• Vandalisme "stop spécisme" : série d'arrestations

Vandalisme “stop spécisme” : série d’arrestations

Des vitrines de la boucherie des Fils de René Comte ont été brisées à Saint-Julien-en-Genevois. Rien n’a été inscrit sur les murs, cependant évidemment cela fait écho aux actions récentes de vandalisme. Le maire de la commune s’est donc fendu d’un communiqué se voulant pacifiste mais prônant en réalité l’embrigadement :

« Les fascistes anti-spécistes qui veulent vous interdire de manger de la viande contre votre gré se sont attaqués à une boucherie du centre-ville cette nuit. Par solidarité avec les excellents bouchers saint-juliénois, je vous propose cette semaine de vous souvenir, en mangeant beaucoup de viande, que l’on peut débattre, échanger et dialoguer sans violence. »

Il y a justement plus d’une semaine, la police a mené un raid et procédé des arrestations à Lille. Il n’y a pas eu de communiqué à ce sujet de la part des personnes concernées, aussi est-il nécessaire de présenter les faits, pour autant qu’ils soient connus.

La police est intervenue chez six personnes, le lundi 10 septembre dans l’après-midi et le mardi 11 au matin. Six personnes sont concernées : cinq femmes et d’un homme âgés entre 22 et 54 ans. Elles ont gardé le silence face à la police.

Une seule personne est mise en examen, une femme de 21 ans accusée d’avoir participé à des « dégradations volontaires en réunion » contre trois commerces du centre-ville de Lille, une boucherie, une poissonnerie et une chaîne de restauration rapide. Son procès aura lieu le 14 décembre 2018.

Selon les informations diffusées, les preuves censées avoir été trouvées ont trois sources :

– un travail de téléphonie, c’est-à-dire des écoutes téléphoniques,

– des perquisitions,

– l’ADN,

– des arrestations lors d’inscriptions de slogans sur la faculté de Villeneuve d’Ascq.

Le fait que la personne soit accusée de dégradations volontaires en réunion signifie :

– que l’intention va être mise en avant,

– que l’organisation de cette intention va être soulignée.

Juridiquement, cela concerne les points suivants :

Section 1 : Des destructions, dégradations et détériorations ne présentant pas de danger pour les personnes

Article 322-1

La destruction, la dégradation ou la détérioration d’un bien appartenant à autrui est punie de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende, sauf s’il n’en est résulté qu’un dommage léger.

Le fait de tracer des inscriptions, des signes ou des dessins, sans autorisation préalable, sur les façades, les véhicules, les voies publiques ou le mobilier urbain est puni de 3 750 euros d’amende et d’une peine de travail d’intérêt général lorsqu’il n’en est résulté qu’un dommage léger.

Article 322-3

L’infraction définie au premier alinéa de l’article 322-1 est punie de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende et celle définie au deuxième alinéa du même article de 15 000 euros d’amende et d’une peine de travail d’intérêt général :

1° Lorsqu’elle est commise par plusieurs personnes agissant en qualité d’auteur ou de complice ;

Le procès aura une tournure qui dépendra des rapports de force. Sans le contexte actuel, il y aurait eu une grosse amende, un sursis, des travaux d’intérêt général. Mais les choses étant ce qu’elles sont, comme le dit l’expression, il va y avoir une grosse pression pour faire un exemple.

Cela peut se faire discrètement : il suffit que le procureur réclame que la personne passant en procès balance ses « complices » pour qu’elle fasse preuve de sa « bonne foi ». Tout dépend donc du position initial lors du procès.

Il est difficile de savoir ce qu’il en sera : l’antispécisme apparu ces dernières années, ce n’est pas l’ALF ni l’ARM, sa démarche ne semble finalement que le pendant du réformisme de L214 et autres. Ce sont les deux faces de la même médaille.

Voici d’ailleurs, pour illustrer ce propos, deux communiqués. Le premier correspond à l’option réformiste, avec une dissociation complète et une tentative d’intégration de la rébellion : la « fédération végane » voit déjà la personne en procès et est prête à lui envoyer de la B12, trop sympa !

Le second est celui de 269 libération animale, qui tente d’intégrer les actions de vandalisme dans une sorte de perspective historique de « désobéissance civile » dont elle serait le cœur.

NE PAS CONFONDRE VÉGANISME ET ANTISPÉCISME (COMMUNIQUÉ DE PRESSE)

Lancer des pierres dans les vitrines des boucheries, poissonneries et crèmeries ou incendier les caisses d’un zoo n’a rien de végane. Les revendications accompagnant ces dégradations sont antispécistes. L’antispécisme est confondu avec le véganisme. Cette idéologie joue pourtant sur un tout autre registre que le véganisme. Ses méthodes et ses objectifs peuvent même être antagonistes. Dissipons la confusion.

Véganisme (1944)

Le véganisme est une consomm’action qui consiste à vivre sans exploiter les animaux. Court-circuiter les intermédiaires animaux permet de tuer moins d’animaux et d’organismes vivants tous règnes confondus et c’est la seule garantie de ne participer à aucune des souffrances pouvant résulter de l’exploitation animale.

Vivre ainsi est devenu possible grâce à la découverte de la vitamine B12 (fin 1947), seul nutriment dont les besoins ne peuvent pas être satisfaits par les aliments végétaux. Le véganisme est une technique d’expression de la compassion humaine, laquelle se développe par la transmission d’informations fiables, et non par des actions illégales.

Les informations de sécurité sur la vitamine B12 sont vitales pour les véganes, comme pour les personnes qui réduisent significativement leur consommation de produits animaux en variété, en quantité et en fréquence. La Fédération végane propose donc des documents grand public ou pour les professions de santé et organise un relai quotidien bénévole de prévention. C’est la condition d’un développement durable.

La longévité des véganes est normale, mais le niveau de garantie qu’exige l’obtention d’un consensus réclame plus d’études comparatives. La Fédération végane recommande donc de participer aux études nutritionnelles : chaque végane compte.

Les véganes ne représentent probablement que 0,1 % des populations en France, mais ce petit nombre fait exister et se développer la demande en restauration et en gammes de produits, qui, projetée jusqu’au remplacement total des ingrédients animaux profiterait par exemple à l’extension des habitats naturels des animaux sauvages : la moitié des terres cultivées en France pourraient être réensauvagées, comme les pâturages français (lesquels sont tous artificiels).

Antispécisme (1970)

Les dégradations matérielles s’accompagnent de revendications à l’encontre du « spécisme ». C’est écrit sur les murs, les vitrines ou dans les textes revendicatifs. Les rares reportages sur les responsables des dégradations le confirment.

Le spécisme est l’hypothèse selon laquelle l’humanité discrimine les autres animaux « parce qu’ils appartiennent à une espèce différente de la nôtre ».

L’idée d’un spécisme très ancien est contestable, car jusqu’à la découverte de la B12, l’humanité n’avait pas d’autre option que de consommer des produits d’origine animale pour survivre : la carence en B12 est hautement débilitante, voire mortelle pour les nourrissons.

Une revendication de spécisme aurait-elle été formulée par le passé, qu’elle n’aurait pas été authentique avant d’être dégagée de toute nécessité nutritionnelle vitale. Les personnes qui consomment encore des produits d’origine animale aujourd’hui ne font quant à elles que reproduire l’héritage des habitudes alimentaires ayant permis à l’humanité de survivre. Ce n’est pas du spécisme.

L’antispécisme consiste à remplacer l’hypothétique discrimination spéciste par une autre forme de discrimination : le sentientisme. Cette théorie postule que la capacité de sentience chez un être vivant devrait nous conduire à lui accorder des droits. Ce système de discrimination nous dégagerait de toute obligation à l’égard des bactéries, archées, champignons, algues et plantes. Contrairement aux idées reçues, la sentience est probablement peu répandue chez les animaux. Pour faire le tri entre les 5 à 15 millions d’espèces, autant d’expérimentations seraient nécessaires.

Les personnes qui soutiennent l’action directe infligent aux entreprises exploitant les animaux des préjudices justifiés à leurs yeux, car elles pensent avoir l’obligation de secourir les animaux sentients. Cette idéologie a conduit ses adeptes les plus fantaisistes à imaginer que l’espèce humaine pourrait avoir la charge d’abolir la prédation, d’éliminer la vie sauvage, voire d’annihiler toute vie sur Terre… Les pierres dans les vitrines paraissent presque modérées en comparaison.

La Fédération végane n’est pas antispéciste

Les personnes qui appliquent l’idéologie antispéciste de manière littérale et consciencieuse peuvent consommer les animaux chez qui la sentience ne peut être démontrée : insectes, moules, huîtres ou œufs de poules de réforme. C’est à l’opposé du véganisme.

La Fédération végane suggère logiquement à toute personne qui souhaite développer le véganisme de ne jamais promouvoir l’antispécisme.

Oui à l’éducation, non à l’action directe !

Le développement du véganisme est un processus qui paraît bien lent à l’échelle individuelle, compte tenu du milliard de naissances et de morts programmées annuellement pour les animaux terrestres en France (soit 2,8 millions d’abattages par jour). Les reportages qui exposent leurs pires souffrances rendent cette attente encore plus difficilement supportable et contribuent à radicaliser. Présentée comme une revendication politique, l’idéologie antispéciste peut alors donner l’impression de légitimer l’action directe, mais ses conséquences individuelles et collectives ne profitent pas aux activistes interpellés, polarisent le débat sans éduquer personne et ne mènent théoriquement pas à l’abolition de l’exploitation animale de toute façon.

Seule la transmission d’informations vérifiées aide réellement les personnes qui financent encore l’exploitation animale à faire des choix plus éclairés, même parmi celles qui travaillent dans les filières animales (comme nous le rappelions lorsque la Fédération française de boucherie implorait une protection policière).

Si les récentes interpellations des personnes ayant invoqué l’antispécisme pour dégrader des commerces menaient à des peines de prison ferme, La Fédération végane attendrait de la justice qu’elle montre l’exemple d’un traitement respectueux de la liberté de conscience, c’est-à-dire en ne forçant personne à consommer quelque produit d’origine animale que ce soit (si ce souhait était formulé). La Fédération végane propose de fournir la vitamine B12 à titre gracieux, si l’administration pénitentiaire n’est pas en mesure de le faire.

Le véganisme n’est contre personne. La compassion est pour tout le monde.

  • Véganisme : recherche et mise en œuvre des techniques permettant de vivre sans exploiter les animaux (espèce humaine comprise, lorsque le consentement éclairé ne peut pas être obtenu).
  • Spécisme : hypothèse selon laquelle l’humanité discrimine certains organismes vivants en fonction de leur appartenance à une espèce.
  • Antispécisme : substitution de l’hypothétique critère de discrimination spéciste par un critère de discrimination sentientiste.
  • Sentientisme : théorie de philosophie juridique selon laquelle seuls les organismes sentients possèdent des intérêts (intérêt à vivre, par exemple).
  • Sentience : terme philosophique désignant la partie réduite de la conscience qu’est la capacité à éprouver une expérience subjective de la vie.

Voici le second communiqué.

269 Libération Animale
16 septembre

EN DÉFENSE DES ACTIVISTES INCULPÉ.E.S POUR LES BLOCAGES D’ABATTOIRS ET LES CAILLASSAGES DE BOUCHERIES : UN MOUVEMENT DE JUSTICE SOCIALE N’EXISTE PAS SANS ENNEMIS DÉSIGNÉS ET CIBLÉS !

[En résumé : Ces actions directes ciblées redonnent de la puissance politique au mouvement antispéciste. Répéter constamment que nous luttons contre un “système” et non contre des individu.e.s est le meilleur moyen de rendre inoffensif et inefficace notre mouvement de justice sociale ! Privé de toute perspective de confrontation directe avec celles et ceux qui font l’Etat et l’économie spéciste, il semble condamné au registre purement symbolique dans un espace public sous contrôle. On peut s’interroger : pourquoi les mots « opposition », « ennemi », « pouvoir » sont-ils bannis de nos répertoires militants ? Pourquoi avons-nous si peur de nous positionner clairement « contre » ? Les institutions de domination que nous combattons s’incarnent dans des individus bien réels. Elles ne sont pas que de vagues entités inatteignables car non définissables. Nos ennemis ont un nom et un visage ; il faut les nommer, les viser par notre activisme. Face à la répression déployée par l’Etat, nous devons faire bloc derrière les activistes inculpé.e.s et pratiquer massivement l’action directe. Les “grandes” associations animalistes qui s’empressent de se désolidariser de ces actions par pur souci “marketing”, craignant de perdre leurs dons et adhésions, ne sont pas seulement inutiles mais néfastes au mouvement de libération animale.]

ACTUALITÉ • Nous avons assisté, cette semaine, à une inquiétante instrumentalisation de l’appareil répressif contre des activistes antispécistes, et ce dans le but clairement affiché de freiner la pratique de l’action directe. Ce double phénomène de criminalisation des opposant.e.s à un système d’oppression et de dépolitisation de leurs actes devant les tribunaux de droit commun doit être dénoncé avec force.

♦️ Lundi, ce sont des activistes de l’organisation 269 Libération Animale qui ont été condamnés à 3000 euros d’amende chacun pour avoir, avec 70 autres militant.e.s, occupé un abattoir et bloqué son activité durant plusieurs heures.

Une condamnation qui s’ajoute à une longue série de mesures répressives que subissent les deux fondateurs et activistes de cette organisation : www.politis.fr/…/tribune-halte-a-la-repression-de-la-cause…/

Mais pendant que le bâton de la justice vient sévèrement frapper ces activistes, rappelons que Monsieur Vincent Harang, directeur de l’abattoir du même nom, demeure impuni. Il a pourtant, au cours de cette action, plaqué violemment au sol un jeune photographe accompagnant les activistes, puis placé un couteau sur sa gorge et enfin prononcé des menaces de mort explicites à son encontre. Qu’attend la procureure de Versailles pour le mettre en examen ?

♦️Mardi, ce sont des activistes lillois.es suspecté.e.s d’avoir caillasser des boucheries qui ont été perquisitionné.e.s et placé.e.s en garde à vue dans des conditions absolument honteuses et en totale méconnaissance de leurs droits. Suite à ce coup d’éclat d’une police à la solde des lobbies spécistes, une activiste que nous connaissons et qui participe par ailleurs aux actions dites de “désobéissance civile” de notre association, se trouve placée sous contrôle judiciaire jusqu’à son procès. Nous lui témoignons aujourd’hui tout notre soutien.

La disproportion des moyens répressifs mis en oeuvre contre ces personnes montre une instrumentalisation inquiétante de l’appareil judiciaire. Mais le plus grave demeure sans aucun doute l’absence de soutien de l’ensemble du mouvement antispéciste, à commencer par les représentants des grandes associations.

POURQUOI SI PEU DE SOUTIEN ?

• Ces activistes, qu’ils agissent dans le cadre d’actions organisées par 269 Libération Animale ou de manière autonome, sont globalement peu soutenus dans un milieu animaliste si attaché au regard de la “sainte” opinion publique (instrument au service des dominants), incapable de sortir du dogme de la non-violence et de comprendre qu’on ne combat pas un système d’oppression en convertissant les gens. Aucun mouvement de justice sociale n’a jamais réussi à atteindre son objectif en utilisant, comme stratégie majoritaire, le prosélytisme consistant à changer le comportement des citoyens dans leur vie privée ! Jamais. Il faudrait peut-être que les militant.e.s se montrent plus curieux sur l’histoire des luttes et apprennent à réfléchir par eux-mêmes, au lieu d’attendre les directives données par des associations devenues de véritables entreprises de la “protection animale”. Oser faire les louanges a posteriori et de façon révisionniste de la non-violence est uniquement permise par une situation initiale de privilège et une volonté de mettre en scène les luttes.

« En 1906, l’opinion publique était largement favorable au droit de vote féminin mais en quoi cela servit il la cause ? Nous demandions au public beaucoup plus que de bons sentiments. Nous l’appelions à exiger du gouvernement de céder à l’opinion publique et de donner le droit de vote aux femmes. Nous déclarions la guerre non seulement à toutes les forces anti-vote mais aussi à toutes les forces neutres et inactives. Chaque homme ayant un vote serait considéré comme un ennemi du vote des femmes à moins qu’il ne s’engage activement pour notre cause. »
(Extrait de l’autobiographie d’Emmeline Pankhurst, « Suffragette. Genèse d’une militante », éd. Ampelos, 2016)

ISOLEMENT DES ACTIVISTES RADICAUX • La police, les médias et la justice construisent une “narration” mensongère de ces actions aujourd’hui incriminées : elles seraient l’expression de la violence propre à une petite minorité au sein du mouvement antispéciste, une minorité animée par des idées « gauchistes », « insurrectionnelles », etc. Cette vision réductrice de ce qui se passe empêche toute appréhension politique de cette séquence, le mouvement antispéciste ne semble pas percevoir l’importance de faire « bloc » derrière ces activistes inculpé.e.s alors même qu’ils sont parvenus à créer une brèche médiatique énorme.

Nous sommes nous-mêmes accusés par les autorités (et indirectement les médias) d’avoir encouragé ce type d’activisme en défendant ouvertement la pratique de l’action directe. Peut-être. Peut-être que le fait d’avoir (enfin !) oser parler d’échec de la cause animale, d’avoir montré que nous pouvons affronter des puissants sur les lieux même d’exploitation, d’avoir fait se rencontrer des activistes, d’avoir politisé le discours antispéciste et enseigné les modes de lutte ont inspiré en partie ce type d’actions mais pourquoi faudrait-il s’en offusquer ?

269 Libération animale n’a jamais été pensée comme une “association” classique, elle est un déclencheur. Elle a réussi à amorcer une réflexion stratégique dans le mouvement ; son objectif : “mettre le feu aux poudres” et montrer que nous pouvons être puissants et que nous devons engager une véritable lutte. Elle a toujours encouragé l’autonomie et une pratique populaire de l’action directe. Elle se réjouit aujourd’hui que des activistes puissent agir de manière autonome sans étiquette car c’est ainsi qu’adviendra une véritable révolution. Tant que la protestation ne s’exercera que par le biais des associations, rien n’adviendra de concret pour la libération animale.

Lancer des frappes contre des cibles symboliques participe d’une nécessaire propagande par le fait : d’une part, cela permet d’exprimer ouvertement une critique radicale envers certaines industries, et le système spéciste en général et, d’autre part, de ternir l’aura sacrée qui entoure les biens de consommation dans notre société (et mettre en lumière les liens existant ente les luttes antispéciste et anticapitaliste). Désigner nos ennemis, les viser, les cibler par des blocages, des occupations ou d’autres actions permet d’engendrer un rapport de force et par conséquent un mouvement social à même de gagner en puissance politique.

L’ÉTAT, NOTRE ENNEMI

• Face à cette répression, nous avons un ennemi commun : l’Etat, c’est lui qui occasionne ce “radicalisme”. Si les tracts et pétitions avaient suffit, si nous avions des résultats pour les opprimés avec un militantisme “gentillet”, ces actions directes n’existeraient peut-être même pas. Les luttes sociales sont des situations au cours desquelles l’ordre des discours dominants peut être rompu collectivement et par lesquelles on peut apprendre ensemble à penser les racines des oppressions.

