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Laurence Abeille et sa « contribution » au sujet des abattoirs

A la fin du rapport de la Commission d’enquête parlementaire dont nous parlons en ce moment, on trouve des contributions. Voici celle de Laurence Abeille, député d’EELV et signataire du petit manifeste dont nous parlions hier, consistant en une OPA d’EELV sur la question animale.

L’idée est aussi de soutenir la candidature de Yannick Jadot – lui-même proche de Laurence Abeille et signataire du « manifeste – pour être candidat EELV aux présidentielles.

La contribution de Laurence Abeille a ceci de typique qu’on y retrouve cette contradction morale, théorique et pratique : comment assumer le réformisme, alors que ce qui le justifie, la situation des animaux, l’interdit par définition ?

Et – ce qui rend sa « contribution » hypocrite, lâche, mensongère – elle exprime ses contradictions au sein d’une contribution qui s’oppose par définition à la défense des animaux, puisqu’il s’agit d’une commission d’enquête pour améliorer les abattoirs !

Tout d’abord, je voudrais saluer le travail de la commission, de son président et de son rapporteur qui ont présenté dans leur rapport un ensemble de préconisations que je pense utiles pour éviter les scandales qui ont été dénoncés par l’association L214.

Toutefois, je souhaite par cette contribution insister sur deux points que le rapport, de mon point de vue, n’a pas suffisamment pris en compte : l’absence de nécessité à consommer de la viande, et la psychologie de l’homme au moment de la mise à mort de l’animal dans l’abattoir.

Lors de son audition, Florence Burgat, philosophe et directrice de recherche à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) expose la démarche philosophique qui consiste à « mettre au jour des fondements que l’ordinaire des pratiques masque, faisant passer pour allant de soi ce qui n’est pas nécessairement légitime ».

Elle apporte ainsi des éléments essentiels quant au questionnement sur le bien-fondé de la consommation carnée. Elle relève que la mise à mort des animaux en vue du plaisir pris à la consommation de leur chair ne  peut être tenue comme allant de soi. « Les arguments en faveur de la boucherie, dans un contexte où la nécessité ne pe
ut pas être invoquée (…) sont moralement très faibles. La balance entre le plaisir gustatif de l’un, obtenu par la mort de l’autre est grandement déséquilibrée ».

Florence Burgat explique « soit on pense le problème à l’intérieur du cadre réglementaire en vigueur et l’on tient, sans examen, pour légitime ce qui est légal, on s’interdit alors de comprendre pourquoi certains remettent en cause la boucherie et l’on cantonne le problème à des dérives ou à des aspects techniques ; soit on s’interroge depuis les fondements sur la légitimité de la boucherie et l’on se demande alors s’il est juste de faire subir aux animaux ce que nous leur faisons
subir, c’est-à-dire le pire – de quel droit, en l’absence de nécessité, assimilons-nous les animaux à des ressources transformables ou à des biens dont l’usage implique la destruction ?

Ajoutons que jamais nous n’avons fait souffrir et tué autant d’animaux qu’aujourd’hui alors que jamais nous n’avons eu moins besoin des animaux pour notre survie ou pour notre développement. »

Florence Burgat poursuit : « C’est sur le caractère à la fois ancien et pérenne de l’interrogation sur la légitimité même de l’abattage des animaux que je voulais appeler votre attention. Non, cette préoccupation n’est pas le fait d’étranges groupuscules qui puisent dans des sources occultes ; il s’agit bien d’une question philosophique et morale que seule l’ignorance de l’histoire des idées peut ranger au magasin des bizarreries. »

En ce qui me concerne, l’audition de Florence Burgat a eu le grand mérite de s’interroger sur les fondements de la légitimité à tuer, en l’absence de nécessité pour se nourrir.

Catherine Rémy, chercheuse au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) a, pour sa part, apporté de nombreux éléments quant aux aspects sociologiques et ethnologiques des rapports entre les hommes et les animaux. Les enquêtes qu’elle a menées au sein des abattoirs ont permis de saisir, sur le terrain, les enjeux de la question animale avec celles des frontières de l’humanité.

Elle relève que, fondamentalement, il existe « un milieu très spécial à l’abattoir qui se caractérise notamment par un rapport violent à la mise à mort et à l’animal. De nombreux visiteurs décrivent un univers difficile, brutal ». C’est à travers la description de cet univers que l’étude de cette sociologue est intéressante. Elle a pu observer ce qu’elle appelle une culture du combat : « quand les animaux sont dociles, les travailleurs tuent avec détachement. Mais, très souvent, lorsqu’un animal résiste alors les travailleurs peuvent user de la violence, une violence non seulement verbale, mais physique ».

Cette dualité de situations s’inscrit dans un environnement professionnel qui ne permet pas aux travailleurs d’exprimer une compassion vis-à-vis de l’animal. En effet, comment serait-il humainement possible de demander à un ouvrier d’éprouver une quelconque compassion pour un animal qu’il doit tuer ? Elle souligne, alors, à quel point il serait difficile de transformer les ouvriers d’abattoir en « bons euthanasistes pleins de compassion ».

Catherine Rémy précise : « On a voulu penser l’abattoir comme une usine traditionnelle et, au fond, réduire l’animal à de la matière ; mais l’animal résiste, se rappelle à nous et se rappelle au tueur en résistant. J’ai constaté que ces moments sont très troublants pour les hommes et que c’est alors qu’on voit apparaître une violence. »

« On voit aussi des moments où l’animal résiste (…) si bien que même si l’ouvrier veut accomplir son geste le mieux possible, cela lui est difficile. Bref, il y a bien une résistance du vivant. »

Les apports de l’audition de Catherine Rémy méritent d’être relevés. Ils permettent de mettre en avant un aspect spécifique du métier d’abatteur, le plus souvent ignoré, la confrontation avec la résistance d’un être vivant qui ne veut pas mourir. En saisissant les caractéristiques de la relation du tueur avec l’animal, de véritables questionnements de fond se posent sur cette situation de violence
inévitable.

Le rapport montre que la France possède les connaissances scientifiques et techniques nécessaires afin d’éviter toute souffrance inutile, mais qu’elles ne sont pas suffisamment appliquées. Pour autant, je souhaite rappeler que la mise à mort d’un animal consiste obligatoirement en une souffrance, ce qui entre en contradiction avec la notion même de respect du bien-être animal.

Tel est le sens de ma contribution, souhaiter replacer ce rapport dans un contexte où l’animal tué est un être vivant qui refuse de mourir, et par ailleurs rappeler que nous pouvons nous orienter vers une alimentation de moins en moins carnée, voire nous en passer complètement.

EELV lance une OPA sur la question animale

Avant de continuer de parler des mesures proposées par la commission d’enquête parlementaire « sur les conditions d’abattage des animaux de boucherie dans les abattoirs français » jetons un oeil sur un étrange manifeste qui vient d’être publié.

Son titre se voulant philosophique est « Le rapport à l’animal est notre rapport au monde », ses auteurs étant Yannick Jadot, Pascal Durand  et Laurence Abeille d’EELV, ainsi qu’Allain Bougrain Dubourg.

On notera que Laurence Abeille a fait partie de ladite commission, qui est d’ailleurs le prétexte à ce manifeste. Pour la première fois, EELV aborde la question animale : jamais cela n’a été le cas auparavant.

Voyant qu’il faut bien affronter le problème, EELV s’appuie sur la commission, tenant un discours plus ou moins à la zadiste, afin de se proposer comme aire d’accueil pour les personnes engagées dans la cause animale.

C’est une OPA pure et simple, un coup politique éhonté. C’est flagrant : jamais EELV n’avait abordé jusque-là la question, et là il est expliqué que « la question de notre rapport aux animaux n’est pas qu’un sujet politique parmi d’autres, elle est un projet de société en soi »…

C’est ignoble, tout simplement.

Le rapport à l’animal est notre rapport au monde

L’animal, sa sensibilité et ses souffrances ont fait une entrée fracassante dans le débat public avec la diffusion des vidéos de l’association de protection animale L214, mettant en lumière le sort réservé aux animaux dans les abattoirs en France.

Les réactions, nombreuses dans la société, ont conduit à une prise de conscience très forte et à un rejet grandissant des conséquences de certaines activités humaines sur le vivant dans son ensemble. Cette indignation, grâce la mobilisation de la société civile, nourrit la demande toujours plus pressante d’action politique en faveur du bien-être animal.

À ce titre, la création de la première commission d’enquête parlementaire sur les conditions d’abattage en France révèle un début de reconnaissance de la condition animale comme sujet politique à part entière.

Cette commission eut le mérite de mettre en lumière les dysfonctionnements graves qui existent dans des abattoirs, lieux totalement fermés et cachés; et d’interroger des aspects plus fondamentaux du lien que les sociétés humaines entretiennent avec le vivant.

Elle doit aussi être l’occasion de mettre en perspective et en débat l’étendue du sort que nos sociétés réservent aux animaux, des abattoirs aux conditions d’élevage, en passant par le transport, le trafic d’espèces sauvages, le commerce international, la pêche en eaux profondes, la chasse, la corrida ou les expérimentions animales.

L’affaire des abattoirs en France est en effet l’illustration d’un système global. Celui d’abord de quelques grands groupes industriels et agro-alimentaires, tenants d’une industrialisation sans limite, pour qui la nature et le vivant ne seront jamais que des ressources économiques, des produits à exploiter au service d’une rentabilité financière devenue insensée. Celui surtout de leur incapacité à penser l’animal comme un être vivant à part entière, sensible et souffrant.

Pourtant, lorsqu’on est doté d’une conscience, que vaut un chiffre d’affaire, un bénéfice, un profit en regard d’une douleur injustifiée, du mépris de la vie, du respect dû à tout le vivant?

Alors que nous vivons la 6ème extinction animale de masse, que les espèces présentes sur terre disparaissent 100 fois plus vite que par le passé, que l’exploitation animale détériore chaque jour notre planète et hypothèque la vie humaine, il est tout simplement vital, au sens premier du terme, de repenser notre rapport au vivant et de l’inscrire au cœur de notre action politique.

Depuis 2009, les Traités européens reconnaissent les animaux comme des êtres sensibles, mais c’est toujours à la faveur de mobilisations citoyennes que les victoires ont pu être arrachées.

C’est parce que les consommateurs, les associations et les ONG ont agi que nous réussirons à interdire le chalutage en eaux profondes et préserver une partie de la biodiversité marine, c’est grâce aux mobilisations citoyennes que nous pouvons à la fois remettre en cause les subventions accordées aux corridas, à faire passer l’animal avant notre divertissement et à ne plus considérer comme allant de soi les numéros de dressage dans les cirques ou l’exposition d’animaux dans les parcs zoologiques, que nous pouvons faire reculer l’univers concentrationnaire de l’élevage industriel, c’est parce que nous pouvons nous appuyer sur les milieux scientifiques qu’il est possible d’interdire des expérimentations animales à des fins mercantiles.

Dès lors, ce mouvement ne doit pas s’arrêter, il doit s’amplifier.

Pour nous, écologistes, la question de notre rapport aux animaux n’est pas qu’un sujet politique parmi d’autres, elle est un projet de société en soi, elle est le marqueur de notre rapport au monde et fondamentalement, de notre vision de l’humanité.

La commission d’enquête parlementaire et les associations

Maintenant que la commission d’enquête parlementaire « sur les conditions d’abattage des animaux de boucherie dans les abattoirs français » a rendu son rapport public, on peut enfin voir ses propositions.

Une lecture de celles-ci fait qu’on comprend vite pourquoi rien n’a été public et pourquoi ce sont les médias qui se sont chargés d’encadrer leur présentation.

Commençons par exemple par la partie sur les associations. Ce qu’on y lit est très clair et n’a pas besoin de commentaires : la commission d’enquête parlementaire, qui précise bien qu’elle est née directement des vidéos rendues publiques par l’association L214, concerne que les associations doivent participer à la régulation des abattoirs, à leur encadrement.

Les personnes aimant les animaux devraient donc non pas être d’une morale végane intransigeante, mais être une composante d’une exploitation animale « moderne »…

A. RENFORCER LE RÔLE DES ASSOCIATIONS DE PROTECTION ANIMALE

La commission d’enquête a été créée suite à la diffusion de vidéos réalisées par l’association de protection animale L214 éthique et animaux, qui a joué son rôle de lanceur d’alerte. Il est donc nécessaire de reconnaître la légitimité des associations de protection animale et la qualité de leur travail pour le respect du bien-être animal en abattoir, distinction nécessairement faite de la part militante de certaines associations contre l’abattage des animaux.

1. La légitimité des associations

Nombreux sont les professionnels de la filière qui ont souligné devant la commission d’enquête la qualité du travail des associations de protection animale et la légitimité de leur action en matière de bien-être animal.

En effet, certaines associations de protection animale coopèrent directement et depuis longtemps avec les éleveurs et les exploitants d’abattoirs afin d’améliorer leurs pratiques en matière de bien-être animal.

Mme Christiane Lambert, première vice-présidente de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), a confirmé ce travail commun : « […] Nous avons à cœur de dialoguer avec certaines autres [associations] pour expliquer quelle est la nouvelle attente et pourquoi elle se manifeste. Nous travaillons avec d’autres organisations comme CIWF, qui visite des élevages et contribue à écrire des cahiers des charges, et qui est intervenue devant la FNSEA. Nous travaillons également avec l’association Welfarm, qui visite aussi des exploitations et avec laquelle nous avons projeté plusieurs réunions de travail thématiques pour entrer dans le détail de ce que l’on peut faire ou pas dans l’intérêt des animaux. » (409)

M. Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne, a confirmé que son organisation collaborait avec de telles associations : « Comme la FNSEA, la Confédération paysanne travaille avec des associations tel que CIWF : c’est le signe que certains militants du bien-être animal ont réellement la volonté d’être les interlocuteurs de l’ensemble des professionnels agricoles. C’est avec ces gens-là que l’on pourra travailler en toute objectivité pour trouver des pistes d’amélioration entre les éleveurs et les abattoirs ». (410)

Plusieurs intervenants qui se sont exprimés devant la commission d’enquête ont également souligné le rôle historique de l’association Œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoirs (OABA).

