• « Balance ton porc »

L214 fait de l’éleveur Jean Rochefort un « défenseur des animaux »

L214 a salué la mémoire de Jean Rochefort, acteur décédé hier, en le présentant sous un jour extrêmement positif pour son rôle en faveur des animaux. Naturellement, nous avons voulu savoir dans quelle mesure c’était vrai.

Car c’un cas d’école chez L214 que cete récupération manipulatrice et mensongère de n’importe qui ou n’importe quoi, en en appelant à l’irrationnel et au sentimentalisme au moyen de quelques anecdotes censées être représentative d’une défense des animaux.

L’exemple est d’ailleurs parlant. Voici donc ce qu’a dit L214 sur son facebook :

Jean Rochefort était censé avoir porté « un profond respect à tous les animaux ». Le minimum pour cela voudrait dire qu’il était vegan (et nous ne pensons pas qu’être vegan soit d’ailleurs suffisant, car il faut aimer les animaux et les soutenir dans les faits).

Il ne l’était pas, même pas végétarien d’ailleurs, et en plus c’était un éleveur professionnel, un fanatique de l’utilisation des chevaux. L214 peut appeler cela être « amoureux des chevaux », ce n’est pas notre point de vue.

Précisons bien qu’il ne s’agit nullement d’accabler Jean Rochefort comme individu, qui plus est à l’occasion de sa mort. C’est l’interprétation irrationnelle (ou manipulatoire) qu’il s’agit de critiquer ici.

Que Jean Rochefort ait pu avoir quelques avis sympathiques, certainement, comme par ailleurs l’écrasante majorité des gens si on y regarde bien… Mais jouer sur la sensiblerie pour masquer les curseurs et les frontières, pour gommer la différence entre ce qui est juste et injuste, bien et mal, c’est non.

Le lien mentionné par L214 aboutit d’ailleurs à un très court extrait de propos de Jean Rochefort à la radio France Culture en 2012.

Jean Rochefort y explique que les abattoirs industriels, c’est une horreur, et qu’il regrette le temps où le bourgeois et la personne moyenne mangeant le « même poulet ».

Cela n’en fait pas une critique de la réalité allant dans le sens de la libération animale… C’est simplement une nostalgie classique, comme on en trouve dans le film « L’aile ou la cuisse »

C’est l’idéalisation classique du passé, propre à un homme par ailleurs connu pour son engagement dans la droite conservatrice. Son style dandy a correspondu à des valeurs de la bourgeoisie traditionnelle, celle qui avait encore des valeurs, une éducation et des principes (qui ne sont pas les nôtres par ailleurs).

Jean Rochefort a donc dénoncé l’abattage industriel, comme par ailleurs la corrida. Mais ce sont des anecdotes, car en pratique il a été un éleveur de haut niveau, et même « à l’origine de la première transplantation d’embryons chez la jument », comme on l’apprend dans une interview donnée au magazine équestre « Cheval Savoir« .

C.S. Parlez-nous de Jean Rochefort éleveur…

J.R. J’ai été absolument passionné par l’élevage, et là aussi, je fonctionnais complètement à l’instinct.

Un jour, j’étais avec ma jument de concours, Téfine, une jument vendéenne qui avait un peu de sang cob normand, et d’excellents aplombs. Un homme (manifestement un éleveur pur et dur) est passé à côté de moi et a laissé tomber : « quand on a une jument qui a un dos comme ça, on devrait la faire pouliner ».

J’ai obéi ! J’ai cherché un étalon, et j’ai voulu Laudanum, comme ça, par coup de coeur ; je n’étais pas compétent, mais j’adorais ce cheval.

J’ai fini par le trouver, boiteux, au fond d’une cabane. La saillie (en monte naturelle bien sûr…à l’époque il n’y avait que cela) a eu lieu sous l’ironie des personnes présentes. C’était la première, ou peut-être la deuxième saillie de Laudanum.

Il a ainsi été le père de Nashville, (je donne toujours des noms de films à mes poulains) qui a fait une carrière magnifique sous la selle de Jean-Maurice Bonneau.

Laudanum a eu ensuite la carrière de reproducteur que l’on sait, et une des filles de Nashville a été l’an dernier en tête des gains des chevaux de 6 ans, alors qu’elle ne toise que 1,53 m !. (…)

C.S. Toujours à propos de votre passion d’éleveur, vous avez été à l’origine de la première transplantation d’embryons chez la jument ?

J.R. Oui, c’est une chose dont je suis très heureux, qui a été très importante pour moi : cette première transplantation effectuée par le Dr Palmer a été faite sur une de mes juments…

C’est terrible. Cette histoire de transplantation correspond au principe des mères porteuses ; elle vise à permettre à la jument de pouvoir continuer à avoir une carrière dans les courses, tout en permettant la reproduction de manière technologique…

C’est naturellement odieux et il est inacceptable de mettre en avant Jean Rochefort en affirmant qu’il a un rapport positif aux animaux. Il a joué un rôle essentiel dans les rouages de l’exploitation animale des chevaux.

Il a d’ailleurs même été décoré pour cela, comme montre ses propos rapportés par Gala :

« J’ai décro­ché le Mérite Agri­cole pour avoir été à l’ori­gine de la première trans­plan­ta­tion d’em­bryons chez la jument. Je veux qu’on l’ins­crive sur ma tombe. J’ai le cabo­ti­nage post-mortem ! »

Il a, par ailleurs, été le commentateur des courses équestres à la télévisiondes épreuves équestres aux JO de 2004 et 2008.

Quand on voit cela, on se dit que L214 est d’un opportunisme assez viscéral, à ce degré.

Notons par ailleurs qu’une photo tirée de l’interview de Cheval Savoir a pu par ailleurs être utilisée sur internet ici ou là.

Le commentaire de « Cheval Savoir » n’a naturellement aucune valeur à nos yeux. Mais cela suffit à certains pour faire de cette photo un témoignage d’opinion engagée.

En réalité, la photographie illustre le passage suivant :

C.S. Vous êtes engagé dans la défense des chevaux maltraités…

J.R. Oui. La défense animale en général me semble un combat nécessaire. Je lis en ce moment le livre de Jonathan Safran Foer « Faut -il manger les animaux ? » C’est un livre que je vous recommande vivement. Les méthodes d’élevage industriel font froid dans le dos. Je ne suis pas encore végétarien, mais je compte le devenir…

Jean Rochefort n’est pas végétarien, mais cela le travaille, comme beaucoup. Sauf qu’en 2011, date de l’interview, il fallait déjà mettre en avant le véganisme… Et de toutes façons, c’est l’élevage industriel qu’il dénonce.

Quand on voit son parcours, son attitude visant à dénoncer que tout aille trop loin, sa posture de dandy, cela en fait au mieux quelqu’un proche des thèses fachos du « avant c’était mieux », pas quelqu’un visant une utopie universelle végane. D’ailleurs, s’il défend les chevaux, c’est parce qu’il les aime bien, voilà tout.

Et encore, les défendre est un grand mot, comme en témoigne ses propos au Figaro au sujet d’un tournage :

Avez-vous des regrets?

Le jour où on est satisfait de soi-même, on est foutu. Le doute est un carburant nécessaire. Je regrette infiniment l’expérience de Don Quichotte de Terry Gilliam, un metteur en scène pour lequel je n’ai plus d’estime. Le tournage (en 2001, ndlr), inachevé, a été interrompu par une hernie foudroyante.

De plus, j’avais accepté de monter sur un cheval qui, pour ressembler à Rossinante, n’avait pas été nourri pendant quarante jours. Les soigneurs avaient des pommes accrochées dans le dos pour qu’il marche.

Deux jours après mon arrêt, le cheval est mort. Moi, l’homme de cheval, j’avais accepté cette horreur! À la douleur physique, au renoncement du rôle, s’ajoutait la honte. Mon psychiatre m’a aidé à faire sortir peu à peu tous ces maux. Et à me relever d’une grave dépression.

C’est un bon exemple, car cela signifie que Jean Rochefort n’a pas su systématiser son amour des chevaux, l’universaliser. Il a donc échoué en 2001, et il l’a bien compris. C’est à son honneur, mais cela n’en fait pas un défenseur des animaux.

Cela en fait quelqu’un qui a échoué à aimer les animaux. En pratique, il ne dépasse pas la position d’éleveur professionnel, fervent défenseur des activités équestres, qui veut que les choses restent « mesurées », « à l’ancienne » en quelque sorte… Mais qui n’a pas été capable pour autant de défendre le pauvre cheval du film « Don Quichotte ».

On notera d’ailleurs que les propos de Jean Rochefort aurait dû aboutir à une enquête et à la condamnation du réalisateur. Cela n’est évidemment pas le cas.

Notons même que Terry Gilliam salue Jean Rochefort précisément avec une image où l’on voit ce pauvre cheval… Quelle ignominie…

Le réalisateur Terry Gilliam montre vraiment ici qu’il n’a rien compris aux animaux. Une telle publication, alors que l’animal est mort deux jours après la photographie, après avoir été affamé… cela fait froid dans le dos.

Quand on voit tout cela, quand on sait que Jean Rochefort a été un éleveur même décoré pour son activité, peut-on alors faire de cet acteur un défenseur des animaux, ou même des chevaux? Certainement pas.

A croire pourtant qu’il sufit qu’il dise qu’il ne faut pas manger les chevaux – seulement donc les utiliser pour des courses, comme des objets – pour en faire quelqu’un de bien, comme chez Brigitte Bardot, qui parle d’une « hécatombe d’étoiles qui s’éteignent avec la mort de Jean Rochefort »…

Peut-on alors aussi comprendre certains commentaires irrationnels qu’on trouve sur le facebook de L214 ?

« C’est toujours les meilleurs qui partent en premiers malheureusement. »
« Un grand homme, il a porté son art à la cause animale »
 » Un très grand Monsieur ! Reposez en paix.« 
« Adieu Monsieur Rochefort. Vous allez nous manquez. Reposez en paix Monsieur Rochefort ami des animaux. »

Ces commentaires sont absurdes, ou plutôt symptomatiques : tout ce cinéma ne sert qu’à larmoyer, afin de se mettre soi-même en avant, de prétendre que le monde est uniquement dur, qu’on ne peut rien et que la cause est vouée au martyr.

C’est ignoble et L214 joue là-dessus pour s’imposer comme association institutionnelle. C’est du racolage morale absolument affreux.

Alors qu’en plus, sans sacraliser Jean Rochefort, sans le transformer en « ami des animaux », il y avait matière à réflexion.

Pour preuve, nous avons trouvé cette chanson où Jean Rochefort raconte un beau texte sur les chiens abandonnés, dans un 45 tours au profit de la SPA. C’est très dur et on sent qu’il saisit très bien la signification du texte lu.

C’était bien plus cela qu’il fallait mettre en avant qu’une photographie de Jean Rochefort à prétention esthétisante, faisant passer celui-ci pour ce qu’il n’a pas été.

Quand ils ont claqué la portière
Il n’a pas compris tout de suite
Il a couru longtemps derrière
Mais la voiture allait trop vite

Et pendant des journées entières
Il a vu les autos passer
Mais vous, auriez-vous fait marche arrière
En voyant ce chien sans collier ?

Car après les premières caresses
Puis quelques mois d’indifférence
Beaucoup de chiens perdent leur laisse
Au début des grandes vacances…

Comme un objet que l’on jette
Quand il n’est plus au goût du jour
Il sera remplacé peut-être
Par un chien plus jeune au retour…

Le chien abandonné en été par ses maîtres
Flaire toujours la route et fait des kilomètres
Il traverse les villages et s’approche des enfants
Qui n’osent le caresser de peur qu’il soit méchant,
De peur qu’il soit méchant

Il n’a pas oublié ses maîtres
Depuis le jour qu’il vagabonde
Et pour les retrouver peut-être
Il ira jusqu’au bout du monde

Il n’a plus d’âge et plus de race
Qu’importe comment il s’appelle
Mais à le voir suivre leurs traces
Moi, je vais l’appeler Fidèle

Le chien abandonné en été par ses maîtres
Sur le bord d’un fossé vaut bien que l’on s’arrête
Qu’on ouvre sa portière pour le faire monter
Pour qu’un jour en été il n’y ait plus jamais
De chien abandonné.

Voilà qui est utile et qui fait partie du patrimoine de la défense des animaux. Voilà ce qu’il faut valoriser et évaluer objectivement, et non pas sacraliser tout et n’importe quoi, afin d’alimenter l’irrationnel et de masquer qu’en fait l’exploitation animale est en expansion exponentielle à l’échelle planétaire.

Aucun compromis avec McDonald’s, burger « veggie » ou pas

Dans la culture rasta, la société moderne est qualifiée de Babylone ; c’est bien sûr une référence chrétienne au fait que dans la Bible, Babylone est le symbole de l’oppression, d’un mode de vie incorrect.

L’allégorie de Babylone a pu être utilisé ici et là, et si la portée religieuse est sans intérêt, ce qui compte à l’arrière-plan, c’est la valorisation de la question de la vie quotidienne.

Ce qui est décisif, c’est la manière de vivre dans sa nature quotidienne.

Non pas que révolutionner sa vie quotidienne suffise. Être anarcho-punk ne change clairement pas le monde. Ni même le fait d’être vegan, en fait. Mais être vegan,  c’est une condition sine qua non pour aller à l’assaut de cette société et la changer.

Tout relativisme est alors une faille.

Pourquoi dire cela ? Car McDonald’s a sorti un burger végétarien, qui va être testé plus d’un mois en France (du 10 octobre au 27 novembre 2017).

Le « grand veggie » sera composé d’une galette végétarienne composée d’un mélange de salsifi, carotte, emmental et céréales, avec en garniture, de la salade, du chou rouge et blanc et une sauce au pesto rouge, avec deux pains parsemés de graines de courge, de sésame et de pavot.

Le tout « made in France », McDonald’s insistant particulièrement sur ce côté « terroir ».

Il existe aussi ailleurs un burger végétalien, le McSpice, avec comme base un « steak » de haricots rouges, de carottes, de poivrons verts et d’oignons rouges. Il est présent en Norvège depuis peu, et a ou existe encore en Afrique du Sud, en Arabie Saoudite et en Belgique ; une version avec fromage est aussi disponible. Il y a également en Inde un McVeggie, avec un steak de légumes (petits pois, carottes, haricots, oignons, patates et riz).

Peu importe, car ce qu’il est nécessaire de réaffirmer ici, c’est qu’il n’y a rien de végan. Le véganisme n’est pas le végétalisme. Même si la nourriture est vendue à part, Mc Donald’s reste un monstre de l’exploitation animale, le symbole d’une consommation ignoble, d’un mode de vie infâme.

McDonald’s est une machine de guerre, c’est le capitalisme tourné vers l’exploitation animale de très grande consommation, avec un perpétuel souci d’agrandissement, de modernisation.

Avec, aussi, une très grande attention portée à ce que tout reste niais, aseptisé, stupide.

Il ne s’agit pas ici de faire de l’anti-américanisme primaire et forcément stupide, ni d’ouvrir un débat sur la possibilité ou non de manger végétalien dans un restaurant qui ne l’est pas. On sait bien à quel point il n’est pas forcément aisé de se confronter au réel avec toute la rage nécessaire et il ne s’agit pas de jeter la pierre à des gens tentant d’organiser leur vie quotidienne.

Des discussions sont possibles et nécessaires, bien entendu ; le sujet est complexe et demande de la finesse. Pour Mc Donald’s, par contre, aucun débat n’est possible. McDonald’s est un ennemi.

C’est un ennemi prioritaire. Au même titre que les kebabs ou les fast-foods « bien de chez nous », d’ailleurs, car l’aspect essentiel n’est nullement l’origine nationale, mais le fait qu’il s’agisse d’une consommation de masse, à vocation « plaisante » et relativement peu onéreuse.

L’accessibilité d’une telle consommation, voilà la réelle ennemi, et non pas une pseudo « végéphobie » qui est vraiment une fantasme de gens cherchant à tout prix à refuser l’esprit de confrontation et de lutte.

Être vegan signifie lutter, signifie la rupture. Ce que proposent en ce moment L214, l’association 269, les petits boutiquiers et autres épiciers, les magasins bios, n’est qu’un moyen d’intégrer, de saboter, de dévier vers le symbolique et la consommation.

Alors que la question qui compte, c’est celle de la production à l’échelle du monde.

Croit-on vraiment changer le monde en portant de manière immorale des cadavres d’animaux dans les bras, en montrant des vidéos sordides, en passant une nuit devant un abattoir ?

Tout cela est bon pour la bonne conscience, et encore, mais cela ne modifie en rien la réalité. Ce n’est pas une contribution à la bataille pour la libération, une libération qui passe par la confrontation avec les tyrans.

McDonald’s est un tel tyran.

McDonald’s est une entreprise de très grande envergure tentant de faire passer l’exploitation animale la plus poussée pour un acquis démocratique ; chez McDonald’s, on peut venir comme on veut, il y a un côté plaisant et familial : tout cela n’est qu’un masque infâme, un éloge de la niaiserie la plus violente, la plus criminelle même.

Au 21e siècle, tout le monde sait ce que représente McDonald’s, à savoir la continuation d’un mode de vue superficiel, anéantissant l’Amazonie, élargissant l’exploitation animale, avec des conditions de travail très difficiles pour un salaire misérable, tout cela au service du bon plaisir individuel totalement aliéné et d’une entreprise richissime.

Les nouveaux burgers végétarien ou végétalien sont ainsi une insulte au véganisme. Ils témoignent d’une offensive pour corrompre les gens ayant une conscience, ils prétendent être ce qu’ils ne sont pas, car McDonald’s est un lieu qui est une insulte à la conscience, à la Nature, à la culture, à ce que devrait être chaque être humain portant la moralité.

Par conséquent, les burgers végétariens ou végétaliens de McDonald’s doivent être dénoncés comme l’exemple de l’hypocrisie de la part de l’exploitation animale, comme exemple aussi de corruption par la manipulation de la fibre individuelle des personnes ayant conscience de ce qui se passe.

Quiconque a un peu de conscience et va au McDonald’s se laisse corrompre. Ce n’est pas un compromis anodin, mais un doigt dans l’engrenage qui amène sa totale intégration et son inévitable capitulation.

Jamais on ne soulignera assez que la bataille n’est pas seulement pour que les gens deviennent vegans, mais également qu’ils le restent. Les gens en France n’ont malheureusement pas encore connu, à l’opposé de pays comme la Suède, l’Allemagne, l’Autriche, etc., de vague qui a échoué et qui sert de bilan.

Car entre une base culturelle insuffisante et l’offensive de l’industrie de l’exploitation animale, des revues féminines et du bio, il ne va pas rester grand-chose de la vague vegan actuelle. La corruption individuelle est inévitable ; le véganisme n’est pas populaire, il n’est pas ouvrier, il n’est pas ancré dans la vie quotidienne, il est surtout un lifestyle à la mode, larmoyant et branché en même temps, glauque et élitiste à la fois, purement symbolique et sans volonté de rupture.

De rupture dans la vie quotidienne. C’est peut-être ici la preuve qu’il n’est pas possible de porter le véganisme sans la dimension straight edge. C’est sans doute la preuve que sans assumer une mentalité stricte, disciplinée, refusant toute échappatoire, on succombe.

Car la corruption, dans « Babylone » est partout ; elle s’immisce dans la moindre interstice, elle creuse et fait tomber même les meilleurs.

Pourtant, la bataille ne s’arrête jamais, il doit continuer jusqu’à la victoire. Il faut faire tomber Babylone et pour cela il faut une morale inébranlable, des principes indiscutables, un projet collectif rationnel, une conscience de l’enjeu qui n’est pas moins que la bataille pour la planète.

Lettre ouverte aux vegans de Pézenas, de l’Hérault, de France et d’ailleurs

François Ferdier est un éleveur de l’Hérault, membre de la Coordination Rurale 34. Il a rendu public une lettre ouverte « aux vegans de Pézenas, de l’Hérault, de France et d’ailleurs ».

Comme toutes les lettres ouvertes, elle feint le dialogue pour, comme de bien entendu, attaquer un concurrent sur le plan des idées. La Coordination Rurale, c’est en effet le slogan « Pour sauver un paysan, mangez un végan« , la pendaison d’une vache morte depuis trois semaines à la permanence d’un député des Républicains en Normandie

Voici la lettre.

Madame, Monsieur, vous défendez la cause animale dites-vous, et je la défends aussi. Or, je défends aussi mes collègues agriculteurs, ceux dont la profession est de nourrir les Hommes.

Car sans nourriture point n’est besoin de médecin, de psy et des autres professions.

Aujourd’hui, un agriculteur se suicide tous les deux jours, soit près de 200 paysans par an… Juste pour que les Français puissent manger à leur faim !

N’oubliez pas que sans l’élevage, ce sont les estives ou paissent des vaches, des moutons et des chèvres qui disparaîtront. Il faudra dire adieu aux joies de la glisse en hiver et faire face à un risque accru d’avalanches.

De même, les garrigues privées des chèvres et des brebis Lacaune ou Mérinos,s’embroussailleront et feront la part belle aux flambées estivales, lesquelles n’épargneront pas nos maisons…

Il vous restera, mesdames et messieurs les « végans », à aller brouter l’herbe du mont Lozère et du plateau du Cantal, car sans les Aubracs qui y paissent, ces espaces, où seule l’herbe peut pousser, deviendront une jungle.

Et je ne parle pas de la place essentielle des animaux dans le cycle de la vie organique terrestre !

Lorsque vous défendez les animaux des brutalités de certains individus, lorsque vous vous battez contre la surpopulation « carcérales » de certains élevages, vous avez là toute ma considération. Le bien-être de mes animaux est ma préoccupation quotidienne.

Mais que vous vouliez imposer par des méthodes extrémistes illégales vos points de vue sur la consommation de viande, et sur la vie sans animaux domestiques, cela dépasse les bornes.

Alors oui, je partage sans honte le slogan de mon syndicat : POUR SAUVER UN PAYSAN, MANGEZ UN VÉGAN !

François FERDIER, Coordination Rurale de l’Hérault

Répondons ici brièvement en quelques points :

a) Dire qu’on est dans une situation où il faut se battre pour que la France puisse manger à sa faim est faux. Le gâchis alimentaire est entre entre 95 et 115 kilo par personne dans notre pays.

Il n’y a pas besoin d’une bataille « pour la production ». S’il dit cela, c’est justement en raison du point suivant.

b) François Ferdier se trompe quand il dit que les agriculteurs ont comme « profession de nourrir les Hommes ». Les agriculteurs ont comme profession d’avoir une entreprise. Leur activité concrète est secondaire par rapport à cette fonction.

Et si justement il y autant de suicides, c’est parce que cela ne marche pas pour les petits agriculteurs, qui se font littéralement broyés par les grands groupes. C’est la simple application du principe de la concurrence, de la compétition économique.

L’idée de dire qu’il faudrait « sauver les agriculteurs », c’est simplement un moyen de se protéger dans le cadre de la concurrence économique. D’où le chantage avec le point suivant.

c) Le chantage à la défense du paysage, avec avalanches et incendies sans éleveurs, apparition de jungles, etc. ne tient pas une seule seconde. Rien n’empêche en effet de laisser paître vaches, moutons et chèvres, sans pratiquer l’élevage, en contrôlant la natalité dans un premier temps…

Sans compter que l’élevage est industriel désormais et ne correspond à cette image d’Epinal qui nous est donné. D’où le point suivant.

d) Parler « de la place essentielle des animaux dans le cycle de la vie organique terrestre » n’a aucun sens dans la mesure où ce cycle est naturel alors que l’utilisation des animaux se moque de ce cycle, occassionant pollution et contribution au réchauffement climatique.

L’élevage industriel a explosé depuis cinquante ans et va continuer sa croissance exponentielle dans les trente prochaines années. En quoi cela a-t-il un rapport avec le cycle de la vie terrestre ? Rien, mais tout avec le chaos de la manière humaine de produire. D’où le point suivant.

e) François Ferdier a tort de s’imaginer qu’il est possible de faire sans « la surpopulation « carcérales » de certains élevages. » Qui dit concurrence dit compétition, qui dit compétition dit bataille sur les prix.

Son activité est en décalage avec les grands groupes, peut-être ; il n’en reste pas moins que ce sont toutes les petites activités qui, par leur jeu économique, ont produit les grands groupes. On ne va donc pas retourner en arrière pour que toute recommence, et ce n’est de toute façon pas possible.

Ni souhaitable d’ailleurs, car si l’on peut vivre sans tuer d’être vivant, autant le faire. C’est une manière de voir la vie qui est différente.

