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    Le drame des dauphins échoués sur la côte atlantique.

Le drame des dauphins échoués sur la côte atlantique.

Entre janvier et avril, il se produit un phénomène déroutant pour les habitants de la côte atlantique française. Du pays-Basque à la Bretagne en passant par les Landes et la Charente-Maritime, ce sont des centaines de dauphins qui s’échouent sur les plages françaises.

Faut-il que l’humanité soit dénaturée à ce point pour considérer que c’est normal, ou bien qu’on n’y peut rien, voire même que cela ne s’explique pas ! Et faut-il que les consciences soient puissamment engourdies pour ne pas se réveiller, alors que l’animal concerné dispose pourtant d’une grande valorisation culturelle.

Car le dauphin est un animal très apprécié dans l’imagerie collective, avec une opposition d’ailleurs irrationnelle avec le requin. Il serait un animal joyeux, un peu enfantin et volontiers sociable avec les humains. Les images de dauphins nageant gaiement à côté de bateaux ou dans une vague surfée par un humain attestent cela. Ses capacités intelligentes d’écholocalisation en font son admiration.

La culture cinématographique a même sanctionné cet état de fait : on compte plusieurs films mettant en scène des dauphins comme, par exemple, dans « Le monde de Nemo ». Dans le film, « Winter le dauphin », on a par exemple un dauphin à la queue mutilée par les filets de pêche, et sauvé par une prothèse créée par des humains.

Cette image n’est cependant qu’une image que l’humanité se renvoie à elle-même, car la norme, c’est l’écocide. Les dauphins sont en effet soumis à l’intense pression du capitalisme dans les océans, car il faut toujours plus de profit et comment l’océan, aussi vaste, échapperait-il à ceux qui le subordonneraient bien à ses exigences de rentabilité ?

dauphins

Et cela dans une démarche d’expansion toujours plus grande. Ainsi, selon l’observatoire Pleagis fondé en 2003 et basé à La Rochelle, on compte plus de 400 dauphins échoués sur la côte atlantique depuis le mois de décembre 2018. En Vendée, ce sont près de 90 dauphins échoués en seulement deux semaines !

Ce niveau d’échouage est largement au-dessus des « normales » et les observateurs scientifiques s’en inquiètent tout particulièrement. Le 15 février, Dominique Chevillon, président de l’association écologiste « Ré Nature Environnement » à l’Île de Ré en Charente-Maritime déclarait au micro d’Europe 1 :

« lorsque les animaux échouent, on constate des traces. On voit des traces de filets, on voit des traces d’amputation, […] on voit des nageoires dorsales qui sont coupées pour les sortir du filet. […]

Nous avons aussi des témoignages de pêcheurs qui nous racontent comment cela se passe, y compris des gens qui sont embarqués sur des chalutiers qui sont en cause. Aujourd’hui, on a fléché vers les chalutiers pélagiques qui sont des chalutiers qui pêchent « en bœuf », donc vous avez deux chalutiers qui traient un grand chalut arrière.

Nous avons une forte certitude, et partagée par les pêcheurs d’ailleurs, que cette pêche là est à l’origine de nos soucis »

Pourtant, Dominique Chevillon rappelle qu’il n’y a que 18 chalutiers de ce type qui pêchent dans la région de Gascogne, entre la Charente-Maritime et le pays basque. Cette modalité de pêche vise surtout à la capture de poissons vivant en bancs concentrés, comme le Bar et le Merlu. Avec des vastes filets qui drainent le fond de l’océan, on passe d’une capture individuelle à une capture de masse, augmentant ainsi les rendements. Seuls les grands groupements économiques peuvent ainsi procéder à ce type de pêche : c’est le monopole de la production qui opère.

pêche

Ce n’est pas « le pêcheur » qui pose souci, mais la pêche ayant pris une dimension industrielle, extrêmement organisée, totalement organisée, parfaitement insérée dans les circuits de distribution économique.

D’où la forme atroce de la mort des dauphins, qui ne sont pas simplement mutilés par les filets. Un dauphin ne peut en effet pas nager infiniment dans l’eau, il a besoin de remonter régulièrement à la surface pour s’oxygéner. Pris dans les chaluts, ils se trouvent traînés sur plusieurs kilomètres, souvent avec des blessures et dans l’incapacité de remonter à la surface. La pêche pélagique, c’est la mort par asphyxie des dauphins.