L’Etat n’est pas un allié de notre combat ni celui auquel nous devons quémander des réformettes législatives. Passer à l’action directe (et potentiellement à la violence) est ainsi lié au constat que la revendication de l’égalité ne peut être adressée pacifiquement à l’Etat puisque ce dernier est le principal instigateur des inégalités, qu’il est vain de lui demander justice car il est précisément l’instance première qui institutionnalise l’injustice sociale, qu’il est donc illusoire de se mettre sous sa protection puisqu’il soutient les mêmes dispositifs qui vulnérabilisent, qu’il est même insensé de s’en remettre à lui pour défendre les animaux. Surtout, il maîtrise aujourd’hui la contestation et « quand l’Etat se pose comme détenteur d’un droit de regard sur la protestation, quand il refuse qu’elle trouble l’ordre public alors que c’est sa fonction, il dénaturalise ce droit. » (Geoffroy de Lagasnerie : https://blogs.mediapart.fr/…/sortir-de-notre-impuissance-po…)

Les activistes qui empruntent le chemin de l’action directe sont accusés de provoquer un « engrenage de la violence », mais pourquoi se focaliser sur les actions alors que le problème réside dans le fait qu’elles soient réprimées ? C’est bien contre cela qu’il faut lutter. Car la répression est fonction des lois en vigueur, autant que de l’identité assignée aux personnes qui en sont cibles. C’est un outil dont l’État se sert pour diviser et catégoriser des groupes afin de mieux régner. Les gouvernants décident à un moment T qui va être réprimé.e et pour quelles pratiques.

PRATIQUER L’ACTION DIRECTE POUR SORTIR DE L’IMPUISSANCE POLITIQUE

• Nous, les activistes de toutes les luttes confondues, avons aujourd’hui beaucoup de mal à orienter les choix de nos gouvernements. Bien sûr, il n’y a rien de nouveau à ce que les Etats soient animés par des logiques contre lesquelles nous nous battons. Mais ce qui est spécifique, c’est notre incapacité à influencer le cours des choses : lorsque nous intervenons, lorsque nous protestons, lorsque nous manifestons, cela débouche de moins en moins sur des transformations effectives : « Il faut regarder le présent avec lucidité. Il ne faut pas se raconter d’histoire comme nous avons parfois tendance à le faire pour ne pas tomber dans une forme de désespoir. Il faut partir de la vérité : depuis quelques années, lorsque nous nous situons dans le camp du progrès et de l’émancipation, nous perdons les combats. Nombreux sont ceux qui, aujourd’hui, vivent leur vie politique sur le mode du désarroi et de la tristesse. » (Geoffroy de Lagasnerie : https://blogs.mediapart.fr/…/sortir-de-notre-impuissance-po…).

Penser notre impuissance politique et tenter d’y remédier impose d’abord de réfléchir sur nos modes d’actions ! Nous tirons trop peu les conséquences du fait que l’espace de la contestation est peut être l’un des plus codifiés de la vie sociale : les protestations se déroulent selon des formes établies. Des institutions, solidement installées, structurent le temps et l’espace de la contestation démocratique : « Nous devons nous interroger sur ce que nous faisons lorsque nous utilisons les modes institués de la contestation démocratique. Est-ce que nous agissons? Ou est-ce que nous nous contentons de protester, d’exprimer notre désaccord – avant de rentrer chez nous ? Si nos protestations ne changent rien – ou, en tout cas, n’ont d’effets réels qu’exceptionnellement – cela ne signifie-t-il pas que les formes d’actions traditionnelles fonctionnent comme des pièges et des ruses de la raison étatique : lorsque nous y recourrons, nous avons le sentiment d’avoir agi quand, en réalité, nous n’avons rien fait de plus qu’exprimer notre mécontentement. D’autre part, ces formes ne se sont-elles pas routinisées avec le temps ?

N’ont-elles pas perdu leur efficacité ? Si nous voulons mettre en crise l’Etat, ne devons-nous pas inventer des modes de protestation qui surprendraient l’Etat et ne seraient plus prescrits par le système ? » (Geoffroy de Lagasnerie : https://blogs.mediapart.fr/…/sortir-de-notre-impuissance-po…). Justement, l’action directe change complètement le rapport du militantisme à l’Etat : fini le rapport de soumission, de négociation… C’est un rapport de force qui s’installe : « elle met hors service le Gouvernement et c’est là l’élément essentiel de toute révolte, peu importe comment on y parvient. » (Howard Zinn, « A flash of the possible », The Progressive, volume 64, n°1, janvier 2000)

POURQUOI NOUS OPPOSER OUVERTEMENT AUX ASSOCIATIONS ANIMALISTES TRADITIONNELLES ?

• Ces associations ont besoin, afin d’augmenter leur nombre d’adhérent.e.s, d’annoncer des succès alors très souvent leurs dirigeants surestiment la signification de réformes à vrai dire très mineures (voire purement symboliques) pour les animaux, sans voir ce qu’a d’inquiétant la situation globale. On finit par sous-estimer le rôle des entreprises et de l’État dans la défense d’une société basée sur l’exploitation animale et les grandes ONG animalistes finissent par s’intégrer au système, en collaborant de manière à peine déguisée avec l’industrie – une industrie assez avisée pour savoir que la contestation qu’elle affronte est susceptible d’être résorbée par le partenariat avec des associations et la promotion d’une viande et d’un abattage « éthiques ». Enfin, par ignorance et surtout par lâcheté, les associations collaborationnistes rejettent massivement l’usage de stratégies offensives et refusent toute discussion sur l’usage de la violence, qui ont pourtant fait leurs preuves dans tous les mouvements sociaux et sont absolument nécessaires pour politiser la question animale.

LA QUESTION DE LA VIOLENCE

• Inutile d’en user comme d’un épouvantail contre des militant.e.s qui décident de sortir de la passivité pour co-résister avec les opprimé.e.s ; la violence, elle est cachée là, derrière les portes des élevages et des abattoirs. Les activistes antispécistes obtiennent rarement plus qu’une citation de deux lignes ou de dix secondes dans les médias ; ainsi lorsque les dirigeants des “grandes” associations animalistes sont interrogés et critiquent fermement cet activisme plus offensif, ils gaspillent leur minute d’audience en se mettant sur la défensive et en faisant passer leur cause au second plan par rapport à la critique de l’action directe. Une nouvelle preuve que la non-violence conduit aussi à de mauvaises stratégies médiatiques… Ils critiquent les plus courageux qu’eux pour renforcer leur conformité idéologique et pour asseoir leur leadership sur le milieu militant. Ils s’en servent aussi comme d’une assurance, afin de pouvoir protéger leur organisation d’être diabolisée dans les médias. Ils ressortent alors le code de la non-violence comme preuve qu’eux ne sont pas responsables de la violence et se prosternent devant l’ordre régnant : « (…) La défense dogmatique de la non-violence est trop souvent une manière de se présenter comme politiquement et moralement supérieur aux yeux des autres, y compris des autorités politiques, de la police et des médias publics et privés. (…) Prôner la non-violence à tout prix, c’est adopter une approche autoritaire des luttes sociales et des mobilisations populaires. » (Peter Gelderloos, Comment la non-violence protège l’Etat ?, éd. Libre, 2018)

NOUS NE SOMMES PAS LÀ POUR JUGER LES ACTIVISTES INCULPÉ.E.S, MAIS POUR LES SOUTENIR !

#269LibérationAnimale

La rentrée 2018 des chasseurs

Hier s’ouvrait la chasse pour la moitié sud de la France, la moitié nord voyant le massacre recommencer le 16, la chasse à courre recommençant quant à elle le 15, une date ô combien importante !

C’est donc le moment d’avoir un aperçu approfondi sur la grande offensive des chasseurs de cette rentrée.

C’est quelque chose d’essentiel à comprendre pour qui a saisi que le véganisme ne peut pas avancer sous une forme abstraite et déconnectée de la réalité (« l’antispécisme »), mais seulement en étant adapté aux conditions concrètes de la France, avec ses mentalités, ses structures sociales, son histoire, etc.

En l’occurrence, la France profonde, « enracinée », c’est-à-dire profondément réactionnaire, pétrie des valeurs impulsés par les notables, la haute bourgeoisie, les mœurs rustiques ou néo-rustiques, est un obstacle fondamental. C’est cette France qui a étouffé la Commune en 1871 ou bien mai 1968, alors s’imaginer qu’aujourd’hui on pourrait vaincre une telle opposition simplement serait bien absurde.

Les chasseurs ne s’y trompent pas et ont développé des formes d’alliances à différents niveaux avec les éleveurs et les bouchers. C’est un front de la réaction qui a pris forme et qui montre que ces ont mieux compris que les « antispécistes » quelle était la réalité du pays.

Quelle forme a donc pris l’offensive des chasseurs en cette rentrée 2018 ? Il serait plus juste de parler de « formes » au pluriel, car les chasseurs ne forment un bloc unifié, centralisé, qu’à la direction. La base est composée de gens avec une démarche très élémentaire. Les Inconnus ont très bien dressé le portrait de cette attitude basique.

En cette rentrée, ce style a été parfois à l’avantage des chasseurs, parfois à leur désavantage. Cela dépend de leur capacité de mobilisation. Ainsi, le début du mois d’août a connu une victoire des chasseurs dans le Nord de la France.

La réserve nationale de la baie de Canche, née en 1987 et qui fait 505 hectares, héberge en effet une « plage des pauvres », par opposition au Touquet. La plage, qui elle fait 20 hectares, est normalement par conséquent protégée de la chasse… Mais les chasseurs ont pu faire admettre leur rapport de force et la chasse est tolérée : aucun chasseur n’a jamais reçu d’amendes !

Les chasseurs jouent ici sur leur force locale, car la plage est mitoyenne de 550 hectares formant une zone de chasse. C’est la France profonde qui expose ici sa face brutale et réactionnaire à l’écologie.

Au grand dam d’activistes, qui ont réussi à faire passer que, désormais, le terrain soit enfin balisé trente après, au moyen de cinq poteaux et de quatre bouées. Sauf que la réaction ne s’est pas faite attendre. Dès l’ouverture de la chasse au « gibier d’eau », cela a été apéro sur la plage et bien évidemment des tirs.

Les gendarmes n’ont évidemment pas verbalisé, se contentant de demander aux chasseurs de s’éloigner cette fois, mais ce n’est évidemment que partie remise, d’autant plus qu’ils ont le soutien ouvert du maire du Touquet Lilyane Lussignol, ainsi que du député du Touquet, Daniel Fasquelle.

D’ailleurs, Thierry Forestier, membre du Collectif « Liberté pour la baie », vice-président de l’association maritime des chasseurs de la baie de Canche, a été très clair dans ses propos :

«  Nous n’avons rien à faire du balisage de la baie de Canche. Nous continuerons à chasser sur la plage des Pauvres  ».

Cet habitant du Touquet, fan du club de football de l’AS Monaco, ne va quand même pas céder devant ces salauds de pauvres!

Et avec l’incontournable Willy Schraen, il a participé à la rédaction d’un point de vue également on ne peut plus clair et mobilisateur :

« Chers amis chasseurs,

La réserve nationale de la baie de Canche et sa plage des pauvres sont un problème récurrent depuis 30 ans.

En effet, un contentieux existe sur le découpage incohérent de cette réserve, qui comme beaucoup d’autres n’ont nullement tenu compte de l’histoire de ces milieux, mais surtout des utilisateurs séculaires de la nature, qui ont préservé, avec leur propre argent, ces joyaux de biodiversité.

Quelques coups de crayons par des technocrates ignorants, et on se retrouve avec des mares de hutte coupées en deux, ou des limites incompréhensibles, qui ne tiennent aucunement compte des chemins existants et des barrières naturelles.

Cela donne forcément un découpage farfelu qui s’aligne sur des clochers et des bouées en mer ; bref, un travail bâclé comme souvent quand on veut mettre sous cloche des territoires au nom d’une écologie dogmatique qui n’a rien à voir avec la défense de la biodiversité.

La plage des pauvres a toujours été le lieu privilégié des bottiers de l’association de chasse locale.

C’est aussi et surtout, comme son nom l’indique, un lieu libre pour tous les utilisateurs de la nature qui ne disposaient pas des moyens nécessaires pour vivre leur passion sur les plages très huppées du Touquet au début du siècle dernier.

Pêcheurs, chasseurs, ramasseurs de coquillages et autres promeneurs et baigneurs fréquentent donc ces lieux depuis des décennies.

Après de nombreux rebondissements politiques et juridiques, il semble que le dernier jugement du Tribunal Administratif interdit désormais l’accès à cette plage aux locaux. La présidente d’Eden 62, qui gère cet espace, nous a annoncé, il y a quelques jours, que les grillages de fermeture seraient posés courant mars.

De façon autoritaire, on retire encore un espace de liberté de plus aux utilisateurs de la nature, pour que quelques scientifiques ou écologistes de pacotille puissent profiter pleinement de leur nouvel espace d’exclusion de l’espèce humaine.

Avec mon ami, Thierry Forestier, président de l’AMCBDC, nous avons décidé de ne pas accepter cette décision et de nous battre pour que cette chasse populaire des bottiers ne disparaisse pas comme tant d’autres aujourd’hui.

Ce combat est celui du pot de terre contre le pot de fer, mais qu’importe, car ce combat est profondément juste. Il n’est pas pensable que nous laissions l’Etat verrouiller un morceau historique de notre chasse locale, de notre nature et de notre ruralité.

J’ai alerté l’Elysée et je mobilise en ce moment les élus que je rencontre et notamment Gérard Larcher, Président du Sénat, Xavier Bertrand  Président du Conseil Régional, Jean-Claude Leroy, Président du Conseil Départemental du Pas-de-Calais et le député de la circonscription, Daniel Fasquelle.

Par ailleurs, de nombreux maires et élus locaux se sont toujours battus pour que cette plage ne soit pas confisquée aux utilisateurs locaux, qui en sont les principaux défenseurs depuis des décennies.

Je verrai également le Prefet du Pas-de-Calais dans quelques jours pour appréhender les solutions qui s’offrent à nous.

Cette action sera de toute façon la dernière, si l’unité politique ne se fait pas autour de ce combat de bon sens. Quand je vois d’ailleurs ce qui s’est passé à Notre-Dame-des-Landes, qu’on ne me dise pas que tout ne peut pas être changé, même si la jurisprudence n’est pas de notre côté.

Avec Thierry Forestier, l’ensemble des élus de la fédération des chasseurs du Pas-de-Calais, ainsi que toutes les associations amies locales, nous voulons livrer ce combat, certes difficile mais très symbolique.

Il faut, qu’ici comme ailleurs, l’on arrête cette spirale infernale qui consiste à mettre sous cloche des territoires et à en exclure les femmes et les hommes qui en sont à la fois les utilisateurs et les défenseurs, souvent sur leurs propres deniers. »

Ici, le coup de force est effectif. La loi est bafouée, les décisions de l’État sont bafoués, le maire et le député participent à cette vaste mascarade qui se moque de l’État. L’État de droit est aux oubliettes ! Nous ne nous étonnerons pas, nous ne nous en formaliserons pas. C’est à la révolution de balayer tout cela.

Cependant, la capacité de la mobilisation des chasseurs peut également parfois être pris directement en défaut. Ici, les chasseurs agissaient dans le prolongement direct de leur propre activité. Difficile de dépasser cet emprisonnement local, lié à l’emprisonnement mental. Ces gens vont à l’encontre de l’histoire, ils sont donc d’une pesanteur extrême.

Ainsi, les chasseurs, bouchers et autres apparentés avaient exercé une pression terrible pour que la mairie de Calais supprime la location accordée de locaux pour un « festival vegan ». Cela a provoqué un réel émoi chez beaucoup de monde et il y avait évidemment tout un espace pour une mobilisation contre les chasseurs.

Les gens de ce festival agissant cependant dans une optique d’intégration personnelle à la société par un véganisme mercantile, ils ont prôné le pacifisme le plus complet et se sont précipités vers le tribunal administratif, avec l’aidé de L214. L’État, trop content de cette soumission, s’est empressé de leur accorder leur droit de tenir ce festival.

Citons ici l’organisatrice franco-britannique de Fareplace France qui a des propos de dissociation d’une très grand limpidité :

« On comprend qu’ils (les commerçants) soient en colère. Que des vitrines aient été cassées, ce n’est pas normal. On estime qu’il faut respecter les gens et leur travail, même si on n’est pas d’accord avec leurs idées. »

Les bouchers ont raison : quel scandale que ces vegans qui abîment des vitrines exposant des cadavres d’animaux ! Mais où va-t-on !

En tout cas, donc, les chasseurs ont tenté de mobiliser. Ils ont affirmé qu’ils feraient un rassemblement de 200 personnes devant le festival, puis de 600 personnes. Laurent Rigaud, président de la fédération des bouchers-charcutiers-traiteurs des Hauts-de-France, a finalement d’annuler, à cause de prétendus « débordements » qui pourraient avoir lieu.

Voici le communiqué à ce sujet, avec encore et toujours cette prose croustillante, diffusée ici par Jean-Michel Taccoen, conseiller régional (LR).

Laurent Rigaud, représentant des Bouchers-Charcutiers-Traiteurs des Haut de France, est également très fort dans l’esprit de criminalisation fantasmatique.

C’est également lui qui a tenu une conférence de presse avec encore et toujours Willy Schraen. Car en réalité, on s’en doute, la mobilisation n’était simplement pas possible. Les réactionnaires sont des velléitaires, et à moins d’organiser la plèbe en SA ou en chemises noires, on ne sort pas du cadre d’une démarche individuelle beauf.

Ce sont donc des représentants de la France profonde qui se sont collés au boulot ingrat de se présenter à une poignée devant les médias…

On notera l’inévitable soutien de Xavier Bertrand, président du conseil régional des Hauts-de-France depuis 2016.

Ce qui nous amène à un élément-clef du dispositif des chasseurs dans leur rentrée 2018 : la fête de la chasse à Compiègne

Celle-ci s’est déroulée dans le parc du palais impérial, avec 150 exposants, plus de 37 000 personnes, le président (LR) du Sénat Gérard Larcher, le préfet de l’Oise Louis Le Franc…

Le fait de mettre des t-shirts « j’aime la chasse » aux enfants est peut-être le symbole le plus parlant du caractère terriblement réactionnaire de ces gens.

Il faut vraiment souligner à quel point cette zone géographique joue un rôle essentiel dans le dispositif mis en place par les chasseurs pour se présenter comme utiles et incontournables. Le document au format PDF Éléments d’information sur le travail des chasseurs sur l’opinion publique » devrait déjà avoir été lu par tous les activistes pour bien saisir la situation…

Les chasseurs ont néanmoins inversement connu un revers à Paris. S’ils entendent faire de la Picardie leur bastion de par les liens historiques avec les notables, la bourgeoisie parisienne ne compte certainement pas être mêlé à ce qui lui semble lointain. La RATP a donc ajouté un point d’interrogation aux affiches placées dans le métro, histoire de relativement neutraliser l’offensive des chasseurs.

De manière plus subtile, les chasseurs ont en amont diffusé, du 6 au 12 août, une campagne radio sur Autoroute FM, avec également à partir du 20 août une « minute nature »présentée comme “offerte” à 850 radios locales.

Si vous voulez vous impliquer dans la défense des animaux, vous ne pouvez pas faire l’économie d’écouter cela… Il faut connaître l’ennemi !

Une vidéo a été également mise en place pour les sites et les facebooks des chasseurs. C’était incontournable pour donner une charge offensive à tous les niveaux, pour se montrer opérationnel, efficace sur tous les plans.

Les chasseurs ont évidemment également salué l’arrivée du nouveau ministre de la transition écologique, après avoir joué un rôle central dans l’éviction de Nicolas Hulot.

A cela s’ajoute la mise en place, le 6 septembre, d’un comité de lutte contre les dégâts de gibier à l’initiative de Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, et de Sébastien Lecornu, secrétaire d’État auprès du ministre d’État, ministre de la Transition écologique et solidaire.