Et il est vrai ici que cette bataille positive ne ressort en rien des initiatives récentes des associations L214 et 269life, qui maintenant parfois même s’allient.

François Ferdier réagit en effet avec cette lettre ouverte sur le site de la Coordination rurale 34 aux initiatives de « nuit debout » devant des abattoirs. Des éleveurs étaient souvent venus apporter une « opposition », avec la police servant de tampon. En voici quelques photos.

Les éleveurs ont très bien saisi le problème, comme en témoigne le communiqué de la coordination rurale 34, justement, appelant à se mobiliser.

« Aussi bien les agriculteurs, toutes spécialités réunies, que les consommateurs doivent se préserver contre l’application de l’idéologie végane – dont on ignore les ressources financières mais dont on constate le prosélytisme exacerbé – afin que ne soient pas définitivement anéantis les équilibres économiques et sociaux de notre pays.

Agriculteurs et consommateurs devront être très nombreux le 26 septembre prochain pour engager pacifiquement le dialogue avec les végans et, en respectant leurs pratiques pour eux-mêmes, les convaincre d’abandonner leur volonté de les appliquer à tous. »

S’appuyer sur les traditions, fomenter les suspicions sur les vegans en tablant sur leur manque de projet, jouer sur la dimension économique des bénéfices pour le capitalisme, appuyer la question du libéralisme (chacun fait ce qu’il veut) : tel est le panorama de la contre-offensive de l’exploitation animale.

C’est intelligent, réfléchi, et il y a les moyens derrière. Et les pseudos-actions renforcent cet ennemi.

Car on peut comprendre qu’on ait envie de s’engager. Mais s’imaginer que cela changerait quelque chose de s’habiller en noir et de se rassembler devant des abattoirs, c’est totalement catholique. C’est glauque et cela ne sert à rien ; c’est du témoignage contemplatif.

Et c’est très symptomatique du véganisme français, qui depuis son émergence, ne dépasse pas cet horizon du témoignage, de la mise en avant individuelle, de la logique du boutiquier-commerçant.

Il n’y a aucune réflexion, aucune organisation ; le premier groupe qui lance une activité, quelle qu’elle soit, rassemble un peu de monde, et cela s’arrête là.

Il n’y aucune structure fixe, les gens passent d’une association à une autre, quand ils n’ont pas double ou triple casquette.

Le niveau reste naïf, infantile, limité à une vague dénonciation de l’oppression, sans aucune analyse de la société, aucune remise en cause des institutions, comme si on ne vivait pas dans une société capitaliste, comme s’il n’y avait pas des riches et des pauvres, un style de vie dominant, des mœurs traditionnelles, etc.

Pire encore, on peut même dire que cette approche vise de manière explicite à nier que pour que la libération animale réussisse, il faudra une révolution. Au fond, tous ces gens ne peuvent ne pas le savoir. Ils font donc semblant, ils témoignent.

Ils ne veulent pas mettre leur vie au service de la cause, ils ne veulent pas risquer leur situation personnelle. C’est leur individualité qui prime, leur confort personnel.

Et à l’arrière-plan, rien ne change, car il n’y a pas de militantisme dans la population, seulement du témoignage. Il y a une dénonciation à prétention moraliste, mais personne d’accusé de manière précise à part le « spécisme », ce mot fourre-tout qui permet surtout aux riches et aux puissants de pouvoir continuer à dormir tranquille.

Tout cela est catholique au possible, une manifestation de bonne conscience, dans un monde pourtant en perdition.

Or, il faut être athée, avec comme perspective une tempête de masse, fracassant un système dans son ensemble, révolutionnant la vie quotidienne.

Ce sont vers les gens qu’il faut aller, c’est dans la population qu’il faut aller, dans toute la France. C’est là qu’il faut dispenser son énergie, en trouvant des voies positives pour la défense des animaux, mais de la Nature, car là est le véritable enjeu de fond, le sens réel de la bataille.

Arkangel : « Prayers upon deaf ears »

« Les Lamentations des morts glorifient la révolution
Les larmes des victimes
Flottent dans une mer de désespoir »

 

« Dans un bassin de rouge
Les outils de la mort forgés dans les flammes du mépris
Les animaux non humains meurent au nom de l’ignorance égoïste »

 

« Alors que les larmes tombent de mes yeux et roulent sur ma la joue comme une pluie de tristesse, je prie pour le salut de l’innocence mais mon esprit endeuillé et mon coeur saignant savent que ce sont des prières dans des oreilles sourdes »

 

« La folie industrielle consomme Gaïa
Témoignez de la disparition de la vie sous le siège de l’humanité
Mère sans respiration, impuissante elle meurt »

C’est un album emblématique d’un groupe de musique qui a eu une grande influence. Lorsque le groupe belge Arkangel sort en 1998 l’album « Prayers upon deaf ears », on fait face en effet à un monument.

On est dans une affirmation vegan straight edge profonde, avec des paroles reflétant une vision du monde comprise et exprimant une colère sourde. Il y a quelque chose de profond, de vrai, de juste, dit avec émotion et vérité.

La musique, de par son tournant métal dans le hardcore, apporte quelque chose de nouveau, qui a été marquant. Il y a un côté à la fois sombre et agressif, une tristesse et une colère qui sont terribles et engagés : la partie parlée à la fin de l’album est un appel à la compassion.

Mais il est difficile d’être au niveau et de comprendre l’ampleur de ce qu’on porte. Les musiciens d’Arkangel ont ainsi entièrement rompu avec tout ce qui a un rapport avec la culture vegan straight edge et ses principes, profitant toutefois de leur aura et d’un style découvert pour continuer une carrière sous le même nom.

C’est étrange et révoltant. La forme aussi, perdant tout rapport avec son contenu, a alors irrigué une scène metalcore allant parfois jusqu’au nihilisme (Arkangel est ainsi proche de « Kickback », du « negative hardcore » français avec chaque concert tournant en bagarre, une fascination pour la « transgression » jusqu’au morbide, etc.).

Bref, Arkangel s’est transformé en son contraire. Cela doit nous rappeler que nous devons rester humbles et disciplinés, écraser toujours notre ego pour toujours savoir se mettre au service de Gaïa, sans céder.

C’est Gaïa qui prime – la Terre d’abord !

Voici les paroles de l’album « Prayers upon deaf ears », « Prières dans des oreilles sourdes ». L’ordre des chansons suit l’album (qui fait un peu moins de 20 mn), les lecteurs sont calibrés pour chaque chanson.

Within The Walls of Babylon
Au sein des murs de Babylone

Immersed in a sea of pain
Chained to a lifetime agony
Existence becomes a thorn stuck in the side of the innocents
Born different, destined to suffer
A throne usurped by man for a Kingdom plagued with tyranny
Immergée dans une mer de douleur
Enchaînée à une agonie à vie
L’existence devient une épine planté dans la côte des innocents
Né différent, destiné à souffrir
Un trône usurpé par l’homme pour un Royaume rongé de tyrannie

Malicious, vile, merciless
Modernity devours the children of earth disgraced
Before humanity’s demented eyes
Driven by sickness civilization indulges in suicidal madness
Malicieuse, vile, impitoyable
La modernité dévore les enfants de la terre déshonorés
Devant les yeux de déments de l’humanité
Conduite par la civilisation de la maladie, engagée dans la folie suicidaire

Within the walls of Babylon, wickedness is rampant
And snakes crawl under virgin skin
I seek a moral elevation
To salvage hopes of paradise
No more cupidity but altruism to restore harmony
Au sein des murs de Babylone, la folie furieuse est rampante
Et les serpents rampent sous la peau vierge
Je cherche une élévation morale
Pour sauver les espoirs du paradis
Plus de cupidité mais l’altruisme pour restaurer l’harmonie

Under a red sky of dying nature
Laments of the dead praise revolution
Tears of the victimized
Flow into a sea of despair
Sous un ciel rouge de la nature mourante
Les Lamentations des morts glorifient la révolution
Les larmes des victimes
Flottent dans une mer de désespoir

One Standard, One Ethic
Une norme, une éthique

In the mist of inferno, I seek salvation
Filth cannot taint my allegiance
For my heart
Holds the truth
Dans le brouillard de l’enfer, je cherche le salut
La saleté ne peut pas corrompre mon allégeance
Car mon cœur
porte la vérité

My heart and my mind worship discipline and filter right from wrong
Purification
Mon cœur et mon esprit adorent la discipline et filtrent le bien du mal
Purification

Sworn to justice to cast iniquities into the shadows of oblivion
Untouched by the dirt of lust
One standard, one ethic
Redemption for all innocent life
One standard, one ethic
Reverance for the sentiment
Jurer à la justice de jeter les iniquités dans l’ombre de l’oubli
Intact de la crasse de la luxure
Une norme, une éthique
La rédemption pour toute vie innocente
Une norme, une éthique
La révérence pour le sentiment

(reprise)

Built Upon The Graves
Construit sur les tombes

Emissaries of demise slit the defenseless
In an act of barbarity
Sharp knives give the final embrace
In a pool of red
Les émissaires de la faille ont fendu les sans défense
Dans un acte de barbarie
Les couteaux aiguisés donnent l’étreinte finale
Dans un bassin de rouge

Deathtools forged in the flames of scorn
Non human animals die in the name of selfish ignorance
Les outils de la mort forgés dans les flammes du mépris
Les animaux non humains meurent au nom de l’ignorance égoïste

Blood spilled for lust
In temples of terror
Factory farms
Le sang répandu pour la luxure
Dans les temples de la terreur
Les fermes usine

Vivisection laboratories
Fur ranches Slaughter houses
All replace concentration camps still injustice remains
Les laboratoires de la vivisection
Les séries d’abattoirs pour la fourrure
Tous remplacent les camps de concentration encore l’injustice reste

End this evil empire built upon the graves
Of murdered and devoured creatures
Salvation I whisper thy name and scream for liberation
Consumption of lifeless bodies is a vote for genocide
Terminons-en avec cet empire maléfique construit sur les tombes
D’assassinées et dévorées créatures
Le salut je murmure ton nom et je hurle pour la libération
La consommation de corps sans vie est un vote pour le génocide

In The Embrace Of Truth
Dans l’étreinte de la vérité

I am not tempted by your paradise of lies
Never will I fester in the boels of decadence
Committed to nobility for a higher destiny
In the embrace of truth belongs my heart and soul
I walk the path of righteousness
Je ne suis pas tenté par votre paradis de mensonges
Jamais je ne me farderai dans les bouffées de la décadence
Engagé pour la noblesse pour une destinée supérieure
Dans l’étreinte de la vérité appartient mon coeur et mon âme
Je parcours le chemin de la droiture

My quest for justice is enlightened by the blazing sun of harmony
I refuse to partake into man’s craving for lechery
A desire fueled by the flames of greed in this world Mother
Culture is a legacy of prejudices
Against non human animals
Ma quête de justice est éclairée par le soleil brûlant de l’harmonie
Je refuse de participer à l’envie de l’homme pour la luxure
Un désir alimenté par les flammes de la cupidité dans ce monde Mère
La culture est un héritage de préjugés
Contre les animaux non humains

Day Of Apocalypse
Jour de l’apocalypse

« And there were angels who could not accept the lifting of man above them,
and like Lucifer rebelled against the armies of the loyal arch-angel Michael,
and there arose a second war in Heaven » [From the movie The Prophecy, inan extra chapter of the Book of Revelation]
«Et il y avait des anges qui ne pouvaient pas accepter la levée de l’homme au-dessus d’eux,
et comme Lucifer se révoltèrent contre les armées du fidèle archange Michel,
et il y a eu une seconde guerre au ciel » [Tiré du film La Prophétie, dans un chapitre supplémentaire du Livre de l’Apocalypse]

I hear the trumpets of the apocalypse
Announcing the end of man
So please end this exploitation
Thou shall not poison the earth
Essence of all existence for with her
We fall along into the abyss of avidity
J’entends les trompettes de l’apocalypse
Annoncer la fin de l’homme
Donc s’il vous plaît cessez cette exploitation
Vous ne devriez pas empoisonner la Terre
Essence de toute existence, avec elle
Nous tombons dans l’abîme de l’avidité

Sealing our fate with the kiss of death
Defense of innocent life is my declaration
Retribution, humanity harvests destruction
As we have sown desolation
Scellant notre sort avec le baiser de la mort
La défense de la vie innocente est ma déclaration
La rétribution, l’humanité transporte la destruction
Comme nous avons semé la désolation

Vision of apocalypse complete devastation
Final judgement falls upon us as we rape the land
Vision de l’apocalypse, dévastation complète
Le jugement définitif tombe sur nous alors que nous violons la terre

When mother earth’s lifeforce depletes
Action must be taken to free the world from its sickness
Action for justice leads to freedom
Lorsque la force vitale de la terre-mère s’épuise
Il faut prendre des mesures pour libérer le monde de sa maladie
L’action pour la justice conduit à la liberté

Scorched landscape burned to ashes
Original state of balance forever lost
Creation of nature is drowned into concrete
Paysage brûlé en cendres
L’état d’équilibre original perdu à jamais
La création de la nature est noyée dans le béton

Oblivion embraces paradise while helpless species die
We forge this world into an hell
Industrial madness consumes Gaïa
Witness the demise of life under the siege of humanity
Breathless mother, helpless she dies
L’oubli embrasse le paradis alors que les espèces sans défense meurent
Nous forgeons ce monde en un enfer
La folie industrielle consomme Gaïa
Témoignez de la disparition de la vie sous le siège de l’humanité
Mère sans respiration, impuissante elle meurt

Evilization
Mal-isation

Legions of demons advance in the shadow of mankind
Infernal hordes of chaos wage war against Earth
Soldiers of doom pour venom on the land
Final shreds of nature swing on the brink of abyss
While non human life agonizes
Anthropocentrism is tainted by the suffering of millions
Des légions de démons avancent dans l’ombre de l’humanité
Des hordes infernales du chaos font la guerre contre la terre
Des soldats de la destruction versent du venin sur la Terre
Les fragments finaux de la nature se balancent au bord de l’abîme
Alors que la vie non-humaine agonise
L’anthropocentrisme est entaché par la souffrance de millions

Admist inferno, I seek salvation to bring an end to your mindless destruction
We conquer a wind of protest
Blows to enlighten
Au milieu de l’enfer, je cherche le salut pour amener une fin à votre folle destruction
Nous conquérons un vent de protestations
Soufflant pour éclairer

The blackness of ignorance when absolute evil forms
I raise an avenging sword and strike the beast into its heart
To preserve innocence, to protect the defenseless
I am striving for an all encompassing golden age
Where justice and compassion prevail
In reaction to decadence emerges a shining order
One that ensures freedom not enslavement
La noirceur de l’ignorance quand le mal absolu se forme
Je soulève une épée vengeresse et frappe la bête dans son cœur
Pour préserver l’innocence, protéger les sans défense
Je tends à un âge d’or embrassant tout
Où la justice et la compassion prévalent
En réaction à la décadence émerge un ordre brillant
Celui qui assure la liberté et non l’asservissement

[Spoken Part]
[Partie parlée]

As tears fall from my eyes and roll over my
cheek as a rain of sadness, I pray for the salvation of innocence
but my mourning soul and bleedings heart know that they are prayers
upon deaf ears for I have witnessed so much disregard in the actions
of our greed ridden civilization.
Alors que les larmes tombent de mes yeux et roulent sur ma
joue comme une pluie de tristesse, je prie pour le salut de l’innocence
mais mon esprit endeuillé et mon coeur saignant savent que ce sont des prières
dans des oreilles sourdes, j’ai été témoin de tant de mépris dans les actions
de notre civilisation dominée par l’avarice.

After all the pain, after all the suffering non human animals
have to endure, imprisoned in the factory farms, tortured
in the vivisection laboratories and killed in the slaughterhouses,
symbols of ignorance and cruelty, I hope that somewhere there
is a place where they can finally rest in peace.
Après toute la douleur, après toute la souffrance que les animaux non humains
doivent endurés, emprisonnés dans les fermes industrielles, torturés
dans les laboratoires de vivisection et tués dans les abattoirs,
symboles de l’ignorance et de la cruauté, j’espère que quelque part là-bas
il y a un endroit où ils peuvent enfin se reposer en paix.

But the sad and bitter truth is that no heaven awaits us,
only an hell that man creates on earth, En hell that burns
everything on its path, leaving ashes of desolation in its wake.
Mais la triste et amère vérité est qu’aucun paradis ne nous attend,
seulement un enfer que l’homme crée sur terre, un enfer qui brûle
tout sur son chemin, laissant les cendres de la désolation dans son sillage.

Dominion over nature ensures our demise for we destroy
the unique life support systems we’ll ever have, this beautiful
planet which brought us into the sunlight.
La domination sur la nature assure notre disparition car nous détruisons
les uniques systèmes de soutien de la vie que nous n’aurons jamais, cette belle
planète qui nous a amenés à la lumière du soleil.

Love, compassion and justice are not just beautiful words,
they are a weapon against the greed and selfishness
of the society we live in.
L’amour, la compassion et la justice ne sont pas seulement des mots magnifiques,
ils sont une arme contre la cupidité et l’égoïsme
de la société dans laquelle nous vivons.

Love, compassion and justice are a weapon for revolution
in the mind and in the soul of every man and every woman,
a revolution for the coming of harmony.
L’amour, la compassion et la justice sont une arme pour la révolution
dans l’esprit et dans l’âme de chaque homme et de chaque femme,
une révolution pour l’avènement de l’harmonie.

Veganism is compassion, is justice, is a tool for the love
and caring to prevail on this earth. The only true happiness
is the one we all share in total freedom.
Le véganisme est la compassion, est la justice, est un outil pour que l’amour
et le fait de prendre soin prévalent sur cette terre. Le seul vrai bonheur
est celui que nous partageons tous en totale liberté.

Vegan Straight Edge, pour la libération

stickerIl n’y a aujourd’hui aucune raison de ne pas être vegan straight edge et toutes les personnes conscientes de ce qui se passe dans le monde doivent assumer une position d’avant-garde, une position de rupture, l’indiquant clairement afin d’ouvrir une brèche.

La destruction de la vie naturelle sur la planète, tout cela pour un mode de vie à la fois barbare et absurde, criminel et meurtrier, doit être stoppée, ce qui signifie qu’un contre-projet de libération doit être lisible, diffusé, assumé et se concrétise sous la forme d’un changement complet, d’une révolution totale dans la manière d’avoir des rapports avec les animaux, avec la Nature, avec la vie en général.

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Le réchauffement climatique est une épée de Damoclès sur l’humanité ; elle représente l’impact des erreurs humaines, elle est la réponse à un déséquilibre provoqué par l’humanité dans son développement non harmonieux.

Établir cette harmonie est notre devoir et nous disons établir et non rétablir, parce que nous ne voulons pas retourner en arrière comme les zadistes de Notre-Dame-des-Landes ou l’extrême-droite. Le passé est le passé et il faut laisser place à l’avenir, à un monde pacifié et unifié, où tous les efforts sont tournés vers la protection de la planète et de tous les êtres vivants qui y habitent.

stickerFace à la rapidité de l’accroissement du massacre général de la vie sauvage, de l’expansion de l’exploitation animale, des catastrophes en liaison avec le réchauffement climatique, il n’est pas possible de tergiverser.

Le véganisme bobo est un obstacle, un frein à la prise de conscience de l’ampleur de la destruction et du scandale moral. Le système lui-même est très content de cette forme inoffensive empêchant une juste rage de gagner chaque être humain dont la personnalité n’est pas déformée par le cynisme, l’isolement individualiste, la fuite dans les drogues ou l’alcool, la quête d’une accumulation matérielle sans esprit ni sens, les divertissements superficiels, le mépris, l’esprit de concurrence…

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Le véganisme bobo n’est qu’un vecteur pour l’esprit d’entreprise, la fuite dans des petits
espaces isolés, en-dehors de la réalité de notre monde. C’est une approche qui est une insulte à notre planète, que nous devrions protéger comme une mère.

Comme une mère qu’elle est, justement, dans les faits, car l’humanité n’existe pas de manière indépendante, malgré tous ses fantasmes anthropocentristes. Seuls ceux qui ont quelque chose à gagner contre la Nature ne veulent pas assumer ce principe évident : il ne peut pas y avoir de compromis dans la défense de la Terre-Mère.

stickerIl ne peut pas y avoir de compromis dans la délivrance attendue par des millions d’êtres vivants, par la Nature sauvage, et même par une humanité aliénée, dénaturée, ayant perdu tout sens des valeurs naturelles au nom de la course à l’individualisme et à la consommation.

C’est une tâche incroyable et en apparence démesurée et c’est la raison pour laquelle beaucoup n’osent pas ou capitulent, perdant confiance dans une bataille qui semble avoir des proportions incroyables.

Mais le combat ne peut pas s’arrêter. Le combat ne s’arrête jamais et inévitablement la tempête à venir va balayer les valeurs perdues de l’humanité anthropocentriste, mettant sur la table la nécessité de reconnaître la Nature, la beauté des animaux, le caractère central de la planète.

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Le caractère central de la planète, c’est ce que représente la lettre grecque thêta, Θ, symbole inventé aux États-Unis en 1969 dans le mouvement écologiste. Le choix de la lettre provient du fait qu’elle combine symboliquement le « o » pour « organisme » et le « e » pour environnement.

Le symbole a été par la suite repris par les gens faisant de la culture vegan straight edge le vecteur d’une radicalité écologiste authentique, soulevant les questions essentielles par rapport aux destructions terribles infligées à la vie.

stickersC’est ce message que nous diffusons, c’est ce feu intérieur que nous propageons, c’est cette discipline que nous portons et transmettons.

Pas de drogues, pas d’alcool, pas de rapports sexuels sans couple durable.
Le respect de soi-même, l’acceptation de la réalité, une vie naturelle.
Pas de consommation de produits d’origine animale.
L’amour pour les animaux, la compassion comme fondement de la vie quotidienne.

La volonté inébranlable du changement nécessaire, l’absence de compromis dans la défense de notre mère la Terre.

Vegan Straight Edge !

L’ouvrage « Zoopolis »

La Nature est-elle un grand tout ou bien un espace chaotique où « coexistent » des espèces, des individus ? Ce sont deux manières antagoniques de voir les choses et voici un exemple de réflexion à ce sujet, avec « Zoopolis ».

Il s’agit d’un ouvrage de 400 pages publié en 2011 en anglais, puis en 2016 en français. Il a été écrit par deux universitaires canadiens, tous deux professeurs à l’université de Queens, Sue Donaldson et Will Kymlicka (par ailleurs docteur en philosophie de l’université d’Oxford).

On l’aura compris, c’est un énième ouvrage sur les « droits des animaux » d’un point de vue juridique, avec comme d’habitude une conception présentée comme ultime, résolvant tous les problèmes, dépassant les autres auteurs (Regan, Singer, Francione, etc.).

Voici un exemple de soutien à la valeur censément incroyable de l’oeuvre, par le quotidien catholique La Croix :

« La traduction en français de Zoopolis de Will Kymlicka et Sue Donaldson constitue une nouvelle étape, majeure, dans la redéfinition de nos rapports aux animaux.

La notoriété de Kymlicka, grand nom de la philosophie politique anglo-saxonne, et l’ampleur de la réflexion menée destinent l’ouvrage à devenir un classique pour tous ceux qui sont convaincus qu’il est urgent de s’engager politiquement à améliorer la condition animale, tout comme pour ceux qui contesteront la voie proposée ici pour y parvenir. »

En voici un autre exemple :

« Comme La Libération animale de Peter Singer ou Les Droits des animaux de Tom Regan, il y a des chances que ce livre devienne un classique de la pensée contemporaine sur la question animale. »

Cette dernière citation dithyrambique est tirée d’un petit livre de cent pages publié en mai 2015 par les Cahiers Antispécistes et distribué par la boutique de L214 (ce qui rappelle, par ailleurs, leurs liens historiques).

Le petit livre en question résume « Zoopolis » tellement il est censé présenter un grand intérêt.

C’est d’ailleurs L214 qui a organisé une conférence avec Will Kymlicka à Paris il y a deux mois.

En pratique, évidemment, personne n’en a rien à faire de cet ouvrage, énième avatar d’une bibliographie toujours plus grande d’universitaires faisant carrière dans un système portant l’exploitation animale et prétendant être pourtant de grands « rebelles ».

Regardons tout de même ce qu’il en est, histoire d’être certains et certaines de ne rien rater. Voici un court extrait de « Zoopolis », où ce qui est censé être « nouveau » est particulièrement souligné :

« Dans le modèle traditionnel de la TDA [théorie des droits des animaux], une seule relation acceptable avec les animaux est reconnue: pour traiter les animaux de façon éthique, il faut les laisser tranquilles, ne pas interférer avec leurs droits négatifs à la vie et à la liberté.