M. Patrick Dehaumont, directeur général de l’alimentation (DGAL), a ainsi déclaré : « Pour ce qui est de nos relations avec les associations, elles me paraissent bonnes. Du reste, un certain nombre d’associations de protection animale, dont l’OABA, sont parties prenantes du Conseil national d’orientation de la politique sanitaire animale et végétale, au cours duquel sont abordées les questions de bien-être animal. Le travail avec les associations est donc constructif. […]

Cette mise au point ne remet nullement en cause l’action de l’OABA, qui réalise un travail extrêmement efficace dans les abattoirs depuis des décennies. D’ailleurs, lors du dernier CNOPSAV, nous avons rappelé, et le ministre l’a également souligné, que nous sommes très favorables à des conventionnements entre les professionnels de l’abattage et des associations comme l’OABA pour assurer plus de transparence, renforcer la vigilance et sensibiliser les différents acteurs. » (411)

M. Max Roustan, maire de la ville d’Alès, dont l’abattoir a fait l’objet d’une vidéo très médiatisée par l’association L214, a indiqué : « Par ailleurs, l’OABA, que vous avez reçue, a validé en 2011 et en 2016 les procédures mises en œuvre par l’abattoir d’Alès. » (412)

Il faut également préciser que l’OABA a rédigé des guides de recommandations sur les pratiques d’abattage, qu’elle a ensuite distribués dans de nombreux abattoirs français.

Ces associations qui travaillent en commun avec les professionnels du secteur de l’élevage et de l’abattage tirent leur légitimité de leur volonté et de leurs actions pour garantir le respect du bien-être des animaux d’élevage et améliorer les pratiques de ces professionnels.

Les professionnels du secteur rejettent en revanche les associations de protection animale qui ont un message promouvant l’abolition de la consommation de produits d’origine animale.

Mme Christiane Lambert, première vice-présidente de la FNSEA, a ainsi déclaré : « En clair, nous faisons un net distinguo entre les objectifs poursuivis par certaines associations et par d’autres. » (413)

2. Les moyens d’actions des associations

Afin de renforcer le rôle des associations de protection animale, il est avant tout nécessaire de renforcer leurs moyens d’action qui sont notamment leur constitution partie civile et les visites en abattoir.

a. La constitution de partie civile par les associations

Aujourd’hui, les associations de protection animale peuvent se constituer partie civile pour des infractions pénales de mauvais traitements sur animaux si ces infractions relèvent du code pénal.

En effet, l’article 2-13 du code de procédure pénale dispose : « Toute association régulièrement déclarée depuis au moins cinq ans à la date des faits et dont l’objet statutaire est la défense et la protection des animaux peut exercer les droits reconnus à la partie civile en ce qui concerne les infractions réprimant l’abandon, les sévices graves ou de nature sexuelle, les actes de cruauté et les mauvais traitements envers les animaux ainsi que les atteintes volontaires à la vie d’un animal prévus par le code pénal. »

Cette disposition ne permet cependant pas aux associations de protection animale de se constituer partie civile pour des infractions relevant du code rural et de la pêche maritime.

Par conséquent, en l’état actuel de la réglementation, les associations de protection animale ne peuvent se constituer partie civile pour des mauvais traitements commis sur des animaux en abattoir ou lors de leur transport.

Cette impossibilité s’avère d’autant plus être défavorable au vu des évolutions législatives étendant le délit de maltraitance animale aux exploitants d’abattoirs et d’entreprises de transport (voir supra).

M. Frédéric Freund, directeur en charge des missions de visites des abattoirs de l’association Œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoirs (OABA) regrette une telle impossibilité : « Vous avez donc devant vous une association reconnue d’utilité publique spécialisée dans la protection animale, de l’élevage à l’abattage, qui ne peut légalement se constituer partie civile pour toutes les infractions relatives aux règles d’élevage, de transport et d’abattage contenues dans le code rural… » (414)

Il est important de rappeler que la constitution de partie civile peut être indépendante de la plainte et qu’elle a pour objet de permettre d’obtenir la réparation du préjudice subi par l’infraction en devenant partie au procès. Elle permet le déclenchement des poursuites à l’encontre de l’auteur des faits en cas d’inertie du parquet.

La constitution de partie civile implique le versement d’une consignation dont le montant est fixé par le juge d’instruction. Si la plainte ne s’avère pas justifiée, ce montant n’est pas restitué.

Proposition n° 58 : Modifier l’article 2-13 du code de procédure pénale relatif à la constitution de partie civile des associations afin d’y inclure les infractions pénales relevant des dispositions du code rural.

b. La visite des abattoirs par les associations

Une des missions principales de l’association Œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoirs est de visiter ces établissements afin de s’assurer du respect de la réglementation relative au bien-être animal, comme l’a déclaré M. Jean-Pierre Kiefer, président de l’OABA devant la commission d’enquête : « L’OABA a mené depuis les années soixante-dix une mission de visites des abattoirs, mettant à profit la présence traditionnellement forte de vétérinaires parmi ses membres […]. Depuis quelques années, elle rencontre toutefois des difficultés pour la mener à bien. » (415)

En effet, suite à la diffusion en 2012 du reportage réalisé par
Mme Anne de Loisy sur les abattoirs, qui a bénéficié d’une forte audience, auquel l’OABA a apporté son aide et expertise, les portes de certains abattoirs se sont fermées.

M. Kiefer déplore ainsi les « répercussions directes pour l’OABA car certains directeurs d’abattoir ont considéré que notre association avait trahi leur confiance. C’est une attitude regrettable : les professionnels auraient mieux fait de considérer qu’il leur fallait balayer devant leur porte, car nous n’avions dénoncé que de très, très mauvais élèves, et empêcher que les dysfonctionnements dénoncés à travers des cas extrêmes ne se reproduisent. » (416)

Les visites de l’OABA ne se font pourtant pas de façon inopinée, comme l’explique M. Kieffer : « Ces visites se font toujours après avoir pris rendez-vous avec le directeur de l’abattoir concerné et les services vétérinaires en charge du contrôle de cet abattoir : il n’est pas possible pour une association de venir à l’improviste pour voir ce qu’il s’y passe. Précisons que nos audits portent sur la seule protection des animaux et non sur l’aspect sanitaire. Sur place, nous adressons des remarques au directeur et aux professionnels sur les problèmes que nous relevons. Nous faisons même corriger les mauvaises pratiques en montrant les bons gestes, puisque nos enquêteurs sont soit des vétérinaires soit des professionnels des animaux et d’utilisation du matériel. » (417)

Toutes les visites de l’OABA font également l’objet d’un rapport remis a minima à l’exploitant de l’abattoir et aux services vétérinaires préfectoraux.

Votre rapporteur souhaite souligner la légitimité de l’OABA et la qualité de son travail, et incite par conséquent les exploitants d’abattoirs à accueillir cette association au sein de leur établissement.

Les autres associations de protection animale travaillant sur ce sujet – comme exposé plus haut – sont également légitimes à participer aux visites des abattoirs.

La compilation « Stones To Mark A Fire »

Nous sommes en 1995 et Rod Coronado est en prison pour de multiples actions illégales dans le cadre de la lutte pour la libération animale.

D’origine amérindienne, il a été actif dans l’ALF et porte-parole de l’ELF, alors qu’à l’âge de 19 ans il avait rejoint, en 1985, le Sea Shepherd, causant en 1986 deux millions de dollars de dégâts à la flotte islandaise chassant les baleines.

En 1995, il est en prison pour avoir participé, dans le cadre de l’opération « Bite back » de l’ALF, à l’attaque des unités de recherche de l’université du Michigan, causant 125 000 dollars de destruction et anéantissant 32 années de données de recherches.

Dans le cadre de son soutien, on trouve bien entendu la scène vegan straight edge, au coeur de la mouvance pour la libération animale. Les deux petits labels alternatifs « Militant Records » et  ‎ »Vegan Earth Order » sortirent alors une compilation dont les bénéfices lui allaient : « Stones To Mark A Fire » (« des pierres pour démarrer un feu »).

Il est possible de le télécharger ici. On y retrouve les principaux groupes de musique de la scène vegan straight edge, d’orientation musicale très différente, mais tous dans une optique de conflit avec la vie quotidienne dominante.

Il y a ainsi Earth Crisis (avec The Order that shall be), Statement, Abnegation, Birthright, etc. (et bizarrement le groupe Hatebreed à ses débuts, leur chanson n’étant pas ici présente dans le téléchargement).

Le véganisme n’est pas né ces dernières années. Le véganisme est né dans le prolongement de l’émergence de l’ALF en Angleterre dans les années 1970 et 1980, de la scène vegan straight edge émergeant aux Etats-Unis dans les années 1990.

Le véganisme n’est pas une forme de « fuite », ce qui est appelé un « escapisme » en anglais, mais une approche de la vie quotidienne exigeant la rupture avec les valeurs dominantes.

Bien entendu, le système tente d’intégrer le véganisme, et il peut y parvenir en partie, en créant un petit secteur commercial en vivotant.

Mais il ne peut pas intégrer le besoin de se confronter de manière complète à l’exploitation animale, l’envie intelligente de combattre la destruction de la planète, la reconnaissance morale et culturelle que l’humanité n’est qu’une composante de la Nature !

Le Monde, Libération et Aymeric Caron

La double opération du Monde et de Libération a été saluée très largement dans le mouvement, au sens très large, en faveur des animaux.

Tous les discours radicaux s’effacent immédiatement devant la possibilité d’une reconnaissance institutionnelle…

Notons d’ailleurs que la question de la chronologie qu’on lit dans la réaction ci-dessus est profondément erronée.

L’idée des réformistes de la question animale est qu’il y aurait eu une avancée des cinq dernières années, que c’est donc unilatéralement une bonne chose.

Or, en réalité la grande apparition du véganisme date de la fin des années 1980 et du début des années 1990. Nous sommes donc fondamentalement en retard par rapport au moment où la question est posée et aurait dû se développer…

Si Le Monde ou Libération peuvent faire l’apologie du véganisme, c’est justement en raison de ce retard et des faiblesses énormes du véganisme « à la française »…

Voici également comment Aymeric Caron a réagi, avec également la fausse idée qu’il y aurait un progrès « dans les temps », et non un retard terrible par rapport à quand la question a commencé à être posée…

Aymeric Caron a d’ailleurs très mal pris l’appel publié dans Le monde. Voici sa réaction tout à fait juste, à ceci près que lui-même a correspondu, voire correspond encore, exactement à ce qu’il critique !

A savoir des gens ne parlant pas du véganisme, puis le faisant subitement, sans qu’on puisse lire réellement où cela en est au niveau de la pratique…

Voir Aymeric Caron regretter que le véganisme soit à la mode, alors qu’il a évité d’utiliser le terme pendant si longtemps, pratiquant un flou extrême à ce niveau, alors qu’il a pratiqué la médiatisation à outrance en tentant de formuler un « antispécisme » sans réel contenu dont il serait le représentant, tout de même…

Aymeric Caron a en tout cas compris qu’à côté de L214, il n’y aurait pas de place : il lui faudra soit participer à cette « marche dans les institutions », soit assumer la libération animale comme morale intransigeante. Mais l’exigence de cette morale ne pourrait que l’amener à rompre avec son fan club issu de sa médiatisation…

Commission d’enquête parlementaire : le soutien du quotidien Libération

La seconde escroquerie du 21 septembre 2016, en plus de celle du Monde, est celle de Libération. Les premières pages sont consacrées à la « viande végétale » et à la « viande in vitro ».

La viande végétale est considérée comme incroyable, car ayant la forme, la texture, le goût de la viande. La « viande in vitro » est présentée comme la grande solution de l’avenir. La couverture elle-même y a trait.

Cette approche en termes de « substitution » est ignoble. Apprécier le « goût » d’un être vivant mort est infâme. Valoriser la copie de ce « goût » est une aberration barbare.

Quant au reste, dès le début, on a bien entendu l’éloge de L214, avec des photos d’un rassemblement parisien lundi dernier où ses militants portaient, encore une fois, des animaux morts, ce que nous trouvons intolérable sur le plan de la dignité.

On y apprend que L214 met 17,2 sur 20 à Europe Ecologie Les Verts pour son action envers les animaux. C’est proprement hallucinant.

Libération avait fait l’éloge d’ailleurs de ce rassemblement, présenté de la manière suivante : « A Paris, L214 met en scène la souffrance animale« .

Nous regrettons énormément d’avoir à documenter cet article avec cette photo de présentation, que nous considérons être une insulte fondamentale à la dignité animale.

Voici ce qu’on lit, entre autre, dans cet article :

« Visages des participants graves et fermés, bustes immobiles : le tableau, si l’on peut dire, se veut solennel.

La tension est insupportable pour une jeune militante qui éclate en sanglots et doit confier son porcelet mort à un camarade. Des cris de cochons sortent de la sono, suivis d’une musique funèbre. (…)

Des passants s’arrêtent devant le happening et écoutent les explications de la militante de L214. Ainsi, Christine, 64 ans. Cette retraitée du secteur hospitalier de l’AP-HP qui se promenait dans le Quartier latin juge cette action «très bien. Il faut des trucs chocs pour faire prendre conscience aux gens de certaines réalités inconnues du plus grand nombre».

Elle qui mange de la viande, «mais de moins en moins», estime qu’«il faudra du temps pour faire changer les mentalités et prendre conscience de choses inacceptables en matière d’élevage animal». »

C’est un excellent exemple de comment cet appel à l’irrationnel n’apporte rien.

Sinon, tout comme le quotidien Le Monde le même jour, le Libération du 21 septembre 2016 a son éditorial abordant la question des abattoirs, avec ici aussi comme manière d’approcher la question le « choc » dans l’opinion provoqué par les vidéos de L214, avec là aussi l’éloge de la commission parlementaire.

Le voici, avec son humour plus que douteux (ou plutôt totalement sordide et indigne), sa négation de la possibilité d’une humanité végane, son éloge de l’industrie capitaliste modernisée pour améliorer les choses.

« A pas de loup, la cause des moutons avance. Et aussi celle des veaux, vaches, cochons, couvées… Deux technologies en sont la cause : le numérique et sa viralité, la biochimie. Les vidéos diffusées en ligne par l’association L214 ont provoqué un choc dans l’opinion.

Au plus carnivore des internautes, il apparaît maintenant clairement que les conditions d’abattage des animaux dans les usines à viande du pays ont quelque chose d’insupportable à la sensibilité contemporaine.

