• Honnêteté - trop d’entre nous sont emplis d’avidité

Génération vegan 2.0, entre négation des « précurseurs » et action directe réformiste

S’il y a quinze ans le véganisme était une démarche inconnue de l’opinion publique, ce n’est plus le cas et depuis quelques semaines on attend l’apogée médiatique de la découverte du véganisme.

Il n’y a pas un média d’importance significative qui n’y est pas allé de sa présentation du véganisme, avec une analyse plus ou moins favorable du « phénomène ».

C’est que, désormais, le véganisme est un phénomène de masse, contrairement à il y a quinze ans, ou même à il y a quelques années. Il y a un afflux de gens s’engageant dans cette démarche.

Et force est de constater que, dans l’état actuel des choses, tous les courants qui existaient il y a quinze ans dans le véganisme ont tort, au moins en apparence. En effet, les gens qui deviennent vegans réagissent à une impulsion particulièrement floue, sans définition…

Les courants existant dans le véganisme, il y a encore quelques années, bataillaient au sujet des définitions, considérant que sans ces définitions, aucun développement ne serait possible.

Or, les gens qui deviennent vegans ne s’intéressent pas du tout à ces questions, émergeant même en-dehors de telle problématique. C’est en cela que c’est une « mode » et forcément il y a lieu de se demander si cela peut tenir.

Faut-il un contenu conscient au préalable, ou bien l’engouement pour une cause morale suffit-elle en soi, sans qu’il soit nécessaire de la définir de manière détaillée ou complète ?

C’est un thème essentiel et particulièrement récurrent chez nous, tout comme c’est un thème en arrière-plan dans les articles d’Audrey Garric, qui dans Le Monde s’évertue depuis longtemps à nos yeux à participer à une dénaturation profonde du véganisme.

Dans Le Monde, on peut ainsi lire un article intitulé « Changement de régime chez les végans », où il est expliqué avec une grande joie que :

« Les nouveaux convertis au véganisme défendent une image « cool, sympa et accessible », bien loin de l’approche « parfois culpabilisante » des précurseurs des années 1980. »

Le mot n’est pas choisi par hasard. Les vegan straight edge, les vegan abolitionnistes partisans de Gary Francione, les anarcho-punks, les antispécistes utilitaristes des « Cahiers antispécistes », les antispécistes anarchistes, les multiples activistes de l’ALF, tous n’auraient été, somme toute, que des « précurseurs ».

Couverture du neuvième numéro de la revue Arkangel, en 1993

Le véganisme commencerait seulement maintenant et les années 1980-1990 n’auraient été, au mieux, qu’une lointaine histoire sans réelle signification…

Ce n’est pas un secret que nous sommes profondément contre une telle interprétation et que nous avons publié pour cette raison de nombreux documents du passé, des années 1990, des années 1980.

Et si nous passons désormais d’une publication quotidienne à des sortes de mini-dossiers, c’est aussi pour cela : il y a un esprit consommateur dans le véganisme actuel, un esprit tourné vers l’ego, vers une démarche témoignage, utilisant tout à tort et à travers.

C’est précisément ce que ne voulaient pas, justement, tous les courants mentionnés plus haut, même si certains s’y sont retrouvés. Il y avait une exigence de rationalité générale, au moins relative.

Mais tous ces courants, au-delà des divergences, nous y compris, avons été marginalisés par la vague « végane 2.0 », dont une expression est la mouvance de L214, structure en droite ligne des Cahiers antispécistes, avec leur ligne « végéta*ienne » développée par la veggie pride, une hostilité absolue envers l’ALF, un esprit d’ouverture générale aux institutions.

A quoi a-t-on affaire avec cette vague « 2.0 » ? A un refus de tout contenu concret sur le plan des idées, au profit d’un pragmatisme qui est censé « marcher ». La preuve, les médias en parlent et l’économie suit : voilà les critères qui sont, pour le moins, d’une étroitesse d’esprit plus que prononcé.

Car sans contenu, comment ne pas être broyé ? Dans l’article du Monde mentionné plus haut, cet apolitisme appelant à « témoigner » et à collaborer avec les institutions connaît un éloge sans bornes :

« Au cœur de cette dynamique en France, L214. En une année, l’association a réussi ce tour de force auquel aucune autre n’était jamais parvenue : rendre le discours végan audible et légitime dans le débat public.

Transformer ce qui était jusque-là perçu comme un choix de vie individuel, marginal et souvent clandestin, en une question politique qui interroge l’ensemble de la société et propose un nouveau modèle. Comment ? En maniant la carotte et le bâton, la dénonciation (les vidéos) et les solutions (comme le site VegOresto, qui recense les restaurants proposant des menus végans).

Avec 28 000 adhérents et 650 000 fans sur Facebook, l’ONG, incarnée par Brigitte Gothière et Sébastien Arsac, joue aujourd’hui le rôle de pivot du mouvement.

Tous les mois, des événements coordonnés sont imaginés par le bureau parisien de l’association, qui envoie consignes et matériel. A charge pour les comités locaux de les mettre en pratique, voire d’aller plus loin.

A Lyon, par exemple, les volontaires, recrutés à l’issue d’un entretien individuel et après avoir rempli un questionnaire, doivent s’engager à accomplir cinq actions en quatre mois. (…)

Mais pour les Pâques véganes, point d’échauffement, faute de temps. « C’est une action soft, ça passe », juge Camille Ots. Les bleus comme les vétérans prennent à peine connaissance des tracts et sont envoyés au front. De toute façon, ils ne veulent pas « convaincre », mais « informer » et, si possible, « semer une petite graine dans l’esprit des gens ». »

Tout est dit là, effectivement, il ne s’agit pas de convaincre, mais d’informer, de semer une idée.

Or, est-ce ce qu’il faut faire ? A court terme, les résultats sont bien plus efficaces que si l’on veut convaincre, évidemment. Mais à moyen terme, qu’en restera-t-il ? Et à long terme ?

L’utilisation d’animaux morts dans des mises en scène macabres est sans doute la chose la plus odieuse et inacceptable des « témoignages » censés être militants

Et regardons les critères concrets. Les refuges sont toujours en crise, pendant que les vegans n’ont qu’une seule préoccupation : la nourriture.

Si l’on fait un article sur l’avenir du véganisme, en tant qu’objectif concret à l’échelle mondiale, on aura rien comme lecteurs et lectrices en comparaison à un article sur une recette de cuisine. Et il ne faut pas avoir peur de le dire : c’est vraiment un problème.

Car, non seulement le niveau intellectuel est faible ou nul, mais en plus il y a derrière des intellectuels universitaires qui prennent les commandes, de manière non démocratique… Avec comme objectif de s’installer, de prendre des places, bref afin de faire carrière.

Citons de nouveau l’article du Monde mentionné plus haut :

« C’est ce que tente de faire la philosophe Corine Pelluchon, qui assume vouloir « convaincre les non-végans, en écrivant, en argumentant ».

Si elle réfute toute volonté d’endoctrinement, la professeure de philosophie à l’université Paris-Est-Marne-la-Vallée le confesse : elle œuvre « en coulisses », depuis la sortie, en janvier, de son Manifeste animaliste (Alma Editeur, 112 p., 10 euros), pour faire passer des idées aux décideurs politiques et aux chefs d’entreprise qu’elle rencontre, afin qu’« ils les répercutent ».

Elle dit aussi « mouiller sa chemise » dès qu’elle le peut, par exemple en participant à des conférences – « de manière bénévole », précise-t-elle. »

En fait, ce qui se passe, c’est une opération de liquidation de toute le patrimoine activiste végane en Fance. Déjà que ce patrimoine est difficile à défendre : où trouver des documents sur les squatts lillois et parisiens vegans du début des années 1990 ?

Et pourtant, ces expériences sont d’une grande signification, car aujourd’hui vient d’hier et on ne peut pas sans voir cela comprendre comment avoir un meilleur lendemain.

Mais il y a des gens qui ont des intérêts, matériels ou personnels (en termes d’ego), à ce que rien ne déborde, à ce que les vegans restent à un profond niveau d’infantilisme.

C’est une opération de liquidation par ailleurs assumée, citons encore l’article du Monde, décidément bien riche :

« Surtout, c’est grâce au Web qu’est apparue une nouvelle génération de végans qui veut dépoussiérer l’image du mouvement et « sortir de l’entre-soi ».

Tous les deuxièmes mardis du mois, depuis décembre, ils sont une cinquantaine d’entrepreneurs à se retrouver au Tago Mago, un resto branché du 10e arrondissement de Paris. La formule est simple : présenter de nouveaux projets, évidemment garantis sans produits animaux, et réseauter.

« On veut convertir en douceur, par la découverte », exposent Sylvain Tardy et Nicolas Dhers, deux des organisateurs de ce rendez-vous. Eux qui revendiquent leur « ouverture » comme seconde peau veulent surtout se dégager de « l’image de sectaires » qui colle aux végans.

Rupture assumée avec les aînés

Les compères ont créé leur petite communauté en lançant le Smmmile, un festival « vegan pop » qui met au régime végétalien le public et les artistes – « même si on ne demande pas de certificat de véganisme ».

L’événement tiendra sa deuxième édition en septembre à La Villette, à Paris, avec le même souci de « faire découvrir le mode de vie végan à un maximum de gens » et, répètent-ils tel un mantra, « donner une image positive du véganisme ». Montrer, en bref, qu’on peut manger du tofu et être heureux.

Attablée autour de bières et de burgers – aux pousses d’épinard, artichauts et faux cheddar –, la bande de jeunes fait le point sur ses projets, se conseille et s’entraide.

« On a voulu créer notre entreprise pour proposer une offre cool, sympa et accessible à tous, montrer aux gens qu’on peut être végan sans se priver. C’est comme ça qu’on peut faire tomber les freins au véganisme », affirment Cheyma Bourguiba et Raphaël Francisco.

A moins de 50 ans à eux deux, ils sont sur le point de lancer un « concept store végan et stylé », Aujourd’hui Demain, qui proposera à la fois alimentation, vêtements, cosmétiques et livres.

Ils ne se reconnaissent pas dans l’approche « très militante » et l’image « un peu vieillotte, parfois culpabilisante », des premiers acteurs du véganisme.

« Nous, on est jeunes, on sort, on s’amuse, lancent-ils. On veut continuer à vivre comme avant. »

« Et garder notre style », ajoute, dans l’hilarité générale, Anne-Cécile Canon, la doyenne du groupe (33 ans), qui organise des événements végans – marchés de Noël, marché de Pâques, barbecues – auxquels se pressent plusieurs milliers de personnes.

En « rupture » assumée avec leurs aînés, ils ne lisent pas les classiques de la pensée antispéciste, ne descendent pas dans la rue pour militer et n’adhèrent même pas aux associations de protection animale. »

Cela est parfaitement claire et on a compris que l’objectif était ici de faire un véganisme minoritaire, branché, tourné vers soi-même, niant la bataille pour les animaux.

C’est pour cela que nous avons dénoncer le festival Smmmile, ce qui n’empêche pas leur attaché de presse de nous envoyer des mails pour en faire la promotion. Nous avons d’ailleurs une attitude historique très stricte là-dessus et chaque jour on comprend mieux pourquoi !

Nul sectarisme là-dedans, mais la défense des principes.

Ceux qui n’ont pas assumé cela en paient le prix… De manière intéressante à ce sujet, l’article du Monde parle d’Yves Bonnardel, qui désormais a un regard critique. Alors qu’il a participé de plain-pied à cette tendance à un végan consumériste et individualiste, apolitique et béat…

L’occupation d’un McDonald’s à la fin de la veggie pride de 2008

En quoi consistait par exemple la veggie pride, que nous avons toujours critiqué ? En l’union sans principe des « végéta*iens », en le refus de toute prise de position, sociale, culturelle ou politique.

En 2010, le véganisme y était ouvertement présenté comme secondaire comme nous le constations…  Et faut-il se rappeler quel « scandale » cela a été lorsque des militants ont forcé l’entrée d’un KFC et d’un McDonald’s lors d’une veggie pride, en 2008.

Et désormais, les tenants d’une ligne « veggie pride » sont débordés par les tenants d’une ligne commerciale pure et dure, comme le raconte Le Monde…

« Peu amène envers les jeunes générations, Yves Bonnardel juge que les nouveaux végans, tournés vers les modes de vie, « portent préjudice au mouvement ». « Nous devons le repenser par l’action collective et le rapport de force, pour troubler la tranquillité de l’exploitation animale. »

Ce qui passe, à ses yeux, par la distribution de tracts, les marches pour la fermeture des abattoirs ou les Estivales de la condition animale, grand rendez-vous annuel de la mouvance.

Une divergence de pensée et de stratégie qui a failli tourner au pugilat, l’an dernier, quand le VeggieWorld a choisi la même date que la Veggie Pride. Le premier, tout récent en France, qui s’est tenu en avril, se veut un « salon de 140 exposants nationaux et internationaux et de plus de 1 000 produits végans ».

La seconde, créée en 2001, se présente comme « la manifestation des végétariens et végétaliens contre l’exploitation animale ». La querelle des anciens et des modernes à la sauce végane.

S’ils ont rangé les couteaux à viande, ils ne sont souvent pas loin de se rentrer dans le lard. Ce sont ces accrochages, ainsi que les demandes pressantes de la communauté LGBT, qui poussent la Veggie Pride à changer de nom pour devenir « le carnaval antispéciste », annonce Camille Brunel, qui fait partie de son organisation. Le jeune homme milite par ailleurs pour franciser le terme anglais vegan en « végane ».« Cela désamorce le côté frime. » »

Quelle va être la conséquence de cela ? Disons-le tout de suite : cela sera la fuite en avant.

Il y aura toujours plus de fuite dans le symbolique dure : il y a eu L214, puis 269 life France comme débordement radical prônant « l’action directe », puis 269 Libération animale comme débordement encore plus radical, et cela continuera.

Jusqu’à quoi ? Jusqu’au réformisme violent, avec des occupations d’abattoirs, de supermarchés, comme cela a été tenté dernièrement, avec toujours plus d’actions symboliques « chocs » pour marquer les esprits…

Dans une logique anti-populaire de mépris de la lutte pour convaincre les gens, au nom du fait que L214 le fait et que ce serait forcément une trahison…

Voici ce que dit la co-présidente de l’association 269Life Libération Animale lors d’une interview.

Il s’agit ni plus ni moins que de réformisme agressif, illégaliste : il n’y a pas d’idée de révolution, simplement l’idée de faire tellement de chaos qu’il faudra que… le système, présenté comme ne pouvant pas se réformer, se réforme quand même.

– Les moyens utilisés par 269Life Libération Animale provoquent souvent des réactions de rejet très brutales. Cela ne décrédibilise-t-il pas la cause que vous défendez ?

Je pense que ça révèle une incompréhension de ce qu’est l’antispécisme.

Parce qu’à partir du moment où on pense qu’il faut donner une bonne image pour donner envie aux gens d’être véganes, c’est qu’on n’a rien compris à l’antispécisme.

L’antispécisme ce n’est pas du marketing, c’est une question de justice. Peu importe qui en parle. J’espère qu’on n’a pas besoin d’être tout sourire et calibré en taille 38 pour apporter une bonne parole dans la rue.

Personnellement, si je vois quelqu’un qui se met en danger, qui a un bon discours, qui fait un acte qui a du sens, j’aurais plutôt tendance à l’admirer.

Bien plus que la personne qui distribue des tracts sans avoir l’air convaincue.

Il y a une confusion qui se fait entre le véganisme et l’antispécisme, or pour moi ce n’est pas du tout la même chose. On n’a pas à donner envie.

Pendant une guerre, les résistants ne donnent pas envie de lutter contre l’oppression, on ne regarde pas la manière dont ils parlent.

Il faut comprendre que la désobéissance civile ce n’est pas une occupation pour des gens qui manquent d’adrénaline dans leur vie, c’est une démarche politique, et une démarche qui comporte beaucoup de sacrifices personnels. Et il faut arrêter de se prétendre militant quand on va à un salon végane. (…)

« Convertir » tout le monde au véganisme, c’est complètement idéaliste, ça prendrait des milliers d’années et ça ne marchera jamais.

Vous trouverez toujours des gens qui continueront à manger de la viande tant que ce n’est pas interdit, même si on leur démontre par A plus B que c’est mauvais pour eux, pour l’environnement, pour les animaux.

Certains disent que ce n’est « pas le moment » de faire appel à des actes aussi choc, qu’il faut attendre le soutien du public. L’action directe, c’est ce qui commence le travail, pas ce qui le finit.

Et pour moi ça n’a pas encore commencé, il n’y a pas de baisse dans la production ou la consommation de viande.

Ce n’est pas parce qu’on parle de véganisme que ça freine les abattoirs, loin de là, on voit bien qu’il n’y a aucune corrélation entre les deux. Pour commencer un vrai combat, pour montrer que ça a son importance, il faut des gestes forts.

C’est ce que disait Martin Luther King : il faut créer un état de crise, qui forcera les politiques à venir vers nous et à trouver des solutions. »

C’est là du L214 inversé, sans aucune prise en compte ni de l’histoire des révolutions, ni de l’histoire de la gauche et de ses idées, ni même des tentatives historiques de l’ALF…

Couverture de la revue Arkangel: la libération animale y est bien présentée comme un mouvement populaire

Cette histoire de dire que la résistance ne vise pas à convaincre,  à soulever tout le monde, ce n’est pas vrai, c’est du mépris pour le peuple, au nom d’un activisme comme les anarchistes à la fin du 19ème siècle.

Cet activisme débridé ne fera pas boule de neige, il est auto-centré, il nie l’existence de la politique. Ses actions ne changeront rien avec comme seul résultat la répression qui s’abattra implacablement, parce que l’État français est très sérieux, très éduqué, très organisé, disposant de fonctionnaires de police infiltrés et d’une surveillance efficace.

Et la conséquence de ce réformisme sera ni plus ni moins que la capitulation, l’esprit de défaite, l’abandon, etc., que véhicule déjà par définition L214 en se soumettant aux institutions.

Comme quoi, rien n’est possible sans voir la dimension révolutionnaire du véganisme, mais pour cela encore faut-il se rattacher à une tradition authentique, tournée vers le peuple…

Les trois magasins Naturalia vegans à Paris

Il y a quelques temps, dans un reportage à la télévision, on pouvait voir un membre d’une association végétarienne négocier avec le groupe Monoprix, cherchant à monétiser ses compétences dans le domaine du nouveau « marché » que représente la consommation de l’alimentation végétalienne.

Voici donc que le groupe Monoprix a choisi, plutôt que de former des rayons végétaliens, de tenter le coup avec des magasins bios vegans.

Cette initiative de Monoprix par l’intermédiaire de Naturalia va à rebours de ce que constatait la chaîne allemande Veganz, qui elle ferme ses magasins pour se lancer dans des produits qui ont comme objectif de remplir les supermarchés traditionnels.

C’est d’ailleurs la tendance constatée par Le Figaro :

« Un phénomène très marginal au sein de la population française, mais qui commence à avoir l’oreille des distributeurs et fabricants alimentaires, qui ont commencé à introduire depuis 18 mois dans leurs gammes des produits vegan. Même le roi du jambon Herta s’y est mis!

