• Le bac français 2018 sur les animaux

Le bac français 2018 sur les animaux

LTD a eu davantage de visites hier, et pour cause : l’article “Bêtes” écrit par Voltaire pour le Dictionnaire philosophique était au programme du bac français hier.

Et pour cause, le thème du bac français dépend toujours d’un “objet d’étude”, cette année ce fut “La question de l’Homme dans les genres de l’argumentation du XVIe siècle à nos jours”, au sujet des animaux.

C’est une information importante, mais il ne faut pas s’emballer pour autant… L’humanité ne doit pas se poser la question des animaux : elle doit y répondre. Que le bac français de cette année soit consacré aux animaux est une bonne chose, mais ce n’est que le reflet d’une inévitable évolution, pas d’un choix conscient.

Les professeurs de français ne promeuvent pas le véganisme et le fait que le thème des animaux soit au bac témoigne même d’une intégration, finalement vaguement humaniste, de ce thème par les institutions, sans que pour autant rien ne change fondamentalement.

D’ailleurs, le thème, ce n’est pas exactement les animaux, mais la cruauté humaine envers les animaux, voire l’anthropocentrisme, ce qui pour le coup est plutôt bien.

Les quatre oeuvres furent les suivantes :

Texte A : Montaigne, Essais, livre II, chapitre 11 « De la cruauté », (1580-1588), adapté en français moderne par André Lanly
Texte B : Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, préface (1754)
Texte C : Voltaire, Dictionnaire philosophique, article « BÊTES » (1764)
Texte D : Marguerite Yourcenar, Le Temps, ce grand sculpteur, « Qui sait si l’âme des bêtes va en bas ? » (1983)

Si la dissertation est plus générale, l’écriture d’invention proposait directement de s’engager sur la question animale. Le corpus où l’on compare les textes exigeait pareillement d’affronter la question.

Le commentaire portait quant à lui sur l’articles Bêtes de Voltaire, ce qui obligeait donc aussi à connaître son argumentation remettant en cause la vision mécaniste de Descartes pour qui les animaux sont des machines.

ÉCRITURE
I – Vous répondrez d’abord à la question suivante (4 points) :
Quels comportements humains les auteurs du corpus dénoncent-ils ?

II – Vous traiterez ensuite, au choix, l’un des sujets suivants (16 points) :

1- Commentaire :
Vous commenterez l’article « BÊTES » extrait du Dictionnaire philosophique (1764) de Voltaire (texte C).

2- Dissertation :
La littérature vous semble-t-elle un moyen efficace pour émouvoir le lecteur et pour dénoncer les cruautés commises par les hommes ?
Vous appuierez votre réflexion sur les textes du corpus, sur les oeuvres que vous avez étudiées en classe et sur vos lectures personnelles.

3- Invention
Vous êtes journaliste et vous cherchez à montrer qu’il est nécessaire de promulguer la « Déclaration des droits de l’animal ». Vous écrivez un article de presse d’au moins cinquante lignes, reprenant les caractéristiques du texte de Marguerite Yourcenar (texte D), et présentant des arguments variés sur un ton polémique.

Voici également le texte D, intéressant à connaître puisque l’écriture d’invention demandait de le reprendre quant à l’approche. En apparence, on peut l’imaginer engagé ; en réalité, c’est juste une posture existentialiste. A la même époque, il y a l’ALF en Grande-Bretagne avec des dizaines de libération d’animaux par jour…

Texte D : Marguerite Yourcenar,Le Temps, ce grand sculpteur, « Qui sait si l’âme des bêtes va en bas ? » (1983)

Dans l’état présent de la question, à une époque où nos abus s’aggravent sur ce point comme sur tant d’autres, on peut se demander si une Déclaration des droits 1 de l’animal va être utile.

Je l’accueille avec joie, mais déjà de bons esprits murmurent: «Voici près de deux cents ans qu’a été proclamée une Déclaration des droits de l’homme, qu’en est-il résulté? Aucun temps n’a été plus concentrationnaire, plus porté aux destructions massives de vies humaines, plus prêt à dégrader, jusque chez ses victimes elles-mêmes, la notion d’humanité.

