• Discours d'Emmanuel Macron à la COP23 à Bonn

170 personnalités oeuvrent à la reconnaissance de la GPA

Révoltant: il n’y a pas d’autres mots. Voici que 170 personnalités prennent partie en faveur de la reconnaissance de la “filiation” des enfants issus de la Grossesse par autrui, la “GPA”, c’est-à-dire de “mères porteuses”.

Elles sont, bien entendu, issues du milieu “bourgeois de gauche” ou franchement bobo, qui célèbrent le décadentisme et le libéralisme “cultivé”. C’est une sainte alliance de gens du milieu du théâtre et de la télévision, de députés et de sénateurs, d’universitaires, assumant une idéologie ayant l’air de gauche mais qui n’est rien d’autre que l’apologie de l’ultra-libéralisme au nom de l’égalité des individus dans la négation de toute morale!

Au nom de la modernité libérale, ces gens participent à la négation de la Nature, et ils aident les fachos qui peuvent après se poser en défenseurs de la morale!

La France doit appliquer sans tarder les décisions de la Cour européenne des droits de l’homme. Nous vivons dans un Etat de droit où l’on ne marchande pas les décisions de justice ni les droits fondamentaux.

Qu’elles soient opposées à toute légalisation de la gestation pour autrui (GPA), comme Roselyne Bachelot, ou favorables à une GPA éthique, comme Elisabeth Badinter, 17O personnalités appellent à dépasser le climat de haine et de passions qui sévit depuis deux ans sur ce sujet. Le Conseil d’Etat vient de reconnaître le droit des enfants nés de GPA à la nationalité française, mais la question de la reconnaissance de leur filiation reste entière. Rassemblés pour la première fois par-delà leurs divergences, les signataires appellent à respecter l’essentiel : l’intérêt supérieur de l’enfant.

Le 26 juin, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a condamné la France pour avoir porté atteinte à l’identité de trois enfants, en refusant de reconnaître dans notre droit leur état civil valablement établi à l’étranger. Les trois filles concernées par ces deux décisions font partie des milliers d’enfants qui naissent chaque année par GPA (gestation pour autrui) dans le monde, dont environ 200 de familles françaises. Dans leur pays de naissance, les Etats-Unis, elles disposent d’un acte de naissance où figure le nom de leurs deux parents français, conformément à la loi locale. Mais en France, toute reconnaissance de leur filiation a été refusée, au motif de l’interdiction de la GPA sur le territoire national. Ce refus pose d’immenses problèmes dans toutes les démarches administratives (carte d’identité, école, prestations sociales) et si rien n’est fait, cette situation risque d’empirer, par exemple si leurs parents se séparent ou s’ils décèdent.

Pour ces raisons, les deux familles se sont battues pendant plus de dix ans en justice pour leurs enfants jusqu’à obtenir ces décisions de la plus haute juridiction garante des droits fondamentaux, décisions qui, il faut le souligner, ne remettent pas en cause la souveraineté de chaque Etat à interdire ou non la GPA.

Deux mois après l’entrée en vigueur des décisions de la CEDH et cinq mois après leur publication, la violation des droits fondamentaux des enfants persiste et s’amplifie : ces derniers n’arrivent toujours pas à obtenir la transcription de leur acte de naissance, ni le droit de figurer sur le livret de famille de leurs parents. Selon les associations, 2 000 enfants seraient dans le même cas en France.

Cette situation est insupportable, elle doit cesser. Les décisions de la Cour européenne des droits de l’homme s’imposent dans les 47 pays membres du Conseil de l’Europe et signataires de la convention européenne des droits de l’homme. L’application du droit n’est pas à géométrie variable. Le respect de l’intérêt supérieur de l’enfant ne doit pas être subordonné aux postures politiciennes ou idéologiques.

La responsabilité républicaine est d’appliquer les décisions de la Cour européenne parce que nous vivons dans un Etat de droit où l’on ne marchande pas les décisions de justice ni les droits fondamentaux. La peur irraisonnée d’une vague de naissances par GPA qui résulterait du respect des droits de ces enfants est infondée : les pays qui ont suivi les premiers cette voie, comme l’Autriche ou la Hollande, n’ont pas vu une explosion des cas.

Voulons-nous continuer à faire de ces enfants des «sous-enfants» sans droits ? Voulons-nous accorder aux enfants des droits qui varient selon leur mode de conception ? Voulons-nous les rendre coupables en les distinguant à vie des autres enfants parce qu’ils sont simplement nés autrement ? Cette situation nous replonge immanquablement dans une autre époque : celle des enfants naturels ou des enfants de divorcés. Ces discriminations d’un autre temps doivent cesser et nous demandons au président de la République et au gouvernement de s’engager à faire respecter le droit en ce moment symbolique du 25e anniversaire de la convention de New York relative aux droits de l’enfant.

Quelles que soient nos opinions envers la GPA, que nous soyons favorables à sa légalisation ou non, nous voulons que ces enfants obtiennent enfin la transcription de leur acte de naissance sur les registres de l’état civil en France et cessent ainsi d’être discriminés et traités en petits fantômes de la République.

Nous demandons instamment que toutes les mesures nécessaires soient prises pour que les droits de ces enfants soient enfin respectés et que les décisions de la CEDH soient appliquées.
Signataires :

Jean-Jacques Aillagon, ancien ministre ; Roselyne Bachelot, ancienne ministre ; Anne Hidalgo, maire de Paris ; Jean-Paul Huchon, président du conseil régional d’Ile-de-France ; Geneviève Fraisse, philosophe, ancienne déléguée interministérielle aux droits des femmes ; Dominique Versini, ancienne défenseure des enfants ; Michèle André, sénatrice du Puy-de-Dôme ; Esther Benbassa, sénatrice du Val-de-Marne ; Luc Carvounas, sénateur du Val-de-Marne ; Alain Milon, sénateur du Vaucluse; Christian Assaf, député de l’Hérault ; Erwann Binet, député de l’Isère ; Patrick Bloche, député de Paris ; Colette Capdevielle, députée des Pyrénées-Atlantiques ; Marie-Anne Chapdelaine, députée d’Ille-et-Vilaine ; Sergio Coronado, député des Français établis hors de France ; Pascale Crozon, députée du Rhône ; Olivier Dussopt, député de l’Ardèche ; Elisabeth Pochon, députée de Seine-Saint-Denis ; Christine Revault d’Allonnes, députée européenne ; Serge Blisko, député honoraire ; Jean-Yves de Chaisemartin, maire de Paimpol ; Rémi Féraud, maire de Paris Xe ; Christophe Girard, maire de Paris IVe ; Bruno Julliard, premier adjoint à la maire de Paris ; Caroline Mécary, avocate et conseillère de Paris ; Christine Frey, conseillère régionale d’Ile-de-France ; Jean-Luc Romero, conseiller régional d’Ile-de-France ; Marc Mancel, secrétaire national du PS à la santé, la famille et la petite enfance ; conseiller régional d’Ile-de-France ; Marie-Pierre de la Gontrie, secrétaire nationale du PS à la Justice et aux libertés ;

Elisabeth Badinter, philosophe et historienne ; Philippe Besson, écrivain ; Geneviève Brisac, écrivain ; Pascal Bruckner, écrivain ; Annie Ernaux, écrivain ; Ladislas Chollat, metteur en scène ; Olivier Ciappa, photographe ; Stéphane Facco, metteur en scène ; Clément Hervieu-Léger, pensionnaire de la Comédie française ; Nathalie Kuperman, écrivaine ; Brigitte Lefèvre, ancienne directrice de la danse de l’Opéra de Paris ; Dominique Noguez, écrivain ; Véronique Olmi, romancière ; Daniel San Pedro, metteur en scène ; Marianne Théry, éditrice ; Daniel Auteuil, comédien ; Aurore Auteuil, comédienne ; Djamel Bensalah, cinéaste ; Shirley Bousquet, comédienne ; Yannick Debain, comédien ; Thierry Frémont, comédien ; Hélène de Fougerolles, comédienne ; Isabelle Gélinas, comédienne ; Sara Giraudeau, comédienne ; Rebecca Hampton, comédienne ; Christophe Honoré, cinéaste ; Sam Karmann, comédien et réalisateur ; Axelle Laffont, comédienne ; Jalil Lespert, comédien et réalisateur ; Elodie Navarre, comédienne ; Natacha Régnier, comédienne ; Sonia Rolland, comédienne et réalisatrice ; Bruno Solo, comédien ; Alice Taglioni, comédienne ; Marc Lavoine, chanteur et comédien ;

Fabienne Servan-Schreiber, productrice ; Melissa Theuriau, journaliste et productrice ; Michèle Fitoussi, journaliste et romancière ; Nicolas Martin, journaliste et réalisateur, Estelle Denis, journaliste et animatrice TV ; Juliette Arnaud, comédienne et animatrice TV ; Valérie Damidot, animatrice TV ; Laurent Petitguillaume, animateur TV ; Karine Lemarchand, animatrice TV ; Christophe Michalak, chef pâtissier et animateur TV ; Nagui, animateur radio/TV et producteur ; Stéphane Plaza, animateur TV ; Julia Vignali, animatrice TV ;