Le phénomène restait jusque-là limité à une partie des rayons des grandes surfaces ou des références des acteurs de l’agroalimentaire. »

Naturalia a cependant une stratégie différente, pour une raison bien particulière, se révélant dans la localisation des magains.

Ceux-ci ont ouvert à Paris dans des quartiers parisiens à la fois chic et branchés (les Batignolles dans le 17ème arrondissement et Père-Lachaise dans le 11ème arrondissement), ainsi qu’à Vincennes où la population est du même type.

C’est important : il ne s’agit pas de bobos, mais de bourgeois chic et branchés, la différence a beaucoup de signification. On a ici affaire à des gens très aisées, mais rétifs au folklore : ils veulent du chic, mais toujours moderne et recherché, branché.

Le magazine 20 minutes n’est pas du tout dupe, mentionnant tout de suite la « gentifrication » des quartiers, c’est-à-dire la transformation d’un quartier populaire par l’arrivée massive de bourgeois chics et branchés attirés par les lieux et les faibles prix, transformant entièrement le visage du quartier en quelques années…

Et Naturalia se défend de tout cela, bien entendu, au moyen justement d’une association végétarienne, chargée de justifier l’opération, de lui laisser son masque « humaniste », « en faveur des animaux », etc.

Mais qui peut croire à une fable pareille, à part ceux et celles choisissant de le faire ?

« Bio c’ Bon a récemment ouvert dans le 18e arrondissement. De son côté, Biocoop ouvre prochainement un nouveau magasin aux abords du canal Saint-Martin. Mais comment choisissent-ils ces emplacements ?

Réelle demande, effet de mode, gentrification… Comment décident-ils de prendre leur quartier dans tel ou tel coin de la capitale ? 20 Minutes a tenté de comprendre et a posé la question aux responsables de ces entreprises.

>> A lire aussi : La gentrification des quartiers populaires parisiens, ça change quoi?

« Des remontées d’associations », annonce Naturalia. « Nous répondons à une demande très précise de clients.

Quand on est végan par exemple, c’est très compliqué de faire ses courses au quotidien, car on doit vérifier les étiquettes de chaque produit, explique Sidonie Tagliante, responsable marketing de la marque.

Nous avons donc eu des demandes et avons décidé de se lancer. Au sujet des emplacements, nous nous sommes fait accompagner par l’Association végétarienne et vegan de France sur les règles et les besoins.

Ils nous ont confirmés, via les remontés de leurs adhérents, que ces trois quartiers [11e, 17e, Vincennes] étaient en demande.

On voit aussi sur les réseaux sociaux, des gens regrettent de ne pas en avoir à côté de chez eux.

L’enseigne a 43 ans et nous ne suivons pas une tendance bobo ou la volonté d’accompagner une mode. La preuve, nous n’avons pas installé ces magasins dans le veggietown que sont les 9e et 10e arrondissements »

Tout cela est totalement démagogique. Il est parfaitement clair qu’ici est visée une consommation « haut du panier », une mode du même type que le « sans gluten », l’image positive en plus.

S’il y avait vraiment une demande « naturelle », il n’y aurait pas la publicité en couverture d’un magazine quotidien gratuit parisien, ni les inscriptions à la peinture sur le sol, conformément aux règles du marketing branché…

D’ailleurs, les supermarchés végan en Allemagne et en Autriche n’étaient pas bio, alors que là il s’agit bien d’une combinaison du vegan et du bio. Tant mieux, évidemment, sauf que là cela correspond à la formation d’un « marché de niche » très précis, doublement captif.

C’est le même esprit que les gens ouvrant des magasins halal ou casher : vendre cher des produits à des gens n’ayant pas le choix.

Le magazine Challenges l’a tout à fait compris, définissant de la manière suivante la motivation de Monoprix :

« Franck Poncet n’est pas vegan. A titre personnel, le directeur général France de Naturalia (groupe Monoprix) ne suit pas ce mode de vie qui exclut la consommation de tous les produits issus des animaux, de leur exploitation ou testés sur eux.

Mais en bon commerçant, celui qui a fait ses classes chez Lustucru et Bongrain, avant de rejoindre le groupe Monoprix en 2002, a su tendre l’oreille pour écouter le consommateur.

« Nos clients réclamaient de plus en plus une offre végétale et végane », explique le dirigeant. « Cela fait deux-trois ans que nous constatons que ce n’est plus un marché de niche ». (…)

L’enseigne du groupe Monoprix avance ses pions, et prend un temps d’avance sur ses concurrents de la grande distribution. »

Le directeur général de Naturalia n’a pas voulu dire que ce n’était plus un marché de niche, mais que cela n’en est pas seulement un.

Le véganisme est en France une sensibilité, mais malheureusement beaucoup une mode, qui donne une image chic et branchée.

Nous nous en plaignons assez : nous voulons une génération de personnes affrontant ouvertement le système et rompant avec les valeurs dominantes, libérant concrètement les animaux et assaillant l’exploitation animale, et nous faisons face à une mode ouvertement vantée par les magazines féminins et la bourgeoisie branchée.

Naturalia surfe sur la vague, et donc le groupe Monoprix à qui appartient Naturalia, et donc le groupe Casino à qui appartient Monoprix…

C’est là que cela donne mal au coeur. Bien sûr, l’existence de ces magasins est très pratique. Il y a 2000 références et c’est agréable de ne pas avoir à regarder si un produit est vegan ou pas (même si inévitablement on le fait parfois quand même, par réflexe!).

Pourtant, ces Naturalia vegans appartiennent à l’exploitation animale. Ce ne sont pas des éléments d’un dispositif de combat positif, mais un moyen de faire du profit. Naturalia a d’ailleurs toujours surfé sur le relativisme, cette « liberté de choix » qu’on aurait en général.

Ici, il ne faut pas se leurrer et bien voir que l’amour pour les animaux est dévoyé, en particulier chez les femmes.

Celles-ci sont happées dans quelque chose qui a l’air positif, mais qui est un style bourgeois chic, faussement rebelle, ultra-esthétisant, centré sur soi-même et la consommation…

C’est une rébellion lisse, propre, bon enfant, sans enjeu, dans une démarche particulièrement régressive par rapport aux vrais enjeux.

Du côté du profit, par contre, c’est tout bénéfice. Le projet de magasin vegan de Naturalia rentre d’ailleurs dans le cadre général de la stratégie commercial du groupe Casino. Il y avait en effet 38 Naturalia en 2008, il y en a 150 désormais, 20 ont ouvert l’année dernière, 20 ouvrent cette année.

Les magasins Naturalia végans servent ici de test ; on ne sait pas en effet s’ils vont durer encore. Mais ils rentrent, dans tous les cas, entièrement dans le cadre d’un projet économique d’une entreprise qui est un pilier de l’exploitation animale.

Qui peut, au 21ème siècle, faire confiance aux grands distributeurs pour sauver le monde, franchement?

C’est donc une question de détermination : soit on croit en la capacité de l’exploitation animale à se réformer, on écoute les bourgeois chics et branchés, on en reste à un « ni droite ni gauche » totalement crétin…

Ou on comprend que le monde doit entièrement changer de base, qu’il faut défendre la Terre-mère… Maintenant!

La Cour de justice de l’Union européenne interdit aux produits végétaux les termes de « lait », « fromage », etc.

C’est une question très importante que celle des simili-carnés et en général des produits végétaux cherchant à reproduire un goût particulier. Car ce goût relève de la mort, de la mise à mort, de la chair.

Ainsi, culturellement, il n’est pas possible de prolonger ce goût, il faut y mettre un terme. La mesure que vient de prendre la Cour de justice de l’Union européenne le confirme.

Non pas que celle-ci soit en accord avec nous, mais justement : elle confirme qu’il y a bien deux fronts. L’exploitation animale a vu de plus en plus d’un mauvais œil, en effet, que des produits végétaux revendiquent pour eux les termes de « lait » et de « fromage », ou encore « beurre », « crème », « yoghourt », etc.

Elle sait que la question du goût est importante et qu’il lui protéger son pré carré. Aussi a-t-elle fait grandement pression sur les institutions dans toute l’Europe pour que les termes en question soient protégés juridiquement.

Il ne manquait plus qu’un procès pour que cela fasse jurisprudence et c’est ce qui vient de se dérouler en Allemagne, avec l’entreprise TofuTown qui a perdu face à une association luttant contre la concurrence déloyale.

En voici le texte, qui est très long mais qui est un document très important, dans la mesure où il s’agit d’une décision aux conséquences culturelles immenses.

Elle témoigne de deux choses. Tout d’abord, du fait que les entreprises produisant des aliments végétaux se sont orientés non pas vraiment vers quelque chose de nouveau, mais en direction d’ersatz. C’est la vision réductrice d’un véganisme où la « viande » est remplacée par un équivalent « moral ».

Cela montre bien que le capitalisme tourne en boucle et n’est pas capable de comprendre le besoin de nouveauté qui s’exprime dans le choix d’une vie sans meurtre.

Et cela a eu un grand succès parmi les gens végétaliens, car nombre de gens issus des couches sociales supérieures y ont vu des opportunités de business.

Cela montre aussi que la « marche dans les institutions » est impossible. Forcer le passage du véganisme en reprenant des formes anciennes n’est pas possible.

C’est moralement erroné, et par conséquent c’est faux en pratique : l’exploitation animale sait se défendre face à ce qui ne rompt pas réellement avec elle. Elle sait intégrer les oppositions quand il le faut.

L’énorme reconnaissance médiatique de L214 en est une preuve : peut-on sincèrement penser que les médias parleraient tellement en bien de cette association si elle portait vraiment une rupture avec l’exploitation animale ?

Il ne faudrait, effectivement, pas penser que l’exploitation animale n’est pas en mesure de laisser des phénomènes marginaux se développer. L214 n’est pas une menace, ni les végans, et encore moins si ceux-ci achètent des produits simili-carnés produits par des entreprises relevant de l’exploitation animale.

Des compromis sont toujours possibles, selon les pays, sur le choix des termes. Voici ceux autorisés en France, la liste des termes changeant selon les pays, en fonction de leur « tradition ». Sont acceptés les utilisations des termes suivants :

Lait d’amande

Lait de coco

«Crème …»

utilisée dans la dénomination d’un potage ne contenant pas de lait ou d’autres produits laitiers ni de produits d’imitation du lait et des produits laitiers (par exemple, crème de volailles, crème de légumes, crème de tomates, crème d’asperges, crème de bolets, etc.)

«Crème …»

utilisée dans la dénomination d’une boisson spiritueuse ne contenant pas de lait ou d’autres produits laitiers ni de produits d’imitation du lait et des produits laitiers (par exemple, crème de cassis, crème de framboise, crème de banane, crème de cacao, crème de menthe, etc.)

«Crème …»

utilisée dans la dénomination d’un produit de charcuterie (par exemple, crème de foie de volaille, pâté crème, etc.)

Crème de maïs

Crème de riz

Crème d’avoine

Crème d’anchois

Crème d’écrevisses

Crème de pruneaux, crème de marron (crème d’autres fruits à coque)

Crème confiseur

Beurre de cacao

Beurre de cacahouète

Fromage de tête

Haricot beurre

Beurré Hardy

De la même manière, sont acceptés dans différents pays les Arašidové maslo (beurre de cacahouète en slovaque), Kaakaovoi (beurre de cacao en finnois), Leberkäse (fromage de foie en allemand), Shea butter (beurre de karité en anglais).

Tout est administrativement très bien délimité. La Cour de justice de l’Union européenne vient de le rappeler, avec sa décision ; elle met un terme à toute une tendance qui a fait que certains se sont imaginés que finalement les simili-carnés triompheraient et remplaceraient invariablement, au fur et à mesure, les produits d’origine animale.

C’est un moment-clef qui doit servir d’exemple dans la compréhension de la bataille pour le véganisme.

ARRÊT DE LA COUR (septième chambre)

14 juin 2017 (Langue de procédure : l’allemand.)

« Renvoi préjudiciel – Organisation commune des marchés des produits agricoles – Règlement (UE) no 1308/2013 – Article 78 et annexe VII, partie III – Décision 2010/791/UE – Définitions, dénominations et dénominations de vente – “Lait” et “produits laitiers” – Dénominations utilisées pour la promotion et la commercialisation d’aliments purement végétaux »

Dans l’affaire C‑422/16,

ayant pour objet une demande de décision préjudicielle au titre de l’article 267 TFUE, introduite par le Landgericht Trier (tribunal régional de Trèves, Allemagne), par décision du 28 juillet 2016, parvenue à la Cour le 1er août 2016, dans la procédure

Verband Sozialer Wettbewerb eV

contre

TofuTown.com GmbH,

LA COUR (septième chambre),

composée de Mme A. Prechal, président de chambre, MM. A. Rosas et E. Jarašiūnas (rapporteur), juges,

avocat général : M. M. Campos Sánchez-Bordona,

greffier : M. A. Calot Escobar,

vu la procédure écrite,

considérant les observations présentées :

–        pour TofuTown.com GmbH, par Me M. Beuger, Rechtsanwalt,

–        pour le gouvernement allemand, par Mme K. Stranz et M. T. Henze, en qualité d’agents,

–        pour le gouvernement grec, par M. G. Kanellopoulos et Mme O. Tsirkinidou, en qualité d’agents,

–        pour le gouvernement italien, par Mme G. Palmieri, en qualité d’agent, assistée de M. P. Gentili, avvocato dello Stato,

–        pour la Commission européenne, par MM. A. X. P. Lewis et D. Triantafyllou, en qualité d’agents,

vu la décision prise, l’avocat général entendu, de juger l’affaire sans conclusions,

rend le présent

Arrêt

1        La demande de décision préjudicielle porte sur l’interprétation de l’article 78, paragraphe 2, et de l’annexe VII, partie III, points 1 et 2, du règlement (UE) no 1308/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 17 décembre 2013, portant organisation commune des marchés des produits agricoles et abrogeant les règlements (CEE) no 922/72, (CEE) no 234/79, (CE) no 1037/2001 et (CE) no 1234/2007 du Conseil (JO 2013, L 347, p. 671).

2        Cette demande a été présentée dans le cadre d’un litige opposant le Verband Sozialer Wettbewerb eV (ci-après le « VSW ») à TofuTown.com GmbH (ci-après « TofuTown ») au sujet d’une action en cessation introduite par le VSW.

Le cadre juridique

Le droit de l’Union

Le règlement no 1308/2013

3        Les considérants 64 et 76 du règlement no 1308/2013 énoncent :

« (64) L’application de normes de commercialisation aux produits agricoles peut contribuer à améliorer les conditions économiques de production et de commercialisation ainsi que la qualité des produits. La mise en œuvre de telles normes est donc dans l’intérêt des producteurs, des commerçants et des consommateurs.

[…]

(76)      Pour certains secteurs et produits, les définitions, dénominations et dénominations de vente constituent des éléments importants pour la détermination des conditions de la concurrence. En conséquence, il convient d’établir des définitions, dénominations et dénominations de vente pour ces secteurs et/ou produits, qui ne peuvent être utilisées dans l’Union que pour la commercialisation des produits satisfaisant aux exigences correspondantes. »

4        Ledit règlement contient, dans sa partie II consacrée au marché intérieur, un titre II qui porte sur les règles relatives à la commercialisation et aux organisations de producteurs. La sous-section 2 de la section 1 du chapitre I de ce titre est intitulée « Normes de commercialisation par secteur ou par produit » et comporte les articles 74 à 83 du même règlement.

5        L’article 78 du règlement no 1308/2013, intitulé « Définitions, dénominations et dénominations de vente pour certains secteurs et produits », prévoit :

« 1.      Outre les normes de commercialisation applicables le cas échéant, les définitions, dénominations et dénominations de vente prévues à l’annexe VII s’appliquent aux secteurs ou aux produits suivants :

[…]

c)      lait et produits laitiers destinés à la consommation humaine ;

[…]

2.      Les définitions, dénominations ou dénominations de vente prévues à l’annexe VII ne peuvent être utilisées dans l’Union que pour la commercialisation d’un produit conforme aux exigences correspondantes définies à ladite annexe.

3.      La Commission est habilitée à adopter des actes délégués […] en ce qui concerne les modifications, les dérogations ou les exemptions relatives aux définitions et dénominations de vente prévues à l’annexe [VII]. Ces actes délégués sont strictement limités aux besoins avérés résultant d’une évolution de la demande des consommateurs, des progrès techniques ou du besoin en matière d’innovation.

[…]

5.      Afin de répondre aux attentes des consommateurs et de tenir compte de l’évolution du marché des produits laitiers, la Commission est habilitée à adopter des actes délégués […] afin de préciser les produits laitiers pour lesquels sont indiquées les espèces animales dont provient le lait, s’il ne s’agit pas de l’espèce bovine, et afin d’énoncer les règles nécessaires en la matière. »

6        La sous-section 5 de la partie II, titre II, chapitre I, section 1, du règlement no 1308/2013 est intitulée « Dispositions communes ». L’article 91 de ce règlement, qui figure dans cette sous-section 5, précise :

« La Commission peut adopter des actes d’exécution :

a)      établissant la liste du lait et des produits laitiers visés à l’annexe VII, partie III, point 5, deuxième alinéa, […] sur la base de listes indicatives de produits que les États membres considèrent comme correspondant sur leurs territoires respectifs à ce[tte] dispositio[n] et que les États membres notifient à la Commission ;

[…] »

7        L’annexe VII dudit règlement est intitulée « Définitions, dénominations et dénominations de vente des produits visés à l’article 78 ». Dans son alinéa introductif, cette annexe précise que, aux fins de la présente annexe, les termes « dénomination de vente » visent notamment « le nom de la denrée alimentaire, au sens de l’article 17 du règlement (UE) no 1169/2011 [du Parlement européen et du Conseil, du 25 octobre 2011, concernant l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires, modifiant les règlements (CE) nos 1924/2006 et 1925/2006 du Parlement européen et du Conseil et abrogeant la directive 87/250/CEE de la Commission, la directive 90/496/CEE du Conseil, la directive 1999/10/CE de la Commission, la directive 2000/13/CE du Parlement européen et du Conseil, les directives 2002/67/CE et 2008/5/CE de la Commission et le règlement (CE) no 608/2004 de la Commission (JO 2011, L 304, p. 18)] ».

8        La partie III de cette annexe VII est intitulée « Lait et produits laitiers ». Elle dispose :

« 1.      La dénomination “lait” est réservée exclusivement au produit de la sécrétion mammaire normale, obtenu par une ou plusieurs traites, sans aucune addition ni soustraction.

Toutefois, la dénomination “lait” peut être utilisée :

a)      pour le lait ayant subi un traitement n’entraînant aucune modification de sa composition ou pour le lait dont on a standardisé la teneur en matière grasse […] ;

b)      conjointement avec un ou plusieurs termes pour désigner le type, la classe qualitative, l’origine et/ou l’utilisation envisagée du lait, ou pour décrire le traitement physique auquel il a été soumis ou les modifications qu’il a subies dans sa composition, à condition que ces modifications soient limitées à l’addition et/ou à la soustraction de ses constituants naturels.