Les chasseurs se voient attribuer davantage de responsabilité dans les plans de chasse, et il s’agit également de temporiser les relations avec les agriculteurs qui n’apprécient guère pour leurs cultures les pratiques des chasseurs comme l’agrainage visant à nourrir des animaux pour qu’ils prolifèrent et justifier leur activité.

Les chasseurs visent l’institutionnalisation : leur offensive de la rentrée 2018 vise à contribuer à cela de manière décisive. L’objectif est de faire basculer le ministère de l’écologie du côté de l’agriculture, avec l’intégration ouverte de la chasse dans la gestion institutionnelle.

Il y a ici la tentative de cimenter un bloc ultra-réactionnaire pour étouffer toute opposition et jamais l’antispécisme – qui ne s’intéressent nullement aux animaux vivants, à la Nature – ne pourra y faire face. Le véganisme, par contre, est une des clefs historiques pour changer le pays et établir des valeurs moralement justes, en développant sa sensibilité, en l’affirmant.

Il s’agit d’être à l’avant-garde de cet inéluctable affrontement et il n’est qu’une seule position personnelle possible sur le plan psychologique : vegan straight edge en défense de notre mère la Terre ! Il faut savoir se former, se façonner, se forger pour correspondre aux interventions nécessaires !

Lire la suite La rentrée 2018 des chasseurs

Nouvelle série d’actions illégales cet été

Toute une série d’actions illégales se sont déroulées cet été, avec parfois des communiqués particulièrement denses.

Une boucherie a été vandalisée dans la nuit de vendredi à samedi à Epinay-sur-Orge dans l’Essonne. Des projectiles ont atteint des vitres et « stop spécisme » a été inscrit sur une vitre.

L’ALF avait agi début juillet à Vaugneray, dans le département du Rhône, en détruisant cinq miradors. Plusieurs autres ont été détruits aux Monts du Lyonnais dans la nuit du 18 au 19 août.

Auparavant, début août c’est le zoo/safari de Peaugres, en Ardèche, qui a vu ses quatres caisses d’entrée incendiées.

Peaugres (Ardèche) : Des cages que l’on appelle liberté.

Une pensée pour toutes les personnes, qu’ils et elles soient enfermées dans des cages ou non, qui voudraient les voir détruites, en ayant conscience que celles-ci ne sont pas que matérielles.

Dans nos pensées sont aussi tous les êtres vivants qui animent nos envies de détruire comme de vivre.

La semaine passée, nous avons attaqué le zoo/safari de Peaugres, en mettant le feu à ses quatres caisses d’entrée, des petites cabines en préfabriqué recouvertes de panneaux en bois.

Nous avons placé sur chacune d’elle deux dispositifs, le premier (une demi plaquette d’allume feu) sous une des fenêtres, en espérant que la chaleur ferait exploser la vitre et permettrait au feu de se répandre à l’intérieur, et le deuxième, (1,5 L d’un mélange d’essence et d’huile et le reste des allumes feu) au pied de la fenêtre, sous les panneaux en bois.

Notre idée était de multiplier les endroits de départ de feu, pour que celui-ci se propage plus efficacement. Par ailleurs nous avons aussi vérifié que l’incendie ne pourrait vraisemblablement pas se propager à la forêt proche (séparé de celle çi par de la terre ou du bitume, et absence de vent).

Toutes les cabines semblent avoir été détruites, mais nous n’avons pas de confirmation quant à l’efficacité des dispositifs sous les fenêtres.

Ci dessous, quelques-unes des raisons qui ont motivées cette attaque, et des réflexions qui nous sont venues pendant la préparation de cette dernière.

Les zoos sont des prisons présentés comme des lieux de divertissement, de découverte, d’éducation et même de sensibilisation et de conservation d’une faune prétenduement sauvage. Alors que bien souvent celle-ci est née en captivité, et qui à l’époque où elle a été découverte par les colons occidentaux a été décimée et mise en cage pour être ramenée ici, exhibée, utilisée comme cadeau et objet de divertissement, comme fond de commerce de cirque ou de zoo.

Ces lieux et la propagande qui les entoure sont l’incarnation de la mentalité spéciste qui détruit le monde dont ils seraient sencé être un échantillon. C’est à dire la supériorité qu’instaurent les êtres humains sur le reste du vivant et en vertu de laquelle ils et elles se donne la possibilité de disposer et d’enfermer des êtres non-humains pour leur bon plaisir, qu’il soit culinaire, affectif, culturel ou scientifique.

Les zoos ne sont pas sans nous rappeler que les colons ne se sont pas limités à massacrer et exiler des animaux non-humain, et que c’est sous couvert des mêmes arguments et ambitions – divertir et éduquer par l’exhibition – que se sont développés et popularisés des « zoos humains » tout au long d’un processus sanglant de colonisation. Une démonstration de racisme ostensible toujours présente, entre autre dans les mentalités et structures qui dénigrent et/ou exotisent une catégorie de personnes.

Et ce sont ces lieux (dans leur forme dite « safari »), résolument basés sur la domination spéciste que l’on voudrait faire passer pour des endroits où se « sensibiliser à l’environement », où « découvrir la nature », où les animaux serait « à l’état sauvage » et « en liberté ».

Mais, sans prétendre faire de définition exhautive, les animaux « à l’état sauvage » ça ne veut pas dire enfermé.es dans des parcs qui ne peuvent qu’être trop petits, traversés par des voitures toute la journée, nourri.es et soigné.es par des humain.es, les privant de toutes capacité à être autonome, et à se mouvoir.

Les murs et grillages électrifiés qui entourent ces parcs ne sont pas leur « environement naturel ». Celui-ci pourrait être, par exemple, les zones actuellement en train de se faire saccagées par les compagnies pétrolières qui fournissent l’essence qu’utilise la clientèle de ses safaris pour voir ces animaux, (et certes, celles de nos dispositifs).

Pas plus qu’elle n’existe pour les individus dans une société où l’on voudrait nous laisser penser qu’il n’y a pas d’autres barrières que celles visibles des prisons et des frontières, la liberté n’est pas laissée à ces animaux non humains. Un mot plus approprié existe pour décrire leur situation matérielle : la captivité.

Ce mensonge, l’état « naturel, libre et sauvage » en plus d’être un argument marketing, se retrouve dans le contenu pédagogique qui enseigne à son public que la « nature » et la faune qui la compose se limitent à des espaces cloisonnés et reconstitués par des humain.es.

Ce qu’il sous-tend, c’est qu’il est normal de voir ours et girafes en france, normal que des animaux soient dans des cages, normal que les autres espèces soient asservies à l’être humain, lequel se doit de les « protéger ».

Les zoos ne sont rien d’autre que des prisons, des business dont les participantes justifient hypocritement l’enfermement sous couvert de protéger des espèces décimées, alors que participant à normaliser, à banaliser et à exalter la domination de l’espèce humaine sur ce qui l’entoure.

Cette idée, selon laquelle il existe des êtres « à protéger » sert de manière plus générale de prétexte à la mise en place de divers types d’enfermement. On la retrouve dans les discours de l’état qui, sous couvert de protéger, surveille et contrôle les individus dont il prétend assurer la sécurité par la mise en place de dispositifs sécuritaires (des lois au caméras en passant par le fichage et l’encouragement à la délation). Elle est sous-jacente et participe aussi au maintien d’autres formes de domination structurelle comme le patriarcat et le racisme par exemple.

L’état, la figure du père ou quelque autre acteur cherchant à asseoir une position de pouvoir, s’assure d’ancrer la peur dans des individus et leur ôte tout moyen d’être autonomes dans l’organisation de leur propre défense ; créant par là non seulement une dépendance à une instance protectrice mais aussi la sensation de faiblesse et d’impuissance qui auto-alimente cette logique.

Pour illustrer brièvement ce propos, c’est le fait de dire à une personne catégorisée « femme » qu’elle est à la fois en danger, faible et inapte à user de la violence physique ou verbale.

C’est le principe de la prison dorée, où certes, les êtres enfermés ne sont pas libre, mais au moins « en sécurité ». Et pour les personnes qui refusent de se soumettre à cette logique protecteur.ice/protégé.e, et/ou jugées dangeureuses pour les autres, pour elle-même ou pour la paix sociale, des prisons beaucoup moins dorées sont prévues.

Pour la destruction de toutes les prisons, quelle que soit la forme de leurs barreaux.

A la toute fin du mois de juillet à Lille, c’est le monument dédié aux pigeons voyageurs de la première guerre mondiale qui a été tagué, avec “stop spécisme” inscrit dessus. Si l’on peut éventuellement regretter une action à l’encontre d’un monument honorant pour une fois des animaux et notamment les pigeons, il faut néanmoins constater aussi que le monument se situe à l’entrée du parc zoologique.

Il avait été mis en place en 1936 par la Fédération nationale des sociétés colombophiles, en l’honneur des “20 000 pigeons morts pour la patrie” et des “colombophiles fusillés par l’ennemi pour avoir détenu des pigeons voyageurs”.

Quelques jours plus tôt, 28 poules ont été libérées dans les Yvelines.

Dans la nuit du vendredi 20 juillet 2018, des résistant·e·s animalistes ont pénétré dans “La Ferme d’Olivet” située dans les Yvelines et ont libéré 28 poules-usines à œuf, parmi les 140 000 individues en détention.

Ces animaux, victimes de persécution légale, étaient soumis à une vie d’agonie en batterie : leurs corps-usines étaient mutilés, entassés, compressés, et exploités pour leurs œufs. Nées pour produire jusqu’à l’épuisement : une horreur perpétuelle, dissimulée derrière les murs de leurs hangars-prisons.

Ces poules (de moins d’un an et demi) ont passé toute leur courte vie piégées sur et derrière des grilles, sans jamais pouvoir voir la lumière du jour.

Ce sauvetage a eu lieu dans une “ferme familiale” équipée de cages de batterie dites « cages aménagées ». Aménagées pour l’horreur, aménagées pour la torture et la misère. Le propriétaire de ces camps, c’est Jean-Luc LECOQ, décrit comme « éleveur engagé pour le bien-être animal » auprès des marques « Œufs de nos régions » et « L’œuf de nos villages ». Seul son engagement dans la détention et l’assassinat de masse avec préméditation devrait être relevé.

Dans les camps de concentration de poules « élevées en plein air », elles sont, en plus d’être privées de leur liberté la grande majorité du temps, amputées d’une partie de leurs ailes, et reste utilisées comme de simples ressources pour le profit des humain·e·s, et sont également envoyées dans les camps de la mort à un âge très précoce.

La France est le premier « producteur d’œufs » de consommation dans l’Union Européenne. C’est presque 70% des poules-usines à œufs qui survivent dans ce type d’élevage en cage.
En 2016, sur les 48,6 millions de poules exploitées pour leurs ovules, il y en avait 33,6 millions détenues en cage, et ces chiffres sont en constante augmentation.

L’objectif de cette libération est d’une part de sauver des individues victimes de notre société spéciste, mais aussi de faire comprendre que nous devons cesser de voir les autres animaux avec lesquels nous partageons cette planète comme étant à notre disposition, comme des ressources dont nous pouvons tirer profit.

Ce sauvetage nous a laissé une sensation de désespoir et d’impuissance, lorsque nous avons refermé la porte de cet enfer et laissé derrière nous les dizaines de milliers d’autres oiseaux qui ne verront jamais le ciel, le soleil ni même l’herbe, seulement le contact dur et inconfortable du sol grillagé sous leur pattes, et qui finiront égorgées dans un camp de la mort : Innocentes incarcérées à perpétuité, coupables d’être différentes.

Rappelons que la fin des élevages en batterie pour les poules-usines à œuf à l’horizon 2022 était une promesse de campagne d’Emmanuel Macron, un mensonge donc, puisque l’amendement reproposé dans ce sens lors du passage de la loi alimentation fin mai dernier a été tout simplement rejeté, malgré un soutien populaire à 90%.

Idem pour l’amendement concernant le broyage des poussins mâles, pratique barbare mais néanmoins inhérente à l’industrie des oeufs. Souvent oubliés, ils ne s’inscrivent même pas dans les statistiques officielles, pourtant, dans toute la filière, les poussins mâles sont systématiquement éliminés, broyés vivants ou gazés, juste parce qu’ils ne pondent pas.

Rappelons également que les grandes firmes de l’élevage soudoient l’organisme d’État qu’est l’Institut National de Recherche Agronomique (INRA), en commanditant des études scientifiques biaisées qui affirment que les poules préfèrent les cages.

Nous voulons attirer l’attention sur une torture peu connue qui leur est faite, la torture génétique opérée pour booster la prolificité de leur production d’oeufs. Leur espèce subit une épuration spéciste pour répondre aux critères humains d’appropriation de leurs corps-ovules. Tous les animaux dits d’élevage sont des AGM : Animaux Génétiquement Mutantisés.

L’équipe de sauvetage a filmé ces images car il est essentiel que notre société soit informée de ce qui se passe à l’intérieur de ces camps de persécution. Ces images ne sont pas des cas isolés : derrière les murs de chaque élevage ou abattoir se déroulent chaque jour et chaque nuit des horreurs innommables.

Des vies sont prises, de la pire façon qui soit, et sans aucune justification valable. Il n’y a pas de « bonne façon » d’utiliser et d’exploiter des individu·e·s, que ce soit pour leur lait, leurs œufs, leurs poils, leurs plumes, ou leur chair.

Construire une société digne pour toustes, indépendamment de l’espèce à laquelle nous appartenons, commence par libérer nos semblables de ce perpétuel holocauste, cesser de les utiliser dans le but de servir les animaux humains, et stopper la marchandisation du crime.

L’aviculture c’est de la torture.
Abolissons l’élevage, père de tous les esclavages !”

Démission de Nicolas Hulot et triomphe des chasseurs à l’Elysée

La grande actualité, c’est bien entendu la démission « surprise » de Nicolas Hulot, qui a annoncé à la radio qu’il abandonnait sans prévenir son poste de ministre de la transition écologique et solidaire.

Cela est directement relié à la question des chasseurs sur laquelle nous avons mis l’accent ces derniers jours. La démission de Nicolas Hulot était en effet dans l’air du temps et c’est un coup de force des chasseurs qui l’a déclenché.

Ceux-ci avaient encore une fois leur représentant à l’Elysée, Willy Schraen (président de la fédération nationale de la chasse), et celui-ci avait emmené avec lui le lobbyiste Thierry Coste.

Étaient également présents le secrétaire d’État à la transition écologique Sébastien Lecornu, le conseiller énergie de l’Élysée Antoine Peillion, et un ami d’Emmanuel Macron, le chasseur et sénateur de Côte d’Or François Patriat.

A la fin de la réunion, Nicolas Hulot s’est accroché avec Thierry Coste, arguant qu’il n’avait rien à faire là en tant que lobbyiste. Il faut dire aussi que Thierry Coste n’a cessé de faire monter la sauce, racontant en riant en janvier au quotidien Le Monde :

« Quand Nicolas Hulot n’est pas content, j’adore lui rappeler qu’aujourd’hui, on est dans le même camp, celui d’Emmanuel Macron. C’est presque jouissif pour moi. »

Si l’on ajoute le fait qu’Emmanuel Macron avait expliqué à Nicolas Hulot qu’il n’aurait pas été au courant pour la présence de Thierry Coste, on a une situation qui ne rimait plus à rien, et précipitant la démission.

C’est une grande victoire pour les chasseurs, d’autant plus qu’ils ont obtenu l’officialisation de la réforme dont nous avons parlé, faisant passer le permis de chasse de 400 à 200 euros, à quoi s’ajoute la « gestion adaptative » de six espèces d’oiseaux :

  • l’oie cendrée,
  • la barge à queue noire,
  • le courlis cendré,
  • la tourterelle des bois,
  • le grand tétras,
  • le fuligule milouin.

Cela signifie que selon les « évaluations », les chasseurs pourront se mettre à chasser ces oiseaux… Rappelons ici qu’en France, la loi autorise la chasse de 64 types d’oiseaux – bien plus dans les faits – dont 20 son sur la liste rouge de l’Union internationale de la protection de la nature.

C’est également une victoire pour les chasseurs sur la question de la chasse à courre, dont Nicolas Hulot espérait saper les fondements. Las ! Avec un Emmanuel Macron pour qui la chasse n’est « ni un loisir ni un sport mais un mode de vie », à un moment donné cela devait inévitablement aboutir à un conflit insoluble.

Nicolas Hulot espérait aussi taper sur la chasse de la grive à la glu, les piégeages appelés « tenderie » et « matole » : c’est là aussi un échec.

Il y aura également dans le futur une « police de la nature et des territoires », qui va passer par la fusion de l’Agence française pour la biodiversité (AFB) et de l’Office nationale de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS). Cela participe à ce que remarque le document pdf dont nous avons parlé, à savoir la mainmise des chasseurs sur l’écologie et la « gestion » de la Nature.

C’est d’ailleurs évidemment la ligne officielle de la fédération nationale de la chasse quant à la démission de Nicolas Hulot, présentant les chasseurs comme les « écologistes de terrain » !

A cela s’ajoute l’interdiction de l’engrillagement des domaines chassables par certains propriétaires.

Bref, c’est une défaite sur toute la ligne et Nicolas Hulot allait se faire sévèrement critiquer une fois de plus. Il avait déjà très mal pris la critique faite par Brigitte Bardot dans Var matin, le qualifiant de « trouillard de première classe. Un indécis. Un type qui ne sert à rien », répondant lui-même de manière véhémente (« Il y a un moment ou un autre où il faut arrêter de céder à la simplicité, de donner des conseils à distance, tout ça avec vue sur la Méditerranée. C’est très sympathique, mais ça ne fait pas avancer la cause »).

Il a préféré fuir plutôt de passer pour quelqu’un s’étant fait littéralement broyé. Il n’en reste pas moins que les problèmes restent entier ! Et que la première chose à faire, c’est de soutenir l’opposition à la chasse à courre et d’affirmer son soutien à AVA confronté à une plainte de l’Office National des Forêts !

Le festival vegan de Calais annulé par l’Etat devant les menaces de violence des bouchers-charcutiers et chasseurs

Cela fait pratiquement deux semaines que nous n’avons rien publié, pour une raison très simple : nous tenions à ce que le maximum de gens apprennent la répression contre AVA avec le procès lancé par l’ONF, et il y a aussi la brochure présentant l’activité incessante des chasseurs pour gagner l’opinion publique qui gagne à être connu également.

Le fait de chercher à torpiller AVA en plein été, au coeur des vacances estivales, est une entourloupe à laquelle il fallait bien essayer de répondre un minimum de manière efficace, afin de contribuer au maintien du mouvement.

Car il est évident que, désormais, la rigolade est finie. Le fossé est là, l’envergure du véganisme a été compris par tout le monde. Pour preuve, les bouchers-charcutiers ont carrément fait une pression énorme pour faire annuler le festival vegan devant se tenir à Calais le 8 septembre 2018.

En assumant ouvertement, par l’intermédiaire de propos tenus à Libération :

Laurent Rigaud, le président du syndicat des bouchers-charcutiers traiteurs du Nord, assume la responsabilité de cette annulation :

 «Nous avions prévenu que nous irions au contact quand les végans manifesteraient.

Nous serions venus en nombre au festival à Calais. L’ensemble des acteurs autour de l’alimentation, commerçants, agriculteurs, pêcheurs, ont fait passer le message auprès des autorités.

Il était en effet plus sage d’annuler.»

On est là non pas dans l’intimidation, mais carrément dans la menace ouverte, avec l’Etat censé être de droit qui capitule ouvertement.