Geneviève Delaisi de Parseval, psychanalyste ; Corinne Ehrenberg, psychanalyste ; Caroline Eliacheff, pédopsychiatre ; Serge Héfez, psychanalyste ; Elisabeth Roudinesco, psychanalyste ; Serge Tisseron, psychanalyste ; Véronique Fournier, directrice du Centre d’éthique clinique de l’hôpital Cochin ; Daniel Guerrier, endocrinologue ; Claire Fekete, gynécologue obstétricienne ; Juliette Guibert, gynécologue ; Bernard Hédon, président du Collège national des gynécologues obstétriciens de France ; Brigitte Letombe, présidente d’honneur de la Fédération nationale des collèges de gynécologie médicale ; Israël Nisand, gynécologue obstétricien ; François Olivennes, gynécologue obstétricien ;

Laurent Barry, anthropologue ; Simone Bateman, sociologue ; Marianne Blidon, sociologue ; Michel Bozon, sociologue et démographe ; Fabienne Brugère, philosophe ; Anne Cadoret, anthropologue ; Jérôme Courduriès, anthropologue ; Alain Ehrenberg, sociologue ; Arlette Farge, historienne ; Agnès Fine, anthropologue ; Marie Gaille, philosophe ; Maurice Godelier, anthropologue ; Isabelle Grellier, philosophe et théologienne ; Martine Gross, sociologue ; Danièle Hervieu-Léger, sociologue ; Laurent Jaffro, philosophe ; Laurence Hérault, anthropologue ; Sandra Laugier, philosophe ; Didier Le Gall, sociologue ; Agnès Martial, anthropologue ; Dominique Mehl, sociologue ; Jennifer Merchant, politologue ; Jeanine Mossuz-Lavau, politologue ; Valérie Nicolet-Anderson, philosophe et théologienne ; Ruwen Ogien, philosophe ; Mona Ozouf, historienne ; Michelle Perrot, historienne ; Enric Porqueres i Gené, anthropologue ; Alain Prochiantz, neurobiologiste, professeur au Collège de France ; Pierre Rosanvallon, historien, professeur au Collège de France ; Bertrand Pulman, anthropologue ; Violaine Sebillotte, historienne ; Alfred Spira, épidémiologiste ; Sylvie Steinberg, historienne ; Irène Théry, sociologue ; Laurent Toulemon, démographe ; Georges Vigarello, historien ;

Pénelope Agallopoulo, juriste ; Sophie-Marie Barbut, juriste ; Régine Barthélémy, avocate ; Alain Blanc, magistrat honoraire ; Florian Borg, président du Syndicat des Avocats de France ; Hubert Bosse-Platière, juriste ; Laurence Brunet, juriste ; Aurore Chaigneau, juriste; Géraud de la Pradelle, juriste ; Pierre Emaille, avocat ; Stéphanie Hennette-Vauchez, juriste ; Aurélie Lebel-Cliqueteux, avocate ; Anne-Marie Leroyer, juriste ; Françoise Martres, présidente du Syndicat de la Magistrature ; Eric Millard, juriste ; Marc Nicod, juriste ; Serge Portelli, magistrat ; Laurence Roques, avocate ; Valérie Sebag, juriste ; Françoise Thouin-Palat, avocate ; Michel Troper, juriste ; Alain Vogelweith, magistrat ;

Yeshaya Dalsace, rabbin ; Rivon Krigier, rabbin ; Philippe Lachkeur, président du Beit Haverim ; Corinne Lanoir, théologienne ; Stéphane Lavignotte, pasteur, président du Mouvement du christianisme social ; Marc Pernot, pasteur ; Marina Zuccon, présidente du Carrefour des Chrétiens Inclusifs ; Salima Naït-Ahmed, Musulmans Inclusifs de France ; Ludovic-Mohamed Zahed, imam, fondateur de Musulman-es progressistes de France ; Jean-Pierre Mignard, avocat et codirecteur de Témoignage chrétien ; Daniel Keller, grand maître du Grand Orient de France ;

Nathalie Allain-Djerrah, présidente des Enfants d’Arc-en Ciel ; Jérôme Beaugé, président de l’inter-LGBT ; Frédérick Getton, président de Centr’égaux ; Nicolas Gougain, ancien porte-parole de l’inter-LGBT ; Sylvie et Dominique Mennesson, coprésidents de l’association CLARA ; Catherine Michaud, présidente de Gaylib ; Laëtitia Poisson-Deléglise, présidente de l’association MAIA ; Denis Quinqueton, président de Homosexualité et Socialisme ; Yohann Roszéwitch, président de SOS Homophobie; Alexandre Urwicz, président de l’Association des Familles Homoparentales ; Vincent Violain, président du collectif Tous unis pour l’égalité.

La France reconnaît la “gestation par autrui” effectuée à l’étranger

C’est une catastrophe et le mot n’est pas trop faible. En pratique, on peut dire que la « gestation par autrui » a été légalisée. Désormais, toute famille disposant de moyens financiers conséquents peut revendiquer son rejet de la Nature en payant une femme dans le besoin pour porter un enfant.

C’est la conséquence de tout un processus, non pas technologique, mais moral. A partir du moment où l’on enferme des êtres vivants, où on les sélectionne, où on les mutile, où on les torture, alors forcément la perception de la vie devient mécanique, horrible.

Évidemment, il existe une critique – celle des religions – qui dit que cela va trop loin. Cependant, cette critique ne touche pas le fond du problème. Le catholicisme romain, par exemple, critique d’un côté qu’un fœtus avorté soit simplement jeté à la poubelle, mais de l’autre côté ne trouve rien à redire à ce que les poussins mâles soient exterminés.

En apparence, cela n’a rien à voir, mais pourtant c’est un seul phénomène, qui s’appelle la vie. Soit on accepte la vie dans son ensemble, soit on la rejette. Mais séparer l’humanité du reste des êtres vivants, au nom de l’âme, c’est trahir la réalité de la vie.

Et on a beau parler d’âme, de Dieu, etc., en attendant il y a les faits, et ces faits ce sont une industrie, une science, des moyens technologiques, une production bien déterminée.

D’ailleurs, à quoi répond le principe de « gestation par autrui », si ce n’est à la loi du marché ? Et on ne peut pas dire, comme le fait le Vatican, qu’une partie de la vie peut être commercialisée, et pas une autre. C’est une contradiction complète, et si on dit que tuer est un acte mauvais, alors pourquoi tuer une poule ne serait pas mauvais ?

On ne peut pas pratiquer le relativisme dès qu’il s’agit d’une question non humaine ! On peut justement voir que les manifs pour tous n’ont en rien empêché cette vague de fond de la commercialisation de la vie.

Il y a en effet des entreprises qui mènent campagne en faveur des « mères porteuses », visant évidemment un public CSP++. Le problème de ces entreprises étaient qu’officiellement l’Etat français ne reconnaissait pas ces naissances et n’accordait pas la nationalité française aux enfants concernés.

En pratique, c’était faux : cinq années de résidence en France pour l’enfant concerné et le tour était joué. Mais le caractère non immédiat posait tout de même un souci commercial. Heureusement pour ces entreprises, le libéralisme triomphant est intervenu en juin 2014, lorsque la Cour européenne des droits de l’homme rendait un arrêt disant que la France ne pouvait pas refuser de transcrire les actes de filiation réalisés aux États-Unis à la suite de naissance issue de la « gestation par autrui ».

Des députés UMP ont alors cette dernière semaine tenté de faire passer une loi pour condamner de six mois de prisons et 7500 euros d’amende le simple acte « d’effectuer des démarches auprès d’agences ou d’organismes, français ou étrangers, permettant ou facilitant, contre un paiement, la pratique de la gestation pour le compte d’autrui ».

A cela s’ajoute le renforcement de la loi concernant le « délit de provocation à l’abandon d’enfant », dont la peine passerait à une année de prison et 15 000 euros d’amende.

Bien entendu, au pays du libéralisme, cet interventionnisme d’esprit catholique n’est pas passé. Et surtout, hier, le Conseil d’État a approuvé la circulaire incitant à délivrer des certificats de nationalité aux enfants nés de la « gestation pour autrui ».
Désormais, les différentes juridictions – parquet, parquet général et greffiers des tribunaux d’instance de France et d’outre-mer – reconnaîtront la demande de nationalité pour les enfants issus de la « gestation pour autrui » et dont un parent « officiel » au moins est de nationalité française.

Cela signifie que si la « gestation pour autrui » est interdite en France, la France la reconnaît désormais si elle est effectuée à l’étranger. C’est d’une hypocrisie complète. Tout cela est effectué… au nom des droits de l’enfant.

C’est-à-dire qu’on fait de l’enfant un être juridique séparé du reste du monde, existant « en soi » et partant de là monnayable selon les circonstances – en France catholique on préfère éviter, donc on laisse faire cela dans les pays étrangers.

C’est la même chose pour la procréation médicalement assistée à l’étranger, validée le 23 septembre par la Cour de cassation.
Bien évidemment, lorsque cette pratique sera « banalisée », elle sera sans doute légalisée en France. Un enfant deviendra alors, officiellement, ouvertement, non plus un être naturel issu d’une relation naturelle, fondée sur les sentiments, mais une marchandise relevant d’un choix individuel.