2.      Aux fins de la présente annexe, on entend par “produits laitiers”, les produits dérivés exclusivement du lait, étant entendu que des substances nécessaires pour leur fabrication peuvent être ajoutées, pourvu que ces substances ne soient pas utilisées en vue de remplacer, en tout ou partie, l’un quelconque des constituants du lait.

Sont réservées uniquement aux produits laitiers :

a)      les dénominations suivantes utilisées à tous les stades de la commercialisation :

i)      lactosérum,

ii)      crème,

iii)      beurre,

iv)      babeurre,

[…]

viii) fromage,

ix)      yoghourt,

[…]

b)      les dénominations au sens de […] l’article 17 du [règlement no 1169/2011] effectivement utilisées pour les produits laitiers.

3.      La dénomination “lait” et les dénominations utilisées pour désigner les produits laitiers peuvent également être employées conjointement avec un ou plusieurs termes pour désigner des produits composés dont aucun élément ne remplace ou [n’]est destiné à remplacer un constituant quelconque du lait et dont le lait ou un produit laitier est une partie essentielle, soit par sa quantité, soit par son effet caractérisant le produit.

4.      En ce qui concerne le lait, les espèces animales dont le lait provient sont spécifiées, s’il ne s’agit pas de l’espèce bovine.

5.      Les dénominations visées aux points 1, 2 et 3 ne peuvent être utilisées pour aucun produit autre que les produits qui y sont visés.

Toutefois, cette disposition n’est pas applicable à la dénomination des produits dont la nature exacte est connue en raison de l’usage traditionnel et/ou lorsque les dénominations sont clairement utilisées pour décrire une qualité caractéristique du produit.

6.      En ce qui concerne un produit autre que les produits visés aux points 1, 2, et 3, aucune étiquette, aucun document commercial, aucun matériel publicitaire, aucune forme de publicité, […] ni aucune forme de présentation indiquant, impliquant ou suggérant que le produit concerné est un produit laitier, ne peut être utilisé.

[…] »

9        Les dispositions de l’annexe VII, partie III, du règlement no 1308/2013 reprennent, sans modification de substance, les dispositions qui figuraient auparavant à l’annexe XII du règlement (CE) no 1234/2007 du Conseil, du 22 octobre 2007, portant organisation commune des marchés dans le secteur agricole et dispositions spécifiques en ce qui concerne certains produits de ce secteur (règlement « OCM unique ») (JO 2007, L 299, p. 1), laquelle avait repris, sans modification de substance, les dispositions du règlement (CEE) no 1898/87 du Conseil, du 2 juillet 1987, concernant la protection de la dénomination du lait et des produits laitiers lors de leur commercialisation (JO 1987, L 182, p. 36).

La décision 2010/791/UE

10      Aux termes de son article 1er, la décision 2010/791/UE de la Commission, du 20 décembre 2010, établissant la liste des produits visés à l’annexe XII, point III 1, deuxième alinéa, du règlement no 1234/2007 du Conseil (JO 2010, L 336, p. 55), énumère, à son annexe I, les produits correspondant sur le territoire de l’Union aux produits visés à cette disposition.

11      Le considérant 3 de cette décision précise :

« Les États membres doivent communiquer à la Commission la liste indicative des produits qu’ils considèrent comme répondant, sur leur territoire, aux critères de l’exception […] Sur cette liste, il y a lieu d’énumérer les dénominations des produits en cause selon leur usage traditionnel dans les différentes langues de l’Union, dans le but de rendre ces dénominations utilisables dans tous les États membres, […] »

12      Conformément à l’article 230, paragraphe 1, premier alinéa, et paragraphe 2, du règlement no 1308/2013, le règlement no 1234/2007 a été abrogé par ce premier règlement et les références au règlement no 1234/2007 s’entendent comme faites au règlement no 1308/2013. La décision 2010/791 énumère donc désormais la liste des produits visés à l’annexe VII, partie III, point 5, second alinéa, de ce dernier règlement.

Le règlement no 1169/2011

13      L’article 17 du règlement no 1169/2011, intitulé « Dénomination de la denrée alimentaire », dispose, à son paragraphe 1 :

« La dénomination de la denrée alimentaire est sa dénomination légale. En l’absence d’une telle dénomination, la dénomination de la denrée est son nom usuel. À défaut d’un tel nom ou si celui-ci n’est pas utilisé, un nom descriptif est à indiquer. »

Le droit allemand

14      Le Gesetz gegen den unlauteren Wettbewerb (loi contre la concurrence déloyale), dans sa version applicable au litige au principal, dispose, à son article 3a :

« Quiconque enfreint une disposition légale destinée, notamment, à réglementer le comportement sur le marché dans l’intérêt des acteurs de celui-ci, commet un acte de concurrence déloyale dès lors que la violation est de nature à affecter sensiblement les intérêts de consommateurs, d’autres acteurs du marché ou de concurrents. »

Le litige au principal et les questions préjudicielles

15      Le VSW est une association allemande qui a notamment pour mission de lutter contre la concurrence déloyale. TofuTown est une société active dans la fabrication et la distribution d’aliments végétariens/végétaliens. Elle promeut et distribue en particulier des produits purement végétaux sous les dénominations « Soyatoo beurre de tofu », « fromage végétal », « Veggie-Cheese », « Cream », et d’autres dénominations similaires.

16      Le VSW, estimant que la promotion par TofuTown de ces produits purement végétaux enfreint les règles de concurrence, a introduit une action en cessation à l’encontre de cette société devant le Landgericht Trier (tribunal régional de Trèves, Allemagne), invoquant une violation de l’article 3a de la loi contre la concurrence déloyale, lu en combinaison avec l’annexe VII, partie III, points 1 et 2, et l’article 78 du règlement no 1308/2013.

17      TofuTown soutient, en revanche, que sa publicité pour les produits végétaux portant les dénominations en cause ne porte pas atteinte à ces dispositions du droit de l’Union, dès lors que, d’une part, la façon dont le consommateur comprend ces dénominations s’est considérablement modifiée ces dernières années et, d’autre part, elle n’utilise pas les dénominations telles que « beurre » ou « cream » de façon isolée, mais toujours en association avec des termes renvoyant à l’origine végétale des produits en cause, comme par exemple « beurre de tofu » ou « rice spray cream ».

18      La juridiction de renvoi se réfère à l’arrêt du 16 décembre 1999, UDL (C‑101/98, EU:C:1999:615), dans lequel la Cour a, en substance, jugé, que le règlement no 1898/87 s’opposait à l’utilisation de la dénomination « fromage » pour un produit laitier dans lequel la matière grasse du lait a été remplacée par de la matière grasse d’origine végétale, même si cette dénomination est complétée par des mentions descriptives. Néanmoins, elle s’interroge encore sur l’interprétation qu’il convient de donner à l’article 78 du règlement no 1308/2013, lu en combinaison avec l’annexe VII, partie III, points 1 et 2, de celui-ci, aux fins de trancher le litige dont elle est saisie.

19      Dans ces conditions, le Landgericht Trier (tribunal régional de Trèves) a décidé de surseoir à statuer et de poser à la Cour les questions préjudicielles suivantes :

« 1)      Peut-on interpréter l’article 78, paragraphe 2, du règlement no 1308/2013 en ce sens que les définitions, dénominations et dénominations de vente prévues à l’annexe VII ne doivent pas satisfaire aux exigences correspondantes définies à ladite annexe si ces définitions, dénominations et dénominations de vente sont complétées par des mentions explicatives ou descriptives (comme par exemple “beurre de tofu” pour un produit purement végétal) ?

2)      Convient-il de comprendre l’annexe VII, partie III, point 1, du règlement no 1308/2013 en ce sens que la dénomination “lait” est réservée exclusivement au produit de la sécrétion mammaire normale, obtenu par une ou plusieurs traites, sans aucune addition ni soustraction ou cette dénomination peut-elle être aussi utilisée pour la commercialisation de produits végétaux (végétaliens), le cas échéant par l’ajout de termes explicatifs tels que “lait de soja” ?

3)      Convient-il d’interpréter l’annexe VII, partie III, point 2, relative à l’article 78 du règlement no 1308/2013 en ce sens que les dénominations énumérées en détail au point 2, sous a), notamment le “lactosérum”, la “crème” [“Rahm” en langue allemande], le “beurre”, le “babeurre”, le “fromage”, le “yoghourt” ou le terme “chantilly” [“Sahne” en langue allemande] etc., sont réservées uniquement aux produits laitiers ou bien des produits purement végétaux/végétaliens, qui ont été fabriqués sans lait (animal), peuvent-ils également relever du champ d’application de l’annexe VII, partie III, point 2, du règlement no 1308/2013 ? »

Sur les questions préjudicielles

20      Par ses trois questions, qu’il convient d’examiner ensemble, la juridiction de renvoi demande, en substance, si l’article 78, paragraphe 2, et l’annexe VII, partie III, du règlement no 1308/2013 doivent être interprétés en ce sens qu’ils s’opposent à ce que la dénomination « lait » et les dénominations que ce règlement réserve uniquement aux produits laitiers soient utilisées pour désigner, lors de la commercialisation ou dans la publicité, un produit purement végétal, et ce même si ces dénominations sont complétées par des mentions explicatives ou descriptives indiquant l’origine végétale du produit en cause.

21      Aux termes de l’article 78, paragraphe 2, dudit règlement, les définitions, dénominations ou dénominations de vente prévues à l’annexe VII du même règlement ne peuvent être utilisées dans l’Union que pour la commercialisation d’un produit conforme aux exigences correspondantes définies à ladite annexe.

22      La partie III de cette annexe VII est relative au lait et aux produits laitiers. S’agissant du lait, cette partie III prévoit, à son point 1, premier alinéa, que la dénomination « lait » est « réservée exclusivement au produit de la sécrétion mammaire normale, obtenu par une ou plusieurs traites, sans aucune addition ni soustraction ». Le second alinéa de ce point précise toutefois, sous a), que la dénomination « lait » peut être utilisée pour « le lait ayant subi un traitement n’entraînant aucune modification de sa composition ou pour le lait dont […] la teneur en matière grasse [a été standardisée] » et, sous b), que cette dénomination peut être utilisée « conjointement avec un ou plusieurs termes pour désigner le type, la classe qualitative, l’origine et/ou l’utilisation envisagée du lait, ou pour décrire le traitement physique auquel il a été soumis ou les modifications qu’il a subies dans sa composition, à condition que ces modifications soient limitées à l’addition et/ou à la soustraction de ses constituants naturels ».

23      Il ressort ainsi clairement du libellé de ce point 1 que la dénomination « lait » ne saurait, en principe, être légalement utilisée pour désigner un produit purement végétal, le lait étant, au sens de cette disposition, un produit d’origine animale, ce qui ressort également de l’annexe VII, partie III, point 4, du règlement no 1308/2013, qui prévoit que, en ce qui concerne le lait, les espèces animales dont le lait provient sont spécifiées, s’il ne s’agit pas de l’espèce bovine, ainsi que de l’article 78, paragraphe 5, de ce règlement, qui habilite la Commission à adopter des actes délégués afin de préciser les produits laitiers pour lesquels sont indiquées les espèces animales dont provient le lait, s’il ne s’agit pas de l’espèce bovine.

24      Il ressort, en outre, de ce libellé que des mentions explicatives ou descriptives visant à indiquer l’origine végétale du produit concerné, telles que « de soja » ou « de tofu », en cause au principal, ne relèvent pas des termes pouvant être utilisés conjointement avec la dénomination « lait » en vertu dudit point 1, second alinéa, sous b), dès lors que les modifications de la composition du lait que des termes complémentaires peuvent désigner, en vertu de cette disposition, sont celles qui sont limitées à l’addition et/ou à la soustraction de ses constituants naturels, ce qui n’inclut pas un remplacement complet du lait par un produit purement végétal.

25      S’agissant des produits laitiers, l’annexe VII, partie III, point 2, du règlement no 1308/2013 énonce, à son premier alinéa, que les « produits laitiers » sont « les produits dérivés exclusivement du lait, étant entendu que des substances nécessaires pour leur fabrication peuvent être ajoutées, pourvu que ces substances ne soient pas utilisées en vue de remplacer, en tout ou partie, l’un quelconque des constituants du lait ». Le second alinéa de ce point précise, en outre, que sont réservées « uniquement aux produits laitiers », d’une part, les dénominations utilisées à tous les stades de la commercialisation et qui sont énumérées à cette disposition, sous a), ladite énumération incluant les dénominations « lactosérum », « crème », « beurre », « babeurre », « fromage » et « yoghourt », et, d’autre part, notamment, les dénominations au sens de l’article 17 du règlement no 1169/2011 « effectivement utilisées pour les produits laitiers ».

26      Il ressort ainsi du libellé de ce point 2 qu’un « produit laitier », étant dérivé exclusivement du lait, doit en contenir les constituants. À cet égard, la Cour a déjà jugé qu’un produit laitier dans lequel un constituant quelconque du lait a été remplacé, ne fût-ce que partiellement, ne peut pas être désigné par l’une des dénominations visées à l’annexe VII, partie III, point 2, second alinéa, sous a), du règlement no 1308/2013 (voir, en ce sens, arrêt du 16 décembre 1999, UDL, C‑101/98, EU:C:1999:615, points 20 à 22). Il en va a fortiori de même, en principe, pour un produit purement végétal, dès lors qu’un tel produit ne contient, par définition, aucun constituant du lait.

27      Par conséquent, les dénominations énumérées à l’annexe VII, partie III, point 2, second alinéa, sous a), dudit règlement, telles que « lactosérum », « crème », « beurre », « fromage » et « yoghourt », mentionnées par la juridiction de renvoi, ne peuvent, en principe, être légalement utilisées pour désigner un produit purement végétal.

28      Une interdiction identique s’impose, en vertu de l’annexe VII, partie III, point 2, second alinéa, sous b), du même règlement, pour les dénominations au sens de l’article 17 du règlement no 1169/2011 effectivement utilisées pour les produits laitiers. À cet égard, il convient de rappeler que, selon cet article 17, paragraphe 1, la dénomination de la denrée alimentaire est sa dénomination légale ou, en l’absence d’une telle dénomination, son nom usuel ou encore, à défaut d’un tel nom ou si celui-ci n’est pas utilisé, un nom descriptif.

29      Or, si le terme « Sahne », en langue allemande – que la juridiction de renvoi, dans sa demande de décision préjudicielle, a distingué du terme « Rahm », lequel figure à l’annexe VII, partie III, point 2, second alinéa, sous a), ii), du règlement no 1308/2013 –, à l’instar du terme « chantilly », en langue française, ne figure pas parmi les dénominations de produits laitiers énumérées à l’annexe VII, partie III, point 2, second alinéa, sous a), du règlement no 1308/2013, il demeure que ce terme désigne de la crème, qui peut être fouettée ou battue.

30      Il s’agit donc d’une dénomination au sens de l’article 17 du règlement no 1169/2011, effectivement utilisée pour un produit laitier. Par suite, ledit terme ne saurait, en principe, pas davantage être légalement utilisé pour désigner un produit purement végétal.

31      Quant à la pertinence éventuelle, aux fins d’apprécier la légalité de l’utilisation de la dénomination « lait » ou des dénominations réservées uniquement aux produits laitiers par le règlement no 1308/2013 pour désigner un produit purement végétal, de l’ajout de mentions explicatives ou descriptives indiquant l’origine végétale du produit en cause, telles que « de soja » ou « de tofu », mentionnées par la juridiction de renvoi, il convient de relever que l’annexe VII, partie III, point 3, de ce règlement prévoit que « [l]a dénomination “lait” et les dénominations utilisées pour désigner les produits laitiers peuvent également être employées conjointement avec un ou plusieurs termes pour désigner des produits composés dont aucun élément ne remplace ou [n’]est destiné à remplacer un constituant quelconque du lait et dont le lait ou un produit laitier est une partie essentielle, soit par sa quantité, soit par son effet caractérisant le produit ».

32      Ces conditions ne sont cependant pas remplies par des produits purement végétaux, de tels produits ne contenant ni lait ni produit laitier. Ledit point 3 ne saurait donc servir de fondement à une utilisation légale, pour désigner un produit purement végétal, de la dénomination « lait » ou des dénominations réservées uniquement aux produits laitiers de manière conjointe avec une ou plusieurs mentions explicatives ou descriptives indiquant l’origine végétale du produit en cause.

33      Par ailleurs, si, selon l’annexe VII, partie III, point 5, premier alinéa, du règlement no 1308/2013, les dénominations visées aux points 1, 2 et 3 de cette partie III ne peuvent être utilisées pour aucun autre produit que les produits qui y sont visés, le second alinéa de ce point 5 prévoit néanmoins que ce premier alinéa « n’est pas applicable à la dénomination des produits dont la nature exacte est connue en raison de l’usage traditionnel et/ou lorsque les dénominations sont clairement utilisées pour décrire une qualité caractéristique du produit ».

34      Or, la liste des produits visés par cette dernière disposition a, en application de l’article 121, sous b), i), du règlement no 1234/2007, devenu, en substance, l’article 91, premier alinéa, sous a), du règlement no 1308/2013, été arrêtée à l’annexe I de la décision 2010/791. Partant, seuls les produits énumérés dans cette annexe relèvent de l’exception prévue à ce second alinéa.

35      En l’occurrence, il convient de relever que cette liste ne contient pas de référence au soja ou au tofu.

36      De plus, si ladite liste mentionne, en langue française, le produit dénommé « crème de riz », elle ne mentionne pas, en langue anglaise, le produit dénommé « rice spray cream », indiqué par la juridiction de renvoi comme étant un des produits en cause au principal, ni même le produit dénommé « rice cream ». À cet égard, il importe de souligner qu’il ressort, en substance, du considérant 3 de la décision 2010/791 que, sur la liste que cette décision établit, figurent les produits qui ont été identifiés par les États membres comme répondant, sur leurs territoires respectifs, aux critères prévus par l’annexe VII, partie III, point 5, second alinéa, du règlement no 1308/2013 et que les dénominations des produits en cause sont énumérées selon leur usage traditionnel dans les différentes langues de l’Union. Partant, le fait que la dénomination « crème de riz », en langue française, a été reconnue comme répondant auxdits critères n’implique pas que la dénomination « rice cream » y réponde également.

37      Il y a lieu, en outre, de relever que, s’il ressort de ladite liste que l’utilisation, dans la dénomination d’un produit, du terme « cream » avec un terme complémentaire est permise dans certaines conditions, notamment pour désigner des boissons spiritueuses ou des potages, aucune de ces conditions ne paraît satisfaite par une dénomination telle que « rice spray cream », en cause au principal. De même, si l’utilisation du terme « creamed » avec la dénomination d’un produit végétal est permise, ce n’est que lorsque « le terme “creamed” désigne la texture caractéristique du produit ».

38      Il apparaît ainsi qu’aucun des produits mentionnés à titre d’exemple par la juridiction de renvoi ne figure sur ladite liste et que, par conséquent, aucune des dénominations que cette juridiction cite ne bénéficie de l’exception prévue à l’annexe VII, partie III, point 5, second alinéa, du règlement no 1308/2013, ce qu’il lui appartient néanmoins de vérifier s’agissant de chacun des produits en cause au principal.