Et d’ailleurs qui avait annoncé le début de la campagne contre le festival, début juillet? Le chef des chasseurs, avec un discours ultra-agressif, appelant à l’interdiction du festival par la mairie qui avait fourni une salle…

C’est là encore une nouvelle très importante et comment faire qu’elle se diffuse, alors qu’on est encore en été, que les esprits ne sont pas encore assez ouverts, voire présents?

C’est là un véritable problème qui doit appeler à réflexion et de notre côté nous temporisons encore les publications, nombreuses par ailleurs car il s’est passé de nombreuses choses ces derniers temps.

Mais l’opinion publique végane et l’opinion publique en général sont tellements difficiles à toucher qu’il faut savoir souligner l’essentiel. Il n’y a pas de base démocratique organisée, seulement des gens profitant d’une aura médiatique au moyen de la personnalisation, avec des actions spectaculaires.

D’ailleurs, le festival vegan de Calais n’était pas une initiative démocratique non plus, mais une démarche commerciale cherchant à profiter des initiatives véganes. Voici la présentation de l’organisateur par lui-même :

Farplace France est une association de protection animale et environnementale. Notre équipe franco-anglaise, forte d’une solide expérience en Grande-Bretagne en matière de festivals vegan (+ 20 événements en 2018), est ravie d’organiser à présent des événements en France.

Notre premier salon français a eu lieu le 2 juin à Paris-Nanterre. (Vous pouvez voir quelques témoignages d’exposants et de visiteurs sur ce site.) Les bénéfices nous aideront à organiser d’autres salons, et aussi à faire des dons à des petites structures qui sauvent des animaux au quotidien.

On arguera que c’est déjà pas mal, sauf que cette fois la déconnexion avec la réalité française n’a pas pardonné. On ne plaque pas des choses sur une société, il faut connaître celle-ci et en trouver les failles. La chasse à courre est une de ces failles, voilà pourquoi il faut soutenir la lutte contre celle-ci.

Il faut aussi rendre les choses claires, lisibles. Voici par exemple le communiqué officiel de la mairie de Calais. Il est d’une hypocrisie folle : la mairie dit qu’elle n’annule pas le festival pour sa nature… mais qu’il l’annule quand même, au nom bien entendu d’un risque de troubles à l’ordre public qui est un concept formidablement élastique dans son interprétation.

Il devrait être facile de dénoncer la mairie pour son action anti-démocratique !

Communiqué: annulation Festival Vegan
(Vendredi 24 Août 2018)

Ce jeudi 23 août 2018, la Ville de Calais a pris la décision d’annuler la tenue du Festival Vegan, initialement prévu le 8 septembre, au Forum Gambetta.

Cette décision est consécutive à des informations annonçant une série d’opérations visant à semer le trouble et à perturber l’ordre public, en marge de l’organisation de ce Festival. La multiplication de ces informations parvenues ces derniers jours en mairie a fait peser des incertitudes sur les conditions dans lesquelles le Festival pourrait se tenir.

Afin de garantir la sécurité publique et de ne pas exposer les visiteurs, partenaires et organisateurs du salon à un risque de débordement, le choix a été fait d’annuler cet événement, sans que cette décision soit liée à la nature et au thème du Festival.

Tout cela montre bien que, comme nous l’avons constaté, tout a changé pour le véganisme ces derniers mois. Il y a une recomposition générale de la situation. Et on ne s’en sortira pas sans une implication de gens bien formés, éprouvés dans la lutte et par le temps, menant un travail de fond vers les gens “normaux”, synthétisant les expériences.

« Éléments d’information sur le travail des chasseurs sur l’opinion publique »

Le contexte est celui de la plainte posée par l’Office National des Forêts contre AVA, en plein creux de l’été : organisez la solidarité !

Et il faut bien comprendre le contexte.

« Éléments d'information sur le travail des chasseurs sur l'opinion publique »
PDF

Ce document est d’une très grande importance pour qui s’intéresse à la chasse en général et à la chasse à courre en particulier. Il montre l’incessante activité des chasseurs pour apparaître comme incontournable, niant l’existence de la Nature et de ses équilibres, de son équilibre.

Nous ne pouvons que vouloir souligner de vraiment étudier ce document, de ne pas le prendre à la légère, d’en voir tout l’arrière-plan!

Aucune lutte contre la chasse, la chasse à courre, n’est possible sans comprendre la stratégie de l’ennemi !

Tentative de meurtre politique : l’État réclame 55 000 euros à AVA en plein été

Dans la tradition politique et juridique, on appelle cela quelque chose de « scélérat ». Il y a en effet une vieille tradition politique française visant à faire passer les lois juste avant l’été ou en profitant d’une heure avancée pour « forcer » la décision.

Et c’est donc une mesure politique scélérate à laquelle doit faire face AVA, une mesure immanquablement avalisée par le chef de l’État lui-même.

L’idée est la suivante : faire un exemple en torpillant financièrement les gens d’AVA en leur réclamant plus de 50 000 euros par l’intermédiaire de l’Office National des Forêts, afin de masquer la nature politique de l’opération.

Et afin que tout se déroule au mieux, lancer l’opération… le 27 juillet, juste avant la période la plus creuse de l’été, pour empêcher la diffusion de l’information, l’organisation d’une opposition…

Sans compter que la plainte étant devant le Tribunal de Grande Instance, il y a 15 jours pour trouver un avocat, sans quoi tous les arguments de la plainte sont considérés comme admis !

Heureusement, AVA a pu faire face à cette attaque et s’organiser juridiquement conséquemment.

Mais que dire !

C’est ni plus ni moins qu’une tentative de meurtre politique. C’est là une opération dont le seul mot qui peut la caractériser est « dégueulasse ». C’est une véritable crapulerie, une manière mesquine et sordide de poser les problèmes.

Bref, c’est totalement conforme à l’esprit des chasseurs, qui savent qu’ils sont dépassés historiquement et utilisent tous les leviers anti-démocratiques possibles.

Une véritable magouille, qui en dit long sur Emmanuel Macron. Il prétendait représenter une sorte de modernité politique : on est là pourtant dans un machiavélisme politique le plus traditionnel.

Surtout que les 18 page de l’assignation faite par l’Office National des Forêts devant le Tribunal de Grande Instance est une blague juridique d’un amateurisme pratiquement surprenant.

Le principe est le suivant : l’ONF dit qu’AVA empêche l’actualisation de contrats entre l’ONF et les chasses à courre, qui « louent » les forêts. Qui est AVA ? L’ONF choisit trois personnes, d’elle-même.

Qu’ont-elles fait : y a-t-il des arrestations, des condamnations, des faits juridiquement établis ? Comme il n’y a rien, l’ONF présente les faits à sa façon.

Tout le reste est à l’avenant et la plainte prend vraiment d’ailleurs le Tribunal de Grande Instance pour des idiots et des serviteurs zélés, car jamais il ne pourra pas s’appuyer sur de telles allégations sans preuves, sans faire sauter tant la séparation de pouvoirs que la valeur légale même d’une preuve, bref sans dynamiter tout l’édifice juridique.

L’ONF a posé sa plainte en s’imaginant qu’en France le régime juridique tourne comme sous Mussolini, Franco ou Hitler, qu’il suffirait qu’un organe d’État dise une chose pour que ce soit vrai !

Les rédacteurs de la plainte fournissent d’ailleurs eux-mêmes l’argument faisant tomber celle-ci, en présentant la chose comme suit :

« Au regard des actions menées par le collectif AVA, l’ONF est fondé à poursuivre les membres connus de cette organisations en sa qualité de bailleur, d’une part, pour le trouble de jouissance causé aux preneurs, et en sa qualité de gestionnaire des forêts domaniales, d’autre part, pour l’atteinte portée au droit de propriété de l’État dont l’ONF est le représentant légal en vertu du code forestier (art. D221-2CD). »

En reconnaissant s’occuper des intérêts de l’État, l’ONF montre qu’il agit en tant qu’État et que sa plainte au TGI est donc une plainte de l’État envers lui-même, ce qui ne tiendrait pas une seconde devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

L’ONF a fait deux stupidités éhontées : affirmer sans aucune preuve des choses sur AVA, qui par ailleurs pourraient amener des plaintes pour diffamation mais surtout amènerait le TGI à juger sur de simples affirmations… et s’adresser au TGI comme si l’État se parlait à lui-même, ce qui ferait de l’État à la fois juge et partie, ce qui est impossible à part, comme dit plus haut, sous Mussolini, Franco, Hitler, etc.

Juridiquement parlant, il aurait fallu que les « équipages » des chasses à courre portent plainte, que leurs plaintes aboutissent à des condamnations… Que sur la base de ces condamnations et seulement de celles-ci, l’ONF se retourne contre les personnes condamnées pour, en quelque sorte, des frais de dommages et intérêts…

Mais il est vrai qu’Emmanuel Macron veut faire vite et il espère qu’il parviendra à forcer autant que possible l’écrasement de la lutte contre la chasse à courre. On est là dans une situation résolument politique.

C’est l’expression de la valeur ô combien significative de la chasse à courre dans la société française, pour les plus riches, pour les plus réactionnaires. C’est une citadelle, un verrou…

En triompher passe par là pour la libération animale !

ASSIGNATION ONF AVA

Libération publie une ode pétainiste du « territoire »

Nous parlions il y a peu du relativisme terrible de la presse se voulant « contestataire », comme Le Monde ou Libération, publiant régulièrement des points de vue sur le véganisme qui sont parfois pour, parfois contre, le tout servant la confusion et le relativisme.

Ce qui ne peut que ressortir, c’est le discours pétainiste, notamment sous sa forme moderne zadiste, et là cela ne manque pas avec une ode au pétainisme publié dans Libération. Le texte est rempli de références idéologiques que l’auteur ne connaît peut-être même pas : quiconque a lu Maurras ou Heidegger, Giono ou Bernanos, en comprend immédiatement la nature.

On y trouve tout : de l’éloge du paysage au refus de l’humanité unifiée à l’échelle mondiale, de la défense des petits savoirs-faires « authentiques » au refus d’une morale universelle, de l’utilisation de concepts pseudo-philosophiques (« élevage-paysan ») au rejet du monde moderne.

Ce texte est un classique du genre, reflétant toute une tendance historique : les zadistes et apparentés n’ont fait que réactualiser la critique pétainiste du monde moderne, sur les mêmes bases, et son agressivité envers le véganisme est obligatoirement présente et inévitablement toujours plus offensive.

Repli individuel sur son lopin de terre avec la ZAD ou véganisme universel d’une humanité unifiée organisant la production à l’échelle mondiale, l’opposition ne peut être que totale !

Plaidoyer pour les territoires d’un paysan végano-sceptique

Par Pierre-Etienne Rault, Eleveur-tanneur dans le Morbihan —

Il ne devrait pas y avoir de tentation à devenir végan dès lors que l’on a bien compris l’élevage-paysan. Mais pour bien comprendre l’élevage-paysan, il faut avoir saisi l’esprit de territorialité auquel celui-ci est étroitement lié. La territorialité relève du sensible, de notre rapport au monde, et gagne celles et ceux dont une partie de la conscience est profondément reliée à un territoire. Si elle est en première évidence un cordon à travers lequel circule l’avitaillement des biens nourriciers et matériels, la territorialité n’en demeure pas moins le terreau des relations sociales ainsi qu’une source de diversité culturelle et spirituelle.

Un rapport fusionnel a longtemps lié l’homme et son territoire, l’être fait d’os et de chair à son environnement organique et minéral. Si quelque part, au pays, une grange était à bâtir, alors un instinct de territorialité guidait naturellement le paysan vers le plus proche filon d’argile pour l’entreprise de maçonnerie, vers l’arbre multicentenaire pour l’entreprise de charpente, vers les champs de seigle pour l’entreprise de couverture. L’ensemble constituait un ouvrage indigène bâti à coups d’ingéniosité. Les objets du quotidien, comme les outils de travail, étaient également faits de particules arrachées aux territoires. Chacun d’eux était façonné par l’habileté de mains savantes, à partir de matériaux débusqués dans le pli d’une roche, la lisière d’un bois, le lit d’une rivière, les entrailles d’une bête.

Os, cuirs, laines, plumes, crins, tendons, cornes, bois, graisses et suints sont autant de matériaux provenant du monde animal et dont l’Homme a su, un jour, trouver une utilité. Jusqu’à l’ère thermo-industrielle et l’avènement de la plastochimie, on recourait autant qu’il était possible de le faire à ces matériaux naturels, indigènes et renouvelables. On leur trouvait des propriétés dont les qualités multiples concordaient avec un grand nombre d’usages : vêtements, colles, harnais, bougies, brosses, lubrifiants, isolants, sacs, selles, chaussures… On trouvait dans le monde végétal ou minéral d’autres matériaux tout aussi utiles mais dont les propriétés ne pouvaient pas toujours rivaliser ou même simplement remplacer les matériaux d’origines animales. Il fallait donc compter sur les trois mondes, animal, végétal, et minéral pour que le territoire déploie l’ensemble de ses richesses et pourvoie ainsi aux besoins élémentaires des sociétés.

 

Progrès et déterritorialisation

Aujourd’hui, l’économie marchande mondialisée est dotée d’une redoutable logistique permettant de se nourrir, de se vêtir, de s’abriter et de se chauffer sous toutes les latitudes sans que l’approvisionnement des biens primaires provienne nécessairement des ressources du territoire habité. Le progrès technique dans de multiples domaines a fait de nous des êtres confortablement déterritorialisés. Ainsi, l’Homme moderne ne concentre plus ses efforts à la recherche d’une communion avec son environnement naturel. Repus de la vacuité des choses artificielles, déraciné, il s’est égaré en perdant la conscience de sa présence sur son territoire. Ce manquement fragilise dangereusement le sens qu’il donne à son existence. Il passe à côté de splendeurs sans être atteint par leurs beautés et trépasse de ses peurs sans goûter à l’intensité d’exister.

Un pareil constat devrait nous interroger sur le rapport que nous entretenons aux territoires mais aussi aux objets et à la matière. Tandis que laines et peaux sont aujourd’hui considérées par la loi française comme des déchets d’équarrissage soumis à des réglementations si strictes qu’elles contraignent considérablement les éleveurs et les artisans dans la mise en place de filières de valorisation, le marché textile en provenance de la Chine inonde littéralement l’Hexagone de vêtements, sacs et chaussures en fibre coton ou synthétique.

Au-delà des considérations éthiques liées aux conditions de travail dans les usines chinoises, que devons-nous penser de ce dispositif marchand, libéral, orchestré politiquement et consenti sociétalement qui consiste à déterritorialiser notre économie en même temps que nos consciences? Nos savoirs-faire disparaissent. Les artisans tanneurs, maroquiniers, lainiers, matelassiers ne peuvent résister devant l’implacable concurrence des forces productives dont le modèle néocolonial conduit à une uniformisation planétaire des biens de consommations. Selon l’anthropologue Arturo Escobar, la lutte contre cette nouvelle forme d’impérialisme ne peut que surgir que des tréfonds des territoires par des femmes et des hommes portant des revendications d’autres mondes. Les ZAD qui émergent ici et là pour s’opposer à la bétonisation et à l’aménagement standardisé par toutes les formes de rationalités productives seraient des lueurs de ces autres mondes.

Maintenant, pouvons-nous dire que le véganisme préfigure ou est en mesure d’inspirer des lueurs d’autres mondes ? C’est loin d’être évident. D’abord parce que le véganisme est à bien des égards la traduction idéologique même de l’«aterritorialité». Pour le paysan que je suis, un territoire sans élevage est un territoire en souffrance, auquel on prive la possibilité de déployer son panel de vie et de biodiversité. Car le ré-ensauvagement de la nature que certains appellent de leurs fantasmes n’est en rien un gage de sauvegarde de la biodiversité. La plupart des espèces dont on déplore tous aujourd’hui la disparition ont pu pendant des siècles bénéficier de territoires propices à leurs implantations. Ces territoires étaient constitués de prairies naturelles, maillées de haies et de talus, parsemés de bosquets et parcourus de cours d’eau dont on prenait le soin de curer les lits. Dans ces prairies on y trouvait des animaux au pâturage dont le rôle était essentiel à une valorisation efficiente des espaces et permettait de garantir une alimentation saine et abondante. C’est ce modèle de territorialité, empirique, écologique et résilient que certains aimeraient voir remplacé créant ainsi la stupeur du paysan. Car un paysan à qui on interdirait aujourd’hui d’élever des animaux serait aussi malheureux et désœuvré qu’un pianiste à qui on enlèverait la moitié des touches de son piano.

 

Idéologie hégémonique

Par ailleurs, outre le fait que la viabilité de l’idéologie végane repose dans bien des domaines (fertilisation des sols, synthèse des fibres synthétiques…) sur l’acceptation de l’extractivisme, lequel est en tout point contraire au commun des ontologies territoriales, le véganisme est enraciné sur les vieux dualismes nature/culture, humain/non humain, bien/mal, gentil/méchant. L’idéologie végane semble ainsi concourir au renforcement d’un «système monde» uniforme, aussi bien mono-culturel que mono-cultural.

Sans se laisser aller à la caricature qui consisterait à rapprocher outrancièrement le véganisme du transhumanisme, on peut toutefois établir un lien entre la promotion de l’utopie végane et une implication (volontaire ou non?) dans un processus d’acculturation par la prescription morale. En effet, de la même manière qu’il est difficilement concevable qu’une personne qui se pense «bonne» ne désire pas un tant soit peu participer à réformer une société déviante pour la rendre plus juste, les végans, convaincus d’être les avant-gardistes d’une cause juste et noble que l’Histoire retiendra, ne peuvent que conférer à leur idéologie une dimension hégémonique. Par conséquent, la vérité et le bien que les végans pensent incarner doivent être colportés pour que la culture végane, la «culture du bien» devienne la norme.

La morale végane a toute sa place dans un monde dualiste, héritier de la culture judéo-chrétienne qui envisage les relationnalités selon des considérations de «bien» et de «mal». Mais cette même morale n’est pas introductible dans le cadre des interrelations et des interdépendances qui engendre l’adaptabilité des êtres sur leurs territoires dont dépend leurs (sur)vies. Pour penser la question végane il faudrait donc arriver à substituer l’analyse morale – et son récit rationnel et dualiste auquel nous sommes biberonnés depuis toujours — à une nouvelle grille de lecture qui prenne en compte pleinement l’ontologie des territoires.

Pierre-Etienne Rault est l’auteur de Végano-sceptique, éditions du Dauphin, 2017.

« Les Produits Laitiers » : apprendre des partisans de l’exploitation animale

Ce que les associations comme L214 ne comprennent pas ou plutôt ne veulent pas comprendre, c’est qu’avec l’exploitation animale la contradiction est tellement grande qu’inévitablement cela ne peut qu’aboutir à un conflit total. C’est même là l’identité même de la question de la libération animale.

L’ennemi l’a très bien compris. Il monte la sauce dès qu’il le peut, car lui a compris les enjeux. Son existence même étant en jeu, il voit ce qu’il en ressortirait s’il perd. Voilà pourquoi il forme sa base de sympathisants, pourquoi il veut élargir cette base.

En voici un exemple tout à fait représentatif, qui ne doit rien au hasard. Il a été publié par le compte Twitter de  « Les Produits Laitiers », un site d’information du CNIEL (Centre National Interprofessionnel de l’Économie Laitière, « association loi 1901 représentative de l’ensemble des acteurs de la filière laitière française »).