Sied-il de promulguer en faveur de l’animal un autre document de ce type, qui sera –tant que l’homme lui-même n’aura pas changé–, aussi vain que la Déclaration des droits de l’homme? »

Je crois que oui. Je crois qu’ilconvient toujours de promulguer ou de réaffirmer les Lois véritables, qui n’en seront pas moins enfreintes, mais en laissant çà et là aux transgresseurs le sentiment d’avoir mal fait. «Tu ne tueras pas.» Toute l’histoire, dont nous sommes si fiers, est une perpétuelle infraction à cette loi.

« Tu ne feras pas souffrir les animaux, ou du moins tu ne les feras souffrir que le moins possible. Ils ont leurs droits et leur dignité comme toi-même », est assurément 2 une admonition bien modeste; dans l’état actuel des esprits, elle est, hélas, quasi 3 subversive .
Soyons subversifs. Révoltons-nous contre l’ignorance, l’indifférence, la cruauté,qui d’ailleurs ne s’exercent si souvent contre l’homme que parce qu’elles se sont fait la main sur les bêtes.

Rappelons-nous, puisqu’il faut toujours tout ramener à nous-mêmes, qu’il y aurait moins d’enfants martyrs s’il y avait moins d’animaux torturés, moins de wagons plombés amenant à la mort les victimes de quelconques dictatures, si nous n’avions pas pris l’habitude de fourgons où des bêtes agonisent sans nourriture et sans eau en route vers l’abattoir, moins de gibier humain descendu d’un coup de feusi le goût et l’habitude de tuer n’étaient l’apanage des chasseurs.

Et dans l’humble mesure du possible, changeons (c’est-à-dire améliorons s’il se peut) la vie.

1  Une « Déclaration universelle des droits de l’animal » a été rédigée et adoptée par la Ligue internationale des droits de l’animal en 1977, puis proclamée solennellement par l’UNESCO en 1978. Elle n’a cependant aucune portée juridique.
2 Admonition : avertissement, conseil, ordre.
3 Subversive : qui menace l’ordre établi

Que le bac français se soit confronté à la question des animaux n’est pas anodin. C’est le reflet d’une évolution, mais également une tentative d’intégration de la question. Et c’est même surtout cela… La société fait semblant d’aborder et de prendre au sérieux les animaux.

“La moindre avancée concrète a été rejetée par l’Assemblée nationale cette nuit”

Il y a deux jours, cet événement meurtrier était présenté par La Montagne dans la catégorie faits divers :

Un incendie a coûté la vie à près de 680 porcs et porcelets, ce samedi après-midi, à Montmarault, au lieu-dit Concize. Ils étaient installés dans un bâtiment agricole d’environ 850 mètres carrés qui a complètement été détruit par les flammes.

Le sinistre s’est déclaré aux alentours de midi. Malgré leurs efforts, les propriétaires des bêtes n’ont rien pu faire pour leur venir en aide, en raison de la forte fumée et des flammes qui se dégageaient du bâtiment.

Nous ne ferons pas le compte macabre de l’espace dédié aux cochons dans ce hangar, d’autant plus que sur 850 m² une place significative devait être accordée au matériel.

Il suffira de savoir qu’au fond de soi, il y a l’envie juste, moralement, de tout casser, de changer le monde, parce que c’est inacceptable. Non pas protester, mais changer le monde.

Car ce monde est en perdition et il ne s’agit pas de protester, mais de s’en détacher et de le révolutionner. Il y a des gens pourtant qui, ne comprennent pas le principe de détachement pas plus que celui de révolution, se disent que LTD ne fait que critiquer.

Alors que quiconque lit LTD avec un semblant d’attention et d’implication personnelle… sait exactement ce qu’il a affaire : aller au conflit.

Car il faut bien voir les choses en face et être réaliste : rien ne change. Citons ici des gens ayant une démarche fondamentalement différente de la nôtre, avec le CIW France, issu de la PMAF (protection mondiale des animaux de ferme).

Dans La Croix du 29 mai 2018, Agathe Gignoux qui en est la chargée d’affaires publiques tient les propos suivants au sujet de la loi alimentation que le gouvernement vient de mettre en place :

« De la fin de l’encagement des poules pondeuses à l’encadrement du transport pour les animaux vivants en passant par l’interdiction de la castration à vif des porcs, tous les amendements proposés en commissions ou en plénière pour faire progresser le bien-être animal ont été rejetés.

Ce projet de loi n’apporte aucun changement significatif dans les conditions d’élevage et d’abattage, alors que ce modèle industriel intensif est largement rejeté par les Français. »

Tout est donc très clair : rien ne change. Le CIW France, qui ferait passer pour L214 pour de dangereux activistes, l’admet lui-même.