Selon nous, le principe de non-intervention est effectivement approprié dans certains cas, notamment concernant les animaux sauvages qui vivent loin de tous lieux d’habitation et de toute activité humaine.

Mais dans des cas où les animaux et les humains sont reliés par une interdépendance étroite et partagent un même habitat, ce principe est totalement inapproprié.

Cette interdépendance est manifeste lorsque nous avons affaire à des animaux de compagnie ou à des animaux d’élevage qui ont été élevés pendant des millénaires pour être dépendants des êtres humains.

Ce processus nous impose des devoirs positifs à leur égard (et s’engager en faveur de l’extinction de ces animaux est une étrange manière de remplir les obligations positives que nous avons envers eux!).

Mais il en va de même, quoique de façon plus complexe, des nombreux animaux qui, sans y avoir été conviés, gravitent autour de lieux habités par les humains.

Peut-être n’avons-nous pas envie de vivre avec les oies et les marmottes d’Amérique qui apprécient tant nos villages et nos villes, mais avec le temps, nous sommes amenés à cohabiter avec elles au sein d’un espace commun, et il est possible que cela nous oblige à concevoir cet espace en tenant compte de leurs intérêts.

Nous examinons de nombreux cas similaires tout au long de ce livre, où toute conception de l’éthique animale impliquera un mélange de devoirs positifs et de devoirs négatifs, qui seront formulés en tenant compte de différentes histoires d’interaction et d’interdépendance, et d’aspirations à une coexistence juste.

Selon nous, limiter la TDA à un ensemble de droits négatifs est non seulement intenable d’un point de vue intellectuel, mais également préjudiciable au niveau politique; ainsi conçue, la TDA se prive en effet de toute conception positive des interactions entre les humains et les animaux.

Reconnaître l’existence de devoirs positifs propres aux différentes relations que nous entretenons avec les animaux accroît peut-être l’exigence de la TDA , mais cela permet également de la rendre beaucoup plus attrayante.

Après tout, les êtres humains n’existent pas en dehors de la nature, ils ne sont pas dépourvus de contact avec le monde animal. »

Dit autrement, les auteurs de « Zoopolis » disent que les rapports entre humains et animaux existent qu’on le veuille ou non et il faut les prendre en compte.

Mais quelle est la nature de ces rapports ? On connaît la position de « l’antispécisme », qui dit que ces rapports sont mauvais par essence même. L’humanité aurait choisi d’opprimer les autres espèces.

Nous trouvons cette conception délirante et en apparence, les auteurs de « Zoopolis » ne la partagent pas. Ils se veulent d’ailleurs en rupture avec toutes les formes traditionnelles de critique universitaire de l’exploitation animale (l’utilitarisme, le welfarisme, l’abolitionnisme, etc.).

Reste que si on ne part pas dans l’antispécisme, il faut alors avoir une interprétation pour ainsi dire philosophique du rapport entre l’humanité et les animaux.

Soit on ramène aux animaux l’interprétation de l’humanité, soit on fait l’inverse.

Dans le premier cas, on est athée, on dit que l’humanité s’imagine plein de choses mais ne maîtrise nullement la Nature, dont elle est d’ailleurs un aspect. Comme le dit Spinoza, « l’ homme n’est pas un empire dans un empire ».

Dans le second cas, on considère que l’humanité doit avoir assez de gentillesse, d’humanité, etc., afin d’élever la condition animale. C’est précisément le choix des auteurs de Zoopolis.

Entendons-nous bien : leur œuvre à un intérêt relatif. Il est évident que dans la mesure où cela correspond à l’exigence de la construction de tunnels animaliers lorsqu’il y a des routes bloquant les passages, on ne peut pas trouver cela absurde.

Le problème est que le point de vue de « Zoopolis » est finalement le suivant : deux mondes coexisteraient, à savoir la « nature sauvage », la société des êtres humains. Quelques animaux, pour des raisons historiques (la domestication, la pénétration dans les villes, etc.) seraient d’une certaine manière entre les deux.

Ce qui signifie qu’il faut les gérer et cela revient, dans l’optique des universitaires, à passer par le droit. Comment ? En gérant la citoyenneté à différents degrés. La solution serait de formuler une « citoyenneté » à différents niveaux aux animaux domestiques, aux animaux sauvages, aux « animaux liminaires résidents ».

Prenant en exemples les touristes ou encore les gens en voyage d’affaire, les auteurs de « Zoopolis » disent qu’il y a des reconnaissances partielles de ces individus lors de leur séjour temporaire. Tout n’est pas figé dans la reconnaissance des droits, il existe plusieurs niveaux, plus degrés. Il faudrait faire pareil avec les animaux dans notre rapport avec eux.

Les auteurs font, dans ce cadre, un inventaire à la Prévert de comment la « concitoyenneté » peut être mise en place, avec toutes les questions morales qui vont avec (la sexualité, l’alimentation, l’intervention, la résidence, etc.). Il faudrait réaliser un travail prenant en compte tous les paramètres de la coexistence, afin de l’organiser de la manière la meilleure qui soit, dans le sens d’un refus de l’exploitation animale.

Seulement, comme dit plus haut, les auteurs de « Zoopolis » ne partent pas du principe que l’être humain soit un « animal politique » comme chez Aristote, avec une organisation naturelle.

On est ici dans le « choix » raisonné de l’humanité, accordant des droits. De notre point de vue, le problème est qu’une telle approche signifie raisonner en termes de « coexistence ».

Or, si l’on dit : il y a les humains d’un côté, tels animaux, tels animaux, tels animaux, de l’autre, on est coincé.

On est coincé, car on a la même vision que l’exploitation animale, sauf qu’on refuse l’exploitation animale. On ne s’élève pas à la reconnaissance de la Nature comme ensemble global, dont font partie toutes les espèces, avec un degré d’interdépendance qu’il s’agit impérativement d’étudier et de comprendre, et de respecter. Ce que nous appelons, de manière littéraire, « Gaïa ».

Les auteurs de « Zoopolis » rejettent cela, ils ne reconnaissent pas la Nature, donc ils refusent cette vision d’ensemble. Par conséquent, ils aboutissent logiquement non pas à parler des animaux, mais de l’animal individuel, avec son « soi », sa « subjectivité ».

La « citoyenneté » des auteurs de « Zoopolis » n’est pas une théorie des droits des animaux, mais une théorie des droits de l’animal. Ce qui ramène, sans que les auteurs ne le veuillent, leur position à celle de l’utilitarisme, du welfarisme, de l’abolitionnisme.

On ne sort pas du cadre individuel ; on est dans un simple prolongement du droit humain, qui est étendu aux animaux. Le seul espoir qu’il y a donc ici, c’est que les individus humains acceptent de « reculer ».

Comment ? Les auteurs de « Zoopolis » le reconnaissent : ils n’ont aucune idée de comment leur conception peut se réaliser dans les faits. Leur logique est purement « associative », ce qui fait dire d’ailleurs à Will Kymlicka dans une interview que dans un monde utopique, on peut s’imaginer que des vaches ou des poules fournissent une quantité restreinte, « non commerciale », de lait ou d’oeufs, dans le cadre d’une « relation de compagnonnage » !

Ils espèrent que les catastrophes écologiques et le caractère non durable de l’exploitation animale vont amener une prise de conscience.

Ils tablent sur « l’imaginaire » des gens :

« En réalité, l’image de soi et les relations auxquelles nous accordons une valeur ne sont pas façonnées uniquement par des intérêts égoïstes ou par des convictions morales explicites.

Notre imaginaire moral peut s’enrichir lorsque nous menons une réflexion approfondie ou établissons des relations empathiques, mais il peut également être enrichi par la curiosité scientifique ou l’élan créatif, par notre désir d’explorer, d’apprendre, de créer de la beauté, des liens, du sens.

C’est dans cet esprit que nous devons aborder le projet de justice envers les animaux.

Aujourd’hui, à l’évidence, la plupart des exigences de la TDA sont perçues comme un immense sacrifice par la plupart des êtres humains.

L’abîme entre la théorie morale que nous avons défendue et la façon dont les individus se perçoivent et perçoivent leurs intérêts est immense. Mais cela peut changer, et peut-être plus rapidement qu’on aurait tendance à le penser.

À mesure que les coûts environnementaux et économiques de notre système d’exploitation et de colonisation des animaux augmenteront, il deviendra de plus en plus urgent d’élaborer de nouveaux cadres conceptuels nous permettant d’adopter une autre vision des relations entre les humains et les animaux. »

Les auteurs de « Zoopolis » se trompent : si leur vision est correcte, alors l’effondrement écologique et alimentaire produira la guerre de chacun contre chacun, nullement un acceptation raisonnée d’un nouveau « cadre conceptuel ».

Si l’individu est mu par des intérêts égoïstes, alors il n’y aura pas de « recul », pas de meilleure « coexistence ».

Heureusement, les choses sont bien différentes. L’humanité n’est pas « à part », elle est une composante de la Nature. Son cheminement particulier l’a fait s’imaginer différent, mais inévitablement elle va le saisir dans les faits, ce qui amènera une humanité végane par conscience collective, par reconnaissance de Gaïa, par soumission à l’ordre naturel.

Le véganisme est-il un droit de l’Homme?

lionC’est une question qui n’est pas encore vraiment apparue, mais qui inévitablement va faire surface. L’émergence du véganisme en France va en effet amener des conflits inévitables avec la vie quotidienne institutionnalisée.

Il faut entendre par là l’école, l’hôpital, ou encore la prison, des lieux où c’est principalement l’alimentation qui risque de poser un problème fondamental. La question des cantines dans les écoles revient déjà de manière récurrente, celle de l’alimentation dans les hôpitaux l’est moins et pourtant il y a déjà forcément beaucoup d’expériences faites dans ce domaine.

A cela s’ajoute nombre d’autres domaines : les repas de famille, ceux organisés par l’entreprise, ou ceux qu’on est en droit d’attendre dans un hôtel en tant que client.

Mais on peut élargir la question, car il ne s’agit pas que d’alimentation : policiers et soldats doivent porter, de manière obligatoire, des objets en cuir, certaines études exigent l’utilisation de produits d’origine animale ou testés sur eux, voire d’animaux eux-mêmes.

En fait, on peut trouver de tels exemples pratiquement à l’infini, puisque l’exploitation animale est présente à tous les niveaux. La question est de savoir alors comment il faut justement voir les choses.

abeille

Si on raisonne à sa propre échelle, on ne peut que constater une expérience individuelle désagréable ou inacceptable. Si on veut continuer à participer à la vie quotidienne institutionnalisée, alors on considère qu’on subit une discrimination, ce qui demande bien sûr à être corrigé.

Disons tout de suite pourquoi ce point de vue, largement partagé et diffusé par des associations comme L214, est erroné. Le grand défaut de cette approche est son anti-universalisme, sa réduction du véganisme à une démarche individuelle.

Les animaux sont perdus de vue, la libération animale n’apparaît plus que comme une lointaine utopie et ce qui compte alors c’est simplement l’intégration de sa propre démarche végane dans la vie quotidienne anti-végane.

Le véganisme se ramène ici, ce qui est vraiment absurde, aux pratiques religieuses. Tout comme les Juifs, les catholiques, les musulmans ont leurs exigences, les végans auraient les leurs. Tout se vaudrait et il faudrait accepter tout le monde  comme ils sont.

manchot

Si cette perspective améliorerait grandement la vie quotidienne des gens végans, elle anéantirait totalement leur perspective universaliste. Ce qui ne dérangerait par ailleurs pas beaucoup d’entre eux, étant donné qu’ils sont végans pour leur bonne conscience ou bien par mode, mais pas par amour des animaux.

Il y a ici un écueil très grand, qui risque de briser ce que transporte le véganisme en exigence universelle de changement de la vie quotidienne. Les animaux de la forêt se moquent de la vie quotidienne des véganes des villes s’ils sont toujours confrontés aux chasseurs. Les animaux toujours plus nombreux dans les fermes-usines dans le monde se moquent du fait qu’il y ait des glaces véganes…

Il faut ici toutefois approfondir la réflexion au niveau de l’universalisme, car les religions sont parfois censées l’être.

Le catholicisme est en effet universaliste. Historiquement hégémonique en France, il peut donc prétendre être ouvert, tout en gagnant du temps pour se renforcer et ramener la grande majorité dans la voie juste.

Cela ne peut pas être un modèle, car le véganisme n’a pas à ramener les gens à sa démarche, mais à les y ramener, ce qui est bien plus difficile.

Le judaïsme part du principe qu’il sera toujours une religion minoritaire et qu’il faut s’adapter, accepter des compromis même importants. Il en va de même du protestantisme traditionnel.

corail et poissons

Le véganisme ne peut pas accepter cela, à moins de considérer qu’il restera minoritaire et qu’il faut capituler devant l’exploitation animale au moins pour trois cent ans. Au-delà d’une capitulation morale, vue la situation de la planète c’est intenable.

L’Islam ne parvient pas, quant à lui, à trouver une voie en raison de son exigence hégémonique et soit passe dans l’isolement salafiste, bien plus rarement la rupture pro-terroriste, plus couramment l’adaptation plus ou moins hypocrite car en contradiction avec ses propres valeurs. Cette dernière option est la grande ligne des « frères musulmans », qui ont théorisé tout un agenda d’exigences et de points culturels à gagner pour avancer.

Le véganisme ne peut pas suivre une telle démarche, pour toute une série de raisons. Tout d’abord, parce que ce qui est l’objectif, c’est la libération concrète des animaux et pas le fait de pouvoir manger un gâteau végan au restaurant comme d’autres vont prier dans un édifice religieux.

Ensuite, parce que les compromis sont inacceptables pour le véganisme. Un musulman peut accepter une alimentation non halal s’il n’a pas le choix , mais une personne végane ne peut pas accepter une nourriture non végétalienne dans une même situation…

Enfin, c’est là d’ailleurs la clef de toute la question, le véganisme ne saurait raisonner en termes de communauté séparée. Le fait même de parler des « végans » comme un ensemble est sans doute faux.

chenille

On le voit bien de par les grandes différences qui les marquent. Mais, surtout, les végans ne sont pas des individus ayant fait un « choix », mais l’expression d’une tendance universelle au véganisme.

Formulé différemment, cela donne la chose suivante : soit d’ici cinquante ans l’humanité a adopté le mode de vie végane, soit sa civilisation aura connu l’effondrement. L’humanité ne peut pas nier la réalité, elle ne peut pas nier la sensibilité animale, elle ne pas dénier la réalité d’une planète formant un tout complexe formant un équilibre permettant la vie de se développer.

Une humanité s’imaginant trouver un sens en elle-même, en-dehors de la Nature, contre la Nature, est une illusion.

Les personnes véganes doivent prendre conscience de cela, du timing plus que serré qui existe pour, osons le dire, sauver la planète. L’horizon se limite, très concrètement, aux trente prochaines années, où tout va être décisif.

Avec cette mise en perspective, on voit bien l’absurdité de faire du véganisme un « droit de l’homme ». Il faut conquérir des droits, comme celui de pouvoir manger végétalien dans les cantines par exemple, mais il ne faut pas en faire un « droit de l’homme » qui impliquerait le « droit de l’homme »… de ne pas manger végétalien.

renardLe système ne reculera d’ailleurs pas. Il se contentera de mesures pour intégrer les personnes véganes, pour qu’elles se contentent d’être une minorité à prétention moraliste mais entièrement coupée de toute influence sociale.

La théorie de « droits de l’homme » lui convient alors très bien, puisque relativisant toute démarche et niant l’universalisme.

A l’inverse, le véganisme ne doit pas s’orienter par rapport aux droits de l’Homme, masque de l’individualisme, mais par rapport à la libération animale comme devoir moral absolu.

Génération vegan 2.0, entre négation des « précurseurs » et action directe réformiste

S’il y a quinze ans le véganisme était une démarche inconnue de l’opinion publique, ce n’est plus le cas et depuis quelques semaines on attend l’apogée médiatique de la découverte du véganisme.

Il n’y a pas un média d’importance significative qui n’y est pas allé de sa présentation du véganisme, avec une analyse plus ou moins favorable du « phénomène ».

C’est que, désormais, le véganisme est un phénomène de masse, contrairement à il y a quinze ans, ou même à il y a quelques années. Il y a un afflux de gens s’engageant dans cette démarche.

Et force est de constater que, dans l’état actuel des choses, tous les courants qui existaient il y a quinze ans dans le véganisme ont tort, au moins en apparence. En effet, les gens qui deviennent vegans réagissent à une impulsion particulièrement floue, sans définition…

Les courants existant dans le véganisme, il y a encore quelques années, bataillaient au sujet des définitions, considérant que sans ces définitions, aucun développement ne serait possible.

Or, les gens qui deviennent vegans ne s’intéressent pas du tout à ces questions, émergeant même en-dehors de telle problématique. C’est en cela que c’est une « mode » et forcément il y a lieu de se demander si cela peut tenir.

Faut-il un contenu conscient au préalable, ou bien l’engouement pour une cause morale suffit-elle en soi, sans qu’il soit nécessaire de la définir de manière détaillée ou complète ?

C’est un thème essentiel et particulièrement récurrent chez nous, tout comme c’est un thème en arrière-plan dans les articles d’Audrey Garric, qui dans Le Monde s’évertue depuis longtemps à nos yeux à participer à une dénaturation profonde du véganisme.

Dans Le Monde, on peut ainsi lire un article intitulé « Changement de régime chez les végans », où il est expliqué avec une grande joie que :

« Les nouveaux convertis au véganisme défendent une image « cool, sympa et accessible », bien loin de l’approche « parfois culpabilisante » des précurseurs des années 1980. »

Le mot n’est pas choisi par hasard. Les vegan straight edge, les vegan abolitionnistes partisans de Gary Francione, les anarcho-punks, les antispécistes utilitaristes des « Cahiers antispécistes », les antispécistes anarchistes, les multiples activistes de l’ALF, tous n’auraient été, somme toute, que des « précurseurs ».

Couverture du neuvième numéro de la revue Arkangel, en 1993

Le véganisme commencerait seulement maintenant et les années 1980-1990 n’auraient été, au mieux, qu’une lointaine histoire sans réelle signification…

Ce n’est pas un secret que nous sommes profondément contre une telle interprétation et que nous avons publié pour cette raison de nombreux documents du passé, des années 1990, des années 1980.

Et si nous passons désormais d’une publication quotidienne à des sortes de mini-dossiers, c’est aussi pour cela : il y a un esprit consommateur dans le véganisme actuel, un esprit tourné vers l’ego, vers une démarche témoignage, utilisant tout à tort et à travers.

C’est précisément ce que ne voulaient pas, justement, tous les courants mentionnés plus haut, même si certains s’y sont retrouvés. Il y avait une exigence de rationalité générale, au moins relative.

Mais tous ces courants, au-delà des divergences, nous y compris, avons été marginalisés par la vague « végane 2.0 », dont une expression est la mouvance de L214, structure en droite ligne des Cahiers antispécistes, avec leur ligne « végéta*ienne » développée par la veggie pride, une hostilité absolue envers l’ALF, un esprit d’ouverture générale aux institutions.

A quoi a-t-on affaire avec cette vague « 2.0 » ? A un refus de tout contenu concret sur le plan des idées, au profit d’un pragmatisme qui est censé « marcher ». La preuve, les médias en parlent et l’économie suit : voilà les critères qui sont, pour le moins, d’une étroitesse d’esprit plus que prononcé.

Car sans contenu, comment ne pas être broyé ? Dans l’article du Monde mentionné plus haut, cet apolitisme appelant à « témoigner » et à collaborer avec les institutions connaît un éloge sans bornes :

« Au cœur de cette dynamique en France, L214. En une année, l’association a réussi ce tour de force auquel aucune autre n’était jamais parvenue : rendre le discours végan audible et légitime dans le débat public.

Transformer ce qui était jusque-là perçu comme un choix de vie individuel, marginal et souvent clandestin, en une question politique qui interroge l’ensemble de la société et propose un nouveau modèle. Comment ? En maniant la carotte et le bâton, la dénonciation (les vidéos) et les solutions (comme le site VegOresto, qui recense les restaurants proposant des menus végans).

Avec 28 000 adhérents et 650 000 fans sur Facebook, l’ONG, incarnée par Brigitte Gothière et Sébastien Arsac, joue aujourd’hui le rôle de pivot du mouvement.

Tous les mois, des événements coordonnés sont imaginés par le bureau parisien de l’association, qui envoie consignes et matériel. A charge pour les comités locaux de les mettre en pratique, voire d’aller plus loin.

A Lyon, par exemple, les volontaires, recrutés à l’issue d’un entretien individuel et après avoir rempli un questionnaire, doivent s’engager à accomplir cinq actions en quatre mois. (…)

Mais pour les Pâques véganes, point d’échauffement, faute de temps. « C’est une action soft, ça passe », juge Camille Ots. Les bleus comme les vétérans prennent à peine connaissance des tracts et sont envoyés au front. De toute façon, ils ne veulent pas « convaincre », mais « informer » et, si possible, « semer une petite graine dans l’esprit des gens ». »

Tout est dit là, effectivement, il ne s’agit pas de convaincre, mais d’informer, de semer une idée.

Or, est-ce ce qu’il faut faire ? A court terme, les résultats sont bien plus efficaces que si l’on veut convaincre, évidemment. Mais à moyen terme, qu’en restera-t-il ? Et à long terme ?

L’utilisation d’animaux morts dans des mises en scène macabres est sans doute la chose la plus odieuse et inacceptable des « témoignages » censés être militants

Et regardons les critères concrets. Les refuges sont toujours en crise, pendant que les vegans n’ont qu’une seule préoccupation : la nourriture.

Si l’on fait un article sur l’avenir du véganisme, en tant qu’objectif concret à l’échelle mondiale, on aura rien comme lecteurs et lectrices en comparaison à un article sur une recette de cuisine. Et il ne faut pas avoir peur de le dire : c’est vraiment un problème.

Car, non seulement le niveau intellectuel est faible ou nul, mais en plus il y a derrière des intellectuels universitaires qui prennent les commandes, de manière non démocratique… Avec comme objectif de s’installer, de prendre des places, bref afin de faire carrière.

Citons de nouveau l’article du Monde mentionné plus haut :

« C’est ce que tente de faire la philosophe Corine Pelluchon, qui assume vouloir « convaincre les non-végans, en écrivant, en argumentant ».

Si elle réfute toute volonté d’endoctrinement, la professeure de philosophie à l’université Paris-Est-Marne-la-Vallée le confesse : elle œuvre « en coulisses », depuis la sortie, en janvier, de son Manifeste animaliste (Alma Editeur, 112 p., 10 euros), pour faire passer des idées aux décideurs politiques et aux chefs d’entreprise qu’elle rencontre, afin qu’« ils les répercutent ».

Elle dit aussi « mouiller sa chemise » dès qu’elle le peut, par exemple en participant à des conférences – « de manière bénévole », précise-t-elle. »

En fait, ce qui se passe, c’est une opération de liquidation de toute le patrimoine activiste végane en Fance. Déjà que ce patrimoine est difficile à défendre : où trouver des documents sur les squatts lillois et parisiens vegans du début des années 1990 ?

Et pourtant, ces expériences sont d’une grande signification, car aujourd’hui vient d’hier et on ne peut pas sans voir cela comprendre comment avoir un meilleur lendemain.

Mais il y a des gens qui ont des intérêts, matériels ou personnels (en termes d’ego), à ce que rien ne déborde, à ce que les vegans restent à un profond niveau d’infantilisme.

C’est une opération de liquidation par ailleurs assumée, citons encore l’article du Monde, décidément bien riche :

« Surtout, c’est grâce au Web qu’est apparue une nouvelle génération de végans qui veut dépoussiérer l’image du mouvement et « sortir de l’entre-soi ».

Tous les deuxièmes mardis du mois, depuis décembre, ils sont une cinquantaine d’entrepreneurs à se retrouver au Tago Mago, un resto branché du 10e arrondissement de Paris. La formule est simple : présenter de nouveaux projets, évidemment garantis sans produits animaux, et réseauter.

« On veut convertir en douceur, par la découverte », exposent Sylvain Tardy et Nicolas Dhers, deux des organisateurs de ce rendez-vous. Eux qui revendiquent leur « ouverture » comme seconde peau veulent surtout se dégager de « l’image de sectaires » qui colle aux végans.

Rupture assumée avec les aînés

Les compères ont créé leur petite communauté en lançant le Smmmile, un festival « vegan pop » qui met au régime végétalien le public et les artistes – « même si on ne demande pas de certificat de véganisme ».