Du coup, l’Assemblée nationale s’est saisie du dossier. Une commission présidée par Olivier Falorni vient de rendre des conclusions pertinentes, dont la mise en œuvre devrait limiter les souffrances inutiles infligées aux animaux, victimes jusque-là négligées. Bien sûr, aux yeux des militants, elles apparaîtront comme un simple pis-aller.

C’est là que la biochimie entre en scène. Si on tue les animaux, souvent dans des conditions atroces, c’est qu’on les mange.

Comme il se passera des lustres avant que l’humanité devienne végétarienne, a fortiori végane, les techniciens du vivant ont exploré une voie nouvelle : le remplacement de la viande par des substituts alimentaires recomposés chimiquement. Utopie ?

Certainement pas. Nos enquêtes montrent qu’il est parfaitement possible de mettre des steaks ou des gigots dans notre assiette sans immoler préalablement une vache ou un mouton. Ainsi, par ce double canal, la technique, qui a souvent mauvaise réputation, vient soudain au secours de la nature.

A long terme, les conséquences de ce mouvement irrésistible sont vertigineuses : bouleversement des filières de production, reconversion des éleveurs, invention d’une nouvelle gastronomie, transformation de la condition animale. Sans doute les conservateurs de tous poils crieront-ils comme des cochons qu’on égorge. Chacun son tour… Cela s’appelle le progrès. »

Entre Le Monde et Libération, le véganisme a connu le 21 septembre 2016 une journée plus que rude.

Commission d’enquête parlementaire : le soutien du quotidien Le Monde

Cette histoire de commission d’enquête parlementaire sur les abattoirs, dont nous parlions hier, ne peut pas être comprise sans la double offensive bobo qui a eu lieu hier dans la presse. Tant les quotidiens Le Monde que Libération ont, en effet, fait l’éloge de L214 et d’une certaine forme de « véganisme ».

Quelle est la nature de cette forme ? Elle est très simple, elle a été résumée de manière impeccable par Jean-Luc Mélenchon dans une interview au Parisien :

« les véganes nous obligent à réfléchir sous un angle radical, ce qui est intéressant »

Les végans seraient là pour cautionner un système moralement condamnable, pour prétendre que les choses peuvent changer, etc. Du moment qu’ils n’assument pas l’universalisme et la morale comme devant être appliqués, du moment qu’ils ne parlent pas de la Nature, ils sont tout à fait acceptables, et même très utiles…

Voilà à quoi on a eu droit hier, dans une double opération de la presse parisienne « rive gauche ».

Commençons par Le Monde. Ce journal a publié un long article faisant l’éloge de la commission, qu’il a appuyé par pas moins qu’un éditorial intitulé « Comment nous tuons les bêtes ». Voici ce qu’on y lit, entre autres :

« Ce sont des images insoutenables qui ont jeté l’opprobre sur le milieu des abattoirs. (…) A quatre reprises en huit mois, l’association de protection animale L214 a révélé des cas de maltraitance dans des abattoirs français. Ces vidéos, tournées en caméra cachée, ont ébranlé l’opinion. A juste titre.

Il ne s’agit pas ici de débattre du bien-fondé de la consommation de viande, de son impact sur les animaux, l’environnement ou la santé – thèmes cruciaux déjà largement discutés. Il s’agit de faire respecter la loi. (…)

L’animal est un sujet que la loi doit considérer comme tel, nous a appris la grande philosophe Elisabeth de Fontenay dans son magistral « Le Silence des bêtes, la philosophie à l’épreuve de l’animalité » (Fayard, 1998).

Nous tuons des millions, de ces sujets tous les ans, en France. Le moins que l’on puisse exiger est que cela ne se fasse pas à l’abri des regards, mais de façon connue de tous et dans les conditions fixées par la loi. Ce serait faire preuve d’un minimum d’humanité à l’adresse de l’animalité. »

Les choses sont ici très claires : ce qui compte, c’est l’aménagement de l’exploitation animale. Il ne s’agit pas de remettre en cause quoi que ce soit, de parler morale, mais d’aménager. Et L214 est ouvertement soutenu comme ayant joué un rôle en ce sens.

Mais ce n’est pas tout, bien sûr : ce serait sous-estimer la capacité des CSP++ de « gauche » à se prétendre en mesure de changer le monde. On trouve donc dans Le Monde un autre texte faisant l’éloge de L214 : « La France doit évoluer vers le véganisme »,  signé par des universitaires, des artistes, des bobos.

Cet article n’est pas en ligne, étant réservé aux gens ayant acheté Le Monde. Cela en dit long. Tout comme en dit long le fait de retrouver la membre d’un groupe de musique au véganisme qui n’en est pas un (« Vegan et fière de l’être », mais en fait non), ou encore le fait, pire encore dans l’hypocrisie pratique, le fait que l’appel assume que certains des signataires mangent de la viande…

Cet appel est un véritable assassinat du véganisme, qu’il résume à un existentialisme individualiste à prétexte moralisant, niant la Nature et cherchant à un prétexte pour avoir une sorte de pseudo critique de la réalité.

« Vegan et fière de l’être », mais en fait non

C’est un exemple anecdotique, mais qui révèle la tendance de fond : le véganisme disparaît au profit d’un « antispécisme » qui se veut une philosophie de la « déconstruction », et non pas une morale avec des valeurs bien précises.

C’est un glissement insidieux qui se fait, à partir des bobos et au moyen de leurs médias. En l’occurrence, il s’agit de ChEEk magazine (cheek signifiant la joue en anglais, avec un jeu de mot avec « chic »), qui titre son article :

Nili Hadida: la voix de Lilly Wood And The Prick est vegan et fière de l’être

Nili Hadida, la voix du duo Lilly Wood and the Prick, est marraine du festival vegan Smmmile, qui se déroulera à Paris du 16 au 18 septembre. On a parlé avec elle de son engagement.

Nous avons déjà parlé de ce festival parisien qui se tient la semaine prochaine et qui est un divertissement exotique pour bobos, le véganisme faisant office de nouveauté à la mode, pseudo-alternative, prétexte à un nouveau style, etc.

Voici donc ce qu’explique la chanteuse :

À quand remonte ton veganisme? Quel a été le déclic?

J’ai toujours eu une très grande sensibilité pour les animaux, mais surtout une compassion envers les plus faibles et les injustices en général. Je suis devenue végétarienne d’abord. Puis, en me renseignant sur la façon dont sont obtenus les produits dérivés des animaux, je me suis rendu compte que les raisons qui m’avaient poussée à arrêter la viande s’appliquaient d’autant plus à ces produits. Je me suis sentie hypocrite et j’ai horreur de ça. J’ai donc sauté le pas il y a un an et demi.

Et voilà que deux questions plus loin, cela donne ça :

Au niveau vestimentaire, appliques-tu aussi les préceptes vegan, notamment pour les chaussures?

Je n’achète quasiment plus de cuir. Il m’est arrivé de craquer et d’acheter une paire de chaussures en cuir l’année passée. J’espère ne pas re-craquer.

C’est très, très dur pour moi car j’ai un goût assez prononcé pour les objets de luxe ou la mode.

Mais je refuse de faire passer ces goûts avant la vie d’un animal. C’est super égoïste si on y pense.

Je porte encore les chaussures en cuir que je me suis offertes avant mon changement de vie.

Dire tout et son contraire : voilà qui est tellement middle class! Cette chanteuse refuse de « faire passer ces goûts avant la vie d’un animal », tout en expliquant qu’elle a acheté du cuir, qu’elle en porte encore…

Cela rejoint ce courant libéral – libertaire du « je suis vegan tout en ne l’étant pas », et c’est bien à cela que sert la généralisation du mot « antispéciste » : masquer l’incohérence.

C’est du tout bonnement n’importe quoi… à moins que ce soit la faute de la revue, puisque vegan en anglais signifie végétalien et vegan à la fois, ce qui pose un vrai souci. Sauf que la chanteuse est parisienne depuis bien longtemps.

Voici même comment la décrit Libération :

« Vegan et «antispéciste», elle est porte-parole de l’association L214 qui dénonce les mauvais traitements faits aux animaux dans les abattoirs. »

Tout se rejoint immanquablement, dans le cercle vicieux de la « tendance » qui n’est qu’une bulle. Cette vague « antispéciste » est simplement portée par des couches sociales liées à la petite-bourgeoisie des centre-villes et aux entrepreneurs avides de nouveaux marchés « hyper », ainsi que par des gens fuyant la réalité et trouvant un moyen idéal de le faire et de devenir à la fois misanthrope et valorisable.

Il y a fort à parier que leur véganisme soit souvent à la carte, car quand on professe le libéralisme ou l’égocentrisme aboutissant à l’égoïsme, on l’applique.

Et on peut légitimement penser que c’est un pur effet de mode. Jamais les gens ayant rejoint le véganisme sur une telle base ne le resteront. Soit ils le restent s’ils ciblent un secteur capitaliste de « niche », et là il faut en être… Soit cela tournera en flexitarien.

Le capitalisme cannibalise tout et cible le véganisme… Mais il ne réussira pas dans sa tentative de phagocytage!

Les légumineuses promues par l’ONU

On n’en entend malheureusement pas parler, mais l’ONU a fait de 2016 « l’année internationale des légumineuses ». On sait à quel point: soja, pois chiche, haricot, lentille sont essentiels, puisqu’il s’agit de la source de protéines que nous mettons en avant.

L’ONU, dont l’administration sait bien que la production mondiale de « viande » conduit à une catastrophe, s’est aperçue qu’il n’existait même pas de base scientifique mondiale au sujet des légumineuses…

Aussi a-t-elle pris l’initiative de la constituer :

Les petites graines regorgent de nutriments et constituent une source fantastique de protéines.

De nombreux articles scientifiques ainsi que les tables et les bases de données nationales de composition des aliments contiennent des données relatives à la composition des légumineuses.

Cependant, aucune ressource exhaustive sur leur composition alimentaire, avec des données harmonisées et évaluées selon une norme commune, n’existe actuellement à l’échelle mondiale.

Pour combler cette lacune, la FAO travaille à la mise au point d’une base de données mondiale FAO/INFOODS sur la composition alimentaire des légumineuses, qui constituera l’une des principales réalisations de l’Année internationale. (…)

Une base de données sur la composition alimentaire est un outil qui catalogue les teneurs en micronutriments, en macronutriments et en phytochimiques des aliments.

La base de données mondiale FAO/INFOODS sur la composition alimentaire des légumineuses comportera deux volets: le premier sera un référentiel de données analytiques tirées de plus de 22 000 articles scientifiques et d’autres sources telles que des rapports de laboratoire non publiés; le second sera une interface facile à utiliser et illustrant les profils nutritionnels complets – y compris 28 nutriments et acides aminés—des différents types de légumineuses.

En clair, cela signifie aussi qu’aucun discours pseudo-scientifique niant le végétalisme n’a de fondement, dans la mesure où les légumineuses n’ont jamais été réellement étudiées…

Voici d’intéressantes présentations proposées par la FAO, l’organisation de l’ONU pour l’alimentation, au sujet des légumineuses.

Elles sont formulées dans une problématique mondiale. Cela doit être exactement la nôtre. Au contraire des zadistes, des décroissants, des localistes, des partisans catholiques de la sobriété, des réformistes de la cause animale, il faut avoir immédiatement une perspective mondiale… Les quarante prochaines années sont décisives!

Véganisme, droits des animaux, abolitionnisme et antispécisme

Puisque nous avons parlé de droit hier, montrons ici par quelques raisonnements très simples pourquoi le but des gens aimant les animaux doit être le véganisme, et non pas les « droits des animaux », « l’abolition », « l’antispécisme ».

Prenons des exemples concrets et voyons comment évoluent les situations tant le véganisme comme système de valeurs, que de l’autre côté le droit favorable aux animaux.

Comme premier cas, imaginons qu’on ait une personne qui achète d’occasion un blouson de cuir. C’est une situation qui n’a aucune originalité, on voit facilement de quoi il en retourne.

Si l’on prend le véganisme, comme système de valeurs, alors cette personne fait quelque chose d’incorrect. En effet, le véganisme présuppose la non-utilisation de tout produit d’origine animale.

Or, il est aisé de voir que le droit des animaux ne peut rien lui reprocher en tant que tel, de manière directe. En effet, au sens strict, la personne n’a pas porté elle-même atteinte aux animaux. Elle n’a pas participé directement à l’exploitation animale.

Que le blouson de cuir soit jeté à la poubelle ou revendu, de manière directe cela ne concerne plus l’exploitation animale, du moins en apparence, et en tout cas juridiquement par rapport à cette personne.

Le véganisme peut lui reprocher quelque chose, en tant que philosophie. Mais ni le droit des animaux, ni l’abolitionnisme, ni l’antispécisme n’a de fondements pour le critiquer, puisque le droit concerne les actes de l’individu et qu’au sens strict, son action n’a pas relevé d’un soutien direct à une atteinte aux animaux.

Prenons un second exemple, avec une personne qui considère qu’elle peut acheter un produit contenant, dans une proportion faible, très faible, ou infime, des produits d’origine animale. Elle justifierait cela, par exemple, en disant que ce n’est rien du tout par rapport à l’ampleur du problème.

Ici, le véganisme aurait une critique très simple, mais qu’en est-il juridiquement ? Faut-il considérer que la personne se comporte plutôt bien, ou plutôt mal ? C’est le paradoxe du verre à moitié plein, à moitié vide.

Prenons un troisième exemple, avec une personne qui considère qu’elle va devenir vegan, lorsqu’une partie significative de la société le sera.

Le véganisme peut, en tant que philosophie, encore une fois critiquer une position qui n’est qu’une posture. Inversement, sur le plan juridique, l’intention est bonne et justement, l’intention est d’une grande importance juridiquement.

Prenons justement un quatrième exemple : une personne consomme, par inadvertance, quelque chose contenant des produits d’origine animale.

Le véganisme considère que c’est une faute. Bien sûr on peut y mettre de la compréhension, mais le blâme reste : c’est une question d’attention nécessaire.

Mais pour le « droit », s’il n’y avait pas intention, alors on ne peut pas blâmer cette personne. Elle n’a pas voulu le faire, et comme le droit se fonde sur les faits mais aussi les choix individuels, alors on a ici uniquement une erreur, nullement une faute.