39      Par ailleurs, l’article 78, paragraphe 3, du règlement no 1308/2013 prévoit que, pour répondre aux besoins avérés résultant d’une évolution de la demande des consommateurs, des progrès techniques ou du besoin en matière d’innovation, la Commission est habilitée à adopter des actes délégués en ce qui concerne les modifications, les dérogations ou les exemptions relatives aux définitions et dénominations de vente prévues à l’annexe VII de ce règlement. Un tel acte n’a cependant, à ce jour, pas été adopté par la Commission s’agissant des définitions et des dénominations de vente du lait et des produits laitiers.

40      Il découle de l’ensemble de ce qui précède que la dénomination « lait » et les dénominations réservées uniquement aux produits laitiers ne peuvent être légalement utilisées pour désigner un produit purement végétal, à moins que ce produit ne figure sur la liste établie à l’annexe I de la décision 2010/791, l’ajout de mentions descriptives ou explicatives indiquant l’origine végétale du produit en cause, telles que celles en cause au principal, étant sans influence sur une telle interdiction (voir, en ce sens, arrêt du 16 décembre 1999, UDL, C‑101/98, EU:C:1999:615, points 25 à 28).

41      Il ressort, en outre, d’une lecture combinée de l’article 78, paragraphe 2, et de l’annexe VII, partie III, point 6, premier alinéa, du règlement no 1308/2013 que cette interdiction vaut tant pour la commercialisation que pour la publicité.

42      Contrairement à ce que soutient TofuTown, l’interprétation exposée aux points 40 et 41 du présent arrêt est confortée par les objectifs dudit règlement et ne heurte ni le principe de proportionnalité ni le principe d’égalité de traitement.

43      Ainsi qu’il ressort des considérants 64 et 76 du même règlement, les objectifs poursuivis par les dispositions en cause consistent, en particulier, à améliorer les conditions économiques de production et de commercialisation ainsi que la qualité des produits dans l’intérêt des producteurs, des commerçants et des consommateurs, à protéger les consommateurs et à préserver les conditions de la concurrence. Or, ces dispositions, en ce qu’elles prévoient que seuls les produits conformes aux exigences qu’elles posent peuvent être désignés par la dénomination « lait » et les dénominations réservées uniquement aux produits laitiers, et cela même si ces dénominations sont complétées par des mentions explicatives ou descriptives telles que celles en cause au principal, contribuent à la réalisation de ces objectifs.

44      En effet, en l’absence d’une telle limitation, ces dénominations ne permettraient notamment plus d’identifier de manière certaine les produits présentant les caractéristiques particulières liées à la composition naturelle du lait animal, ce qui irait à l’encontre de la protection des consommateurs, du fait du risque de confusion qui serait créé. Cela irait également à l’encontre de l’objectif d’amélioration des conditions économiques de production et de commercialisation ainsi que de la qualité du « lait » et des « produits laitiers ».

45      S’agissant du principe de proportionnalité, il exige que les actes des institutions de l’Union soient aptes à réaliser les objectifs légitimes poursuivis par la réglementation en cause et ne dépassent pas les limites de ce qui est nécessaire à la réalisation de ces objectifs, étant entendu que, lorsqu’un choix s’offre entre plusieurs mesures appropriées, il convient de recourir à la moins contraignante et que les inconvénients causés ne doivent pas être démesurés par rapport aux buts visés (voir, en ce sens, arrêts du 16 décembre 1999, UDL, C‑101/98, EU:C:1999:615, point 30, ainsi que du 17 mars 2011, AJD Tuna, C‑221/09, EU:C:2011:153, point 79 et jurisprudence citée).

46      Le législateur de l’Union disposant, en matière de politique agricole commune, d’un large pouvoir d’appréciation, qui correspond aux responsabilités politiques que les articles 40 TFUE à 43 TFUE lui attribuent, seul le caractère manifestement inapproprié d’une mesure arrêtée dans ce domaine par rapport à l’objectif que l’institution compétente entend poursuivre peut affecter la légalité d’une telle mesure (voir, en ce sens, arrêts du 16 décembre 1999, UDL, C‑101/98, EU:C:1999:615, point 31, ainsi que du 17 octobre 2013, Schaible, C‑101/12, EU:C:2013:661, point 48).

47      En l’occurrence, ainsi que cela a déjà été relevé au point 43 du présent arrêt, les dispositions dont l’interprétation est demandée par la juridiction de renvoi visent à améliorer les conditions économiques de production et de commercialisation des produits concernés et leur qualité, à protéger les consommateurs ainsi qu’à préserver les conditions de la concurrence.

48      Or, le fait que la possibilité d’utiliser, lors de la commercialisation ou dans la publicité, la dénomination « lait » et les dénominations réservées uniquement aux produits laitiers ne soit offerte qu’aux seuls produits qui sont conformes aux exigences posées par l’annexe VII, partie III, du règlement no 1308/2013 garantit, notamment, aux producteurs desdits produits, des conditions de concurrence non faussées et, aux consommateurs de ceux-ci, que les produits désignés par lesdites dénominations répondent tous aux mêmes normes de qualité, tout en les protégeant contre toute confusion quant à la composition des produits qu’ils entendent acquérir. Les dispositions en cause sont donc aptes à réaliser ces objectifs. En outre, elles ne vont pas au-delà de ce qui est nécessaire pour les atteindre, l’ajout de mentions descriptives ou explicatives auxdites dénominations, pour désigner des produits ne répondant pas auxdites exigences, n’étant, ainsi que la Cour l’a déjà jugé, pas susceptible d’empêcher avec certitude tout risque de confusion dans l’esprit du consommateur. Par conséquent, les dispositions en cause ne méconnaissent pas le principe de proportionnalité (voir, en ce sens, arrêt du 16 décembre 1999, UDL, C‑101/98, EU:C:1999:615, points 32 à 34).

49      Quant au principe d’égalité de traitement, il exige que des situations comparables ne soient pas traitées de manière différente et que des situations différentes ne soient pas traitées de manière égale, à moins qu’un tel traitement ne soit objectivement justifié (arrêt du 6 décembre 2005, ABNA e.a., C‑453/03, C‑11/04, C‑12/04 et C‑194/04, EU:C:2005:741, point 63, ainsi que, en ce sens, arrêt du 30 juin 2016, Lidl, C‑134/15, EU:C:2016:498, point 46).

50      En l’occurrence, le fait que les producteurs de substituts végétariens ou végétaliens de la viande ou du poisson ne soient, selon TofuTown, pas soumis, en ce qui concerne l’utilisation de dénominations de vente, à des restrictions comparables à celles auxquelles les producteurs de substituts végétariens ou végétaliens du lait ou des produits laitiers sont soumis en vertu de l’annexe VII, partie III, du règlement no 1308/2013 ne saurait être considéré comme étant contraire au principe d’égalité de traitement.

51      En effet, chaque secteur de l’organisation commune des marchés pour les produits agricoles établie par ledit règlement comporte des spécificités qui lui sont propres. Par conséquent, la comparaison des mécanismes techniques utilisés pour la réglementation de différents secteurs de marché ne saurait constituer une base valable pour établir un grief d’inégalité de traitement entre des produits dissemblables soumis à des règles différentes (voir, en ce sens, arrêts du 28 octobre 1982, Lion e.a., 292/81 et 293/81, EU:C:1982:375, point 24, ainsi que du 30 juin 2016, Lidl, C‑134/15, EU:C:2016:498, point 49). Or, le lait et les produits laitiers relèvent d’un secteur différent de ceux des différents types de viandes ainsi que du secteur des produits de la pêche, lesquels relèvent même d’une autre organisation commune des marchés.

52      Eu égard à l’ensemble des considérations qui précèdent, il convient de répondre aux questions posées que l’article 78, paragraphe 2, et l’annexe VII, partie III, du règlement no 1308/2013 doivent être interprétés en ce sens qu’ils s’opposent à ce que la dénomination « lait » et les dénominations que ce règlement réserve uniquement aux produits laitiers soient utilisées pour désigner, lors de la commercialisation ou dans la publicité, un produit purement végétal, et ce même si ces dénominations sont complétées par des mentions explicatives ou descriptives indiquant l’origine végétale du produit en cause, sauf si ce produit est énuméré à l’annexe I de la décision 2010/791.

Sur les dépens

53      La procédure revêtant, à l’égard des parties au principal, le caractère d’un incident soulevé devant la juridiction de renvoi, il appartient à celle-ci de statuer sur les dépens. Les frais exposés pour soumettre des observations à la Cour, autres que ceux desdites parties, ne peuvent faire l’objet d’un remboursement.

Par ces motifs, la Cour (septième chambre) dit pour droit :

L’article 78, paragraphe 2, et l’annexe VII, partie III, du règlement (UE) no 1308/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 17 décembre 2013, portant organisation commune des marchés des produits agricoles et abrogeant les règlements (CEE) no 922/72, (CEE) no 234/79, (CE) no 1037/2001 et (CE) no 1234/2007 du Conseil, doivent être interprétés en ce sens qu’ils s’opposent à ce que la dénomination « lait » et les dénominations que ce règlement réserve uniquement aux produits laitiers soient utilisées pour désigner, lors de la commercialisation ou dans la publicité, un produit purement végétal, et ce même si ces dénominations sont complétées par des mentions explicatives ou descriptives indiquant l’origine végétale du produit en cause, sauf si ce produit est énuméré à l’annexe I de la décision 2010/791/UE de la Commission, du 20 décembre 2010, établissant la liste des produits visés à l’annexe XII, point III 1, deuxième alinéa, du règlement no 1234/2007 du Conseil.

Signatures

Des animaux appâts de pêche achetés pour être libérés

C’est une information assez particulière, qui ne peut que déclencher une certaine sympathie, même si en fait il y a à l’arrière-plan une sous-estimation des capacités de l’exploitation animale.

En Dordogne, des gens achètent des appâts pour la pêche et les libèrent. Voici comment Sud Ouest, qui a enquêté à ce sujet, raconte ce qui se passe :

« Ils ont acheté tous les vers de terre et petits poissons. Cela fait 700 poissons et une cinquantaine de boîtes de vers de terre », confirme le responsable du rayon pêche du magasin [Décathlon à Boulazac].

Chaque boîte coûte 2 euros. Ils ont pris les 50 qui se trouvaient en stocks. Quant aux poissons, ils en ont embarqué 700, à 40 centimes pièce.

Après un rapide calcul, ce sont donc près de 400 euros que ce groupe, sans revendication apparente, a dépensés ce jour-là pour relâcher ensuite les petites bêtes dans la nature.

Les vendeurs de Décathlon, comme de Jaumouillé, le magasin Périgord Chasse Pêche, installé à Boulazac et Marsac-sur-l’Isle, sont formels.

Une fois le passage à la caisse terminé, leurs étranges clients se dirigent vers les bords de l’Isle à côté du magasin pour relâcher les vers et poissons dans leurs milieux naturels.
À Périgord Chasse Pêche, on a pris l’habitude de les voir de temps à autre.

Si aucune revendication n’est brandie, les responsables avancent l’hypothèse qu’il s’agit de personnes adeptes de la non-violence, « proches du courant bouddhiste ». Même hypothèse à Décathlon.

Le Progrès constate également :

Un mystérieux groupe qui rachète tous les êtres vivants des magasins de pêche pour les relâcher dans la nature sévit ces temps-ci à Périgueux. A plusieurs reprises depuis un an, la scène s’est répétée.

Une dizaine de personnes pénètre dans un magasin, notamment le Décathlon, au rayon pêche, et achète tous les appâts de pêche vivants, vers et petits poissons.

Une somme de plusieurs centaines d’euros à chaque fois.

Selon plusieurs témoignages, ils auraient aussi acheté des insectes vendus comme nourriture pour reptiles, dans une animalerie, et des poissons élevés dans une ferme.

Sud Ouest a prolongé son enquête et confirme la thèse bouddhiste :

Contacté, le centre bouddhiste Dhagpo de Saint-Léon-sur-Vézère confirme l’existence de cette pratique, « connue » chez les bouddhistes qui accordent « une grande importance à l’existence de tous les êtres vivants ». Un fait courant en Inde et destiné « à sauver des vies ».

Des pratiques de ce type ont lieu plusieurs fois par an à Dhagpo pour sauver différents animaux (chevaux, lapins, poules…). Les personnes les accueillent chez eux ou font des dons pour que des refuges spécialisés en prennent soin.

Bien entendu, il y a ici un souci  : l’exploitation animale est tout à fait en mesure de compenser sa production en l’agrandissant.

Nous ne sommes plus à l’époque de Bouddha où effectivement cela pouvait avoir un réel sens que d’agir ainsi…

Il n’y a donc pas de naïveté à avoir à ce sujet.

Cependant, l’esprit de cette action part d’un très bon sentiment, qui parlera à toute personne aimant les animaux.

Et cela rappelle ce sentiment horrible qu’on peut avoir quand on voit des animaux vendus dans les animaleries : on a envie de les aider, de leur offrir une vie digne…

Mais si on les achète, on soutient inévitablement l’exploitation animale qui renforce d’autant plus sa monstrueuse machinerie.

Ce qui rappelle à quel point il faut tout changer de fond en comble pour aider les animaux!

Interview d’une personne végane dans une famille qui ne l’est pas

Comment être vegan dans une famille qui ne l’est pas ?

Si auparavant la question ne se posait que rarement de par l’isolement du véganisme, désormais c’est une pratique suffisamment répandue pour qu’il y ait des situations très différentes et parfois compliquées.

Il y a ici matière à réflexion et voici quelques questions posées à Joël, qui est dans cette situation. N’hésitez pas non plus à nous faire part de vos témoignages.

1. Joël, tu es marié et ton couple a des enfants, mais tu es le seul à être vegan dans ta famille. L’étais-tu avant ou bien l’es-tu devenu alors que tu étais en couple ?

Je suis devenu vegan début 2015, donc relativement récemment, après avoir visionné le film Earthlings (Terriens). Bien entendu, c’est aussi l’aboutissement d’une longue réflexion qui remonte loin.

J’avais déjà été végétarien il y a une vingtaine d’années, puis j’ai abandonné après une petite anémie, faute de manger équilibré.

Il faut dire qu’à l’époque les aliments VG étaient quasi introuvables, à part les céréales et les légumineuses qui mettent trois quarts d’heure à cuire… [nous sommes en désaccord complet avec ce propos – LTD]

Mais cela m’a aidé lorsque je suis devenu vegan car j’étais familiarisé avec l’alimentation végétale.

Mon épouse est omnivore et nos deux enfants les plus âgés ont été élevés dans cette habitude alimentaire. Le petit troisième est éduqué de façon « mixte » mais à dominante carnivore, puisque je suis très minoritaire à la maison.

2. Comment se déroulent les repas ? Vis-tu pour ainsi dire à part, ou bien partages-tu les repas, le réfrigérateur, etc ?

Nous mangeons ensemble et partageons le réfrigérateur. En général, je consomme séparément ma nourriture, mais il arrive que je cuisine végétal pour tout le monde et nous mangeons alors tous la même chose.

Ce qui achoppe parfois, ce sont les divergences de vues concernant les équilibres alimentaires.

Pour les omnivores, la viande, les œufs et le poisson sont au centre des apports de protéines, de fer et autres nutriments indispensables. Ce qui fait que les végétaux sont relégués au rôle secondaire d’« accompagnement ».

En revanche, pour les végétaliens, ces apports sont le résultat d’un ensemble d’aliments, combinés ou pas. De ce fait, la structure d’un repas peut différer sensiblement.

C’est pourquoi une sorte d’incompréhension est susceptible de s’installer quelquefois. C’est aussi pourquoi le « simili-carné » peut être une bonne aide soit pour ceux qui ont du mal à se défaire de la viande, soit pour ceux qui souhaitent rester intégré dans leur environnement familial (c’est mon cas) ou professionnel.

3. As-tu l’impression de vivre un compromis inévitable, ou bien espères-tu que les choses vont changer sur ce plan ?

Les deux. A moins de claquer la porte du domicile, je ne vois pas comment je pourrais faire autrement. C’est donc un compromis, auquel d’ailleurs ma famille se plie de bonne grâce.

J’espère aussi que les mentalités vont évoluer. Mais j’ai observé que la gourmandise joue un rôle particulièrement important dans la consommation carnée. « C’est bon, alors pourquoi je m’en priverais »…

Des études ont également montré le caractère addictif de la viande et de certains laitages, notamment le fromage. Par ailleurs, cette nourriture est beaucoup plus accessible à la fois financièrement et pratiquement : vous trouverez du jambon, du pâté ou des boîtes de thon bas de gamme dans n’importe quelle supérette.

Bien sûr, la nourriture végétale basique (céréales, légumineuses, etc.) est peu onéreuse, mais les recettes végétales plus élaborées le sont encore trop, faute de subventions de ces filières et faute de grosse production.

4. Sur le plan de l’éducation, as-tu une démarche particulière ? Comment expliques-tu ton approche différente aux enfants, notamment dans le rapport aux animaux?

Les enfants sont en général sensibles à la souffrance animale.

Mais ici intervient la fameuse « dissonance cognitive », c’est-à-dire le déni consistant à dissocier, dans son esprit, la viande de l’être vivant duquel elle provient.

La publicité est d’ailleurs le summum de la dissonance cognitive triomphante, avec ses poulets plumés qui dansent joyeusement et ses vaches qui ne demandent qu’à donner leur bon lait aux humains plutôt que de le garder égoïstement pour leur veau…

Et les enfants se trouvent être l’une des cibles privilégiées de la pub !

Mon aînée de 13 ans a toujours refusé de manger du lapin, mais cela ne la dérange pas de manger du veau ou de l’agneau. J’ai beau souligner que le veau ou l’agneau sont aussi « mignons » que le lapin, rien ne semble la convaincre que la côtelette ou le gigot dont elle se régale sont prélevés sur des bébés que, vivants, elle adorerait caresser…

Cette réaction est classique. Il en va de même pour une majorité de consommateurs de viande ; on nage en plein irrationnel !

Je procède donc par petites piques provocatrices. S’il y a du jambon à leur menu : « − Vous savez qu’on arrache les testicules des porcelets mâles ? Qu’on leur coupe la queue et qu’on leur lime les dents, et tout ça sans anesthésie ? − Ah bon… Bon ben, on parle d’autre chose !… »

Parfois, je leur suggère de goûter à la viande de chat, de chien… ou d’être humain ; il paraît que c’est très bon !

J’y vais à l’usure, même si la plupart du temps je me heurte au mur du déni. Un jour, peut-être, au hasard d’une vidéo sur internet ou d’une rencontre, ils réaliseront l’énorme supercherie. Je le souhaite de tout mon cœur. Alors, ce que je leur aurai seriné trouvera un écho en eux.

5. Quel est le genre de situation qui te semble difficile à vivre, où il te faut prendre sur toi ?

L’une des situations les plus difficiles à vivre, ce sont les odeurs. Surtout celle de la viande grillée. C’est incroyable comme on perd certaines habitudes.