L’événement tiendra sa deuxième édition en septembre à La Villette, à Paris, avec le même souci de « faire découvrir le mode de vie végan à un maximum de gens » et, répètent-ils tel un mantra, « donner une image positive du véganisme ». Montrer, en bref, qu’on peut manger du tofu et être heureux.

Attablée autour de bières et de burgers – aux pousses d’épinard, artichauts et faux cheddar –, la bande de jeunes fait le point sur ses projets, se conseille et s’entraide.

« On a voulu créer notre entreprise pour proposer une offre cool, sympa et accessible à tous, montrer aux gens qu’on peut être végan sans se priver. C’est comme ça qu’on peut faire tomber les freins au véganisme », affirment Cheyma Bourguiba et Raphaël Francisco.

A moins de 50 ans à eux deux, ils sont sur le point de lancer un « concept store végan et stylé », Aujourd’hui Demain, qui proposera à la fois alimentation, vêtements, cosmétiques et livres.

Ils ne se reconnaissent pas dans l’approche « très militante » et l’image « un peu vieillotte, parfois culpabilisante », des premiers acteurs du véganisme.

« Nous, on est jeunes, on sort, on s’amuse, lancent-ils. On veut continuer à vivre comme avant. »

« Et garder notre style », ajoute, dans l’hilarité générale, Anne-Cécile Canon, la doyenne du groupe (33 ans), qui organise des événements végans – marchés de Noël, marché de Pâques, barbecues – auxquels se pressent plusieurs milliers de personnes.

En « rupture » assumée avec leurs aînés, ils ne lisent pas les classiques de la pensée antispéciste, ne descendent pas dans la rue pour militer et n’adhèrent même pas aux associations de protection animale. »

Cela est parfaitement claire et on a compris que l’objectif était ici de faire un véganisme minoritaire, branché, tourné vers soi-même, niant la bataille pour les animaux.

C’est pour cela que nous avons dénoncer le festival Smmmile, ce qui n’empêche pas leur attaché de presse de nous envoyer des mails pour en faire la promotion. Nous avons d’ailleurs une attitude historique très stricte là-dessus et chaque jour on comprend mieux pourquoi !

Nul sectarisme là-dedans, mais la défense des principes.

Ceux qui n’ont pas assumé cela en paient le prix… De manière intéressante à ce sujet, l’article du Monde parle d’Yves Bonnardel, qui désormais a un regard critique. Alors qu’il a participé de plain-pied à cette tendance à un végan consumériste et individualiste, apolitique et béat…

L’occupation d’un McDonald’s à la fin de la veggie pride de 2008

En quoi consistait par exemple la veggie pride, que nous avons toujours critiqué ? En l’union sans principe des « végéta*iens », en le refus de toute prise de position, sociale, culturelle ou politique.

En 2010, le véganisme y était ouvertement présenté comme secondaire comme nous le constations…  Et faut-il se rappeler quel « scandale » cela a été lorsque des militants ont forcé l’entrée d’un KFC et d’un McDonald’s lors d’une veggie pride, en 2008.

Et désormais, les tenants d’une ligne « veggie pride » sont débordés par les tenants d’une ligne commerciale pure et dure, comme le raconte Le Monde…

« Peu amène envers les jeunes générations, Yves Bonnardel juge que les nouveaux végans, tournés vers les modes de vie, « portent préjudice au mouvement ». « Nous devons le repenser par l’action collective et le rapport de force, pour troubler la tranquillité de l’exploitation animale. »

Ce qui passe, à ses yeux, par la distribution de tracts, les marches pour la fermeture des abattoirs ou les Estivales de la condition animale, grand rendez-vous annuel de la mouvance.

Une divergence de pensée et de stratégie qui a failli tourner au pugilat, l’an dernier, quand le VeggieWorld a choisi la même date que la Veggie Pride. Le premier, tout récent en France, qui s’est tenu en avril, se veut un « salon de 140 exposants nationaux et internationaux et de plus de 1 000 produits végans ».

La seconde, créée en 2001, se présente comme « la manifestation des végétariens et végétaliens contre l’exploitation animale ». La querelle des anciens et des modernes à la sauce végane.

S’ils ont rangé les couteaux à viande, ils ne sont souvent pas loin de se rentrer dans le lard. Ce sont ces accrochages, ainsi que les demandes pressantes de la communauté LGBT, qui poussent la Veggie Pride à changer de nom pour devenir « le carnaval antispéciste », annonce Camille Brunel, qui fait partie de son organisation. Le jeune homme milite par ailleurs pour franciser le terme anglais vegan en « végane ».« Cela désamorce le côté frime. » »

Quelle va être la conséquence de cela ? Disons-le tout de suite : cela sera la fuite en avant.

Il y aura toujours plus de fuite dans le symbolique dure : il y a eu L214, puis 269 life France comme débordement radical prônant « l’action directe », puis 269 Libération animale comme débordement encore plus radical, et cela continuera.

Jusqu’à quoi ? Jusqu’au réformisme violent, avec des occupations d’abattoirs, de supermarchés, comme cela a été tenté dernièrement, avec toujours plus d’actions symboliques « chocs » pour marquer les esprits…

Dans une logique anti-populaire de mépris de la lutte pour convaincre les gens, au nom du fait que L214 le fait et que ce serait forcément une trahison…

Voici ce que dit la co-présidente de l’association 269Life Libération Animale lors d’une interview.

Il s’agit ni plus ni moins que de réformisme agressif, illégaliste : il n’y a pas d’idée de révolution, simplement l’idée de faire tellement de chaos qu’il faudra que… le système, présenté comme ne pouvant pas se réformer, se réforme quand même.

– Les moyens utilisés par 269Life Libération Animale provoquent souvent des réactions de rejet très brutales. Cela ne décrédibilise-t-il pas la cause que vous défendez ?

Je pense que ça révèle une incompréhension de ce qu’est l’antispécisme.

Parce qu’à partir du moment où on pense qu’il faut donner une bonne image pour donner envie aux gens d’être véganes, c’est qu’on n’a rien compris à l’antispécisme.

L’antispécisme ce n’est pas du marketing, c’est une question de justice. Peu importe qui en parle. J’espère qu’on n’a pas besoin d’être tout sourire et calibré en taille 38 pour apporter une bonne parole dans la rue.

Personnellement, si je vois quelqu’un qui se met en danger, qui a un bon discours, qui fait un acte qui a du sens, j’aurais plutôt tendance à l’admirer.

Bien plus que la personne qui distribue des tracts sans avoir l’air convaincue.

Il y a une confusion qui se fait entre le véganisme et l’antispécisme, or pour moi ce n’est pas du tout la même chose. On n’a pas à donner envie.

Pendant une guerre, les résistants ne donnent pas envie de lutter contre l’oppression, on ne regarde pas la manière dont ils parlent.

Il faut comprendre que la désobéissance civile ce n’est pas une occupation pour des gens qui manquent d’adrénaline dans leur vie, c’est une démarche politique, et une démarche qui comporte beaucoup de sacrifices personnels. Et il faut arrêter de se prétendre militant quand on va à un salon végane. (…)

« Convertir » tout le monde au véganisme, c’est complètement idéaliste, ça prendrait des milliers d’années et ça ne marchera jamais.

Vous trouverez toujours des gens qui continueront à manger de la viande tant que ce n’est pas interdit, même si on leur démontre par A plus B que c’est mauvais pour eux, pour l’environnement, pour les animaux.

Certains disent que ce n’est « pas le moment » de faire appel à des actes aussi choc, qu’il faut attendre le soutien du public. L’action directe, c’est ce qui commence le travail, pas ce qui le finit.

Et pour moi ça n’a pas encore commencé, il n’y a pas de baisse dans la production ou la consommation de viande.

Ce n’est pas parce qu’on parle de véganisme que ça freine les abattoirs, loin de là, on voit bien qu’il n’y a aucune corrélation entre les deux. Pour commencer un vrai combat, pour montrer que ça a son importance, il faut des gestes forts.

C’est ce que disait Martin Luther King : il faut créer un état de crise, qui forcera les politiques à venir vers nous et à trouver des solutions. »

C’est là du L214 inversé, sans aucune prise en compte ni de l’histoire des révolutions, ni de l’histoire de la gauche et de ses idées, ni même des tentatives historiques de l’ALF…

Couverture de la revue Arkangel: la libération animale y est bien présentée comme un mouvement populaire

Cette histoire de dire que la résistance ne vise pas à convaincre,  à soulever tout le monde, ce n’est pas vrai, c’est du mépris pour le peuple, au nom d’un activisme comme les anarchistes à la fin du 19ème siècle.

Cet activisme débridé ne fera pas boule de neige, il est auto-centré, il nie l’existence de la politique. Ses actions ne changeront rien avec comme seul résultat la répression qui s’abattra implacablement, parce que l’État français est très sérieux, très éduqué, très organisé, disposant de fonctionnaires de police infiltrés et d’une surveillance efficace.

Et la conséquence de ce réformisme sera ni plus ni moins que la capitulation, l’esprit de défaite, l’abandon, etc., que véhicule déjà par définition L214 en se soumettant aux institutions.

Comme quoi, rien n’est possible sans voir la dimension révolutionnaire du véganisme, mais pour cela encore faut-il se rattacher à une tradition authentique, tournée vers le peuple…

Les trois magasins Naturalia vegans à Paris

Il y a quelques temps, dans un reportage à la télévision, on pouvait voir un membre d’une association végétarienne négocier avec le groupe Monoprix, cherchant à monétiser ses compétences dans le domaine du nouveau « marché » que représente la consommation de l’alimentation végétalienne.

Voici donc que le groupe Monoprix a choisi, plutôt que de former des rayons végétaliens, de tenter le coup avec des magasins bios vegans.

Cette initiative de Monoprix par l’intermédiaire de Naturalia va à rebours de ce que constatait la chaîne allemande Veganz, qui elle ferme ses magasins pour se lancer dans des produits qui ont comme objectif de remplir les supermarchés traditionnels.

C’est d’ailleurs la tendance constatée par Le Figaro :

« Un phénomène très marginal au sein de la population française, mais qui commence à avoir l’oreille des distributeurs et fabricants alimentaires, qui ont commencé à introduire depuis 18 mois dans leurs gammes des produits vegan. Même le roi du jambon Herta s’y est mis!

Le phénomène restait jusque-là limité à une partie des rayons des grandes surfaces ou des références des acteurs de l’agroalimentaire. »

Naturalia a cependant une stratégie différente, pour une raison bien particulière, se révélant dans la localisation des magains.

Ceux-ci ont ouvert à Paris dans des quartiers parisiens à la fois chic et branchés (les Batignolles dans le 17ème arrondissement et Père-Lachaise dans le 11ème arrondissement), ainsi qu’à Vincennes où la population est du même type.

C’est important : il ne s’agit pas de bobos, mais de bourgeois chic et branchés, la différence a beaucoup de signification. On a ici affaire à des gens très aisées, mais rétifs au folklore : ils veulent du chic, mais toujours moderne et recherché, branché.

Le magazine 20 minutes n’est pas du tout dupe, mentionnant tout de suite la « gentifrication » des quartiers, c’est-à-dire la transformation d’un quartier populaire par l’arrivée massive de bourgeois chics et branchés attirés par les lieux et les faibles prix, transformant entièrement le visage du quartier en quelques années…

Et Naturalia se défend de tout cela, bien entendu, au moyen justement d’une association végétarienne, chargée de justifier l’opération, de lui laisser son masque « humaniste », « en faveur des animaux », etc.

Mais qui peut croire à une fable pareille, à part ceux et celles choisissant de le faire ?

« Bio c’ Bon a récemment ouvert dans le 18e arrondissement. De son côté, Biocoop ouvre prochainement un nouveau magasin aux abords du canal Saint-Martin. Mais comment choisissent-ils ces emplacements ?

Réelle demande, effet de mode, gentrification… Comment décident-ils de prendre leur quartier dans tel ou tel coin de la capitale ? 20 Minutes a tenté de comprendre et a posé la question aux responsables de ces entreprises.

>> A lire aussi : La gentrification des quartiers populaires parisiens, ça change quoi?

« Des remontées d’associations », annonce Naturalia. « Nous répondons à une demande très précise de clients.

Quand on est végan par exemple, c’est très compliqué de faire ses courses au quotidien, car on doit vérifier les étiquettes de chaque produit, explique Sidonie Tagliante, responsable marketing de la marque.

Nous avons donc eu des demandes et avons décidé de se lancer. Au sujet des emplacements, nous nous sommes fait accompagner par l’Association végétarienne et vegan de France sur les règles et les besoins.

Ils nous ont confirmés, via les remontés de leurs adhérents, que ces trois quartiers [11e, 17e, Vincennes] étaient en demande.

On voit aussi sur les réseaux sociaux, des gens regrettent de ne pas en avoir à côté de chez eux.

L’enseigne a 43 ans et nous ne suivons pas une tendance bobo ou la volonté d’accompagner une mode. La preuve, nous n’avons pas installé ces magasins dans le veggietown que sont les 9e et 10e arrondissements »

Tout cela est totalement démagogique. Il est parfaitement clair qu’ici est visée une consommation « haut du panier », une mode du même type que le « sans gluten », l’image positive en plus.

S’il y avait vraiment une demande « naturelle », il n’y aurait pas la publicité en couverture d’un magazine quotidien gratuit parisien, ni les inscriptions à la peinture sur le sol, conformément aux règles du marketing branché…

D’ailleurs, les supermarchés végan en Allemagne et en Autriche n’étaient pas bio, alors que là il s’agit bien d’une combinaison du vegan et du bio. Tant mieux, évidemment, sauf que là cela correspond à la formation d’un « marché de niche » très précis, doublement captif.

C’est le même esprit que les gens ouvrant des magasins halal ou casher : vendre cher des produits à des gens n’ayant pas le choix.

Le magazine Challenges l’a tout à fait compris, définissant de la manière suivante la motivation de Monoprix :

« Franck Poncet n’est pas vegan. A titre personnel, le directeur général France de Naturalia (groupe Monoprix) ne suit pas ce mode de vie qui exclut la consommation de tous les produits issus des animaux, de leur exploitation ou testés sur eux.

Mais en bon commerçant, celui qui a fait ses classes chez Lustucru et Bongrain, avant de rejoindre le groupe Monoprix en 2002, a su tendre l’oreille pour écouter le consommateur.

« Nos clients réclamaient de plus en plus une offre végétale et végane », explique le dirigeant. « Cela fait deux-trois ans que nous constatons que ce n’est plus un marché de niche ». (…)

L’enseigne du groupe Monoprix avance ses pions, et prend un temps d’avance sur ses concurrents de la grande distribution. »

Le directeur général de Naturalia n’a pas voulu dire que ce n’était plus un marché de niche, mais que cela n’en est pas seulement un.

Le véganisme est en France une sensibilité, mais malheureusement beaucoup une mode, qui donne une image chic et branchée.

Nous nous en plaignons assez : nous voulons une génération de personnes affrontant ouvertement le système et rompant avec les valeurs dominantes, libérant concrètement les animaux et assaillant l’exploitation animale, et nous faisons face à une mode ouvertement vantée par les magazines féminins et la bourgeoisie branchée.

Naturalia surfe sur la vague, et donc le groupe Monoprix à qui appartient Naturalia, et donc le groupe Casino à qui appartient Monoprix…

C’est là que cela donne mal au coeur. Bien sûr, l’existence de ces magasins est très pratique. Il y a 2000 références et c’est agréable de ne pas avoir à regarder si un produit est vegan ou pas (même si inévitablement on le fait parfois quand même, par réflexe!).

Pourtant, ces Naturalia vegans appartiennent à l’exploitation animale. Ce ne sont pas des éléments d’un dispositif de combat positif, mais un moyen de faire du profit. Naturalia a d’ailleurs toujours surfé sur le relativisme, cette « liberté de choix » qu’on aurait en général.

Ici, il ne faut pas se leurrer et bien voir que l’amour pour les animaux est dévoyé, en particulier chez les femmes.

Celles-ci sont happées dans quelque chose qui a l’air positif, mais qui est un style bourgeois chic, faussement rebelle, ultra-esthétisant, centré sur soi-même et la consommation…

C’est une rébellion lisse, propre, bon enfant, sans enjeu, dans une démarche particulièrement régressive par rapport aux vrais enjeux.

Du côté du profit, par contre, c’est tout bénéfice. Le projet de magasin vegan de Naturalia rentre d’ailleurs dans le cadre général de la stratégie commercial du groupe Casino. Il y avait en effet 38 Naturalia en 2008, il y en a 150 désormais, 20 ont ouvert l’année dernière, 20 ouvrent cette année.

Les magasins Naturalia végans servent ici de test ; on ne sait pas en effet s’ils vont durer encore. Mais ils rentrent, dans tous les cas, entièrement dans le cadre d’un projet économique d’une entreprise qui est un pilier de l’exploitation animale.

Qui peut, au 21ème siècle, faire confiance aux grands distributeurs pour sauver le monde, franchement?

C’est donc une question de détermination : soit on croit en la capacité de l’exploitation animale à se réformer, on écoute les bourgeois chics et branchés, on en reste à un « ni droite ni gauche » totalement crétin…

Ou on comprend que le monde doit entièrement changer de base, qu’il faut défendre la Terre-mère… Maintenant!

La Cour de justice de l’Union européenne interdit aux produits végétaux les termes de « lait », « fromage », etc.

C’est une question très importante que celle des simili-carnés et en général des produits végétaux cherchant à reproduire un goût particulier. Car ce goût relève de la mort, de la mise à mort, de la chair.

Ainsi, culturellement, il n’est pas possible de prolonger ce goût, il faut y mettre un terme. La mesure que vient de prendre la Cour de justice de l’Union européenne le confirme.

Non pas que celle-ci soit en accord avec nous, mais justement : elle confirme qu’il y a bien deux fronts. L’exploitation animale a vu de plus en plus d’un mauvais œil, en effet, que des produits végétaux revendiquent pour eux les termes de « lait » et de « fromage », ou encore « beurre », « crème », « yoghourt », etc.

Elle sait que la question du goût est importante et qu’il lui protéger son pré carré. Aussi a-t-elle fait grandement pression sur les institutions dans toute l’Europe pour que les termes en question soient protégés juridiquement.

Il ne manquait plus qu’un procès pour que cela fasse jurisprudence et c’est ce qui vient de se dérouler en Allemagne, avec l’entreprise TofuTown qui a perdu face à une association luttant contre la concurrence déloyale.

En voici le texte, qui est très long mais qui est un document très important, dans la mesure où il s’agit d’une décision aux conséquences culturelles immenses.

Elle témoigne de deux choses. Tout d’abord, du fait que les entreprises produisant des aliments végétaux se sont orientés non pas vraiment vers quelque chose de nouveau, mais en direction d’ersatz. C’est la vision réductrice d’un véganisme où la « viande » est remplacée par un équivalent « moral ».

Cela montre bien que le capitalisme tourne en boucle et n’est pas capable de comprendre le besoin de nouveauté qui s’exprime dans le choix d’une vie sans meurtre.

Et cela a eu un grand succès parmi les gens végétaliens, car nombre de gens issus des couches sociales supérieures y ont vu des opportunités de business.

Cela montre aussi que la « marche dans les institutions » est impossible. Forcer le passage du véganisme en reprenant des formes anciennes n’est pas possible.

C’est moralement erroné, et par conséquent c’est faux en pratique : l’exploitation animale sait se défendre face à ce qui ne rompt pas réellement avec elle. Elle sait intégrer les oppositions quand il le faut.

L’énorme reconnaissance médiatique de L214 en est une preuve : peut-on sincèrement penser que les médias parleraient tellement en bien de cette association si elle portait vraiment une rupture avec l’exploitation animale ?

Il ne faudrait, effectivement, pas penser que l’exploitation animale n’est pas en mesure de laisser des phénomènes marginaux se développer. L214 n’est pas une menace, ni les végans, et encore moins si ceux-ci achètent des produits simili-carnés produits par des entreprises relevant de l’exploitation animale.

Des compromis sont toujours possibles, selon les pays, sur le choix des termes. Voici ceux autorisés en France, la liste des termes changeant selon les pays, en fonction de leur « tradition ». Sont acceptés les utilisations des termes suivants :

Lait d’amande

Lait de coco

«Crème …»

utilisée dans la dénomination d’un potage ne contenant pas de lait ou d’autres produits laitiers ni de produits d’imitation du lait et des produits laitiers (par exemple, crème de volailles, crème de légumes, crème de tomates, crème d’asperges, crème de bolets, etc.)

«Crème …»

utilisée dans la dénomination d’une boisson spiritueuse ne contenant pas de lait ou d’autres produits laitiers ni de produits d’imitation du lait et des produits laitiers (par exemple, crème de cassis, crème de framboise, crème de banane, crème de cacao, crème de menthe, etc.)

«Crème …»

utilisée dans la dénomination d’un produit de charcuterie (par exemple, crème de foie de volaille, pâté crème, etc.)

Crème de maïs

Crème de riz

Crème d’avoine

Crème d’anchois

Crème d’écrevisses

Crème de pruneaux, crème de marron (crème d’autres fruits à coque)

Crème confiseur

Beurre de cacao

Beurre de cacahouète

Fromage de tête

Haricot beurre

Beurré Hardy

De la même manière, sont acceptés dans différents pays les Arašidové maslo (beurre de cacahouète en slovaque), Kaakaovoi (beurre de cacao en finnois), Leberkäse (fromage de foie en allemand), Shea butter (beurre de karité en anglais).

Tout est administrativement très bien délimité. La Cour de justice de l’Union européenne vient de le rappeler, avec sa décision ; elle met un terme à toute une tendance qui a fait que certains se sont imaginés que finalement les simili-carnés triompheraient et remplaceraient invariablement, au fur et à mesure, les produits d’origine animale.

C’est un moment-clef qui doit servir d’exemple dans la compréhension de la bataille pour le véganisme.

ARRÊT DE LA COUR (septième chambre)

14 juin 2017 (Langue de procédure : l’allemand.)

« Renvoi préjudiciel – Organisation commune des marchés des produits agricoles – Règlement (UE) no 1308/2013 – Article 78 et annexe VII, partie III – Décision 2010/791/UE – Définitions, dénominations et dénominations de vente – “Lait” et “produits laitiers” – Dénominations utilisées pour la promotion et la commercialisation d’aliments purement végétaux »

Dans l’affaire C‑422/16,

ayant pour objet une demande de décision préjudicielle au titre de l’article 267 TFUE, introduite par le Landgericht Trier (tribunal régional de Trèves, Allemagne), par décision du 28 juillet 2016, parvenue à la Cour le 1er août 2016, dans la procédure

Verband Sozialer Wettbewerb eV

contre

TofuTown.com GmbH,

LA COUR (septième chambre),

composée de Mme A. Prechal, président de chambre, MM. A. Rosas et E. Jarašiūnas (rapporteur), juges,

avocat général : M. M. Campos Sánchez-Bordona,

greffier : M. A. Calot Escobar,

vu la procédure écrite,

considérant les observations présentées :

–        pour TofuTown.com GmbH, par Me M. Beuger, Rechtsanwalt,

–        pour le gouvernement allemand, par Mme K. Stranz et M. T. Henze, en qualité d’agents,

–        pour le gouvernement grec, par M. G. Kanellopoulos et Mme O. Tsirkinidou, en qualité d’agents,

–        pour le gouvernement italien, par Mme G. Palmieri, en qualité d’agent, assistée de M. P. Gentili, avvocato dello Stato,

–        pour la Commission européenne, par MM. A. X. P. Lewis et D. Triantafyllou, en qualité d’agents,

vu la décision prise, l’avocat général entendu, de juger l’affaire sans conclusions,

rend le présent

Arrêt

1        La demande de décision préjudicielle porte sur l’interprétation de l’article 78, paragraphe 2, et de l’annexe VII, partie III, points 1 et 2, du règlement (UE) no 1308/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 17 décembre 2013, portant organisation commune des marchés des produits agricoles et abrogeant les règlements (CEE) no 922/72, (CEE) no 234/79, (CE) no 1037/2001 et (CE) no 1234/2007 du Conseil (JO 2013, L 347, p. 671).

2        Cette demande a été présentée dans le cadre d’un litige opposant le Verband Sozialer Wettbewerb eV (ci-après le « VSW ») à TofuTown.com GmbH (ci-après « TofuTown ») au sujet d’une action en cessation introduite par le VSW.

Le cadre juridique

Le droit de l’Union

Le règlement no 1308/2013

3        Les considérants 64 et 76 du règlement no 1308/2013 énoncent :

« (64) L’application de normes de commercialisation aux produits agricoles peut contribuer à améliorer les conditions économiques de production et de commercialisation ainsi que la qualité des produits. La mise en œuvre de telles normes est donc dans l’intérêt des producteurs, des commerçants et des consommateurs.

