNE
Expérimentation animale : comment accompagner la nécessaire transition ?
Par Muriel Obriet, membre de la Commission condition animale d’Europe Ecologie-les Verts, collaboratrice de l’Association Pro Anima EthicScience

Malgré la législation européenne, les tests sur animaux continuent de progresser en France, selon les derniers chiffres publiés par le ministère de la Recherche. Un enjeu sociétal et politique.

Si l’on en croit les déclarations des chercheurs qui pratiquent et soutiennent l’expérimentation animale, nous pouvons dormir sur nos deux oreilles.

Ils l’affirment avec conviction : «Il y a une réglementation très stricte qui part de l’Union européenne ainsi qu’une charte éthique, on ne peut pas faire n’importe quoi…»

Il y a bien effectivement une directive européenne «relative à la protection des animaux utilisés à des fins scientifiques» promulguée en 2010 (1) qui pose un certain nombre d’obligations aux Etats membres, propres à réduire le nombre d’animaux utilisés dans les procédures et les souffrances qui leur sont infligées, et qui formule même, au point 10 du préambule, l’objectif final : «Le remplacement total des procédures appliquées à des animaux vivants à des fins scientifiques et éducatives, dès que ce sera possible sur un plan scientifique.»

Nous serions donc légitimement en droit de nous dire que nous sommes actuellement dans une phase de transition qui prépare l’avènement à moyen terme d’une science du vivant capable de s’abstraire totalement du «modèle animal». Qui dit transition dit processus, étapes…

Mais les chiffres sont têtus et contredisent les discours qui se veulent rassurants. Les données statistiques, pour l’année 2015, viennent d’être publiées sur le site du ministère de la Recherche et de l’Innovation.

Elles nous apprennent que le nombre d’animaux utilisés en France a augmenté de 7,5 % entre 2014 et 2015 – soit un total de 1 901 752 animaux – dont une hausse de 187 % pour les primates non humains. Et encore ne sont pas comptabilisés les animaux élevés et tués pour le prélèvement de leurs organes et de leurs tissus (méthodes ex-vivo) dont le nombre augmente de manière considérable.

On s’étonne que pour 19 % des animaux – des souris aux primates en passant par les chiens, les chevaux ou les reptiles – la provenance géographique ne soit pas renseignée. Ils ne proviennent donc pas d’élevages agréés, condition pourtant clairement posée dans l’article 20 de la directive européenne. Le ministère de la Recherche et de l’Innovation évoque même le recours à des «fournisseurs occasionnels» sans préciser les espèces concernées. La provenance est particulièrement peu renseignée pour les reptiles (+ de 92 %) et les primates (42 %).

Si le public est généralement convaincu que l’expérimentation animale a pour objet l’étude des maladies, la recherche des traitements et l’évaluation de l’efficacité de «candidats médicaments» (molécules susceptibles d’avoir des effets thérapeutiques) – c’est-à-dire la recherche appliquée ou translationnelle – il doit savoir que celle-ci ne représentait, en 2015, que 23 % des animaux utilisés.

Alors qu’aucune finalité de recherche ne peut être invoquée, et que de nombreuses méthodes alternatives sont disponibles, 28 271 animaux ont été utilisés à des «fins éducatives» dans les universités et centres de formation, soit une hausse de 9 % entre 2014 et 2015.

Les chiffres nous disent aussi que les animaux ont été soumis à davantage de procédures de «classe modérée», + 40,6 % par rapport à 2014 (2) et «sévère», + 19,3 % (3) alors que, parallèlement, le nombre d’animaux utilisés dans des procédures dites «légères» diminuait de 16 %.

La part des animaux génétiquement modifiés (AGM), animaux «altérés» qui vont développer des formes humaines de maladies qu’ils ne développent pas naturellement, croît régulièrement.

Ils représentent 21,7 % du total des animaux utilisés en 2015, dont 4,7 % avec un phénotype dommageable (caractère qui altère gravement l’état général de l’animal). Ils ne représentaient que 19 % du nombre total en 2014.

Ces éléments doivent nous alerter. Nous sommes en train de faire marche arrière, l’objectif final – malgré des avancées majeures réalisées dans le domaine des méthodes alternatives ces vingt dernières années et une réglementation qui se voulait incitative – semble être un horizon repoussé toujours plus loin. Le constat est désolant mais réaliste : en France, rien n’est fait pour accompagner la transition vers une recherche sans animaux.

Les chiffres témoignent de cette absence de volonté politique.

L’enjeu est sociétal. Il est temps que nos gouvernants et nos élus prennent activement leur part car rien ne pourra se faire sans la mise en œuvre de mesures d’envergure.

Il conviendrait, tout d’abord, de se donner les moyens d’appliquer rigoureusement la législation européenne, notamment, en ce qui concerne l’évaluation des projets impliquant des animaux et le contrôle des éleveurs, fournisseurs et utilisateurs de ces animaux.

Mais le pouvoir politique doit aussi être capable de se montrer entreprenant : lancer des appels à projets portant sur le développement des approches alternatives et financer les plus innovants, accompagner la mise en place de formations universitaires diplômantes consacrées à ces approches dans les filières des sciences du vivant, créer une banque nationale de données (centre ressources), travailler au niveau européen à la révision du processus de validation des méthodes alternatives (pour que de nouvelles méthodes soient reconnues et utilisées dans des délais beaucoup plus courts).

Une délégation interministérielle pourrait assurer la mise en œuvre et la coordination de l’ensemble des mesures et en évaluer les effets.

Devront également être impliqués dans une réflexion commune tous les acteurs de la société civile ayant la volonté de contribuer à la réalisation de l’objectif «du remplacement total des procédures appliquées à des animaux vivants» : scientifiques mais aussi juristes, économistes, intellectuels, communicants, ONG.

(1) Transposée en droit français dans le décret 2013-118 du 1er février 2013.
(2) Essais de cancérogénicité dont le point limite n’est pas la mort (transplantation d’organes avec gestion du rejet et autres actes chirurgicaux sous anesthésie, irradiation ou chimiothérapie avec une dose non mortelle).
(3) Essais de toxicité aiguë provoquant la mort (essais exigés dans le cadre réglementaire), essai d’activité de vaccin avec maladie progressivement mortelle, création de modèles de tumeurs osseuses invasives ou avec propagation métastasiques, interventions chirurgicales susceptibles de provoquer une douleur ou une angoisse postopératoire intense.

L214 évalue les animaux non pas à la sensibilité, mais au regard humain

Nous avions déjà parlé de la belle chanson de Bruce Cockburn « If a tree falls », qui fait allusion à une phrase de l’évêque George Berkeley, au 18e siècle :

« Si un arbre tombe mais que personne ne l’entend, fait-il du bruit ? »

La chanson renverse la perspective, ce qui est la démarche de base quand on reconnaît une valeur en soir à la Nature.

Les végétaux et les animaux ont une valeur en soi. Ce n’est pas parce qu’on ne voit pas un animal mourir qu’il ne meurt pas, et sa valeur ne dépend en général pas de ce regard.

La Nature existe en soi, la vie a une valeur en soi. La valeur ne dépend pas du choix accordé, l’existence ne dépend pas du choix accordé. Les êtres humains peuvent ne pas aimer les cafards, les rats, les pigeons : la vie des cafards, des rats, des pigeons continuent, car cela relève de la Nature, plus puissante que toutes les vaines tentatives humaines.

Le réchauffement climatique va remettre en place d’ailleurs le décalage de l’humanité par rapport à la réalité, l’ordre naturel. La vie existe, en soi, indépendamment de ce que l’humanité en pense ou pas.

Ce n’est pas le point de vue de L214, qui montre une fois de plus que son principe, c’est un témoignage catholique, une complainte de classe moyenne devant l’horreur du monde, une lamentation d’humain prenant le sort des animaux en otage.

Voici ainsi le message posté hier par L214.

Parler de toutes les choses fausses dans cette image pourrait prendre des heures. Il y a par exemple l’éloge de la domestication avec le chien, car même si le chien est notre ami et le restera, son statut de serviteur de l’être humain date de la même période que la domestication et donc l’élevage des cochons.

Il y a le côté culpabilisation du texte sur le fait de naître sous une bonne étoile, ce qui ne veut d’ailleurs rien dire à moins de croire en la réincarnation et de penser qu’on peut être indifféremment chien, cochon ou être humain, etc.

Il y a d’autres aspects encore (le cochon allongé ou sans doute mort, le cliché de la femme aux cheveux longs sous les étoiles, etc.), mais c’est secondaire par rapport au vrai problème de fond, consistant en cette affirmation absurde :

« Ce qui les distingue le plus n’est pas leur sensibilité ou leur intelligence, mais le regard que nous leur portons. »

On dira déjà peut-être : ce n’est jamais qu’une image. Ce qui n’est pas vrai : L214 a réussi à accumuler de très importantes sources de financement et la personne qui a réalisé cette image a été payée, tout comme celle la mettant en ligne (si ce n’est pas la même).

Cette image relève d’un choix, tant marketing que philosophique. Il est donc juste et nécessaire de voir ce qu’elle vaut, surtout qu’elle montre une chose très simple : le véganisme actuel n’aime pas les animaux, il les prend en otage pour sa complainte.

Les animaux n’ont pas de valeur en soi, pas plus que la Nature, une question d’ailleurs liée. C’est le regard humain sur l’animal qui compte. C’est de l’anthropocentrisme.

On entend déjà ici une voix dire : mais non, c’est le contraire, L214 a voulu dire que les animaux peuvent avoir une sensibilité ou une intelligence similaire, mais que l’être humain fait des distinctions qui n’ont pas lieu d’être.

D’où le cochon et le chien, qui sont considérés comme d’égale intelligence, quoiqu’une telle comparaison puisse avoir de sens (comment évaluer réellement une intelligence? Chaque espèce n’existant que par son milieu, l’être humain y compris).

Mais, justement, c’est cela l’anthropocentrisme.

L’anthropocentrisme, c’est considérer que l’être humain est au centre, que ses distinctions ont une importance. Que l’être humain peut décider, selon sa conscience, en-dehors de la réalité.

C’est là le problème : L214 ne fait en pratique que renverser le système de valeurs anthropocentristes, mais  sur la base de l’anthropocentrisme. Ce qui annule toute la critique.

L214 dit le contraire que le “spécisme”, mais le fait en s’appuyant sur l’humanité, non pas les animaux, ni la Nature. C’est de l’anthropocentrisme.