Et effectivement, rien ne peut changer sans révolution, c’est-à-dire sans bouleversement des valeurs dominantes, de la morale. Il ne s’agit pas de désobéissance civile, il ne s’agit pas d’une « méthode de lutte ». Il s’agit d’un état d’esprit.

Soumission aux intérêts de la planète comme super-organisme. En défense de toute vie. Reconnaissance de l’appartenance de l’humanité à la Nature. Pas de drogues, pas d’alcool, pas de rapports sexuels en-dehors du couple comme construction.

Hors de cet état d’esprit, de cette morale, de cette pratique, il n’y a que la défaite.

Et voici aussi ce que dit L214 sur la loi en question (c’est nous qui mettons en gras).

Loi Alimentation • 67% des Français considèrent que les animaux sont mal défendus par les politiques*. Ils ont raison.

La moindre avancée concrète a été rejetée par l’Assemblée nationale cette nuit.

Légalement, les porcelets continueront à être castrés à vif, les poules resteront dans les cages, les poussins continueront d’être broyés, aucun contrôle vidéo obligatoire dans les abattoirs… Merci aux quelques députés courageux qui ont défendu des avancées contre une majorité à l’écoute des lobbies de l’élevage intensif.

L’Assemblée nationale et le gouvernement sont sourds aux demandes des Français et aux souffrances des animaux.
Ne baissons pas les bras. Les animaux ont désespérément besoin de personnes pour les défendre.

Ne baissons pas les bras… après avoir contribué à semer toutes les illusions possibles?

Si “c’est maintenant que tout se joue” et que la défaite est totale, L214 va-t-elle rejoindre les rangs de l’ALF ? Une question qui n’a aucun sens à la base même, car ces gens ne se remettent de toutes façons nullement en cause.

Ils sont impliqués, imbriqués désormais dans les institutions. Ils sont obligés de jouer le jeu jusqu’au bout, de faire croire à n’importe quoi  jusqu’au bout. Ce niveau d’inconscience n’est pas de la stupidité : c’est criminel. C’est servir directement la naïveté, la dispersion, l’esprit de soumission.

Et pourquoi ne se remettent-ils pas en cause, au fond ? Par corruption, comme l’écrasante majorité des personnes veganes qui, finalement, s’accommode très bien d’une vie quotidienne dans une société de consommation qui a ses bons côtés.

Et après tout, quand on manifeste avec des animaux morts comme hier à Paris l’a fait 269 Life France, quand on passe en procès pour rien comme les responsables de 269 libération animale il y a peu, n’a-t-on pas la conscience tranquille ?

Cela ne ressemble-t-il pas à la lutte?

Sauf que c’est une illusion et que cela n’a rien à voir avec la tempête dont nous avons besoin. Ce à quoi nous assistons, c’est à une faillite morale. Cynisme, indifférence et pire encore, mensonge, esprit de carrière individuelle, lutte virtuelle, combat symbolique…

L’antispécisme n’est somme toute rien d’autre qu’un anti-véganisme, un pseudo combat qui disperse les forces et tente de nier l’histoire du véganisme et de la libération animale.

Sachons résister à cette tentative de pourrissement du patrimoine de la lutte.

Et rappelons-nous : qui n’est pas capable de s’interposer humainement, dans l’intégralité de sa personne, de sa personnalité, rate le degré de conflit nécessaire, passe à côté de l’identité qu’il faut assumer.

Il s’agit de fusionner avec la cause, pas de se mettre en avant comme individu, pas de témoigner, pas de protester, mais de relever d’une vague qui balaie ce monde en décomposition.

Construire son identité dans l’antagonisme avec les forces de destruction, pour la libération animale, pour la libération de la Terre !

Stomy Bugsy et le véganisme

La démarche de l’association PeTA de chercher des célébrités et de racoler avec des femmes nues est désolante. Mais pour le coup la vidéo où Stomy Bugsy, figure du rap, explique son passage au véganisme est un vrai plaisir à regarder.

Quand on a en tête un véganisme populaire, décomplexé, simplement positif, c’est vraiment fort!