On atteint là un niveau de barbarie difficilement soutenable car comme le rappelle Dominique Chevillon :

« La mer est un monde extraordinaire quand vous êtres un dauphin avec les organes et les sens qu’ils ont.

Se retrouver pris, avec le stress […] ce sont des animaux extrêmement sensibles, ils ont un sixième sens comme l’écholocalisation, etc., donc on a ici un vrai drame. »

Alors que – appelons les choses par leur nom – la pêche capitaliste à grande échelle participe d’une mort rapide de la vie océanique avec, selon les perspectives scientifiques, la disparition de tous les poissons à l’horizon 2040, voilà que des plus gros animaux comme les dauphins deviennent également les victimes de ce mode de développement.

pêche

C’est là clairement un saut terrible dans la destruction. Rappelons par ailleurs ici ce qui relève d’une omerta, alors que la chose est bien établi. Ces animaux se repérant grâce à leurs sonars sont soumis à une déstabilisation spatiale à cause de l’exploitation pétrolière, les sonars militaires ou encore les les chantiers de bords de mer.

Rien n’est fait pour autant. L’anthropocentrisme est ici d’une froideur complète. S’il y avait une opinion démocratique pour se saisir du sujet, la chose serait entendue depuis longtemps, mais il règne une indifférence générale. Alors que l’on sait, rien n’est fait.

Et il en va donc de même pour la pêche. Peut-on parler sérieusement de victimes « accidentelles » de la pêche lorsque la France est le sixième pays dans le monde pour sa consommation de poisson par habitant ?

Les Français mangent en moyenne près de 37,7kg de poisson par an contre 17kg en moyenne dans le monde. De 18 kg par an en 1961, la consommation française s’élevait en 2005 à 35,2 kg. Et cela ne va pas aller en diminuant, avec une progression de 2 % par an en Europe.

L’aquaculture est d’ailleurs devenu une méthode économique de très grande ampleur. Rappelons ici le paradoxe que Jean-Luc Mélenchon a été célébré pour avoir mangé du quinoa, alors que c’est un soutien assumé à l’aquaculture, qu’il aimerait généraliser !

consommation de poisson, en kilogramme par habitant et par an

L’aquaculture est d’ailleurs une monstruosité issue de la pêche, et qui ne s’en détache pas. Pour « produire » « 1 kilo » de poisson d’élevage, il faut les nourrir de « 3 à 5 kg » de poissons sauvages, capturés donc dans les océans.

On a donc là à faire à un véritable écocide, engendré par une pêche devenue industrielle à l’échelle planétaire, porté par un capitalisme terriblement exigeant sur le plan des bénéfices, enfermant l’humanité dans un anthropocentrisme meurtrier.

Il est temps que l’Humanité se saisisse de cette question et soulignons le fait que, peut-être, le drame des dauphins échoués peut permettre à certains la possibilité historique de se saisir de cet arrière-plan et de contribuer au changement.

Cela ne veut pas dire qu’il faille sauver la planète parce qu’il serait « moche » de ne plus avoir d’ici 20 ans aucun lion, aucun éléphant, aucune girafe, aucun dauphin, à part dans des zoos. Cela veut dire simplement qu’il faut bien des déclics et que les mobilisations, pour être populaire, doivent s’appuyer sur des leviers concrets.

Et, au-delà de cela, c’est un rappel que l’Océan, ce thème primordial par excellence pour la vie de la planète, est encore et toujours négligé, oublié, alors qu’un accent fondamental devrait être porté dessus.

En défense de la zone humide de Sallanches

Voici le texte très intéressant lu lors d’un rassemblement d’une centaine de personnes pour protéger la zone humide de Sallanches, le 6 janvier 2019. La construction d’un centre commercial, dénommé « The snow », doit la détruire.

Aussi y a-t-il une opposition qui s’est formée et il y a quelque chose d’exemplaire dans tout cela, à tous les niveaux.

The Snow zone humide

En apparence, du point de vue dominant, c’est en effet absurde : on a des gens refusant la destruction de quatre hectares de zone humide pour laisser la place à un centre commercial. Si pourtant cette zone est compensée, que cela crée des emplois, pourquoi se révolter ?

N’est-il pas dans l’ordre des choses de bétonner et de proposer un certain type de consommation, allant avec un style de vie ?

Le maire, d’ailleurs, s’est empressée de porter plainte à la gendarmerie pour les affiches collées appelant au rassemblement… On ne plaisante pas avec les lois du marche !