Donnons quelques exemples, parallèles utiles pour saisir cela. Le philosophe allemand Heidegger expliquait que l’existence en général n’avait de sens que parce que l’être humain était le témoin de celle-ci, grâce à la poésie libérée de toute règle.

L’être humain est censé être “le berger de l’être”. C’est son regard particulier qui témoignerait de l’existence dans l’absolu. Sans le regard humain, pas d’histoire, pas de langage, c’est d’ailleurs ce qui est enseigné au lycée en terminale en philosophie.

Les religions monothéistes ne disent pas autre chose, avec l’humanité ayant un statut « à part ». Dieu aurait organisé la création de l’être humain, afin de témoigner de sa création en général.

Tout n’existerait que par l’être humain, voire pour l’être humain. Tout passe par l’être humain.

Notons que parfois les religions sont liées à une reconnaissance au moins partielle de la Nature, comme ici l’Islam qui a sans doute la présentation la plus belle de cette question, avec le verset 72 de la sourate Les coalisés du Coran :

« Nous avions proposé aux cieux, à la terre et aux montagnes la responsabilité (de porter les charges de faire le bien et d’éviter le mal). Ils ont refusé de la porter et en ont eu peur, alors que l’homme s’en est chargé ; car il est très injuste [envers lui-même] et très ignorant. ».

Cette vision négative et autocritique est malheureusement bien entendu totalement effacée par l’existence d’un prétendu message divin avec des lois « parfaites ». L’Islam dit que l’être humain est ignorant, mais en même temps des lois « divines » (en fait humaines pour nous athées) viennent corriger le tir, et la démesure est alors de nouveau permise.

C’est une critique de l’anthropocentrisme, finalement anthropocentriste. Suivant cette conception, l’être humain décide, il est au centre. C’est sa manière de voir les choses qui déciderait de tout.

L’absurde théorie de « l’antispécisme » ne dit pas autre chose, en prétendant simplement inverser la chose. Il y aurait le spécisme, il faudrait l’antispécisme, alors qu’en réalité s’il y a bien anthropocentrisme, ce dernier est vain.

L’humanité n’est pas « un empire dans un empire », comme l’a bien dit Spinoza, mais un aspect d’un ensemble, la Nature. Il est donc faux de dire que la chute d’un arbre dans un bois n’aurait pas de « sens » si aucun humain ne l’entend…

Tout ce qui se passe est strictement cohérent et ne provient pas d’une « déviation ». L’être humain n’est pas mauvais et il n’a pas fait de « mauvais choix », il a fait ce qu’il a pu, ce qu’il a du, et maintenant justement il doit cesser de faire un fétiche du passé et faire ce qu’il peut, ce qu’il doit.

Le véganisme est ce qu’il peut, ce qu’il doit. Le véganisme n’était pas possible il y a 500 ans, ni il y a 1000 ans. Il est possible aujourd’hui, et nécessaire.

Pourquoi ? Parce qu’aimer les animaux est naturel. La vie appelle la vie, c’est aussi simple que cela. C’est une question de rapport à la Nature dans son ensemble.

Aussi, ce sont les animaux qui doivent être au centre de la question. Mais les animaux, les « vegans » d’aujourd’hui les préfèrent morts ou souffrants, ils utilisent leurs cadavres pour défiler habiller en noir, mettant en valeur… leurs affres, leurs tourments, leur culpabilité.

Et malheureusement, des gens qui aiment vraiment les animaux se font happer par ce pessimisme, ce nihilisme, qui prend les animaux en otage pour ne parler que d’eux-mêmes.

Aussi le critère n’est pas le regard porté, bon ou mauvais, mais les animaux, la Nature, la vie en soi.

Nicolas Hulot et son garage

« Nous visons la fin de la vente des voitures à essence et diesel d’ici à 2040 » avait déclaré Nicolas Hulot en juillet 2017, expliquant également au sujet des logements que d’ici dix ans, les « passoires thermiques », ce serait fini.

Ces propos sont éclairés désormais par une information, dont toute la presse s’est gaussée, ruinant encore davantage la crédibilité de l’écologie.

Car le gouvernement a rendu public la situation patrimoniale de ses membres et il y a plusieurs millionnaires : ce n’est guère étonnant. Que Nicolas Hulot en fasse partie, avec plus de sept millions d’euros, soit.

Cependant qu’il possède un véritable garage… Cela détruit toute crédibilité. Voici la liste de ses engins à moteur.

Description : Terrestre à moteur | Marque : BMW
Entrée dans le patrimoine : 2014 | Valeur d’achat : 33 000 €
Valeur vénale : 25 000 €

Description : Bateau | Marque : VAILLANT
Entrée dans le patrimoine : 2012 | Valeur d’achat : 24 600 €
Valeur vénale : 15 000 €

Description : Terrestre à moteur | Marque : CITROEN 2CV
Entrée dans le patrimoine : 2017 | Valeur d’achat : 5 000 €
Valeur vénale : 5 000 €

Description : Terrestre à moteur | Marque : VOLKSWAGEN
Entrée dans le patrimoine : 2017 | Valeur d’achat : 50 000 €
Valeur vénale : 50 000 €

Description : Terrestre à moteur | Marque : BMW
Commentaire : Scooter électrique
Entrée dans le patrimoine : 2017 | Valeur d’achat : 6 000 €

Valeur vénale : 6 000 €
Description : Terrestre à moteur | Marque : CITROEN
Entrée dans le patrimoine : 2000 | Valeur d’achat : 1 000 €
Valeur vénale : 1 000 €

Description : Terrestre à moteur | Marque : LAND ROVER
Entrée dans le patrimoine : 1998 | Valeur d’achat : 1 000 €
Valeur vénale : 1 000 €

Description : Terrestre à moteur | Marque : BMW
Commentaire : Moto
Entrée dans le patrimoine : 2000 | Valeur d’achat : 1 000 €
Valeur vénale : 1 000 €

Description : Terrestre à moteur | Marque : PEUGEOT BOXER
Entrée dans le patrimoine : 1998 | Valeur d’achat : 1 000 €
Valeur vénale : 1 000 €

Certains chiffres sont étonnants : un millionnaire achèterait-il une vieille moto BMW à 1000 euros ? En sachant qu’à ce prix là il faut la retaper et qu’elle vaut donc alors après bien plus de ce prix ?

Et il y a le bateau. Il y a marquée que la marque est « Vaillant », mais en réalité c’est sans doute « Valiant ». Le fait qu’il en ait est connu de ceux et celles s’étant déjà questionné sur Nicolas Hulot. Mais quelle est la consommation du moteur ? En sachant qu’on en est facilement aux 40 litres par heure de consommation, avec ce type d’engins…

Mais peu importe et regardons un simple fait : Nicolas Hulot accumule les voitures. C’est incompatible, fondamentalement, avec l’affirmation de l’écologie. Et quel intérêt à ces vieilles voitures ? Rien qu’en mettant le contact, elles polluent déjà affreusement. Au moins, les riches Californiens font semblant de faire quelque chose avec leurs voitures électriques.

C’est là une incohérence qui, finalement, rappelle qui il est. Nicolas Hulot est imprégné des valeurs de cette société. Ancien animateur de télévision pour TF1, il gagne encore une fortune avec les produits Ushuaïa. C’est un beauf qui s’imagine avoir une prise de conscience, alors qu’il ne veut que se mettre en valeur et limiter la casse.

Sa démarche n’est pas sérieuse, elle est totalement décalée par rapport aux exigences de notre époque. Il faut ici d’ailleurs souligner la dimension « propriétaire ».

Propriétaire de multiples maisons (240 m², 334 m², 116 m², 180 m², ainsi qu’un appartement de 48 m²), Nicolas Hulot se dit peut-être qu’il a besoin d’autant de véhicules à chaque endroit. En ce cas, cependant, il ne peut pas donner de leçons, car c’est une attitude irresponsable.

La maison individuelle est justement une aberration écologiste, de par les ressources qu’elle demande, en termes de chaleur, infrastructure, d’empiétement sur la Nature, de transports nécessaires pour y aller, en termes d’accès à la culture urbaine, aux hôpitaux, etc.

Nicolas Hulot a ici faux sur toute la ligne.

Les chasseurs et le Diplôme d’Université en droit animalier

Nous avions parlé de la mise en place, sur le Campus Universitaire de Brive de l’Université de Limoges, à Brive-la-Gaillarde, d’un Diplôme d’Université en droit animalier. Pour nous, c’est une mascarade : une société qui utilise l’exploitation animale à tous les niveaux prétendrait se préoccuper des animaux? C’est intenable, donc mensonger.

Le président de la Fédération nationale des chasseurs a fort logiquement pris cela en compte et demande l’intégration des chasseurs dans le contenu du diplôme. Voici la demande faite au président de la République (cliquer pour agrandir).

L’université a répondu et derrière la moquerie, pour qui sait lire entre les lignes et voit les références, il y a la soumission institutionnelle, donc la soumission à l’exploitation animale.

Feignant de s’opposer aux chasseurs sur un ton particulièrement sarcastique, elle explique en effet qu’elle prend déjà en compte la chasse et la pêche, les “animaux nuisibles”, etc.

Elle se moque des chasseurs, mais rassure bien comme il faut les institutions qui ont reçu la lettre des chasseurs. C’est vraiment une fausse opposition, et pendant ce temps-là rien ne change pour les animaux, ou empire!

Voici la réponse (cliquer pour agrandir).

 

“One Planet Summit” : la finance sauvera-t-elle la planète?

La conférence « One Planet Summit » vient de se tenir deux ans jour pour jour après la COP21, et il y a quelque chose de bizarre, une sorte d’arrière-goût très particulier. Quand en effet la COP21 s’est terminée, les commentaires étaient, à défaut d’élogieux, au moins certains de la signification réelle et profonde de celle-ci, avec la certitude d’un impact réel.

Nous avions analysé de fond en comble la COP21, jour par jour et expliqué bien au contraire que tout cela, c’était du vent.

Or, c’est grosso modo ce qu’a expliqué Emmanuel Macron au One Planet Summit, résumant son propos par :

« On est en train de perdre la bataille. »

Pourtant, la situation présente était inévitable, de par le refus de faire des efforts et de changer sa manière de voir les choses. Donc, ce qui est attendu, c’est l’auto-critique : nous aurions du… il faut se corriger… il faut changer soi-même pour s’améliorer… etc.