L’étrange programme du REV d’Aymeric Caron

Le Rassemblement des Ecologistes pour le Vivant (REV), fondé autour d’Aymeric Caron, a tenu sa première réunion publique il y a trois jours (avec 450 personnes revendiquées, ce que la photo ne montre pas vraiment), à Paris, et a enfin un programme, rendu public le même jour.

Enfin ! Parce que jusqu’à présent, l’initiative était vide de sens, l’organisation d’un amateurisme complet, et on se doute bien que si l’adhésion est gratuite, ce n’est pas pour rien : c’est une coquille vide, une pure construction.

D’ailleurs, précisons le tout de suite : le mouvement n’est pas démocratique, il veut une société d’experts. Il est ainsi demandé la :

« Création du Comité du Vivant, collège de sages et d’experts constitué de scientifiques et d’intellectuels compétents chargés d’éclairer sur toutes les questions liées à l’environnement et aux droits des animaux. »

Ce « Comité du Vivant » désignerait des gens d’ONG pour former le tiers des membres d’une Assemblée naturelle qui remplacerait le Sénat, un autre tiers étant élu, un autre tiers composé de hauts fonctionnaires.

Cela signifie que la société serait verrouillée par des experts, puisque le Sénat verrouille le parlement… C’est très technocratique, comme dans les années 1930 dans les propositions de laboratoires d’idées d’extrême-droite pour mieux « gérer » la société.

Et comme on le sait, nous sommes toujours prompts à disqualifier comme fachos et esprit des années 1930 toute affirmation régressive alliant culte de la petite production, technocratie et spiritualité : autant dire qu’ici nous ne sommes pas déçus.

Surtout que dès le départ, le programme exprime de manière frontale une espèce de mystique :

« Le REV est le mouvement politique qui représente l’écologie essentielle. L’écologie essentielle est une écologie métaphysique qui s’oppose à l’écologie superficielle, laquelle est une écologie mathématique. »

Étant donné que métaphysique signifie « au-delà » de la physique et désigne l’interprétation spirituelle de cet au-delà, on est bien là dans le mysticisme.

Entendons-nous bien : on peut tout à fait être vegan et bouddhiste… Mais pour être vegan il faut aimer concrètement les animaux, pas les lier à la question de l’au-delà. Or, là, avec le REV, il n’y a pas l’amour des animaux – rappelons qu’au début de son ouvrage « Antispéciste », Aymeric Caron assume de rejeter cet amour.

C’est là un véritable problème de fond. Et quand on ne voit pas cela, on en arrive à des revendications tordues, comme celle d’une « période transitoire » où :

« Les morceaux de viande devront obligatoirement être accompagnés d’une photographie de l’animal vivant puis de son abattage ».

Et voilà, comme d’habitude. Comme avec L214 et les autres. On commence par dire qu’on veut tout changer. Et on se retrouve à demander, quoi? La photographie d’un animal tué sur la « viande  ».

Non mais franchement. Tout ça pour ça ? C’est cela, la libération animale ? Demander une période transitoire, en proposant à côté de cela dans le programme la réduction du temps de travail à 28 heures et la gratuité de l’eau du robinet ? Ou bien – et là c’est incompréhensible parce qu’il en faudrait plutôt partout – « la fin des radars automatiques sur les routes » ?

Dans un même ordre d’idée, toujours pour la transition, le REV demande une :

« Interdiction de la chasse les weekends, vacances scolaires et jours fériés. »

Là, c’est pareil. On veut défendre les animaux, mais on se retrouve à faire quoi? A demander l’arrêt de la chasse… le week-end.

C’est d’autant plus choquant, d’ailleurs, que le combat contre la chasse ne saurait être transitoire. On peut réclamer sa fin directement : la population est d’accord et de toutes façons lorsque les choses bougeront, les chasseurs seront dans leur écrasante majorité du mauvais côté…

Cependant, ne parlons pas de demain, parlons d’aujourd’hui : après tout, le REV se veut un parti politique qui va progressivement changer les choses. Imaginons que ce genre de revendications transitoires puisse avoir un sens et allons à l’essentiel : la vision du monde.

Deux points nous intéressant sur le plan du véganisme : la nature du véganisme tout d’abord, la question de la Nature ensuite.

Sur le véganisme, il est dit – ou plutôt sur l’antispécisme, terme que nous rejetons de notre côté en défense du véganisme :

« Nous sommes antispécistes : nous réclamons une égalité de considération pour toutes les espèces animales sensibles.