N’importe quel individu, homme ou femme, pourra à n’importe quel moment prétendre dominer la Nature, en « acquérant » la vie.
On est dans l’antrhopocentrisme le plus total, dans l’égocentrisme le plus complet. C’est le capitalisme absolu, avec l’individu comme entreprise et l’enfant comme capital. C’est tout simplement l’horreur, et c’est le fruit inévitable du rejet de la Nature.

Les femmes contre le concept de Nature?

A l’occasion du 8 mars, voici des notes au sujet de la question de la Nature dans le féminisme. Elles sont tirées d’un document canadien, intitulé “L’écoféminisme : une pensée féministe de la nature et de la société“.

Il se pose en effet une question de fond essentielle concernant le féminisme. Soit on considère que les femmes sont, “par nature”, plus proches de la Nature justement parce qu’elles donnent la vie (c’est là-dessus que se fonde, également, le fait de parler de la “terre-mère”). Cela veut dire soutenir le féminisme et reconnaître la Nature.

Soit on considère que la Nature est une invention intellectuelle et que les femmes doivent se débarrasser des exigences biologiques (la grossesse, l’allaitement, etc.) qui les amèneraient à être socialement soumises. Est ici présenté et défendu ce second point de vue, qui n’est pas le nôtre et que nous considérons comme dénaturé, comme séparant le corps et l’esprit (on peut également voir à ce sujet notre article “En finir avec l’idée de Nature?!“).

“De Beauvoir (1949) rend tout à fait incompatible la société et la nature, renvoyant très distinctement la première à la transcendance et à la liberté, et donc l’émancipation, et la seconde à l’immanence et à la contrainte (Rodgers 1998; Gothlin 2001).

Pour De Beauvoir, la seule échappatoire possible pour les femmes est de s’émanciper de l’immanence dans laquelle la société patriarcale les a cantonnées. Immanence qui comprend pour elle l’enfantement et l’ensemble des tâches domestiques que les hommes ont « confiées » aux femmes, naturellement, dans la suite logique de leur rôle, naturel, de mère. (…)

[Serge] Moscovici soutient que la nature n’existe pas en elle-même, elle est une construction sociale.

Elle n’existe ni en dehors de la société ni au-delà de l’action que l’être humain a sur elle : « il n’y a pas de rapport de l’homme à son milieu qui ne résulte de l’initiative humaine, non qu’il l’ait engendré, mais parce que l’homme s’est constitué ce qu’il est physiologiquement, psychiquement, socialement, en l’engendrant » (Moscovici 1972 : 12). (…)

Moscovici mentionne que l’être humain est un produit de la nature, que les facultés intellectuelles et les transformations physiques que l’espèce humaine a connues sont issues des interactions entre la nature et le corps humain et qu’elles sont dues à celles-ci. Ainsi, Moscovici (1972 : 140) affirme que « l’art d’un homme devient toujours la nature d’un autre homme ».

Toutefois, les hommes et les femmes ne jouissent pas de la même autodétermination. Si l’homme est bien son propre produit, la femme ne l’est pas (Denis 1974 : 1925) : « l’homme est son propre produit, mais pour s’autoproduire, il a fabriqué du produit autour, du paysage de fond, de la matière de base. Nous les femmes, nous sommes produites mais non auto-produites, nous sommes de la matière d’échange, de la provision et peut-être aussi de la limite. » Les femmes font partie de la nature dont les hommes se servent pour se produire en tant qu’êtres dits authentiquement culturels.

Moscovici (1972, 1977) déconstruit la notion de nature et dénonce l’autodétermination que pensent avoir les hommes à l’égard de la nature. Il réhabilite la nature comme objet de réflexion sociale et comme sujet de constitution de la société.Pour résumer, Moscovici montre que la nature est en fait une notion, et seulement une notion, puisqu’elle n’existe pas.

C’est une notion éminemment sociale et, de ce fait, elle est utilisée pour légitimer l’ordre social en le naturalisant. Le rapport de la société à la nature n’est pas homogène, si tous les êtres humains sont des produits de la nature, les femmes ne participent à cette production de la culture que comme objets de la volonté masculine.

D’Eaubonne va donc réaliser la synthèse entre l’écologisme de Moscovici et le féminisme de Simone de Beauvoir. Les deux critiquent l’idée de nature, mais le premier pour en faire le principe vertueux et nécessaire à la société, la seconde pour en faire le principe à dépasser et à transcender. (…)

Les mouvements des femmes ont comme objectif essentiel, selon D’Eaubonne (1974), la disparition du salariat, des hiérarchies compétitives et de la famille. Il faut donc refonder la société sur des bases neuves, et cela commence par le renversement des systèmes productifs et reproductifs gérés par les « Mâles ». (…)

Comme nous l’avons souligné précédemment, De Beauvoir encourage les femmes à transcender le corps, notamment sur cette question de la maternité.

En effet, pour elle, la maternité est une aliénation du sujet et une subordination à l’espèce humaine. De Beauvoir rejette la nature en dehors de la sphère sociale, conformément à la pensée dichotomique masculine.

La seule issue pour les femmes est donc de se libérer de l’emprise de la nature, pour devenir à leur tour des hommes. Elle ne remet donc pas en cause la dichotomie arbitraire entre nature et culture, entre immanence et transcendance, qui est l’oeuvre de l’idéologie et de la philosophie masculine. À la décharge de Simone de Beauvoir, nous tenons à préciser que les écrits mettant en cause cette dichotomie ne sont venus que postérieurement au Deuxième sexe (1949). Nous pensons principalement à Mathieu (1973) avec « Homme-culture et femme-nature? », mais aussi à Tabet (1985) qui montre que la reproduction n’est jamais laissée au hasard de la nature.

Elle est de toute façon conditionnée par la société, et donc par les hommes qui ont le pouvoir de décider, et ce, que le taux de fertilité soit faible ou élevé.

La maternité n’est donc pas une fonction naturelle aux femmes, mais une fonction sociale.

D’Eaubonne ne s’y trompe pas, réhabiliter la nature comme constitutive de la société sans entamer une critique radicale de la dichotomie culture/nature serait suicidaire pour les femmes.

Il s’agit donc bien, pour elle, de reprendre la critique de la notion de nature de Moscovici qui en fait une notion essentiellement sociale, tout en conservant bien sûr l’héritage féministe de Simone de Beauvoir.

Parce que, et nous ne voulons pas qu’il y ait une quelconque ambiguïté à ce sujet, l’écoféminisme ne consiste pas à dire que les femmes sont plus proches de la nature que les hommes. Mellor le mentionne en préface de son livre (1997 : VII) : « In arguing for the radical potential of a link between feminism and ecology I do not claim that women are somehow essentially closer to “ nature ”, but rather that it is not possible to understand the ecologically destructive consequences of dominant trends in human development without understanding their gendered nature » (Notre traduction : « En défendant la radicalité possible d’un lien entre féminisme et écologie, je n’avance pas que les femmes ont une manière d’être essentiellement plus proche de la “ nature ”, mais plutôt qu’il est impossible de comprendre les conséquences écologiquement destructrices de la tendance dominante du développement humain sans saisir leur nature « genrée ». »)

Il s’agit pour les écoféministes de trouver une autre dialectique entre le corps et l’esprit et donc de revenir sur l’histoire déjà très ancienne de la métaphysique occidentale.

Cette différence de positionnement autour de la maternité et de la procréation est cruciale. Elle cristallise les positions des différents mouvements écoféministes, mais aussi écologistes et féministes, comme on peut le voir maintenant sur les méthodes de procréation assistées.”

“Il est né en France ; mais il s’est fait naturaliser sauvage”

Dans l’extrait de Diderot que nous publions ici, l’auteur n’a pas choisi encore s’il était déiste ou athée. Mais dans tous les cas, c’est la Nature qui prime, car la religion est une illusion.

Et entre les deux, il n’y a rien, bien entendu… Il n’y a pas d’autres choix que d’être “au nombre des heureux disciples de la Nature”!

L’extrait est tiré de l’Introduction aux grands principes ou Réception d’un philosophe.

UN SAGE, LE PROSÉLYTE, LE PARRAIN.

le sage.

Que nous présentez-vous ?

le parrain.

Un enfant qui veut devenir un homme.

le sage.

Que demande-t-il ?

le parrain.

La sagesse.

le sage.

Quel âge a-t-il ?

le parrain.

Vingt-deux ans.

le sage.

Est-il marié ?

le parrain.

Non. Il ne se mariera même pas ; mais il veut marier les prêtres et les moines.

le sage.

De quelle nation est-il ?

le parrain.

Il est né en France ; mais il s’est fait naturaliser sauvage.

le sage.

De quelle religion ?

le parrain.

Ses parents l’avaient fait catholique ; il s’est fait ensuite protestant : maintenant il désire devenir philosophe.

le sage.

Voilà de très-bonnes dispositions. Il faut actuellement examiner ses principes. Jeune homme, que croyez-vous ?

le prosélyte.

Rien que ce qui peut se démontrer.