Aujourd’hui, je ne peux dissocier cette odeur de celle d’un être sensible meurtri et brûlé − ce qu’elle est, précisément !

J’imagine que les parfums des barbecues cannibales devaient en faire saliver plus d’un. De même les festins de chiens en Chine ou en Corée.

Or seule notre culture, c’est-à-dire nos habitudes, nous empêche de nous régaler de ces viandes-là, qui sont taboues en Occident.

De la même façon, seule notre culture nous a appris et nous a autorisés à jouir des odeurs de la chair cuite des cochons, des vaches, des poulets…

6. Quel est inversement le genre de situation où, au contraire, il te semble que tu fais à ta manière vraiment inverser les choses ?

Cette question rejoint la no 4 : ma seule satisfaction est l’espérance qu’un jour mes paroles et mon exemple (en toute humilité !) rencontreront un écho chez mes enfants devenus adultes, voire chez mon épouse.

Pour l’instant, rien n’indique de tels changements…

7. Que dirais-tu aux gens qui considèrent que, au-delà de la complexité de la situation individuelle, ta démarche relève d’une certaine relativisation du véganisme?

Je leur laisse imaginer ce que représente le fait de cuisiner et de manger différemment au quotidien lorsqu’on est très minoritaire et que le temps est compté.

Si je vivais seul, je ne mangerais certainement pas de « steaks » ni de « saucisses » en simili-carné.

Mais je trouve néanmoins pratique de disposer d’aliments 100 % végétaux qui peuvent être consommés en même temps que d’autres qui sont carnés. Socialement, c’est très important.

Comme je l’ai mentionné, il m’arrive fréquemment de préparer des plats complets à base de céréales, légumineuses, etc., qui n’évoquent pas la viande, ni par le goût ni par l’aspect, et je m’efforce qu’ils soient suffisamment goûteux (malheureusement, je ne suis pas un cordon bleu !).

J’explique à ma petite famille que c’est un plat complet, qu’il n’y a pas besoin de manger de viande ou de poisson avec ça. Mais je ne peux pas imposer cela à tous les repas, ne serait-ce que parce que ma femme aussi cuisine…

Je trouve illusoire d’imaginer que l’appétence pour le goût carné puisse disparaître du jour au lendemain, y compris chez certains vegans.

Je refuse donc aux « gardiens du Temple » le droit de juger qui est « vraiment » vegan et qui ne l’est pas.

Si l’on y réfléchit bien, il se présente deux sortes de vegans : ceux qui le sont depuis leur naissance (encore peu nombreux) et ceux qui le sont devenus (largement majoritaires). Ceux qui sont nés dans une famille vegan ont reçu de leurs parents des habitudes alimentaires au même titre que les carnivores ; ils n’ont donc aucun motif d’autosatisfaction.

Ceux qui sont devenus vegans ont par définition été omnivores auparavant, et savent donc combien il est difficile, dans notre société, de faire des choix alternatifs.

La capacité à ouvrir les yeux est avant tout liée à la compassion qu’on ressent. Or tout est fait pour faire oublier au consommateur la provenance de la chair animale, du lait et des œufs, et la manière dont ils sont produits. Bien entendu, les choses avancent.

La venue au véganisme peut être subite comme progressive, il n’y a pas de règle. Pour ma part, j’y suis venu du jour au lendemain, par simple souci de cohérence.

Mais je comprends aussi que beaucoup de gens prennent leur temps, y compris parce qu’ils ne veulent pas voir la réalité en face. Comme vous, je suis indigné, révolté par la société carniste. Que pouvons-nous y faire, à part essayer de les convaincre, faire appel à leur compassion et donner l’exemple ?

Aymeric Caron demande un strapontin pour l’antispécisme à Jean-Luc Mélenchon

C’est une chose étrange et décalée qui serait insignifiante si elle n’en disait pas long sur beaucoup de choses.

On connaît bien Aymeric Caron, il n’est pas la peine de revenir dessus. Celui-ci a publié une tribune dans le journal bobo Libération, intitulée « Jean-Luc Mélenchon, faites entrer le Parti animaliste à l’Assemblée ».

Ce qui frappe déjà, c’est que sur son facebook il s’est fait copieusement dénoncé par les « fans » de Jean-Luc Mélenchon, en raison de l’appel à voter contre Marine Le Pen au second tour. On sait à quel point il y a ici deux points de vue totalement opposés, entre les abstentionnistes et les gens voulant bloquer Marine Le Pen, parce que quand même il faut savoir raison garder…

Et donc là Aymeric Caron publie une tribune, en demandant une chose assez farfelue.

Il explique qu’il n’apprécie pas la France insoumise, qu’il trouve trop timorée sur la question des animaux, expliquant par exemple que le fait de ne pas vouloir par exemple supprimer la corrida ou les animaux dans les cirques témoigne d’un refus de faire un pas même minime…

« Le refus de Mélenchon de condamner la corrida et la présence d’animaux dans les cirques m’a définitivement convaincu de m’abstenir de lui donner ma voix.

En effet, je peux comprendre qu’un candidat à une élection présidentielle hésite à promouvoir la fin des élevages et la transition vers un modèle agricole entièrement végétal, tant le chantier est audacieux.

En revanche, tout opposant à la souffrance animale se doit a minima de réclamer la fin des pratiques barbares qui n’ont pas le soutien des Français et dont la disparition immédiate ne causera aucune gêne à la bonne marche du pays.

La corrida, qui vit largement de subventions, et qui n’existe que par la tolérance d’une exception à la loi générale, peut être supprimée demain sans que cela entraîne des grèves générales dans le pays, ni ne provoque de crise économique majeure.

Idem pour les animaux-objets prisonniers des cirques. La frilosité de la France Insoumise sur ces deux évidences m’a semblé suspecte. »

Et pourtant Aymeric Caron demande à Jean-Luc Mélenchon d’abandonner deux postes de députés au « parti animaliste ».

« Dans les tractations que vous menez en ce moment-même avec d’éventuels partenaires en vue des législatives, réservez au moins deux postes au Parti animaliste.

Il vous suffit pour cela de présenter, dans deux circonscriptions acquises, en lieu et place du représentant de la France insoumise, un(e) candidat(e) des Animalistes. »

Pour autant, ces deux postes de députés seront totalement indépendants et les députés du « parti animaliste » ne soutiendraient pas Jean-Luc Mélenchon…

« Evidemment, ce geste en faveur du Parti animaliste doit s’accomplir sans l’exigence de la moindre contrepartie: les élus animalistes seraient indépendants dans leurs votes à l’Assemblée, puisqu’ils ne souhaitent se prononcer que sur les sujets qui ont des conséquences directes sur les animaux. »

C’est ahurissant : quel mouvement politique se présentant aux élections, espérant former une majorité au parlement, serait assez fou pour abandonner deux postes de députés ?

Et d’ailleurs quelle est cette notion de démocratie où les gens voteraient localement pour le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, qui donneraient alors deux postes de députés à des gens ne les représentant même pas ?

C’est là l’idée d’une sorte de « cadeau » qui serait octroyé par le « prince » Jean-Luc Mélenchon !

Et le pire, c’est que cela reflète le point de vue de toute une frange des gens défendant les animaux, qui dans l’esprit bobo – hipster espèrent obtenir un strapontin auprès de la « mode » actuelle que représente Jean-Luc Mélenchon…

Aymeric Caron a cependant bien tort de prétendre que « les militants de la protection animale ont en majorité reporté tous leurs espoirs » sur Jean-Luc Mélenchon. C’est là nier l’influence très importante de l’extrême-droite, mais il est vrai que vu depuis le point de vie bobo parisien, cela ne doit pas vraiment se voir…

Au fond, tout cela est une anecdote, sans grand intérêt. Mais cela révèle que la mise en vente du véganisme a déjà commencé.

En glissant du véganisme à l’antispécisme, les bobos, hipsters, commerçants et intellectuels tentent de nier l’universalisme de la question pour insérer leur pseudo-rébellion dans l’ordre établi.

La conclusion de la tribune d’Aymeric Caron reflète tout à fait cette tentative de mise en vente du véganisme transformé en accessoire :

« Il y a au Parti animaliste suffisamment de femmes et d’hommes investis de tout leur être dans le combat pour les droits des animaux.

Ils sont eux aussi des insoumis qui refusent l’ordre établi et combattent l’injustice faite aux plus faibles.

Je sais que parmi les représentants de la Nation, leur voix sera le signal fort du bouleversement idéologique en cours. Merci, Monsieur Mélenchon, de favoriser cette opportunité. »

Le véganisme, en tant qu’universalisme, est balayé au profit d’un antispécisme qui serait, en fin de compte, une « insoumission » comme une autre, et aurait donc sa place parmi les « insoumis » en général.

C’est exactement la position qu’avait, par exemple, la « commission antispéciste » de Nuit Debout, au nom de la « convergence des luttes ».

A cela, il faut répondre « non ! ». Le véganisme est un universalisme et nécessite de réfléchir à comment établir un projet utopique réellement révolutionnaire, transformant entièrement le monde.

Les animaux ne sont pas une thématique à part!

Ceux qui cherchent à l’assouplir et à contourner sa diffusion, en le diluant, en l’adaptant, en en faisant un accessoire, en détruisent sa nature profonde.

L’Association Végétarienne de France et sa campagne Veggie2017 anti-vegan

Nous avons toujours eu une position absolument stricte sur le végétarisme : c’est une pratique totalement dépassée et les personnes la mettant en avant sont des personnes au mieux sous-informées, au pire des alliés objectifs de l’exploitation animale.

L’Association Végétarienne de France (AVF) vient rappeler pourquoi cela est vrai. Elle a lancé une campagne veggie2017, afin de promouvoir, en apparence, un changement de situation.

Le mot d’ordre est le suivant :

#Veggie2017 pour montrer aux candidats que la question de la transition alimentaire vers un modèle végétal est un sujet capital !

En réalité, c’est une campagne typique de ce genre d’associations : racoleuse à fond, pour gagner des contacts et des adhérents.

La contradiction est de notre point vue flagrante par ailleurs : le modèle végétal, c’est le véganisme, certainement pas le végétarisme !

L’AVF a eu les réponses de Philippe Poutou et de Jean-Luc Mélenchon. Et qu’y apprend-t-on ? Que Philippe Poutou serait favorable au véganisme ! Quelle blague ! C’est bien entendu totalement faux. Et pourtant voici ce que dit l’AVF à son sujet :

Il partage notre constat sur la nécessité de réduire globalement la consommation de viande, se dit favorable au développement du végétarisme et du véganisme, et soutient globalement notre démarche.

Qu’il est terrible d’en arriver à déformer la réalité à ce point là !  L’AVF ment de manière honteuse. Rien dans la réponse de Philippe Poutou à l’AVF ne peut laisser penser cela.

Alors pourquoi un mensonge aussi grossier ? Eh bien l’AVF est obligée de mentir, parce que sinon cela montrerait que sa propre existence est absurde. A l’ère du véganisme, le végétarisme est absurde et ne pourrait avoir qu’un sens que comme pseudo-transition…

D’où la déformation de ce que dit Philippe Poutou, qui de son côté explique seulement qu’il faut moins de « viande », pas qu’il faut aller vers le véganisme…

Citons un passage où il résume sa vision des choses, pour que tout soit clair à ce niveau :

« Des actions de formation du personnel soignant doivent être
menées pour leur permettre d’appréhender la diététique et l’alimentation autrement que par le prisme de l’équilibre alimentaire qui ne veut rien dire dans le cadre d’une agriculture mitée par la chimie et les habitudes alimentaires contaminées par une surcharge de protéines animale. »

Il y a une « surcharge de protéines animales », cela s’arrête là.

Voici un autre exemple, avec la réponse de Jean-Luc Mélenchon à l’AVF. Nous expliquions hier que Jean-Luc Mélenchon est pour développer massivement l’aquaculture : naturellement, l’AVF n’en parle pas.

Dans sa réponse à l’AVF sur une « alimentation plus végétale », les choses sont flagrantes : Jean-Luc Mélenchon ne parle pas des animaux, sa réponse est totalement anthopocentriste… Et donc à l’opposé du véganisme. Mais l’AVF peut subtilement mettre cela en avant comme quoi cela va dans le bon sens…

Mesure 10 Organiser une vaste campagne de santé publique en faveur d’une alimentation plus végétale

Oui. Un grand plan de santé publique sera mis en place. De manière générale, nous agirons au niveau des maladies chroniques liées à l’alimentation (lutte contre l’obésité et contre les abus de l’industrie agroalimentaire, lutte contre la résistance microbienne liée à l’agriculture productiviste…).

Un des axes de notre programme de santé consiste à mener une véritable politique de prévention : il s’agit d’abord de lutter drastiquement contre l’obésité et la malbouffe en interdisant à l’industrie agro-alimentaire d’abuser du sel, du sucre et des graisses.

Un plan cancer sera intégré à ce grand plan de santé publique. La lutte
contre les maladies liées à l’alimentation passe aussi par une meilleure prévention, qui se fait autant au niveau de l’école par un renforcement de la médecine scolaire et de l’éducation à la santé, qu’au niveau plus global d’une diminution des inégalités sociales.

Nous voulons notamment que l’éducation des enfants au goût puisse jouer un rôle plus important dans le but de diminuer l’habitude systématique des protéines carnées.

 

 

Jean-Luc Mélenchon et les végans

Jean-Luc Mélenchon a du succès dans les sondages et il balance tout par-dessus bord, disant désormais qu’il vient « de la gauche » et non plus qu’il en fait partie, cherchant à ratisser le plus large possible.

A cette occasion, il a, lors d’une rencontre avec des lecteurs du Parisien, abordé la question du véganisme.

Voici la retranscription de ses propos totalement racoleurs, puisqu’il arrive en effet à trouver le véganisme très bien… Sans vouloir l’appliquer en général, ni même l’appliquer par ailleurs dans sa propre vie.

Il n’y arrive pas, dit-il, utilisant un vieil argument classique de ceux qui cherchent des fausses excuses.

« – Vous, euh, vous devez être une, euh, plutôt du régime alimentaire McDo là, de votre génération.

– Je suis végétarienne.

– [rire général] Ah, bravo [Jean-Luc Mélenchon rit de bon coeur en applaudissant, quelqu’un dans le public dit « là c’était… »] Ben, je ne pouvais pas le savoir.

C’est des modèles pour moi. Moi j’arrive pas. J’arrive pas, j’ai essayé.

– J’essaye, enfin je suis quasiment vegan.

– [très intéressé] Végan, oui.

– Je mange euh voilà.

– Oui oui vegan je connais, je comprends, j’ai beaucoup de rapports avec eux.

Parce que je rigolais, je sais nous quand on avait vingt ans on était trotskiste, eux ils sont vegans.

Ben, c’est être révolutionnaire, hein, aussi, c’est être révolutionnaire, c’est vouloir un autre monde, complètement différent, où serait notamment exclu la souffrance animale qui est un sujet que j’ai pris en charge aussi.

[précisant de manière très volontaire] J’y vais doucement, je suis pas aussi fort qu’eux, je pra… ma vie n’est pas une mise… euh… j’applique pas tout ce que je dis, hein, je continue à manger de la viande etc. »

Jean-Luc Mélenchon, on le savait, est vraiment près à tout. Mais il est vrai également que la tendance récente a permis, de par son flou général, que des gens parlent du véganisme… sans l’être.

Car tant qu’on n’est pas végan, on ne l’est pas ! C’est une vérité morale des plus élémentaires. Le véganisme est une pratique, soit on l’a soit on ne l’a pas, et on ne peut pas dire « c’est bien » sans l’appliquer, ou bien on ment.

Et on ment aux humains, mais surtout aux animaux dont on insulte la réalité…

Mais un autre aspect, très important, est qu’il est totalement idiot de faire des « vegans » en général des activistes politiques.

Eux-même le croient, ils pensent qu’un choix individuel est un symbole. Il est vrai que cela a une conséquence sociale et culturelle, mais il n’y a strictement rien de politique, c’est purement individuel.

Même les actions entreprises visent par ailleurs le plus souvent au pur symbolique sur le thème de la souffrance. Jean-Luc Mélenchon a tort : les vegans en général n’ont aucun projet et relèvent bien plus de la mode bobo, d’un repli chrétien, nullement d’un engagement positif.

C’est une sorte de vaine protestation middle class, quand ce n’est pas un appel libéral-libertaire le plus outrancier.

Voici un exemple significatif, tiré d’un article récent du Monde, Le militantisme « boule à facettes » :

« Ils auraient pu rester de simples clubbeurs, mais ces artistes se sont découvert l’âme citoyenne. Depuis, ils n’ont qu’une idée en tête : faire cohabiter business et engagement. (…)

Mieux valait le 4 mars, à la nuit tombée, ne pas essayer de commander un VTC dans Paris. Fashion week oblige, les oiseaux de nuit avaient préempté le parc automobile en quête d’after shows où finir la soirée, listant avec rigueur les fêtes où il faisait bon aller voir si l’on pouvait être vu. Ce soir-là, la tribu grunge de Vivienne Westwood a porté son choix sur La Mano. (…)

Est-ce pour son ambiance de taqueria mexicaine, ses appliques murales en forme de masques aztèques et ses cocktails au mezcal ? Ou son entrée dérobée (et sans enseigne) dans la petite rue Papillon du 9e arrondissement de Paris ? On parierait plutôt sur la philosophie « éthique » du lieu, qui n’a pu échapper à cette militante écolo-fashion dont les mannequins défilent vêtues de tenues recyclées. (…)

Ici, inutile de commander un Coca au bar. Les alcools y sont artisanaux, les produits aussi locaux que possible, et le menu vegan. On ne sait pas s’il s’agit d’une posture marketing, ou si les physionomistes appliquent réellement le règlement, mais la fourrure est, dit-on, refoulée à l’entrée. (…).

Aujourd’hui, il [le propriétaire] travaille sur un nouveau projet, qui devrait ouvrir dans les prochaines semaines. Nom de code : « Consulat II », en référence à son éphémère « Consulat I », laboratoire hybride qui s’est installé pendant un mois, en septembre 2016, dans l’ancien hôtel particulier de la Sacem rue Ballu, dans le 9e arrondissement.

L’idée ? Associer la nuit au milieu associatif.

Le rez-de-chaussée hébergeait des bureaux pour créatifs et un potager ; le premier étage, un espace de débat et de projections où l’on pouvait aussi bien assister à des discussions sur l’antispécisme qu’à une conférence sur le revenu de base, ou un débat sur la justice climatique.

De la gymnastique pour l’esprit que l’on pouvait compléter avec des cours de yoga ou des massages énergétiques au deuxième étage. »

L’article présente également une personne ayant ouvert un hôtel en banlieue parisienne, avec un restaurant « à 70 % végétarien » et un lieu dédié au start-up locales, avec « un immense portrait de Karl Marx [qui] domine la table de réunion ».

C’est un bel exemple de récupération, avec le véganisme et Karl Marx vidés de toute substance au profit de l’initiative individuelle, ce qui montre l’importance de la question du contenu, avec comme critère de la vérité la pratique !