L’antispécisme s’inscrit dans la continuité de tous les combats menés dans l’histoire en faveur des populations discriminées (lutte contre l’esclavage, lutte pour les droits civiques des afro-américains, pour les droits des femmes, pour les droits des homosexuels…). »

On retrouve la dimension passive : les animaux sont loin, ce sont les autres, les discriminés. Ils ne font pas partie de la Nature, comme nous, il ne faut pas les aimer. Finalement, il est logique que le REV parle du vivant et pas de la vie : lorsque nous disons de notre côté « en défense de toute vie », le REV parle du vivant, afin d’échapper à la question de la compassion, de l’amour, du bonheur.

Il ne se situe pas dans la tradition athée, épicurienne, naturaliste, appelons le comme on voudra – nous dirons simplement : vegan straight edge !

Il fait du vivant un mysticisme, par ailleurs ainsi défini :

« Nous nous engageons pour la protection du vivant sous toutes ses formes : humain, non humain, animal et végétal (…).

Nous reconnaissons une hiérarchie dans les expressions du vivant. Nos obligations ne sont pas les mêmes à l’égard des animaux sensibles non humains et des végétaux. »

Nous allons protéger tout le monde sans distinction ! Mais nous ferons une hiérarchie quand même ! Nous allons protéger les animaux des forêts ! Mais que le week-end ! Nous allons protéger les animaux des élevages ! Mais symboliquement avec une photographie !

Quelle défaite morale, intellectuelle ! Quelle misère humaine !

Un McDonald’s, un Black Block et le véganisme

Le site Bite Back !, qui publie notamment les communiqués de l’ALF, a mis en ligne deux photographies liées au saccage d’un McDonald’s à Paris lors du premier mai. La raison en est deux tags : un « go vegan » et un « ALF ».

Une question doit alors se poser : est-ce juste ? C’est une question qui est la même que lorsque des gens ont fait une « commission antispéciste » lors de Nuit Debout place de la République à Paris, ou bien lorsque des vegans ont valorisé la France insoumise comme mouvement qui serait favorable au véganisme.

Quelques années auparavant, certains avaient tenté une même approche avec le Nouveau Parti Anticapitaliste, à sa fondation. En ce moment, d’autres considèrent qu’EELV pourrait potentiellement être ouvert à cela aussi.

La question est de grande importance et d’une dimension profonde. Si ces gens ont raison, alors ils répandant le véganisme en profitant d’une bonne dynamique ; si ces gens on tort, ils diluent le véganisme et le transforment en gadget faisant partie de la panoplie de la « contestation ».

Comme on le voit, ce n’est pas tout à fait pareil…

On peut donc deviner à quel point les avis sont ici tranchés, divergent de manière complète, avec naturellement un conflit entre personnes, puisque les choses vont soit dans un sens, soit dans un autre.

Il ne s’agit pas ici de regretter cela : il faut savoir faire des choix. Aucun mouvement ne peut avancer s’il ne s’épure des gens qui oscillent entre les points de vue, ou qui trahissent à la première occasion.

Aussi est-il important d’évaluer les situations, les phénomènes, de raisonner de manière générale et non pas seulement individuel.

C’est d’ailleurs le sens du « go vegan » et de « ALF » tagués sur le McDonald’s : faire apparaître une ligne de contestation sur la société sur la bonne base.

En gros, si le Black Block est cohérent, alors il doit nécessairement voir que si on est contre « McDo », alors il faut être vegan et tant qu’à faire, si on est vegan, forcément soutenir ou rejoindre l’ALF.

Il serait hypocrite de ne pas formuler ici de point de vue ; à quoi il faut ajouter bien entendu que tout dépend ici des expériences faites, du vécu, de l’interprétation de ces expériences et de ce vécu.

En l’occurrence, de par l’expérience et les retours, il y a de quoi être circonspect, pour ne pas dire plus. Déjà que croire en la « convergence des luttes » relève d’une même fantasmagorie que l’astrologie ou la sorcellerie… Alors s’imaginer que le « black block » en a faire quelque chose à faire du véganisme est irréaliste.

Il en aurait pu être autrement, mais il aurait fallu que lorsque la ZAD a passé sa première étape, elle ne se tourne pas vers la petite production et l’élevage. Or, elle l’a fait. Ne pas voir qu’il y a eu un tournant à la ZAD, c’est ne pas voir les choses en face.