L’occasion a été la bagarre générale à l’aéroport d’Orly des rappeurs Booba et Kaaris, dont le mode de vie ne correspond on s’en doute strictement en rien à la morale vegan straight edge, mais bien entendu totalement dans l’idéologie dominante du superficiel, du spectaculaire sans contenu, du beauf ne pensant qu’aux richesses matérielles inutiles, etc.

Les Produits Laitiers, TwitterL’image est subtile, parce que tout le monde sait très bien que L214 et PETA sont des associations purement pacifistes ne prônant nullement l’affrontement militant.

En fait, pour PETA c’est historiquement faux, car PETA ne s’est jamais historiquement dissociée de l’ALF et est en fait née aux États-Unis pratiquement comme « aire légale » de la « scène » de la libération animale. Mais c’est le passé bien sûr.

Le but de l’image n’est de toutes façons pas de criminaliser L214 ni PETA, mais de préparer au second tour, celui où ces associations débarrasseront heureusement le plancher, pour laisser la place à la nécessaire confrontation.

C’est d’ailleurs le sens du troisième protagoniste en plus de L214 et PETA, le végan, qui est là pour montrer que ces associations se feront dépasser par le véganisme en raison de la nature même des exigences morales qui vont avec.

Il s’agit donc de contribuer tout de suite à préparer l’isolement de la libération animale demain. On voit d’ailleurs que la société française est placée sur le côté, comme témoin passif de ce qui se passe.

Il s’agit de faire passer le message comme quoi la libération animale arrivera inéluctablement à un degré de confrontation tel qu’il en ira d’absolument tout. Il s’agit donc de préparer à séparer la libération animale de la société, afin de l’écraser aisément une fois que cela est réussi.

Il va de soi que pour l’instant c’est bien parti. Il est d’ailleurs intéressant de voir qu’une association comme 269 prétend viser la massification du mouvement, alors qu’elle ne fait que contribuer à son isolement par sa pseudo-radicalité s’appuyant sur un très important turn-over d’activistes.

Alors qu’un mouvement comme celui contre la chasse à courre, dont l’identité en soi n’est pas végane puisqu’il ne s’agit que d’une lutte sectorielle, amène à l’inverse beaucoup plus de passerelles entre le véganisme et les gens.

En ce sens cette image de propagande éduque les gens partisans de l’exploitation animale… À ceux et celles voulant la détruire d’en apprendre autant !

Le véganisme et la question de l’océan

Le plus grand problème historique du véganisme, si l’on veut voir les choses objectivement, c’est que la question de l’océan est absolument essentielle, et que malheureusement, cela n’apparaît pas comme visible.

La raison en est simple : il n’y a pas d’aperçu sur ce qui se passe dans l’océan quand on vit à terre. C’est le paradoxe : l’humanité se développe de manière exponentielle, mais la planète lui est étrangère, et encore plus sa dimension bleue.

Il y a ici un raté terrible, un véritable problème de fond et il est évident qu’une humanité végane va prendre en considération de manière fondamentalement différente l’océan. En attendant, la situation reste ce qu’elle est, en prenant des traits toujours plus terrifiants.

Entre 1970 et 2012, il est considéré (par le Marine Living Planet Index) que la population vivant dans l’océan a reculé de 49 %. C’est un écocide historique, qui ne cesse d’empirer à tous les niveaux.

Cela est par ailleurs bien connu. Une structure institutionnelle comme le WWF – qui veut réguler la pêche et non pas la supprimer – ne cesse d’informer de manière alarmante sur la « surpêche ». Mais son écho est vain, car elle demande à des structures économiques de se réguler, alors qu’il est dans leur nature de davantage accumuler, de faire du profit.

Dans le monde, nous pêchons près de 93,4 millions de tonnes de poissons. Près de 90% de nos stocks mondiaux sont pleinement exploités (58,1%) ou surexploités (31,4%). On parle de surpêche lorsque nous pêchons plus que ce que le stock peut nous fournir par renouvellement de la population.

(WWF)

De plus, les États qui obéissent à ces intérêts ne comptent certainement pas s’effacer devant un gouvernement mondial. Tout récemment, la France a d’ailleurs modifié sa constitution pour renforcer sa position en faveur de l’exploitation – c’est-à-dire la destruction de l’océan – au nom bien entendu de sa protection par la gestion.

La France, qui dispose d’un « empire » maritime, aurait comme devoir de le fructifier. C’est une mentalité qui est exactement contraire à ce qu’il faut ! C’est une vision étriquée en termes d’intérêts partiels, d’intérêts privés séparés des autres.

Avec les outre-mer, notre pays est présent dans l’océan pacifique, la mer des Caraïbes, l’Océan indien et dans les mers froides. Deuxième puissance maritime mondiale après les Etats-Unis notre pays a trop souvent négligé ce potentiel économique qu’est la mer 3/3

(Gilles Lurton, député LR)

Il n’est plus temps pour une telle approche ; il faut désormais une réelle vision planétaire, partir immédiatement du point de vue planétaire. Cela ne veut pas dire ne pas partir des réalités locales ou nationales : cependant, pour comprendre la véritable dimension des enjeux, il faut un point de vue à la hauteur de l’ensemble !

 

 

 

La scène punk (et straight edge) à Poitiers

Le 15 août 2018 aura lieu à Poitiers une “journée d’études” avec comme thème  “La scène punk à Poitiers (1976-2016)” . Nous ne sommes nullement favorables à ces interprétations universitaieres, hors mouvement.

Cependant, la présentation de cette journée parle de l’importance de la scène straight edge dans cette ville au début des années 1990 :

La scène punk/hardcore explose, comme partout ailleurs, au début des années 1990, avec un épisode straight- edge radical et des groupes punk/hardcore comme Seven Hate, Undolor, The Sense, noisy/pop comme Liquid Team et Mmoob, des labels, Weird Records, On A Faim !-Label, et une salle de concert, Le Confort Moderne.

Ouvert depuis 1985, le Confort Moderne fait passer entre 1993 et 1996 Biohazard, Suicidal Tendencies, Fugazi, No Means No, Cooper, Grotus, Neurosis, Satanic Surfers, Unsane ou Melt Banana. Sa cour accueille un disquaire indépendant (La Nuit Noire) et des locaux de répétition, autant de lieu d’échanges et de partages pour les musiciens de tous bords.

Si quelqu’un peut nous envoyer des informations ou des documents à ce sujet, il ne faut pas hésiter!

 

 

« L’animal n’est pas l’alter ego de l’homme »

C’est devenu une mode chez Le Monde et Libération : publier des articles contradictoires au sujet des animaux permet de relativiser la question, d’intégrer la réflexion au sein d’une sorte d’esprit polémique qui aurait un cadre bien délimité : celui des institutions.

On sait à quel point d’ailleurs on ne s’en sort pas. L214 veut participer à ces institutions, 269 forcer celles-ci à accepter le point de vue vegan, et seule une petite minorité, dont nous faisons évidemment partie, comprend qu’il faut une révolution et pulvériser ces institutions si on veut arriver à quelque chose.

Cela ne veut pas dire qu’il ne faille rien faire de concret en attendant, bien au contraire : le sens réel des actions n’existe que dans la liaison avec l’objectif général qui est la libération animale. C’est ce qui fait qu’il ne peut pas y avoir de « débat » : soit on est une partie du problème, soit une partie de la solution.

C’est cette prise de conscience que cherche à tout prix à empêcher Libération. En publiant en même temps « Jean-Pierre Digard : “L’animal n’est pas l’alter ego de l’homme” » et « Assujettir les animaux est devenu un caprice », le but est de neutraliser la réflexion en opposant deux sortes de rationalités qui seraient aussi vraies l’une que l’autre, demandant donc un status quo.

C’est très Emmanuel Macron, mais aussi très français ! On est dans un pays fondamentalement libéral où l’exception confirme la règle, où l’entorse fait partie des devoirs pratiquement nationaux pour être un bon français ! Tout le reste serait, selon le refrain, « puritanisme anglo-saxon ».

Pour bien souligner la neutralité nécessaire, Libération a d’ailleurs choisi deux « personnalités » : Renan Larue, professeur de littérature à l’université de Californie, Santa Barbara, et Jean-Pierre Digard, anthropologue et directeur de recherches émérite au CNRS.

Ce dernier est assez intéressant au demeurant, car si d’un côté il souligne à juste titre que la domestication ne s’est pas réalisée dans une violence unilatérale, de l’autre il raconte n’importe quoi, et pas seulement parce qu’il parle des « véganiens ».

En voici un seul exemple :

« Il y a une forme d’anthropomorphisme à parler de “vie bonne”. De même, des scientifiques, trompés par ce prisme déformant, n’hésitent pas à parler de “bonheur” ou de “joie de vivre” des animauxLes choses sont plus complexes.

Prenez l’exemple de vaches en stabulation libre : vous ouvrez les portes, elles sortent, puis rentrent au bout d’une trentaine de minutes car leur litière est confortable et leur nourriture tombe régulièrement dans le râtelier, et quand elles ont mal au pis, le robot de traite est là pour les soulager… »

Selon donc ce grand chercheur, la vache aurait besoin du robot de traite généreusement fourni par l’humanité ! N’est-il pas admirable de voir une personne hautement diplômée, entièrement reconnue par les institutions, ne pas savoir que les vaches ne donnent du lait que pour leur veau, et qu’elles ne donnent donc pas du lait en permanence ? »

Quant à la question de la « joie de vivre » d’un animal, cette personne n’a dû jamais mettre les pieds dans un refuge de sa vie : qu’elle le fasse, sa vie en sera révolutionnée ! Car là, atteindre un tel niveau de faiblesse sur le plan émotionnel, sur le plan du sensible, ce n’est même pas lamentable : c’est avoir des siècles de retard sur Montaigne ou Lucrèce !

L’autre article, favorable au véganisme, commence quant à lui par un grand n’importe quoi comme prétexte. On apprend que :

« Une petite révolution est en train de se produire au sein de la fameuse école vétérinaire de Saint-Hyacinthe, au Québec. Pendant très longtemps, ceux qui en sortaient n’avaient pas la réputation – loin s’en faut – d’être du côté des animalistes. Il faut dire que ladite institution faisait de son mieux pour étouffer chez les étudiants tout scrupule d’humanité envers les bêtes, celles de boucherie particulièrement.

Mais tout part à vau-l’eau : près d’un tiers des élèves de l’école se déclarent désormais végétariens ou végans (1) ! Un bon nombre de ces jeunes rechignent à effectuer des stages de formation dans les abattoirs et ne prendront vraisemblablement pas la relève des inspecteurs qui y travaillent. »

Le (1) qui justifie cette information consiste en la note suivante :

« (1) Selon le président de l’association d’étudiants contacté par l’auteur. »

Ce n’est donc pas une information fiable, et de toutes façons elle est extravagante, pour toute une série de motifs qu’on peut largement deviner même si c’est au Canada :

  • les produits sont testés sur les animaux ;
  • il y a la vivisection au programme ;
  • les études vétérinaires sont choisies pour l’argent.

C’est tellement évident qu’on devine d’ailleurs naturellement que l’article a été mal traduit et que par « vegan » il faut comprendre « végétalien ». Ce qui rend encore plus absurde la thèse générale d’un changement chez les étudiants vétérinaires, qui s’ils voulaient vraiment changer les choses deviendraient vegans.

Il est d’ailleurs totalement fou de voir l’indifférence cruelle des vétérinaires français par rapport à la situation des animaux. Leur silence est vraiment criminel.

Et aussi grave que ce silence, il y a les tentatives de parler à tort et à travers du véganisme, pour le neutraliser.

Jacques-Charles Fombonne à la tête de la SPA de Paris

Ainsi, elle a réussi cette opération dont nous avons parlé il y a peu au moment de la démission de la responsable de la SPA (de Paris), la présentatrice Natacha Harry. C’est un haut responsable militaire, Jacques-Charles Fombonne, qui prend les commandes de cette importante structure de la protection animale, sans en avoir jamais fait partie.

C’est une solution purement pragmatique, sans aucun contenu, visant à « épurer » une structure entachée de très multiples scandales ces dernières années.

Sauf que cela ne marche nullement comme cela. Il ne suffit pas de nommer un soldat pour compenser les multiples problèmes internes à l’approche générale de la protection animale.

Il ne s’agit pas de « rétablir l’ordre » ou de surveiller administrativement les sphères pouvant céder à la corruption. Cela, c’est la réponse d’extrême-droite, la réponse du coup de force, la réponse qui vient a posteriori, sans établir la nature des problèmes.

Quelle est la nature de ces problèmes ? On peut en dresser la liste :

  • il y a une multitude de SPA (et les refuges en général), ce qui disperse les forces. C’est terriblement vrai pour les refuges, qui tiennent avec des bouts de ficelle, ce qui amène certaines personnes à être horrifié et à dénoncer… les refuges au lieu de mettre la main à la pâte !
  • l’État s’appuie systématiquement sur ces associations, sans n’apporter ni moyens ni reconnaissances. En clair, lorsqu’un animal est trouvé par la police, la gendarmerie ou les pompiers, une association locale est prévenue pour le prendre en charge. Il n’y a ni suivi ni soutiens financiers. Les associations doivent assumer ce que la société ne veut pas assumer elle-même, avec leurs propres moyens, un grand sens du sacrifice.
  • il n’y aucune démocratie dans les associations, et par contre un culte de l’ego pour la direction des associations, avec des individus se mettant sans cesse en avant, déformant la nature du projet. Cela ne concerne d’ailleurs pas que la protection animale, il n’y aucune différence d’approche dans la personnalisation entre la Fondation Brigitte Bardot ou 269. C’est la course à la photo, aux propos chocs, à la médiatisation, etc.
  • cette absence de démocratie va de paire avec la nullité du niveau de discussion, ce qui est amené par l’absence de perspective. La SPA, par exemple, n’a aucune ambition pour le futur, elle est une fin en soi, comme d’ailleurs la plupart des associations. Cela amène cette course à la participation aux procès pour toucher des fonds, ce qui irait si les associations n’étaient pas plusieurs à le faire en même temps, empêchant toute vue d’ensemble.
  • il y a beaucoup d’argent et sans morale la plus stricte, fondée sur le véganisme le plu intransigeant, les craquages par la corruption sont inévitables. Et encore, il ne faut pas seulement le véganisme, à notre sens, mais la culture vegan straighte edge, avec la morale de l’affrontement et la victoire totale comme objectif !

Finalement, d’ailleurs, c’est bien cela le problème. Ce qui manque, ce sont des activistes ayant la tête sur les épaules, ayant une bonne culture et une bonne capacité de problématiser, avec un objectif très clair en tête : la libération animale.

La libération animale a besoin de cadres. Ce qui perd la Cause, c’est d’un côté une fuite dans des actions épisodiques, un actionnisme qui épuise les gens (avec un turn-over immense, les gens ne restant pas et à chaque cycle tout recommence avec des gens s’imaginant découvrir quelque chose maintes fois déjà fait), et de l’autre une forme d’intellectualisme coupé de toute réalité.

Ce qui ramène au problème de fond, qui est que la base même de tout mouvement de libération animale doit être non pas l’obsession sur les animaux morts, mais la focalisation sur les animaux vivants. Et partant de là, tant que le véganisme n’aura pas comme fondement la participation concrète et générale aux refuges, il n’obtiendra pas de substance réelle.

« Il est navrant de constater que des universitaires dénigrent l’antispécisme de manière expéditive »

Une tribune a été publiée dans Le Monde, sous le sobre titre de « Il est navrant de constater que des universitaires dénigrent l’antispécisme de manière expéditive », et c‘est quelque chose qu’on attendait depuis longtemps.

Il est en effet d’une clarté totale sur le point de vue des Cahiers antispéciste, et donc également de L214. Il est dit de manière explicite :

  • que l’être humain ne serait pas un animal comme les autres (absurde ! qu’est-il alors?),
  • il n’en irait pas de l’amour des animaux et de la vie, mais d’une simple possibilité de ne pas faire du mal,
  • il ne faudrait pas considérer les espèces, mais seulement les individus,
  • il ne s’agirait pas de défendre la vie en général et d’ailleurs certains animaux n’éprouveraient aucune sensation !

Rien que ce dernier montre bien que ces gens sont des ennemis. Cela montre que nous avons parfaitement interprété la valeur de cette interprétation, il y a dix ans déjà… Et que heureusement il a été possible maintenir les principes essentiels de la libération animale face à cette vision individualiste anti-Nature !

Tribune. Le spécisme fait de plus en plus débat dans la société. Un spéciste peut estimer, par exemple, que le fait qu’un animal appartient à une espèce particulière peut justifier à lui seul qu’on puisse le tuer pour en consommer les chairs. En France, société spéciste, on mange ainsi du cochon, mais pas du chat et encore moins de l’humain.

Le mot « spécisme » a été inventé dans les années 1970 en analogie avec les termes racisme et sexisme. Un raciste ou un sexiste va en effet ne pas avoir la même considération morale envers des personnes en fonction de leur race (ou supposée race) ou de leur sexe. Ces trois idéologies participent donc de la même logique et fondent des rapports de domination, d’exclusion et de violence à l’encontre d’individus appartenant à des catégories dépréciées.

En revanche, pour l’antispécisme, l’espèce (à l’instar de la « race » et du sexe) ne peut constituer un critère pertinent de considération morale. Seul l’intérêt des individus est à prendre en compte, quelle que soit leur espèce.

Conséquemment, étant donné que l’on peut être en bonne santé sans consommer de produits d’origine animale et que les poissons, vaches, cochons ou poules ont un intérêt à la fois à ne pas souffrir et à ne pas se faire tuer, le mouvement antispéciste conteste la légitimité de l’élevage, de la pêche et des abattoirs.

Cette position bouscule bien sûr des traditions et des façons de penser millénaires. Elle remet aussi en cause le privilège que les humains s’arrogent de maltraiter les autres espèces selon leur bon plaisir. Qu’elle suscite des réactions de rejet n’est donc pas surprenant. Mais il est plus navrant de constater que des chercheurs la dénigrent de manière expéditive, comme en témoignent nombre d’interventions récentes en France.

Par exemple, dans un récent entretien, le philosophe Étienne Bimbenet récuse l’antispécisme parce que cette « idéologie » avancerait la « thèse […] contestable » selon laquelle « nous serions, [nous autres les] humains, des animaux comme les autres ». Ce qui conduit ce philosophe à parler des« outrances » de l’antispécisme et de son « aveuglement […] pernicieux [car] il se présente sous les traits d’un progressisme »tout en niant ce qui fait la spécificité humaine.

Or jamais l’antispécisme n’avance que les humains seraient des animaux comme les autres. Il soutient simplement que, d’un point de vue éthique, c’est la capacité, que possèdent les humains et beaucoup d’animaux, à ressentir des sensations et des émotions qui importe. Cela revient à reprendre le principe de justice selon lequel il faut traiter les cas similaires de manière similaire et donc à attribuer autant de considération à la souffrance d’une vache, d’un cochon ou d’une poule qu’à celle d’un humain.

Dans le même registre, l’anthropologue Jean-Pierre Digard a fraîchement écrit dans « Raisons et déraisons. Des revendications animalitaires. Essai de lecture anthropologique et politique », publié dans la revue Pouvoirs, que les antispécistes réclament « un traitement égal pour toutes les espèces ». À la suite de quoi, il peut ironiser que ce n’est pas « respecter tel ou tel animal que de le considérer et de le traiter pour ce qu’il n’est pas ».