(…)

le sage.

Croyez-vous au témoignage de Dieu ?

le prosélyte.

Non, dès qu’il me vient par les hommes.

le sage.

Croyez-vous en Dieu ?

le prosélyte.

C’est selon : si l’on entend par là la nature, la vie universelle, le mouvement général, j’y crois ; si l’on entend même une suprême intelligence, qui ayant tout disposé, laisse agir les causes secondes, soit encore ; mais je ne vais pas plus loin.

le sage.

Croyez-vous à la révélation ?

le prosélyte.

Je la crois le ressort employé par les prêtres, pour dominer sur les peuples.

le sage.

Croyez-vous aux histoires qui la rapportent ?

le prosélyte.

Non ; parce que tous les hommes sont trompés, ou trompeurs.

le sage.

Croyez-vous aux témoignages dont on l’appuie ?

le prosélyte.

Non, parce que je ne les examine point.

le sage.

Croyez-vous que la Divinité exige quelque chose des hommes ?

le prosélyte.

Non ; sinon qu’ils suivent leur instinct.

le sage.

Croyez-vous qu’elle demande un culte ?

le prosélyte.

Non, puisqu’il ne peut lui être utile.

le sage.

Que croyez-vous de l’âme ?

le prosélyte.

Qu’elle peut bien n’être que le résultat de nos sensations.

le sage.

De son immortalité ?

le prosélyte.

Que c’est une hypothèse.

le sage.

Que croyez-vous de l’origine du mal ?

le prosélyte.

Je crois que c’est la civilisation et les lois qui l’ont fait naître, l’homme étant bon par lui-même.

le sage.

Quels sont, à votre avis, les devoirs de l’homme ?

le prosélyte.

Il ne doit rien, étant né libre et indépendant.

le sage.

Que croyez-vous de juste ou d’injuste ?

le prosélyte.

Que ce sont pures affaires de convention.

le sage.

Des peines et des récompenses éternelles ?

le prosélyte.

Que ce sont des inventions politiques, pour contenir la multitude.

le sage.

Bon ; voilà un jeune homme fort éclairé. Rien n’empêche qu’il ne soit agrégé, s’il répond aux questions que prescrit la formule. Croyez-vous que la foi n’est qu’une crédulité superstitieuse, faite pour les ignorants et les imbéciles ?

le prosélyte.

Je le crois, car cela est démontré.

le sage.

Croyez-vous que la charité bien ordonnée est de faire son bien, à quelque prix que ce puisse être ?

le prosélyte.

Je le crois, car cela est démontré.

(…)

le sage.

Promettez-vous de reconnaître la raison pour souverain arbitre de ce qu’a pu ou dû faire l’Être suprême ?

le prosélyte.

Je le promets.

le sage.

Promettez-vous de reconnaître l’infaillibilité des sens ?

le prosélyte.

Je le promets.

le sage.

Promettez-vous de suivre fidèlement la voix de la nature et des passions ?

le prosélyte.

Je le promets.

le sage.

Voilà ce qui s’appelle un homme. Maintenant, pour vous rendre totalement la liberté, je vous débaptise au nom des auteurs d’Émile, de l’Esprit et du Dictionnaire philosophique. Vous voilà à présent un vrai philosophe, et au nombre des heureux disciples de la Nature.

Par le pouvoir qu’elle vous donne, ainsi qu’à nous, allez, arrachez, détruisez, renversez, foulez aux pieds les mœurs et la religion ; révoltez les peuples contre les souverains ; affranchissez les mortels du joug des lois divines et humaines : vous confirmerez votre doctrine par des miracles ; et voici ceux que vous ferez : vous aveuglerez ceux qui voient ; vous rendrez sourds ceux qui entendent, et vous ferez boiter ceux qui marchent droit. Vous produirez des serpents sous des fleurs, et tout ce que vous toucherez se convertira en poison.

“Prétendrez-vous, avec Descartes, que c’est une pure machine imitative?”

Notre grand ennemi en France, c’est Descartes, sa démarche, sa méthode. Diderot est justement quelqu’un qui rejette sa manière de voir les animaux, les êtres vivants; si les animaux sont des robots, alors nous aussi! Il n’y a pas de différence de fond entre les êtres vivants, c’est une simple évidence.

Voici comment Diderot nous présente la chose dans l’Entretien entre d’Alembert et Diderot.

« À votre avis, qu’est-ce autre chose qu’un pinson, un rossignol, un musicien, un homme ?

Et quelle autre différence trouvez-vous entre le serin et la serinette ?

Voyez-vous cet œuf ? c’est avec cela qu’on renverse toutes les écoles de théologie et tous les temples de la terre. Qu’est-

ce que cet œuf ? une masse insensible avant que le germe y soit introduit ; et après que le germe y

est introduit, qu’est-ce encore ? une masse insensible, car ce germe n’est lui-même qu’un fluide

inerte et grossier.

Comment cette masse passera-t-elle à une autre organisation, à la sensibilité, à la vie ? par la chaleur.

Qui produira la chaleur ? le mouvement.

Quels seront les effets successifs du mouvement ? Au lieu de me répondre, asseyez-vous, et suivons-les de l’œil de moment en moment.

D’abord c’est un point qui oscille, un filet qui s’étend et qui se colore ; de la chair qui se forme ; un bec, des bouts d’ailes, des yeux, des pattes qui paraissent ; une matière jaunâtre qui se dévide et produit des intestins ; c’est un animal.

Cet animal se meut, s’agite, crie ; j’entends ses cris à travers la coque ; il se couvre de duvet ; il voit. La pesanteur de sa tête, qui oscille, porte sans cesse son bec contre la paroi intérieure de sa prison ; la voilà brisée ; il en sort, il marche, il vole, il s’irrite, il fuit, il approche, il se plaint, il souffre, il aime, il désire, il jouit ; il a toutes vos affections ; toutes vos actions, il les fait.

Prétendrez-vous, avec Descartes, que c’est une pure machine imitative ?

Mais les petits enfants se moqueront de vous, et les philosophes vous répliqueront que si c’est là une machine, vous en êtes une autre.

Si vous avouez qu’entre l’animal et vous il n’y a de différence que dans l’organisation, vous montrerez du sens et de la raison, vous serez de bonne foi… »

“et Dieu ou la nature ne fait rien de mal”

Voir que certaines personnes accusent LTD d’être « religieux » parce qu’il est parlé de Gaïa ne peut faire que sourire quand on connaît l’histoire des idées. En effet, soit on croit en Dieu, soit on reconnaît la Nature, entre les deux il n’y a strictement rien…

La reconnaissance de la Nature est le véritable athéisme, et inversement le véritable athéisme est la reconnaissance de la Nature…

Voici quelques exemples très pertinents de Denis Diderot, tirés de son “Addition aux Pensées philosophiques ou Objections diverses contre les écrits de différents théologiens.”

III.

Lorsque Dieu de qui nous tenons la raison en exige le sacrifice, c’est un faiseur de tours de gibecière [sorte de sac dans lequel les escamoteurs, les joueurs de gobelets mettent leurs instruments, et qu’ils attachent devant eux quand ils font leurs tours] qui escamote ce qu’il a donné.

V.

Si la raison est un don du ciel, et que l’on en puisse dire autant de la foi, le ciel nous a fait deux présents incompatibles et contradictoires.

VI.

Pour lever cette difficulté, il faut dire que la foi est un principe chimérique, et qui n’existe point dans la nature.

VIII.

Égaré dans une forêt immense pendant la nuit, je n’ai qu’une petite lumière pour me conduire. Survient un inconnu qui me dit : Mon ami, souffle ta bougie pour mieux trouver ton chemin. Cet inconnu est un théologien.

X.

Le mérite et le démérite ne peuvent s’appliquer à l’usage de la raison, parce que toute la bonne volonté du monde ne peut servir à un aveugle pour discerner des couleurs. Je suis forcé d’apercevoir l’évidence où elle est, et le défaut d’évidence où l’évidence n’est pas, à moins que je ne sois un imbécile ; or l’imbécillité est un malheur et non pas un vice.

XI.

L’auteur de la nature, qui ne me récompensera pas pour avoir été un homme d’esprit, ne me damnera pas pour avoir été un sot.

XII.

Et il ne te damnera pas même pour avoir été un méchant. Quoi donc ! N’as-tu pas déjà été assez malheureux d’avoir été méchant ?

XIII.

Toute action vertueuse est accompagnée de satisfaction intérieure ; toute action criminelle, de remords ; or l’esprit avoue, sans honte et sans remords, sa répugnance pour telles et telles propositions ; il n’y a donc ni vertu ni crime, soit à les croire, soit à les rejeter.

XVI.

Le Dieu des chrétiens est un père qui fait grand cas de ses pommes, et fort peu de ses enfants.

XVII.

Ôtez la crainte de l’enfer à un chrétien, et vous lui ôterez sa croyance.

XVIII.

Une religion vraie, intéressant tous les hommes dans tous les temps et dans tous les lieux, a dû être éternelle, universelle et évidente ; aucune n’a ces trois caractères. Toutes sont donc trois fois démontrées fausses.

XX.