On n’a droit à rien de tout cela. C’est déjà un problème fondamental, et cela montre bien que, sans révolution, aucun changement n’est possible. Il faut remettre en cause tellement de choses pour sauver la planète que, par définition, les institutions se placent en-dehors du processus de sauvetage.

Bien sûr, elles prétendent le contraire, puisque le « one planet summit », qui s’est tenu à Boulogne en banlieue parisienne, avait comme contenu : « La finance publique et privée au service de l’action climat ».

C’est-à-dire qu’il s’agit de discussions internes au système, par des gens qui en sont des représentants importants, sans aucun contrôle démocratique. C’est uniquement technique et les gens « normaux » sont tellement étrangers au processus que le « one planet summit » a un petit site pas très joli, mais ni facebook ni twitter.

On est dans l’entre-soi, dans des discussions internes, mes invités sont des membres d’administration ou de la finance, cela s’arrête là.

D’où les quatre tables rondes, qui sont purement techniques, au sens de discussions de membres de deux grandes familles : celle des institutions (maires, ministres, présidents, etc.), celle de la finance (privée, publique, des grands organismes comme la Banque mondiale, etc.).

Voici leurs thématiques :

– Changer l’échelle de la finance pour l’action climat ;

– Verdir la finance en faveur d’une économie durable ;

– Accélérer l’action locale et régionale en faveur du climat ;

– Renforcer les politiques publiques pour la transition écologique et solidaire.

Ces tables rondes se sont déroulées la matinée, l’après-midi consistant en la présentation de projets autour de trois thèmes :

– S’orienter vers une transition et un développement sobres en carbone ;

– Renforcer l’adaptation et la résilience face au changement climatique ;

– Solidarité et renforcement des capacités.

Que faut-il comprendre de tout cela ? Voici des passages synthétiques que nous avons extirpés, pour bien saisir de quoi il en retourne.

« Ce sont les investissements d’aujourd’hui qui dessinent le monde de demain. »

« La mobilisation de l’ensemble des acteurs de la finance est déterminante pour la lutte contre le dérèglement climatique et la transition vers une économie qui émet moins de gaz à effet de serre et peut s’adapter aux évolutions à venir. Tous les acteurs, institutions financières privées comme acteurs publics doivent continuer à innover dans ce sens. L’enjeu est de pousser le secteur financier vers une perspective de long terme en prenant mieux en compte les risques climatiques. »

« L’action des gouvernements locaux et régionaux est indispensable pour atteindre les objectifs mondiaux de l’Accord de Paris dans la mesure où ils possèdent les cartes maîtresses qui permettront d’en accélérer la mise en œuvre avant 2020. »

« Les gouvernements doivent jouer le rôle de garant des objectifs de l’Accord de Paris. »

Traduisons cela de manière claire. Le développement est décidé par le capitalisme, or le capitalisme ne raisonne pas en long terme, mais en profit.

Il faut donc l’aider à faire les bons choix. Un moyen d’impulser cela est de passer par des structures qui seraient indépendantes du capitalisme : les villes et les administrations locales et régionales, ainsi que les gouvernements.

Placer dans un contexte de lutte contre le réchauffement climatique du point de vue étatique, institutionnel, et avec quelques aiguillons, le capitalisme prendra conscience qu’il y a besoin de poser la question du long terme, et alors il y aura les moyens de faire quelque chose très concrètement.

Voilà l’idée du “one planet summit”.  Un tel discours n’a rien de nouveau : déjà dans les années suivant la première guerre mondiale, il y en avait qui disait que cette fois ça y est le capitalisme a compris, il n’y aurait plus de guerre, la paix est dans son intérêt, etc.

Il y a deux arguments de poids toutefois pour bien montrer que le « one planet summit » se trompe.

Le premier argument est le suivant : si ce qui est avancé est vrai, alors pourquoi cela n’a-t-il pas été fait plus tôt ? Ce que LTD a compris il y a deux ans, personne ne l’a dit (pratiquement), mais tous les experts le savaient.

Donc, pourquoi avoir menti, et pourquoi la prise de conscience qu’aurait le capitalisme ne s’est-elle pas été produite avant ?

Second argument : le capitalisme n’est pas qu’une course aveugle au profit, c’est également la compétition acharnée.

La chancelière allemande Angela Merkel n’est pas venue, car elle s’occupe de la formation de son gouvernement : on a les priorités qu’on veut. Le représentant américain a consisté… en un chargé d’affaires de l’ambassade! La Chine a envoyé simplement son vice-premier ministre, impossible de savoir quel représentant indien était là…

Ce n’est pas une conférence mondiale, malgré la présence de chefs d’Etat africains, par ailleurs tous plus corrompus les uns que les autres.

Entre la course au profit et la compétition, on est très loin d’avoir une seule planète, unifiée. Il est évident que sans administration centrale avec les pleins pouvoirs, dans un tel contexte, rien n’est possible.

Une telle administration centrale avec les pleins pouvoirs, expression des besoins de la planète et porté par la démocratie mondiale, voilà la seule solution, l’urgence de notre époque.

Le 21e siècle aboutira à cela, ou n’aboutira pas… Le reste, ce sont des mots.

Emmanuel Macron peut bien vouloir que le « one planet summit » ait lieu chaque année, cela ne changera rien. Un monde divisé, fractionné, ne peut pas unir ses efforts.

On peut apporter comme contre-argument que le sommet a été organisé par Emmanuel Macron avec deux autres figures mondiales justement : le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres et le président de la Banque Mondiale Jim Yong Kim.

Mais ni l’ONU ni la Banque Mondiale ne sont des organismes supra-nationaux. Ce sont des organismes para-nationaux, accompagnant les États, pas passant au-dessus de leur tête.

La Banque Mondiale a ainsi affirmé qu’elle cesserait le financement des industries gazière et pétrolière après 2019. Mais cela veut dire simplement qu’elle a aidé jusqu’à présent les grandes compagnies du pétrole et du gaz, rien de plus…

L’Union Européenne a elle expliquer qu’elle ferait en sorte de garantir les 100 milliards de dollars promis par les pays développés aux en voie de développement, d’ici 2020. Cela veut seulement dire que la promesse faite est censée être tenue…

Il y a également une centaine de fonds d’investissement et de fonds de pensions, comme les américains CalPERS et BlackRock, la banque britannique HSBC, qui ont promis la transparence envers leurs actionnaires sur les investissements entrant en rapport avec la question du climat.

Mais la transparence était déjà censée être de mise et cela ne veut pas dire que les actionnaires choisiront le climat. Rien ne les y forcera, et de toutes manières dans une compétition financière, c’est le meilleur rendement qui gagne…

Il y a aussi eu la présence des philanthropes, comme l’Américain Bill Gates, le Britannique Richard Branson, l’ancien maire de New York Michael Bloomberg. Ils comptent donner de l’argent à la recherche sur le climat. Mais là encore c’est dispersé et une goutte d’eau dans l’océan, sans parler de l’absence de démocratie.

Le monde peut-il dépendre d’Arnold Schwarzenegger, ancien gouverneur de Californie, avec sa cravate verte, de l’acteur Sean Penn, d’une poignée de banquiers, de quelques élus ?

Le “one planet summit” pose le même problème que la COP21 : il y a des promesses, mais aucune vérification démocratique (sans parler des décisions!), aucune contrainte en aucun cas.

Nicolas Hulot : “Ne soyons pas excessifs”

Madame Figaro vient de faire une interview de Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique. Voici un petit extrait de cet interview, qui montre que le problème, ce ne sont pas seulement les partisans ouverts de l’exploitation animale.

Ceux-là sont facilement compréhensibles, visibles, caricaturaux. Les grands chefs d’entreprise et les chasseurs n’ont pas la confiance de la grande majorité de la population. Mobiliser contre eux est possible, parce que leur rapport à la réalité est flagrant. Ce sont des beaufs et des profiteurs.

Cependant, il y a aussi ceux qui ne veulent pas être « excessifs ». Ceux-là sont des ennemis masqués. De L214 à Nicolas Hulot, ils disent qu’on a le temps, que le progrès est inévitable. Ils cachent que les choses empirent à l’échelle mondiale, que finalement pas grand-chose ne change pour les animaux.

Ils prennent un petit élément positif et le généralisent, alors qu’il est anecdotique. Qu’importe aux animaux à l’échelle mondiale qu’il y ait 3 % de gens vivant vegans dans certains pays du monde, si l’exploitation animale va doubler d’ici cinquante ans ?

Dans l’ordre du jour, la jeunesse devrait vouloir tout casser et la révolution devrait avoir eu lieu quarante fois. Au lieu de cela, tout est d’une mollesse complète, pour ne pas dire une paresse criminelle.

On se complaît dans un quotidien individuel qui, somme toute, est vivable, en se disant qu’il y a pire ailleurs. Et puis, il y a les petits efforts qu’on fait, qui suffisent à se donner bonne conscience…

Les propos de Nicolas Hulot relèvent tout à fait de cette approche de Ponce Pilate.

La viande est l’aliment qui impacte le plus le climat. Doit-on devenir végétariens ?

Ne soyons pas excessifs. Deux membres de ma famille sont végétariens. Moi, je suis flexitarien : j’ai divisé ma consommation de viande par quatre. J’en achète moins, mais de meilleure qualité, de proximité et bio.

Quitte à la payer un peu plus cher. L’agriculture représente 20 % de nos émissions de gaz à effet de serre. Elle peut être un problème, une victime, mais aussi une solution.

Quand un paysan élève son bétail avec de la prairie, il permet la capture du carbone par le sol.

Les agriculteurs peuvent ainsi – et c’est un exemple parmi tant d’autres les concernant- participer à la lutte contre le changement climatique. Mais il faut aussi qu’ils s’y retrouvent économiquement.

La souffrance animale dans les abattoirs et les fermes industrielles suscite un débat grandissant. Des enseignes, comme Monoprix, bannissent les œufs en batterie de leurs rayons. Comment aller plus loin ?

Les révélations nécessaires d’associations comme L214 ont permis de sortir d’une forme d’hypocrisie.

Je trouve inadmissible ces élevages industriels et ces conditions de transport ignobles, où les animaux sont, entre autres, trimballés sur de grandes distances en plein été. Les fermes de 10 000 vaches et les élevages de poulets en batterie sont d’une autre époque.

On peut améliorer les choses. Sur l’abattage, il faut créer les conditions pour que la peur de la mort soit réduite au maximum… Je veux engager une réflexion sociétale sur ce sujet de civilisation.