Au départ, cela a été une mobilisation en faveur de la protection d’une zone naturelle, cependant c’est très vite devenu un projet en soi.

Nous l’avons vu, nous l’avons dénoncé et nous avons bien fait : cela permet d’éviter les leurres et la destruction des principes.

A cela s’ajoute que la scène anarchiste française n’a jamais apprécié le véganisme, la Fédération Anarchiste interdisant même sa mise en avant dès 1995, l’OCL le dénonçant au moyen d’un renégat. Cela n’est bien sûr  pas vrai de la scène anarcho-punk par ailleurs restreinte.

Il pourrait en être autrement, sauf que pour cela les choses devraient se dérouler bien différemment. Prenons le Black Block justement. A la base il n’est pas là pour casser, même s’il peut l’assumer : il est avant tout un rassemblement politique, le noir étant privilégé pour se protéger de la répression, maintenir le cortège dans l’unité.

C’est la mise en avant d’un projet. On sait alors si le véganisme fait partie du projet en question ou pas. Et en Allemagne, pays d’origine du Black Block, dans les années 1990 et 2000, le véganisme faisait partie des valeurs hégémoniques, incontournables,  dans la scène autonome, des squatts, etc. et malheur à qui ne soutenait pas cette cause !

C’était très clair, tout à fait lisible. Rien à voir avec le premier mai 2018 en France donc.  Le Black Block français et à la française ne soutient pas le véganisme, s’imaginer même qu’il puisse le soutenir est plus que douteux…

Et même qu’il ait put choisir de le soutenir, car le « Black Block » a été un amas de tout et n’importe quoi, soit d’aventuriers (un jeune consultant gagnant 4200 euros par mois a été arrêté!), soit de gens là par esprit de contestation « amusante », soit de gens liés à une scène anarchiste insurrectionnaliste (à la Julien Coupat) ayant un rapport au véganisme allant du dédain au mépris.

Peut-être les choses sont-elles différentes… Auquel cas on le verra rapidement. Cependant, si ce n’est pas le cas, alors la Cause aura été diluée dans une contestation éphémère, et donc cela n’aura pas été une bonne chose.

Pourquoi Brigitte Bardot a-t-elle choisi Laurence Parisot?

Les personnes observatrices l’auront remarqué : Laurence Parisot signe régulièrement des tribunes pour les animaux, dont par exemple celle contre la chasse à courre.

Cela peut surprendre parce que, après tout, elle est surtout connue pour avoir été la présidente du Medef, le « syndicat des patrons », de 2005 à 2013, dont elle est encore la présidente d’honneur par ailleurs.

Mais c’est en fait qu’elle a été choisir par Brigitte Bardot pour prendre, après son décès, la tête de la Fondation Brigitte Bardot. Elle n’a pas encore été officiellement adoubée, car selon Brigitte Bardot elle doit encore « faire ses preuves », mais c’est un processus largement enclenché.

Cela depuis quelques temps déjà, d’ailleurs : la revue très marquée à droite Valeurs Actuelles publiait ainsi en novembre 2017 un article intitulé « Copinages, tweets racistes : Parisot prête à tout pour mettre la main sur la Fondation Bardot ».

L’article se voulait éminemment à charge :

« L’inquiétude règne autour de la Fondation Brigitte Bardot : l’ancienne patronne du Medef et de l’Ifop Laurence Parisot lorgne sur cette structure vouée à la défense des animaux (comptant 75.000 donateurs et une centaine de salariés) créée en 1986 par l’ancienne actrice. »

Laurence Parisot ferait même partie des quelques abonnés du compte twitter du mari de Brigitte Bardot, qui publie des choses comme :

« Les noirs, une espèce qui ne sera jamais complètement humaine, même ces forces de la nature que sont les gorilles ont plus de sentiments »

Laurence Parisot et Brigitte Bardot ont demandé un droit de réponse, la première affirmant quelque chose qu’on pourra évaluer à l’avenir comme il se doit :

« Si je me réjouis de mes excellentes relations avec Brigitte BARDOT et d’avoir été désignée au conseil d’administration de sa fondation, je n’en convoite en aucun cas la présidence. »

D’autant plus que dans son propre droit de réponse, Brigitte Bardot l’annonce en quelque sorte à mots couverts :

« Laurence Parisot m’a fait l’honneur de rejoindre ma Fondation en qualité d’administrateur et je la remercie de son engagement personnel et de sa motivation à défendre la cause des animaux, n’en déplaise aux esprits chagrins.