Le débat sur ce point n’a d’ailleurs rien d’original ; il est une distinction essentielle entre le jaïnisme et le bouddhisme, le second excusant s’il n’y avait pas intention.

Quand on voit tout cela, on comprend tout à fait pourquoi le terme de véganisme est à la fois de plus en plus connu dans la société française, et en même temps abandonné en termes « militants », au profit des concepts de droits des animaux, d’abolitionnisme, d’antispécisme.

Le véganisme présuppose, par définition, une révolution individuelle sur le plan des comportements, ainsi qu’en termes de rapport sociaux, si l’on est conséquent. Cependant, les vegans ne sont nullement révolutionnaires en soi et, forts de vouloir une intégration sociale – surtout s’ils viennent de milieux aisés, favorisés – ils ont besoin d’inventer une forme adéquate pour leur propre compromission.

Le véganisme disparaît alors à l’arrière-plan, au profit d’un discours sur le droit. Mais tout discours sur le droit comporte, par définition, au-delà de l’implication institutionnelle (que nous refusons), des nuances, des différenciations, des évaluations.

Le véganisme, par contre, voit le monde en noir et blanc, il y a ce qui est bien et ce qui est mal. Le paradoxe du discours sur le droit, c’est qu’il nie cette notion de bien et de mal, au profit d’attitudes individuelles justes ou injustes, ces attitudes pouvant elles-mêmes, forcément, être nuancées à l’infini.

Ceci explique le glissement de plus en plus « réformiste » de ceux et celles qui parlent de droit : au lieu d’assumer une moralité stricte, il y a le glissement vers des « évaluations », à l’infini, des situations.

Le diplôme universitaire « Droit animalier » de Brive-la-Gaillarde

Le Monde en a parlé et si nous sommes toujours au moins sceptiques envers tout ce qui a un rapport avec les institutions, nous ne voyons pas de raison de changer d’avis devant une escroquerie de plus.

L’article du Monde s’intitule L’université de Brive lance un diplôme pour défendre les animaux et présente un diplôme d’université dont les cours se déroulent sur sur le Campus Universitaire de Brive de l’Université de Limoges, à Brive-la-Gaillarde.

Voici la présentation universitaire du cursus en question :

L’objectif du Diplôme d’Université en droit animalier est de permettre à des étudiants en droit ou à des juristes confirmés (avocats, magistrats, juristes au sein d’association de protection animale…) d’acquérir les connaissances dans le domaine du droit applicable à l’animal.

Ce Diplôme d’Université propose un enseignement de spécialité en droit animalier, sur une matière qui n’est jamais enseignée dans le cursus commun de la Licence et du Master en droit (quelle que soit la spécialisation).

Ce DU s’adresse également à des professionnels ou futurs professionnels de la protection animale (vétérinaires, inspecteurs vétérinaires, membres d’associations…), qui ont une connaissance générale des règles applicables à l’animal et souhaiteraient parfaire leur maîtrise de la technique juridique dans ce domaine.

Dans une approche intellectuelle riche, intégrant à la fois une dimension historique, philosophique, anthropologique et une approche tant nationale, qu’européenne et internationale du droit, le but est d’amener l’étudiant à comprendre la discipline à travers une présentation des règles applicables à l’animal et de l’interpeller sur l’enjeu du statut juridique de l’animal et les difficultés de son évolution.

Pourront s’inscrire des titulaires d’une licence 2è année de formation Droit, AES, Philosophie, etc, (étudiants, professionnels du droit), ainsi que des vétérinaires ou étudiants vétérianires.

Les personnes ne disposant pas d’un niveau Bac + 2 mais justifiant d’un intérêt particulier et de connaissances de bases en droit animalier lors de leur candidature (ex : membres d’association de protection animale) pourront toutefois être acceptées par décision du jury.

En apparence, tout cela a l’air plutôt pas mal. Sauf qu’en pratique, c’est du vent et rien d’autre, et encore c’est insulter le vent qui est lui une réalité naturelle tout ce qu’il y a de plus concret.

En effet, ce diplôme s’appuie sur une formation… de 54 heures, réparties sur 9 journées au cours des deux premières semaines du mois de septembre.

Autant dire que cela ne s’appuie sur rien du tout : c’est un diplôme gadget. C’est un simple passe-temps, qui n’apportera rien aux animaux. Déjà le droit en général n’est rien par rapport au rapport de force, mais là ce n’est même pas une formation juridique sérieuse…

Évidemment, son existence fera du plaisir à Jean-Pierre Marguénaud, professeur de droit privé, fondateur de la Revue semestrielle de droit animalier et cocréateur du diplôme, parce que cela fait avancer ses pions dans les institutions.

Mais qu’est-ce que cela changera à la situation des animaux, aux mentalités des humains, aux choix de société, à la réalité des entreprises ? Rien du tout et il suffit de citer l’article du Monde pour saisir la vanité du projet :

« Les débouchés ne sont pas assez importants pour créer un master à part entière, juge de son côté Lucille Boisseau-Sowinski [Maître de conférences en droit privé à l’Université de Limoges et l’autre co-créatrice du diplôme]

Les responsables juridiques d’associations ou les avocats qui prennent des dossiers de droit animal le font en général en parallèle d’autres activités.

C’est pourquoi notre diplôme, ouvert aux bac + 2, ne mène pas à un métier mais à des connaissances, une spécialisation complémentaire à un parcours. » (…)

Quand l’étudiante a annoncé qu’elle suivrait le cursus de Brive, elle s’est vu rétorquer : « Si cela vous fait plaisir, allez-y, mais pour votre carrière, cela ne servira à rien. »

Eh oui, cela ne sert à rien, à part flatter son ego, donner une caution morale à des institutions qui pourraient soit disant évoluer, trouver des places dans les institutions autour d’un thème « nouveau » qui ne sert qu’à une chose : gagner du temps, temporiser par rapport à l’inéluctable révolution qui va arriver dans les prochaines décennies, tellement la catastrophe est immense.

C’est une preuve de plus que le système, en tout cas, parvient à canaliser des énergies vers des voies de garage. Car il est bien beau de faire un cursus de deux semaines avec des exemplaires du code civil estampillés du logo de la Fondation 30 Millions d’amis, mais il n’y a aucun rapport avec la bataille pour faire triompher le véganisme à l’échelle de la planète…

On est ici dans une démarche totalement individuelle, d’esprit existentialiste. Voici un petit aperçu donné par Le Monde des gens faisant ce parcours :

Conséquence de ce choix [d’un cursus court] : une première promotion très hétérogène. Parmi les 29 admis – sur 83 candidatures reçues –, on compte 17 étudiants en formation initiale et 12 en formation continue, âgés de 21 ans à 61 ans et provenant de 17 départements.

Une magistrate, des avocats ou un professeur de philosophie côtoient ainsi des étudiants en sciences politiques, en droit, en éthologie, des attachés territoriaux ou encore un comportementaliste canin. Un seul trait commun rassemble une majorité des élèves : 24 sont des femmes, pour seulement 5 hommes. (…)

Plus qu’une ligne supplémentaire sur leur CV, c’est surtout la perspective d’une meilleure protection des animaux qui motive les étudiants. Tous sont des passionnés de la première heure, souvent militants. Comme Alice Rodriguez, une rousse de 23 ans, titulaire d’un master 1 en éthologie à Paris-13, qui vient de fonder un collectif avec des « amis du mouvement Nuit Debout » pour organiser des débats et, à terme, créer des sanctuaires pour animaux.

C’est vrai : à un tel panorama universitaire, institutionnel, faussement révolutionnaire, il ne manquait plus que l’esprit bobo « nuit debout » !

Francis Wolff et sa défense du « spécisme »

Le problème des universitaires, c’est qu’ils fonctionnent en vase clos comme producteurs d’idéologie au service des institutions. Ils perdent pied avec la réalité et finalement les auteurs qu’ils lisent ne servent que d’endroits à piocher.

Cela est vrai tant pour les « antispécistes », une simple variété de la gauche américaine « moderne » qui dresse des catalogues d’oppression, que pour les autres, dont voici un exemple avec Francis Wolff.

En théorie, on a du lourd, même du très lourd. Né en 1950, il est passé par le meilleur lycée de France qu’est Louis-le-Grand. Il fait ensuite l’École Normale Supérieure puis est agrégé de philosophie à 24 ans. Il donne même directement des cours d’agrégation l’année d’après !

A côté d’un parcours dans différents lycées et plusieurs universités, ainsi qu’évidemment à l’Ecole Normale Supérieure, il mène un travail faisant de lui officiellement un « spécialiste » d’Aristote, tout en devenant un grand défenseur et théoricien de la corrida.

Il est même « membre fondateur de l’association SUERTE, Société d’études et de recherches sur les tauromachies européennes »…

Voici un exemple de sa prose mise en avant par Ouest-France, dans un article intitulé Animaux. L’antispécisme, une idéologie décriée.

« On voit que sous des dehors généreux, c’est une idéologie totalitaire », affirme Francis Wolff, pour qui « lorsqu’on commence à traiter les animaux comme des personnes, on n’est pas loin de traiter les personnes comme des animaux ».

Il va jusqu’à prendre l’exemple de l’Allemagne nazie. Göring, qui avait promulgué la loi de protection animale d’avril 1933, avait alors déclaré : « Je vais envoyer dans des camps de concentration ceux qui pensent encore qu’ils peuvent continuer à traiter les animaux comme une propriété inanimée. »

Pour le philosophe, il faut d’abord préserver la vie humaine, car c’est la seule à avoir une morale. Il appelle néanmoins à respecter des normes, au nom, justement, de la morale :

« Nous ne devons pas rompre le « contrat affectif » qui nous lie à nos animaux de compagnie en les abandonnant.

Nous avons le devoir d’élever les « animaux de rente » dans des conditions qui respectent les exigences biologiques de leurs espèces.

Nous devons respecter les équilibres écologiques, en défendant la biodiversité, tantôt au profit des espèces menacées, tantôt au détriment des bêtes nuisibles. Tout cela est évidemment « spéciste ». »

Nous avons là un des plus grands « philosophes » de France et ses propos sont d’une incohérence impressionnante… Rien d’étonnant, voilà ce que produisent les institutions !

Passons sur le tour de passe-passe voulant qu’élever les animaux à un meilleur statut serait abaisser les êtres humains au statut actuel des animaux. Après tout, on peut avoir fait les meilleures écoles de France et ne pas savoir distinguer le haut du bas…

Oublions également la citation provocatrice d’un nazi : après tout, on peut se vouloir distingué et chercher à faire de la provocation appelant à l’irrationnel afin de décrédibiliser… Quand on n’a pas d’arguments, il y a des gens qui sont comme cela, même s’ils ont lu de grands philosophes !

Non, voyons plutôt comment un grand savant comme lui se prend les pieds dans le tapis dans le rapport Nature-culture. Pour nous, il n’y a pas de séparation, pour lui, oui.

Or, comment peut-il alors justifier un « contrat affectif », puisque selon lui l’affection relève de la Nature, le contraire de la culture ?

Pourquoi y aurait-il le « devoir » d’élever des animaux en respectant les « équilibres écologiques », puisque l’écologie parle de la Nature, alors que le devoir relève de la culture ?

Pourquoi d’ailleurs défendre la biodiversité et respecter les équilibres écologiques ou même défendre des espèces menacées, puisque ce qui relève du droit est humain et entièrement séparé de la Nature ?

On peut faire le choix individuel – c’est la théorie antispéciste – mais on ne peut pas le fonder juridiquement… A moins de faire comme nous et de dire « la Terre d’abord ! », ce qui veut dire : les humains après…

Ce qui n’est d’ailleurs même pas vraiment le cas, car l’humanité est une partie de la vie sur Terre et ne peut pas être heureuse en s’en « séparant ». C’est un point de vue qu’on appelle le biocentrisme…

C’est là qu’on voit que des gens comme Francis Wolff et les antispécistes se situent philosophiquement dans le même anthropocentrisme : la Nature et la culture s’opposent, les êtres humains et les animaux se situant seulement dans un même environnement.

Ce qui fait que le droit reste « positif » et ne peut jamais être « naturel ». Francis Wolff et les antispécistes disent le contraire, mais au sein des institutions, sur la même base philosophique, avec le même anthropocentrisme du « choix » individuel.

Le véganisme  » qui grignote du terrain »… commercial

Comme le véganisme – ou une forme de véganisme – est désormais à la mode, il arrive dans Le Figaro, où il occupait une page entière hier. Le titre de l’article central vise à être le plus clair possible pour les lecteurs et lectrices du Figaro, qui sont de droite et aisés financièrement :

Le véganisme, une pratique alimentaire qui grignote du terrain

Naturellement, le véganisme ce n’est pas une « pratique alimentaire » ou en tout cas pas seulement, mais c’est par ce prisme là qu’il est vu, puisqu’il est considéré comme une sorte de super végétarisme.

On lit ainsi :

« S’il est impossible de déterminer le nombre de personnes véganes en France, certains chiffres montrent l’essor du phénomène. Dans l’Hexagone, plus de 400 restaurants proposent désormais des plats compatibles avec cette pratique alimentaire.

«À Paris, il s’en crée un tous les deux mois», observe Élodie Vieille-Blanchard, présidente de l’association végétarienne de France. Au sein de cet organisme, le nombre d’adhérents a augmenté de 67 % en trois ans, passant de 2770 personnes en 2013 à 4628 en 2016.

Le nombre de groupes sur Facebook, de livres et blogs de conseils végans mais aussi d’événements liés à cette thématique ne cesse d’augmenter. »

C’est indubitablement un très bon résumé de la situation, quand on parvient à décoder.

Prenons par exemple cette affaire de restaurants. Dans un second article, intitulé « Algues et « vromages » au menu éthique », on lit aussi :

« Aujourd’hui, la capitale dénombre plus d’une centaine de lieux compatibles avec ce choix d’alimentation. (…)

Lorsque l’on sait qu’il y a 13 500 restaurants à Paris et qu’en moins de six mois une demi-douzaine de lieux végans vont ouvrir, on y voit un très bel avenir pour le véganisme. »

Tout cela, c’est de l’optimisme d’entrepreneur. Car le but du véganisme, normalement, c’est la libération animale. Qu’il y ait des restaurants végans, tant mieux, mais rien qu’avec un par mois, sur 13 500, cela signifierait que dans le meilleur des cas, Paris mangerait vegan dans ses restaurants dans mille ans.