Nous sommes la partie consciente de la nature, capables d’attention et de bienveillance vis-à-vis des autres êtres vivants, et qu’en faisons-nous ? Pour mériter notre intitulé d’Homo sapiens, nous devons le démontrer.

La civilisation, ce serait de ne pas être excessif… Comme si c’était sa propre conscience qui décidait de la réalité, comme si rester mesuré dans ses choix avait une valeur en soi…

C’est ni plus ni moins que la capitulation masquée derrière le visage du « raisonnable ».

Les animaux ont besoin de héros, mais pas du genre de Johnny Hallyday

Les animaux connaissent le martyr sur la planète, parce que l’humanité, enfermée dans son anthropocentrisme, a décidé que leur existence ne comptait pas. S’opposer à cela demande de la volonté, mais également de l’héroïsme.

Penser qu’on peut changer des choses sans un engagement complet, sans renverser la table, c’est-à-dire sans révolution pour dire les choses clairement, est illusoire.

Il faut quand même voir qu’on est dans un pays qui célèbre Johnny Hallyday, et avec un pays pareil on s’imagine qu’on va accorder la paix aux animaux ? C’est impossible, il faut transformer ce pays, afin que la société ressemble à autre chose, sinon ce n’est même pas la peine d’essayer.

Johnny Hallyday est d’ailleurs un très bon exemple ici : il suffit de prendre sa chanson « Que je t’aime ». Elle parle de « faire l’amour », à travers une réduction patriarcale de la femme à un être passif, à coups d’animalisation.

Cette chanson est à proprement parler anti-féministe et anti-animaux, c’est un exemple de diffusion d’une vision du monde arriérée comme pas possible. Voici quelques paroles affreusement exemplaires :

« Quand tu ne te sens plus chatte
Et que tu deviens chienne
Et qu’à l’appel du loup
Tu brises enfin tes chaînes (…)

Quand mon corps sur ton corps
Lourd comme un cheval mort
Ne sait pas, ne sait plus
S’il existe encore »

Pauvre pays, qui fait de Johnny Hallyday une icône. Il faut dire qu’on a les héros qu’on mérite. Emmanuel Macron était d’ailleurs à Alger le matin de l’annonce de la mort de Johnny Hallyday, qu’il a appris dans la nuit. Dans les rues de la capitale algérienne, il a dit justement la chose suivante au sujet du chanteur décédé :

« Il fait partie de ces héros français, j’ai souvent dit qu’il fallait des héros pour qu’un pays soit grand. »

C’est pathétique. Mais le grand souci dans cela, c’est que les animaux, eux, attendent les véritables héros. Ceux et celles qui savent mettre de côté leur ego, leur petit moi, leur confort, pour assumer ce qui doit être assumé : l’engagement total en leur faveur.

Qu’est-ce qu’un héros, justement ? Rappelons ici les définitions possibles :

« Personnage légendaire auquel la tradition attribue des exploits prodigieux. »

« Homme, femme qui incarne dans un certain système de valeurs un idéal de force d’âme et d’élévation morale. »

« Homme, femme qui fait preuve, dans certaines circonstances, d’une grande abnégation. »

« Combattant(e) remarquable par sa bravoure et son sens du sacrifice. »

Faire de Johnny Hallyday un « héros », c’est dire qu’un chanteur de variété faisant des concerts par showbusiness est un héros, car il a su divertir les gens et leur faire croire qu’ils ressentent des choses.

Là n’est pas l’héroïsme. Il est ailleurs. On le trouve dans chaque refuge, par exemple. On y trouve gens qui donnent leur vie, sans penser à leur petit moi, à leur ego. Ce ne sont pas des gens qui se mettent en avant, avec leur photo, des interviews. Leur abnégation est anonyme, ils se sacrifient entièrement, sans confort, sans vacances, sans vie privée même parfois.

Car ces héros sont entièrement engagés, leur esprit est entièrement tendu vers l’héroïsme concret. On ne peut pas être un héros tout seul, pour soi, ou alors on en revient à l’antiquité avec ses héros barbares.

Être un héros, ce n’est pas non plus donner du baume au cœur, c’est se mettre en jeu au service des autres, concrètement. En ce sens, Johnny Hallyday n’a jamais été qu’une abstraction. Sa musique n’a rien changé, elle a même contribué plutôt d’ailleurs à maintenir la France dans une ringardise terrible.

Être un héros, c’est intervenir en se mettant en jeu. Un autre exemple que l’on peut prendre, car là on a quelque chose de directement concret de par l’urgence, est lorsqu’un animal est arraché d’une situation de danger absolu.

L’intervention pour sauver un animal bloqué quelque part, en panique, blessé et isolé, comme un pigeon qu’on peut trouver, un chien qui s’est perdu, tout cela est une petite forme d’héroïsme.

Il est vrai que cette forme ne présente pas de vrai mise en cause de soi-même. Quoique : le fait de prendre un pigeon, de l’accueillir, de le transporter, tout cela est déjà incroyablement mal vu par une société indifférente (d’ailleurs même les personnes véganes sont, finalement, surtout indifférentes).

Donnons alors un autre exemple. Dans l’Oise, en 1989, un raid dans un laboratoire a libéré 42 chiens dans un laboratoire de vivisection. Pour les chiens, leurs libérateurs ont été des héros. Pour ces chiens, les libérateurs ont été comme Zorro sauvant un innocent ou bien, de manière plus juste, comme l’armée rouge libérant Auschwitz.

On peut arguer ici que les chiens ne savaient pas qu’ils allaient subir la vivisection. C’est faux, déjà parce que les animaux libérés ont parfois déjà subi la vivisection (il y a eu des cas de chats avec des électrodes dans la tête, par exemple, ou bien sûr le jeune singe Britches aux paupières cousues), mais surtout dans tous les cas, car un laboratoire n’est pas un endroit naturel pour un chien (ni n’importe quel animal).

Des chiens, enfermés dans une terrible promiscuité, dans des cages qui sont des prisons, dans un lieu qui sent la mort, avec la froide et ignoble brutalité des humains travaillant dans ce genre d’endroit, ne peuvent que sentir que la situation ne va pas du tout.

Ils ont peur d’ailleurs, et ne comprennent pas forcément que les libérateurs sont des libérateurs. Mais peu importe, ce sont eux qui comptent et non ce qu’ils pensent des humains, et ils découvrent lentement mais sûrement autre chose.

Cette lenteur dans le résultat de l’action, la patience nécessaire, voilà qui correspond à l’héroïsme.

Cela ne veut pas dire que l’héroïsme soit forcément ce qui soit juste historiquement pour changer les choses, même si on peut se douter que pour les 30 chiens et 23 lapins arrachés en 1990 à l’hôpital Salvatore de Marseille, ce qui compte c’est déjà leur propre vie et non l’Histoire, avec un grand H.

Après tout, ce sont les animaux qui comptent, pas nous demandant des remerciements où que ce soit de ce genre. Il ne s’agit pas de remercier un Dieu libérateur qui a envoyé Moïse exiger du pharaon : « Laisse partir mon peuple », car c’est nous-mêmes qui sommes pharaon.

La vieille dame qui nourrit les chats et les pigeons malgré l’opprobre, les cadres des refuges, dans une certaine mesure les vegans intransigeants refusant de céder à l’hégémonie pathétique de L214, 269 et autres egotrips spectaculaires, voilà où l’on peut trouver l’abnégation, l’engagement, non pas pour soi-même, mais pour l’exigence du changement.

Pas de fausses excuses, pas de compromis même pas avec soi-même, pas d’exceptions. Si ce n’est pas moi, qui ? Si ce n’est pas maintenant, quand ?

Les deux films “Le Jour où la Terre s’arrêta”

Le Jour où la Terre s’arrêta est un film de science-fiction de 1951, qui a connu une nouvelle version en 2008. Si dans les deux cas il ne s’agit pas d’un chef d’œuvre, la problématique est formidable, en faisant quelque chose d’incontournable pour qui s’intéresse à la défense de la Terre.

En fait, on peut largement penser que ces films ne sont que des prétextes pour une critique intelligente de la situation ; le message est vraiment ce qui ressort, bien plus que la forme très largement kitsch.

Le scénario est en effet le suivant : un extra-terrestre débarque sur Terre en soucoupe volante. L’armée se comporte, bien évidemment, avec une attitude hostile et meurtrière, avec des humains agressifs par rapport à ce qu’ils ne connaissent pas, cherchant toujours à détruire ce qu’ils ne contrôlent pas.

L’extra-terrestre, qui a une forme humaine, se balade alors et constate l’arriération de l’humanité sur le plan des valeurs. Ce message est bien sûr une critique ouverte des comportements humains, prétexte à une critique générale faite par le film en lui-même à la société de l’époque.

Le contenu de la critique est cependant fort différent, même si cela se rejoint bien entendu.

Dans le film de 1951, l’extra-terrestre vient expliquer aux humains que maintenant qu’ils ont progressé sur le plan technologique, ils doivent devenir pacifiques, sans quoi ils représentent une menace inacceptable pour les autres planètes. C’est un appel au pacifisme en pleine hystérie générale aux États-Unis alors.

Voici la scène finale, où l’extra-terrestre tient un discours pacifiste, d’une portée incroyable quand on connaît le contexte historique alors. Ce discours se tient devant des scientifiques, avec une présence soulignée de scientifiques indiens et chinois, soviétiques et américains : le message s’adresse à l’humanité toute entière.

C’est d’ailleurs la première fois peut-être que l’humanité est représentée de manière universelle au cinéma.

I am leaving soon, and you will forgive me if I speak bluntly. The universe grows smaller every day, and the threat of aggression by any group, anywhere, can no longer be tolerated. There must be security for all or no one is secure.

Je pars bientôt, vous m’excuserez si mes paroles sont brutales. L’univers est plus petit chaque jour, et la menace d’une agression, d’où qu’elle vienne, n’est plus acceptable. La sécurité doit être pour tous ou nul ne sera en sécurité.

Now, this does not mean giving up any freedom except the freedom to act irresponsibly. Your ancestors knew this when they made laws to govern themselves and hired policemen to enforce them. We of the other planets have long accepted this principle.

We have an organization for the mutual protection of all planets and for the complete elimination of aggression.