C’est cette fausse rationalité à laquelle les opposants se confrontent, qui plus est dans la vallée de l’Arve, marquée par une terrible pollution. Car, comme l’a expliqué un opposant à la presse :

« On ne peut pas remplacer le résultat de milliers et de milliers d’années d’évolutions naturelles complexes à coups de pelleteuses en quelques mois. »

Espérons que cette mobilisation parvienne à se renforcer, alors que pour l’anecdote, les gilets jaunes sont passés lors du rassemblement en espérant happer le mouvement, mais l’opération a heureusement échoué.

The Snow zone humide

Prise de parole lors du rassemblement du 06/01/2019


Bonjour et merci à toutes et à tous d’être présent a ce rassemblement pour défendre la Zone humide de Sallanches.


Si nous sommes réunis ici c’est pour exprimer une nouvelle fois notre refus du projet de centre commercial « The Snow » qui vise la destruction de plus de 4 hectares de zone humide à la Paccoterie.


Ce rassemblement a pour objectif de remettre à monsieur le maire, Georges Morand, la pétition d’opposition au projet qui a été créée à l’automne 2017 et a recueilli plus de 2 150 signatures. C’est un véritable succès populaire qui rappelle que l’enjeu écologique est pris au sérieux par la population locale. Précisons qu’avec cette pétition, nous adressons également une lettre exigeant du maire une mise au point publique et complète sur l’avancée de ce projet.


Nous l’adressons à Mr Morand en tant que Maire de la commune mais aussi en tant que membre de la Commission Départementale d’Aménagement Commerciale (CDAC), lors du vote qui a validé le projet en décembre 2016. Malgré les multiples alertes sur l’intérêt écologique fondamental de la zone humide de la Paccoterie, les autorités, dont le préfet qui est président de la CDAC, ont voté ce projet en toute connaissance de cause.


Les autorités locales peuvent-elles prendre le risque de maintenir un projet qui se révèle être anti-écologique et anti-démocratique ? Non, mais ne nous leurrons pas !


Au vue de l’avancée du projet, cette pétition bien qu’importante n’est qu’une bien maigre pierre dans l’édifice immense que doit être la mobilisation populaire pour sauver la zone humide.


En effet, d’un point de vue purement légal, plus rien ne s’oppose au commencement des travaux de ce village commercial car tout a été validé par les commissions et les instances référentes.


Malgré que les zones humides soient reconnues et protégées par les différentes lois dites sur l’eau, les intérêts capitalistes parviennent toujours à contourner les obstacles légaux qui s’opposent à leur marche mortifère.


Pour contourner les contraintes des lois sur l’eau, la classe dirigeante a élaboré la nouvelle loi du 8 août 2016 intitulée « pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages ». Cette loi contient le principe dit E.R.C qui signifie « Éviter, Réduire, Compenser ». Ce principe permet de détruire une zone humide à condition qu’elle soit compensée à 200 %.


Ce nouveau cadre législatif annule donc de fait les lois sur l’eau qui plaçaient les zones humides comme d’intérêt général devant être protégés de manière absolue. La classe dirigeante prouve ici son désintérêt profond et son mépris affiché pour la Nature, la vie sur la planète, et l’avenir des générations futures.


C’est pourtant sur ce nouveau cadre législatif que s’appuient le promoteur immobilier, la mairie et la préfecture pour maintenir la construction du centre commercial « The Snow » prévu à la livraison cette année 2019.


Pourtant, les zones humides sont des espaces naturels qui se sont formés au cours de plusieurs dizaines de milliers d’année grâce au mouvement de l’eau. Elles servent d’espace de filtration et de stockage de l’eau ainsi que de zone de transition entre la terre est l’eau pour des milliers de micro-organisme. Une zone humide c’est tout simplement une zone tampon fondamentale où la vie naît, se développe et se reproduit.


Quelle pure folie de penser qu’une telle complexité naturelle puisse être « recréée » à coup de pelleteuse !


Si l’on peut se dire qu’un tel projet se paiera cher pour la majorité sortante lors des prochaines élections municipales, il n’en reste pas moins que la zone humide sera quant à elle détruite à jamais. Il nous faut donc réfléchir collectivement dès maintenant sur toutes les manières d’agir pour s’opposer aux travaux qui menacent de commencer.


Mais alors, sommes-nous des opposants animés par la seule envie de « critiquer » ? Non. Nous sommes ici pour réclamer un droit des plus élémentaires et démocratiques dans notre époque.