Les faits dont on appuie les religions sont anciens et merveilleux, c’est-à-dire les plus suspects qu’il est possible, pour prouver la chose la plus incroyable.

XXI.

Prouver l’évangile par un miracle, c’est prouver une absurdité par une chose contre nature.

XXXVII.

In dolore paries (Genèse). Tu engendreras dans la douleur, dit Dieu à la femme prévaricatrice. Et que lui ont fait les femelles des animaux, qui engendrent aussi dans la douleur ?

XLI.

Dire que l’homme est un composé de force et de faiblesse, de lumière et d’aveuglement, de petitesse et de grandeur, ce n’est pas lui faire son procès, c’est le définir.

XLII.

L’homme est comme Dieu ou la nature l’a fait ; et Dieu ou la nature ne fait rien de mal.

Francione et la vision des “animaux de compagnie” dans une nature “statique”

Les conceptions religieuses ne sont pas forcément là où on pense ; à moins de s’y connaître en théologie afin inversement d’y échapper, difficile de ne pas tomber dedans…

Voici un exemple avec l’argumentaire de Gary Francione sur les « animaux de compagnie. » Francione est pour leur « abolition » ; voici ce qu’il dit :

Les animaux domestiqués dépendent de nous pour tout ce qui est important dans leurs vies : quand et si ils vont manger ou boire, quand et où ils vont dormir ou se soulager, s’ils obtiendront de l’affection ou s’ils feront de l’exercice, etc. Bien qu’on puisse dire la même chose concernant les enfants humains, la majorité d’entre eux deviennent, une fois adultes, des êtres indépendants et autonomes.

Les animaux domestiques ne font pas réellement partie de notre monde, ni du monde des non-humains. Ils sont pour toujours dans un enfer de vulnérabilité, dépendant de nous en toute chose et en danger dans un environnement qu’ils ne comprennent pas vraiment. Nous les avons élevés afin qu’ils soient conciliants et serviles, qu’ils soient dotés de caractéristiques qui sont réellement dangereuses pour eux mais plaisantes pour nous.

Nous pouvons les rendre heureux dans un sens, mais cette relation ne peut jamais être « naturelle » ou « normale ». Ils ne font pas partie de notre monde et y sont coincés, indépendamment de la façon dont nous les traitons.

Nous ne pouvons justifier un tel système, quand bien même il serait très différent de la situation actuelle. Ma compagne et moi vivons avec cinq chiens sauvés, dont certains souffraient de problèmes de santé lorsque nous les avons adoptés.

Nous les aimons beaucoup et nous efforçons de leur procurer les meilleurs soins et traitements. (Et avant que quelqu’un pose la question, nous sommes végans tous les sept !) Vous ne trouveriez probablement pas sur cette planète deux autres personnes aimant plus que nous vivre avec les chiens.

Et nous encourageons toute personne à adopter ou accueillir autant d’animaux (de n’importe quelle espèce) qu’elle le peut de façon responsable.

Mais s’il n’y avait plus que deux chiens dans l’univers et qu’il ne tenait qu’à nous de décider s’ils pourraient se reproduire afin que nous puissions continuer à vivre avec des chiens, et même si nous pouvions garantir que tous ces chiens auraient un foyer aussi aimant que le nôtre, nous n’hésiterions pas une seconde à mettre fin au système de possession d’« animaux de compagnie ».

Les dernières lignes sont, en fait, éminemment religieuses. Expliquons cela simplement.

Dans la religion chrétienne, ou juive ou musulmane, Dieu a créé le monde. Le problème évidemment, comme nous le savons en athées, c’est que la Bible (pas plus que le Coran) ne parle des dinosaures.

Le « truc » est que la religion a considéré que les animaux avaient été créés pas Dieu, et qu’ils se reproduisaient, restant tels quels.

Ou pour dire les choses de manière plus simple et plus connue : la religion a « oublié » l’évolution.

Il n’y a pas eu d’Adam, pas plus que d’Eve ; les humains sont le fruit d’un long cheminement. Mais pas seulement les humains : c’est le cas de tous les animaux. Et c’est encore le cas aujourd’hui.

Quel rapport avec Francione ? Eh bien Francione a la même approche que la religion. Il dit ainsi :

« Les animaux domestiques ne font pas réellement partie de notre monde, ni du monde des non-humains. Ils sont pour toujours dans un enfer de vulnérabilité, dépendant de nous en toute chose et en danger dans un environnement qu’ils ne comprennent pas vraiment. »

« Nous pouvons les rendre heureux dans un sens, mais cette relation ne peut jamais être « naturelle » ou « normale ». Ils ne font pas partie de notre monde et y sont coincés »

Or, cela veut dire que pour Francione les chiens, tout comme les chats ou les cochons d’Inde, ne seraient plus « naturels. »

Les humains ne le seraient plus non plus d’ailleurs. Et donc les animaux (non humains) doivent être « repoussés » dans la Nature.

Mais c’est une vision catholique, et même catholique extrême. Pour les catholiques (comme pour les autres religieux), les humains ont un statut spécial, les animaux relevant de la simple « nature. »

Mais pour les athées, les humains appartiennent à la Nature, comme tous les êtres vivants. Et en plus, la Nature est en mouvement, il y a évolution.

Un athéisme conséquent ne dirait pas : les chiens ne sont plus conformes à ce qu’ils étaient à la « création » du monde, donc ils doivent disparaître !

Un athéisme conséquent dirait : les chiens accompagnent les humains depuis qu’ils sont organisés en société, et donc il faut abolir le rapport d’oppression qu’ils vivent, mais non pas les abolir eux puisqu’ils vivent en « symbiose » avec les humains.

C’est pareil pour les chats, qui sont devenus des « partenaires » des humains. Ou encore des cochons d’Inde, des chinchillas…

En fait, il est trop tard pour les « repousser » et il est religieux de nier leur existence. Francione est ultra-religieux quand il dit qu’il veut supprimer l’existence des vaches, car elles ne seraient pas « conformes » à leur statut lors d’une hypothétique création.

Va-t-on supprimer les platanes de France parce qu’il s’agit d’un hybride entre le platane d’Occident (Amérique du Nord) et le platane d’Orient (ouest de l’Asie, sud est de l’Europe) ?

Non, bien entendu : c’est trop tard, on ne peut pas aller en arrière dans l’histoire, et de toutes manières la vie c’est le mouvement, l’évolution.

Nous reviendrons sur cette question des « animaux de compagnie » et de leurs droits, mais disons déjà simplement qu’ils ont droit à l’existence, que l’humanité a établi un rapport avec eux qui ne donne pas le droit de les supprimer.

Les cochons d’Inde ont été domestiqués, ils sont exploités, mais pour en terminer avec cela, il ne faut pas les “supprimer”, mais leur donner les moyens de profiter d’une vie la plus épanouie possible, en les assumant. Toute autre position est de l’abandon, du déni. A l’humanité d’assumer!

Les humains font partie de la Nature, tous les êtres vivants en font partie ; les rapports évoluent, et imaginer que tout doit être statique, comme à la création, relève du religieux.

Épicure, Lettre à Ménécée

Pour rebondir sur question de Nature, dont nous parlions il y a quelques jours (En finir avec l’idée de Nature?!), voici la fameuse « Lettre à Ménécée », d’Epicure.

Epicure est connu pour être le premier grand penseur à saluer la vie, à lui reconnaître une valeur en soi, à affirmer que le bonheur est possible, qu’il consiste justement en la vie. Et que ce bonheur est naturel, car nous sommes vivants, et donc notre bonheur dépend de ce que nous sommes comme formes de vie…

L’appel d’Epicure à une vie simple, loin des troubles, est tout à fait actuel.

Épicure

Lettre à Ménécée

Épicure à Ménécée, salut.

Même jeune, on ne doit pas hésiter à philosopher. Ni, même au seuil de la vieillesse, se fatiguer de l’exercice philosophique. Il n’est jamais trop tôt, qui que l’on soit, ni trop tard pour l’assainissement de l’âme.

Tel, qui dit que l’heure de philosopher n’est pas venue ou qu’elle est déjà passée, ressemble à qui dirait que pour le bonheur, l’heure n’est pas venue ou qu’elle n’est plus. Sont donc appelés à philosopher le jeune comme le vieux. Le second pour que, vieillissant, il reste jeune en biens par esprit de gratitude à l’égard du passé. Le premier pour que jeune, il soit aussi un ancien par son sang-froid à l’égard de l’avenir.

En définitive, on doit donc se préoccuper de ce qui crée le bonheur, s’il est vrai qu’avec lui nous possédons tout, et que sans lui nous faisons tout pour l’obtenir. Ces conceptions, dont je t’ai constamment entretenu, garde-les en tête. Ne les perds pas de vue quand tu agis, en connaissant clairement qu’elles sont les principes de base du bien vivre.

D’abord, tenant le dieu pour un vivant immortel et bienheureux, selon la notion du dieu communément pressentie, ne lui attribue rien d’étranger à son immortalité ni rien d’incompatible avec sa béatitude.

Crédite-le, en revanche, de tout ce qui est susceptible de lui conserver, avec l’immortalité, cette béatitude. Car les dieux existent : évidente est la connaissance que nous avons d’eux. Mais tels que la foule les imagine communément, ils n’existent pas : les gens ne prennent pas garde à la cohérence de ce qu’ils imaginent.