Cela ne signifie pas renoncer à la liberté mais renoncer à agir avec irresponsabilité. Vos ancêtres l’avaient compris quand ils ont créé les lois et engagé des policiers pour les faire respecter. Sur les autres planètes, nous avons accepté ce principe depuis longtemps.

Nous avons une organisation pour la protection mutuelle des planètes et la disparition totale des agressions.

The test of any such higher authority is, of course, the police force that supports it. For our policemen, we created a race of robots. Their function is to patrol the planets—in space ships like this one—and preserve the peace. In matters of aggression, we have given them absolute power over us; this power can not be revoked.

At the first sign of violence, they act automatically against the aggressor. The penalty for provoking their action is too terrible to risk.

Une autorité aussi haute repose bien sûr sur la police qui la représente. En guise de policiers, nous avons créé une race de robots. Leur fonction est de patrouiller dans des vaisseaux tels que celui-ci, et de préserver la paix. Pour les questions d’agression, nous leur avons donné les pleins pouvoirs. Ces pouvoirs ne peuvent être révoqués.

Au premier signe de violence, ils agissent contre l’agresseur. Les conséquences de leur mise en action sont trop terribles pour s’y risquer.

The result is that we live in peace, without arms or armies, secure in the knowledge that we are free from aggression and war—free to pursue more profitable enterprises.

Now, we do not pretend to have achieved perfection, but we do have a system, and it works. I came here to give you these facts. It is no concern of ours how you run your own planet.

Résultat : nous vivons en paix, sans arme ni armée, ne craignant ni agression ni guerre, et libres d’avoir des activités plus profitables. Nous ne prétendons pas avoir atteint la perfection, mais nous avons un système qui fonctionne.

Je suis venu vous donner ces informations. La façon dont vous dirigez votre planète ne nous regarde pas.

But if you threaten to extend your violence, this Earth of yours will be reduced to a burned-out cinder. Your choice is simple: Join us and live in peace, or pursue your present course and face obliteration.

We shall be waiting for your answer; the decision rests with you.

Mais si vous menacez d’étendre votre violence, votre Terre sera réduite à un tas de cendres. Votre choix est simple : joignez-vous à nous et vivez en paix ou continuez sur votre voie et exposez-vous à la destruction.

Nous attendrons votre réponse. La décision vous appartient.

C’est un terrible avertissement et un appel à la paix, à une humanité unifiée. Comme on a perdu du temps depuis 1951 pour aller en ce sens!

Dans le film de 2008, l’extra-terrestre explique que l’humanité est en train de tuer la Terre et qu’elle doit donc disparaître. Le scénario est alambiqué, car pourquoi venir annoncer quelque chose au lieu de le faire, pour ensuite naturellement changer d’avis ?

Autant dans la version de 1951, il y a un certain charme suranné des Etats-Unis des années 1950, autant dans la version de 2008 les faiblesses de 1951 reprises directement sous la forme d’un remake ne passent pas du tout.

Le film est totalement hollywoodien, mais heureusement il y a un aspect qui ressort qui est très fort et reflète un vrai questionnement. Voici un passage significatif.

– I need to know what is happening.
– This planet is dying. The human race is killing it.
– So you’ve come here to help us.
– No, I didn’t.

– J’ai besoin de savoir ce qui se passe.
– Cette planète est en train de mourir. L’espèce humaine la tue.
– Alors tu es venu ici pour nous aider.
– Non, ce n’est pas ce que j’ai fait.

– You said you came to save us.
– I said I came to save the Earth.
– You came to save the Earth. From us. You came to save the Earth from us.
– We can’t risk the survival of this planet for the sake of one species.

– Vous avez dit que vous êtes venu nous sauver.
– J’ai dit que je suis venu sauver la Terre.
– Vous êtes venu sauver la Terre. De nous. Vous êtes venu sauver la Terre de nous.
– Nous ne pouvons pas risquer la survie de cette planète pour une seule espèce.

– What are you saying ?
– If the Earth die, you die. If you die, the Earth survives. There are only a handful of planet in the cosmos that are capable to support complex life.

– Qu’est-ce que vous dites ?
– Si la Terre meurt, vous mourez. Si vous mourez, la Terre survit. Il y a seulement une poignée de planètes dans le cosmos qui sont capables de soutenir la vie complexe.

– You can’t do this.
– This one can’t be allowed to perish.
– We can change. We can still turn things around.
– We watched, we waited in the hope that you would change.

– Vous ne pouvez pas faire ça.
– On ne peut pas autoriser que celle-ci périsse.
– Nous pouvons changer. Nous pouvons encore renverser les choses.
– Nous avons regardé, nous avons attendu dans l’espoir que vous changeriez.

– Please.
– It has reached the tipping point, we need to act.
– Please.
– We’ll undo the damage you’ve done and give the Earth a chance to begin again.
– Don’t do that. We could change. We can change.
– The decision is made. The process has begun.

– S’il vous plaît.
– Le point de basculement a été atteint, nous devons agir.
– S’il vous plaît.
– Nous réparerons les dégâts que vous avez causé et donnerons à la Terre une chance de recommencer.
– Ne faites pas ça. Nous pourrions changer. Nous pouvons changer.
– La décision est prise. Le processus a commencé.

L’intensité dramatique est évidente pour qui ne voit pas la culture comme un simple divertissement. On a là quelque chose de grave et comment ne pas voir dans les propos de l’extra-terrestre, appelé Klaatu, quelque chose de si parlant?

Le Jour où la Terre s’arrêta n’est pas un bon film, ni en 1951, ni en 2008. Cependant, il a le mérite de permettre l’affirmation d’un vrai questionnement, qui se maintient malgré la dimension totalement commerciale de leur production.

Leur existence permet une bonne mise en perspective d’inquiétudes et de questionnements existant dans la société, allant dans le sens de l’universalisme et de l’écologie.

Affaire du tigre assassiné en plein Paris : l’erreur de se concentrer sur la “dangerosité”

L’affaire du tigre tué en plein Paris après s’être enfui de sa cage aurait pu amener une grande prise de conscience. Or, c’est un ratage total. Pour une raison par ailleurs très simple : au lieu de raisonner en termes de stratégie et de libération animale, les gens qui ont pris la parole en défense des animaux se sont fourvoyés totalement dans un pragmatisme irrationnel.

Leur raisonnement a été très simple et se résume en quelque sorte à cela : « l’affaire est un scandale, en poussant on va forcément parvenir à interdire les cirques avec animaux sauvages. Et pour y arriver, on va forcer à fond sur la question de la sécurité des êtres humains par rapport aux animaux qui sont dangereux ».

Le choix tactique consistant à considérer qu’on peut aboutir à une interdiction très rapide des cirques avec animaux sauvages est discutable. Elle est illusoire à notre sens, de par l’ampleur des cirques dans le poids culturel en France, leur impact sur les idées et les mœurs. Mais c’est là une divergence d’opinions.

Par contre, la dénonciation des animaux est inacceptable, et on peut voir que c’est le produit direct de ce pragmatisme outrancier.

Il ne s’agit pas de dire ici que les arguments employés par les gens cherchant à interdire les cirques avec animaux, avec animaux sauvages, sont tous faux. Il s’agit de constater que le cœur de la critique s’appuie sur une dénonciation des animaux comme dangereux, incontrôlables, étrangers à l’humanité, etc.

Au lieu d’affirmer l’universalisme de la sensation, de la souffrance, du besoin de vivre naturel, l’argument-massue employée systématiquement est le suivant : les animaux sauvages sont dangereux, donc il faut les remettre en liberté, car de toutes façons ils souffrent.

L’idée est de frapper l’opinion publique sur la dangerosité, pour la persuader.

Or, il ne faut pas persuader, mais convaincre. Il faut une humanité tournée vers les animaux de manière positive, non pas une humanité se détournant des animaux.

Pourquoi ? Parce que le spécisme n’existe pas, parce que la société humaine n’existe pas en-dehors de la planète, que les humains sont eux-mêmes des animaux et relèvent de de la Nature en général.

Il est facile de voir que, philosophiquement parlant, cela change tout que de dire :

– ou bien : « les animaux sont étranges, potentiellement dangereux, de toutes façons laissons les vivre, notre conscience s’en portera mieux » ;

– ou bien : « tout être vivant cherche à persévérer dans son être, la compassion est universelle, nous ne sommes qu’une composante de la planète, cette terre-mère ».

A la suite de l’affaire du tigre tué dans Paris, les intellectuels et les associations institutionnelles ont eu un discours visant à renforcer « l’étrangeté » des animaux. Ils séparent radicalement l’humanité de la Nature, en pensant bien faire pour ces animaux… Alors qu’en réalité, ils reproduisent directement l’idéologie dominante.

C’est un exemple très pertinent de comment l’incompréhension de la question naturelle empêche des gens, qu’on peut espérer sincères, à défendre les animaux. En refusant la Nature, ces gens reproduisent nécessairement les conceptions dominantes de ce qu’est un animal : un être entièrement extérieur à l’humanité.

Or, rien n’est extérieur à rien ni personne ; notre planète est celle des humains, des cafards, des canards et des poissons-lunes. Renforcer la séparation radicale sur le plan intellectuel, moral, c’est empêcher l’humanité de sortir de son anthropocentrisme.

Les exemples le montrent bien et malheureusement, l’opinion publique va être profondément marqué par cela. Elle va retenir surtout que les animaux sauvages sont dangereux, qu’il faut rester à l’écart des animaux, qu’on serait sorti de la Nature…

Voici des exemples de cela : L’Observateur a publié un tribune d’Astrid Guillaume, présentée comme :

« sémioticienne, maître de conférences (hdr), Université Paris-Sorbonne – Sorbonne Universités. Elle est membre du comité scientifique de la Fondation droit animal, éthique et sciences (LFDA) »

Elle dit :

« Un tigre n’est pas un chaton. Les tigres, les lions, les éléphants, les primates, sont des animaux sauvages potentiellement dangereux qui ne peuvent être « domptés » qu’à coups de fouets, de piques de dressage, d’ankus, de martinets ou de bâtons. Plus leur frustration grandit, plus ils risquent d’être dangereux. »

La Fondation Brigitte Bardot dit dans son petit communiqué :

« C’est un miracle qu’il n’y ait pas eu de victimes humaines cette fois »

L’association One Voice dit pareillement :

« Les cirques savent qu’ils risquent des sanctions s’ils signalent les accidents, on peut donc se poser la question de la fiabilité de leurs déclarations. Ils détiennent des animaux qui représentent des risques réels pour le public. Ces mêmes animaux qui, dans les zoos, font l’objet d’une réglementation très stricte en matière de sécurité.