[…]

(76)      Pour certains secteurs et produits, les définitions, dénominations et dénominations de vente constituent des éléments importants pour la détermination des conditions de la concurrence. En conséquence, il convient d’établir des définitions, dénominations et dénominations de vente pour ces secteurs et/ou produits, qui ne peuvent être utilisées dans l’Union que pour la commercialisation des produits satisfaisant aux exigences correspondantes. »

4        Ledit règlement contient, dans sa partie II consacrée au marché intérieur, un titre II qui porte sur les règles relatives à la commercialisation et aux organisations de producteurs. La sous-section 2 de la section 1 du chapitre I de ce titre est intitulée « Normes de commercialisation par secteur ou par produit » et comporte les articles 74 à 83 du même règlement.

5        L’article 78 du règlement no 1308/2013, intitulé « Définitions, dénominations et dénominations de vente pour certains secteurs et produits », prévoit :

« 1.      Outre les normes de commercialisation applicables le cas échéant, les définitions, dénominations et dénominations de vente prévues à l’annexe VII s’appliquent aux secteurs ou aux produits suivants :

[…]

c)      lait et produits laitiers destinés à la consommation humaine ;

[…]

2.      Les définitions, dénominations ou dénominations de vente prévues à l’annexe VII ne peuvent être utilisées dans l’Union que pour la commercialisation d’un produit conforme aux exigences correspondantes définies à ladite annexe.

3.      La Commission est habilitée à adopter des actes délégués […] en ce qui concerne les modifications, les dérogations ou les exemptions relatives aux définitions et dénominations de vente prévues à l’annexe [VII]. Ces actes délégués sont strictement limités aux besoins avérés résultant d’une évolution de la demande des consommateurs, des progrès techniques ou du besoin en matière d’innovation.

[…]

5.      Afin de répondre aux attentes des consommateurs et de tenir compte de l’évolution du marché des produits laitiers, la Commission est habilitée à adopter des actes délégués […] afin de préciser les produits laitiers pour lesquels sont indiquées les espèces animales dont provient le lait, s’il ne s’agit pas de l’espèce bovine, et afin d’énoncer les règles nécessaires en la matière. »

6        La sous-section 5 de la partie II, titre II, chapitre I, section 1, du règlement no 1308/2013 est intitulée « Dispositions communes ». L’article 91 de ce règlement, qui figure dans cette sous-section 5, précise :

« La Commission peut adopter des actes d’exécution :

a)      établissant la liste du lait et des produits laitiers visés à l’annexe VII, partie III, point 5, deuxième alinéa, […] sur la base de listes indicatives de produits que les États membres considèrent comme correspondant sur leurs territoires respectifs à ce[tte] dispositio[n] et que les États membres notifient à la Commission ;

[…] »

7        L’annexe VII dudit règlement est intitulée « Définitions, dénominations et dénominations de vente des produits visés à l’article 78 ». Dans son alinéa introductif, cette annexe précise que, aux fins de la présente annexe, les termes « dénomination de vente » visent notamment « le nom de la denrée alimentaire, au sens de l’article 17 du règlement (UE) no 1169/2011 [du Parlement européen et du Conseil, du 25 octobre 2011, concernant l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires, modifiant les règlements (CE) nos 1924/2006 et 1925/2006 du Parlement européen et du Conseil et abrogeant la directive 87/250/CEE de la Commission, la directive 90/496/CEE du Conseil, la directive 1999/10/CE de la Commission, la directive 2000/13/CE du Parlement européen et du Conseil, les directives 2002/67/CE et 2008/5/CE de la Commission et le règlement (CE) no 608/2004 de la Commission (JO 2011, L 304, p. 18)] ».

8        La partie III de cette annexe VII est intitulée « Lait et produits laitiers ». Elle dispose :

« 1.      La dénomination “lait” est réservée exclusivement au produit de la sécrétion mammaire normale, obtenu par une ou plusieurs traites, sans aucune addition ni soustraction.

Toutefois, la dénomination “lait” peut être utilisée :

a)      pour le lait ayant subi un traitement n’entraînant aucune modification de sa composition ou pour le lait dont on a standardisé la teneur en matière grasse […] ;

b)      conjointement avec un ou plusieurs termes pour désigner le type, la classe qualitative, l’origine et/ou l’utilisation envisagée du lait, ou pour décrire le traitement physique auquel il a été soumis ou les modifications qu’il a subies dans sa composition, à condition que ces modifications soient limitées à l’addition et/ou à la soustraction de ses constituants naturels.

2.      Aux fins de la présente annexe, on entend par “produits laitiers”, les produits dérivés exclusivement du lait, étant entendu que des substances nécessaires pour leur fabrication peuvent être ajoutées, pourvu que ces substances ne soient pas utilisées en vue de remplacer, en tout ou partie, l’un quelconque des constituants du lait.

Sont réservées uniquement aux produits laitiers :

a)      les dénominations suivantes utilisées à tous les stades de la commercialisation :

i)      lactosérum,

ii)      crème,

iii)      beurre,

iv)      babeurre,

[…]

viii) fromage,

ix)      yoghourt,

[…]

b)      les dénominations au sens de […] l’article 17 du [règlement no 1169/2011] effectivement utilisées pour les produits laitiers.

3.      La dénomination “lait” et les dénominations utilisées pour désigner les produits laitiers peuvent également être employées conjointement avec un ou plusieurs termes pour désigner des produits composés dont aucun élément ne remplace ou [n’]est destiné à remplacer un constituant quelconque du lait et dont le lait ou un produit laitier est une partie essentielle, soit par sa quantité, soit par son effet caractérisant le produit.

4.      En ce qui concerne le lait, les espèces animales dont le lait provient sont spécifiées, s’il ne s’agit pas de l’espèce bovine.

5.      Les dénominations visées aux points 1, 2 et 3 ne peuvent être utilisées pour aucun produit autre que les produits qui y sont visés.

Toutefois, cette disposition n’est pas applicable à la dénomination des produits dont la nature exacte est connue en raison de l’usage traditionnel et/ou lorsque les dénominations sont clairement utilisées pour décrire une qualité caractéristique du produit.

6.      En ce qui concerne un produit autre que les produits visés aux points 1, 2, et 3, aucune étiquette, aucun document commercial, aucun matériel publicitaire, aucune forme de publicité, […] ni aucune forme de présentation indiquant, impliquant ou suggérant que le produit concerné est un produit laitier, ne peut être utilisé.

[…] »

9        Les dispositions de l’annexe VII, partie III, du règlement no 1308/2013 reprennent, sans modification de substance, les dispositions qui figuraient auparavant à l’annexe XII du règlement (CE) no 1234/2007 du Conseil, du 22 octobre 2007, portant organisation commune des marchés dans le secteur agricole et dispositions spécifiques en ce qui concerne certains produits de ce secteur (règlement « OCM unique ») (JO 2007, L 299, p. 1), laquelle avait repris, sans modification de substance, les dispositions du règlement (CEE) no 1898/87 du Conseil, du 2 juillet 1987, concernant la protection de la dénomination du lait et des produits laitiers lors de leur commercialisation (JO 1987, L 182, p. 36).

La décision 2010/791/UE

10      Aux termes de son article 1er, la décision 2010/791/UE de la Commission, du 20 décembre 2010, établissant la liste des produits visés à l’annexe XII, point III 1, deuxième alinéa, du règlement no 1234/2007 du Conseil (JO 2010, L 336, p. 55), énumère, à son annexe I, les produits correspondant sur le territoire de l’Union aux produits visés à cette disposition.

11      Le considérant 3 de cette décision précise :

« Les États membres doivent communiquer à la Commission la liste indicative des produits qu’ils considèrent comme répondant, sur leur territoire, aux critères de l’exception […] Sur cette liste, il y a lieu d’énumérer les dénominations des produits en cause selon leur usage traditionnel dans les différentes langues de l’Union, dans le but de rendre ces dénominations utilisables dans tous les États membres, […] »

12      Conformément à l’article 230, paragraphe 1, premier alinéa, et paragraphe 2, du règlement no 1308/2013, le règlement no 1234/2007 a été abrogé par ce premier règlement et les références au règlement no 1234/2007 s’entendent comme faites au règlement no 1308/2013. La décision 2010/791 énumère donc désormais la liste des produits visés à l’annexe VII, partie III, point 5, second alinéa, de ce dernier règlement.

Le règlement no 1169/2011

13      L’article 17 du règlement no 1169/2011, intitulé « Dénomination de la denrée alimentaire », dispose, à son paragraphe 1 :

« La dénomination de la denrée alimentaire est sa dénomination légale. En l’absence d’une telle dénomination, la dénomination de la denrée est son nom usuel. À défaut d’un tel nom ou si celui-ci n’est pas utilisé, un nom descriptif est à indiquer. »

Le droit allemand

14      Le Gesetz gegen den unlauteren Wettbewerb (loi contre la concurrence déloyale), dans sa version applicable au litige au principal, dispose, à son article 3a :

« Quiconque enfreint une disposition légale destinée, notamment, à réglementer le comportement sur le marché dans l’intérêt des acteurs de celui-ci, commet un acte de concurrence déloyale dès lors que la violation est de nature à affecter sensiblement les intérêts de consommateurs, d’autres acteurs du marché ou de concurrents. »

Le litige au principal et les questions préjudicielles

15      Le VSW est une association allemande qui a notamment pour mission de lutter contre la concurrence déloyale. TofuTown est une société active dans la fabrication et la distribution d’aliments végétariens/végétaliens. Elle promeut et distribue en particulier des produits purement végétaux sous les dénominations « Soyatoo beurre de tofu », « fromage végétal », « Veggie-Cheese », « Cream », et d’autres dénominations similaires.

16      Le VSW, estimant que la promotion par TofuTown de ces produits purement végétaux enfreint les règles de concurrence, a introduit une action en cessation à l’encontre de cette société devant le Landgericht Trier (tribunal régional de Trèves, Allemagne), invoquant une violation de l’article 3a de la loi contre la concurrence déloyale, lu en combinaison avec l’annexe VII, partie III, points 1 et 2, et l’article 78 du règlement no 1308/2013.

17      TofuTown soutient, en revanche, que sa publicité pour les produits végétaux portant les dénominations en cause ne porte pas atteinte à ces dispositions du droit de l’Union, dès lors que, d’une part, la façon dont le consommateur comprend ces dénominations s’est considérablement modifiée ces dernières années et, d’autre part, elle n’utilise pas les dénominations telles que « beurre » ou « cream » de façon isolée, mais toujours en association avec des termes renvoyant à l’origine végétale des produits en cause, comme par exemple « beurre de tofu » ou « rice spray cream ».

18      La juridiction de renvoi se réfère à l’arrêt du 16 décembre 1999, UDL (C‑101/98, EU:C:1999:615), dans lequel la Cour a, en substance, jugé, que le règlement no 1898/87 s’opposait à l’utilisation de la dénomination « fromage » pour un produit laitier dans lequel la matière grasse du lait a été remplacée par de la matière grasse d’origine végétale, même si cette dénomination est complétée par des mentions descriptives. Néanmoins, elle s’interroge encore sur l’interprétation qu’il convient de donner à l’article 78 du règlement no 1308/2013, lu en combinaison avec l’annexe VII, partie III, points 1 et 2, de celui-ci, aux fins de trancher le litige dont elle est saisie.

19      Dans ces conditions, le Landgericht Trier (tribunal régional de Trèves) a décidé de surseoir à statuer et de poser à la Cour les questions préjudicielles suivantes :

« 1)      Peut-on interpréter l’article 78, paragraphe 2, du règlement no 1308/2013 en ce sens que les définitions, dénominations et dénominations de vente prévues à l’annexe VII ne doivent pas satisfaire aux exigences correspondantes définies à ladite annexe si ces définitions, dénominations et dénominations de vente sont complétées par des mentions explicatives ou descriptives (comme par exemple “beurre de tofu” pour un produit purement végétal) ?

2)      Convient-il de comprendre l’annexe VII, partie III, point 1, du règlement no 1308/2013 en ce sens que la dénomination “lait” est réservée exclusivement au produit de la sécrétion mammaire normale, obtenu par une ou plusieurs traites, sans aucune addition ni soustraction ou cette dénomination peut-elle être aussi utilisée pour la commercialisation de produits végétaux (végétaliens), le cas échéant par l’ajout de termes explicatifs tels que “lait de soja” ?

3)      Convient-il d’interpréter l’annexe VII, partie III, point 2, relative à l’article 78 du règlement no 1308/2013 en ce sens que les dénominations énumérées en détail au point 2, sous a), notamment le “lactosérum”, la “crème” [“Rahm” en langue allemande], le “beurre”, le “babeurre”, le “fromage”, le “yoghourt” ou le terme “chantilly” [“Sahne” en langue allemande] etc., sont réservées uniquement aux produits laitiers ou bien des produits purement végétaux/végétaliens, qui ont été fabriqués sans lait (animal), peuvent-ils également relever du champ d’application de l’annexe VII, partie III, point 2, du règlement no 1308/2013 ? »

Sur les questions préjudicielles

20      Par ses trois questions, qu’il convient d’examiner ensemble, la juridiction de renvoi demande, en substance, si l’article 78, paragraphe 2, et l’annexe VII, partie III, du règlement no 1308/2013 doivent être interprétés en ce sens qu’ils s’opposent à ce que la dénomination « lait » et les dénominations que ce règlement réserve uniquement aux produits laitiers soient utilisées pour désigner, lors de la commercialisation ou dans la publicité, un produit purement végétal, et ce même si ces dénominations sont complétées par des mentions explicatives ou descriptives indiquant l’origine végétale du produit en cause.

21      Aux termes de l’article 78, paragraphe 2, dudit règlement, les définitions, dénominations ou dénominations de vente prévues à l’annexe VII du même règlement ne peuvent être utilisées dans l’Union que pour la commercialisation d’un produit conforme aux exigences correspondantes définies à ladite annexe.

22      La partie III de cette annexe VII est relative au lait et aux produits laitiers. S’agissant du lait, cette partie III prévoit, à son point 1, premier alinéa, que la dénomination « lait » est « réservée exclusivement au produit de la sécrétion mammaire normale, obtenu par une ou plusieurs traites, sans aucune addition ni soustraction ». Le second alinéa de ce point précise toutefois, sous a), que la dénomination « lait » peut être utilisée pour « le lait ayant subi un traitement n’entraînant aucune modification de sa composition ou pour le lait dont […] la teneur en matière grasse [a été standardisée] » et, sous b), que cette dénomination peut être utilisée « conjointement avec un ou plusieurs termes pour désigner le type, la classe qualitative, l’origine et/ou l’utilisation envisagée du lait, ou pour décrire le traitement physique auquel il a été soumis ou les modifications qu’il a subies dans sa composition, à condition que ces modifications soient limitées à l’addition et/ou à la soustraction de ses constituants naturels ».

23      Il ressort ainsi clairement du libellé de ce point 1 que la dénomination « lait » ne saurait, en principe, être légalement utilisée pour désigner un produit purement végétal, le lait étant, au sens de cette disposition, un produit d’origine animale, ce qui ressort également de l’annexe VII, partie III, point 4, du règlement no 1308/2013, qui prévoit que, en ce qui concerne le lait, les espèces animales dont le lait provient sont spécifiées, s’il ne s’agit pas de l’espèce bovine, ainsi que de l’article 78, paragraphe 5, de ce règlement, qui habilite la Commission à adopter des actes délégués afin de préciser les produits laitiers pour lesquels sont indiquées les espèces animales dont provient le lait, s’il ne s’agit pas de l’espèce bovine.

24      Il ressort, en outre, de ce libellé que des mentions explicatives ou descriptives visant à indiquer l’origine végétale du produit concerné, telles que « de soja » ou « de tofu », en cause au principal, ne relèvent pas des termes pouvant être utilisés conjointement avec la dénomination « lait » en vertu dudit point 1, second alinéa, sous b), dès lors que les modifications de la composition du lait que des termes complémentaires peuvent désigner, en vertu de cette disposition, sont celles qui sont limitées à l’addition et/ou à la soustraction de ses constituants naturels, ce qui n’inclut pas un remplacement complet du lait par un produit purement végétal.

25      S’agissant des produits laitiers, l’annexe VII, partie III, point 2, du règlement no 1308/2013 énonce, à son premier alinéa, que les « produits laitiers » sont « les produits dérivés exclusivement du lait, étant entendu que des substances nécessaires pour leur fabrication peuvent être ajoutées, pourvu que ces substances ne soient pas utilisées en vue de remplacer, en tout ou partie, l’un quelconque des constituants du lait ». Le second alinéa de ce point précise, en outre, que sont réservées « uniquement aux produits laitiers », d’une part, les dénominations utilisées à tous les stades de la commercialisation et qui sont énumérées à cette disposition, sous a), ladite énumération incluant les dénominations « lactosérum », « crème », « beurre », « babeurre », « fromage » et « yoghourt », et, d’autre part, notamment, les dénominations au sens de l’article 17 du règlement no 1169/2011 « effectivement utilisées pour les produits laitiers ».

26      Il ressort ainsi du libellé de ce point 2 qu’un « produit laitier », étant dérivé exclusivement du lait, doit en contenir les constituants. À cet égard, la Cour a déjà jugé qu’un produit laitier dans lequel un constituant quelconque du lait a été remplacé, ne fût-ce que partiellement, ne peut pas être désigné par l’une des dénominations visées à l’annexe VII, partie III, point 2, second alinéa, sous a), du règlement no 1308/2013 (voir, en ce sens, arrêt du 16 décembre 1999, UDL, C‑101/98, EU:C:1999:615, points 20 à 22). Il en va a fortiori de même, en principe, pour un produit purement végétal, dès lors qu’un tel produit ne contient, par définition, aucun constituant du lait.

27      Par conséquent, les dénominations énumérées à l’annexe VII, partie III, point 2, second alinéa, sous a), dudit règlement, telles que « lactosérum », « crème », « beurre », « fromage » et « yoghourt », mentionnées par la juridiction de renvoi, ne peuvent, en principe, être légalement utilisées pour désigner un produit purement végétal.

28      Une interdiction identique s’impose, en vertu de l’annexe VII, partie III, point 2, second alinéa, sous b), du même règlement, pour les dénominations au sens de l’article 17 du règlement no 1169/2011 effectivement utilisées pour les produits laitiers. À cet égard, il convient de rappeler que, selon cet article 17, paragraphe 1, la dénomination de la denrée alimentaire est sa dénomination légale ou, en l’absence d’une telle dénomination, son nom usuel ou encore, à défaut d’un tel nom ou si celui-ci n’est pas utilisé, un nom descriptif.

29      Or, si le terme « Sahne », en langue allemande – que la juridiction de renvoi, dans sa demande de décision préjudicielle, a distingué du terme « Rahm », lequel figure à l’annexe VII, partie III, point 2, second alinéa, sous a), ii), du règlement no 1308/2013 –, à l’instar du terme « chantilly », en langue française, ne figure pas parmi les dénominations de produits laitiers énumérées à l’annexe VII, partie III, point 2, second alinéa, sous a), du règlement no 1308/2013, il demeure que ce terme désigne de la crème, qui peut être fouettée ou battue.

30      Il s’agit donc d’une dénomination au sens de l’article 17 du règlement no 1169/2011, effectivement utilisée pour un produit laitier. Par suite, ledit terme ne saurait, en principe, pas davantage être légalement utilisé pour désigner un produit purement végétal.

31      Quant à la pertinence éventuelle, aux fins d’apprécier la légalité de l’utilisation de la dénomination « lait » ou des dénominations réservées uniquement aux produits laitiers par le règlement no 1308/2013 pour désigner un produit purement végétal, de l’ajout de mentions explicatives ou descriptives indiquant l’origine végétale du produit en cause, telles que « de soja » ou « de tofu », mentionnées par la juridiction de renvoi, il convient de relever que l’annexe VII, partie III, point 3, de ce règlement prévoit que « [l]a dénomination “lait” et les dénominations utilisées pour désigner les produits laitiers peuvent également être employées conjointement avec un ou plusieurs termes pour désigner des produits composés dont aucun élément ne remplace ou [n’]est destiné à remplacer un constituant quelconque du lait et dont le lait ou un produit laitier est une partie essentielle, soit par sa quantité, soit par son effet caractérisant le produit ».

32      Ces conditions ne sont cependant pas remplies par des produits purement végétaux, de tels produits ne contenant ni lait ni produit laitier. Ledit point 3 ne saurait donc servir de fondement à une utilisation légale, pour désigner un produit purement végétal, de la dénomination « lait » ou des dénominations réservées uniquement aux produits laitiers de manière conjointe avec une ou plusieurs mentions explicatives ou descriptives indiquant l’origine végétale du produit en cause.

33      Par ailleurs, si, selon l’annexe VII, partie III, point 5, premier alinéa, du règlement no 1308/2013, les dénominations visées aux points 1, 2 et 3 de cette partie III ne peuvent être utilisées pour aucun autre produit que les produits qui y sont visés, le second alinéa de ce point 5 prévoit néanmoins que ce premier alinéa « n’est pas applicable à la dénomination des produits dont la nature exacte est connue en raison de l’usage traditionnel et/ou lorsque les dénominations sont clairement utilisées pour décrire une qualité caractéristique du produit ».

34      Or, la liste des produits visés par cette dernière disposition a, en application de l’article 121, sous b), i), du règlement no 1234/2007, devenu, en substance, l’article 91, premier alinéa, sous a), du règlement no 1308/2013, été arrêtée à l’annexe I de la décision 2010/791. Partant, seuls les produits énumérés dans cette annexe relèvent de l’exception prévue à ce second alinéa.

35      En l’occurrence, il convient de relever que cette liste ne contient pas de référence au soja ou au tofu.

36      De plus, si ladite liste mentionne, en langue française, le produit dénommé « crème de riz », elle ne mentionne pas, en langue anglaise, le produit dénommé « rice spray cream », indiqué par la juridiction de renvoi comme étant un des produits en cause au principal, ni même le produit dénommé « rice cream ». À cet égard, il importe de souligner qu’il ressort, en substance, du considérant 3 de la décision 2010/791 que, sur la liste que cette décision établit, figurent les produits qui ont été identifiés par les États membres comme répondant, sur leurs territoires respectifs, aux critères prévus par l’annexe VII, partie III, point 5, second alinéa, du règlement no 1308/2013 et que les dénominations des produits en cause sont énumérées selon leur usage traditionnel dans les différentes langues de l’Union. Partant, le fait que la dénomination « crème de riz », en langue française, a été reconnue comme répondant auxdits critères n’implique pas que la dénomination « rice cream » y réponde également.

37      Il y a lieu, en outre, de relever que, s’il ressort de ladite liste que l’utilisation, dans la dénomination d’un produit, du terme « cream » avec un terme complémentaire est permise dans certaines conditions, notamment pour désigner des boissons spiritueuses ou des potages, aucune de ces conditions ne paraît satisfaite par une dénomination telle que « rice spray cream », en cause au principal. De même, si l’utilisation du terme « creamed » avec la dénomination d’un produit végétal est permise, ce n’est que lorsque « le terme “creamed” désigne la texture caractéristique du produit ».

38      Il apparaît ainsi qu’aucun des produits mentionnés à titre d’exemple par la juridiction de renvoi ne figure sur ladite liste et que, par conséquent, aucune des dénominations que cette juridiction cite ne bénéficie de l’exception prévue à l’annexe VII, partie III, point 5, second alinéa, du règlement no 1308/2013, ce qu’il lui appartient néanmoins de vérifier s’agissant de chacun des produits en cause au principal.

39      Par ailleurs, l’article 78, paragraphe 3, du règlement no 1308/2013 prévoit que, pour répondre aux besoins avérés résultant d’une évolution de la demande des consommateurs, des progrès techniques ou du besoin en matière d’innovation, la Commission est habilitée à adopter des actes délégués en ce qui concerne les modifications, les dérogations ou les exemptions relatives aux définitions et dénominations de vente prévues à l’annexe VII de ce règlement. Un tel acte n’a cependant, à ce jour, pas été adopté par la Commission s’agissant des définitions et des dénominations de vente du lait et des produits laitiers.

40      Il découle de l’ensemble de ce qui précède que la dénomination « lait » et les dénominations réservées uniquement aux produits laitiers ne peuvent être légalement utilisées pour désigner un produit purement végétal, à moins que ce produit ne figure sur la liste établie à l’annexe I de la décision 2010/791, l’ajout de mentions descriptives ou explicatives indiquant l’origine végétale du produit en cause, telles que celles en cause au principal, étant sans influence sur une telle interdiction (voir, en ce sens, arrêt du 16 décembre 1999, UDL, C‑101/98, EU:C:1999:615, points 25 à 28).