Pourtant, toute personne qui prend la peine d’étudier un minimum l’antispécisme en se tournant vers le livre du philosophe australien Peter Singer, La Libération animale (Payot, 2012), qui a popularisé cette notion, peut lire que « l’égalité de considération morale » ne signifie pas « l’égalité ou l’identité de traitement ». Si le mouvement antispéciste estime en effet qu’il faut attribuer autant de considération à la souffrance des animaux sensibles qu’à celle des humains, il estime tout aussi important de les traiter différemment en fonction de leurs intérêts et capacités. La distinction est d’ailleurs explicitée dans toutes les présentations de l’antispécisme.

Enfin, dans sa récente tribune au Monde« L’argumentation biologique soutenant l’antispécisme est erronée », le biologiste Christophe Robaglia soutient que, selon l’antispécisme, « plus les organismes sont proches de l’homme, plus ils sont susceptibles d’éprouver une souffrance similaire à la sienne, qu’il faut éviter de leur infliger ». Il en déduit que l’antispécisme réintroduit, à l’encontre des enseignements de la biologie moderne, « une hiérarchie dans le monde vivant où les plus dignes d’attention sont évolutivement proches de l’homme, plaçant implicitement celui-ci au sommet de l’arbre du vivant ».

On ne peut pas plus se tromper sur l’antispécisme où il n’est jamais question de privilégier une proximité avec les humains. La souffrance d’un poisson, d’une poule ou d’un cochon compte autant que celle d’un chimpanzé. En outre, il est faux de dire que les organismes sont d’autant plus sensibles à la douleur qu’ils nous sont proches. Par exemple, les tuniciers sont plus proches phylogénétiquement des humains que les abeilles ; ils ne sont pourtant pas sensibles, tandis que les abeilles le sont.

On pourrait ainsi continuer longtemps à citer les erreurs des universitaires français sur l’antispécisme. S’il arrive à tout le monde de se tromper, il est plus problématique de constater à quel point ces chercheurs sont très mal informés sur cette philosophie qu’ils dénigrent. Ils ne lisent pas la littérature spécialisée sur le sujet, ne répondent pas aux critiques qui leur sont adressées et délaissent le dialogue avec les antispécistes.

C’est probablement parce que, pressentant que l’antispécisme conteste leurs privilèges d’humains, maîtres et possesseurs des autres animaux, ils sont pris de panique et réagissent avant même d’avoir mûrement réfléchi à la question. Hélas, cette attitude ne permet pas la mise en place d’un véritable débat sociétal, trop longtemps différé, sur le spécisme…

Les auteurs de cette tribune sont : Yves Bonnardel, cofondateur des « Cahiers antispécistes », Thomas Lepeltier, chercheur indépendant et membre associé au centre d’éthique animale d’Oxford, et Pierre Sigler,rédacteur aux « Cahiers antispécistes » et chargé de recherches documentaires pour l’association suisse « Pour l’égalité animale ». Ils ont publié « La Révolution antispéciste » (PUF, 360 pages, 17 euros).

Collectif

Le 11 juillet 2018

Le cynisme du lobby des alcooliers

Voici une tribune très importante, dénonçant le lobby de l’alcool. Elle a été publié dans Le Monde en mode payant ! Quelle honte et quelle soumission justement au lobby de l’alcool !

Quel dommage également que les signataires ne saisissent pas qu’il soit nécessaire de partir en guerre contre l’alcool en général pour pouvoir avancer.

 

Afin d’étouffer le scandale du conflit d’intérêts d’Audrey ­Bourolleau, la conseillère agriculture de l’Elysée, et ancienne lobbyiste en chef du monde viticole, conflit démontré rigoureusement par Mediapart le 27 juin, le lobby alcoolier prétend participer à la prévention en santé en publiant une « contribution ».

Avec pour seul objectif de créer un nuage de fumée, et d’empêcher toute politique de prévention efficace alors que le ­niveau de consommation d’alcool dans notre pays est un des plus élevés au monde avec 11,6 litres d’équivalent ­alcool pur par habitant en 2016 (davantage désormais que la Russie).

Plus qu’une contribution, c’est une ­offensive en règle que le lobby alcoolier a engagée.

Alors que les agences sanitaires (Santé publique France et l’Institut national du cancer) ont publié en mai 2017 leur expertise sur les mesures à prendre pour réduire les dommages liés à la consommation d’alcool, alors que les différents experts ou leaders d’opinion en santé publique et en addictologie ont fait publiquement des ­propositions pour mener enfin une ­politique énergique face à l’hécatombe (135 morts par jour dus à l’alcool), alors que toutes les autorités sanitaires internationales rappellent que l’alcool est, juste après le tabac, la deuxième cause de mortalité évitable, le lobby alcoolier met en scène sa désinvolture dans une « contribution » où il propose essentiellement de se charger de la politique de santé pourvu qu’il n’ait aucune ­contrainte, aucune obligation et aucun objectif de résultat.

Son discours est d’une simplicité angélique : « Laissez-nous faire ! Croyez-nous sur parole ! ­Dormez braves gens ! Faites confiance à notre sens des responsabilités ! »

LE LOBBY ALCOOLIER PASSE À UNE ÉTAPE ET À UNE VITESSE SUPÉRIEURES : DÉMONTRER L’INUTILITÉ DU MINISTÈRE DE LA SANTÉ EN DICTANT LUI-MÊME SA LOI

La conception de la responsabilité ­sociale de ce lobby est visible tous les jours dans la création de boissons ­alcooliques sucrées pour la jeunesse afin de les inciter à entrer le plus tôt possible dans la consommation d’alcool, dans le matraquage publicitaire autour des établissements scolaires, dans les opérations marketing à prix cassés, dans les manœuvres incessantes pour réintroduire la consommation d’alcool dans toutes les enceintes sportives.

Après avoir systématiquement rogné la grande loi de santé publique de 1991, promulguée pour protéger la jeunesse des méfaits de l’alcool et du tabac (loi Evin), le lobby alcoolier passe à une étape et à une vitesse supérieures : ­démontrer l’inutilité du ministère de la santé en dictant lui-même sa loi.

Il va jusqu’à faire des recommandations pour la pratique des professionnels de santé dans le repérage précoce.

On peut aussi écarquiller les yeux ­devant sa pingrerie. Il essaie de faire passer un financement hypothétique de la prévention de 5 millions d’euros pour un apport décisif alors que les chiffres d’affaires cumulés de la filière se comptent en milliards.

Il prétend bien entendu en garder le contrôle total pour éviter que les acteurs de santé publique s’en mêlent. Rappelons que le fonds ­tabac est de 100 millions d’euros, ce qui donne la mesure du minuscule effort que les alcooliers accepteraient de faire, et encore sous la condition qu’on passe sous leurs fourches caudines.

Ce cynisme envers les acteurs de santé ne serait qu’anecdote s’il ne révélait le mépris envers les malades et leurs souffrances, ainsi que la négation des travaux des experts du monde entier sur le risque de l’alcool et les moyens efficaces d’y porter remède.

Enfin, le lobby alcoolier affiche avec une arrogance rare son complet dédain de l’opinion publique, dont un récent sondage de la Ligue contre le cancer a ­révélé qu’elle n’était pas dupe (77 % des Français considèrent que les pouvoirs publics subissent la loi des ­alcooliers), et qu’elle demande une politique concrète et efficace (70 % souhaitent une interdiction totale de la publicité pour les ­alcools, et 80 % une information plus claire sur les risques).

Nous, professionnels de santé, ­experts, militants associatifs, citoyens demandons instamment que le ministère de la santé ne soit pas évincé de l’élaboration de la politique de prévention du risque alcool ; que la politique de prévention s’inscrive dans le cadre de l’avis des experts de Santé publique France et de l’Institut national du cancer ; que des mesures efficaces soient prises pour faire baisser le très haut ­niveau de consommation d’alcool dans notre pays, en interdisant le marketing à destination de la jeunesse, en régulant davantage la publicité, en appliquant strictement l’interdiction du sponsoring des événements sportifs par les ­alcooliers ; qu’un fonds « prévention ­alcool » digne de ce nom et à hauteur des enjeux soit créé, bénéficie de la même dotation que le fonds tabac (100 millions d’euros) et soit sous la responsabilité du ministère de la santé ; qu’il soit mis fin à la situation flagrante de conflit d’intérêts qui règne à l’Elysée.

Les acteurs de santé avaient unanimement salué la nomination d’Agnès Buzyn en raison de son engagement et de ses prises de position pendant la mandature précédente. Nous lui ­demandons de s’exprimer à nouveau fortement et fermement, et pas seulement sur la taille du pictogramme destiné aux femmes enceintes.

Face au cynisme d’un lobby qui ne cherche qu’à préserver ses propres intérêts, quelles qu’en soient les conséquences, il est temps que la rigueur scientifique, le courage politique et l’éthique ­reprennent la main.

Les signataires : Bernard Basset,médecin de santé ­publique, vice-président de l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa) ; Amine Benyamina, professeur de psychiatrie et d’addictologie, université Paris-XI ; ­Gérard Dubois, professeur de santé ­publique, Académie de médecine ; Irène Frachon, pneumologue, Brest ; Serge Hercberg, professeur de nutrition, université Paris-XIII ; Catherine Hill, épidémiologiste ; Albert Hirsch, professeur de pneumologie, université Paris-VII, administrateur de la Ligue nationale contre le cancer (LNCC) ; Michel Reynaud, professeur de psychiatrie et d’addictologie, ­université Paris-XI, président du Fonds action addiction ; Nicolas Simon, professeur de médecine, Aix-Marseille université, président de l’Association ­nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa).

Collectif

Le 10 juillet 2018

“Cannabis thérapeutique : «Allons plus vite, madame la ministre !»”

Les partisans du cannabis savent que la société a décidé de calmer leurs ardeurs ; l’offensive est d’autant plus grande en faveur du cannabis thérapeutique, qui se voit attribuer des valeurs miraculeuses, comme ici dans cette tribune publiée dans Le Parisien.

L’opération serait presque crédible, s’il n’y avait pas cet argument massue de la filière économique prometteuse, qui montre qu’en arrière-plan il y a l’idée de légaliser le cannabis en tant que tel…

Eric CORREIA, président PS de l’agglomération du Grand Guéret, conseiller régional de Nouvelle-Aquitaine ; Rachid TEMAL, sénateur PS du Val-d’Oise, vice-président du groupe socialiste et républicain ; Sonia KRIMI, députée LREM de la Manche ; Jean-Baptiste MOREAU, député LREM de la Creuse ; Roland RIES, maire PS de Strasbourg ; Eric PIOLLE, maire EELV de Grenoble ; Daniel VAILLANT, ancien ministre, conseiller municipal PS de Paris XVIIIe ; François VINCENT, professeur de pneumologie au CHU de Limoges, conseiller régional de Nouvelle-Aquitaine ; Amine BENYAMINA, psychiatre, professeur des universités, chef de service addictologie hôpital Paul-Brousse Villejuif ; William LOWENSTEIN, spécialiste en médecine interne, addictologue ; Gaspard KOENIG, professeur de philosophie, écrivain, président de Génération libre ; Fabienne CABY, médecin, Inserm Institut Pierre-Louis d’épidémiologie et de santé publique, unité VIH, centre hospitalier Victor-Dupouy, Argenteuil ; Marlène AMILHAUD, médecin addictologue, hôpital de Guéret ; Stéphane DELPEYRAT-VINCENT, conseiller régional de Nouvelle-Aquitaine, président du groupe Generation·s ; Alexandre FELTZ, médecin, adjoint au maire de Strasbourg ; Florent BOUDIE, député LREM de Gironde, conseiller régional de Nouvelle-Aquitaine ; Isabelle BOUDINEAU, vice-présidente du conseil régional Nouvelle-Aquitaine ; Nathalie DELCOUDERC-JUILLARD, maire PS de Bort-les-Orgues, conseillère régionale de Nouvelle-Aquitaine ; Françoise JEANSON, médecin, conseillère régionale PS de Nouvelle-Aquitaine ; Jean-Louis PAGÈS, éditeur, conseiller régional EELV de Nouvelle-Aquitaine ; Benjamin DELRIEU, conseiller régional PS de Nouvelle-Aquitaine ; Pierre JOUVET, président PS de la communauté de communes Porte DrômArdèche ; Jacques BOUTAULT, maire EELV du IIe arrondissement de Paris ; Bruno BOUTLEUX, directeur général de l’Adami, président d’Alca Nouvelle-Aquitaine ; David ANGEVIN, écrivain ; Olivier Bertrand, médecin généraliste, addictologue ; Jean-Paul Besset, ancien député européen.

Produire du cannabis pour un usage thérapeutique en France n’est plus une option mais une nécessité. Comment ne pas déplorer le statu quo national sur cette question de santé publique ? Pourquoi maintenir le sceau de l’interdit et l’arsenal législatif et réglementaire qui l’accompagne à l’égard de plus de 300 000 patients français qui pourraient apaiser leur souffrance autrement ?

Trente-trois pays ont légalisé partiellement ou totalement le cannabis à usage thérapeutique. Parmi eux, quatorze Etats d’Amérique du Nord, Israël, le Portugal, l’Italie, la Roumanie, l’Espagne, la Pologne, le Royaume-Uni, l’Autriche, la Belgique, la Finlande, les Pays-Bas, l’Irlande, la Suisse, l’Allemagne, la Thaïlande et très prochainement le Canada ont entendu les souffrances de millions de malades qui sont désormais apaisés sereinement, en toute légalité.

Pourquoi une minorité de réfractaires persistent-ils à considérer l’usage du produit comme dangereux, en le réduisant à la catégorie des substances prohibées ? Puisent-ils leur opposition dans l’observation concrète d’une patientèle utilisatrice où subissent-ils les affres d’influences spéculatives ?

La question ainsi posée se heurte désormais au rapport très complet des effets du cannabis sur la santé que les académies américaines des sciences, d’ingénierie et de médecine ont publié en 2017.

Des certitudes et preuves substantielles y sont révélées. Elles confirment l’efficacité du produit dans la gestion de la douleur chronique, les troubles physiques provoqués par les chimiothérapies et les spasmes musculaires liés à la sclérose en plaques.

Sans pour autant s’opposer à la pharmacopée française usuelle qui repose sur différentes classes médicamenteuses dont les opiacées et ses dérivés tels que la morphine, le Tramadol, l’Efferalgan codéiné, l’Oxycontin, etc., utilisés pour le traitement de la douleur, il s’agit d’autoriser l’usage d’un produit alternatif, dont le mode d’action et le mode d’administration tel que la vaporisation n’entraînent quasiment aucun effet secondaire.

Combien de temps la France va-t-elle persister à cultiver son retard ? Le 24 mai 2018, Mme Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, a déclaré vouloir ouvrir le débat national sur le cannabis à usage thérapeutique qu’elle souhaite enrichi d’études approfondies, précisant le retard évident que la France avait pris sur cette opportunité.

« Il n’y a aucune raison d’exclure, sous prétexte que c’est du cannabis, une molécule qui peut être intéressante pour le traitement de certaines douleurs très invalidantes », a-t-elle ajouté… Il y a assurément matière à distinguer les molécules de la plante en faisant preuve de pédagogie auprès du public et des élus.

Certains d’entre eux se contentent encore d’observer le cannabis sous le prisme de ses effets récréatifs et de l’économie délictuelle qu’il génère. Selon la récente enquête de l’Ifop (pour Terra Nova – EchoCitoyen, publiée le 11 juin 2018)*, 82 % des sondés sont favorables à l’usage du cannabis sur prescription médicale, 73 % sont convaincus du devoir de l’Etat dans le financement de la recherche sur les usages thérapeutiques du cannabis, et 62 % considèrent que le cannabis médical doit être enfin accessible sous toutes ses formes voire même remboursable par la Sécurité sociale.

Cette enquête souligne le retard pris par la France et démontre l’urgence de mettre un terme à la culture du tabou sur le cannabis. L’efficacité thérapeutique d’une de ses molécules (le CBD) est désormais avérée et pleinement exploitée hors de nos frontières.

Par ailleurs, et d’un point de vue social et économique, les pays ayant légiféré et encadré la production de cannabis thérapeutique constatent la création d’emplois directs et induits, preuve de l’émergence d’une filière économique prometteuse.

Persister à entretenir le flou juridique sur le CBD contenu dans la plante, molécule médicinale et non psychotrope du cannabis, entretien une ambiguïté favorable à l’émergence de commerces opportuns qui jouent sur la crédulité d’un public en attente d’une réglementation claire, favorable à leur usage médical et médicinal.

Les producteurs de chanvre et/ou les agriculteurs qui souhaitent diversifier leur culture déplorent quant à eux ce déficit persistant de réglementation qui les exposerait comme de potentiels justiciables pour trafic de stupéfiants…

Dans l’intérêt général, la situation doit évoluer par des directives clarifiées. Allons plus vite, madame la ministre !

Avec le plan particulier de dynamisation du département de la Creuse décrété par le président , saisissez l’occasion d’instaurer la réglementation d’une filière économique florissante pour un territoire qui en a fort besoin.

Solidaires, nous soutenons la démarche des élus creusois qui revendiquent l’octroi des autorisations nécessaires à expérimenter la production et la transformation d’un cannabis cultivé, conditionné et commercialisé localement, exclusivement à des fins thérapeutiques. Tous les acteurs de la filière sont prêts et attendent du gouvernement un acte fort pour avancer et réguler cette nouvelle activité.

* Sondage réalisé sur un panel de 2 016 personnes âgées de 18 ans et plus, suivant la méthode des quotas

Action de l’ALF à Vaugneray en Auvergne-Rhône-Alpes

L’ALF a mené une action à Vaugneray, dans  le département du Rhône, en région Auvergne-Rhône-Alpes.

Cinq miradors ont été détruits, les morceaux de bois éparpillés, tandis qu’a été tagué la cabane de la société de chasse de Vaugneray, avec notamment “ALF” et “Chasseurs sadiques”.

Ce qui amène le média mlyon à se demander avec subtilité :

S’il est difficile d’attribuer avec certitude ces agissements, il se pourrait bien que le groupe d’activistes ALF en soit à l’origine.

On remarquera, dans Le progrès, cette remarque intéressante également :

« Le poste de tir, surélevé, permet que les balles soient fichantes, évitant ainsi les accidents », précise le secrétaire de la société Damien R. Plainte a été déposée auprès de la gendarmerie de Vaugneray.

Louis Aliot et le front réactionnaire contre la cause animale

L’action antifasciste de Haute-Savoie a pris position et analysé l’appel de Louis Aliot, du Rassemblement National (ex-Front National), à « Combattre les dangers du véganisme et de l’antispécisme ». Une mise en perspective qui vaut un coup d’oeil approfondi!

Louis Aliot et le front réactionnaire contre la cause animale

Alors que des activistes se qualifiant d’ antispécistes ont vandalisés, de ci, de là, des boucheries et des poissonneries, une vague de répression médiatique et politique se met en place. Peu étonnant mais l’extrême droite dans sa principale incarnation institutionnelle (Rassemblement National – ex FN) prend spontanément la défense des intérets de la viande.

En effet, ce mardi 3 juillet, Louis Aliot, vice président du Rassemblement National (RN), a soulevé la question du militantisme végan à l’attention du ministère de l’intérieur. Cette intervention écrite relève à la fois d’une méconnaissance volontaire du mouvement de libération animale, d’une hypocrisie terrifiante et d’une construction d’un vaste front réactionnaire.