One Voice dénonce depuis des années les problèmes de sécurité dans les cirques notamment depuis que l’éléphante Samba a tué un homme dans sa fuite en septembre 2013 à Lizy-sur-Ourq. Les éléphants actuellement dans les ménageries des cirques ne sont retenus que par des fils électriques utilisés pour les vaches. »

Dans un message sur Facebook, One Voice reprend cet argument, comme d’ailleurs dans les interviews donnés :

« Que Mevy la jeune tigresse, animal sauvage (dangereux), s’échappe, puis soit tuée au fusil à pompe dans les rues de Paris (dangereux) ne suffise pas au ministère pour prendre conscience du danger (!!) que les cirques avec animaux sauvages représentent, nous laisse sans voix. »

Il y a une tribune pour Libération, écrite par Philippe Reigné, qui se présente comme :

“Professeur de droit au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) et co-fondateur de Paris Animaux Zoopolis.”

Il dit :

« Le corps ensanglanté du grand félin a ensuite été recouvert d’un drap blanc. Une enquête judiciairepour mise en danger de la vie d’autrui est en cours.

Ce tragique événement s’ajoute à une liste déjà longue ; l’association Code animal recense ainsi, en France, plus de 40 accidents impliquant des animaux de cirque en dix ans. Il conviendrait de compléter ce catalogue par les blessés et les morts que charrient la corrida et la chasse.
Qu’il suffise de rappeler quelques drames récents, tels la mort, le 17 juin, d’Ivan Fandiño, encorné par le taureau Provechito, lors d’une corrida à Aire-sur-l’Adour dans les Landes, ou le décès, le 6 novembre, d’un rabatteur, perforé par les bois du cerf qui l’a chargé, lors d’une partie de chasse près de Compiègne, dans la forêt de l’automne.

L’animal doit être considéré comme «un individu et être sentant» (1), affirmait déjà, en 1887, la poétesse Marie Huot, militante féministe et animaliste, qui, toujours, sut mettre sa vie en accord avec ses convictions dans un monde dominé par les hommes (2).

Combien de fois faudra-t-il rappeler que chaque animal a son tempérament, son caractère, ses qualités et ses défauts ? Il est plus ou moins habile, plus ou moins intelligent, de bonne ou méchante humeur.

C’est parce qu’il avait une aptitude particulière à se retourner très rapidement que le taureau Provechito parvint à blesser mortellement Ivan Fandiño, le percutant pour, ensuite, le projeter en l’air. (…)

Le contrôle est une illusion, spécialement lorsqu’il s’applique à la nature et aux animaux.

C’est ce que nous rappellent le célèbre film Jurassic Park de Steven Spielberg, sorti dans les salles en 1993, et le roman éponyme de Michael Crichton, publié trois ans plus tôt.

Malgré les précautions prises, les dinosaures créés par bio-ingénierie, sur l’initiative du milliardaire John Hammond, échappent à toute maîtrise humaine et plongent dans le chaos le parc qui était censé faire d’eux des objets de divertissement.

Le film et le roman prophétisent la chute de l’Humanité technologique, dominatrice et arrogante, la nôtre, que doit remplacer une société plus juste et plus respectueuse, que symbolise la petite-fille de John Hammond, Alexis Murphy, végétarienne, comme Marie Huot.”

Passer de la tigresse assassinée à Jurassic Park, quelle terrible insulte pour la tigresse! C’est faire des animaux des monstres, imprévisibles, d’une dangerosité perpétuelle. C’est la caricature d’une Nature où tout est crime, domination, lutte de chacun contre chacun. C’est honteux.

Tous ces discours sur la « dangerosité » des animaux sauvages sont, au moins déplacés, si ce n’est totalement faux, car relevant d’une vision abstraite, formelle, caricaturale de la Nature.

Ces discours sont prisonniers de l’anthropocentrisme.  Ces discours desservent les animaux, en ne les valorisant pas comme ils devraient être.

Vibur le teckel compte sur nous

Vibur est un teckel de 13 ans et demi, la personne qui s’occupait de lui est décédée… A nous d’en prendre la responsabilité, en contribuant au moins à lui trouver une nouvelle famille pour le reste de sa vie! Ici, la page facebook pour ce faire. Il est en ce moment en Eure-et-Loire, à Dreux.

Faisons triompher la compassion.

Un tigre assassiné en plein Paris

Un tigre qui se retrouve à déambuler dans Paris, pour finalement être abattu : voilà ce qui n’est pas un fait divers, mais l’expression de tout un parcours ayant marqué le rapport entre l’humanité et les animaux depuis des siècles.

Car la question dépasse largement celle des cirques, bien que ce soit important, mais pas du tout autant que le pensent ceux qui se focalisent dessus comme ailleurs sur le foie gras ou la corrida.

Tout est effectivement lié, non pas par le « spécisme » qui attribue une méchanceté voulue ou choisie, mais par le rapport général à la Nature. En effet, ce qui compte c’est de se demander pourquoi un tigre peut se retrouver en Europe, en France, à Paris.

Comment, au 21e siècle, un lion peut-il être exhibé dans un divertissement des plus primitifs, dans une des principales villes du monde, avec ce que cela représente en termes de culture?

Cette question est tellement explosive dans son contenu que les faits sont passés, si ce n’est sous silence, tout à fait inaperçus. C’est la réduction à un fait divers de quelque chose extrêmement grave, comme le révèle très bien l’attitude de la préfecture de police, sur un mode « circulez il n’y a rien à voir » tout en utilisant même un émoticône « tigre ».

Les faits se sont déroulés dans le 15e arrondissement de Paris, juste devant les locaux de France TV, au niveau des grands boulevards dits des maréchaux cerclant la capitale. Le tigre s’est enfui, sans que l’on sache encore pourquoi (si on ne le saura jamais) du cirque Bormann, se déplaçant vers une allée, le square Carlo Sarrabezolles.

Deux dompteurs, munis d’une perche et d’un morceau de viande, sont allés tenter de le récupérer, pour finalement procéder eux-mêmes à son assassinat. Cet assassinat a été commis… au fusil à pompe ! Au moyen de deux balles d’abord, puis d’une troisième pour l’achever.

Le fait qu’un fusil à pompe soit employé signifie bien des choses. Cela signifie en effet que les dompteurs ne disposaient pas de fusils spéciaux avec des fléchettes pour endormir l’animal.

On est ici dans une sorte de gestion « à l’ancienne », comme en témoigne d’ailleurs l’image de la cage où le lion se retrouvait avec deux autres de ses semblables. Il n’y a ici nul « spécisme », mais une véritable arriération culturelle, une aberration sur le plan de la civilisation : on a affaire une activité primitive, pratiquement artisanale.

On est pourtant au 21e siècle et cela s’est déroulé à Paris, ce qui montre que le fond de l’histoire, c’est l’incompréhension fondamentale de la Nature. Le lion est coupé de sa réalité naturelle, il est exhibé pour des gens qui vont encore au cirque, qui y emmènent encore les enfants.

Le niveau de conscience est donc bien plus que faible : il est totalement aliéné. C’est là la vraie problématique qui existe à l’arrière-plan. Non seulement le niveau est faible dans la compréhension de la réalité animale, mais en plus il est façonné par l’exploitation animale.

Les réactions à la mort du lion le révèlent : les gens sont écœurés, scandalisés, tout cela témoigne que quelque chose ne va pas, qu’il y a un vrai problème de fond. Mais cela ne va pas plus loin, parce que les gens n’imaginent pas qu’autre chose est possible.

Il ne s’agit pas seulement de leur proposer d’être vegan individuellement. Il s’agit de montrer qu’une autre civilisation est possible, que la Terre doit redevenir bleue et verte. La critique de l’anthropocentrisme ne peut exister qu’associée à la proposition concrète d’un autre monde.

Il en va de la défense de la Nature et de la protection de notre mère la Terre : sans cette perspective, l’effondrement des valeurs ne peut que continuer, en raison de la dispersion, de l’absence de connection à l’ensemble.

Le droit des pigeons à boire, ainsi qu’à prendre des bains

Le véganisme ne peut pas se concevoir comme une position individuelle : ce serait une simple posture. Il faut au contraire aller dans le sens de changer l’ensemble de la réalité conformément à ce qu’on a ressenti et compris.

La situation des pigeons est tout à fait emblématique de cela. L’engagement en leur faveur est pratiquement inexistant, alors que ceux-ci devraient être le symbole de la lutte, tellement leur existence même montre la vacuité des prétentions anthropocentristes.

Inversement, la véritable folie furieuse envers les pigeons révèle le caractère irrationnelle d’une humanité qui a enfermé son esprit dans le béton, emprisonnant ses sentiments dans sa forteresse urbaine.

Le visage béat de parents devant leurs jeunes enfants pourchassant les pigeons est ici le masque odieux de l’ignorance, de la célébration de la destruction au nom d’une sorte de pseudo confort personnel.

Si le véganisme existe en tant que proposition positive – et il ne peut exister que comme cela – alors il faut aborder la question de la ville aussi selon le regard des pigeons et de leurs besoins. L’une des image d’Épinal employé pour dénoncer les pigeons est notamment la question de leur saleté.

Or, il en va de leur nombre comme de leur saleté supposée : si les villes sont propres, les pigeons sont propres. Mais, au-delà de cela, il est tout à fait nécessaire d’affirmer que les pigeons ont le droit de se baigner.

Habitant les villes, avec par conséquent un statut d’habitants qui devrait être officiellement reconnu par l’humanité, les pigeons devraient se voir aider dans leur quête de bains. Les pigeons ont en effet un grand plaisir à prendre des bains, et pas seulement des bains de soleil, comme on peut souvent le voir. Posé, les ailes légèrement écartées, le pigeon profite du soleil, se chauffant avec plaisir.

La posture est sensiblement différente pour le bain pris dans l’eau, de par bien sûr le fait que le pigeon en profite pour se laver. Il faut que l’eau ne soit pas profonde – le pigeon ne sait pas nager, n’ayant pas appris, car il n’en a pas besoin – ce qui fait qu’on le voit souvent, quand on y prête attention, se laver dans la rue, au bord des trottoirs, car une vanne d’eau a été ouverte lors d’une opération de nettoyage.