N’est pas impie qui refuse des dieux populaires, mais qui, sur les dieux, projette les superstitions populaires. Les explications des gens à propos des dieux ne sont pas des notions établies à travers nos sens, mais des suppositions sans fondement. A cause de quoi les dieux nous envoient les plus grands malheurs, et faveurs : n’ayant affaire en permanence qu’à leurs propres vertus, ils font bonne figure à qui leur ressemble, et ne se sentent aucunement concernés par tout ce qui n’est pas comme eux.

Familiarise-toi avec l’idée que la mort n’est rien pour nous, puisque tout bien et tout mal résident dans la sensation, et que la mort est l’éradication de nos sensations. Dès lors, la juste prise de conscience que la mort ne nous est rien autorise à jouir du caractère mortel de la vie : non pas en lui conférant une durée infinie, mais en l’amputant du désir d’immortalité.

Il s’ensuit qu’il n’y a rien d’effrayant dans le fait de vivre, pour qui est radicalement conscient qu’il n’existe rien d’effrayant non plus dans le fait de ne pas vivre. Stupide est donc celui qui dit avoir peur de la mort non parce qu’il souffrira en mourant, mais parce qu’il souffre à l’idée qu’elle approche.

Ce dont l’existence ne gêne point, c’est vraiment pour rien qu’on souffre de l’attendre ! Le plus effrayant des maux, la mort ne nous est rien, disais-je : quand nous sommes, la mort n’est pas là, et quand la mort est là, c’est nous qui ne sommes pas !

Elle ne concerne donc ni les vivants ni les trépassés, étant donné que pour les uns, elle n’est point, et que les autres ne sont plus. Beaucoup de gens pourtant fuient la mort, soit en tant que plus grands des malheurs, soit en tant que point final des choses de la vie.

Le philosophe, lui, ne craint pas le fait de n’être pas en vie : vivre ne lui convulse pas l’estomac, sans qu’il estime être mauvais de ne pas vivre. De même qu’il ne choisit jamais la nourriture la plus plantureuse, mais la plus goûteuse, ainsi n’est-ce point le temps le plus long, mais le plus fruité qu’il butine ? Celui qui incite d’un côté le jeune à bien vivre, de l’autre le vieillard à bien mourir est un niais, non tant parce que la vie a de l’agrément, mais surtout parce que bien vivre et bien mourir constituent un seul et même exercice.. Plus stupide encore celui qui dit beau de n’être pas né, ou

Sitôt né, de franchir les portes de l’Hadès.

S’il est persuadé de ce qu’il dit, que ne quitte-t-il la vie sur-le-champ ? Il en a l’immédiate possibilité, pour peu qu’il le veuille vraiment. S’il veut seulement jouer les provocateurs, sa désinvolture en la matière est déplacée.

Souvenons-nous d’ailleurs que l’avenir, ni ne nous appartient, ni ne nous échappe absolument, afin de ne pas tout à fait l’attendre comme devant exister, et de n’en point désespérer comme devant certainement ne pas exister.

Il est également à considérer que certains d’entre les désirs sont naturels, d’autres vains, et si certains des désirs naturels sont contraignants, d’autres ne sont… que naturels. Parmi les désirs contraignants, certains sont nécessaires au bonheur, d’autres à la tranquillité durable du corps, d’autres à la vie même.

Or, une réflexion irréprochable à ce propos sait rapporter tout choix et rejet à la santé du corps et à la sérénité de l’âme, puisque tel est le but de la vie bienheureuse. C’est sous son influence que nous faisons toute chose, dans la perspective d’éviter la souffrance et l’angoisse.

Quand une bonne fois cette influence a établi sur nous son empire, toute tempête de l’âme se dissipe, le vivant n’ayant plus à courir comme après l’objet d’un manque, ni à rechercher cet autre par quoi le bien, de l’âme et du corps serait comblé. C’est alors que nous avons besoin de plaisir : quand le plaisir nous torture par sa non-présence. Autrement, nous ne sommes plus sous la dépendance du plaisir.

Voilà pourquoi nous disons que le plaisir est le principe et le but de la vie bienheureuse. C’est lui que nous avons reconnu comme bien premier, né avec la vie. C’est de lui que nous recevons le signal de tout choix et rejet.

C’est à lui que nous aboutissons comme règle, en jugeant tout bien d’après son impact sur notre sensibilité. Justement parce qu’il est le bien premier et né avec notre nature, nous ne bondissons pas sur n’importe quel plaisir : il existe beaucoup de plaisirs auxquels nous ne nous arrêtons pas, lorsqu’ils impliquent pour nous une avalanche de difficultés.

Nous considérons bien des douleurs comme préférables à des plaisirs, dès lors qu’un plaisir pour nous plus grand doit suivre des souffrances longtemps endurées. Ainsi tout plaisir, par nature, a le bien pour intime parent, sans pour autant devoir être cueilli. Symétriquement, toute espèce de douleur est un mal, sans que toutes les douleurs soient à fuir obligatoirement.

C’est à travers la confrontation et l’analyse des avantages et désavantages qu’il convient de se décider à ce propos. Provisoirement, nous réagissons au bien selon les cas comme à un mal, ou inversement au mal comme à un bien.

Ainsi, nous considérons l’autosuffisance comme un grand bien : non pour satisfaire à une obsession gratuite de frugalité, mais pour que le minimum, au cas où la profusion ferait défaut, nous satisfasse.

Car nous sommes intimement convaincus qu’on trouve d’autant plus d’agréments à l’abondance qu’on y est moins attaché, et que si tout ce qui est naturel est plutôt facile à se procurer, ne l’est pas tout ce qui est vain.

Les nourritures savoureusement simples vous régalent aussi bien qu’un ordinaire fastueux, sitôt éradiquée toute la douleur du manque : galette d’orge et eau dispensent un plaisir extrême, dès lors qu’en manque on les porte à sa bouche. L’accoutumance à des régimes simples et sans faste est un facteur de santé, pousse l’être humain au dynamisme dans les activités nécessaires à la vie, nous rend plus aptes à apprécier, à l’occasion, les repas luxueux et, face au sort, nous immunise contre l’inquiétude.

Quand nous parlons du plaisir comme d’un but essentiel, nous ne parlons pas des plaisirs du noceur irrécupérable ou de celui qui a la jouissance pour résidence permanente — comme se l’imaginent certaines personnes peu au courant et réticentes, ou victimes d’une fausse interprétation — mais d’en arriver au stade oµ l’on ne souffre pas du corps et ou l’on n’est pas perturbé de l’âme.

Car ni les beuveries, ni les festins continuels, ni les jeunes garçons ou les femmes dont on jouit, ni la délectation des poissons et de tout ce que peut porter une table fastueuse ne sont à la source de la vie heureuse : c’est ce qui fait la différence avec le raisonnement sobre, lucide, recherchant minutieusement les motifs sur lesquels fonder tout choix et tout rejet, et chassant les croyances à la faveur desquelles la plus grande confusion s’empare de l’âme.

Au principe de tout cela, comme plus grand bien : la prudence. Or donc, la prudence, d’où sont issues toutes les autres vertus, se révèle en définitive plus précieuse que la philosophie : elle nous enseigne qu’on en saurait vivre agréablement sans prudence, sans honnêteté et sans justice, ni avec ces trois vertus vivre sans plaisir. Les vertus en effet participent de la même nature que vivre avec plaisir, et vivre avec plaisir en est indissociable.

D’après toi, quel homme surpasse en force celui qui sur les dieux nourrit des convictions conformes à leurs lois ? Qui face à la mort est désormais sans crainte ?

Qui a percé à jour le but de la nature, en discernant à la fois comme il est aisé d’obtenir et d’atteindre le « summum » des biens, et comme celui des maux est bref en durée ou en intensité ; s’amusant de ce que certains mettent en scène comme la maîtresse de tous les événements — les uns advenant certes par nécessité, mais d’autres par hasard, d’autres encore par notre initiative —, parce qu’il voit bien que la nécessité n’a de comptes à rendre à personne, que le hasard est versatile, mais que ce qui vient par notre initiative est sans maître, et que c’est chose naturelle si le blâme et son contraire la suivent de près (en ce sens, mieux vaudrait consentir à souscrire au mythe concernant les dieux, que de s’asservir aux lois du destin des physiciens naturalistes : la première option laisse entrevoir un espoir, par des prières, de fléchir les dieux en les honorant, tandis que l’autre affiche une nécessité inflexible).

Qui témoigne, disais-je, de plus de force que l’homme qui ne prend le hasard ni pour un dieu, comme le fait la masse des gens (un dieu ne fait rien de désordonné), ni pour une cause fluctuante (il ne présume pas que le bien ou le mal, artisans de la vie bienheureuse, sont distribués aux hommes par le hasard, mais pense que, pourtant, c’est le hasard qui nourrit les principes de grands biens ou de grands maux) ; l’homme convaincu qu’il est meilleur d’être dépourvu de chance particulière tout en raisonnant bien que d’être chanceux en déraisonnant, l’idéal étant évidemment, en ce qui concerne nos actions, que ce qu’on a jugé « bien » soit entériné par le hasard.