« Pour sauver un paysan, mangez un végan »

La Coordination rurale est un des principaux syndicats agricoles ; nous en parlions récemment avec leur campagne contre la dénomination des simili-carnés, ou encore lorsque ces gens ont réalisé l’acte totalement barbare de pendre le cadavre d’une vache morte depuis trois semaines sur la façade d’une permanence d’un député, à à Avranches…

On est ici à un niveau très primitif et se sentant forcément galvanisée par la sordide campagne électorale du moment, la section du Lot-et-Garonne de la coordination rurale a décidé de faire des affiches au slogan « ravageur ».

« Pour sauver un paysan, mangez un végan » est à la fois provocateur et agressif, mais d’une certaine manière subtile, doublement subtile même.

Tout d’abord, il est parlé de « paysan », un terme bien plus sympathique que celui d’agriculteur, c’est-à-dire insistant sur la dimension du travail manuel et non sur le fait que les agriculteurs sont désormais de vrais capitalistes jouant au monopoly qu’est le capitalisme…

Ensuite, en assimilant tous les agriculteurs, y compris ceux qui ne travaillent pas dans le secteur de l’exploitation animale, avec ceux qui y travaillent…

Patrick Franken, président de la CR du Lot-et-Garonne a expliqué sur France-Bleu que :

« Il y a des végans qui s’opposent aux éleveurs au niveau des abattoirs.

Ça fait un moment qu’on avait envie de les interpeller et de faire naître le débat. (…)

Il n’y a pas une volonté d’en découdre avec les vegans, seulement de les interpeller.

Cette théorie qui veut que les humains soient l’égal de l’animal et inversement, ça c’est quelque chose qu’on ne peut pas accepter. »

On doit donc remarquer une autre subtilité, plus précisément un choix stratégique. Il s’agit pour la coordination rurale de faire tourner la question animale en conflit stérile éleveurs / vegans.

Une option qui a toute chance de marcher quand on voit que pour bon nombre de vegans, la question reste individuelle et existentielle, qu’il ne s’agit pas de convaincre le « peuple ».

Les institutions et les médias seraient alors une sorte de terrain neutre pour un « affrontement » entre éleveurs et vegans, ce qui ne rimerait à rien du tout…

D’où le besoin d’une utopie claire, lisible, avec des propositions. Sans cela, on se laisse piéger, ou on raconte n’importe quoi, comme par exemple la Fondation Brigitte Bardot, qui parlant de l’affiche de la coordination rurale, a tweeté :

Nul : la Coordination rurale invite à manger du #vegan. Pour sauver un paysan, il vaudrait mieux dissoudre la @FNSEA

La FNSEA représente effectivement les intérêts des gros éleveurs, mais en quoi y aurait-il une différence de fond, de notre point de vue, avec les petits éleveurs?

Petits éleveurs dont le rêve, on le sait, est de devenir grands…

Puis, de toutes manières, vu le niveau de provocation, était-ce le moment de dénoncer la FNSEA?

Il faut savoir assumer les conflits, quand on assume une grande cause!

« Sans supplémentation et savants calculs, le végétalisme conduit à la mort »

Philippe Legrand est Directeur du laboratoire Biochimie Nutrition Humaine à l’Agrocampus-INRA de Rennes, il est également Expert Anses (Agence Nationale Sécurité Sanitaire Alimentaire Nationale).

Autant dire qu’il relève du plus haut niveau de ce que la « science » peut proposer. Et on sait comment la science se prétend neutre, au-delà des préjugés idéologiques.

Aussi, le Journal du Paysan Breton qui reprend ses propos, souligne que ce professeur « a apporté un regard purement scientifique dans ce débat virulent ».

Pourtant, la présentation de l’article est d’une virulence relevant de l’aberration pure et simple :

Sans supplémentation et savants calculs, le végétalisme conduit à la mort. Manger de tout en quantité raisonnable est l’option qui présente le moins de risques pour bien grandir d’abord, et bien vieillir ensuite.

Citons quelques exemples de la prose de Philippe Legrand mise en avant :

« Les végétaliens, qui excluent de leur alimentation tous les produits animaux, se mettent en danger. Pour les enfants, les adolescents et les personnes âgées, c’est une prise de risque insensée »

« Les végétaliens doivent obligatoirement être complémentés. Sinon, c’est la mort. Ils doivent donc leur survie à la chimie. Le comble, c’est que ces suppléments sont produits par des levures souvent OGM… ».

« Il y a eu des cas d’enfants en dénutrition avancée, et des morts liées à ce type de régime. Nous devons agir suffisamment tôt pour résoudre ce problème qui survient pourtant au sein des classes sociales les plus élevées. »

« Un végétalien motivé peut réussir à vivre, mais il devra trouver les plantes capables d’équilibrer son menu et faire des calculs savants. »

Le Journal du Paysan Breton ajoute une précision à la dernière citation :

« Sans compter qu’il lui sera très difficile de bien vieillir. »

Tout cela a un nom : la propagande.  Ce qui prétend relever de la science n’est ici que le reflet d’intérêts économiques bien particuliers.

Cela ne sert à rien de donner des exemples de multiples athlètes de haut niveau qui sont végétaliens, de donner des exemples d’enfants, d’adolescents, d’adultes jeunes ou âgés : on fait face ici à un discours institutionnel, enferré dans une liaison complète, organique, avec l’industrie.

Les gens menant cette propagande ne pourront jamais être convaincus : ils ne peuvent qu’être mis de côté.

Et les mettre de côté signifie passer par une révolution, car ces gens n’accepteront jamais d’eux-même d’être mis de côté, pas plus que l’exploitation animale n’acceptera d’être mise de côté.

Prenons l’exemple des Etats-Unis, qui depuis 2006 ont la loi appelée « Animal Enterprise Terrorism Act », interdisant toute tentative de porter dommage ou d’interférer avec les opérations d’une entreprise utilisant des animaux.

Cela signifie en pratique que toute campagne contre une entreprise, même légale, se heurte à l’AETA. Toute campagne pourrait être considérée comme relevant d’une « conspiration » et assimilée à d’autres actions elles interdites.

Le problème n’est pas « psychologique », ni « culturel », comme le pense « l’antispécisme », même si bien entendu c’est important. Le problème est économique et idéologique, il y a une base matérielle énorme, avec des profits gigantesques, des soutiens aux proportions énormes dans l’Etat, le monde politique.

Ne pas voir cela, c’est soit de la naïveté, soit du mensonge. Prétendre qu’on peut changer les choses sans se demander ce qu’on va faire des grandes entreprises de l’agro-alimentaires est absurde.

A moins bien entendu que le discours sur les animaux se cantonne aux animaux « de ferme » et n’ait finalement comme projet qu’un mode de vie bobo, des places dans les universités, la formation d’un marché captif pour un petit commerce pseudo-alternatif…

Le véganisme pour les animaux ou avec les animaux ?

Devenir vegan pour les animaux revient malheureusement le plus souvent à dire vegan sans les animaux. En effet, il s’agit d’un refus de participer à l’exploitation animale, mais cela s’arrête là.

Il n’y a pas de considération sur la destruction du vivant à l’échelle planétaire, la compassion ne va pas jusqu’à l’amour.

Quiconque s’est occupé d’animaux de manière un tant soit peu prolongée connaît la problématique de l’animal vieux ou malade, demandant énormément d’attention et de soins.

Cela exige une très grande discipline, une abnégation complète, comme par exemple lorsqu’il faut se lever toutes les deux heures pour nourrir quelqu’un.

Pourtant, si l’on regarde de ce côté là, on voit que des gens non végans le font parfois, et même que les gens dans les refuges qui sont parmi les plus actifs ne sont pas du tout végans.

Alors, qui faut-il considérer comme le plus avancé ? Les vegans qui rejettent les animaux avec l’exploitation animale, ou bien les gens acceptant l’exploitation animale mais se tournant vers les animaux ?

On aurait tort de ne pas voir la portée gigantesque du choix qui doit être fait ici. Car il y a parfois bien plus de véganisme, comme objectif universel, dans une personne aidant les oiseaux en hiver que chez une personne cherchant une attitude existentialiste de refus de la « dureté » du monde.

Le véganisme qui est à la mode chez les bobos, dont il est parlé dans tous les journaux et les revues, avec une certaine bienveillance, ce n’est ainsi pas dans l’ordre des choses. C’est qu’il y a un problème de fond, qu’il s’agit d’un véganisme acceptable, ne posant pas problème.

Car le problème que pose le véganisme « pour les animaux » mais sans eux, c’est un problème intellectuel à prétention moralisante, qui amène une discussion marginale, un commerce nouveau qui tourne, mais sans dimension réellement universelle, subversive.

Le véganisme avec les animaux pose lui par contre un véritable problème, parce qu’il pose le problème non pas de l’attitude des êtres humains par rapport aux animaux dans un cadre uniquement anthropocentriste, mais du rapport de l’humanité à la Nature dans sa totalité.

Cette question de la totalité est honteusement « oubliée » par des gens pour qui le véganisme relève d’un simple choix individuel, un peu comme une sorte de conversion morale dans un sens religieux personnel.

Mais les individus ne sont pas le fond du problème, la base de la question. C’est la protection de la planète et de tous les êtres vivants qui est en jeu. La planète connaît de terribles destructions, chaque jour les animaux sauvages sont des victimes de la destruction de leur milieu, d’offensives industrielles ou artisanales à leur encontre.

Vu ainsi, on pourrait dire que même si le véganisme réussissait (ce que nous ne croyons pas) à s’imposer de manière institutionnelle, réformiste dans la société humaine, le temps que cela arrive il n’y aurait plus de Nature, plus d’animaux sauvages.

A cela s’ajoute le réchauffement climatique. C’est une question universelle, d’une importance capitale. Pourquoi cette donnée n’existe-t-elle pas dans le véganisme « pour les animaux » mais sans eux ? Justement en raison du refus de l’universel.

Force est de constater d’ailleurs que la question de fond, c’est celle-là : soit le véganisme est une démarche individuelle, relevant d’une dimension personnelle, d’un choix à portée morale. C’est alors un aboutissement intime, du domaine du privé.

Soit le véganisme est un point de départ, une démarche qui a une portée universelle, une dimension collective touchant tous les aspects de la vie. C’est alors une volonté de compassion universelle qui exigerait de réaliser, d’une certaine manière, l’utopie qu’espérait l’hindouisme et le bouddhisme dans leur aspect moral, tout comme d’ailleurs finalement la plupart des religions.

C’est réaliser le paradis, considérer l’Éden comme devant nous et non pas derrière nous. C’est possible : un rapport universel entièrement différent de l’humanité à la Nature est possible, tout le monde le sait.

Et soit cette révolution complète arrive, soit l’humanité ne peut voir que sa civilisation s’autodétruire, provoquant des dégâts profonds et terribles dans la Nature.

Tibo in shape : « je deviens vegan pendant 1 mois!! (avant après) »

« Tibo in shape » est un « youtubeur » très connu, dont  les vidéos sont  vues souvent  à un million d’exemplaires. Sa dernière vidéo atteint justement 1,3 millions de vues en 24 heures et s’intitule  « je deviens vegan  pendant 1 mois!! (avant après) ».

Voici la vidéo, avec quelques précisions avant de la regarder. La posture de Tibo sur youtube  est celle du costaud sympa qui joue à l’idiot.

Il combine cela avec une certaine attitude beauf pour être accessible et faire passer des conseils pour être « énorme et sec ».

Naturellement, les problèmes dans ce qu’il raconte sont innombrables. Déjà, bien sûr, il n’y a rien de vegan ici : il s’agit de végétalisme.

S’il affirme qu’on peut très bien devenir musclé tout en étant vegan (en fait végétalien), il ne peut s’empêcher tout le temps de dire que la viande lui manque, et il conclut en expliquant que chacun fait comme il veut pour son régime alimentaire.

C’est là la logique du consensus, qu’on trouve chez un youtubeur comme Norman ou un homme politique comme Macron, et qui relativise absolument tout, afin de ne froisser personne et d’être conforme au libéralisme.

Alors on peut voir l’aspect positif : sur le plan de l’énergie, on peut tout à fait être vegan. Tibo in shape l’assume, il n’a pas de position passéiste là-dessus et il l’assume.

Mais, imaginons que cela ne soit pas vrai : qu’est-ce que cela changerait ? Car le véganisme raisonne en termes de morale.

L’important c’est bien entendu d’être en bonne santé, donc d’être sportif relativement, tout comme d’ailleurs de manger des choses bonnes.

Toutefois la focalisation obsessionnelle sur les bons petits plats ou le sport témoignent d’un décalage complet par rapport à la morale.

Autrement dit, et c’est notre accusation envers le « véganisme » à la mode actuellement : c’est un « véganisme » sans animaux, sans amour des animaux, sans défense de la Nature, où les animaux sont en fait les objets d’un refus existentialiste de ce qui se passe dans le monde.

Cela se réduit à une mode bobo, d’où la vidéo de Tibo in shape qui tente de surfer là-dessus pour promouvoir ses vidéos. Le végétalisme n’est qu’un prétexte à une « expérience » personnelle pour une vidéo ; il n’y a aucun contenu.

D’ailleurs la course effrénée à « l’énorme et sec » relève d’une idéologie d’apparence et de consommation typique de ces dernières années, qui ne raisonne pas du tout en termes de morale, de réflexion.

Cela participe au chacun pour soi, au culte de l’image de soi et les salles de sport pullulent de ce fait ces derniers temps, tout comme les magasins de protéines.

Il faudrait gonfler, toujours plus gonfler et il n’est pas bien difficile de voir que cela relève d’une idéologie patriarcale tout à fait caricaturale, dont relève Tibo in shape dans ses autres vidéos.

Tout cela n’a vraiment rien de naturel !

Les mauvais exemples de San Francisco et de l’Arabie Saoudite

Le véganisme est ou bien pour tout le monde, ou bien pour personne. C’est un mode de vie qui s’inscrit dans la tradition humaniste et qui veut une humanité meilleure.

Faut-il alors se satisfaire du fait que le Conseil des Autorités de Surveillance de San Francisco vient de voter à l’unanimité l’interdiction « aux magasins d’animaux de compagnie de vendre des chiens ou des chats non obtenus auprès des organisations de sauvetage d’animaux ou des refuges » ?

Parce que l’image d’Epinal de la San Francisco « alternative » n’existe plus depuis longtemps. C’est une ville monstrueusement chère, avec une élite très riche « branchée » (et donc pas avec Trump), et même une place-forte de la finance mondiale.

Avec la loi sur les refuges, on est dans le charity-business, exactement comme avec le prince saoudien Khaled bin Alwaleed.

Son père n’est pas moins que la 20e fortune mondiale, avec environ 26 milliards de dollars ; lui-même a grandi dans un palais qui vaut 136 millions de dollars.

Et on devrait se satisfaire qu’il soit végétalien ?  Et même s’imaginer, comme le fait le magazine en ligne Vegactu, que « Devenu vegan, le prince saoudien Khaled bin Alwaleed est en train de métamorphoser son pays » ?

Ou encore qu’ « une génération progressiste monte ainsi en puissance en Arabie Saoudite » ?

Parce qu’on parle tout de même de l’Arabie Saoudite, un pays connu pour ses mœurs particulièrement arriérées… La religion y domine entièrement, il n’y a même pas de constitution, la monarchie appliquant le Coran au pied de la lettre, sous la forme dite islamique « wahabite », avec un prosélytisme effréné dans tous les pays du monde à coups de petro-dollars.

En Arabie Saoudite, on décapite au sabre, on lapide, etc., la monarchie est tellement consanguine que les problèmes de santé sont massifs dans la tribu royale, les femmes n’ont aucun droit, les travailleurs non plus, bref on l’a compris il n’y a rien de positif et la liste est sans fin.

Et sous prétexte qu’un prince devient végétalien et parle d’écologie, afin de préparer son pays et son argent au business de demain, on devrait être content ?

C’est tout simplement ridicule et c’est une question de choix à faire ici. Soit on considère le véganisme comme une sorte de cerise sur le gâteau et on se satisfait de tout et n’importe quoi, en s’imaginant qu’on vit dans un monde sans queue ni tête où de toutes façons, rien n’est clair.

Soit on reconnaît qu’il y a une réalité sociale et à ce moment-là on l’admet dans sa démarche. Et on choisit son camp : soit un véganisme pour bobos et millionnaires, soit une démarche populaire avec un véritable fond : l’amour pour les animaux.

Décès de Tom Regan

Les années 1970 ont donné deux formes particulières de position en faveur des animaux : d’un côté, l’appel à la libération animale, avec une démarche révolutionnaire dont l’une des expressions les plus connues est l’ALF.

Ici, on est dans une perspective universaliste, avec d’ailleurs un élargissement de la question animale à la défense de la Nature en général.

De l’autre, une flopée de théoriciens du droit s’intégrant entièrement dans les institutions, à travers les universités américaines.

Tom Regan, dont on vient d’annoncer le décès, était l’un d’entre eux. Il fait partie, comme Gary Francione, du courant dit « abolitionniste », qui rejette à la fois les réformes du « bien-être animal » mais également l’option révolutionnaire et l’ALF en particulier.

C’est-à-dire que, contrairement aux formes militantes (dans un sens réformiste ou révolutionnaire), Tom Regan s’inscrit dans le courant moraliste – juridique, dont les universités sont le centre névralgique.

Tom Regan défend le véganisme, qu’il considère comme nécessaire. Mais il s’appuie pour cela non pas sur l’universalisme (comme nous le faisons sur LTD), mais sur le particularisme.

Autrement dit, il ne défend ainsi pas les animaux au sens large, mais en fait chaque animal, au sens où chaque être vivant a une « valeur inhérente » en tant qu’individu.

Obligé bien entendu de trouver la base d’une telle valeur, Tom Regan considère qu’il s’agit de la psychologie, puisqu’il s’agit d’un aspect « individuel » par excellence.

Ce qui aboutit au rejet de concept de Nature au profit d’une lecture individualiste, qui exclut de ce fait les végétaux, mais également toute une série d’animaux n’ayant pas un profil « individuel » compatible avec la définition…

Voici un passage de ce que dit Tom Regan concernant cet aspect :

« Nous n’avons aucune raison, et encore moins de raison scientifique, de croire que les carottes et les tomates, par exemple, apportent au monde une présence psychologique.

Comme toutes les autres plantes, les carottes et les tomates ne possèdent rien qui ressemble à un cerveau ou à un système nerveux central.

Parce qu’ils sont déficients sous ce rapport, il n’y a aucune raison de voir les plantes comme des êtres psychologiques, ayant la capacité de ressentir le plaisir et la douleur, par exemple.

C’est pour ces raisons que l’on peut rationnellement affirmer les droits des animaux et les nier dans le cas des plantes. (…)

Il n’est souvent pas facile de savoir où «tracer la limite».

Par exemple, nous ne pouvons dire exactement quel âge doit avoir une personne pour qu’elle soit vieille, ni quelle taille elle doit avoir pour être grande.

Néanmoins, nous pouvons dire avec certitude qu’une personne de quatre vingt huit ans est vieille, et que quelqu’un qui mesure deux mètres est grand.