Il serait par conséquent tout à fait normal que des petits bains soient organisés de manière organisée dans les villes, afin de servir de lieux où se laver pour les pigeons. On les accuse parfois d’être sales : soit, en ce cas, donnons leur le moyen de se laver.

Évidemment, dans cette société, c’est le social-darwinisme qui prime : on pense plutôt à exterminer qu’à reconnaître, à supprimer qu’à aider, à détruire qu’à construire.

Mais du point de vue vegan, pour l’affirmation de l’utopie d’une vie radicalement différente dans le rapport aux animaux, l’affirmation de la nécessaire existence de baignoire pour les pigeons est quelque chose de très fort, qui apporte beaucoup.

D’ailleurs, en plus des bains, et dans une idée similaire, il est nécessaire que les pigeons puissent boire. Si l’on veut en effet qu’ils soient « sains », alors autant qu’ils boivent de l’eau saine. Cela signifie que l’humanité doit mettre à la disposition des pigeons des accès à l’eau potable.

L’humanité ne peut pas faire comme si elle vivait à côté des pigeons, dans « leur » ville. La tendance au repli sur soi-même, sur « sa » propriété, est une aberration par rapport à la complexité de la réalité.

C’est dans les détails que tout se révèle, parce que la prétention de l’humanité au “contrôle”, à la “maîtrise”, ne tient plus quand on s’aperçoit de ce qui se passe réellement.

L’incapacité à affronter les faits, à se pencher sur une simple réalité de la vie quotidienne comme l’existence des pigeons, montre bien que l’humanité nie la complexité du réel, fuit ses tâches.

Il serait tellement aisé de faciliter la vie des pigeons, et pourtant ce n’est pas fait. Les gens peuvent marcher dans les rues sans même s’apercevoir qu’un pigeon blessé peut être juste à côté d’eux.

Cette situation provient de l’enfermement de l’esprit dans le carcan de l’individualisme ; personne ne se sent responsable de rien. Le véganisme actuellement dominant correspond malheureusement à un tel individualisme : les gens disent qu’ils ne veulent pas participer individuellement à l’exploitation animale, mais ils ne s’engagent pas pour les animaux, simplement “contre” quelque chose à laquelle ils veulent échapper en leur âme et conscience.

Or, il ne s’agit pas de nous, jamais, mais toujours des animaux, de l’ensemble du vivant. Nous ne sommes qu’une partie de l’ensemble et notre existence n’a un sens que par rapport à cet ensemble.

Le bilan de la COP23

La COP23 s’est terminée et il y a lieu de tirer un bilan. La grande question est bien sûr de vérifier nos propres conclusions au moment de la COP21 et de voir si nous sommes « catastrophistes » ou simplement « réalistes ».

La COP23 ne donne pas de réponse à ce sujet, car elle n’a pas présenté de questions ; en fait, tous les observateurs se demandent même pourquoi elle s’est tenue, à part pour des raisons formelles.

On a affaire ici à quelque chose de très grave. Après la COP21, le réchauffement climatique aurait dû devenir une cause d’une importance fondamentale pour tout le monde. Cela devrait être une actualité intellectuelle, théorique, culturelle, allant des scientifiques aux discussions entre amis.

Il n’y a pourtant rien de cela. Le réchauffement climatique est perçu comme une sorte de bruit de fond. Il faudra vivre avec, rien ne peut réellement se passer, de toutes manières les Etats prendront les mesures nécessaires et surtout, nous ne sommes pas les plus mal lotis dans notre pays.

Si l’on ajoute à cet esprit égoïste, un très fort “climato-scepticisme”, on a un panorama régressif au plus haut point. La COP23 n’a rien changé à la donne, d’autant plus que les grandes échéances sont officiellement repoussées.

La grande date décisive, c’est la fin de l’année 2018, pour quatre raisons :

– le Giec (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) publiera en septembre 2018 le document «  Réchauffement planétaire de 1,5°C: rapport spécial du GIEC sur les conséquences d’un réchauffement planétaire de 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels et les profils connexes d’évolution des émissions mondiales de gaz à effet de serre, dans le contexte du renforcement de la riposte mondiale au changement climatique, du développement durable et de la lutte contre la pauvreté »,

– le même mois se tiendra à San Francisco un « sommet de l’action climatique mondiale » avec des villes, des entreprises, des ONG, etc.,

– le 12 décembre 2018 se tiendra le sommet de Paris pour tirer le bilan de la COP21,

– le même mois, on ne sait pas encore quand, se tiendra la COP24 à Katowice, ville industrielle historique de la Pologne.

Cela formera « le moment de vérité » pour reprendre l’expression de Nicolas Hulot, qui montre ici pourquoi il n’a pas démissionné de son poste : il veut être aux premières loges. Il espère encore se placer comme “grande figure” combinant institutionnalisation et souci de la planète.

Un positionnement qui est absurde de bout en bout, et de toutes manières il ne faut pas se leurrer, tout le monde a compris que les objectifs de la COP21 sont impossibles à atteindre en l’absence d’un gouvernement mondial donnant des ordres précis et efficaces.

Dans un monde de concurrence économique acharnée, de bataille pour la puissance, il n’y a pas de place pour des comportements raisonnés et raisonnables. L’objectif est simplement de ne pas perdre la face et d’attendre que quelqu’un fasse un faux pas, pour apparaître comme le moins coupable, exactement comme en 1914.

Il suffit de voir que 70 % des investissements du secteur énergétique mondiale vont au charbon, au pétrole, au gaz et que cette proportion passera à 60 %… en 2040. Personne ne veut changer son style de vie, personne ne veut perdre ses avantages dans la bataille économique.

Tout est donc poudre aux yeux. Des pays ont annoncé juste avant la COP23 une « Alliance pour la sortie du charbon », mais il ne faut pas être dupe : la France a signé pour promouvoir le nucléaire. Il s’agit juste de se placer de manière adéquate : Emmanuel Macron a parlé de taxer le C02, mais c’est bien aussi dans le sens de pratiquer le protectionnisme.

Il y a une véritable prise d’otage de la question ici et on a même vu le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel arriver en grande pompe pour la fin de la COP23, avec une déclaration commune franco-allemande.

Emmanuel Macron lui-même a tenu un discours, disant que « le seuil de l’irréversible a été franchi », comme quoi « en France, nous devons accélérer la transition énergétique avec l’obsession de réduire nos émissions de gaz à effet de serre », d’ailleurs « nous n’avons qu’un horizon : c’est maintenant ».

Ce show franco-allemand était possible par un habile tour de passe-passe, puisque, officiellement, ce sont les îles Fidji qui organisaient la COP23, l’Allemagne ayant proposé de l’assumer techniquement chez elle.

On a pu voir Timoci Naulusala, un Fidjien de 12 ans, s’exprimant à la tribune pour parler de la catastrophe provoquée par le cyclone Winston de 2016 :

« Ma maison, mon école, ma source de nourriture, d’eau, d’argent, ont été détruites. Ma vie était un chaos. Je me suis demandé : Que se passe-t-il ? Que vais-je faire ? »

Ce jeu sur l’émotion s’est également accompagné de la mise en place d’un « dialogue de Talanoa ». Le mot est fidjien et signifie « parler avec le cœur » !

On en arrive à un point où pour y croire encore, il faut faire plus que semblant : il faut pratiquement passer dans le mysticisme.

La COP23 a été un accompagnement de plus à la catastrophe en cours, un faire-valoir pour les gouvernants, un gage de bonne conscience pour les gouvernés…

A un moment, il faudra bien faire semblant de prendre des décisions, bien sûr. Mais il s’agit de repousser cela le plus possible, comme pour éviter toute responsabilité.

C’est l’ultra-individualisme des gens, mais à l’échelle des Etats. C’est la raison pour laquelle il a été décidé de voir… l’année prochaine où en est la situation des cent milliards de dollars promis chaque année, à partir de 2020, aux pays subissant des « pertes et dommages » en raison du réchauffement climatique.

Repousser toujours davantage les décisions, prétendre que la prochaine sera la bonne : voilà le sens des COP et la COP23 ne déroge pas à la règle.

Discours d’Emmanuel Macron à la COP23 à Bonn

On en avait que des bribes mais ça y est l’Elysée a mis en ligne le discours d’Emmanuel Macron lors de sa visite à la COP23. C’est un document important, car il est prétentieux et vaniteux, et sera donc utile demain pour dénoncer les mensonges et les faiblesses.

C’est toute une génération restée passive, ayant fait le choix de l’ignorance, qui sera jugée demain.

Discours du Président de la République, Emmanuel Macron, lors de la COP23 à Bonn

Monsieur le Premier ministre des îles Fidji, président de la COP23 ;

Madame la chancelière, chère Angela ;

Mesdames et messieurs les chefs d’État et de gouvernement ;

Monsieur le Secrétaire général des Nations Unies ;

Monsieur le président de l’Assemblée générale des Nations Unies ;

Mesdames et messieurs.

Depuis vingt-cinq ans, chaque année, depuis le sommet de la terre à Rio en 1992, la communauté scientifique nous envoie des messages d’alerte. Les 15 000 scientifiques qui il y a quelques jours ont à nouveau écrit l’ont encore rappelé.

Le seuil de l’irréversible a été franchi. Les évènements climatiques s’intensifient et se multiplient. La France l’a vécu aux Antilles il y a quelques semaines, sur l’île de Saint-Martin. Plusieurs d’entre vous l’ont aussi vécu ces derniers mois ou ces dernières années.

Les équilibres de la planète sont prêts à rompre, comme le traduisent le réchauffement des océans ou la disparition de nombreuses espèces menacées. L’ensemble de l’humanité est ainsi touché, en particulier les populations les plus vulnérables. Car le dérèglement climatique ajoute l’injustice à l’injustice, ajoute de la pauvreté à la pauvreté, ajoute de l’insécurité à l’insécurité. Il touche en particulier ceux qui sont déjà les plus fragiles.

En cela la lutte contre le dérèglement climatique est bien l’un des combats majeurs de notre temps. Ce combat, il se joue sur la scène internationale et c’est l’objet même de cette conférence.

Nous nous sommes fixés des objectifs ambitieux. L’accord de Paris signé il y a presque deux ans est bien là. Il est, comme la chancelière vient de le rappeler, un point de départ, mais un point de départ auquel nous tenons, et sur lequel nous ne lâcherons rien.