41      Il ressort, en outre, d’une lecture combinée de l’article 78, paragraphe 2, et de l’annexe VII, partie III, point 6, premier alinéa, du règlement no 1308/2013 que cette interdiction vaut tant pour la commercialisation que pour la publicité.

42      Contrairement à ce que soutient TofuTown, l’interprétation exposée aux points 40 et 41 du présent arrêt est confortée par les objectifs dudit règlement et ne heurte ni le principe de proportionnalité ni le principe d’égalité de traitement.

43      Ainsi qu’il ressort des considérants 64 et 76 du même règlement, les objectifs poursuivis par les dispositions en cause consistent, en particulier, à améliorer les conditions économiques de production et de commercialisation ainsi que la qualité des produits dans l’intérêt des producteurs, des commerçants et des consommateurs, à protéger les consommateurs et à préserver les conditions de la concurrence. Or, ces dispositions, en ce qu’elles prévoient que seuls les produits conformes aux exigences qu’elles posent peuvent être désignés par la dénomination « lait » et les dénominations réservées uniquement aux produits laitiers, et cela même si ces dénominations sont complétées par des mentions explicatives ou descriptives telles que celles en cause au principal, contribuent à la réalisation de ces objectifs.

44      En effet, en l’absence d’une telle limitation, ces dénominations ne permettraient notamment plus d’identifier de manière certaine les produits présentant les caractéristiques particulières liées à la composition naturelle du lait animal, ce qui irait à l’encontre de la protection des consommateurs, du fait du risque de confusion qui serait créé. Cela irait également à l’encontre de l’objectif d’amélioration des conditions économiques de production et de commercialisation ainsi que de la qualité du « lait » et des « produits laitiers ».

45      S’agissant du principe de proportionnalité, il exige que les actes des institutions de l’Union soient aptes à réaliser les objectifs légitimes poursuivis par la réglementation en cause et ne dépassent pas les limites de ce qui est nécessaire à la réalisation de ces objectifs, étant entendu que, lorsqu’un choix s’offre entre plusieurs mesures appropriées, il convient de recourir à la moins contraignante et que les inconvénients causés ne doivent pas être démesurés par rapport aux buts visés (voir, en ce sens, arrêts du 16 décembre 1999, UDL, C‑101/98, EU:C:1999:615, point 30, ainsi que du 17 mars 2011, AJD Tuna, C‑221/09, EU:C:2011:153, point 79 et jurisprudence citée).

46      Le législateur de l’Union disposant, en matière de politique agricole commune, d’un large pouvoir d’appréciation, qui correspond aux responsabilités politiques que les articles 40 TFUE à 43 TFUE lui attribuent, seul le caractère manifestement inapproprié d’une mesure arrêtée dans ce domaine par rapport à l’objectif que l’institution compétente entend poursuivre peut affecter la légalité d’une telle mesure (voir, en ce sens, arrêts du 16 décembre 1999, UDL, C‑101/98, EU:C:1999:615, point 31, ainsi que du 17 octobre 2013, Schaible, C‑101/12, EU:C:2013:661, point 48).

47      En l’occurrence, ainsi que cela a déjà été relevé au point 43 du présent arrêt, les dispositions dont l’interprétation est demandée par la juridiction de renvoi visent à améliorer les conditions économiques de production et de commercialisation des produits concernés et leur qualité, à protéger les consommateurs ainsi qu’à préserver les conditions de la concurrence.

48      Or, le fait que la possibilité d’utiliser, lors de la commercialisation ou dans la publicité, la dénomination « lait » et les dénominations réservées uniquement aux produits laitiers ne soit offerte qu’aux seuls produits qui sont conformes aux exigences posées par l’annexe VII, partie III, du règlement no 1308/2013 garantit, notamment, aux producteurs desdits produits, des conditions de concurrence non faussées et, aux consommateurs de ceux-ci, que les produits désignés par lesdites dénominations répondent tous aux mêmes normes de qualité, tout en les protégeant contre toute confusion quant à la composition des produits qu’ils entendent acquérir. Les dispositions en cause sont donc aptes à réaliser ces objectifs. En outre, elles ne vont pas au-delà de ce qui est nécessaire pour les atteindre, l’ajout de mentions descriptives ou explicatives auxdites dénominations, pour désigner des produits ne répondant pas auxdites exigences, n’étant, ainsi que la Cour l’a déjà jugé, pas susceptible d’empêcher avec certitude tout risque de confusion dans l’esprit du consommateur. Par conséquent, les dispositions en cause ne méconnaissent pas le principe de proportionnalité (voir, en ce sens, arrêt du 16 décembre 1999, UDL, C‑101/98, EU:C:1999:615, points 32 à 34).

49      Quant au principe d’égalité de traitement, il exige que des situations comparables ne soient pas traitées de manière différente et que des situations différentes ne soient pas traitées de manière égale, à moins qu’un tel traitement ne soit objectivement justifié (arrêt du 6 décembre 2005, ABNA e.a., C‑453/03, C‑11/04, C‑12/04 et C‑194/04, EU:C:2005:741, point 63, ainsi que, en ce sens, arrêt du 30 juin 2016, Lidl, C‑134/15, EU:C:2016:498, point 46).

50      En l’occurrence, le fait que les producteurs de substituts végétariens ou végétaliens de la viande ou du poisson ne soient, selon TofuTown, pas soumis, en ce qui concerne l’utilisation de dénominations de vente, à des restrictions comparables à celles auxquelles les producteurs de substituts végétariens ou végétaliens du lait ou des produits laitiers sont soumis en vertu de l’annexe VII, partie III, du règlement no 1308/2013 ne saurait être considéré comme étant contraire au principe d’égalité de traitement.

51      En effet, chaque secteur de l’organisation commune des marchés pour les produits agricoles établie par ledit règlement comporte des spécificités qui lui sont propres. Par conséquent, la comparaison des mécanismes techniques utilisés pour la réglementation de différents secteurs de marché ne saurait constituer une base valable pour établir un grief d’inégalité de traitement entre des produits dissemblables soumis à des règles différentes (voir, en ce sens, arrêts du 28 octobre 1982, Lion e.a., 292/81 et 293/81, EU:C:1982:375, point 24, ainsi que du 30 juin 2016, Lidl, C‑134/15, EU:C:2016:498, point 49). Or, le lait et les produits laitiers relèvent d’un secteur différent de ceux des différents types de viandes ainsi que du secteur des produits de la pêche, lesquels relèvent même d’une autre organisation commune des marchés.

52      Eu égard à l’ensemble des considérations qui précèdent, il convient de répondre aux questions posées que l’article 78, paragraphe 2, et l’annexe VII, partie III, du règlement no 1308/2013 doivent être interprétés en ce sens qu’ils s’opposent à ce que la dénomination « lait » et les dénominations que ce règlement réserve uniquement aux produits laitiers soient utilisées pour désigner, lors de la commercialisation ou dans la publicité, un produit purement végétal, et ce même si ces dénominations sont complétées par des mentions explicatives ou descriptives indiquant l’origine végétale du produit en cause, sauf si ce produit est énuméré à l’annexe I de la décision 2010/791.

Sur les dépens

53      La procédure revêtant, à l’égard des parties au principal, le caractère d’un incident soulevé devant la juridiction de renvoi, il appartient à celle-ci de statuer sur les dépens. Les frais exposés pour soumettre des observations à la Cour, autres que ceux desdites parties, ne peuvent faire l’objet d’un remboursement.

Par ces motifs, la Cour (septième chambre) dit pour droit :

L’article 78, paragraphe 2, et l’annexe VII, partie III, du règlement (UE) no 1308/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 17 décembre 2013, portant organisation commune des marchés des produits agricoles et abrogeant les règlements (CEE) no 922/72, (CEE) no 234/79, (CE) no 1037/2001 et (CE) no 1234/2007 du Conseil, doivent être interprétés en ce sens qu’ils s’opposent à ce que la dénomination « lait » et les dénominations que ce règlement réserve uniquement aux produits laitiers soient utilisées pour désigner, lors de la commercialisation ou dans la publicité, un produit purement végétal, et ce même si ces dénominations sont complétées par des mentions explicatives ou descriptives indiquant l’origine végétale du produit en cause, sauf si ce produit est énuméré à l’annexe I de la décision 2010/791/UE de la Commission, du 20 décembre 2010, établissant la liste des produits visés à l’annexe XII, point III 1, deuxième alinéa, du règlement no 1234/2007 du Conseil.

Signatures

Des animaux appâts de pêche achetés pour être libérés

C’est une information assez particulière, qui ne peut que déclencher une certaine sympathie, même si en fait il y a à l’arrière-plan une sous-estimation des capacités de l’exploitation animale.

En Dordogne, des gens achètent des appâts pour la pêche et les libèrent. Voici comment Sud Ouest, qui a enquêté à ce sujet, raconte ce qui se passe :

« Ils ont acheté tous les vers de terre et petits poissons. Cela fait 700 poissons et une cinquantaine de boîtes de vers de terre », confirme le responsable du rayon pêche du magasin [Décathlon à Boulazac].

Chaque boîte coûte 2 euros. Ils ont pris les 50 qui se trouvaient en stocks. Quant aux poissons, ils en ont embarqué 700, à 40 centimes pièce.

Après un rapide calcul, ce sont donc près de 400 euros que ce groupe, sans revendication apparente, a dépensés ce jour-là pour relâcher ensuite les petites bêtes dans la nature.

Les vendeurs de Décathlon, comme de Jaumouillé, le magasin Périgord Chasse Pêche, installé à Boulazac et Marsac-sur-l’Isle, sont formels.

Une fois le passage à la caisse terminé, leurs étranges clients se dirigent vers les bords de l’Isle à côté du magasin pour relâcher les vers et poissons dans leurs milieux naturels.
À Périgord Chasse Pêche, on a pris l’habitude de les voir de temps à autre.

Si aucune revendication n’est brandie, les responsables avancent l’hypothèse qu’il s’agit de personnes adeptes de la non-violence, « proches du courant bouddhiste ». Même hypothèse à Décathlon.

Le Progrès constate également :

Un mystérieux groupe qui rachète tous les êtres vivants des magasins de pêche pour les relâcher dans la nature sévit ces temps-ci à Périgueux. A plusieurs reprises depuis un an, la scène s’est répétée.

Une dizaine de personnes pénètre dans un magasin, notamment le Décathlon, au rayon pêche, et achète tous les appâts de pêche vivants, vers et petits poissons.

Une somme de plusieurs centaines d’euros à chaque fois.

Selon plusieurs témoignages, ils auraient aussi acheté des insectes vendus comme nourriture pour reptiles, dans une animalerie, et des poissons élevés dans une ferme.

Sud Ouest a prolongé son enquête et confirme la thèse bouddhiste :

Contacté, le centre bouddhiste Dhagpo de Saint-Léon-sur-Vézère confirme l’existence de cette pratique, « connue » chez les bouddhistes qui accordent « une grande importance à l’existence de tous les êtres vivants ». Un fait courant en Inde et destiné « à sauver des vies ».

Des pratiques de ce type ont lieu plusieurs fois par an à Dhagpo pour sauver différents animaux (chevaux, lapins, poules…). Les personnes les accueillent chez eux ou font des dons pour que des refuges spécialisés en prennent soin.

Bien entendu, il y a ici un souci  : l’exploitation animale est tout à fait en mesure de compenser sa production en l’agrandissant.

Nous ne sommes plus à l’époque de Bouddha où effectivement cela pouvait avoir un réel sens que d’agir ainsi…

Il n’y a donc pas de naïveté à avoir à ce sujet.

Cependant, l’esprit de cette action part d’un très bon sentiment, qui parlera à toute personne aimant les animaux.

Et cela rappelle ce sentiment horrible qu’on peut avoir quand on voit des animaux vendus dans les animaleries : on a envie de les aider, de leur offrir une vie digne…

Mais si on les achète, on soutient inévitablement l’exploitation animale qui renforce d’autant plus sa monstrueuse machinerie.

Ce qui rappelle à quel point il faut tout changer de fond en comble pour aider les animaux!

Interview d’une personne végane dans une famille qui ne l’est pas

Comment être vegan dans une famille qui ne l’est pas ?

Si auparavant la question ne se posait que rarement de par l’isolement du véganisme, désormais c’est une pratique suffisamment répandue pour qu’il y ait des situations très différentes et parfois compliquées.

Il y a ici matière à réflexion et voici quelques questions posées à Joël, qui est dans cette situation. N’hésitez pas non plus à nous faire part de vos témoignages.

1. Joël, tu es marié et ton couple a des enfants, mais tu es le seul à être vegan dans ta famille. L’étais-tu avant ou bien l’es-tu devenu alors que tu étais en couple ?

Je suis devenu vegan début 2015, donc relativement récemment, après avoir visionné le film Earthlings (Terriens). Bien entendu, c’est aussi l’aboutissement d’une longue réflexion qui remonte loin.

J’avais déjà été végétarien il y a une vingtaine d’années, puis j’ai abandonné après une petite anémie, faute de manger équilibré.

Il faut dire qu’à l’époque les aliments VG étaient quasi introuvables, à part les céréales et les légumineuses qui mettent trois quarts d’heure à cuire… [nous sommes en désaccord complet avec ce propos – LTD]

Mais cela m’a aidé lorsque je suis devenu vegan car j’étais familiarisé avec l’alimentation végétale.

Mon épouse est omnivore et nos deux enfants les plus âgés ont été élevés dans cette habitude alimentaire. Le petit troisième est éduqué de façon « mixte » mais à dominante carnivore, puisque je suis très minoritaire à la maison.

2. Comment se déroulent les repas ? Vis-tu pour ainsi dire à part, ou bien partages-tu les repas, le réfrigérateur, etc ?

Nous mangeons ensemble et partageons le réfrigérateur. En général, je consomme séparément ma nourriture, mais il arrive que je cuisine végétal pour tout le monde et nous mangeons alors tous la même chose.

Ce qui achoppe parfois, ce sont les divergences de vues concernant les équilibres alimentaires.

Pour les omnivores, la viande, les œufs et le poisson sont au centre des apports de protéines, de fer et autres nutriments indispensables. Ce qui fait que les végétaux sont relégués au rôle secondaire d’« accompagnement ».

En revanche, pour les végétaliens, ces apports sont le résultat d’un ensemble d’aliments, combinés ou pas. De ce fait, la structure d’un repas peut différer sensiblement.

C’est pourquoi une sorte d’incompréhension est susceptible de s’installer quelquefois. C’est aussi pourquoi le « simili-carné » peut être une bonne aide soit pour ceux qui ont du mal à se défaire de la viande, soit pour ceux qui souhaitent rester intégré dans leur environnement familial (c’est mon cas) ou professionnel.

3. As-tu l’impression de vivre un compromis inévitable, ou bien espères-tu que les choses vont changer sur ce plan ?

Les deux. A moins de claquer la porte du domicile, je ne vois pas comment je pourrais faire autrement. C’est donc un compromis, auquel d’ailleurs ma famille se plie de bonne grâce.

J’espère aussi que les mentalités vont évoluer. Mais j’ai observé que la gourmandise joue un rôle particulièrement important dans la consommation carnée. « C’est bon, alors pourquoi je m’en priverais »…

Des études ont également montré le caractère addictif de la viande et de certains laitages, notamment le fromage. Par ailleurs, cette nourriture est beaucoup plus accessible à la fois financièrement et pratiquement : vous trouverez du jambon, du pâté ou des boîtes de thon bas de gamme dans n’importe quelle supérette.

Bien sûr, la nourriture végétale basique (céréales, légumineuses, etc.) est peu onéreuse, mais les recettes végétales plus élaborées le sont encore trop, faute de subventions de ces filières et faute de grosse production.

4. Sur le plan de l’éducation, as-tu une démarche particulière ? Comment expliques-tu ton approche différente aux enfants, notamment dans le rapport aux animaux?

Les enfants sont en général sensibles à la souffrance animale.

Mais ici intervient la fameuse « dissonance cognitive », c’est-à-dire le déni consistant à dissocier, dans son esprit, la viande de l’être vivant duquel elle provient.

La publicité est d’ailleurs le summum de la dissonance cognitive triomphante, avec ses poulets plumés qui dansent joyeusement et ses vaches qui ne demandent qu’à donner leur bon lait aux humains plutôt que de le garder égoïstement pour leur veau…

Et les enfants se trouvent être l’une des cibles privilégiées de la pub !

Mon aînée de 13 ans a toujours refusé de manger du lapin, mais cela ne la dérange pas de manger du veau ou de l’agneau. J’ai beau souligner que le veau ou l’agneau sont aussi « mignons » que le lapin, rien ne semble la convaincre que la côtelette ou le gigot dont elle se régale sont prélevés sur des bébés que, vivants, elle adorerait caresser…

Cette réaction est classique. Il en va de même pour une majorité de consommateurs de viande ; on nage en plein irrationnel !

Je procède donc par petites piques provocatrices. S’il y a du jambon à leur menu : « − Vous savez qu’on arrache les testicules des porcelets mâles ? Qu’on leur coupe la queue et qu’on leur lime les dents, et tout ça sans anesthésie ? − Ah bon… Bon ben, on parle d’autre chose !… »

Parfois, je leur suggère de goûter à la viande de chat, de chien… ou d’être humain ; il paraît que c’est très bon !

J’y vais à l’usure, même si la plupart du temps je me heurte au mur du déni. Un jour, peut-être, au hasard d’une vidéo sur internet ou d’une rencontre, ils réaliseront l’énorme supercherie. Je le souhaite de tout mon cœur. Alors, ce que je leur aurai seriné trouvera un écho en eux.

5. Quel est le genre de situation qui te semble difficile à vivre, où il te faut prendre sur toi ?

L’une des situations les plus difficiles à vivre, ce sont les odeurs. Surtout celle de la viande grillée. C’est incroyable comme on perd certaines habitudes.

Aujourd’hui, je ne peux dissocier cette odeur de celle d’un être sensible meurtri et brûlé − ce qu’elle est, précisément !

J’imagine que les parfums des barbecues cannibales devaient en faire saliver plus d’un. De même les festins de chiens en Chine ou en Corée.

Or seule notre culture, c’est-à-dire nos habitudes, nous empêche de nous régaler de ces viandes-là, qui sont taboues en Occident.

De la même façon, seule notre culture nous a appris et nous a autorisés à jouir des odeurs de la chair cuite des cochons, des vaches, des poulets…

6. Quel est inversement le genre de situation où, au contraire, il te semble que tu fais à ta manière vraiment inverser les choses ?

Cette question rejoint la no 4 : ma seule satisfaction est l’espérance qu’un jour mes paroles et mon exemple (en toute humilité !) rencontreront un écho chez mes enfants devenus adultes, voire chez mon épouse.

Pour l’instant, rien n’indique de tels changements…

7. Que dirais-tu aux gens qui considèrent que, au-delà de la complexité de la situation individuelle, ta démarche relève d’une certaine relativisation du véganisme?

Je leur laisse imaginer ce que représente le fait de cuisiner et de manger différemment au quotidien lorsqu’on est très minoritaire et que le temps est compté.

Si je vivais seul, je ne mangerais certainement pas de « steaks » ni de « saucisses » en simili-carné.

Mais je trouve néanmoins pratique de disposer d’aliments 100 % végétaux qui peuvent être consommés en même temps que d’autres qui sont carnés. Socialement, c’est très important.

Comme je l’ai mentionné, il m’arrive fréquemment de préparer des plats complets à base de céréales, légumineuses, etc., qui n’évoquent pas la viande, ni par le goût ni par l’aspect, et je m’efforce qu’ils soient suffisamment goûteux (malheureusement, je ne suis pas un cordon bleu !).

J’explique à ma petite famille que c’est un plat complet, qu’il n’y a pas besoin de manger de viande ou de poisson avec ça. Mais je ne peux pas imposer cela à tous les repas, ne serait-ce que parce que ma femme aussi cuisine…

Je trouve illusoire d’imaginer que l’appétence pour le goût carné puisse disparaître du jour au lendemain, y compris chez certains vegans.

Je refuse donc aux « gardiens du Temple » le droit de juger qui est « vraiment » vegan et qui ne l’est pas.

Si l’on y réfléchit bien, il se présente deux sortes de vegans : ceux qui le sont depuis leur naissance (encore peu nombreux) et ceux qui le sont devenus (largement majoritaires). Ceux qui sont nés dans une famille vegan ont reçu de leurs parents des habitudes alimentaires au même titre que les carnivores ; ils n’ont donc aucun motif d’autosatisfaction.

Ceux qui sont devenus vegans ont par définition été omnivores auparavant, et savent donc combien il est difficile, dans notre société, de faire des choix alternatifs.

La capacité à ouvrir les yeux est avant tout liée à la compassion qu’on ressent. Or tout est fait pour faire oublier au consommateur la provenance de la chair animale, du lait et des œufs, et la manière dont ils sont produits. Bien entendu, les choses avancent.

La venue au véganisme peut être subite comme progressive, il n’y a pas de règle. Pour ma part, j’y suis venu du jour au lendemain, par simple souci de cohérence.

Mais je comprends aussi que beaucoup de gens prennent leur temps, y compris parce qu’ils ne veulent pas voir la réalité en face. Comme vous, je suis indigné, révolté par la société carniste. Que pouvons-nous y faire, à part essayer de les convaincre, faire appel à leur compassion et donner l’exemple ?

Aymeric Caron demande un strapontin pour l’antispécisme à Jean-Luc Mélenchon

C’est une chose étrange et décalée qui serait insignifiante si elle n’en disait pas long sur beaucoup de choses.

On connaît bien Aymeric Caron, il n’est pas la peine de revenir dessus. Celui-ci a publié une tribune dans le journal bobo Libération, intitulée « Jean-Luc Mélenchon, faites entrer le Parti animaliste à l’Assemblée ».

Ce qui frappe déjà, c’est que sur son facebook il s’est fait copieusement dénoncé par les « fans » de Jean-Luc Mélenchon, en raison de l’appel à voter contre Marine Le Pen au second tour. On sait à quel point il y a ici deux points de vue totalement opposés, entre les abstentionnistes et les gens voulant bloquer Marine Le Pen, parce que quand même il faut savoir raison garder…

Et donc là Aymeric Caron publie une tribune, en demandant une chose assez farfelue.

Il explique qu’il n’apprécie pas la France insoumise, qu’il trouve trop timorée sur la question des animaux, expliquant par exemple que le fait de ne pas vouloir par exemple supprimer la corrida ou les animaux dans les cirques témoigne d’un refus de faire un pas même minime…

« Le refus de Mélenchon de condamner la corrida et la présence d’animaux dans les cirques m’a définitivement convaincu de m’abstenir de lui donner ma voix.

En effet, je peux comprendre qu’un candidat à une élection présidentielle hésite à promouvoir la fin des élevages et la transition vers un modèle agricole entièrement végétal, tant le chantier est audacieux.

En revanche, tout opposant à la souffrance animale se doit a minima de réclamer la fin des pratiques barbares qui n’ont pas le soutien des Français et dont la disparition immédiate ne causera aucune gêne à la bonne marche du pays.

La corrida, qui vit largement de subventions, et qui n’existe que par la tolérance d’une exception à la loi générale, peut être supprimée demain sans que cela entraîne des grèves générales dans le pays, ni ne provoque de crise économique majeure.

Idem pour les animaux-objets prisonniers des cirques. La frilosité de la France Insoumise sur ces deux évidences m’a semblé suspecte. »

Et pourtant Aymeric Caron demande à Jean-Luc Mélenchon d’abandonner deux postes de députés au « parti animaliste ».

« Dans les tractations que vous menez en ce moment-même avec d’éventuels partenaires en vue des législatives, réservez au moins deux postes au Parti animaliste.

Il vous suffit pour cela de présenter, dans deux circonscriptions acquises, en lieu et place du représentant de la France insoumise, un(e) candidat(e) des Animalistes. »

Pour autant, ces deux postes de députés seront totalement indépendants et les députés du « parti animaliste » ne soutiendraient pas Jean-Luc Mélenchon…

« Evidemment, ce geste en faveur du Parti animaliste doit s’accomplir sans l’exigence de la moindre contrepartie: les élus animalistes seraient indépendants dans leurs votes à l’Assemblée, puisqu’ils ne souhaitent se prononcer que sur les sujets qui ont des conséquences directes sur les animaux. »

C’est ahurissant : quel mouvement politique se présentant aux élections, espérant former une majorité au parlement, serait assez fou pour abandonner deux postes de députés ?