A ces questions, et à toutes celles qui s’y rattachent, réfléchis jour et nuit pour toi-même et pour qui est semblable à toi, et veillant ou rêvant jamais rien ne viendra te troubler gravement : ainsi vivras-tu comme un dieu parmi les humains. Car il n’a rien de commun avec un vivant mortel, l’homme vivant parmi des biens immortels.

En finir avec l’idée de Nature?!

Il est arrivé qu’on nous demande notre avis au sujet d’un document intitulé « En finir avec l’idée de Nature, renouer avec l’éthique et la politique », d’Yves Bonnardel. C’est un document en effet fondamentalement opposé à notre vision de la libération animale et de la libération de la Terre.

Nous, nous aimons la Nature, alors que justement le document considère qu’il faut totalement la rejeter. C’est un document vraiment très mauvais, d’ailleurs, qui confond intellectuellement de très nombreuses choses.

Il considère dès le départ que :

« L’idée de nature est omniprésente dans les discours normatifs. Ce qui est naturel est bien, répète-t-on depuis des lustres. La nature est un ordre, harmonieux, où toute chose est à sa place, qu’il ne faut pas déranger. »

Or, c’est totalement faux. Dans l’idéologie dominante aujourd’hui, la culture est toujours opposée à la Nature, toute personne ayant fait une classe de terminale l’a forcément appris en philosophie.

Descartes est absolument intouchable en France et d’ailleurs tant les laïcs que les religieux sont d’accord pour considérer que l’être humain n’est pas un animal. L’auteur explique qu’il y a des publicités mettant en avant la Nature : lesquelles ?

L’idée de Nature n’est, contrairement à ce qui est dit, absolument jamais mis en avant par l’ordre dominant, bien au contraire.

Pourtant à le lire, on se croirait transposé en Allemagne à la fin du 18ème siècle, avec tout un mouvement mettant en avant la Nature, avec Goethe reprenant Spinoza et célébrant un univers organisé parfaitement et statique…

Voici ce que dit Bonnardel, et on se demande bien où est-ce qu’il a vu cela en France au 21ème siècle :

« On assiste ainsi aujourd’hui à la résurgence massive d’une structure très ancienne de pensée religieuse, apparemment laïcisée par le remplacement du mot Dieu par celui de Nature. On la devine par exemple derrière les discours qui élèvent le respect des équilibres naturels au rang de valeur en soi.

Au sens premier, l’équilibre est un terme purement descriptif. Il désigne un état d’immobilité ou de permanence : les relations qu’entretiennent les éléments d’un écosystème sont telles qu’il conserve sa structure, les êtres qui le composent étant soit invariants, soit renouvelés à l’identique (…).

Ces mots font naître l’image d’une Nature ordonnatrice du monde pour le bien de ses créatures, tout en faisant sentir le danger qu’il y aurait à en déranger la perfection. Il s’agit d’une mystique… »

La seule chose qui corresponde à la description faite par Bonnardel, c’est la défense du « paysage » par l’extrême-droite. Mais il n’y a sinon en France aucun mouvement ne défendant les écosystèmes en tant que tel…

Ce qui d’ailleurs ne serait pas si mal. Bien entendu, il est faux d’imaginer que la Nature est statique. Elle évolue, elle est vivante, puisqu’elle est composée de tout ce qui est vivant…

Mais pour autant, faut-il considérer que les gens considérant l’Amazonie comme devant ne pas changer comme de gros réactionnaires ? Non, évidemment. Bonnardel a totalement tort.

Et c’est là le problème de fond finalement. A LTD, nous sommes catégoriquement contre l’anthropocentrisme. Nous considérons que l’humanité n’est qu’une petite partie d’un grand tout : la vie sur la planète, ce que nous appelons Gaïa.

Nous sommes pour la soumission de la partie au tout… Sauf que pour Bonnardel, il n’y a pas de tout. Il arrive à considérer l’être humain comme « séparé » de la Nature. Ce qui est ridicule. Les humains sont-ils des robots mécaniques inépuisables et éternels ? Bien sûr que non, nous sommes des êtres vivants.

Mais Bonnardel n’aime pas la vie :

« Pour notre part, nous ne voyons dans la nature ni harmonie spontanée, ni modèle à suivre, ni source de châtiments utiles ou mérités : on pourrait détailler « ses » méfaits envers les humains ou les autres animaux. »

Ce qu’on lit là est absurde : la Nature, c’est justement les humains, les autres animaux, les végétaux, etc. Comment la Nature pourrait-elle se faire du mal à elle-même ?

En séparant les deux, Bonnardel ne fait-il pas justement ce qu’il critique : en arriver à une conception religieuse, où l’être humain tombe du ciel ?

Et dans le prolongement de cette conception divine, il se veut un luciférien, un rebelle contre Dieu, d’où son attitude de « rebelle » :

« Elle [la Nature] génère un sentiment religieux de respect, au sens d’adoration et de crainte (comme de soumission devant tout ce qui nous paraît puissant et dangereux). En soi, déjà, cultiver ce type de sentiment mystique de « respect » de ce qui peut apparaître comme une puissance, et de soumission (même déguisée en « volonté d’harmonie ») à un ordre, ne paraît pas de bon augure… »

Bonnardel n’a donc pas compris qu’en parlant de Gaïa, nous prenions la défense de la vie en général, non pas en considérant celle-ci comme extérieure à nous, mais justement parce que nous aussi nous sommes vivants…

Bonnardel n’a pas compris la beauté de la vie. Il ose ainsi dire :

« La règle « obéir à la nature » est vide de sens. La « respecter » est du même tonneau : pourquoi respecter ce qui existe, simplement parce que ça existe ? »

Ben oui ! La vie est belle !

« Chaque chose s’efforce de persévérer dans son être »

Hier, lorsque nous avons parlé des huîtres, nous avons expliqué que ce n’était pas la « sensibilité » qui devait être l’argument moral principal, non pas parce que la sensibilité n’a pas aucune importance, mais parce que ce serait oublier le cadre naturel.

Car il n’y a pas de sensibilité sans Nature, on le voit bien assez dans les sociétés humaines, qui sont toujours davantage insensibles, justement parce que coupées de la Nature.

Et justement, il serait injuste de ne pas mentionner une notion « philosophique » qui exprime justement cela : le « conatus » de Spinoza.

Spinoza est connu pour parler de Dieu, mais ce Dieu est justement la Nature. Quand il appelle à célébrer Dieu (et non pas la religion), c’est parce qu’en fait il est un mot pour parler de la Nature.

Et à l’intérieur de la Nature, les êtres vivants sont caractérisés par le « conatus », dont la définition est la suivante :

« Chaque chose s’efforce de persévérer dans son être. »

Voilà une définition qui est vraiment très bonne, qui permet d’éviter la question de la simple sensibilité.

Il y aura en effet toujours un esprit plus ou moins tordu pour nier la sensibilité de tel ou tel être, ou pour la relativiser, etc.

Mais personne ne peut nier que les êtres vivants veulent… vivre.

Depuis la mouche jusqu’à l’arbre, depuis l’être humain jusqu’au dauphin, tous les êtres vivants veulent vivre, et cela est bien.

Mais alors, pourra-t-on dire, pourquoi manger des végétaux ? Et certains animaux n’en mangent-ils pas d’autres, après les avoir tué ?

C’est là justement que le véganisme n’est pas la « fin » de l’histoire humaine, mais son début. Car le véganisme devra, immanquablement à l’avenir, s’élargir le plus possible à tous les êtres vivants possibles.

On ne peut pas être une personne écologiste sincère et ne pas espérer que dans un avenir (relativement lointain encore bien sûr) on aura plus besoin de couper les arbres, par exemple.

C’est finalement ce que disent les primitivistes, sauf que les primitivistes veulent que les humains disparaissent de la planète, ou bien plus exactement n’existent plus que comme petits groupes peu nombreux de chasseurs-cueilleurs.

C’est un refus juste de l’anthropocentrisme, mais ce n’est pas humaniste, et il y a une contradiction qui plus est : c’est une idée exprimée par des humains… Ce qui montre bien qu’en fait, le refus de l’anthropocentrisme pourrait être assumé par toutes les personnes humaines.

Alors, il semble parfaitement juste d’être vegan totalement, et de demain se poser la question : n’y aurait-il pas les moyens de se passer des végétaux ?

C’est une utopie absolument complète aujourd’hui, en incohérence complète avec les besoins alimentaires des humains, qui souffrent dans de très nombreuses parties du monde de la malnutrition.

Mais cela fait inévitablement partie d’une réflexion sur l’humanité sur la planète Terre, si on pense sur une période très longue… A condition que l’humanité arrive à trouver son chemin, car pour l’instant l’humanité est partie en guerre contre Gaïa, dans une tentative délirante de la réduire à un gros caillou à exploiter.

Le film « Avatar » n’était pas sérieux, mais cette idée de fond est facile à comprendre : nous sommes à la fois les destructeurs et les extra-terrestres bleus aimant leur planète.