Ce point de départ fixe d’ici à 2100 un objectif d’augmentation d’1,5 degré en moyenne de la température du globe. Nous sommes aujourd’hui au-dessus de 3 degrés. Si nous continuons comme nous le faisons aujourd’hui, quels que soient les efforts déjà faits ces dernières années, cela veut dire que nous acceptons tacitement, collectivement ici la disparition d’un bon nombre des populations ici représentées. Qu’à horizon 2100 nous acceptons aujourd’hui tacitement que nombre de peuples qui sont là représentés disparaitront. Nous n’y sommes pas prêts.

Alors cela suppose un engagement fort. Je veux saluer l’engagement du Maroc et de Fidji pour la COP de l’année dernière et celle que vous présidez aujourd’hui, et l’engagement de toutes celles et ceux qui présents dans cette salle continuent à œuvrer sur le plan international.

Mais il nous faut maintenant des engagements clairs et fermes. Sur le plan international, nous avons besoin d’une expertise scientifique, d’un débat scientifique constamment alimenté qui éclaire la décision.

Le GIEC est l’une des composantes majeures de ce travail. Or il est aujourd’hui menacé ; menacé par la décision des Etats-Unis de ne pas garantir leur financement. Je souhaite donc que l’Europe se substitue aux Américains et je veux ici vous dire que la France sera au rendez-vous. Je souhaite que le maximum d’Etats européens puissent à nos côtés, ensemble, compenser la perte de financement américain. Je peux vous garantir d’ores et déjà qu’à partir de 2018, pas un centime ne manquera au GIEC pour fonctionner, avancer et continuer à éclairer nos décisions.

Nous devons accélérer la mise en œuvre effective de l’accord de Paris et donc prendre des engagements qui impliqueront la responsabilité des gouvernements, des collectivités locales, du secteur privé ; c’est l’objectif d’abord des négociations que vous conduisez, monsieur le président, et je souhaite que tous les pays prennent leur responsabilité pour ne rien remettre en cause des équilibres décidés il y a deux ans.

Mais au-delà de ces décisions qui impliquent l’esprit de responsabilité de chacune et de chacun, nous devons aussi mettre en œuvre les décisions, nous devons obtenir les premiers résultats. Et c’est l’objectif, la chancelière vient de le rappeler, avec vous tous, que le secrétaire général des Nations Unies, le président de la Banque mondiale ont souhaité porter pour le 12 décembre prochain à Paris : pouvoir nous réunir et mettre en évidence les premiers résultats concrets, les premières perspectives à venir, et surtout mobiliser les financements publics et privés qui permettront de le faire.

Ce sont donc les fondations, le secteur privé, les villes, les régions et les Etats qui seront mobilisés avec un plan de bataille concret et avec une liste des premières victoires de ces derniers mois, des victoires en cours mais aussi le plan de bataille à venir.

Ce que je souhaite et que je nous fixe comme objectif collectif pour le Sommet du 12 décembre, c’est de montrer que les villes et le secteur privé américain sauront compenser la totalité de l’engagement américain en faveur de l’action climatique.

Mais au-delà de cet objectif, l’ensemble des financements régionaux, publics et privés que nous mobilisons permettront de donner, en particulier aux Etats les plus vulnérables, une vraie feuille de route, des financements pour pouvoir innover et être au rendez-vous de la transition environnementale indispensable.

Nous devrons aussi acter dans les prochains mois une transformation profonde de notre aide internationale en la matière, afin d’aider à l’adaptation, afin de marquer notre solidarité collective à la transition climatique dont les plus pays les plus vulnérables ont besoin.

Au niveau européen nous devons aussi nous engager avec un objectif : réduire les émissions de gaz à effet de serre, la chancelière vient de le rappeler très clairement ; et pour ce qui est de la France avec 4 priorités en la matière.

La première, de favoriser, d’encourager et de participer activement au financement de toutes les interconnexions dont nous avons besoin. Entre l’Allemagne et la France mais aussi pour ce qui est de notre pays avec l’Irlande, l’Espagne, l’Italie, le Benelux, le Portugal.

Ces interconnexions, c’est la garantie de mieux utiliser les énergies renouvelables partout sur notre continent et en particulier au sein de l’Union européenne, et c’est la garantie d’accélérer la réduction des gaz à effet de serre et des productions les moins compatibles avec cette stratégie.

La deuxième priorité, c’est d’avoir un prix plancher du CO2 en Europe. Et je suis favorable à ce que nous puissions dans les prochains mois acter, comme nous l’avons déjà dessiné, d’un vrai prix à 30 euros la tonne pour le CO2, ce qui on le sait est le prix de référence qui permettra de changer durablement les comportements, de transformer les priorités de nos investisseurs, de nos acteurs industriels et dans aucun pays européen ce ne sera facile.

Partout nous aurons des industriels qui essayeront de demander du temps, de ne pas convenir d’un tel objectif ; et je n’ignore rien des défis que cela pose dans chacun de nos pays, mais si nous ne faisons pas cette politique nous transformerons nos comportements collectifs et jamais l’Europe ne sera au rendez-vous de ce qui est attendu d’elle.

Cela suppose à côté de ça des mesures d’accompagnement indispensables ; cela suppose aussi des vraies décisions à nos frontières, et en particulier une taxe aux frontières qui permettra aussi de protéger nos secteurs économiques face à l’importation venant de pays qui ne respectent pas du tout les mêmes objectifs et décident de ne pas s’engager dans cette transition environnementale.

Ce prix-plancher du CO2, c’est l’étape après le très bel accord obtenu la semaine dernière par la Commission, le Conseil et le Parlement européen que vient de saluer la chancelière Angela MERKEL, l’accord sur les ETS qui va dans le bon sens mais qui doit dans l’année qui vient être complété.

Le troisième axe sur lequel nous avons besoin d’avancer au niveau européen, c’est l’intégration des objectifs environnementaux dans notre politique commerciale. Si nous voulons avancer de manière crédible nous devons renforcer nos investissements, renforcer la transformation de nos secteurs industriels pour être plus conformes à ces objectifs environnementaux, mais il nous faut aussi lorsque nous négocions des accords commerciaux intégrer cette contrepartie environnementale prise en compte, et ne pas négocier des accords avec des pays qui ne jouent pas le jeu ou qui sont moins ambitieux que nous, puisque cela viendrait diminuer nos ambitions collectives.

Enfin, il nous faut travailler sur l’accélération de la montée des énergies renouvelables. Et si nous voulons qu’elles continuent à se développer pour se substituer réellement à des énergies dites non intermittentes, nous avons besoin d’avancer sur le stockage de l’énergie.

C’est la vraie disruption sur le plan scientifique et industriel et c’est pourquoi je sais qu’avec la chancelière nous sommes pleinement engagés sur ce terrain. Nous allons ensemble favoriser les investissements européens qui vont vers le stockage des énergies et avancer ensemble tout particulièrement sur des projets industriels scientifiques conjoints pour financer l’innovation de rupture en matière de stockage de l’énergie, financer les rapprochements industriels qui permettront d’avancer dans la batterie et dans toutes les technologies qui permettront d’aller plus vite dans cette transformation.

Enfin, pour ce qui relève de la France, nous devons accélérer cette transformation avec une obsession, celle de réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Pour cela, nous nous sommes engagés durant les derniers mois – et ce fut l’engagement ferme au sein de mon gouvernement du ministre d’Etat Nicolas HULOT – nous nous sommes engagés clairement pour une sortie de la production des énergies fossiles et une vraie transformation de notre modèle de production.

Ainsi la France a-t-elle décidé la fermeture de toutes les centrales à charbon d’ici la fin de l’année 2021, l’absence de toute construction de nouvelles centrales thermiques, et surtout à travers un projet de loi hydrocarbure voté à l’Assemblée nationale et qui sera parachevé dans les prochaines semaines, l’interdiction de tout nouveau permis d’exploration et d’exploitation d’hydrocarbures dans notre pays. C’est la première fois qu’un pays développé décide pour son propre territoire d’une telle politique ; nous l’assumons parce que c’est celle qui est indispensable pour être au rendez-vous du climat et de la transition que nous avons actée.

Cette transformation, elle implique aussi d’accélérer la montée en puissance des énergies renouvelables. Et donc pour se faire, de pouvoir accélérer les mutations technologiques que je viens d’évoquer et ce partenariat européen. Et que personne ne se trompe ici, prétendre que nous devrions accélérer les fermetures de centrales nucléaires sans avoir répondu préalablement à cela, c’est nous condamner dans les prochaines années à rouvrir des centrales à charbon ou des centrales thermiques. Et donc faire l’inverse de ce que nous sommes en train de nous engager à faire.

La priorité, c’est la baisse des émissions, la priorité c’est de baisser les émissions de gaz à effet de serre et donc la politique CO2, c’est celle-ci dans laquelle le gouvernement est pleinement engagé et aura des résultats dans les prochaines années.

Cette priorité, c’est aussi celle du plan climat qui a décidé pour la mobilité, d’une part d’engager une politique fiscale inédite permettant de faire converger l’ensemble des modes de transport pour des meilleurs résultats en terme là aussi d’émissions de carbone et d’émissions de particules, et c’est l’objectif que nous nous sommes fixés d’ici à vingt ans de supprimer les véhicules contribuant à l’effet de serre.

Engagement ferme de l’État, de l’ensemble des industriels dans lequel nous avons donc décidé d’entrer.

Et c’est aussi le même engagement qui nous conduit à investir massivement dans la rénovation thermique des bâtiments, dans l’efficacité énergétique et dans une vraie politique d’investissement dans la transformation de notre modèle énergétique industriel et économique.

Le plan climat qui a été présenté par le ministre est un plan courageux. Aucun recul sur notre engagement sur le climat n’a été fait, au contraire ; des décisions responsables ont été prises qui ont abandonné les fétiches irréalistes mais ont pris avant tout un agenda de décisions crédibles, volontaristes qui supposera l’engagement de tous. J’y veillerai et je m’en porte ici garant.

Les pays riches, mesdames et messieurs, ont une double responsabilité. Nous avons participé au changement climatique, nous avons participé à la transformation de l’ère industrielle et contemporaine avec tous les effets que nous connaissons ; nous devons donc participer aujourd’hui activement à la transition climatique et à l’atténuation de ses effets.

Au siècle dernier, les pays riches ont imposé au monde leur modèle industriel, aujourd’hui il leur est interdit d’imposer au monde leur propre tragédie. Nous n’avons donc qu’une obsession : l’action ; nous n’avons qu’un horizon : c’est maintenant.

Je vous remercie.