Un parallèle qui relativise la Shoah

En tant que groupe antifasciste qui a à cœur la cause animale c’est le parallèle honteux qui vise à mettre côte à côte le pogrom juif durant la Nuit de Cristal (1938) et l’action directe contre les boucheries de quelques militants « antispécistes » qui nous interpelle. Voici ce que dit Louis Aliot dans son intervention :

« Des devantures de boucheries ont été recouvertes d’inscriptions semblables à celles qu’on pouvait trouver sur les magasins appartenant aux juifs allemands lors de la Nuit de Cristal, visant à effrayer les artisans pour qu’ils cessent leurs activités professionnelles. »

En plus d’ignorer que la Nuit de Cristal était organisée par un régime politique (le IIIe Reich) et une idéoloigie (racisme biologique) et non le fait d’individus plus ou moins autonomes, la comparaison est scandaleuse car elle relativise la violence antisémite dans l’Allemagne des années 1930.

La nuit de Cristal se produit en 1938, soit 5 ans après l’arrivé des nazis au pouvoir et après l’ouverture de nombreux camps de concentration.

Pendant cette nuit de terreur collective, ce sont 200 lieux de culte juifs saccagés, 7 500 magasins juifs vandalisés, une centaine de juifs assassinés, 30 000 déportés dans les camps de concentration dans une seule optique : terroriser une population du fait de ses origines ethno-culturelles. En tout, ce sont 2 000 à 2 500 personnes qui trouvent la mort dans la nuit ou des suites de cette rafle raciste d’Etat.

Quel est donc le rapport avec le saccage, par quelques militants, de boucheries qui sont ciblées non pas pour l’origine de leurs propriétaires mais pour l’idéologie sur lesquelles elles sont fondées (le « spécisme ») ? Il n’y en a pas, bien évidemment.

C’est là un procédé politique des plus infâmes visant à mettre sur le même plan un engagement qui, si l’on peut le contester, chercher à protester contre la violence envers les animaux, et un régime politique qui s’est construit sur l’exclusion et le massacre d’ennemis qualifiés de « sous-races » ou de « races à élminées ».

En fait, ce parallèle est encore la preuve du manque de considération pour la dignité humaine qu’incarne le Rassemblement National. Il révèle la pourriture intrinsèque d’un parti qui utilise un des plus grands massacres industriels racistes des temps modernes pour fortifier son démagogie nationaliste.

Evidemment, le R.N ne peut pas réellement comprendre le drame de la Shoah puisqu’il est lui-même fondé sur une matrice antisémite, celui de la défense de la nation contre le « mondialisme », nouvelle incarnation masquée de la « juiverie internationale ».

L’extrême-droite française a également comme nature politique le révisionnisme, le négationnisme, et dans un style plus soft le fait de relativiser la Shoah (la défense de la soit-disante liberté d’expression contre la loi Gayssot en étant un des symboles les plus explicites).

En réalité, une des critiques radicales de la Libération animale est justement de dire que si les animaux n’étaient eux-mêmes pas considérés comme des marchandises que l’on peut détruire de manière industrielle, alors toute génocide envers une population humaine réduite à une marchandise serait impossible.

Une des sources historiques du mouvement de la libération animale, auxquelles Louis Aliot fait (mal) allusion avec Peter Singer, reposent en grande partie sur une critique de la Shoah comme système de mise à mort industrielle. C’est le cas, par-exemple, du très connu Charles Patterson et son livre « Un eternel tremblinka » qui a trouvé échos dans une partie de la population juive avec l’appel à la compassion pour toute forme de vie.

Que représente la Confédération française de la boucherie, boucherie-charcuterie, traiteurs (CFBCT) ?

A la fin de son texte, Louis Aliot cite le président de la CFBCT pour appuyer ses propos. Il est clair qu’il soutient leur dénonciation de « l’idéologie végane » et s’affirme comme avançant à leur côté.

Cela montre encore une fois que l’extrême-droite, tout en ayant l’air de prendre la défense des petits commerçants, agit dans les intérêts des grands monopoles capitalistes. Dans le cas présent, celui de la viande, car la CFBCT n’est autre que l’organe de communication de la filière viande, regroupée en différentes filières spécifiques.

Ils ont soutenu, par exemple, la modernisation de la communication de la filière porcines à travers le site leporc.com et orchestrent la valorisation de la viande dans les commerces.

C’est donc une pièce maîtresse du secteur capitaliste de la viande, avec en arrière-plan la défense ouverte des monopoles dans une optique de Front réactionnaire, avec la répression des « antispécistes » comme gage d’unification politique.

A quoi peut-on mesurer cette « coalition » réactionnaire ?

Le véganisme, c’est s’écarter moralement du mode de production capitaliste qui consiste à considérer, de manière individualiste, la vie comme une marchandise.

Dans la question animale, il y a donc aussi celle de la reconnaissance de la vie, une lutte des classes pour la défense de la planète en général.

C’est en effet une question cruciale à laquelle la société humaine va devoir répondre rapidement, mais comme l’extrême-droite nie l’écocide elle ne peut pas aller dans ce sens là. Si elle nie l’écocide c’est justement parce que ses intérêts résident nulle part d’autre que dans ceux de ceux qui  détruisent la planète.

Contre d’autres formes de lutte pour les animaux, c’est le même genre de réaction drastique des exploitants d’animaux qui a lieu, avec notamment l’interpellation de l’Etat pour demander une protection.

C’est, par exemple, le cas dans la défense de la chasse à courre avec l’obtention du soutien de personnalités conservatrices dans l’État pour organiser une vaste répression physique et morale de la population mobilisée contre une pratique héritée de la vieille aristocratie…

L’intervention de Louis Aliot n’est donc pas une intervention faite au hasard car elle est l’expression d’une structuration politique de la bourgeoisie réactionnaire autour des éléments capitalistes de la viande, avec la volonté de renforcer l’hégémonie nationaliste dans les campagnes.

Si elle se veut populaire, la lutte antifasciste doit prendre au sérieux ces nouveaux éléments du Front réactionnnaire !

Le Figaro Magazine contre les végans

Après l’exemple hier avec l’ex-Front National de la parole déchaînée de la France profonde, voici un autre exemple, encore une fois de taille, avec l’éditorial du Figaro Magazine de ce week-end.

Ecrit par son directeur de rédaction, Guillaume Roquette, il vise évidemment à éduquer. Si Le Figaro tape relativement large, son magazine vise plus directement les familles de la bourgeoisie conservatrice, le coeur de la droite.

En ce sens, ce petit texte est un cas d’école :

  • il contient un appel à une idéologie identitaire, préfigurant l’alliance droite – extrême-droite sur ce thème ;
  • il y a une petite allusion catholique, discrète mais efficace ;
  • il généralise la question aux chasseurs, avec en arrière-plan bien entendu la question de la chasse à cour, contre laquelle un mouvement de très grande pertinence s’est levé en Picardie et se généralise ;
  • il souligne l’arrière-plan « totalitaire » du véganisme, qui sous-tend forcément l’universalisme et donc la négation du libéralisme ;
  • il tacle habilement les libéraux-libertaires et la théorie du genre, alors que les conservateurs n’en sont que le miroir.

Ce texte a ainsi un très haut niveau idéologique, chaque phrase est parfaitement soupesée, il est techniquement d’une très grande valeur. Toute personne désireuse de saisir les enjeux du moment doit se confronter sérieusement à ce document historique, confirmant qu’il y a bien une remise en place de la question animale à l’échelle de la société toute entière, dans le sens du reflux et de l’isolement.

ÉDITORIAL

pour l’amour de l’entrecôte

Ne laissons pas les végans imposer leur façon de vivre

GUILLAME ROQUETTE

Le malheureux boucher dormait au-dessus de sa boutique, à Jouy-en-Josas. Quand l’alarme s’est déclenchée, dans la nuit de ­dimanche à lundi dernier, il était trop tard. Sa vitrine était en miettes et ­maculée d’un tag bombé à la hâte : « Stop spécisme ».

Depuis quelques mois, des dizaines de boucheries-charcuteries et autres commerces de bouche sont ­victimes des mêmes dégradations, commises par des ­militants qui se revendiquent, selon leur degré d’extrémisme, ­végans, animalistes ou antispécistes.

En partant d’une idée estimable, le respect dû aux animaux, ces écolo­gistes d’un nouveau genre ont élaboré une idéologie ­inquiétante en allant jusqu’à prétendre (c’est la définition de l’antispécisme) qu’un agneau de lait a la même valeur qu’un être humain.

Avant d’aller plus loin, précisons que chacun a naturellement le droit d’être végétarien, même si la vie doit être bien triste quand elle s’interdit à tout jamais le bonheur d’un gigot de sept heures ou d’une truite aux amandes.

De même, il est parfaitement légitime de souhaiter que la filière de l’élevage traite convenablement les bêtes promises à la consommation.

Mais les forcenés de la cause animale ne se contentent pas de cette juste ambition, ils veulent interdire à quiconque non seulement de manger de la viande ou du poisson, mais aussi de chasser, voire de monter à cheval ou simplement de porter des chaussures en cuir !

Au nom du respect des droits de la bête.

C’est un trait de notre époque : quiconque est animé d’une conviction se fait désormais un devoir de l’ériger en norme pour essayer de l’imposer à la société tout ­entière.

Grâce à une force de frappe inédite, celle des ­réseaux ­sociaux, et le recours plus ou moins avoué à la violence, une minorité d’activistes végans entend donc dicter sa loi à tous les braves gens qui voudraient juste continuer à ­vivre comme ils l’entendent.

Les bouchers (sauf ceux qui sont halal, curieusement épargnés malgré la brutalité des règles de l’abattage rituel), ­auxquels on pourrait ajouter les chasseurs, sont aujourd’hui leurs cibles prioritaires. Mais, si la force ­publique ne ramène pas ces agités à la ­raison, ils ne s’arrêteront pas en si bon chemin.

D’autant que leur militantisme n’est pas la manifestation d’un mouvement isolé. A y regarder d’un peu près, l’antispécisme n’est qu’une des innombrables déclinaisons du politiquement correct contemporain.

C’est en effet la même idéologie qui veut nous contraindre d’adopter une nouvelle façon de manger, de boire, d’écrire ou d’aimer. L’objectif est toujours le même : abolir nos ­modes de vie pour créer un nouveau monde, sans ­mémoire, sans traditions et sans culture.

Bref, sans ­identité.

Ce n’est évidemment pas très réjouissant mais, grâce au Ciel, rien ne nous force à baisser la tête pour nous ­soumettre à tous ces diktats.

De même qu’il est ­permis de s’opposer sans complexe à l’écriture inclusive et à la théorie du genre, on a encore la liberté de se faire griller une belle entrecôte. Résister à l’oppression est parfois un plaisir.

« Combattre les dangers du véganisme et de l’antispécisme »

Voici un excellent exemple illustrant ce que nous disions hier sur la réaction épidermique de la France profonde et le fait que la vague végane, telle qu’elle a existé jusqu’à présent, se heurte à une frontière.

Il s’agit d’un document officiel du Rassemblent National (le nouveau nom du Front National), écrit par son vice-président, et intitulé pas moins que :

« Combattre les dangers du véganisme et de l’antispécisme »

Et, quand on le lit, on voit que les fachos comprennent bien mieux le véganisme que les végans eux-mêmes. Parce qu’ils sont contre et cernent les enjeux, l’arrière-plan, la signification de tout cela.

Pour les fachos, vegan = vegan straight edge = révolution totale = fin de l’individualisme = morale totale, universelle, indiscutable. Ils voient les choses comme nous, mais de manière inversée : c’est tout à fait logique.

Question écrite de Louis Aliot, Député des Pyrénées-Orientales

M. Louis Aliot attire l’attention de M. le ministre d’État, ministre de l’Intérieur, sur les agissements et les dangers posés par les « vegans » et l’idéologie antispéciste.

Le monde de l’antispécisme forme une nébuleuse mal connue d’individus radicalisés, sortes de néo-cathares pour lesquels l’homme est un assassin de masse, l’insémination artificielle un viol, et qui entendent interdire purement et simplement la consommation de viande animale, parfois même du poisson, des fruits de mer et des produits laitiers.

Leur doctrine est le « véganisme », ou autrement dit le « végétalisme intégral », un mode de vie consistant à ne consommer strictement aucun produit issu des animaux ou de l’exploitation des animaux.

Pour certains d’entre eux, la vie d’une fourmi est équivalente à tous points de vue à celle d’un être humain, et la loi devrait accorder à toutes les créatures vivantes les mêmes droits qu’aux hommes. Voilà qui rappelle les procès d’animaux du Moyen-Âge.

Théorisé dans les années 1970 par l’Australien Peter Singer, l’antispécisme est la suite de la lutte contre les « discriminations », cette fois-ci appliquée au domaine du vivant tout entier.

[LTD-note : c’est inexact, Peter Singer n’est nullement un “déconstructeur” comme peut l’être Gary Francione, mais un utilitariste, ce qui l’amène par exemple à pouvoir reconnaître la vivisection. Il raisonne en termes d’utilité pour le plus grand nombre, pas en termes de “déconstruction” comme les antispécistes ou bien – comme nous – de morale universelle.]

Évidemment, il s’agit d’une idéologie nihiliste, contenant en elle des ferments totalitaires et liberticides importants. Il ne faut donc pas s’étonner de découvrir que certains « vegans » tombent dans l’action terroriste ou paraterroriste pour imposer leur mode de vie à la population par la peur.

Plusieurs boucheries et charcuteries ont été les cibles d’attaques de « vegans », notamment lors des violences causées par les différents black blocs formés en marge des dernières manifestations.

Des devantures de boucheries ont été recouvertes d’inscriptions semblables à celles qu’on pouvait trouver sur les magasins appartenant aux juifs allemands lors de la Nuit de Cristal, visant à effrayer les artisans pour qu’ils cessent leurs activités professionnelles..

Dans les Hauts-de-France, sept boucheries ont été ainsi aspergées de faux sang en avril, une boucherie et une poissonnerie ont été vandalisées, leurs vitrines brisées et les façades taguées de l’inscription « stop au spécisme ».

On se souvient aussi de cette militante « vegan » qui s’était réjouie de la mort d’un boucher lors de l’attentat islamiste de Trèbes.

Dernièrement, le journaliste sportif Frédéric Hermel a été harcelé pour avoir posé avec une côte de bœuf sur Twitter. Les bouchers-charcutiers reçoivent en outre de multiples missives, lettres anonymes et autres mails les menaçant de mort ou de leur faire vivre l’enfer.

Harcelés, ils réclament aujourd’hui d’être protégés par la police et ont adressé une lettre ouverte au ministère de l’Intérieur, par la voix du président de la Confédération française de la boucherie, boucherie-charcuterie, traiteurs (CFBCT), Jean-François Guihard : « Les 18 000 artisans bouchers-charcutiers s’inquiètent des conséquences de la surmédiatisation du mode de vie végan (…) Une partie de la population (veut) imposer à l’immense majorité son mode de vie pour ne pas dire son idéologie ».

Connaît-on les réseaux et les groupuscules qui abritent ces individus violents ? Doit-on laisser la « mode végane » avoir pignon sur rue et séduire la jeunesse ? On le constate, les « végans » occupent de plus en plus l’espace médiatique.

Je demande enfin si des « végans » prêts à passer à l’acte sont surveillés par les services de renseignements.

Le véganisme à un tournant juste avant le reflux ?

La roue tourne et le véganisme ne peut pas être un hobby de centre-ville ; ce qu’il représente, c’est un affrontement généralisé entre l’ancien monde et le nouveau monde, un affrontement qui engage tous les aspects de la vie quotidienne, tous les aspects de la vie en général même, dans ce qu’on ressent, dans ce qu’on pense, dans ce qu’on fait.

Il y a eu les tentatives faites par des intellectuels pour relativiser cela, il y a eu les menteurs qui prétendaient qu’il y a le temps, il y en a d’autres qui ont capitulé, passant à autre chose, niant l’implacable vérité : les 30 prochaines années appartiennent à la bataille pour la planète.

Qui n’engage pas tout son être n’a pas compris les enjeux de notre époque ! Et le véganisme, dans sa forme français de ces dernières années, va mourir de ne pas être à la hauteur.

Faisons ici une hypothèse, avec quelque chose dont on va prendre conscience dans quelques mois seulement, ce qui sera l’occasion de faire un bilan : le véganisme connaît actuellement un tournant aboutissant à un retournement. Sa phase de croissance possible est atteinte, il ne peut plus dépasser le maximum atteint. Il ne peut même que refluer.

Et tout ce tournant tient à un rien : à quelques dégradations sur des boucheries. Regardons la nature assez triviale de ce tournant.

Alors qu’à Jouy-en-Josas, en Ile-de-France, une boucherie a été « vandalisée » ces derniers jours (avec écrit « stop spécisme »), un responsable de la Confédération française de la boucherie, boucherie-charcuterie, traiteurs a été reçu avant-hier matin par un « conseiller police » du ministère de l’Intérieur.

Absolument rien n’a filtré de cet entretien. C’est extrêmement problématique, car une réflexion très grande doit être accordée à cet épisode. Il est évident que sur le plan des mentalités en France, ce petit épisode a joué un très grand rôle.

En effet, de très nombreux médias ont parlé de ces quelques actions de vandalisme, c’est devenu un réel sujet de société. Auparavant, ce que représentait le fait d’être vegan était connu de beaucoup de monde, désormais pratiquement toute la France le sait…. Et se positionne clairement contre.

Qu’on le veuille ou non, ces petites actions absolument sans envergure ont clairement provoqué une réaction médiatique en chaîne aboutissant à une expression générale du camp des réactionnaires, avec des réactions épidermiques de la part des beaufs.
En voici un exemple avec les « grandes gueules » de RMC.

 

Sur twitter ou facebook, ou dans les commentaires des multiples articles médiatiques, le ton est le même. Tant que c’était du vegan bobo c’était insignifiant, mais là oser toucher à la pacification des mœurs, aux « choix » individuels… c’était inacceptable. Le résultat est un véritable soulèvement en mode France profonde.

Ne pas considérer qu’il y a ici un tournant serait une énorme erreur. C’est une limite très claire qui a été posée aux vegans. Soit ils se résument à un positionnement individuel, soit ils seront dénoncés.

Il y a une frontière – celle de la vie quotidienne, des mœurs et des mentalités dans une société de consommation, la France profonde – infranchissable à moins d’assumer la révolution : la vague vegan vient de s’y heurter.

Car justement, il y a cette rencontre au ministère de l’intérieur, bien mystérieuse. Des médias l’ont mentionné avant qu’elle n’ait eu lieu, et la seule chose qu’on sache à ce sujet, c’est que les préfets auront des discussions avec les représentants des bouchers dans chaque département. L’expression employée par les bouchers pour désigner l’objectif est la suivante :

« éviter une propagation des violences »

En arrière-plan, il y a évidemment le spectre de l’ALF. Ce spectre est si présent d’ailleurs que du côté des associations comme L214 ou 269, le silence est complet. Il y a à la fois une appréhension et une réelle peur, car ces gens savent que l’ALF c’était, à son apogée dans les années 1980 en Angleterre, plusieurs dizaines d’actions par jour.

Tout cela doit être passé sous silence, donc le meilleur moyen, c’est de ne parler de rien, jamais. En pensant qu’après tout, sept boucheries dégradées et une poissonnerie aux vitrines brisées dans les Hauts-de-France, deux actions similaires à Angers et à Jouy-en-Josas, juste avant les vacances estivales, cela ne pèse pas lourd.

Ce qui est vrai. Sauf que – quoi qu’on pense des dégradations en mode « stop spécisme », s’appuyant donc sur cette notion de « spécisme » qui n’a selon nous pas de sens, car étant déconnectée de toute lecture historique de la réalité – la scène vegan devait connaître un saut qualitatif, que les dégradations ont posé la question de ce saut, et que dans tous les cas il ne peut pas être fait.