Et d’ailleurs quelle est cette notion de démocratie où les gens voteraient localement pour le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, qui donneraient alors deux postes de députés à des gens ne les représentant même pas ?

C’est là l’idée d’une sorte de « cadeau » qui serait octroyé par le « prince » Jean-Luc Mélenchon !

Et le pire, c’est que cela reflète le point de vue de toute une frange des gens défendant les animaux, qui dans l’esprit bobo – hipster espèrent obtenir un strapontin auprès de la « mode » actuelle que représente Jean-Luc Mélenchon…

Aymeric Caron a cependant bien tort de prétendre que « les militants de la protection animale ont en majorité reporté tous leurs espoirs » sur Jean-Luc Mélenchon. C’est là nier l’influence très importante de l’extrême-droite, mais il est vrai que vu depuis le point de vie bobo parisien, cela ne doit pas vraiment se voir…

Au fond, tout cela est une anecdote, sans grand intérêt. Mais cela révèle que la mise en vente du véganisme a déjà commencé.

En glissant du véganisme à l’antispécisme, les bobos, hipsters, commerçants et intellectuels tentent de nier l’universalisme de la question pour insérer leur pseudo-rébellion dans l’ordre établi.

La conclusion de la tribune d’Aymeric Caron reflète tout à fait cette tentative de mise en vente du véganisme transformé en accessoire :

« Il y a au Parti animaliste suffisamment de femmes et d’hommes investis de tout leur être dans le combat pour les droits des animaux.

Ils sont eux aussi des insoumis qui refusent l’ordre établi et combattent l’injustice faite aux plus faibles.

Je sais que parmi les représentants de la Nation, leur voix sera le signal fort du bouleversement idéologique en cours. Merci, Monsieur Mélenchon, de favoriser cette opportunité. »

Le véganisme, en tant qu’universalisme, est balayé au profit d’un antispécisme qui serait, en fin de compte, une « insoumission » comme une autre, et aurait donc sa place parmi les « insoumis » en général.

C’est exactement la position qu’avait, par exemple, la « commission antispéciste » de Nuit Debout, au nom de la « convergence des luttes ».

A cela, il faut répondre « non ! ». Le véganisme est un universalisme et nécessite de réfléchir à comment établir un projet utopique réellement révolutionnaire, transformant entièrement le monde.

Les animaux ne sont pas une thématique à part!

Ceux qui cherchent à l’assouplir et à contourner sa diffusion, en le diluant, en l’adaptant, en en faisant un accessoire, en détruisent sa nature profonde.

L’Association Végétarienne de France et sa campagne Veggie2017 anti-vegan

Nous avons toujours eu une position absolument stricte sur le végétarisme : c’est une pratique totalement dépassée et les personnes la mettant en avant sont des personnes au mieux sous-informées, au pire des alliés objectifs de l’exploitation animale.

L’Association Végétarienne de France (AVF) vient rappeler pourquoi cela est vrai. Elle a lancé une campagne veggie2017, afin de promouvoir, en apparence, un changement de situation.

Le mot d’ordre est le suivant :

#Veggie2017 pour montrer aux candidats que la question de la transition alimentaire vers un modèle végétal est un sujet capital !

En réalité, c’est une campagne typique de ce genre d’associations : racoleuse à fond, pour gagner des contacts et des adhérents.

La contradiction est de notre point vue flagrante par ailleurs : le modèle végétal, c’est le véganisme, certainement pas le végétarisme !

L’AVF a eu les réponses de Philippe Poutou et de Jean-Luc Mélenchon. Et qu’y apprend-t-on ? Que Philippe Poutou serait favorable au véganisme ! Quelle blague ! C’est bien entendu totalement faux. Et pourtant voici ce que dit l’AVF à son sujet :

Il partage notre constat sur la nécessité de réduire globalement la consommation de viande, se dit favorable au développement du végétarisme et du véganisme, et soutient globalement notre démarche.

Qu’il est terrible d’en arriver à déformer la réalité à ce point là !  L’AVF ment de manière honteuse. Rien dans la réponse de Philippe Poutou à l’AVF ne peut laisser penser cela.

Alors pourquoi un mensonge aussi grossier ? Eh bien l’AVF est obligée de mentir, parce que sinon cela montrerait que sa propre existence est absurde. A l’ère du véganisme, le végétarisme est absurde et ne pourrait avoir qu’un sens que comme pseudo-transition…

D’où la déformation de ce que dit Philippe Poutou, qui de son côté explique seulement qu’il faut moins de « viande », pas qu’il faut aller vers le véganisme…

Citons un passage où il résume sa vision des choses, pour que tout soit clair à ce niveau :

« Des actions de formation du personnel soignant doivent être
menées pour leur permettre d’appréhender la diététique et l’alimentation autrement que par le prisme de l’équilibre alimentaire qui ne veut rien dire dans le cadre d’une agriculture mitée par la chimie et les habitudes alimentaires contaminées par une surcharge de protéines animale. »

Il y a une « surcharge de protéines animales », cela s’arrête là.

Voici un autre exemple, avec la réponse de Jean-Luc Mélenchon à l’AVF. Nous expliquions hier que Jean-Luc Mélenchon est pour développer massivement l’aquaculture : naturellement, l’AVF n’en parle pas.

Dans sa réponse à l’AVF sur une « alimentation plus végétale », les choses sont flagrantes : Jean-Luc Mélenchon ne parle pas des animaux, sa réponse est totalement anthopocentriste… Et donc à l’opposé du véganisme. Mais l’AVF peut subtilement mettre cela en avant comme quoi cela va dans le bon sens…

Mesure 10 Organiser une vaste campagne de santé publique en faveur d’une alimentation plus végétale

Oui. Un grand plan de santé publique sera mis en place. De manière générale, nous agirons au niveau des maladies chroniques liées à l’alimentation (lutte contre l’obésité et contre les abus de l’industrie agroalimentaire, lutte contre la résistance microbienne liée à l’agriculture productiviste…).

Un des axes de notre programme de santé consiste à mener une véritable politique de prévention : il s’agit d’abord de lutter drastiquement contre l’obésité et la malbouffe en interdisant à l’industrie agro-alimentaire d’abuser du sel, du sucre et des graisses.

Un plan cancer sera intégré à ce grand plan de santé publique. La lutte
contre les maladies liées à l’alimentation passe aussi par une meilleure prévention, qui se fait autant au niveau de l’école par un renforcement de la médecine scolaire et de l’éducation à la santé, qu’au niveau plus global d’une diminution des inégalités sociales.

Nous voulons notamment que l’éducation des enfants au goût puisse jouer un rôle plus important dans le but de diminuer l’habitude systématique des protéines carnées.

 

 

Jean-Luc Mélenchon et les végans

Jean-Luc Mélenchon a du succès dans les sondages et il balance tout par-dessus bord, disant désormais qu’il vient « de la gauche » et non plus qu’il en fait partie, cherchant à ratisser le plus large possible.

A cette occasion, il a, lors d’une rencontre avec des lecteurs du Parisien, abordé la question du véganisme.

Voici la retranscription de ses propos totalement racoleurs, puisqu’il arrive en effet à trouver le véganisme très bien… Sans vouloir l’appliquer en général, ni même l’appliquer par ailleurs dans sa propre vie.

Il n’y arrive pas, dit-il, utilisant un vieil argument classique de ceux qui cherchent des fausses excuses.

« – Vous, euh, vous devez être une, euh, plutôt du régime alimentaire McDo là, de votre génération.

– Je suis végétarienne.

– [rire général] Ah, bravo [Jean-Luc Mélenchon rit de bon coeur en applaudissant, quelqu’un dans le public dit « là c’était… »] Ben, je ne pouvais pas le savoir.

C’est des modèles pour moi. Moi j’arrive pas. J’arrive pas, j’ai essayé.

– J’essaye, enfin je suis quasiment vegan.

– [très intéressé] Végan, oui.

– Je mange euh voilà.

– Oui oui vegan je connais, je comprends, j’ai beaucoup de rapports avec eux.

Parce que je rigolais, je sais nous quand on avait vingt ans on était trotskiste, eux ils sont vegans.

Ben, c’est être révolutionnaire, hein, aussi, c’est être révolutionnaire, c’est vouloir un autre monde, complètement différent, où serait notamment exclu la souffrance animale qui est un sujet que j’ai pris en charge aussi.

[précisant de manière très volontaire] J’y vais doucement, je suis pas aussi fort qu’eux, je pra… ma vie n’est pas une mise… euh… j’applique pas tout ce que je dis, hein, je continue à manger de la viande etc. »

Jean-Luc Mélenchon, on le savait, est vraiment près à tout. Mais il est vrai également que la tendance récente a permis, de par son flou général, que des gens parlent du véganisme… sans l’être.

Car tant qu’on n’est pas végan, on ne l’est pas ! C’est une vérité morale des plus élémentaires. Le véganisme est une pratique, soit on l’a soit on ne l’a pas, et on ne peut pas dire « c’est bien » sans l’appliquer, ou bien on ment.

Et on ment aux humains, mais surtout aux animaux dont on insulte la réalité…

Mais un autre aspect, très important, est qu’il est totalement idiot de faire des « vegans » en général des activistes politiques.

Eux-même le croient, ils pensent qu’un choix individuel est un symbole. Il est vrai que cela a une conséquence sociale et culturelle, mais il n’y a strictement rien de politique, c’est purement individuel.

Même les actions entreprises visent par ailleurs le plus souvent au pur symbolique sur le thème de la souffrance. Jean-Luc Mélenchon a tort : les vegans en général n’ont aucun projet et relèvent bien plus de la mode bobo, d’un repli chrétien, nullement d’un engagement positif.

C’est une sorte de vaine protestation middle class, quand ce n’est pas un appel libéral-libertaire le plus outrancier.

Voici un exemple significatif, tiré d’un article récent du Monde, Le militantisme « boule à facettes » :

« Ils auraient pu rester de simples clubbeurs, mais ces artistes se sont découvert l’âme citoyenne. Depuis, ils n’ont qu’une idée en tête : faire cohabiter business et engagement. (…)

Mieux valait le 4 mars, à la nuit tombée, ne pas essayer de commander un VTC dans Paris. Fashion week oblige, les oiseaux de nuit avaient préempté le parc automobile en quête d’after shows où finir la soirée, listant avec rigueur les fêtes où il faisait bon aller voir si l’on pouvait être vu. Ce soir-là, la tribu grunge de Vivienne Westwood a porté son choix sur La Mano. (…)

Est-ce pour son ambiance de taqueria mexicaine, ses appliques murales en forme de masques aztèques et ses cocktails au mezcal ? Ou son entrée dérobée (et sans enseigne) dans la petite rue Papillon du 9e arrondissement de Paris ? On parierait plutôt sur la philosophie « éthique » du lieu, qui n’a pu échapper à cette militante écolo-fashion dont les mannequins défilent vêtues de tenues recyclées. (…)

Ici, inutile de commander un Coca au bar. Les alcools y sont artisanaux, les produits aussi locaux que possible, et le menu vegan. On ne sait pas s’il s’agit d’une posture marketing, ou si les physionomistes appliquent réellement le règlement, mais la fourrure est, dit-on, refoulée à l’entrée. (…).

Aujourd’hui, il [le propriétaire] travaille sur un nouveau projet, qui devrait ouvrir dans les prochaines semaines. Nom de code : « Consulat II », en référence à son éphémère « Consulat I », laboratoire hybride qui s’est installé pendant un mois, en septembre 2016, dans l’ancien hôtel particulier de la Sacem rue Ballu, dans le 9e arrondissement.

L’idée ? Associer la nuit au milieu associatif.

Le rez-de-chaussée hébergeait des bureaux pour créatifs et un potager ; le premier étage, un espace de débat et de projections où l’on pouvait aussi bien assister à des discussions sur l’antispécisme qu’à une conférence sur le revenu de base, ou un débat sur la justice climatique.

De la gymnastique pour l’esprit que l’on pouvait compléter avec des cours de yoga ou des massages énergétiques au deuxième étage. »

L’article présente également une personne ayant ouvert un hôtel en banlieue parisienne, avec un restaurant « à 70 % végétarien » et un lieu dédié au start-up locales, avec « un immense portrait de Karl Marx [qui] domine la table de réunion ».

C’est un bel exemple de récupération, avec le véganisme et Karl Marx vidés de toute substance au profit de l’initiative individuelle, ce qui montre l’importance de la question du contenu, avec comme critère de la vérité la pratique !

« Pour sauver un paysan, mangez un végan »

La Coordination rurale est un des principaux syndicats agricoles ; nous en parlions récemment avec leur campagne contre la dénomination des simili-carnés, ou encore lorsque ces gens ont réalisé l’acte totalement barbare de pendre le cadavre d’une vache morte depuis trois semaines sur la façade d’une permanence d’un député, à à Avranches…

On est ici à un niveau très primitif et se sentant forcément galvanisée par la sordide campagne électorale du moment, la section du Lot-et-Garonne de la coordination rurale a décidé de faire des affiches au slogan « ravageur ».

« Pour sauver un paysan, mangez un végan » est à la fois provocateur et agressif, mais d’une certaine manière subtile, doublement subtile même.

Tout d’abord, il est parlé de « paysan », un terme bien plus sympathique que celui d’agriculteur, c’est-à-dire insistant sur la dimension du travail manuel et non sur le fait que les agriculteurs sont désormais de vrais capitalistes jouant au monopoly qu’est le capitalisme…

Ensuite, en assimilant tous les agriculteurs, y compris ceux qui ne travaillent pas dans le secteur de l’exploitation animale, avec ceux qui y travaillent…

Patrick Franken, président de la CR du Lot-et-Garonne a expliqué sur France-Bleu que :

« Il y a des végans qui s’opposent aux éleveurs au niveau des abattoirs.

Ça fait un moment qu’on avait envie de les interpeller et de faire naître le débat. (…)

Il n’y a pas une volonté d’en découdre avec les vegans, seulement de les interpeller.

Cette théorie qui veut que les humains soient l’égal de l’animal et inversement, ça c’est quelque chose qu’on ne peut pas accepter. »

On doit donc remarquer une autre subtilité, plus précisément un choix stratégique. Il s’agit pour la coordination rurale de faire tourner la question animale en conflit stérile éleveurs / vegans.

Une option qui a toute chance de marcher quand on voit que pour bon nombre de vegans, la question reste individuelle et existentielle, qu’il ne s’agit pas de convaincre le « peuple ».

Les institutions et les médias seraient alors une sorte de terrain neutre pour un « affrontement » entre éleveurs et vegans, ce qui ne rimerait à rien du tout…

D’où le besoin d’une utopie claire, lisible, avec des propositions. Sans cela, on se laisse piéger, ou on raconte n’importe quoi, comme par exemple la Fondation Brigitte Bardot, qui parlant de l’affiche de la coordination rurale, a tweeté :

Nul : la Coordination rurale invite à manger du #vegan. Pour sauver un paysan, il vaudrait mieux dissoudre la @FNSEA

La FNSEA représente effectivement les intérêts des gros éleveurs, mais en quoi y aurait-il une différence de fond, de notre point de vue, avec les petits éleveurs?

Petits éleveurs dont le rêve, on le sait, est de devenir grands…

Puis, de toutes manières, vu le niveau de provocation, était-ce le moment de dénoncer la FNSEA?

Il faut savoir assumer les conflits, quand on assume une grande cause!

« Sans supplémentation et savants calculs, le végétalisme conduit à la mort »

Philippe Legrand est Directeur du laboratoire Biochimie Nutrition Humaine à l’Agrocampus-INRA de Rennes, il est également Expert Anses (Agence Nationale Sécurité Sanitaire Alimentaire Nationale).

Autant dire qu’il relève du plus haut niveau de ce que la « science » peut proposer. Et on sait comment la science se prétend neutre, au-delà des préjugés idéologiques.

Aussi, le Journal du Paysan Breton qui reprend ses propos, souligne que ce professeur « a apporté un regard purement scientifique dans ce débat virulent ».

Pourtant, la présentation de l’article est d’une virulence relevant de l’aberration pure et simple :

Sans supplémentation et savants calculs, le végétalisme conduit à la mort. Manger de tout en quantité raisonnable est l’option qui présente le moins de risques pour bien grandir d’abord, et bien vieillir ensuite.

Citons quelques exemples de la prose de Philippe Legrand mise en avant :

« Les végétaliens, qui excluent de leur alimentation tous les produits animaux, se mettent en danger. Pour les enfants, les adolescents et les personnes âgées, c’est une prise de risque insensée »

« Les végétaliens doivent obligatoirement être complémentés. Sinon, c’est la mort. Ils doivent donc leur survie à la chimie. Le comble, c’est que ces suppléments sont produits par des levures souvent OGM… ».

« Il y a eu des cas d’enfants en dénutrition avancée, et des morts liées à ce type de régime. Nous devons agir suffisamment tôt pour résoudre ce problème qui survient pourtant au sein des classes sociales les plus élevées. »

« Un végétalien motivé peut réussir à vivre, mais il devra trouver les plantes capables d’équilibrer son menu et faire des calculs savants. »

Le Journal du Paysan Breton ajoute une précision à la dernière citation :

« Sans compter qu’il lui sera très difficile de bien vieillir. »

Tout cela a un nom : la propagande.  Ce qui prétend relever de la science n’est ici que le reflet d’intérêts économiques bien particuliers.

Cela ne sert à rien de donner des exemples de multiples athlètes de haut niveau qui sont végétaliens, de donner des exemples d’enfants, d’adolescents, d’adultes jeunes ou âgés : on fait face ici à un discours institutionnel, enferré dans une liaison complète, organique, avec l’industrie.

Les gens menant cette propagande ne pourront jamais être convaincus : ils ne peuvent qu’être mis de côté.

Et les mettre de côté signifie passer par une révolution, car ces gens n’accepteront jamais d’eux-même d’être mis de côté, pas plus que l’exploitation animale n’acceptera d’être mise de côté.

Prenons l’exemple des Etats-Unis, qui depuis 2006 ont la loi appelée « Animal Enterprise Terrorism Act », interdisant toute tentative de porter dommage ou d’interférer avec les opérations d’une entreprise utilisant des animaux.

Cela signifie en pratique que toute campagne contre une entreprise, même légale, se heurte à l’AETA. Toute campagne pourrait être considérée comme relevant d’une « conspiration » et assimilée à d’autres actions elles interdites.

Le problème n’est pas « psychologique », ni « culturel », comme le pense « l’antispécisme », même si bien entendu c’est important. Le problème est économique et idéologique, il y a une base matérielle énorme, avec des profits gigantesques, des soutiens aux proportions énormes dans l’Etat, le monde politique.

Ne pas voir cela, c’est soit de la naïveté, soit du mensonge. Prétendre qu’on peut changer les choses sans se demander ce qu’on va faire des grandes entreprises de l’agro-alimentaires est absurde.

A moins bien entendu que le discours sur les animaux se cantonne aux animaux « de ferme » et n’ait finalement comme projet qu’un mode de vie bobo, des places dans les universités, la formation d’un marché captif pour un petit commerce pseudo-alternatif…

Le véganisme pour les animaux ou avec les animaux ?

Devenir vegan pour les animaux revient malheureusement le plus souvent à dire vegan sans les animaux. En effet, il s’agit d’un refus de participer à l’exploitation animale, mais cela s’arrête là.

Il n’y a pas de considération sur la destruction du vivant à l’échelle planétaire, la compassion ne va pas jusqu’à l’amour.

Quiconque s’est occupé d’animaux de manière un tant soit peu prolongée connaît la problématique de l’animal vieux ou malade, demandant énormément d’attention et de soins.

Cela exige une très grande discipline, une abnégation complète, comme par exemple lorsqu’il faut se lever toutes les deux heures pour nourrir quelqu’un.

Pourtant, si l’on regarde de ce côté là, on voit que des gens non végans le font parfois, et même que les gens dans les refuges qui sont parmi les plus actifs ne sont pas du tout végans.

Alors, qui faut-il considérer comme le plus avancé ? Les vegans qui rejettent les animaux avec l’exploitation animale, ou bien les gens acceptant l’exploitation animale mais se tournant vers les animaux ?

On aurait tort de ne pas voir la portée gigantesque du choix qui doit être fait ici. Car il y a parfois bien plus de véganisme, comme objectif universel, dans une personne aidant les oiseaux en hiver que chez une personne cherchant une attitude existentialiste de refus de la « dureté » du monde.

Le véganisme qui est à la mode chez les bobos, dont il est parlé dans tous les journaux et les revues, avec une certaine bienveillance, ce n’est ainsi pas dans l’ordre des choses. C’est qu’il y a un problème de fond, qu’il s’agit d’un véganisme acceptable, ne posant pas problème.

Car le problème que pose le véganisme « pour les animaux » mais sans eux, c’est un problème intellectuel à prétention moralisante, qui amène une discussion marginale, un commerce nouveau qui tourne, mais sans dimension réellement universelle, subversive.

Le véganisme avec les animaux pose lui par contre un véritable problème, parce qu’il pose le problème non pas de l’attitude des êtres humains par rapport aux animaux dans un cadre uniquement anthropocentriste, mais du rapport de l’humanité à la Nature dans sa totalité.

Cette question de la totalité est honteusement « oubliée » par des gens pour qui le véganisme relève d’un simple choix individuel, un peu comme une sorte de conversion morale dans un sens religieux personnel.

Mais les individus ne sont pas le fond du problème, la base de la question. C’est la protection de la planète et de tous les êtres vivants qui est en jeu. La planète connaît de terribles destructions, chaque jour les animaux sauvages sont des victimes de la destruction de leur milieu, d’offensives industrielles ou artisanales à leur encontre.

Vu ainsi, on pourrait dire que même si le véganisme réussissait (ce que nous ne croyons pas) à s’imposer de manière institutionnelle, réformiste dans la société humaine, le temps que cela arrive il n’y aurait plus de Nature, plus d’animaux sauvages.

A cela s’ajoute le réchauffement climatique. C’est une question universelle, d’une importance capitale. Pourquoi cette donnée n’existe-t-elle pas dans le véganisme « pour les animaux » mais sans eux ? Justement en raison du refus de l’universel.

Force est de constater d’ailleurs que la question de fond, c’est celle-là : soit le véganisme est une démarche individuelle, relevant d’une dimension personnelle, d’un choix à portée morale. C’est alors un aboutissement intime, du domaine du privé.

Soit le véganisme est un point de départ, une démarche qui a une portée universelle, une dimension collective touchant tous les aspects de la vie. C’est alors une volonté de compassion universelle qui exigerait de réaliser, d’une certaine manière, l’utopie qu’espérait l’hindouisme et le bouddhisme dans leur aspect moral, tout comme d’ailleurs finalement la plupart des religions.

C’est réaliser le paradis, considérer l’Éden comme devant nous et non pas derrière nous. C’est possible : un rapport universel entièrement différent de l’humanité à la Nature est possible, tout le monde le sait.

Et soit cette révolution complète arrive, soit l’humanité ne peut voir que sa civilisation s’autodétruire, provoquant des dégâts profonds et terribles dans la Nature.

Tibo in shape : « je deviens vegan pendant 1 mois!! (avant après) »

« Tibo in shape » est un « youtubeur » très connu, dont  les vidéos sont  vues souvent  à un million d’exemplaires. Sa dernière vidéo atteint justement 1,3 millions de vues en 24 heures et s’intitule  « je deviens vegan  pendant 1 mois!! (avant après) ».

Voici la vidéo, avec quelques précisions avant de la regarder. La posture de Tibo sur youtube  est celle du costaud sympa qui joue à l’idiot.

Il combine cela avec une certaine attitude beauf pour être accessible et faire passer des conseils pour être « énorme et sec ».

Naturellement, les problèmes dans ce qu’il raconte sont innombrables. Déjà, bien sûr, il n’y a rien de vegan ici : il s’agit de végétalisme.

S’il affirme qu’on peut très bien devenir musclé tout en étant vegan (en fait végétalien), il ne peut s’empêcher tout le temps de dire que la viande lui manque, et il conclut en expliquant que chacun fait comme il veut pour son régime alimentaire.

C’est là la logique du consensus, qu’on trouve chez un youtubeur comme Norman ou un homme politique comme Macron, et qui relativise absolument tout, afin de ne froisser personne et d’être conforme au libéralisme.

Alors on peut voir l’aspect positif : sur le plan de l’énergie, on peut tout à fait être vegan. Tibo in shape l’assume, il n’a pas de position passéiste là-dessus et il l’assume.

Mais, imaginons que cela ne soit pas vrai : qu’est-ce que cela changerait ? Car le véganisme raisonne en termes de morale.

L’important c’est bien entendu d’être en bonne santé, donc d’être sportif relativement, tout comme d’ailleurs de manger des choses bonnes.