Le droit que nous réclamons c’est celui de léguer une nature riche et variée aux générations futures pour avoir un cadre de vie épanouissant.


Quel épanouissement peut-on avoir dans ces horreurs bétonnées à la périphérie des villes ? Que lien social authentique peut-on espérer dans ces zones où priment l’individualisme et une consommation superficielle ?


A l’heure où la biosphère et les formes de vie sont chaque jour piétinés et saccagés par un mode de production capitaliste toujours plus chaotique, nous exprimons ici notre volonté de bâtir une société respectueuse de la nature, basée sur la dignité et la solidarité humaine.


Pour nous, la situation environnementale de la vallée de l’Arve est alarmante. Nous sommes sur un territoire où la qualité de l’air est la plus exécrable de France, où la pénurie d’eau sévit toujours alors que les canons à neige sont déjà à l’œuvre pour une clientèle richissime, où le réchauffement climatique peut se constater à l’échelle d’une petite vie humaine, où partout règne le primat destructeur du béton sans aucune vision à long terme…


En tant qu’habitants d’une vallée à l’avant-poste du drame écologique, nous avons une grande responsabilité à assumer. En ce sens, la Zone Humide de la Paccoterie doit être vue est défendue pour ce qu’elle est, c’est-à-dire une zone sans aucune valeur marchande, rare et précieuse, irremplaçable, et à la source même de la vie.


Par conséquent, le projet « The Snow » doit être abandonné et la zone humide doit devenir un espace préservé de toute activité humaine en devenant un sanctuaire pédagogique.


Notre combat doit servir d’exemple. Il doit apprendre à celles et ceux qui ne le savent pas encore qu’un espace qui semble n’être qu’un « champ » est en réalité une zone où il y a toute une dynamique naturelle que l’on se doit de respecter sans tergiverser.


Pour l’abandon du projet « The Snow »,


Pour la sanctuarisation de la Zone humide,


Organisons-nous et soyons exigeant !


Luttons ! Résistons !

zone humide

« Il est navrant de constater que des universitaires dénigrent l’antispécisme de manière expéditive »

Une tribune a été publiée dans Le Monde, sous le sobre titre de « Il est navrant de constater que des universitaires dénigrent l’antispécisme de manière expéditive », et c‘est quelque chose qu’on attendait depuis longtemps.

Il est en effet d’une clarté totale sur le point de vue des Cahiers antispéciste, et donc également de L214. Il est dit de manière explicite :

  • que l’être humain ne serait pas un animal comme les autres (absurde ! qu’est-il alors?),
  • il n’en irait pas de l’amour des animaux et de la vie, mais d’une simple possibilité de ne pas faire du mal,
  • il ne faudrait pas considérer les espèces, mais seulement les individus,
  • il ne s’agirait pas de défendre la vie en général et d’ailleurs certains animaux n’éprouveraient aucune sensation !

Rien que ce dernier montre bien que ces gens sont des ennemis. Cela montre que nous avons parfaitement interprété la valeur de cette interprétation, il y a dix ans déjà… Et que heureusement il a été possible maintenir les principes essentiels de la libération animale face à cette vision individualiste anti-Nature !

Tribune. Le spécisme fait de plus en plus débat dans la société. Un spéciste peut estimer, par exemple, que le fait qu’un animal appartient à une espèce particulière peut justifier à lui seul qu’on puisse le tuer pour en consommer les chairs. En France, société spéciste, on mange ainsi du cochon, mais pas du chat et encore moins de l’humain.

Le mot « spécisme » a été inventé dans les années 1970 en analogie avec les termes racisme et sexisme. Un raciste ou un sexiste va en effet ne pas avoir la même considération morale envers des personnes en fonction de leur race (ou supposée race) ou de leur sexe. Ces trois idéologies participent donc de la même logique et fondent des rapports de domination, d’exclusion et de violence à l’encontre d’individus appartenant à des catégories dépréciées.

En revanche, pour l’antispécisme, l’espèce (à l’instar de la « race » et du sexe) ne peut constituer un critère pertinent de considération morale. Seul l’intérêt des individus est à prendre en compte, quelle que soit leur espèce.

Conséquemment, étant donné que l’on peut être en bonne santé sans consommer de produits d’origine animale et que les poissons, vaches, cochons ou poules ont un intérêt à la fois à ne pas souffrir et à ne pas se faire tuer, le mouvement antispéciste conteste la légitimité de l’élevage, de la pêche et des abattoirs.