Évidemment, si l’on croit en L214 ou 269, si on croit que le véganisme est né il y a quelques années, alors on peut toujours s’imaginer que le saut va venir. Sauf que l’hypothèse faite ici tient la route, alors cela va être le reflux : le véganisme se fait remettre à sa place, dans la marginalité de la société de consommation.

Comme il n’y a pas de cadres vegans avec une orientation bien définie, mais seulement des engagements individuels aux contours indéfinis, ce reflux va être chaotique, renforçant la désorganisation de l’ensemble.

L’esprit de repli, de vécu individuel, va encore plus avoir la primauté, et même un statut de seule version du véganisme. C’est là où il faudra reposer des fondamentaux adéquats, pour un nouvel élan, cette fois bien meilleur !

Car l’époque porte le véganisme et la défense de la planète comme super-organisme où se développe la vie. Quiconque a une conscience sait que les trente prochaines années sont celles du tout pour le tout !

Une marche des fiertés version turbocapitalisme

« Refuser de manger de la viande, c’est aussi une manière de résister à la norme hété­rosexuelle. »

Voilà l’un des arguments mis en avant dans un article sur Slate.fr, preuve s’il en est qu’il y a bien une OPA du turbocapitalisme sur tout ce qui bouge.

On croit avoir affaire au progrès, à l’ouverture d’esprit, à la tolérance, on se retrouve avec l’ultra-libéralisme en étendard. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que l’assemblée nationale a pavoisé aux couleurs LGBTQ+, que la mairie de Paris a apporté tout son soutien et même un char, annonçant au passage que les couleurs arc-en-ciel resteront comme marquages au sol dans certaines rues.

Tout le gouvernement a d’ailleurs soutenu cette marche, alors que l’inter-LGBT a comme grande revendication la PMA pour toutes.

Maintenant, il n’y a pas 36 possibilités. Soit on est dans l’esprit des centre-villes et on trouve cela bien. Soit on oublie d’être idiot et on se doute que tout cela est au service du turbo-capitalisme, qui amène à la décadence toutes les valeurs pour mieux servir le marché.

Evidemment, cela veut dire se placer dans le camp des ouvriers, pas des intellectuels et des étudiants.

Et il est vrai qu’il est difficile de ne pas succomber à la naïveté, tellement le package est coloré. Car on dira à juste titre qu’il n’est pas important que certaines personnes soient gays ou lesbiennes, que cela ne dérange pas.

Mais c’est tout autre chose que toute la scène intellectuelle et sociale qui a utilisé les gays et les lesbiennes pour tout un discours sur le genre au service du refus de la Nature, du renforcement de la concurrence individuelle et de l’élargissement de la société de consommation.

Deux gays ou deux lesbiennes en couple, c’est autre chose socialement, culturellement, et aussi sur le plan de la nature, que des gens couchant avec n’importe qui, à plusieurs, célébrant la « backroom » où a lieu les orgies comme un modèle de libération.

Avec l’appui du gouvernement, de l’assemblée, des grandes entreprises…

Et c’est là une question fondamentale. On est pour le couple, ou on est contre. Et le turbocapitalisme n’a pas besoin du couple. Il a besoin d’individus.

LTD a d’ailleurs toujours rendu hystérique les étudiants utilisant les catégories intellectuelles de la théorie du genre. Comme nous défendons le couple, cela leur est en effet intolérable. Le couple serait, selon ces personnes, une forme réactionnaire, un poids, une absurdité.

Il y a même eu – il y a encore – des tentatives de récupérer le straight edge, en disant qu’il ne s’agit pas de ne pas coucher avec n’importe qui, mais de ne pas coucher avec n’importe qui sans sentiments, et que donc on peut coucher avec n’importe qui !

Rappelons ici quelle est la vision du monde totalement déglinguée de ces ultra-individualistes qui justifient tout et n’importe quoi, partant en guerre contre les sentiments et le couple comme construction, à grands coups de décadence et de relativisme.

Il ne faut pas non plus sous-estimer à quel point ces gens sont réactifs, profitant de  leur bagage intellectuel et de leurs moyens financiers. Citons de nouveau l’article de Slate mentionné plus haut.

 «Même les modes de cuisson sont genrés», reconnaît Julie Coumau, qui prépare une thèse à la Sorbonne sur la communauté végane parisienne.

Mais la question végane ne se limite pas à un régime alimentaire, il s’agit pour ses adeptes de repenser totalement notre rapport aux animaux.

«Les queers cherchent à abolir la binarité entre les genres. Les véganes, eux, cherchent à abolir la binarité entre humains et non humains. Dans les deux cas, il s’agit de combattre l’essentialisation.»

Eh bien, à LTD, nous sommes pour l’essentialisation et nous combattons sans pitié aucune les théories de la “déconstruction”.

Car il y a une essence humaine, définie par la Nature. Nous n’avons pas été dégénérés parle turbo-capitalisme. Nous n’avons rien à faire avec des décadents prétendant amener des droits quand leur seul rôle est d’élargir le capitalisme et de l’accélérer.

Le soutien unilatéral à la PMA le montre bien : ces gens rejettent totalement la Nature.

Pareillement, comme nous ne séparons pas le corps et l’esprit, cela leur apparaît comme de la « transphobie ». Ce qui est pour nous une mutilation de son corps est pour ces gens une libération, car il existerait des gens qui ne seraient pas dans le bon corps.

C’est une séparation du corps et de l’esprit digne du pire mysticisme, et tout cela pour justifier les “choix” individuels… le turbo-capitalisme.

On se souvient d’ailleurs de cet épisode où des antispécistes avaient réalisé un petit film à caractère pornographique, intitulé « Terre déviante », afin de dénoncer LTD. La haine de la Nature des Français cartésiens est sans limites…

Et comme en plus, nous sommes pour l’égalité hommes-femmes, mais dans un sens pratiquement matriarcal, mettant la femme au-dessus de l’homme de par son rapport à la vie, alors décidément LTD leur est intolérable.

Pour eux il n’y a pas non plus de femme, ni d’homme, et encore moins pourrait-il y avoir une planète comme supra-organisme. L’idée même de parler de Gaia les rend malades.

Nous ce qui nous rend malades, c’est de voir que ces étudiants donnent des ailes aux fachos. Car leur discours, qui est le même que celui du gouvernement comme on le voit, est intolérable et inacceptable pour l’écrasante majorité des gens.

Les gens ne sont pas prêts à considérer que la décadence soit la solution à tous les problèmes. Cela ne les empêche pas d’être corrompus par cette décadence. Cependant, en faire une identité, c’est autre chose.

C’est ce qu’il faut comprendre pour combattre la décadence… C’est cela, l’esprit vegan straight edge.

La Confédération française de la boucherie, boucherie-charcuterie, traiteur sur les vegans

L’offensive des bouchers contre les vegans, en raison des dégradations récentes, est de plus en plus virulente. Est-elle surjouée, reflète-t-elle une hantise fondamentale ressortant à cette occasion ?

Il y a là un vrai sujet de réflexion. Et il y a matière à réfléchir. Jean-François Guihard, président de la Confédération française de la boucherie, boucherie-charcuterie, traiteurs (CFBCT), n’y va en effet pas de main-morte.

Voici les points les plus importants, avec des propos qu’il a tenus au Figaro. Notons que Le Figaro affirme qu’une centaine de boucheries ont été ciblées en une année. C’est évidemment n’importe quoi. Jean-François Guihard explique également de son côté qu’il y aurait 200 000 personnes véganes en France. Euh, comment dire…

Fantasme expression de panique, ou bien corporatisme surjoué?  En tout cas, et cela ne tient évidemment pas debout non plus, il y a l’accusation faite par Jean-François Guihard comme quoi les cassages des vitrines seraient en liaison directe avec la mort d’une personne, qui était bouchère, en raison d’un attentat islamiste. On se souvient qu’une personne lamentable s’était réjouie d’un tel meurtre.

Pour Jean-François Guihard, c’est le déclencheur : les vegans seraient en quelque sorte un prolongement de la barbarie islamiste.

Depuis l’attentat de Trèbes du 23 mars, et les propos inqualifiables d’une militante vegan suite à l’assassinat du boucher de Super U, les actes hostiles à notre égard sont montés en puissance. On assiste au caillassage de nos vitrines.

Le second point, c’est la mobilisation poujadiste, c’est-à-dire l’appel indirect à l’armement des petits commerçants et à l’auto-défense offensive. Et encore quand on dit indirect…

Le ton est clair, avec un sens de la tragédie : les vegans attaqueraient dans tout le pays, il en irait de vitrines plusieurs fois détruites (ce qui n’a jamais été le cas), il est parlé de vigiles qui mettraient une « raclée » (ce qui est totalement interdit bien entendu), etc. etc.

Nous représentons 18.000 points de vente et 80.000 emplois au total. Les vegans s’attaquent à nous car nous sommes partout sur le territoire et que grâce à nous, ils font leur promotion.

Ils ne vont pas s’attaquer à la grande distribution car les deux ou trois vigiles qui sont à l’entrée du magasin leur colleraient une raclée. Ils agissent à visage masqué la nuit. Ce sont des lâches.

(…)

À la suite à notre courrier envoyé au ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, nous allons être reçus par un de ses représentants mardi 3 juillet. On va lui demander l’arrêt de l’impunité pour ces associations vegans. Je ne les nommerai pas. Les services de l’État les connaissent bien.

Certaines d’entre elles, extrémistes, gravitent autour d’organisations qui ont pignon sur rue. Elles font le sale boulot à leur place.

On va demander aux représentants de l’État de leur faire un rappel à la loi et de prendre des sanctions. On préfère prévenir que guérir.

Quelqu’un qui s’est fait caillasser sa vitrine deux fois, la troisième il prendra les mesures nécessaires. Il peut y avoir alors des débordements.

Ma crainte c’est qu’il y ait un confrère qui pète les plombs. Beaucoup habitent sur place. Je ne voudrai pas qu’on en arrive là. Je suis optimiste de nature. J’ose espérer que les choses vont s’apaiser.

N’importe qui ayant un tant soit peu de politique sait bien que lorsqu’on dit, justement en politique, « Je ne voudrai pas qu’on en arrive là », cela veut dire : attention, sinon on se lâche, alors…

Tout cela est finalement bien étrange, quand on y pense. La libération animale est extrêmement faible en France. Les médias parlent du véganisme, mais cela a été happé par les bobos et l’esprit business. Les actions de L214 et 269 sont médiatiques et ne touchent nullement les gens.

Pourquoi les bouchers lancent-ils leur offensive ? Est-ce parallèle au combat des chasseurs contre le mouvement d’opposition à la chasse à courre, le seul réellement populaire ? Est-ce une peur panique ? Est-ce surjoué pour mettre en avant de simples intérêts corporatistes ?

Est-ce un moyen d’enfin organiser la « cause animale » en l’institutionnalisant, au moyen de L214 ? Le Figaro relate dans un article les propos suivants, qui forment un écho significatif…

« Ce ne sont pas nos modes d’actions. Cela nous rend triste. Nous sommes opposés à tout acte de violence, dénonce Brigitte Gothière, cofondatrice de l’association vegan L214, dont le nom fait référence à l’article du code rural concernant la protection animale. Nous organisons 1 000 opérations par an vers le public pour encourager le changement vers une société sans la consommation des animaux. Je ne vois pas en quoi le caillassage de vitrines fera avancer la cause animale. Il vaut mieux bâtir des ponts entre les différentes parties pour faire avancer les idées. »

« Nous ne sommes pas opposés aux vegans, renchérit Jean-François Guihard. On veut qu’ils nous laissent travailler tranquilles. »

Des bouchers pas opposés aux végans ? Évidemment, si ceux-ci résument le véganisme à leur petite vie… et des ponts qu’il faudrait faire entre les différentes parties pour faire avancer les idées, comme le demande L214 ?

Mais quelle idée ? Le véganisme n’est pas une idée. C’est une morale, une philosophie. Ayant une valeur universelle, sans négociation possible, sans compromis. Triomphant inéluctablement dans les 20-40 prochaines années, par la révolution, parce qu’il s’agit de sauver la planète.

Dégradations, dissociation, tactique et stratégie

A Lille il y a eu de nouveaux actes de dégradation. En quelques semaines, une boucherie, une poissonnerie, un restaurant et une rôtisserie ont donc vu leurs vitrines brisées et l’inscription « non au spécisme » tagué sur les murs.

A Angers, c’est la porte en verre d’une boucherie-charcuterie qui a été détruite, des inscriptions à la craie expliquant l’acte. Il y avait pareillement « non au spécisme ». A également notamment été écrit « Viande = meurtre », « l’art » s’est vu ajouter « du meurtre », « le goût » s’est vu ajouter « de la mort ».

Notons ici, au passage, trois faits intellectuellement importants. Tout d’abord, ces actions ne sont pas signées ALF : on relève ici d’une démarche différente, dans l’esprit « antispéciste » (qui n’est pas du tout le nôtre). On pourra dire que c’est très proche, voire pareil, évidemment, mais force est de reconnaître que ces actions n’ont sciemment pas été signées ALF.

Cela semblera évidemment étrange pour toutes les personnes qui considèrent que la stratégie de la libération animale exprimée par l’ALF est incontournable et n’est pas remplaçable par autre chose, qu’un telle action est typique de l’ALF.

Mais c’est que pour les « antispécistes », il n’y a pas de « stratégie » de la libération animale, ce que propose inversement l’ALF.

Il est possible de citer ici l’association « 269 libération animale », qui hier expliquait précisément cela. « 269 libération animale » a une démarche fondamentalement différente du cassage de vitrine et du tag, puisqu’elle entend témoigner « dans » le système pour protester et convaincre.

Mais on retrouve ce même esprit de « déconstruction » et non de révolution. Il y a une tactique de « dépassement » antispéciste, pas une stratégie comme l’affirme l’ALF.

« Contrairement à ce qu’on entend ou lit, les activistes de 269 Libération Animale ont une conscience très claire des limites de ce type d’action (blocages, libérations, occupations) et ne croient pas que le “Grand Soir” soit au bout d’une évacuation après le blocage d’un abattoir.

De plus, l’action directe n’est pratiquée que depuis très peu de temps et nécessite du nombre pour déployer tout son potentiel (rappelons que 62 activistes ont pu stoppé l’activité d’un gros abattoir durant 24h, ce qui laisse imaginer ce que nous pourrions réaliser en augmentant le nombre de participant.e.s).

L’usage de l’action directe permet d’exprimer une vision du monde et une désapprobation radicale à l’égard du système politique et économique. Le blocage est une tactique, et non une stratégie, et encore moins un traité de philosophie politique.

(…)

Contrairement à ce qu’on lit ou entend ici et là de la part de personnes qui n’ont même pas le respect de lire nos textes, nous ne nions pas La formidable percée de la question animale dans le débat public, grâce aux vidéos de L214. Justement L214 a eu l’immense mérite de créer un terreau favorable pour l’avènement d’un véritable soulèvement et mouvement de déconstruction du spécisme. A nous maintenant d’entreprendre ! Malheureusement, il n’y a pas eu de sursaut militant ni de changement de mode d’action. Voilà ce que nous déplorons ! »

269 Libération animale se veut un L214 « allant jusqu’au bout », par la désobéissance civile. Cela n’a rien à voir avec l’idée d’un affrontement révolutionnaire comme rupture, d’une position révolutionnaire comme identité, comme seule identité possible dans un monde détruisant la planète et aliénant les gens.

Rien n’est possible sans culture et philosophie, comme point de repère, comme orientation, comme valeur. C’est fou comment les antispécistes sont éloignés des préoccupations éthiques, morales, du véganisme des années 1990, au nom d’un actionnisme sans aucune mise en perspective, ni orientation.

Alors que ce qui compte, c’est l’attitude morale, la mentalité, la culture, la réflexion, la sensibilité, le style d’approche des problèmes. C’est qui permet d’avancer et de voir aussi qui décide de ne plus avancer, en raison d’un basculement dans le conformisme, les conventions, la capitulation, le carriérisme, etc.

La capacité à assumer la rupture est la clef pour évaluer le positionnement d’une personne. Et il n’y a pas que les faits, il faut ici l’esprit, un bon niveau culturel pour ne pas faillir. Reprenons ici comme illustration une image, symbole de cet esprit de rupture, du blog Vegan Revolution, qui avait ouvert en octobre 2004 et est l’ancêtre direct de LTD.

LTD n’a pas obtenu la surface de L214, rien que par son refus d’utilisation de facebook c’était déjà inévitable. Mais LTD a su maintenir à la fois la continuité et la contribution à l’approfondissement, l’enracinement de la rupture.

Certains s’en moquent comme quoi cela fait office de « gardiens du temple », mais nous avons vu beaucoup de gens velléitaires ne pas être à la hauteur de la Cause, tandis que d’autres ont sombré pour tel ou tel problème, telle ou telle considération. Tout est une question de socle !

Ensuite, pour en revenir aux actions, et c’est un autre point, il est très étonnant que ces inscriptions « non au spécisme » soient écrites en général. La police utilise en effet la graphologie pour être capable d’identifier les auteurs de telle ou telle inscription. Écrire quelque chose de cette manière est très dangereux sur le plan de l’identification et on peut être absolument certain que c’est par ce moyen que la police tente de cerner les auteurs.

Enfin, une autre réflexion qu’il est possible de faire, c’est de voir un phénomène inévitable de dissociation de la part des institutionnalisés. La Croix leur a donné la parole. On a par exemple :

À Vegan France Interpro, même son de cloche. « Les associations les plus extrêmes ne commettraient pas ces violences, explique Hélène Modrzejewski, la présidente. Ces actions désorganisées desservent notre cause. Ils donnent une mauvaise image des végans. »

On comprend que Hélène Modrzejewski dise cela. Après avoir monté son annuaire vegan (appelé ici vegan France interpro), elle a monté sa boîte de certification végane, « Expertise Végane Europe ».

Cette boîte est hébergée par la Cité de l’Innovation au Coudray, à Chartres, organisée par le Centre Européen d’Entreprises et d’Innovation, un incubateur d’entreprises.

Tout cela n’est pas très bon pour son business visant à vivre d’un véganisme formant une « niche » dans l’économie…

Autre exemple :

« Ce sont des jeunes casseurs d’une vingtaine d’années qui agissent à titre personnel. Ils manifestent violemment et sans réfléchir. Je comprends leur colère mais je condamne leurs actes », témoigne Alexandra Blanc, la fondatrice de Vegan Impact.

On a ici le coup classique : ce sont des jeunes, sans réflexion, juste en colère. Par contre, passer dans les médias ou manifester par exemple avec un soutien-gorge en lentilles, c’est tellement plus adulte.

Dernier exemple :

« La façon de procéder de ces groupuscules ne correspond pas à nos modes d’actions, se défend aussi Brigitte Gothière, fondatrice de L214, connue pour ses vidéos choc tournées dans des abattoirs. Trois millions d’animaux sont tués chaque année en France dans les abattoirs et nous dénonçons ce système d’élevage intensif qui favorise la maltraitance des animaux mais toujours de façon pacifiste. »

Le fameux coup du groupuscule ! Il faut dire que de par leur parcours historique, les gens de L214 savent très bien ce qu’est l’ALF, vu qu’ils ont toujours été contre. Ils comptent donc bien profiter de leur notoriété pour dénoncer tout ce qui n’est pas « reconnu ».

Mais reconnu par qui, là est la question ! Et de toutes manières, n’est-ce pas le contenu qui compte ? Et cela révèle le problème de fond : la méconnaissance historique de ce qu’a été la libération animale jusqu’à présent, l’absence de continuité dans les structures, la destruction des forces vives par des actions velléitaires sans mise en perspective.