De même, nous ne pouvons dire exactement où placer la limite quand il s’agit de dire quels animaux ont une psychologie.

Mais nous pouvons dire avec certitude absolue, où que l’on trace cette limite sur des bases scientifiques, que les primates et les rongeurs se trouvent d’un côté, celui des êtres psychologiques et que les limaces et les amibes se trouvent de l’autre, ce qui ne signifie pas que nous pouvons les détruire à la légère. »

Cette histoire de « limites » pour délimiter des individus à qui on doit par conséquent décerner un droit individuel ne saurait aller dans le bon sens.

La question de fond est celle de la vie elle-même, pas des individus. C’est une question d’approche générale de l’humanité dans son rapport à la Nature, pas simplement une question de choix de rapports précis avec certaines espèces en particulier.

En niant la question universelle, Tom Regan a participé au développement de tout un courant intellectualiste grand-bourgeois, universitaire (ou aussi journalistique comme avec Aymeric Caron), protestataire médiatique d’une certaine manière aussi.

Un courant qui rejette totalement la critique des institutions, pour s’inscrire en elles, sous prétexte qu’elles seraient démocratiques, alors que c’est tout de même le b-a-ba de toute personne comprenant ce qu’est le capitalisme que de voir que non…

D’où le soutien par les institutions de cette critique à la fois institutionnelle et purement juridique, avec la morale comme prétexte à la marche dans les institutions (pour mieux se faire intégrer).

Voici par exemple, le parcours institutionnel de Tom Regan, à quoi il faudrait ajouter une centaine de conférences universitaires à travers le monde.

Expérience professionnelle

1965-1967. Instructeur, puis maître assistant en philosophie, Sweet Briar College
1967-1972. Maître assistant en philosophie, université d’Etat de Caroline du Nord
1972-1978. Maître de conférences en philosophie, université d’Etat de Caroline du Nord
1978-2001. Professeur de philosophie, université d’Etat de Caroline du Nord
1995-1996. Directeur par interim du département Philosophie & Religion, université d’Etat de Caroline du Nord
1996-1999. Directeur du département Philosophie & Religion, université d’Etat de Caroline du Nord
2000-2013. Professeur émérite, université d’Etat de Caroline du Nord
Postes de professeur associé

Assistant, Oxford University, été 1973, en collaboration avec l’université d’Etat de Caroline du Nord – Asheville.
Chercheur et professeur invité, université de Calgary, été 1977.
Professeur invité de Philosophie, Brooklyn College, automne 1982.
Professeur invité, Center for the Study of Theology, université d’Essex (Angleterre), été 1988.
Professeur distingué McAndless, université de l’Eastern Michigan, automne 1996.
Distinguished Visiting Scholar, université de Massey (Nouvelle Zélande), automne 1997.

Tom Regan est quelqu’un qui accepte totalement le système américain auquel il participe. Il se veut quelqu’un opposé au racisme, au sexisme, appelant à la solidarité sociale, mais il ne rompt nullement avec l’individualisme.

Il est donc parfaitement acceptable, puisqu’il nie l’universalisme…

Il est donc possible, par exemple pour la Fondation Brigitte Bardot, de le mettre en avant.

Le passage comme quoi l’analyse de Tom Regan est « la plus impressionnante et approfondie jamais produite » ne tient pas debout une seconde : sa prose est illisible, avec un verbiage juridique typiquement insupportable.

Il a par ailleurs été publié pour la première fois en France en 2013 et on voit mal les gens de la Fondation Brigitte Bardot le lire, d’autant plus qu’elle ne se veut pas végan (même si elle a put faire des t-shirts prétendant le contraire, pour le prestige).

C’est là l’avantage des « intellectuels »: on peut toujours les récupérer puisque leur discours juridique et universitaire n’amène à aucun positionnement. Ils sont utilisables à tort et à travers, ne faisant qu’apporter à la confusion et à la négation de l’universalisme.

Le véganisme : « déviance alimentaire mortifère » ou esprit révolutionnaire?

Il y a eu une tribune publiée hier sur Le Figaro et ayant comme titre « Mode vegan : épargnons nos enfants ! », écrite par Patrick Tounian, Professeur de Pédiatrie, Chef du service de nutrition et gastroentérologie pédiatriques à l’Hôpital Trousseau à Paris.

Patrick Tounian reprend les arguments classiquement délirants faisant des vegans des gens qui donneraient juste du lait végétal aux enfants, les privant de croissance, abîmant leur santé et mettant leur vie en danger.

Son discours est véhément, faisant des partisans du véganisme des dégénérés ayant ici une « méfiance paranoïaque envers le lait ». Bref le véganisme serait une pathologie mentale, ni plus ni moins, une « déviance alimentaire mortifère ».

Cela n’a rien d’original et c’est très peu intéressant, surtout qu’il défend les industriels qui seraient sincères, honnêtes, en quête de vraies informations scientifiques, etc. C’est ridicule et cette personne est une caricature des années 1960.

Cependant, voici un passage à prétention scientifique qui est intéressant, non pas en ce qu’il dit qui est faux, mais parce qu’il indique le fond du problème.

« Mais pourquoi un tel engouement pour le végétalisme? La défense de la cause animale reste la principale motivation. Nul ne peut nier que l’exploitation des bêtes dans le but de nourrir les humains puisse choquer.

Même si nous savons que ces animaux ne seraient pas conçus s’ils n’étaient pas destinés à être consommés, l’issue funeste qui les attend peut être difficile à supporter.

Mais tous les scientifiques sans exception sont unanimes pour admettre que l’absence de produits carnés, de poissons ou de lait accroît considérablement les risques de carences nutritionnelles, et ceci depuis des millénaires.

N’oublions pas que c’est l’adjonction régulière de viande à un régime essentiellement végétalien qui a catalysé l’hominisation des primates, notamment en développant leur cerveau, et permis ainsi aux Homo sapiens que nous sommes de dominer la planète. »

Ce passage est très important, car il montre que la grande peur de ces gens, c’est que l’engagement débouche sur un changement historique. Osons le mot « révolution », car c’est de cela dont il s’agit.

D’où le discours comme quoi il y aurait une continuité alimentaire « depuis des millénaires », voire même depuis les tous débuts de l’humanité. Comme s’il n’y avait eu aucun changement, comme si on mangeait la même chose qu’il y a cinquante ans, 250 ans, 1000 ans ou 10 000 ans…

D’où le discours conquérant : être heureux que l’humanité soit en mesure de « dominer la planète » en 2017 relève d’un unilatéralisme qui n’est même pas un soutien béat à la destruction générale de la planète, mais d’une mauvaise foi complète.

D’ailleurs, on se doute que quand cette personne parle de carences, elle prend comme critères ce qui est donné par les industriels. Précisons d’ailleurs ce qu’on peut lire au sujet de Patrick Tounian sur le quotidien du médecin publiant un de ces articles :

Lien d’intérêt du Pr Patrick Tounian : Blédina, Nestlé, Mead Johnson, Novalac, Carrefour

C’est sûr que vu comme cela, on a tout compris…

Car il n’y a pas de point de vue neutre. Il s’agit de transformer l’humanité : le véganisme n’est pas un raisonnement individuel, c’est une tendance historique, qu’on ne peut comprendre que si on prend en compte le rapport à la Nature, et donc la reconnaissance de la Nature.

Soit les choses sont immuables et ce docteur a raison, soit elles changent, car tout change, et l’humanité a avancé à un point où elle doit faire un choix : celui de l’égoïsme forcené et de l’anthropocentrisme, qui ne peut amener que sa destruction, ou bien celui de la reconnaissance de la vie organisée à l’échelle planétaire.

Il faut saisir la dimension de l’enjeu qui se pose au 21e siècle…

Morgane Enselme : un exemple de capitulation bobo dans le véganisme

Le véganisme donnerait des maux de ventre… et ne plus être végan est une « délivrance » ! Ce sont les propos totalement aberrants et ridicules de Morgane Enselme, qui a participé à Secret Story et qui donne un exemple assez sévère de niaiserie.

Comme si l’alimentation végane n’était pas tellement infiniment variée qu’il serait possible, si c’était le cas, d’entièrement changer ce qu’on mange tout en restant végan…

Comment peut-on tomber aussi bas scientifiquement (ou si haut dans la mauvaise foi) pour prétendre qu’il faudrait manger de la viande ou du fromage ou encore des oeufs pour ne pas avoir de ballonnements ?

On a ici un exemple de mensonge, d’hypocrisie puisqu’en même temps elle prétend encore défendre les animaux, avoir le même niveau de révolte en faveur des animaux que le véganisme…

Expliquant même que le végétarisme n’est pas cohérent, alors qu’elle ne l’est même pas elle-même non plus. Quelle honte !

Pour cette raison, ce contre-exemple mérite l’attention ; sa vidéo, vue par pratiquement 500 000 personnes depuis la mi-novembre, vaut certainement le coup. C’est un exemple de capitulation bobo.

Des gens comme Morgane Enselme, il y en a eu et il y en aura. Car si la base du véganisme est incorrecte, si culturellement il y a corruption par les valeurs dominantes, alors tout s’effondrera inévitablement.

Les gens qui ne veulent pas trancher par confort, qui vivent dans le conformisme petit-bourgeois, qui profitent des effets de mode, qui n’aiment pas les animaux au fond mais simplement culpabilisent… ne sont pas des gens de confiance.

Le véganisme est tellement fort qu’il peut marquer n’importe quel esprit, mais il ne faut pas se leurrer : qu’attendre de quelqu’un comme Morgane Enselme qui passe à Secret Story et qui racole avec comme secret que son père est transsexuel ?

Le véganisme ne peut aller de pair qu’avec l’universalisme et non le relativisme, la libération animale et non la célébration de la jeune urbaine bobo fière de mettre ses cosmétiques et ses recettes sur instagram.

Le véganisme est une démarche stricte, imposant une délimitation stricte avec le conservatisme, le conformisme. Comme cela dérange les bobos dans leur vie quotidienne, ils sont prêts à inventer tout et n’importe quoi.

Ils seraient individuellement différents, ou bien il ne faudrait pas être extrême. Il faudrait surtout être antispéciste, ou bien flexitarien, etc.

Est-ce que cela veut dire que la vague « vegan » bobo est en train de passer, parallèlement à la tentative de l’industrie de promouvoir certains produits végétaliens dans la grande distribution ? C’est tout à fait possible et les prochains mois montreront ce qu’il en est.

Dans tous les cas, le véganisme à la mode, bobo, hipster, ne pourra de toutes manières pas tenir longtemps.

Le véganisme accaparé par la grande distribution et les grandes marques

Puisque nous parlons intégration du véganisme dans l’économie, jetons un oeil sur un avis sérieux à ce sujet. Les Échos sont un média sérieux, c’est en quelque sorte le journal qui représente Fillon et Macron.

Qu’est-il pensé du véganisme ? On trouve à ce sujet un article dans la section « business », intitulé « Les marques s’engouffrent dans le végan ».

L’article donne une définition et quatre tendances commerciales qui joueront en 2017.

Quelle est la définition du véganisme ? Voici ce que cela donne :

Le véganisme est le mode de vie qui cherche à exclure toute forme d’exploitation des animaux, que ce soit pour se nourrir, pour s’habiller ou pour tout autre but. C’est l’expression actualisée de la mode végétarienne des années 1970.

Cette idéologie a été portée à l’origine par des communautés militantes, les « veggies » ou plus familièrement « VG »… Le véganisme a ensuite été récupéré par les bobos qui en ont fait une mode via le bio.

Le véganisme est présenté comme le prolongement du végétarisme, une sorte de mouvement hippie engagé, qui aurait été récupéré par les bobos via le bio.

C’est bien entendu tout à fait partiel, cela concerne le véganisme à la L214 uniquement. Mais c’est très bien vu, de ce point de vue.

Il y a bien un « végéta*isme », pour reprendre l’affreux concept de la « veggie pride », qui a fusionné avec les bobos, pour donner un mode de vie tout à fait intégré dans le capitalisme, comme « style » de centre-ville bourgeois bohème.

C’est donc un marché à prendre et Les Échos nous parlent de quatre tendances.

Il y a déjà la formation de centaines de marques, mais, est-il précisé, « moins d’une dizaine s’imposeront dans la prochaine décennie ».

En clair, des gens qui veulent faire du business tentent de faire des affaires, mais peu réussiront.

A cela s’ajoute, comme constaté dans notre article sur les supermarchés allemands Veganz, la « récupération rapide des distributeurs ».

S’il y a achats et ventes, les grands commerçants en place ne comptent pas rater l’occasion.

C’est valable pour les marques bios, présentées par Les Echos comme « historiques et très légitimes », mentionnant Soy, Céréal, Bjorg, Sojasun.

C’est aussi valable pour les « marques industrielles » : Les Echos mentionnent Herta, Fleury Michon, mais émettant un doute sur la capacité de Bigard ou Charal à le faire.

Cette tendance est bien vue, naturellement et elle aura une conséquence culturelle extrêmement grave pour le véganisme.

Le véganisme va se réduire à une consommation, au même titre que le très à la mode « sans gluten ». Le véganisme sera non pas un acte conscient et actif, mais une consommation individuelle purement passive.

Le véganisme sera réduit à un 1% de consommation différente dans le capitalisme en général, une sorte de version bobo du halal ou du cacher.

La dimension révolutionnaire sur le plan moral du véganisme va être mis à mal, dans la mesure où le système proposera des produits végans et donc prétendra être capable de changer… si les gens le veulent, par la consommation, sans révolution, sans bataille contre l’exploitation animale.

Si l’on veut aller plus loin dans l’analyse, mais cela ne se vérifiera que dans dix ans, on peut même dire : toute la mouvance de L214 au sens très large n’a été que l’avant-garde de la naissance d’un nouveau marché capitaliste.

De toutes manières, c’est comme cela que les gens le voient et à un véganisme bobo leur semblant une lubie, ils préfèrent Marine Le Pen et son refus de la mondialisation.

Mais rien n’est perdu : un véganisme populaire est encore possible, portant une utopie concrète, dans la reconnaissance de la planète comme notre « mère ».

Cependant, après les bobos, il va falloir tenir le coup face à la vague industrielle…

La « faillite » de Veganz

L’entreprise Veganz, chaîne allemande de supermarchés vegans, est en faillite, en apparence. Les choses sont un peu plus compliquées que cela et voyons ce qu’il en est.

Il existe aujourd’hui huit supermarchés vegans Veganz : à Berlin (où il y en a trois), Leipzig, Hambourg, Essen, Cologne, à quoi s’ajoutent Prague et Vienne.

Plusieurs ont déjà fermé, comme celui de Munich il y a six mois ou encore de Francfort la semaine dernière, et sur les huit supermarchés n’en subsisteront plus que quatre. Le projet d’en ouvrir un à Portland, dans l’Oregon, la fameuse ville « alternative » aux Etats-Unis, a été repoussé.

Car le problème est le suivant : les supermarchés traditionnels proposent de plus en plus de produits vegans. En Allemagne et en Autriche, les restaurants tout comme les supermarchés ne peuvent pas ne pas proposer du vegan, c’est impossible.

Veganz le sait bien et cesse donc son projet d’ouvrir 60 supermarchés en Europe. Il n’y aura pas de Veganz en France…

Et, dans ce cadre, Veganz a en fait organisé sa propre faillite des supermarchés, afin de se concentrer sur la production de ses gammes de produits et la distribution de ceux-ci.

L’entreprise d’investissement vegan allemande Katjesgreenfood a dans la foulée renforcé sa position dans Veganz, passant de 5 % à 11 %.

Il est bien plus intéressant pour Veganz, d’un point de vue économique, de passer par des supermarchés traditionnels comme par exemple Edeka, leader en Allemagne, Kaufland, Netto, Müller ou encore Spar en Autriche.

Pourquoi s’ennuyer avec des supermarchés, si les profits peuvent être élargis à ceux d’un pays tout entier ?

Surtout que les supemarchés vegans dépendent d’une tendance.

Berlin et Vienne sont des villes où il existe une très forte scène alternative, avec une extrême-gauche très forte ne concevant pas que le véganisme ne soit pas une valeur reconnue.

Mais ce n’est pas le cas à Francfort, où Veganz vient de fermer. Dans cette ville le Café Edelkiosk qui avait ouvert en 2012 a fermé en novembre 2016, au même moment que le Wondergood. Le Café Extravegant et le bistro vegan d’une boucherie bio n’ont tenu que quelques mois en 2015.

Une ville comme Vienne peut avoir deux supermarchés vegans (Veganz et Maran Vegan), Berlin trois Veganz, mais ailleurs c’est un problème car la masse critique n’est pas atteinte et n’est pas prête de l’être si les supermarchés distribuent du vegan…

A Francfort, à deux pas de Veganz on trouvait ainsi plusieurs DM, qui distribuent des produits Veganz, par exemple.

Or, on sait bien que le capitalisme rime avec produire toujours plus. Comme Veganz espérait gagner l’année dernière 80 millions et n’en a eu que 56 (contre 25 il y a deux ans), le projet d’accumulation ne marche pas, donc les magasins rentables… ferment.

Car Veganz n’est pas un projet militant pour agglomérer les 900 000 végétaliens en Allemagne, mais une entreprise comme une autre…

Bien sûr, son facebook contient de nombreuses images pro-animaux. Mais ce n’est pas pour autant que Veganz se sent lié ou dépendant d’un mouvement : l’entreprise a ses propres priorités.

C’est en tout cas historique et cela montre bien une chose : le véganisme n’existe dans le cadre de cette société que comme petite minorité intégrée à la vaste tendance dominante de l’exploitation animale.

Si Herta et Fleury Michon se mettent au végétal, c’est pour s’occuper également de cette « niche », cette part de marché.

C’est bien la preuve que le véganisme n’existe que comme forme universelle et antagonique aux valeurs de cette société : quel est le sens d’un véganisme réduit à une consommation de produits d’un rayon au milieu de produits fondés sur l’exploitation animale ?

Cela peut satisfaire sa consommation personnelle, mais c’est bien tout sauf révolutionnaire.

Jean-Luc Mélenchon et le chat

Jean-Luc Mélenchon a un grand succès sur youtube, où ses vidéos dépassent en quelques jours la centaine de milliers de vues. On le voit assis, en train de répondre aux questions, nous avons déjà parlé de cela au moment où il a expliqué être en faveur de la légalisation du cannabis, pour la raison qu’il serait pour (voir ici).

On sait aussi qu’il a prétendu se mettre au quinoa, qu’il raconte qu’il faut se réfréner dans la consommation de « viande », etc.

Voici un exemple qui montre à quel point en réalité il n’a rien compris, vraiment rien, un exemple en fait tout « bête ».

Cela se passe dans sa 13ème revue de la semaine. Jean-Luc Mélenchon y aborde plusieurs thèmes et alors qu’il parle, on peut voir si on a suffisamment d’attention un chat qui passe par-ci par-là à certains moments.

Voici une courte vidéo avec les extraits avec le chat.

Forcément, comme les gens aiment les animaux, le chat attire l’attention. Mais comme Jean-Luc Mélenchon s’aime surtout lui-même, il n’apprécie pas du tout, mais alors vraiment pas.