Voilà pourquoi nous appelons à célébrer la Nature, car refuser l’anthropocentrisme c’est aussi célébrer l’humanité dans ce qu’elle est : quelque chose de naturel.

Et cela n’a rien de religieux, comme déjà dit, bien au contraire, il n’y a rien de plus joyeux. Aussi finissons avec une citation de Spinoza, difficile à comprendre, mais qui élargit l’esprit et fournit de riches perspectives intellectuelles !

« Le rire, comme aussi la plaisanterie, est une pure joie et, par suite, pourvu qu’il soit sans excès, il est bon par lui-même .

Seule assurément une farouche et triste superstition interdit de prendre des plaisirs. En quoi, en effet, convient-il mieux d’apaiser la faim et la soif que de chasser la mélancolie ?

Telle est ma règle, telle ma conviction. Aucune divinité, nul autre qu’un envieux, ne prend plaisir à mon impuissance et à ma peine, nul autre ne tient pour vertu nos larmes, nos sanglots, notre crainte et autres marques d’impuissance intérieure ; au contraire, plus grande est la Joie dont nous sommes affectés, plus grande la perfection à laquelle nous passons, plus il est nécessaire que nous participions de la nature divine.

Il est donc d’un homme sage d’user des choses et d’y prendre plaisir autant qu’on le peut (sans aller jusqu’au dégoût, ce qui n’est plus prendre plaisir).

Il est d’un homme sage, dis-je, de faire servir à sa réfection et à la réparation de ses forces des aliments et des boissons agréables pris en quantité modérée, comme aussi les parfums, l’agrément des plantes verdoyantes, la parure, la musique, les jeux exerçant le Corps, les spectacles et d’autres choses de même sorte dont chacun peut user sans aucun dommage pour autrui.

Le Corps humain en effet est composé d’un très grand nombre de parties de nature différente qui ont continuellement besoin d’une alimentation nouvelle et variée, pour que le Corps entier soit également apte à tout ce qui peut suivre de sa nature et que l’Ame soit également apte à comprendre à la fois plusieurs choses.

Cette façon d’ordonner la vie s’accorde ainsi très bien et avec nos principes et avec la pratique en usage ; nulle règle de vie donc n’est meilleure et plus recommandable à tous égards, et il n’est pas nécessaire ici de traiter ce point plus clairement ni plus amplement. »

Le bonheur simple avec Gaïa, ou bien une question de morale ?

Revenons sur le texte d’hier, « un vegan au pays du foie gras. » Revenons dessus, ou plutôt sur un aspect précis, parce que dans sa démarche il n’a rien à voir avec nous.

Nous avons en effet déjà critiqué la nature de ce texte, brièvement et à nos yeux c’est bien suffisant. « Un vegan au pays du foie gras » c’est un antispéciste qui a reconnu sa faillite totale et tente de s’agripper à la « libération de la Terre » pour sauver sa démarche.

Non, ce qui est vraiment très important à nos yeux, c’est que le texte nie purement et simplement la nature.

Ou pour exprimer cela de manière plus claire : le « vegan au pays du foie gras » est vegan ET écologiste.

Or, pour nous cela est une seule et même chose. Nous voulons vivre de manière naturelle, c’est-à-dire de manière végan, écologiste, straight edge… Tout cela étant finalement une seule et même chose.

Pas besoin de paradis artificiels, la nature nous suffit. Pas besoin de guerre, la coopération nous va très bien.

C’est cela Gaïa, pas seulement un lieu, mais bien un système. Une fois qu’on a saisi ce système, alors on comprend qu’il faut choisir son camp, faire que tout change afin de satisfaire ses exigences.

Le « vegan au pays du foie gras » ne se veut nullement un serviteur de Gaïa. Un exemple très symbolique de cela est qu’il dit à la fin de son texte : « pas de compromis dans la défense de la Terre » au lieu de « pas de compromis dans la défense de notre mère la Terre. »

Cette « erreur » sur le slogan historique (« No compromise in defense of Mother Earth ! ») des personnes luttant pour la libération de la Terre, depuis Earth first ! jusqu’à l’ELF, est absolument significative…

Le « vegan « au pays du foie gras » se bat pour la « justice », pas pour sa « mère. » Il se veut un individu aux idées généreuses, ce qu’il est très certainement, et c’est sans nul doute déjà très bien !

Mais cela n’a rien à voir avec nous. Nos idées ne sont pas généreuses, elles sont simplement justes, correspondant à la réalité. Il n’y a pas du bien ou du mal, il y a Gaïa.

Les exigences de Gaïa sont impératives. Toutes les vaines prétentions seront balayées par les exigences naturelles, dont le réchauffement climatique est un exemple très parlant.

Et parmi ces exigences naturelles, il y a aussi le besoin des humains à vivre en paix, naturellement. C’est pourquoi l’écologie radicale considère que la vie sauvage est quelque chose à considérer différemment de comment la civilisation nous la présente.

Le philosophe panthéiste Spinoza résumait cela à sa manière quand il disait : « Nous avons déjà dit que toutes choses sont nécessaires, et que dans la nature il n’y a ni bien ni mal.”

Rien de cela chez notre « vegan au pays du foie gras », c’est-à-dire notre « bien » au pays du « mal. »

Notre « bien » qui s’aperçoit que des associations comme PeTA ou DDA n’ont rien avoir avec lui.

La belle affaire ! Nous, nous le savons depuis bien longtemps. Et nous n’avons pas attendu pour lancer LTD (son ancêtre, Vegan Revolution, a même ouvert en octobre 2004), pour diffuser la culture de la libération animale et de la libération de la Terre, qui sont une seule et même chose.

Nos articles ne consistent d’ailleurs pas surtout en une critique des autres, mais surtout en la promotion de toute une culture, de toute une vision du monde, avec une présentation de l’actualité.

Quand quelque chose ne nous plaît pas, on fait autre chose, voilà tout. La critique des autres est secondaire, ou bien elle n’a pas de sens.

Prenons ici et pour finir un exemple, avec ce qui est dit dans le texte du « vegan au pays du foie gras » :

Il est inquiétant qu’en 2011, ces associations de « défense animale » ne trouvent rien à dire au fait qu’on veuille enfermer en hôpital psychiatrique quelqu’un qui s’attaquait à des abattoirs (un lieu ou les animaux pourraient sans doutes être « mieux traités » ? Pardonnez l’ironie) ou qu’un couple de végétaliens soient condamnés pour la mort accidentelle de leur bébé en mettant en cause leur régime alimentaire (ce qui s’apparente à un procès politique), qu’un groupe de végans soit terrorisé par la police simplement pour des prises de positions en faveur de la libération animale et de ses prisonniers à l’étranger.

Le silence de ces associations et organisation est inquiétant parce qu’il traduit cette incapacité à prendre position sur des sujets politiques graves et sensibles dans l’actualité récente et cela même quand « ça s’est passé près de chez vous » (parce qu’ils sont polémiques et risqueraient de « perturber » leur petite lutte parcellaire, ou simplement parce que certains des ces gens pensent au fond que le végétalisme est « dangereux » ou pas essentiel, ou peut être que les abattoirs sont sans doutes tolérables d’un point de vue « animaliste » -osons la question-) même lorsque ces sujets concernent directement la question des animaux, et que ce sont ces associations qui sont les plus directement concernées et donc censées réagir à de tels événements.

Au lieu de cela, on préfère y parler de « végéphobie » tout en métant seulement en avant un régime alimentaire qui ne défend même pas complètement les animaux. C’est là qu’est l’escroquerie

S’il y a escroquerie, c’est de critiquer ceux qui n’ont rien dit, tout en passant sous silence que certains en on parlé… Car justement LTD a longuement parlé de l’affaire de l’enfermement psychiatrique de la personne s’attaquant à des abattoirs, tout comme de l’affaire du « couple végétalien »…

Il est tout de même étrange de privilégier la critique au fait de saluer quelque chose de bien…

Car inévitablement, et de manière juste, les partisans des “droits des animaux” diront qu’ils n’ont rien à voir avec cette critique. Cela ne sert à rien de s’attarder à cela! Il aurait mieux valu critiquer LTD, ou nous rejoindre, là au moins dans un cas comme dans l’autre cela aurait fait avancer la libération de la Terre!

Sans cela on perd pied avec la réalité, comme avec la phrase sur le fait « qu’un groupe de végans soit terrorisé par la police simplement pour des prises de positions en faveur de la libération animale et de ses prisonniers à l’étranger.”

Pourquoi? Tout simplement parce que le groupe de personnes qui a eu à faire face à la police a refusé de communiquer à ce sujet… Reprocher ici un silence à qui que ce se soit n’a donc aucun sens !

Et cela démontre d’autant plus que les reproches ne servent à rien. Quand on pense avoir raison, on travaille surtout pour diffuser ses idées et sa culture, la critique des autres ne peut être que secondaire…

Ou alors on critique de manière ferme et constructive ceux et celles qui veulent avancer de manière réelle, afin de faire progresser. Mais on ne peut pas affirmer être pour la libération de la Terre et s’attarder des heures sur la veggie pride, cela n’a pas de sens, ce sont deux mondes totalement séparés…