Belle perspective pour les capitalistes vegans, mais cela n’a rien à voir avec l’objectif collectif du véganisme, ou ce qu’il devrait être.

Disons également que nous ne trouvons pas du tout réaliste les affirmations comme quoi il y aurait cent endroits pour manger vegan à Paris et 400 en France. Les auteurs doivent fantasmer sur les capitales allemande et autrichienne où l’existence d’au moins un plat végétalien devient de rigueur un peu partout.

Demandons-nous d’ailleurs une fois de plus pourquoi les médias mettent encore une fois en avant l’association végétarienne de France. Soit ces gens ne sont pas vegans et on ne voit pas le rapport, soit ils le sont, mais alors pourquoi se dire végétariens ?

Un autre aspect, qui rejoint celui-là d’ailleurs, est ce qu’explique Le Figaro sur la dimension industrielle. On apprend ici que :

« Même les grands groupes de distribution s’emparent du phénomène, puisque Carrefour, Danone et Herta, flairant la croissance de ce marcé de niche, proposent aujourd’hui des produits végans. »

Danone et Herta sont des monstres de l’exploitation animale : les gens qui apprécient qu’ils se tournent vers des produits végétaliens sont des égoïstes n’hésitant pas à soutenir financièrement et culturellement des ennemis jurés des animaux.

Ces entreprises ne changent pas leurs produits utilisant des animaux contre des produits végétaliens : ils élargissent seulement leur palette, pour avoir plus de profits. Croire qu’il y a un changement ici est un rêve de consommateur petit-bourgeois, qui bien souvent refuse la distinction entre végétarisme et véganisme au nom de son petit confort.

En tout cas, on voit ici que véganisme rime avec business. Le résultat principal de l’association militante Droit des animaux n’a-t-il d’ailleurs pas été un petit supermarché végan parisien aux excellents résultats commerciaux ?

Le Figaro raconte d’ailleurs :

« Dans le supermarché parisien Un monde vegan, situé dans le IIIe arrondissement, le boom remonte à quelques années déjà. Les employés du magasin, qui vendent au détail et en gros plus de 2 000 références, ont remarqué des évolutions de la clientèle.

« Aujourd’hui, nous voyons beaucoup de personnes « flexitariennes », des gens qui limitent leur consommation de viande mais qui font toujours quelques entorses. Des curieux viennent également poser des questions », témoigne Steve Parmentier, coresponsable de l’enseigne. »

Tout est vu par le prisme de l’individualisme et c’est pour cela également que Le Figaro mentionne Facebook, les événements autour de cette « thématique ». On est dans la consommation individuelle, il n’y a rien de collectif, c’est de la consommation personnelle et une aubaine pour les perspectives de business.

C’est en quelque sorte du « veganwashing », tout comme il y le « greenwashing » pour les entreprises cherchant à se donner une image plus écolo. Rien de plus odieux que de lire, de la part du chef d’un restaurant près de Bastille :

« Certaines saveurs véganes ressemblent à d’autres : les algues remplacent les poissons, par exemple. Nous montrons que nous pouvons très bien retrouver des goûts et des plaisirs tout en consommant avec éthique. »

Voilà le sens de ce véganisme à la mode : avoir bonne conscience individuellement, conserver son mode de vie et ses goûts « comme avant » (jusqu’à l’appréciation horrible de la saveur de la chair d’animaux assassinés), développer son business…

C’est le contraire du véganisme qui devrait être : celui qui  sait qu’il reste 99,9% de la population à convaincre, que les animaux dans les élevages mondiaux sont toujours plus nombreux, que les animaux sauvages subissent un écocide toujours plus sanglant…

L’haltérophile américain Kendrick Farris

Les jeux olympiques de Rio sont terminés et si le sport est intéressant, l’approche spectaculaire et commerciale ne l’est pas du tout, bien entendu. Sans parler du dopage qui est un arrière-plan qu’on devine systématique, haltérophilie ayant été à la source de multiples scandales par exemple.

Penchons-nous tout de même sur les résultats de Kendrick Farris, haltérophile américain. Les Etats-Unis n’ont réussi à envoyer pratiquement personne, dans ce sport.

Seulement trois femmes et chez les hommes seulement Kendrick Farris ont réussi à se qualifier pour les JO. Ce qui nous intéresse chez lui, est qu’il est végétalien depuis la fin de l’année 2014.

Il a déjà participé deux fois aux jeux olympiques, dans la catégorie des 85 kilos, terminant 8ème en 2008 et 10ème en 2012. Cette fois, chez les moins de 94 kilos, cet haltérophile de 1 mètre 68 a terminé 11ème, soulevant 357 kilos en deux fois.

Pas de changement véritable, par contre en se qualifiant pour Rio il a battu le record américain, soulevant 377 kilos en deux fois.

C’est un exemple intéressant face aux gens qui dénoncent le végétalisme comme étant un mode d’alimentation insuffisant, incorrect, etc.

Voici des informations données par Radio Canada au sujet de Kendrick Farris.

Il y a deux ans, à la naissance de son fils, Farris a pris la décision de revoir son alimentation. Le natif de la Louisiane, qui a grandi en mangeant une cuisine créole riche en viande et en fruits de mer, a du jour au lendemain cessé de manger des produits animaux et laitiers.

«Je n’étais pas vraiment d’accord avec la façon dont l’industrie agroalimentaire fonctionnait, et j’ai fait pas mal de lecture sur le sujet», raconte l’athlète de 30 ans, rencontré mercredi après une séance d’entraînement.

Pour Kendrick Farris, son changement d’alimentation a été doublé d’une conversion religieuse. L’haltérophile, qui a grandi dans une famille baptiste noire, est devenu juif messianique. Le végétalisme est pour lui une sorte de «retour aux racines».

«Selon mes croyances, nous avons le pouvoir sur les animaux, mais ça ne veut pas dire qu’ils devraient être massacrés en masse ou qu’ils doivent être mangés tous les jours», estime-t-il.

Contrairement à d’autres athlètes végétaliens, Farris n’a pas recours à un nutritionniste et ne s’inquiète pas outre mesure de potentielles carences en protéines. «J’ai grandi dans un quartier défavorisé où il n’y avait pas de nutritionniste, et je sautais des repas. Aujourd’hui, je mange quand j’ai faim», explique-t-il.

Parmi les plats appréciés par Kendrick Farris, il y a des flocons d’avoine et des crêpes le matin, des enchiladas au guacamole, des lasagnes avec du « fromage » à base de plantes, des quesadillas aux haricots noirs…

Peut-être une source d’inspiration !

Le vegan bar de l’Hôtel du Collectionneur à Paris

Nous avons connu ces derniers mois une vague très bobo et hipster s’appropriant le véganisme, afin d’en faire une « hype » existentielle.

Le processus a très bien marché et une sorte de courant « antispéciste » se développe en assumant totalement d’être en décalage complet avec la société, voire la réalité puisque la production de « viande » est en croissance exponentielle à l’échelle mondiale.

On est là dans une sorte d’évasion moralisante, mais toujours dans un cadre individuel, car cela ne s’accompagne pas d’engagement autre que relevant du « témoignage ».

La situation des refuges empire d’ailleurs encore cette fin d’été et l’arrivée d’un point de rupture va poser un vrai souci en plaçant beaucoup de monde devant des contradictions insolubles.

En attendant, donc, le véganisme se transforme donc en dandysme bourgeois, ou plutôt grand-bourgeois. En voici un exemple avec le « vegan bar » de l’Hôtel du Collectionneur.

Il s’agit d’un hôtel cinq étoiles de 478 chambres, avec un spa de 400 m2, en face du Parc Monceau et à côté de l’Avenue des Champs-Élysées et de la rue du Faubourg Saint Honoré.

La taille immense de l’endroit fait qu’il y a plusieurs restaurants, et donc un « vegan bar » dont voici la présentation.

LA TERRASSE DU PURPLE BAR – LE VEGAN BAR

A l’heure du déjeuner comme à l’apéritif, laissez-vous surprendre par la proposition de notre chef barman Alexandra Giraud et son équipe qui s’associent à G’Vine pour réinventer pour vous cette année des dégustations autour de la culture vegan, associant cocktails et gastronomie.

En intégrant le bien-être au plaisir, cet espace repensé dans une scénographie authentique propose des assiettes autour des fruits, légumes et protéines végétales : un lieu d’évasion où nos hôtes pourront vivre des expériences gustatives inédites, surprenantes et toujours gourmandes.

A l’heure du thé, un potager à herbes du Chef sera proposé aux clients. Chacun pourra, selon ses goûts et envies, sélectionner les herbes pour réaliser une décoction minute et un green tea sur mesure.
RÉDUIREOuvert tous les jours de 10h à 23h dès mi-avril, 30 places assises
Déjeuner vegan à partir de 30€
Tea-time 100% green à partir de 20€
Apéritif et soirée : cocktail à partir de 15€

Nous ne savons pas ce que sont des « dégustations autour de la culture vegan », mais on voit bien qu’il s’agit ici pour l’hôtel de surfer sur ce qui est à la mode.

Les riches se veulent en bonne santé et moralistes parfois, pourquoi pas, cela rentre tout à fait dans l’optique charity business, etc.

Du moment qu’on reste dans l’entre-soi, dans « l’unique », permettant de se distinguer, comme avec ce « pique-nique » de luxe proposé par le même hôtel…

PIQUE-NIQUE VEGAN AU PARC MONCEAU
A deux pas de l’hôtel, profitez du cadre enchanteur du Parc Monceau, pour un pique-nique vegan composé de produits du jour au choix du Chef.
Réservations au +33 (0) 1 58 36 67 97 ou hotesses.safran@thegatecollection.com
150€ pour 2 personnes / Option de portage aller-retour : 30€
A réserver 24h à l’avance

Bien entendu, du côté d’associations réformistes, comme L214, on trouvera très bien ce genre d’initiatives « qui fait avancer les choses ».

En réalité, toute cette intégration du véganisme dans les magazines de mode, les restaurants bobos des centre-villes, les tumblr et instagram de hipsters, les initiatives moralisantes universitaires, a une conséquence très grave.

Elle fait en effet que les gens normaux considèrent que le véganisme est quelque chose qui leur est totalement étranger, qui relève de la « mode » des grands bourgeois vivant indifféremment à New York, Londres ou Paris.

Alors que le véganisme devrait se diffuser à la base, en se fondant sur l’amour pour les animaux, dans un esprit populaire ; il y a désormais un véganisme qui se veut ouvertement « à la mode », tout à fait conformiste, se revendiquant un moyen de se « distinguer » de la « plèbe ».

Tentative de criminalisation du végétalisme en Italie

Le parti italien Forza Italia de Silvio Berlusconi tente en ce moment de faire passer une loi via la députée conservatrice Elvira Savino. Cette loi fait en sorte de condamner à une année de prison les parents donnant une alimentation végétalienne à leurs enfants de moins de seize ans, la peine passant à deux ans dans le cas d’enfants de moins de trois ans, et la peine pourrait s’élever jusqu’à quatre ans si l’enfant développe des problèmes chroniques de santé. Dans les cas extrêmes, la peine pourra atteindre sept ans si l’enfant décède à cause de cette alimentation végétale.

Forza Italia n’a que 70 sièges sur 630 au parlement italien, donc sa proposition ne passera pas. Elle reflète cependant une polarisation importante, le véganisme connaissant une forte avancée en Italie, bien plus qu’en France, avec également une ALF très ancrée et active.

Forza Italia tente en fait de surfer sur une affaire de malnutrition d’il y a quelques semaines, où un bébé de 14 mois pesait autant qu’à trois mois, à Milan. Il avait été nourri de manière végétalienne et les médecins avaient bien souligné qu’il n’y a pas de rapport : c’est un cas de sous-alimentation.

Surtout qu’une alimentation végétale bien menée et bien documentée ne devrait poser aucune carence. Les problèmes se posent lorsque les personnes ne se renseignent pas et sont repliées dans un mode de vie de style hippie totalement renfermé sur eux-mêmes.

A notre époque, avec tous les livres de cuisine, tous les sites internet de nutrition, à moins d’un problème de santé indépendant, il est impensable qu’une personne végétalienne puisse avoir des carences, il y a largement assez de documentation disponible afin d’argumenter son engagement et de mener cela à bien pour son enfant.

Toutefois, la protection des enfants motive, naturellement, et Forza Italia tente d’en profiter en appuyant sur les peurs irrationnelles et sur le conservatisme.

Il y a six mois, le ministre bavarois de l’agriculture, Christian Schmid, membre de l’ultra-droite locale (la CSU), avait pareillement dénoncé le fait que des jeunes et des enfants puissent être nourris de manière végétalienne.

En Italie il y a peu, un procès a confronté deux parents à Bergame, le père considérant la viande comme nécessaire, la mère s’y opposant. Le juge a condamné la mère à donner de la viande au moins une fois par semaine, le père ayant la garde pendant le week-end au maximum deux fois.

Un raisonnement absurde, qui prétend faire la part des choses, mais qui montre en réalité les limites de l’intégration du véganisme dans la société tant qu’il s’agit d’un acte négatif, d’une abstention, bref d’un existentialisme prétexte à un marché captif pour certains capitalistes, cela passe. Mais dès qu’il y a une application sociale, un enjeu de fond absolument démocratique, là le véganisme provoque un trouble profond dans l’idéologie dominante.

On passe de la vie quotidienne comme repli individuel à un projet de société et là l’ampleur est bien plus grande, l’enjeu tellement grand que le style de vie destructeur dominant voit un risque…

Cela montre à quel point le véganisme doit se tourner vers des perspectives sociales, directement positives, liées aux animaux, comme avec les refuges, afin d’éviter de devenir une simple sphère fermée sur elle-même et pratiquant un anthropocentrisme auto satisfait…

Cela montre également le très important enjeu de la continuité du véganisme, chez chaque personne mais aussi avec la nouvelle génération à venir. Cette nouvelle génération portera un véganisme éthique, engagé, sérieux et sans failles.

« Inviter un vegan à sa table estivale » et commentaires anti-vegan

Sur Mediapart, on trouve un petit article sans grand intérêt, intitulé « Inviter un vegan à sa table estivale, galère ou joie? »

Comme souvent dans ces cas-là, ce sont souvent les commentaires qui en disent long.