Cette position bouscule bien sûr des traditions et des façons de penser millénaires. Elle remet aussi en cause le privilège que les humains s’arrogent de maltraiter les autres espèces selon leur bon plaisir. Qu’elle suscite des réactions de rejet n’est donc pas surprenant. Mais il est plus navrant de constater que des chercheurs la dénigrent de manière expéditive, comme en témoignent nombre d’interventions récentes en France.

Par exemple, dans un récent entretien, le philosophe Étienne Bimbenet récuse l’antispécisme parce que cette « idéologie » avancerait la « thèse […] contestable » selon laquelle « nous serions, [nous autres les] humains, des animaux comme les autres ». Ce qui conduit ce philosophe à parler des« outrances » de l’antispécisme et de son « aveuglement […] pernicieux [car] il se présente sous les traits d’un progressisme »tout en niant ce qui fait la spécificité humaine.

Or jamais l’antispécisme n’avance que les humains seraient des animaux comme les autres. Il soutient simplement que, d’un point de vue éthique, c’est la capacité, que possèdent les humains et beaucoup d’animaux, à ressentir des sensations et des émotions qui importe. Cela revient à reprendre le principe de justice selon lequel il faut traiter les cas similaires de manière similaire et donc à attribuer autant de considération à la souffrance d’une vache, d’un cochon ou d’une poule qu’à celle d’un humain.

Dans le même registre, l’anthropologue Jean-Pierre Digard a fraîchement écrit dans « Raisons et déraisons. Des revendications animalitaires. Essai de lecture anthropologique et politique », publié dans la revue Pouvoirs, que les antispécistes réclament « un traitement égal pour toutes les espèces ». À la suite de quoi, il peut ironiser que ce n’est pas « respecter tel ou tel animal que de le considérer et de le traiter pour ce qu’il n’est pas ».

Pourtant, toute personne qui prend la peine d’étudier un minimum l’antispécisme en se tournant vers le livre du philosophe australien Peter Singer, La Libération animale (Payot, 2012), qui a popularisé cette notion, peut lire que « l’égalité de considération morale » ne signifie pas « l’égalité ou l’identité de traitement ». Si le mouvement antispéciste estime en effet qu’il faut attribuer autant de considération à la souffrance des animaux sensibles qu’à celle des humains, il estime tout aussi important de les traiter différemment en fonction de leurs intérêts et capacités. La distinction est d’ailleurs explicitée dans toutes les présentations de l’antispécisme.

Enfin, dans sa récente tribune au Monde« L’argumentation biologique soutenant l’antispécisme est erronée », le biologiste Christophe Robaglia soutient que, selon l’antispécisme, « plus les organismes sont proches de l’homme, plus ils sont susceptibles d’éprouver une souffrance similaire à la sienne, qu’il faut éviter de leur infliger ». Il en déduit que l’antispécisme réintroduit, à l’encontre des enseignements de la biologie moderne, « une hiérarchie dans le monde vivant où les plus dignes d’attention sont évolutivement proches de l’homme, plaçant implicitement celui-ci au sommet de l’arbre du vivant ».

On ne peut pas plus se tromper sur l’antispécisme où il n’est jamais question de privilégier une proximité avec les humains. La souffrance d’un poisson, d’une poule ou d’un cochon compte autant que celle d’un chimpanzé. En outre, il est faux de dire que les organismes sont d’autant plus sensibles à la douleur qu’ils nous sont proches. Par exemple, les tuniciers sont plus proches phylogénétiquement des humains que les abeilles ; ils ne sont pourtant pas sensibles, tandis que les abeilles le sont.

On pourrait ainsi continuer longtemps à citer les erreurs des universitaires français sur l’antispécisme. S’il arrive à tout le monde de se tromper, il est plus problématique de constater à quel point ces chercheurs sont très mal informés sur cette philosophie qu’ils dénigrent. Ils ne lisent pas la littérature spécialisée sur le sujet, ne répondent pas aux critiques qui leur sont adressées et délaissent le dialogue avec les antispécistes.