Toutefois la focalisation obsessionnelle sur les bons petits plats ou le sport témoignent d’un décalage complet par rapport à la morale.

Autrement dit, et c’est notre accusation envers le « véganisme » à la mode actuellement : c’est un « véganisme » sans animaux, sans amour des animaux, sans défense de la Nature, où les animaux sont en fait les objets d’un refus existentialiste de ce qui se passe dans le monde.

Cela se réduit à une mode bobo, d’où la vidéo de Tibo in shape qui tente de surfer là-dessus pour promouvoir ses vidéos. Le végétalisme n’est qu’un prétexte à une « expérience » personnelle pour une vidéo ; il n’y a aucun contenu.

D’ailleurs la course effrénée à « l’énorme et sec » relève d’une idéologie d’apparence et de consommation typique de ces dernières années, qui ne raisonne pas du tout en termes de morale, de réflexion.

Cela participe au chacun pour soi, au culte de l’image de soi et les salles de sport pullulent de ce fait ces derniers temps, tout comme les magasins de protéines.

Il faudrait gonfler, toujours plus gonfler et il n’est pas bien difficile de voir que cela relève d’une idéologie patriarcale tout à fait caricaturale, dont relève Tibo in shape dans ses autres vidéos.

Tout cela n’a vraiment rien de naturel !

Les mauvais exemples de San Francisco et de l’Arabie Saoudite

Le véganisme est ou bien pour tout le monde, ou bien pour personne. C’est un mode de vie qui s’inscrit dans la tradition humaniste et qui veut une humanité meilleure.

Faut-il alors se satisfaire du fait que le Conseil des Autorités de Surveillance de San Francisco vient de voter à l’unanimité l’interdiction « aux magasins d’animaux de compagnie de vendre des chiens ou des chats non obtenus auprès des organisations de sauvetage d’animaux ou des refuges » ?

Parce que l’image d’Epinal de la San Francisco « alternative » n’existe plus depuis longtemps. C’est une ville monstrueusement chère, avec une élite très riche « branchée » (et donc pas avec Trump), et même une place-forte de la finance mondiale.

Avec la loi sur les refuges, on est dans le charity-business, exactement comme avec le prince saoudien Khaled bin Alwaleed.

Son père n’est pas moins que la 20e fortune mondiale, avec environ 26 milliards de dollars ; lui-même a grandi dans un palais qui vaut 136 millions de dollars.

Et on devrait se satisfaire qu’il soit végétalien ?  Et même s’imaginer, comme le fait le magazine en ligne Vegactu, que « Devenu vegan, le prince saoudien Khaled bin Alwaleed est en train de métamorphoser son pays » ?

Ou encore qu’ « une génération progressiste monte ainsi en puissance en Arabie Saoudite » ?

Parce qu’on parle tout de même de l’Arabie Saoudite, un pays connu pour ses mœurs particulièrement arriérées… La religion y domine entièrement, il n’y a même pas de constitution, la monarchie appliquant le Coran au pied de la lettre, sous la forme dite islamique « wahabite », avec un prosélytisme effréné dans tous les pays du monde à coups de petro-dollars.

En Arabie Saoudite, on décapite au sabre, on lapide, etc., la monarchie est tellement consanguine que les problèmes de santé sont massifs dans la tribu royale, les femmes n’ont aucun droit, les travailleurs non plus, bref on l’a compris il n’y a rien de positif et la liste est sans fin.

Et sous prétexte qu’un prince devient végétalien et parle d’écologie, afin de préparer son pays et son argent au business de demain, on devrait être content ?

C’est tout simplement ridicule et c’est une question de choix à faire ici. Soit on considère le véganisme comme une sorte de cerise sur le gâteau et on se satisfait de tout et n’importe quoi, en s’imaginant qu’on vit dans un monde sans queue ni tête où de toutes façons, rien n’est clair.

Soit on reconnaît qu’il y a une réalité sociale et à ce moment-là on l’admet dans sa démarche. Et on choisit son camp : soit un véganisme pour bobos et millionnaires, soit une démarche populaire avec un véritable fond : l’amour pour les animaux.

Décès de Tom Regan

Les années 1970 ont donné deux formes particulières de position en faveur des animaux : d’un côté, l’appel à la libération animale, avec une démarche révolutionnaire dont l’une des expressions les plus connues est l’ALF.

Ici, on est dans une perspective universaliste, avec d’ailleurs un élargissement de la question animale à la défense de la Nature en général.

De l’autre, une flopée de théoriciens du droit s’intégrant entièrement dans les institutions, à travers les universités américaines.

Tom Regan, dont on vient d’annoncer le décès, était l’un d’entre eux. Il fait partie, comme Gary Francione, du courant dit « abolitionniste », qui rejette à la fois les réformes du « bien-être animal » mais également l’option révolutionnaire et l’ALF en particulier.

C’est-à-dire que, contrairement aux formes militantes (dans un sens réformiste ou révolutionnaire), Tom Regan s’inscrit dans le courant moraliste – juridique, dont les universités sont le centre névralgique.

Tom Regan défend le véganisme, qu’il considère comme nécessaire. Mais il s’appuie pour cela non pas sur l’universalisme (comme nous le faisons sur LTD), mais sur le particularisme.

Autrement dit, il ne défend ainsi pas les animaux au sens large, mais en fait chaque animal, au sens où chaque être vivant a une « valeur inhérente » en tant qu’individu.

Obligé bien entendu de trouver la base d’une telle valeur, Tom Regan considère qu’il s’agit de la psychologie, puisqu’il s’agit d’un aspect « individuel » par excellence.

Ce qui aboutit au rejet de concept de Nature au profit d’une lecture individualiste, qui exclut de ce fait les végétaux, mais également toute une série d’animaux n’ayant pas un profil « individuel » compatible avec la définition…

Voici un passage de ce que dit Tom Regan concernant cet aspect :

« Nous n’avons aucune raison, et encore moins de raison scientifique, de croire que les carottes et les tomates, par exemple, apportent au monde une présence psychologique.

Comme toutes les autres plantes, les carottes et les tomates ne possèdent rien qui ressemble à un cerveau ou à un système nerveux central.

Parce qu’ils sont déficients sous ce rapport, il n’y a aucune raison de voir les plantes comme des êtres psychologiques, ayant la capacité de ressentir le plaisir et la douleur, par exemple.

C’est pour ces raisons que l’on peut rationnellement affirmer les droits des animaux et les nier dans le cas des plantes. (…)

Il n’est souvent pas facile de savoir où «tracer la limite».

Par exemple, nous ne pouvons dire exactement quel âge doit avoir une personne pour qu’elle soit vieille, ni quelle taille elle doit avoir pour être grande.

Néanmoins, nous pouvons dire avec certitude qu’une personne de quatre vingt huit ans est vieille, et que quelqu’un qui mesure deux mètres est grand.

De même, nous ne pouvons dire exactement où placer la limite quand il s’agit de dire quels animaux ont une psychologie.

Mais nous pouvons dire avec certitude absolue, où que l’on trace cette limite sur des bases scientifiques, que les primates et les rongeurs se trouvent d’un côté, celui des êtres psychologiques et que les limaces et les amibes se trouvent de l’autre, ce qui ne signifie pas que nous pouvons les détruire à la légère. »

Cette histoire de « limites » pour délimiter des individus à qui on doit par conséquent décerner un droit individuel ne saurait aller dans le bon sens.

La question de fond est celle de la vie elle-même, pas des individus. C’est une question d’approche générale de l’humanité dans son rapport à la Nature, pas simplement une question de choix de rapports précis avec certaines espèces en particulier.

En niant la question universelle, Tom Regan a participé au développement de tout un courant intellectualiste grand-bourgeois, universitaire (ou aussi journalistique comme avec Aymeric Caron), protestataire médiatique d’une certaine manière aussi.

Un courant qui rejette totalement la critique des institutions, pour s’inscrire en elles, sous prétexte qu’elles seraient démocratiques, alors que c’est tout de même le b-a-ba de toute personne comprenant ce qu’est le capitalisme que de voir que non…

D’où le soutien par les institutions de cette critique à la fois institutionnelle et purement juridique, avec la morale comme prétexte à la marche dans les institutions (pour mieux se faire intégrer).

Voici par exemple, le parcours institutionnel de Tom Regan, à quoi il faudrait ajouter une centaine de conférences universitaires à travers le monde.

Expérience professionnelle

1965-1967. Instructeur, puis maître assistant en philosophie, Sweet Briar College
1967-1972. Maître assistant en philosophie, université d’Etat de Caroline du Nord
1972-1978. Maître de conférences en philosophie, université d’Etat de Caroline du Nord
1978-2001. Professeur de philosophie, université d’Etat de Caroline du Nord
1995-1996. Directeur par interim du département Philosophie & Religion, université d’Etat de Caroline du Nord
1996-1999. Directeur du département Philosophie & Religion, université d’Etat de Caroline du Nord
2000-2013. Professeur émérite, université d’Etat de Caroline du Nord
Postes de professeur associé

Assistant, Oxford University, été 1973, en collaboration avec l’université d’Etat de Caroline du Nord – Asheville.
Chercheur et professeur invité, université de Calgary, été 1977.
Professeur invité de Philosophie, Brooklyn College, automne 1982.
Professeur invité, Center for the Study of Theology, université d’Essex (Angleterre), été 1988.
Professeur distingué McAndless, université de l’Eastern Michigan, automne 1996.
Distinguished Visiting Scholar, université de Massey (Nouvelle Zélande), automne 1997.

Tom Regan est quelqu’un qui accepte totalement le système américain auquel il participe. Il se veut quelqu’un opposé au racisme, au sexisme, appelant à la solidarité sociale, mais il ne rompt nullement avec l’individualisme.

Il est donc parfaitement acceptable, puisqu’il nie l’universalisme…

Il est donc possible, par exemple pour la Fondation Brigitte Bardot, de le mettre en avant.

Le passage comme quoi l’analyse de Tom Regan est « la plus impressionnante et approfondie jamais produite » ne tient pas debout une seconde : sa prose est illisible, avec un verbiage juridique typiquement insupportable.

Il a par ailleurs été publié pour la première fois en France en 2013 et on voit mal les gens de la Fondation Brigitte Bardot le lire, d’autant plus qu’elle ne se veut pas végan (même si elle a put faire des t-shirts prétendant le contraire, pour le prestige).

C’est là l’avantage des « intellectuels »: on peut toujours les récupérer puisque leur discours juridique et universitaire n’amène à aucun positionnement. Ils sont utilisables à tort et à travers, ne faisant qu’apporter à la confusion et à la négation de l’universalisme.

Le véganisme : « déviance alimentaire mortifère » ou esprit révolutionnaire?

Il y a eu une tribune publiée hier sur Le Figaro et ayant comme titre « Mode vegan : épargnons nos enfants ! », écrite par Patrick Tounian, Professeur de Pédiatrie, Chef du service de nutrition et gastroentérologie pédiatriques à l’Hôpital Trousseau à Paris.

Patrick Tounian reprend les arguments classiquement délirants faisant des vegans des gens qui donneraient juste du lait végétal aux enfants, les privant de croissance, abîmant leur santé et mettant leur vie en danger.

Son discours est véhément, faisant des partisans du véganisme des dégénérés ayant ici une « méfiance paranoïaque envers le lait ». Bref le véganisme serait une pathologie mentale, ni plus ni moins, une « déviance alimentaire mortifère ».

Cela n’a rien d’original et c’est très peu intéressant, surtout qu’il défend les industriels qui seraient sincères, honnêtes, en quête de vraies informations scientifiques, etc. C’est ridicule et cette personne est une caricature des années 1960.

Cependant, voici un passage à prétention scientifique qui est intéressant, non pas en ce qu’il dit qui est faux, mais parce qu’il indique le fond du problème.

« Mais pourquoi un tel engouement pour le végétalisme? La défense de la cause animale reste la principale motivation. Nul ne peut nier que l’exploitation des bêtes dans le but de nourrir les humains puisse choquer.

Même si nous savons que ces animaux ne seraient pas conçus s’ils n’étaient pas destinés à être consommés, l’issue funeste qui les attend peut être difficile à supporter.

Mais tous les scientifiques sans exception sont unanimes pour admettre que l’absence de produits carnés, de poissons ou de lait accroît considérablement les risques de carences nutritionnelles, et ceci depuis des millénaires.

N’oublions pas que c’est l’adjonction régulière de viande à un régime essentiellement végétalien qui a catalysé l’hominisation des primates, notamment en développant leur cerveau, et permis ainsi aux Homo sapiens que nous sommes de dominer la planète. »

Ce passage est très important, car il montre que la grande peur de ces gens, c’est que l’engagement débouche sur un changement historique. Osons le mot « révolution », car c’est de cela dont il s’agit.

D’où le discours comme quoi il y aurait une continuité alimentaire « depuis des millénaires », voire même depuis les tous débuts de l’humanité. Comme s’il n’y avait eu aucun changement, comme si on mangeait la même chose qu’il y a cinquante ans, 250 ans, 1000 ans ou 10 000 ans…

D’où le discours conquérant : être heureux que l’humanité soit en mesure de « dominer la planète » en 2017 relève d’un unilatéralisme qui n’est même pas un soutien béat à la destruction générale de la planète, mais d’une mauvaise foi complète.

D’ailleurs, on se doute que quand cette personne parle de carences, elle prend comme critères ce qui est donné par les industriels. Précisons d’ailleurs ce qu’on peut lire au sujet de Patrick Tounian sur le quotidien du médecin publiant un de ces articles :

Lien d’intérêt du Pr Patrick Tounian : Blédina, Nestlé, Mead Johnson, Novalac, Carrefour

C’est sûr que vu comme cela, on a tout compris…

Car il n’y a pas de point de vue neutre. Il s’agit de transformer l’humanité : le véganisme n’est pas un raisonnement individuel, c’est une tendance historique, qu’on ne peut comprendre que si on prend en compte le rapport à la Nature, et donc la reconnaissance de la Nature.

Soit les choses sont immuables et ce docteur a raison, soit elles changent, car tout change, et l’humanité a avancé à un point où elle doit faire un choix : celui de l’égoïsme forcené et de l’anthropocentrisme, qui ne peut amener que sa destruction, ou bien celui de la reconnaissance de la vie organisée à l’échelle planétaire.

Il faut saisir la dimension de l’enjeu qui se pose au 21e siècle…

Morgane Enselme : un exemple de capitulation bobo dans le véganisme

Le véganisme donnerait des maux de ventre… et ne plus être végan est une « délivrance » ! Ce sont les propos totalement aberrants et ridicules de Morgane Enselme, qui a participé à Secret Story et qui donne un exemple assez sévère de niaiserie.

Comme si l’alimentation végane n’était pas tellement infiniment variée qu’il serait possible, si c’était le cas, d’entièrement changer ce qu’on mange tout en restant végan…

Comment peut-on tomber aussi bas scientifiquement (ou si haut dans la mauvaise foi) pour prétendre qu’il faudrait manger de la viande ou du fromage ou encore des oeufs pour ne pas avoir de ballonnements ?

On a ici un exemple de mensonge, d’hypocrisie puisqu’en même temps elle prétend encore défendre les animaux, avoir le même niveau de révolte en faveur des animaux que le véganisme…

Expliquant même que le végétarisme n’est pas cohérent, alors qu’elle ne l’est même pas elle-même non plus. Quelle honte !

Pour cette raison, ce contre-exemple mérite l’attention ; sa vidéo, vue par pratiquement 500 000 personnes depuis la mi-novembre, vaut certainement le coup. C’est un exemple de capitulation bobo.

Des gens comme Morgane Enselme, il y en a eu et il y en aura. Car si la base du véganisme est incorrecte, si culturellement il y a corruption par les valeurs dominantes, alors tout s’effondrera inévitablement.

Les gens qui ne veulent pas trancher par confort, qui vivent dans le conformisme petit-bourgeois, qui profitent des effets de mode, qui n’aiment pas les animaux au fond mais simplement culpabilisent… ne sont pas des gens de confiance.

Le véganisme est tellement fort qu’il peut marquer n’importe quel esprit, mais il ne faut pas se leurrer : qu’attendre de quelqu’un comme Morgane Enselme qui passe à Secret Story et qui racole avec comme secret que son père est transsexuel ?

Le véganisme ne peut aller de pair qu’avec l’universalisme et non le relativisme, la libération animale et non la célébration de la jeune urbaine bobo fière de mettre ses cosmétiques et ses recettes sur instagram.

Le véganisme est une démarche stricte, imposant une délimitation stricte avec le conservatisme, le conformisme. Comme cela dérange les bobos dans leur vie quotidienne, ils sont prêts à inventer tout et n’importe quoi.

Ils seraient individuellement différents, ou bien il ne faudrait pas être extrême. Il faudrait surtout être antispéciste, ou bien flexitarien, etc.

Est-ce que cela veut dire que la vague « vegan » bobo est en train de passer, parallèlement à la tentative de l’industrie de promouvoir certains produits végétaliens dans la grande distribution ? C’est tout à fait possible et les prochains mois montreront ce qu’il en est.

Dans tous les cas, le véganisme à la mode, bobo, hipster, ne pourra de toutes manières pas tenir longtemps.

Le véganisme accaparé par la grande distribution et les grandes marques

Puisque nous parlons intégration du véganisme dans l’économie, jetons un oeil sur un avis sérieux à ce sujet. Les Échos sont un média sérieux, c’est en quelque sorte le journal qui représente Fillon et Macron.

Qu’est-il pensé du véganisme ? On trouve à ce sujet un article dans la section « business », intitulé « Les marques s’engouffrent dans le végan ».

L’article donne une définition et quatre tendances commerciales qui joueront en 2017.

Quelle est la définition du véganisme ? Voici ce que cela donne :

Le véganisme est le mode de vie qui cherche à exclure toute forme d’exploitation des animaux, que ce soit pour se nourrir, pour s’habiller ou pour tout autre but. C’est l’expression actualisée de la mode végétarienne des années 1970.

Cette idéologie a été portée à l’origine par des communautés militantes, les « veggies » ou plus familièrement « VG »… Le véganisme a ensuite été récupéré par les bobos qui en ont fait une mode via le bio.

Le véganisme est présenté comme le prolongement du végétarisme, une sorte de mouvement hippie engagé, qui aurait été récupéré par les bobos via le bio.

C’est bien entendu tout à fait partiel, cela concerne le véganisme à la L214 uniquement. Mais c’est très bien vu, de ce point de vue.

Il y a bien un « végéta*isme », pour reprendre l’affreux concept de la « veggie pride », qui a fusionné avec les bobos, pour donner un mode de vie tout à fait intégré dans le capitalisme, comme « style » de centre-ville bourgeois bohème.

C’est donc un marché à prendre et Les Échos nous parlent de quatre tendances.

Il y a déjà la formation de centaines de marques, mais, est-il précisé, « moins d’une dizaine s’imposeront dans la prochaine décennie ».

En clair, des gens qui veulent faire du business tentent de faire des affaires, mais peu réussiront.

A cela s’ajoute, comme constaté dans notre article sur les supermarchés allemands Veganz, la « récupération rapide des distributeurs ».

S’il y a achats et ventes, les grands commerçants en place ne comptent pas rater l’occasion.

C’est valable pour les marques bios, présentées par Les Echos comme « historiques et très légitimes », mentionnant Soy, Céréal, Bjorg, Sojasun.

C’est aussi valable pour les « marques industrielles » : Les Echos mentionnent Herta, Fleury Michon, mais émettant un doute sur la capacité de Bigard ou Charal à le faire.

Cette tendance est bien vue, naturellement et elle aura une conséquence culturelle extrêmement grave pour le véganisme.

Le véganisme va se réduire à une consommation, au même titre que le très à la mode « sans gluten ». Le véganisme sera non pas un acte conscient et actif, mais une consommation individuelle purement passive.

Le véganisme sera réduit à un 1% de consommation différente dans le capitalisme en général, une sorte de version bobo du halal ou du cacher.

La dimension révolutionnaire sur le plan moral du véganisme va être mis à mal, dans la mesure où le système proposera des produits végans et donc prétendra être capable de changer… si les gens le veulent, par la consommation, sans révolution, sans bataille contre l’exploitation animale.

Si l’on veut aller plus loin dans l’analyse, mais cela ne se vérifiera que dans dix ans, on peut même dire : toute la mouvance de L214 au sens très large n’a été que l’avant-garde de la naissance d’un nouveau marché capitaliste.

De toutes manières, c’est comme cela que les gens le voient et à un véganisme bobo leur semblant une lubie, ils préfèrent Marine Le Pen et son refus de la mondialisation.

Mais rien n’est perdu : un véganisme populaire est encore possible, portant une utopie concrète, dans la reconnaissance de la planète comme notre « mère ».

Cependant, après les bobos, il va falloir tenir le coup face à la vague industrielle…

La « faillite » de Veganz

L’entreprise Veganz, chaîne allemande de supermarchés vegans, est en faillite, en apparence. Les choses sont un peu plus compliquées que cela et voyons ce qu’il en est.

Il existe aujourd’hui huit supermarchés vegans Veganz : à Berlin (où il y en a trois), Leipzig, Hambourg, Essen, Cologne, à quoi s’ajoutent Prague et Vienne.

Plusieurs ont déjà fermé, comme celui de Munich il y a six mois ou encore de Francfort la semaine dernière, et sur les huit supermarchés n’en subsisteront plus que quatre. Le projet d’en ouvrir un à Portland, dans l’Oregon, la fameuse ville « alternative » aux Etats-Unis, a été repoussé.

Car le problème est le suivant : les supermarchés traditionnels proposent de plus en plus de produits vegans. En Allemagne et en Autriche, les restaurants tout comme les supermarchés ne peuvent pas ne pas proposer du vegan, c’est impossible.

Veganz le sait bien et cesse donc son projet d’ouvrir 60 supermarchés en Europe. Il n’y aura pas de Veganz en France…

Et, dans ce cadre, Veganz a en fait organisé sa propre faillite des supermarchés, afin de se concentrer sur la production de ses gammes de produits et la distribution de ceux-ci.

L’entreprise d’investissement vegan allemande Katjesgreenfood a dans la foulée renforcé sa position dans Veganz, passant de 5 % à 11 %.

Il est bien plus intéressant pour Veganz, d’un point de vue économique, de passer par des supermarchés traditionnels comme par exemple Edeka, leader en Allemagne, Kaufland, Netto, Müller ou encore Spar en Autriche.

Pourquoi s’ennuyer avec des supermarchés, si les profits peuvent être élargis à ceux d’un pays tout entier ?

Surtout que les supemarchés vegans dépendent d’une tendance.

Berlin et Vienne sont des villes où il existe une très forte scène alternative, avec une extrême-gauche très forte ne concevant pas que le véganisme ne soit pas une valeur reconnue.

Mais ce n’est pas le cas à Francfort, où Veganz vient de fermer. Dans cette ville le Café Edelkiosk qui avait ouvert en 2012 a fermé en novembre 2016, au même moment que le Wondergood. Le Café Extravegant et le bistro vegan d’une boucherie bio n’ont tenu que quelques mois en 2015.

Une ville comme Vienne peut avoir deux supermarchés vegans (Veganz et Maran Vegan), Berlin trois Veganz, mais ailleurs c’est un problème car la masse critique n’est pas atteinte et n’est pas prête de l’être si les supermarchés distribuent du vegan…

A Francfort, à deux pas de Veganz on trouvait ainsi plusieurs DM, qui distribuent des produits Veganz, par exemple.

Or, on sait bien que le capitalisme rime avec produire toujours plus. Comme Veganz espérait gagner l’année dernière 80 millions et n’en a eu que 56 (contre 25 il y a deux ans), le projet d’accumulation ne marche pas, donc les magasins rentables… ferment.

Car Veganz n’est pas un projet militant pour agglomérer les 900 000 végétaliens en Allemagne, mais une entreprise comme une autre…

Bien sûr, son facebook contient de nombreuses images pro-animaux. Mais ce n’est pas pour autant que Veganz se sent lié ou dépendant d’un mouvement : l’entreprise a ses propres priorités.

C’est en tout cas historique et cela montre bien une chose : le véganisme n’existe dans le cadre de cette société que comme petite minorité intégrée à la vaste tendance dominante de l’exploitation animale.

Si Herta et Fleury Michon se mettent au végétal, c’est pour s’occuper également de cette « niche », cette part de marché.

C’est bien la preuve que le véganisme n’existe que comme forme universelle et antagonique aux valeurs de cette société : quel est le sens d’un véganisme réduit à une consommation de produits d’un rayon au milieu de produits fondés sur l’exploitation animale ?

Cela peut satisfaire sa consommation personnelle, mais c’est bien tout sauf révolutionnaire.