Ils témoignent en effet des impressions, des positions, des connaissances que les gens ont ou pensent avoir, car cela tourne rapidement à la foire d’empoigne, au terrorisme intellectuel. En voici un exemple assez pathétique, témoignant d’un niveau élevé d’aliénation et d’idéologie réactionnaire:

Nous sommes bien d’accord: le but de certains « vég-etc » est bien de faire passer leur idéologie dans la Loi. Ce en quoi ils sont déjà des extrémistes. Dès qu’elles sortent du domaine strictement individuel et privé les idéologies, quelles qu’elles soient,  acquièrent un potentiel totalitaire.

Quant à mon chat je l’aide à bouffer ces salauds de pigeons qui viennent piller les graines que je distribue à « mes » mésanges. J’ai suspendu la mangeoire si bas que « les » chats (il a des copains dans le voisinage) sont très avantagés quand ils se mettent en embuscade.

C’est le problème des commentaires, des forums, de Facebook… L’agressivité anti-végan y émerge toujours plus rapidement, d’autres essayant de temporiser, de prôner la tolérance alimentaire parce que, on l’aura compris, c’est l’alimentation individuelle qui est toujours le seul thème.

La question est réduite à un choix individuel, ce qui fait que bien sûr il y a alors des personnes végétariennes pour intervenir et se prétendre en contradiction avec le sort réservé aux animaux dans notre société.

Il est ainsi flagrant que le concept bobo de flexitarisme est devenu un terme revenant quasi systématiquement dans les articles des médias sur le véganisme. Ce dernier est réduit à la forme extrême du triptyque flexitarisme – végétarisme – véganisme.

Il est pourtant évident qu’on ne peut pas jongler entre des morales différentes. Mais le problème est que le véganisme à été happé par des bobos en mal d’existentialisme. Les refuges débordent de plus en plus, parallèlement à un véganisme tendance, parallèle à la hype du sans gluten ou au succès du halal ou du casher.

Les gens qui deviennent végans en ce moment semblent privilégier leur existence aux animaux, ils veulent vivre le véganisme sans contraintes. Ils n’envisagent pas cela comme une révolte ou une insurrection, ils raisonnent de manière individuelle en visant leur propre confort.

Une alternative végétalienne dans chaque restaurant est leur seul objectif et ils sont heureux quand Herta fait du simili-carné avec le même aspect et le même goût apparemment que ceux d’animaux morts.

On atteint ici un niveau d’individualisme et de passivité consommatrice qui est une catastrophe pour les animaux, qui ont tellement besoin de gens impliqués !

« Altruisme Efficace France » : encore une OPA sur le véganisme

Comme on le sait le véganisme est « tendance », même BFMTV peut parler de la « folie végane », car l’approche est outrageusement existentialiste et liée aux classes sociales urbaines et favorisées.

Voici un exemple de plus à cela avec « Altruisme Efficace France« , une sorte d’association « à l’américaine » qui organise une conférence pour sa naissance à l’université de la Sorbonne, à Paris, pas moins!

C’est qu’il s’agit d’une de ces associations soutenues par des grands bourgeois, portées par des gens passés par les grandes écoles de commerce mondiales, des religieux, etc.

C’est la charité à l’américaine : apolitique, lié aux grandes entreprises, opposé à toute conception de révolution, etc.

L’altruisme efficace est donc soutenu par le cofondateur de Facebook Dustin Moskovitz, le cofondateur de PayPal Peter Thiel, le cofondateur de Skype Jaan Tallinn, l’ancien directeur de la très prestigieuse université américaine de Stanford Paul Brest…

En France, c’est le religieux Matthieu Ricard qui se charge de promouvoir cette forme d’ailleurs pratiquement religieuse de solidarité, avec en arrière-plan une multitude d’associations brassant des millions en se targuant de concepts tous plus délirants les uns que les autres…

On a ainsi GiveWell « évalue l’efficacité d’organisations caritatives », LessWrong « corrige les biais cognitifs humains pour faire plus de bien », Giving What We Can appelle à donner 10% de ses revenus, 80,000 Hours qui oriente vers une vie « vie professionnelle éthique », etc. etc.

Au niveau des animaux, on a Animal Charity Evaluators, visant « la recherche et la promotion de méthodes efficaces pour améliorer la vie des animaux ».

Car on l’aura compris, il y a désormais tout à fait clairement deux formes de véganisme, si l’on ose dire. Il y a le véganisme comme point de départ d’une utopie collective, dans une démarche que nous voulons fondée sur la Nature, et il y a celui lié aux couches sociales dominantes, d’orientation « éthique », personnelle.

On retrouve de ce fait, dans « l’altruisme efficace », le philosophe Peter Singer, qui s’appuie sur « l’utilitarisme », théorie juridique comme quoi si une chose arrange plein de monde, alors il faudrait le faire.

Avec Peter Singer, on a le fondateur du courant pro-animaux anti-ALF. C’est le fameux blablabla juridique aux multiples facettes, parfois contradictoires, qu’affectionnent particulièrement les « cahiers antispécistes » (qui ont donné L214), les abolitionnistes défendant le point de vue de Francione, etc. etc.

Le FAQ de l’association qui se fonde à la Sorbonne propose donc, fort logiquement, la thèse suivante : si on veut et qu’on trouve cela bien, alors on peut le faire.

Êtes-vous tous végétariens ?

Il n’est pas nécessaire d’être végétarien pour adhérer aux principes de l’altruisme efficace. Cependant, beaucoup de personnes qui se reconnaissent dans l’altruisme efficace sont végétariens ou véganes, ou cherchent à réduire leur consommation de produits animaux, pour des raisons liées à la souffrance animale mais aussi à la santé humaine et à l’impact sur le climat.

Ce n’est pas nécessaire, mais si on peut faire du bien, il faut le faire! L’aspect religieux d’une telle démarche saute aux yeux, puisqu’on est là dans l’individuel, sans aucune vision générale.

Les animaux sont réduits à l’objet d’une « projection » d’une morale déconnectée du réel… Les propos de Matthieu Ricard sont tout à fait compréhensibles si on saisit cet arrière-plan.

En plus de Peter Singer, il y aura Hélène Giacobino, directrice européenne de J-PAL, le « Laboratoire d’action contre la pauvreté ».

Ce « laboratoire » est dirigé depuis le très prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT) par Esther Duflot, qui a suivi la voie royale :  classe préparatoire au lycée Henri-IV, passage à l’Ecole Normale Supérieure, DEA d’économie à l’EHESS, agrégation en économie, professeur à l’université de Princeton puis à vie au MIT à l’âge de 32 ans !

Si l’on ajoute qu’elle vient d’une famille protestante, on a ici le parcours rêvé pour être la tête de pont de la charité à l’américaine, géré et décidé par des millionnaires, dans une logique éthique uniquement individuelle…

Relatif succès du PACMA aux élections espagnoles de 2016

C’est un phénomène très intéressant, propre à l’Espagne, dont il y a des leçons à tirer, même si bien entendu il faut prendre en compte la spécificité de ce pays.

Il vient en effet d’y avoir des élections en Espagne et le Partido Animalista Contra el Maltrato Animal (Parti animaliste contre la maltraitance des animaux – PACMA) a obtenu 284 848 voix, soit 1,19% des suffrages.

Voici un graphique montrant la progression électorale.

Le système électoral espagnol est ainsi fait, pour autant, que le PACMA n’a pas eu de sièges à l’assemblée.

Reste que, quand même, avec de tels résultats et ce que cela représente comme lame de fond, le PACMA exerce forcément une pression morale et culturelle en Espagne.

C’est surtout vrai de par l’origine et la démarche du PACMA, qu’il est intéressant de connaître.

Quand on s’intéresse à l’ALF, on s’aperçoit que c’est la base de la protection animale qui l’a développé en Angleterre, avec notamment la chasse à courre des aristocrates en ligne de mire (voir ici, , encore ici, ainsi que ).

C’est un peu pareil, en mode institutionnel, avec le PACMA, qui est né en 2003 comme « Partido Antitaurino Contra el Maltrato Animal », avant qu’en 2011 le terme « antitaurino », désignant l’opposition aux corridas, soit remplacé par « animaliste ».

Le PACMA a assemblé en pratique toutes les revendications à la base des refuges, des opposants à la vivisection, des mouvements contre les diverses et nombreuses « fêtes » et « traditions » qui, dans toute l’Espagne, sont d’une cruauté sans égard à l’encontre des animaux.

C’est la raison pour laquelle le PACMA ne s’est pas allié à PODEMOS, ce dernier ne comptant pas du tout rompre avec ces « fêtes » et « traditions ».

On reconnaît ici la contradiction propre à une certaine « gauche » qui, dans les faits, assume une vie quotidienne tout à fait conservatrice…

La ligne du PACMA est donc un produit démocratique de la protection animale et est portée, comme on s’en doute, en très grande majorité par des femmes.

Toutefois, si toutes ces oppositions au conservatisme criminel sont tout à fait positives, évidemment, elles ne forment pas un programmet. C’est là que le PACMA bascule dans la logique du « bien-être animal », d’une certaine manière dans l’esprit de L214, mais avec de profondes différences.

C’est par des réformes institutionnelles, pense le PACMA, que les choses vont changer. A ce niveau-là, rien d’original, pas plus que les appels à la « justice sociale » ou à la lutte contre le réchauffement climatique.

C’est là la limite de la liaison unilatérale avec la base de la protection animale, d’esprit pragmatique à court terme. Il est intéressant de voir qu’en Angleterre cette limite avait été dépassée par l’ALF, entraînant une large partie de la dite base.

Pour cette raison, le PACMA est d’un côté très lisse, très propre, très figé dans une approche « associative » de la politique, avec la personnification, la réduction de la réflexion à quelques thèmes, l’oubli de tous les autres arrières-plans alors, que tout de même, l’Espagne a une histoire plus que compliquée et sa « démocratie » a toujours été considérée comme plus que douteuse par les gens de gauche sérieux…

En même temps, il faut bien voir que rien qu’avec ses exigences, le PACMA se confronte à la partie la plus conservatrice et la plus beauf de la société espagnole.

Ce n’est pas seulement que le PACMA considère le véganisme comme la démarche la plus correcte par rapport aux animaux. Il est toujours possible de le prétendre de manière abstraite : en France, même l’Association Végétarienne de France le fait, c’est dire…

Le PACMA va, en effet, plus loins : il exige aussi, par exemple, l’interdiction de la chasse!  Rien qu’avec cela, sa position rejoint celle de la fraction la plus militante des personnes défendant les animaux en France et montre qu’on est très loin de l’esprit de la protection animale à la française…

Rappelons qu’au grand maximum, les associations institutionnelles françaises demandent… « une journée sans chasse »…

A cela s’ajoute, de la part du PACMA, le refus de la vivisection, celui des zoos… Il y a là un garant démocratique, dans la mesure où jamais une société fondée sur le capitalisme, les rapports de domination, etc. n’acceptera jamais cela.

Le PACMA ne semble donc pas, jusqu’à présent, aller dans le sens de devenir un parti d’accompagnement du « bien-être animal » acceptant la « négociation » de l’oppression et de l’exploitation des animaux.

Certaines associations, en France, espèrent justement fonder un tel parti, sur la base d’une plate-forme annoncée tout récemment (voir « Animal Politique », fédération du réformisme du « bien-être » animal).

Que va faire le PACMA, que va-t-il apporter? Il y a tout à fait lieu de s’y intéresser et de voir ce que cela va donner.

Le « SMMMILE Vegan Pop Festival »

Le « SMMMILE Vegan Pop Festival« , qui se tiendra à Paris du 16 au 18 septembre 2016, est une de ces horreurs bobos propres à notre époque.

C’est la négation de la libération animale comme devoir moral concret au profit d’un véganisme individuel nombriliste et existentialiste.

Le festival utilise le terme d’escapade : très bien, reprenons le, tout cela c’est du véganisme d’escapade.

Un festival pour tous : véganes, végétariens, végé-curieux, écolos, gourmands, amateurs de pop, de rock, d’electro …

Un festival où les festivaliers et les partenaires collaborent différemment pour imaginer ensemble un futur désirable, collaboratif, vegan et pop !

SMMMILE, c’est une escapade hors du temps pour rêver en musique et en images, s’interroger sur l’alimentation de demain, se déconnecter et se questionner sur la place de la technologie, imaginer de nouveaux modèles sociaux et économiques …

Un festival où l’on découvre, où l’on partage des moments uniques, où l’on fait autant la fête que l’on prend le temps de réfléchir, dans un esprit ouvert, pop, familial et slow.

C’est encore une preuve qu’en France, les bobos ont réalisé une OPA sur le véganisme, tentant d’en dissoudre la signification par rapport aux animaux.

L’annonce du festival en question est d’ailleurs tout à fait claire :  qu’on remarque le « et/ou ».

La vidéo de présentation fait exactement de même. On a l’absurdité de fêter le véganisme avec « des gens pas végans » – les animaux apprécieront…

Tout cela parce qu’il y a de multiples raisons pour être vegan, avec naturellement, dans le style bobo, une allusion racoleuse à la sexualité (« plein de bonnes raisons », à 0mn33s).

Ce n’est même plus du véganisme sans animaux : c’est du véganisme ouvertement existentialiste, purement d’escapade.

C’est une simple forme de mode de vie bobo cherchant à être acceptable par le système.

6 000 personnes par jour
13 264 belles rencontres, 4 871 câlins et 2 964 numéros échangés

L’appel fait par le festival pour être soutenu tient de l’hypocrisie bobo la plus vile :

« SMMMILE débarque à Paris le 16, 17 et 18 septembre 2016 au cœur du Parc de la Villette !
SMMMILE c’est 3 jours de bon son, de bon sens et de bonne cuisine, dans un esprit ouvert, familial et pop. Ce n’est pas un festival comme les autres car une large partie du SMMMILE est en accès gratuit (!!) dans un esprit citoyen et n’a pas de buts expressément commerciaux. »

Pas de « but commercial », c’est une sacrée blague typique des bobos, qui pratiquent un business ne s’assumant pas tel quel. C’est du capitalisme qui se prétend « alternatif », dans l’esprit libéral-libertaire.

Pour preuve, la plate-forme du business « make sens », qui fait l’éloge des « entrepreneurs sociaux » (sic!) est d’ailleurs un partenaire du festival.