C’est probablement parce que, pressentant que l’antispécisme conteste leurs privilèges d’humains, maîtres et possesseurs des autres animaux, ils sont pris de panique et réagissent avant même d’avoir mûrement réfléchi à la question. Hélas, cette attitude ne permet pas la mise en place d’un véritable débat sociétal, trop longtemps différé, sur le spécisme…

Les auteurs de cette tribune sont : Yves Bonnardel, cofondateur des « Cahiers antispécistes », Thomas Lepeltier, chercheur indépendant et membre associé au centre d’éthique animale d’Oxford, et Pierre Sigler,rédacteur aux « Cahiers antispécistes » et chargé de recherches documentaires pour l’association suisse « Pour l’égalité animale ». Ils ont publié « La Révolution antispéciste » (PUF, 360 pages, 17 euros).

Collectif

Le 11 juillet 2018

La question des organes de fœtus avortés en vente aux USA

Science sans conscience n’est que ruine de l’âme et nos sociétés basculent de plus en plus dans l’ignominie. Autant l’avortement est un sujet compliqué, autant il faut bien voir qu’au-delà de la manière de voir les choses, les pratiques sont très révélatrices.

De notre point de vue, l’avortement relève du choix possible des femmes, mais devrait être évité, car nous partons de la considération qu’il faut défendre chaque vie. Considérer que le fœtus n’est pas vraiment développé et tout ce genre de choses n’a pas de sens réel : il est évident qu’un processus biologique est en cours, prétendre le contraire c’est se voiler la face.

Cela ne veut pas dire pour autant que la vie soit quelque chose de « mystérieux », comme le prétendent les religieux. Cependant, il est évident qu’ils ont un boulevard devant eux pour se prétendre les défenseurs de la vie tellement les partisans modernes de l’avortement ne sont bien souvent pas tant des défenseurs des droits des femmes que des gens rejetant la nature.

C’est cela qui explique le scandale concernant un planning familial à Chicago, résumé de la manière suivante par le Figaro.

« Tournées en caméra cachée, les images montrent une responsable du Planning Parenthood Federation of America (PPFA, équivalent américain de notre Planning Familial) parler des organes de fœtus avortés que l’association vendrait à des cliniques pour de la recherche médicale. (…)

Celle-ci, entre deux bouchées de salade et deux gorgées de vin rouge, parle du prix des organes («entre 30 et 100$» par «spécimen») et évoque le fait que souvent les fœtus ne sortent pas en un seul morceau mais démembrés.

«Nous sommes devenus très bon pour attraper les cœurs, les poumons, les foies, parce que nous savons, et nous essayons de ne pas écraser ces parties du corps.» détaille sordidement la praticienne. Et de relater par le menu la manière la plus efficace de retirer les organes d’un fœtus intacts lors d’un avortement.

«Beaucoup de gens veulent des cœurs. Hier, on m’a demandé des poumons. Certains d’entre eux veulent des extrémités. Ça, c’est facile. Je ne sais pas ce qu’ils en font, je suppose qu’ils veulent du muscle.» explique-t-elle.

Le code pénal américain indique que «le trafic commercial de parties du corps d’un bébé avorté est punissable de 10 ans de prison et d’une amende de 500.000$». Le PPFA a affirmé qu’il ne faisait aucun profit, mais qu’il se faisait rembourser des coûts induits par le transport et l’opération. Contrairement au Planning familial en France qui ne gère que la prévention et la communication, Planned Parenthood gère en partie des cliniques et des centres médicaux pratiquant l’avortement.

La vidéo fait aussi polémique car elle évoque l’usage d’ultrasons dans l’avortement, qui permettent de maintenir le fœtus intact, ce qui peut parfois, d’après les militants «pro-life», conduire à des avortements ex-utero postnataux, considérés par la loi comme des infanticides. »

Les avortements sont en effet organisés de telle manière à récupérer les morceaux pour les vendre, sans bénéfices, et parfois l’avortement fait en sorte que le fœtus n’ait pas la tête qui sorte en premier, pour récupérer de meilleure manière les morceaux.

La loi l’interdit, mais le médecin explique qu’il suffit de dire qu’on ne veut pas le faire, mais qu’au cours de l’avortement cela s’est produit de fait.

On est là dans une attitude sordide, profondément choquante, surtout que le médecin explique tout cela en mangeant en même temps, avec un grand détachement. Si on ajoute à cela la question d’avortement… provoqués une fois le foetus extrait, là on est également dans l’horreur du pragmatisme…

En fait, entre les gens pour qui la vie est un « mystère » et ceux pour qui c’est mécanique et qui considèrent qu’on peut faire ce qu’on veut… on est vraiment mal parti. Entre les ultra-conservateurs religieux et les libéraux-libertaires, on a deux faces d’une même horreur…