Il aborde la question dans sa 15ème revue hebdomadaire, à 33:30. Il est très énervé, fait semblant d’être sérieux, pour en réalité se moquer méchamment : des gens osent demander le nom du chat !

Jean-Luc Mélenchon n’a strictement rien compris, mais vraiment rien. S’il avait été réellement progressiste, il aurait bombardé de photos du chat, se montrant avec le chat, expliquant qu’il faut aimer les chats, comme tous les animaux.

Les gens adorent les chats, on connaît le mythe amusant comme quoi la moitié d’internet consiste en des photos de chats.

Et que fait Jean-Luc Mélenchon ? Il est odieux, parce qu’on ose lui poser une question sur un chat, au lieu de parler de lui et de ses propositions pour être président !

C’est vraiment un révélateur et ce qui est incroyable avec les animaux, c’est qu’il est incroyablement difficile de faire semblant. Même l’idée de faire semblant est véritablement très difficile d’accès.

Marine Le Pen s’essaie beaucoup à ce niveau, mais elle n’y arrive pas, il y a trop de contradictions.

Alors le véganisme, n’en parlons pas (nous parlons bien entendu du véganisme comme amour des animaux, pas comme bonne conscience passive et individualiste).

C’est la raison pour laquelle, d’ailleurs, il y a une tendance à chercher à faire en sorte que le véganisme disparaisse au profit d’un « antispécisme » qui ne va pas de pair avec une définition pratique immédiate.

L’amour pour les animaux demande un esprit positif, une pratique réfléchie : on ne peut pas mentir et, même, on ne peut pas comprendre si on est vraiment en-dehors de la compassion.

« La protection des animaux en cinq dates »

Voici un excellent exemple par la négative, publié par France Culture. Il contient une pseudo chronologie de la protection des animaux en France, afin de faire semblant qu’il y ait un « progrès ».

Les mentalités ne sont pas abordés, l’explosion de l’exploitation animale n’est pas prise en compte, on n’a juste une sorte de point de vue institutionnel, qui valorise le droit, parce que tel est le but : faire en sorte d’amener à la voie de garage de la soumission aux institutions…

Du meuble à l’être sensible : la protection des animaux en cinq dates

Les récents scandales sur les abattoirs, dénoncés notamment par les vidéos de l’association L214, ont ramené sur le devant de la scène la question de la souffrance animale, et donc des droits des animaux. En 200 ans de réglementation du traitement de l’animal, celui-ci apparaît de plus en plus protégé pour lui-même, en tant qu’être vivant et sensible :

1791 : Première loi de défense de l’animal… en tant que propriété de l’homme

La jeune assemblée législative vote une loi pour la défense de l’animal en tant que propriété des hommes. Les atteintes à l’animal sont punies comme des atteintes à la propriété d’autrui. Cette loi concerne principalement les chiens de garde.

1850 : Première loi de protection de l’animal… pour préserver la sensibilité des hommes

« Seront punis d’une amende de 5 à 15 francs, et pourront l’être d’un à cinq jours de prison, ceux qui auront exercé publiquement et abusivement des mauvais traitements envers les animaux domestiques ». Ce sont les mauvais traitements sur la voie publique qu’interdit la loi Grammont. Il s’agit au fond de préserver la sensibilité des individus témoins de la souffrance animale dans l’espace public, et en particulier des chevaux, utilisés à de multiples tâches éprouvantes : transport urbain, travail dans les mines, mutilations lors des guerres… Le cheval est le premier et quasiment le seul animal à bénéficier du souci des protecteurs du XIXe siècle, sans que cela parvienne cependant à modifier les pratiques.

1963 : L’acte de cruauté envers l’animal est un délit

La loi de 1963 innove en créant le délit d’actes de cruauté, que ceux-ci soient ou non commis en public, envers les animaux domestiques apprivoisés ou tenus en captivité. Les animaux sauvages sont exclus de ces mesures. Une loi de 1898 interdisait les mauvais traitements publics et privés, mais sans aucune sanction. En 1959, un décret avait réprimé pour la première fois les mauvais traitements infligés aux animaux. Mais c’est la loi de 1963 qui réprime le plus explicitement la cruauté envers les animaux, en tant que volonté de faire souffrir.

1976 : Reconnaissance de l’animal comme être sensible

« Tout animal étant un être sensible doit être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce » stipule la loi de 1976. Par la reconnaissance nouvelle dans le droit positif du caractère sensible de l’animal, cette loi se démarque de l’esprit des textes précédents. Elle comporte aussi des aspects bénéfiques aux espèces animales sauvages par la création des réserves naturelles et des parcs nationaux. Les élevages intensifs hors sol, les conditions de transport, les conditions de détention des animaux de laboratoire, les cirques et les zoos, ou les élevages d’animaux à fourrure entrent ainsi en conflit avec ce texte.

2015 : L’animal devient un « être doué de sensibilité » dans le Code civil

Le Parlement reconnaît aux animaux la qualité symbolique d' »êtres vivants doués de sensibilité », dans le cadre de la loi de modernisation et de simplification du droit. Le Code civil, qui considérait jusqu’ici les animaux comme « des biens meubles », est ainsi aligné sur le Code pénal et le Code rural qui les reconnaissent déjà comme des êtres vivants et sensibles. Les animaux restent toutefois soumis au régime des biens corporels. Abattages rituels, corrida, chasse à courre ne sont donc pas remis en cause par cet amendement. Les animaux sauvages, pris en compte par le Code de l’environnement, ne sont pas concernés.

Sources : Florence Burgat, « La protection de l’animal », Paris, PUF, coll. « Que sais-je? », n° 3147, 1997 et « L’animal dans les pratiques de consommation », Paris, PUF, coll. « Que sais-je? », n° 374, 1995

La question des simili-carnés et de leur dénomination

La Coordination rurale est un syndicat d’agriculteurs et d’éleveurs, c’est même le second derrière la FNSEA, qui est critiquée pour représenter les intérêts des plus gros industriels.

Elle représente les petites entreprises qui veulent encore être grandes, et elles viennent de se lancer dans une opération qui est déjà très forte en Allemagne : empêcher que les produits simili-carnés utilisent les mêmes termes pour se définir que les produits carnés.

Voici leur tout nouveau communiqué de presse à ce sujet :

La mention « steak » doit être réservée à la viande. Un steak ne peut pas être vegan !

A l’instar de son homologue allemand, Christian Schmidt, la section Viande de la Coordination Rurale demande au ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll d’interdire l’utilisation des dénominations associées aux produits carnés (steak, saucisse, jambon…) pour la commercialisation des produits ne contenant pas de viande, ou pour les lieux de leurs ventes (boucherie…).

Les plats tentant d’imiter la viande n’en sont pas pour autant. Il faut mettre fin à ces pratiques trompeuses pour les consommateurs.

Les éleveurs de la CR rappellent que les récentes enquêtes de 60 millions de consommateurs à ce sujet ont encore montré que les apports nutritionnels des produits élaborés uniquement à base de protéines végétales ne sont pas équivalents à ceux des produits carnés.

Il serait donc également souhaitable que, dans la restauration collective, en particulier scolaire, des menus végétariens uniques ne soient pas imposés certains jours comme cela arrive de plus en plus fréquemment.

En effet, il revient à chaque adulte responsable de faire ses propres choix alimentaires pour ce qui le concerne, et l’Éducation nationale ne peut contribuer à les formater de manière abusive, au risque de nuire au développement physique et psychique de l’enfant et de l’adolescent ; c’est une question de santé publique.

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Tout cela est totalement logique. A partir du moment où le véganisme ne se pose pas comme moral, comme culture, que c’est l’industrie qui prédomine, alors la question de fond devient celle de la concurrence économique.

A partir du moment où l’on ne met pas en avant la Nature, mais le fait de ne pas tuer, c’est-à-dire non pas la vie mais la mort, on aboutit à l’existentialisme, à une passivité consommatrice.

Tout cela est bien philosophique et pour faire plus simple : réduire le véganisme au remplacement de la viande par du simili-carné, c’est réduire l’alimentation végétalienne à des substituts de viande.

La conséquence en est déjà une base morale insuffisante : nous ne croyons pas qu’à terme il restera grand-chose de la vague L214 – Aymeric Caron, plein de superficialité et d’esprit bobo individualiste.

Une autre conséquence est que le véganisme devient une question capitaliste, avec capitalisme contre capitalisme. Le summum du militantisme semble d’ailleurs être chez certains d’ouvrir son épicerie ou son restaurant dans le centre-ville, ce qui peut être utile, mais si le but est le profit et si les produits vendus sont du simili-carné, le véganisme n’est qu’un prétexte à du business…

Et qui dit business dit concurrence. Il n’est nullement étonnant que les producteurs de « viande » tentent de préserver leurs parts de marché, leur monopole. Et partant de là, qu’ils comptent empêcher l’utilisation de définitions relevant de leur production.

Cela ne nous étonne pas et nous trouvons absurde les gens qui ont envie de retrouver le goût du cadavre dans leur bouche, même si cela n’en est pas un.

Nous considérons le véganisme comme une véritable culture, pas comme une variante de cette société où tout est à changer.

L’autre interprétation du véganisme se donne comme objectif de véganiser la société, en affirmant que c’est possible, qu’on peut faire confiance aux institutions.

Rien que cette question des noms employés pour le simili-carné reflète déjà l’impossibilité de cela : le système veut bien des niches, il n’a rien contre 1 ou 2 % de gens se « perdant dans le décor ». Mais il ne faut pas que cela déborde, cela ne doit pas dépasser du cadre, chaque chose doit rester à sa place…

« Le bon, la brute et le truand »

Le site web-agri a publié un éditorial intitulé « Végans : le bon, la brute et le truand ».

Voici les définitions proposées, qui visent bien entendu à diviser les végans, ce qui devrait arriver sans trop de difficultés, puisque sous l’effet d’associations comme L214, il y a un énorme courant réformiste, légaliste, institutionnel, très violemment anti-ALF, etc.

Le bon a ses idées mais reste tolérant. Il a choisi ce mode de vie et ose en parler quand il n’est pas trop critiqué (oui, eux aussi sont montrés du doigt).

Mais il laisse chacun libre de ses choix. Et respecte ceux qui agissent différemment. La moindre des choses est d’ailleurs de lui rendre la pareille. Sinon comment exiger que les végans respectent le monde agricole et surtout l’élevage ?

La brute est sectaire. Militant de « la cause animale », il veut imposer son opinion coûte que coûte et réclame l’éradication de l’élevage au nom de l’intérêt commun.

Et oui, tout le monde devrait être comme lui puisque sa vision du monde (végane en l’occurrence) est la bonne, l’unique. Quiconque ne pensant pas comme lui est un assassin, un moins que rien, un retardé et j’en passe.

Discuter est inutile, il n’entend rien d’autre que sa vérité. La liberté d’autrui ? Lorsqu’il s’agit des animaux, il y reste sourd. J’appelle ça de l’extrémisme.

Le truand est un végan qui va encore plus loin. En bon troll, il poste des messages anti élevage sur les forums, les pages Facebook et les articles agricoles, et n’hésite pas à « truander » en utilisant plusieurs comptes ou pseudos par exemple, pour donner l’impression d’être plus nombreux.

Certains attendent des nouveaux produits qui représentent pour eux un progrès : la viande sans viande, le lait sans lait… Bref des aliments artificiels. Je suis prêt à parier que ceux-là même se plaindront plus tard de la « bouffe chimique ».

Évidemment, le « truand » n’existe pas : c’est juste pour agresser le véganisme comme utopie technico-scientifique opposé au bon « terroir ».

Ce qui est intéressant, par contre, c’est l’opposition entre le « bon », qui discute et est relativiste, et la « brute ».

Elle annonce que, profitant de la vague réformiste, l’exploitation animale va tout faire pour oeuvrer en 2017 à l’isolement de ceux et celles exigeant la libération animale sans compromis.

Voici d’ailleurs la fin de l’éditorial :

En tant qu’omnivore, on peut apprécier un bon steak (bien saignant ou bleu dans mon cas) sans dénigrer ceux qui ne veulent pas en manger. Et vice-versa.

Avec humanisme, voire utopie, je rêve que les hommes puissent se respecter les uns les autres dans leur diversité de pensées et de façons de vivre. Un monde plus tolérant. Tel est mon souhait pour 2017. En espérant que ce ne soit pas, une fois encore, un vœu pieux…

Le piège de l’illusion démocratique va se referme en 2017 sur les partisans des réformes institutionnelles en faveur de la « protection animale ».

Une tribune « Prendre le parti des animaux » contre le véganisme

Voici une tribune publiée dans Libération, qui est très importante. Son auteur, Dominique Lestel qui est enseignant en philosophie contemporaine à l’Ecole normale supérieure, est en effet également l’auteur en 2011 d’une « Apologie du carnivore ».

Si sa tribune est intitulée « Prendre le parti des animaux », c’est que son objectif est très clair : soutenir le réformisme de la protection animale « ni droite ni gauche » contre l’idée d’un changement complet, d’une révolution de gauche ayant le véganisme en son coeur.

Il s’agit ici de nier que l’exploitation animale est liée au capitalisme, que seule une révolution à l’échelle du monde peut changer réellement les choses, en unifiant l’humanité dans la paix et le véganisme universel, la reconnaissance et la protection de la Nature, le combat contre le réchauffement climatique…

Dans quelques décennies, l’émergence des partis animalistes sera considérée comme un moment clé du XXIe siècle. Alternative à l’opposition droite – gauche, ils sont l’occasion de transformer radicalement la société.

Prendre le parti des animaux
Créé en mars 2016, officiellement lancé le 14 novembre, le «Parti animaliste» va en faire ricaner plus d’un de façon ridicule. Ce parti veut améliorer la condition de tous les animaux dans toutes les situations dans lesquelles ils se trouvent – les animaux de compagnie comme les animaux marins, les animaux de boucherie comme les animaux de laboratoire.

Il veut abolir les animaux de divertissement et réguler sévèrement la chasse. Le droit animal n’est pas oublié, ni la place de l’animal dans l’éducation. Ce Parti animaliste français n’est ni un cas isolé ni une aberration. Il s’inscrit dans un mouvement international plus large.

Le premier parti pour les animaux apparaît au Pays-Bas en 2002. On en compte aujourd’hui dans neuf pays européens, ainsi qu’aux Etats-Unis, en Australie et en Turquie. Il ne s’agit pas d’organisations folkloriques. Le parti animal néerlandais réunit plusieurs élus au niveau local, national et européen. Le parti animaliste portugais, un député national, et le parti australien, un sénateur.

De tels regroupements ne sont pas seulement parfaitement légitimes ; leur création porte la marque d’un changement majeur de paradigme dans le paysage politique contemporain. Leur but n’est plus seulement de défendre l’animal de façon individuelle ou à travers des associations civiles, mais de faire de la condition animale une préoccupation politique majeure à traiter comme telle.

Il ne s’agit plus seulement de faire venir les animaux en politique (c’est-à-dire de les penser en fonction de catégories politiques) mais bien de transformer la politique elle-même pour donner une voix, non aux animaux eux-mêmes mais à ceux qui s’en soucient et qui deviennent de plus en plus nombreux à vouloir s’exprimer. En d’autres termes, ce n’est pas le Parti animaliste qui est bizarre, c’est plutôt le fait que les autres attachent encore si peu d’importance au statut de l’animal dans nos sociétés qui pose un problème d’appréciation.

Ce parti n’est pas explicitement vegan, même si une grande partie de ses membres doit sans doute l’être. Il propose seulement de réduire la consommation de viande et de promouvoir une alimentation plus végétale, une tendance nécessaire même pour un carnivore éthique.

On ne saurait sous-estimer les effets positifs de la posture vegan, malgré ses problèmes intrinsèques, mais un parti purement vegan n’a aucun avenir.

Une organisation dévolue aux intérêts de l’animal peut néanmoins laisser sceptique : n’y a-t-il pas des problèmes plus urgents à résoudre que de se soucier des animaux ? On peut déjà répondre, de façon pragmatique, que le seul moyen d’avoir un secrétariat à l’Animal est d’avoir un parti qui draine des voix qu’il est possible de monnayer.

Mais on peut aussi être plus ambitieux et passer du souci pour l’animal à la volonté de transformer radicalement la société en fonction d’un autre rapport à l’animalité en reconnaissant pleinement la consubstantialité de l’humain avec les autres espèces et en faisant de ce constat un socle pour réorganiser l’espace public en conséquence. Dans cette perspective, les partis animalistes constituent une vraie alternative à l’opposition droite-gauche qui régit encore (et bien mal) notre vie politique actuelle.

Dans un roman fameux (qui a d’ailleurs obtenu le prix Goncourt en 1956), les Racines du ciel, Romain Gary explique que notre liberté dépend de celle des éléphants d’Afrique, et que c’est la raison pour laquelle il faut les protéger à tout prix.
Pouvons-nous vraiment rester humains sans les animaux ? Jusqu’où les partis animalistes sont-ils prêts à aller ? Sont-ils prêts à aborder la question taboue par excellence, celle de la surpopulation humaine qui en est arrivée au point de menacer toutes les autres espèces par son nombre même comme le suggérait Paul Shepard dès 1978 ? Ce qui est en question, on le voit, est en fin de compte loin d’être dérisoire.

Ces partis animalistes concrétisent pour la première fois de façon claire le fait qu’un nouveau pôle attracteur émerge dans le champ politique : celui de l’espèce et de la cohabitation des espèces les unes avec les autres.

La philosophe éco-féministe australienne Val Plumwood remarque en 1993 que la théorie féministe s’est occupée de la race, de la classe et du genre mais qu’elle a un peu oublié une quatrième catégorie d’analyse, que Plumwood elle-même jugeait centrale : celle de la nature. Je dirais moi-même que c’est celle de l’espèce qui est plutôt en jeu et qui devient en elle-même un problème politique majeur. La question de l’espèce renvoie aux espèces animales, mais aussi à toutes celles avec lesquelles elles doivent cohabiter.

On le voit déjà avec les tendances transhumanistes qui veulent modifier ce qu’est l’humain en évacuant totalement l’animalité de leur programme ; la pollution généralisée qui ne se contente pas de salir les environnements mais qui pollue l’espèce humaine comme on peut s’en rendre compte avec l’explosion des maladies auto-immunes et la multiplication inquiétante des allergies et des intolérances alimentaires ; la préservation des espèces ; les débats autour des OGM – et la multiplication des robots qui sont des agents qui ne sont pas d’espèces et auxquels certains songent déjà à attribuer des droits.

Les partis animalistes laissent encore de nombreux points en suspens. Par exemple celui de savoir en quoi ils diffèrent des partis écologistes traditionnels avec lesquels ils entrent directement en concurrence.

On peut se gausser de ces nouveaux partis animalistes mais dans quelques décennies, leur création sera sans doute considérée comme un moment politique important du XXIe siècle. Ce ne sont sans doute pas des partis qui seront au pouvoir dans un avenir proche, quoique les récents succès du Parti pirate en Islande rendent plutôt optimiste. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que ces partis sont appelés très rapidement à modifier substantiellement ce que signifie être au pouvoir.