Les lieux du festival représentent le nec plus ultra du capitaliste bourgeois bohème parisien : le Trabendo, le Cabaret Sauvage, les pelouses du Parc de la Villette…

Preuve de cette culture capitaliste et bobo, le site officiel du festival met en avant des marques pas du tout végan, sous prétexte qu’il y a quelques produits qui le sont…

Il met en avant des personnalités « pop » et surtout consensuelles, à la mode… Le véganisme d’escapade surfe sur l’air du temps!

Le soutien officiel médiatique consiste en Radio Nova et Arte, ces bastions du libéralisme-libertaire le plus urbain et décadent.

Pour bien rassurer, du côté justification pratique, on a… l’Association Végétarienne de France, qui a également lancé une OPA sur le véganisme ces derniers temps.

La contradiction est évidente – pourquoi se dire végétarien si le véganisme est mieux? – mais ici on est dans la logique relativiste, libéral, etc.

Cela saute aux yeux et c’est indéfendable : comment peut-on prétendre parler du véganisme en parlant du végétarisme?

Regardons de ce fait la définition du véganisme faite par le festival. Les animaux arrivent en seconde place des préoccupations, et il n’y a aucune mention de la compassion, de l’amour pour les animaux, de la Nature.

On est là dans l’existentialisme bobo, qui se limite à ne pas vouloir « mal faire ».

Le véganisme est une philosophie et un mode de vie qui cherchent à exclure, autant qu’il est pratiquement possible, toutes les formes d’exploitation des animaux. Il soutient le développement d’alternatives pour le plus grand bien :

Des humains

La mortalité précoce baisse de 15% chez les végétaliens par rapport aux omnivores.
De nombreux paysans de pays pauvres ne mangent pas à leur faim tout en cultivant des champs de soja ou de maïs destinés à nourrir les animaux élevés pour la consommation des habitants des pays riches.

Des animaux

Plus de 60 milliards d’animaux terrestres et 1000 milliards d’animaux marins sont tués dans d’abominables conditions chaque année.

Et de l’environnement

51% des productions de gaz à effet de serre sont liées à l’élevage (selon l’étude Worldwatch Institute qui démontre la sous-estimation des chiffres de la FAO).

Tout est dit. La petite-bourgeoisie intellectuelle tente de faire sa place au soleil du capitalisme sous une forme bobo artificiellement vegan.

On est ici à mille lieux de la morale vegan, de l’abnégation complète envers les animaux.

Laurence Abeille : « je suis flexitarienne »

Dans le prolongement de la compréhension nécessaire de la sorte de fédération de 27 associations qui s’est formée il y a quelques jours (voir « Animal Politique », fédération du réformisme du « bien-être » animal), voici quelques propos tenus par Laurence Abeille, députée EELV du Val-de-Marne, chef de file de ce processus.

Ils ont été tenus à l’Humanité et montrent bien de quoi il s’agit.

Depuis deux ans Stéphane Le Foll développe une stratégie du bien-être animal. Insuffisante ?

Laurence Abeille : C’est vrai que le ministre de l’Agriculture y travaille depuis plusieurs mois. Son cabinet prévoyait de lancer une campagne au Salon de l’agriculture. J’y suis allée : il n’y avait rien sur le sujet. (…)

Les 27 associations qui seront réunies aujourd’hui ont pour objectif de produire, à l’automne, un manifeste à soumettre aux candidats aux élections. Certains parlent de créer un parti animaliste pour 2017. Quoi que l’on en pense, il faut le prendre en compte.

Plusieurs associations, et vous-même, plaidez pour que l’on renonce à consommer de la viande. Le scandale révélé par L214 ne vire-t-il pas au procès des omnivores et en tribune provégétarisme ?

Laurence Abeille : C’est vrai qu’il y a une réaction sociétale qui pousse un certain nombre de gens à moins consommer de viande, voire à arrêter complètement d’en manger. Personnellement, je suis flexitarienne : j’en consomme peu et uniquement bio parce que c’est aussi une meilleure garantie quant à la façon dont sont élevées les bêtes.

Politiquement, je ne suis pas pour la fin de la consommation d’animaux, ce n’est pas l’objectif numéro un. Il faut plutôt mettre en place des dispositifs qui permettent de respecter les animaux qui seront tués et consommés.

Il y a deux questions qui découlent très logiquement de ce qui a été dit par Laurence Abeille. Tout, n’étant pas végane, a-t-elle le droit à la parole au sujet de la question animale?

Nous ne le pensons pas. La pratique est le critère décisif et il ne peut pas y avoir de contradiction entre la théorie et la pratique, car celle-ci se fait aux dépens des animaux.

On ne peut pas parler de « bien-être animal » en digérant un corps mort, pas plus qu’on ne peut se dire opposé à l’esclavage en ayant des esclaves, communiste tout en exploitant des gens, opposé au sexisme tout en profitant du patriarcat, etc. etc.

La seconde question est la suivante : un « lobby » pro-animaux a-t-il un sens?

Encore une fois, nous disons non.

On ne change pas de l’intérieur l’exploitation animale, qui est tellement puissante qu’elle a largement les moyens d’accepter que quelques « trublions » deviennent universitaires, lobbyistes, etc. On a l’exemple du capitalisme qui a très bien su intégrer nombre d’oppositions, et comme l’exploitation animale n’est qu’une variante du capitalisme…

La « fédération » qui se forme est une immense voie de garage, elle va gâcher un nombre très important d’énergie et aboutir à une déception énorme, autant qu’EELV (et d’ailleurs Laurence Abeille ne fait aucune autocritique à ce sujet, ni sur les animaux, ni sur la défense de la Nature, ni sur l’immense opportunisme et les divers scandales d’EELV, etc.).

Les animaux n’ont pas besoins de « flexitariens », mais de vegans décidés, stricts, comprenant l’importance de l’affrontement le plus franc, le plus net, le plus mobilisateur, pour renverser l’exploitation animale, avec une détermination sans faille!

« Animal Politique », fédération du réformisme du « bien-être » animal

Hier s’est tenu à l’Assemblée Nationale un colloque dont le titre était « Animal Politique-La condition animale au coeur des enjeux politiques ».

Les deux organisatrices étaient Laurence Abeille, députée EELV du Val-de-Marne, et Geneviève Gaillard, députée socialiste des Deux-Sèvres, avec comme « ambition de mettre la condition animale au cœur des enjeux politiques dans la perspective d’une année électorale décisive, 2017 ».

C’est donc une tentative d’institutionnalisation de la question animale, soutenue par la liste suivante d’associations :

Alliance Anticorrida – Antidote Europe – ASPAS (Association pour la Protection des Animaux Sauvages) – Association Stéphane Lamart – AVF (Association Végétarienne de France) – C’est Assez ! – CIWF France (Compassion In World Farming) – CNSPA (Confédération Nationale des SPA) – Code Animal – CRAC Europe (Comité Radicalement Anti Corrida) – FLAC – Fondation Assistance aux Animaux – LFDA ( La Fondation Droit Animal, éthique et sciences) – Fondation Brigitte Bardot – Fondation 30 millions d’amis – FUDA – IFAW France (International Fund for Animal Welfare) – L214 – OABA (Oeuvre d’Assistance aux Bêtes d’Abattoirs) – One Voice – PETA France (People for the Ethical Treatment of Animals) – Welfarm – Pro Anima – SNDA (Société Nationale pour la Défense des Animaux) – Sea Shepherd – la SPA (la Société Protectrice des Animaux) – 269 Life France.

Une telle logique de « fédération » était le rêve de feue l’association « Droits des animaux », le voici se réalisant comme plate-forme pour le « bien-être animal ».

Car on se doute bien que dans une telle perspective, le véganisme ne saurait être qu’entièrement accessoire, une variante plus « radicale », mais certainement pas la base du processus.

D’ailleurs, la présidente de la Société protectrice des animaux (de Paris) est très claire dans ses propos à l’Humanité : les lois sont suffisantes, il suffit juste de les appliquer, le véganisme c’est non.

De nouvelles mesures législatives sont-elles nécessaires pour assurer le bien-être animal ?

Natacha Harry : « La loi a déjà évolué, mais cela n’a pas été suivi d’effet. La reconnaissance de l’animal comme être sensible est resté de l’ordre du symbolique.

Mais elle n’est pas appliquée sur le terrain. Nous sommes chaque jour confronté à ce paradoxe et nous interpellons régulièrement les pouvoirs publics. On peut toujours faire une loi qui s’additionnera aux autres, mais appliquons déjà celles qui existent. Nous essayons d’avoir une démarche pragmatique. Ce qui est inscrit dans le code civil notamment est déjà très clair. »

N’y a-t-il pas à l’inverse un extrémisme de la cause animal pour arrêter toute consommation de produit animal ?

Natacha Harry : « Nous ne sommes pas sur ce dogme. A la SPA, nous respectons ceux qui mangent de la viande comme ceux qui n’en mangent pas. Ce que nous ne pouvons admettre, c’est que l’animal soit abattu de manière indigne. »

Des propos qui ne sont guère surprenants de cette personne qui a fait des études de vétérinaire et de marketing à HEC, ayant présenté et produit ensuite des émissions comme « Le Magazine de l’élevage [de chevaux]. » On peut se demander ce qu’elle peut bien penser de l’association 269 dont l’une des démarches connues d’activistes est de se faire marquer 269 au fer rouge!

Mais tout cela est bien secondaire sans doute, puisque la fédération à naître compte coordonner l’ensemble sans accrocs :

« Animal Politique », ce sont 27 organisations nationales de protection animale associées pour lancer la mobilisation associative et citoyenne.

Un colloque, des intervenants et des prises de positions, qui au delà des questions, apportent des propositions pour un nouveau projet de vie avec le monde animal.

Le colloque présentera un premier état des lieux et des perspectives envisagées pour la condition animale, avec l’objectif de proposer un « manifeste » commun dont l’ambition est de peser fortement sur les élections présidentielles et législatives de 2017. Ce manifeste, rédigé par les associations fédérées en groupes de travail, sera présenté à l’automne, lors d’un second événement national.

Il est tout à fait logique de voir que L214 fait partie des associations : peu importe la morale, on est ici dans le pragmatisme pur et dur. Ce que nous appellerons de la naïveté (ou de l’hypocrisie), car croire que dans un pays socialement en catastrophe on puisse faire avancer la question sans s’affronter aux grandes entreprises et en contournant le peuple, c’est totalement absurde…

Concluons sur le programme et posons une dernière question éthique : est-il cohérent de donner la parole à des personnes non-véganes et de proposer des adresses de restaurants non végétaliens pour parler de la question animale ?

« ANIMAL POLITIQUE » : le programme

9h : passage des contrôles de sécurité avec pièce d’identité obligatoire et votre invitation. Accueil et café
9h30 : ouverture du colloque par les députées Laurence Abeille et Geneviève Gaillard

10h00 – Comment ce que nous savons des animaux doit nous mobiliser pour changer les politiques ?
Briser l’écart entre l’état des connaissances scientifiques et la prise en compte sociétale de l’animal.
Avec :
Pierre Jouventin, directeur de Recherche au CNRS en éthologie des oiseaux et mammifères,
Vincent Message est écrivain et maître de conférences en littérature générale et comparée et création littéraire à l’université Paris 8 Saint-Denis.
Martin Gibert, philosophe,
Geneviève Gaillard, députée des Deux-Sèvres et présidente du groupe d’études « protection animale » à l’Assemblée Nationale.
Débat avec le public.

Pause déjeuner.
12h15 – 13h30 : pause déjeuner, au retour, prévoir le temps de repasser les contrôles de sécurité
14h00 – reprise du colloque

14h00 – Comment les médias et les lanceurs d’alertes contribuent à la mobilisation associative et citoyenne ?
Historique et moyens des acteurs de la protection animale, vers une mobilisation qui peut gagner en efficacité.
Avec :
Audrey Garric, journaliste, chef adjointe du service Planète/Sciences pour « Le Monde »,
Audrey Jougla, journaliste et écrivain,
Hélène Thouy, avocate et co-fondatrice de l’association Animal Justice et Droit.
Débat avec le public.

– Comment les connaissances actuelles influencent l’intégration de la question animale dans le droit et l’enseignement ?
L’intégration de la question animale dans les cursus universitaires et les formations professionnelles, levier d’évolution sociétale et politique.
Avec :
Florence Burgat, philosophe, directrice de recherche à l’INRA, co-rédactrice en chef de la revue semestrielle de droit animalier.
Jean-Pierre Marguénaud, professeur de droit privé et de sciences criminelles, membre de l’I.D.E.D.H (Institut de Droit Européen des Droits de l’Homme) et directeur de la Revue Semestrielle de Droit Animalier
Débat avec le public.

– « Animal politique » ? Comment construire un projet politique pour la condition animale et lancer la mobilisation ?
Consacrer le respect du bien-être animal dans la mobilisation politique
Avec :
Melvin Josse, doctorant en sciences politiques à l’université de Leicester, auteur de Militantisme, politique & droits des animaux.
Corine Pelluchon, professeur de philosophie, spécialisée en philosophie politique et en éthique appliquée, auteure de nombreux ouvrages, notamment : Les Nourritures. Philosophie du corps politique, Paris, Seuil, coll.  » L’Ordre philosophique », 2015.
Laurence Abeille, députée du Val-de-Marne et présidente du groupe d’études sur la biodiversité -à l’Assemblée Nationale
Débat avec le public.
Fin du colloque – Clôture par Laurence Abeille et Geneviève Gaillard

« ANIMAL POLITIQUE » : les informations pratiques !
Lieu : Assemblée Nationale, salle Victor Hugo,
101 rue de l’Université, 75007 Paris.
Métro : Invalides ou Assemblée nationale

Pour déjeuner :
Le Bourbon
01 45 51 58 27
1 Place du Palais Bourbon, 75007 Paris

Casa Germain (italien)
83 Rue de l’Université, 75007 Paris.
01 44 18 07 04

Café des ministères
83 Rue de l’Université, 75007 Paris
01 47 05 43 62

Bistrot saint-Dominique
131 Rue Saint-Dominique, 75007 Paris
01 45 55 80 42

Cuisine végétarienne

La verrière
24 Avenue de Tourville, 75007 Paris
01 77 18 39 16

Veggie
38 Rue de Verneuil, 75007 Paris
01 42 61 28 61

« Poulets rôtis prix libre »

Tous les médias parlent bien entendu de l’incendie d’une voiture de police où deux policiers étaient présents. Les gens qui ont fait cela ont été arrêtés et on va attendre de voir ce qu’ils ont à dire, mais sans doute ne faut-il rien espérer puisqu’on est là dans la surenchère pour masquer le vide complet sur le plan de l’utopie.

Un symbole très parlant est ce mot laissé devant la voiture de police calcinée, reflétant tout un état d’esprit lamentable…. « Poulets rôtis prix libre ».

Comment peut-on, en 2016, avec tout ce qu’on sait, vouloir changer le monde ou la société sans assumer le véganisme ? Comment peut-on prétendre être « rebelle » ou « révolutionnaire », sans choisir de défendre les créatures opprimées subissant les tortures du capitalisme ?

C’est là totalement contradictoire. L’ordre du monde tel qu’il existe fait du mal aux animaux, détruit la Nature, cela tout le monde le sait.

Tout le monde trouve d’ailleurs cela mal, à part ceux qui en profitent, même si très peu de monde entre en rupture avec les pratiques dominantes. Alors, pourquoi les gens prétendant vouloir changer les choses « oublient » tout cela ?

Peut-être simplement, parce qu’ils ne prétendent rien à part à opposer leur individualité à ce qui ne leur plaît pas.

Ce qui fait qu’on est en droit de penser, qu’en fait, ils sont une partie de ce monde, une partie de la course à la destruction qu’on peut voir ici et là, dont le terrorisme religieux est une des formes les plus sanglantes.

On assiste vraiment à la course au glauque, au morbide, au malsain et cela traverse toute la société. C’est la course à qui sera le plus choquant, le plus spectaculaire. Les gens qui prétendent défendre les animaux en utilisant leurs corps morts lors de rassemblements relèvent de cette même tendance.

Où est le projet, la dimension positive, l’utopie ? N’est-ce pas pourtant ce dont notre société a besoin ? Où sont les valeurs positives, constructives ?

Il faut affirmer, ainsi, les valeurs positives : la compassion, la bienveillance, l’esprit de collectivité, la mise au service des technologies en faveur de la protection de la planète, le véganisme comme respect des autres, le straight edge comme respect de soi-même et base d’une vie authentique capable de constructions sentimentales et culturelles…

Qu’on affronte la police pour cela, c’est tout à fait acceptable et d’ailleurs inévitable, puisqu’on peut se douter que les grandes entreprises défendront leurs bénéfices et le style de vie qu’elles imposent à la société.

Il ne faut pas être naïf et s’imaginer que le véganisme va être instauré de manière légale, institutionnelle, sans aucune révolution… Les associations comme L214, les auteurs comme Francione, Regan etc. vendent littéralement du rêve.

La bataille pour le véganisme est révolutionnaire… elle exige un changement d’état d’esprit général, mais aussi la transformation de la société. Tout comme le changement d’état d’esprit général, la transformation de la société exige le véganisme…

Enzo, 11 ans, plonge pour sauver des beagles

C’est une histoire qui refléte la contradiction essentielle de l’humanité. D’un côté, on a un jeune de onze ans qui est avec son grand-père, tous les deux pêchant, activité inutile et supprimant la vie de créatures vivantes.

Et, on a un moment où des chiots sont jetés à l’eau et le jeune garçon se comporte de manière héroïque pour aller sauver ces vies !

Il y a ici une grande contradiction, une réflexion morale qui se rapproche du véganisme alors qu’il n’y a pas de véganisme ; il y a une grande réflexion à faire à ce niveau, pour voir comment faire avancer les choses.

Voici une vidéo où l’un des protagonistes raconte ce qui se passe :


Enzo et son papy sauvent 6 chiots de la noyade par CharenteLibre

Voici les faits, racontés par la Charente libre :

L’enfant pêche sous le pont de Frégeneuil avec son grand-père. «Tout à coup, on a entendu deux ‘Plouf’», se souvient Joël Délias, qui habite Vindelle. Dans les remous, Joël et Enzo aperçoivent la silhouette de deux chiots. Deux petits beagles qui se débattent dans les courants froids.

«C’est un promeneur qui nous a dit qu’il y avait une femme sur le pont.» Le grand-père grimpe à sa rencontre et la trouve affairée à tirer les chiots de son sac à main et à les lancer sept mètres plus bas comme on balancerait des cailloux à la mer. Il a juste le temps d’en rattraper un par la peau des fesses avant qu’il ne passe aussi par-dessus bord.

En contrebas, Enzo ne réfléchit à rien. Ni à la température de l’eau, ni aux remous ni à la profondeur. «D’un coup, je l’ai vu ressortir tremblant et trempé avec un chien sous chaque bras», raconte Marie-France, la grand-mère. Dans le même temps, un troisième chiot regagne la berge, frigorifié. Deux autres n’ont pas eu cette chance et sont morts avant que ces pêcheurs-sauveteurs n’aient pu les sauver.

La famille frictionne les rescapés dans une serviette pour les réchauffer, en attendant l’arrivée de la police municipale puis de la police nationale, qui souligne le courage de l’enfant qui a secouru les animaux malgré les forts courants.

«On a beaucoup parlé avec cette dame, se souvient le retraité. Elle a expliqué que c’est son compagnon qui lui avait demandé de jeter les chiens, qu’ils n’avaient pas assez d’argent pour nourrir cette portée née le 20 mars. C’est un crime. Il suffisait de les donner. On ne tue pas comme ça», s’insurge encore cet ami des animaux.

Il loue la gentillesse des policiers intervenus. Ces derniers ont demandé à la propriétaire indélicate de leur apporter les deux derniers chiens, restés chez elle et sans doute promis au même sort.

Trois jours après cette partie de pêche mouvementée, le jeune garçon reste très choqué et passe des nuits difficiles. «Il veut que cette dame soit punie», dit son papy. La jeune femme, placée sous tutelle, n’a pas encore pu être entendue, son tuteur étant absent. Son compagnon, en revanche, a nié être à l’origine de cette funeste idée et a même indiqué aux policiers avoir voulu «connaître les joies de la paternité».

Il n’exclut d’ailleurs pas de porter plainte contre sa compagne. Enzo, lui, a été rendre visite samedi après-midi à ses petits beagles miraculés, placés au chaud à la SPA de Mornac. «Ils vont bien, rassure la présidente Sophie Barrière. Ils seront bientôt disponibles à l’adoption.» Elle a remis à l’enfant une carte de membre d’honneur du Refuge de l’Angoumois pour le féliciter de son acte de bravoure.

Aymeric Caron et le véganisme à 90 %

Je refuse tout accessoire en peau… à part les ceintures. Mes habits sont végans… sauf mes chaussures. Quant à ceux qui veulent la vertu en soi, ce sont des nazis, car de toutes manières, nul n’est parfait.

Petit extrait de « Antispéciste » d’Aymeric Caron, du chapitre « Pourquoi les vegans extrémistes sont en réalité spécistes », dont nous conseillons la lecture intégrale dans son ouvrage.

« Monsieur Caron, vous défendez les droits des animaux. Mais êtes-vous vegan au moins ? Cette question, elle m’a été adressée des centaines de fois.

Sans compter Untel qui se plaint sur les réseaux sociaux que j’ai raconté dans un précédent livre ne pas avoir encore réussi à me passer totalement de chaussures en cuir ou Unetelle qui délire en certifiant que je mange du foie gras…

Il m’a même été reproché ma participation à un jeu télévisé au prétexte que des animaux y étaient, non pas tués, mais utilisés : des insectes dans des bocaux, des serpents et des tigres dans le décor… Mes contempteurs fermaient les yeux sur le plus important : le fait que j’étais le capitaine d’une équipe qui a, ce soir-là, joué pour une association de protection animale antispéciste pour laquelle nous avons remporté 13 000 euros, et qui a eu les honneurs du prime time sur la plus grande chaîne publique, ce qui ne s’était jamais vu auparavant. Ne pas comprendre le bénéfice pour les animaux d’une telle action relève de l’aveuglement.

[Nous avons nous-même dénoncé cette participation, voir l’article « Manger des cerveaux à Fort Boyard serait-il subitement justifié? » – LTD]

Entre les interrogations accusatrices des uns et les affabulations des autres, il n’est pas toujours simple de faire partie de la grande famille des défenseurs des animaux. Certains militants ont la désagréable manie de chercher à démontrer que vous n’êtes pas assez vertueux et, donc, que vous êtes indigne de la Cause.

Chacun peut entrevoir les dangers d’un tel tribunal. Être antispéciste ne signifie pas que l’on a signé une charte de bonne conduite en 20 ou 30 points. Cela implique une cohérence, mais laisse également des questions en suspens. (…)

La production commerciale de lait, quelle que soit la taille de l’exploitation, entraîne donc souffrance et mort. Mais imaginons une petite ferme où aucun animal n’est envoyé à la boucherie. Les animaux se reproduisent naturellement, et chacun meurt de sa belle mort. Qu’est-ce qui nous empêche dans ce cas de prélever un peu de lait pour notre consommation personnelle ?

La vache n’en souffrira pas, ni son veau. Cette configuration relève sans doute de l’utopie dans notre monde actuel, mais elle n’est pas irréaliste dans un futur proche. (…)

En ce qui concerne les œufs, c’est une autre histoire. Il existe à la campagne de petits élevages de poules en liberté, dont aucune n’est maltraitée ou tuée lorsqu’elle devient moins productive. Pourquoi ne pas récupérer leurs œufs ?

Aucune souffrance engendrée, les poules sont nourries et protégées des prédateurs en retour, et les œufs sont une source de protéines pour l’homme. En tout cas, cela me semble cohérent.

Encore un mot sur le cuir : j’ai récemment attristé une amie qui m’avait offert un porte-cartes en cuir en lui expliquant que je ne pourrai pas utiliser son cadeau et qu’il fallait par conséquent le rapporter. Voilà près de vingt-cinq ans que je refuse tout accessoire en peau, à part les ceintures que j’ai longtemps portées, faute d’alternative satisfaisante.

En revanche, pour les chaussures, je reconnais ma faiblesse : je possède encore quelques paires en cuir. La raison est simple : il est toujours compliqué aujourd’hui de trouver des chaussures vegans dans les magasins.

Il existe bien des sites Internet qui les commercialisent, mais acheter des chaussures par correspondance s’est toujours révélé un fiasco pour moi : une paire de chaussures s’essaye, c’est même le principe premier. Mais ce n’est qu’une question de temps : très prochainement, il n’y aura plus du tout de peau morte dans mon appartement, à part celle de mes pieds passés à la pierre ponce.

De toute façon, nul n’est parfait. On pourrait toujours faire mieux. Mais les militants des droits des animaux qui semblent vouloir décrocher un brevet de pureté en envoyant à l’échafaud ceux qui dévient de la ligne du Parti font fausse route.

Toute personne qui se bat contre l’exploitation animale mérite d’être considérée, sauf si bien sûr ses actes sont en contradiction flagrante avec son discours. Avant de mépriser un végétarien ou un flexitarien, en l’accusant d’incohérence ou de faiblesse, il faut d’abord considérer l’effort que celui-ci fournit par rapport à un carnivore indifférent. (…)

Je côtoie ainsi de nombreux vegans en transition qui s’accordent encore un bout de brie ou de chèvre de temps en temps. Faut-il les excommunier pour autant ? Je ne le crois pas.

Je lis aussi les commentaires de certains vegans qui reprochent violemment à d’autres vegans de ne pas vérifier systématiquement la composition de tous les produits qu’ils achètent (alimentaires ou autres) afin de contrôler qu’aucune substance d’origine animale ne s’y est insidieusement cachée – il est vrai qu’il s’en trouve dans certains endroits inattendus comme le shampoing ou le dentifrice.

La discipline vegan observée avec précision implique de rejeter tous les biens de consommation qui contiennent des bouts d’animaux (il faut passer en revue la composition de chaque produit), mais également ceux qui ont pu être testés sur des animaux.

Donc il est nécessaire de se procurer une liste détaillée et de la consulter avant chaque achat douteux, ce qui demande un temps considérable, autant pour la nourriture que pour les produits cosmétiques ou ménagers. On ne peut reprocher à certains de ne pas avoir toujours le temps.

Être vegan à 90 % ou 95 %, dans une société où les produits de l’exploitation animale sont omniprésents, représente déjà un effort considérable. (…)

De la même manière, un vegan puriste ne devrait plus lire de livres sur papier, puisque pour fabriquer ce papier des arbres ont été abattus, et des vies minuscules qui habitaient ces arbres en ont forcément pâti. (…)

J’irai même plus loin : les militants antispécistes intransigeants qui s’en prennent aux non-vegans sont en réalité spécistes. En effet, il y a chez les défenseurs des droits des animaux plusieurs espèces, des plus modérées aux plus radicales. Or, les radicaux intolérants se présentent comme les représentants de l’espèce supérieure, plus intelligente et sensible que les autres pour lesquelles ils n’affichent que dédain.

Cela ne vous rappelle rien ? L’antispéciste, pour sa part, ne méprise pas la différence. Il essaye de la comprendre. Cela commence évidemment par les humains. »

Nous qui avons une certaine expérience du véganisme, nous disons ici franchement que nous ne pouvons que penser qu’Aymeric Caron ne restera pas végan longtemps, encore est-il d’ailleurs qu’il faut déjà qu’il le devienne vue cette histoire de chaussures.

Car une fois la fenêtre du relativisme ouverte, le bâtiment s’effondre inévitablement. Il faut être strict, suivre une voie stricte, le moindre libéralisme se transformant en plaie béante faisant s’écrouler tout l’édifice moral.

Il ne s’agit pas d’insulter les gens qu’il s’agit de convaincre, comme le prétend Caron afin de décrédibiliser ceux et celles assumant la morale comme un ensemble inébranlable, mais de dire aux petit-bourgeois relativistes qu’ils n’ont pas leur mot à dire.

Aucun amour pour les animaux, relativisme et esprit de « tolérance »… C’est tout autant illusoire, improductif et décalé que les propos de la porte-parole de L214 qui proposait hier des réformes à la commission d’enquête parlementaire sur les abattoirs, avec encore une fois le thème du halal et du casher…