Elle est une personne loyale et intègre qui saura mettre du cœur à l’engagement de ma vie et je lui fais entière confiance. »

Mais pourquoi Brigitte Bardot a-t-elle choisi Laurence Parisot ? C’est une question vraiment importante. Cela en dit long, en effet, sur la question de la nature du mouvement pour les animaux au sens le plus strict.

Car, on l’aura compris, Laurence Parisot est tout sauf une rebelle. Elle est un gage d’institutionnalisation maximale en tant qu’ancienne dirigeante du MEDEF. Cela permettra de pérenniser la Fondation Brigitte Bardot dans un cadre général.

Son profil mesuré correspond tout à fait à ce dont a besoin la Fondation Brigitte Bardot : elle soutient L214, elle est pour des avancées sur le plan du droit, pour qu’une réflexion s’engage, mais hors de question faire dans les principes purs et durs.

Par conséquent, et cela compte ici de manière essentielle, elle n’est pas végane. Elle se définit comme « pas totalement végane », elle le deviendrait toujours « un petit peu plus » ce qui est bien entendu un strict non sens libéral qui lui va bien.

C’est ici une sorte d’écho à un très vieux texte publié sur l’ancêtre de LTD, Vegan Revolution, en 2005 : « Véganisme utopique et véganisme scientifique » expliquait que le véganisme utopique ne servirait qu’à diffuser l’individualisme, à ajouter des « individus » à une société libérale.

C’est très précisément ce qu’affirma l’antispécisme apparut quelques années après la parution de l’article, article qui résumait alors cette lecture libérale de la manière suivante :

« Comme Bentham le dit: “Chacun compte pour un et nul ne compte pour plus d’un”. Le rêve idéalise du citoyen bourgeois rêvant à sa tranquillité. Le fantasme fasciste de “chacun son pavillon”. »

Voilà pourquoi donc pourquoi Brigitte Bardot, historiquement d’extrême-droite, a choisi Laurence Parisot. C’est la tentative de nier le véganisme au profit d’une lecture idéale, idéalisée, idéaliste de la question animale.

Dans le sens de l’émotion et du droit individuel, dans la logique du lobbying et du positionnement individuel. Sans jamais se confronter à l’exploitation animale dans les faits.

Et contre cela – également donc contre L214, 269, etc. – il faut réaffirmer que le véganisme est né comme mouvement au tout début des années 1990, que la libération animale a commencé même une décennie auparavant avec l’ALF, que la question des animaux n’est pas le fruit d’un questionnement libéral des années 2010, mais le fruit d’une vague révolutionnaire qui apportait en même temps les réponses.

En défendant le patrimoine historique de la Cause, on protège la Cause… et on prépare la prochaine vague !

Malheur aux renégats !

L’un des grands problèmes du véganisme comme mouvement au sens le plus large, c’est qu’il n’existe que très rarement de continuité et que, par conséquent, il n’y a pas de bilan, d’évaluation de ce qui a été fait.

A cela s’ajoute deux faits : tout d’abord, il y a des capitulations, des effondrements, avec une tentative de nier une histoire faite, tout comme il y a des tentatives d’appropriation, comme on peut le voir ces dernières années avec des associations tombant du ciel et prétendant que le véganisme n’aurait pas existé avant elles.

Rappelons le encore une fois : le véganisme existe depuis les début des années 1990…

Pour avancer, il faut donc savoir résister à cette entreprise de déstructuration, de négation des acquis formant la tradition révolutionnaire.

En sachant, toujours, mettre de côté les opportunistes et les renégats. Car être à la hauteur demande de la constance, un engagement strict.

Les personnes ayant forcé en première ligne le McDonald’s parisien lors d’une Veggie Pride sont-elles encore véganes ? Très franchement, rien de moins certain… Quant à AVA qui mène une action si belle en Picardie, rappelons qu’il y a eu une tentative de fait quelques années auparavant par l’association Droits des animaux.

Qui n’en a pas conservé de mémoire à ce sujet, s’évaporant d’ailleurs du jour au lendemain (à part pour la fondation de l’épicerie Un monde vegan à Paris) après avoir siphonné tous les activistes…

Est-ce normal ? Absolument pas. L’engagement doit être complet, c’est la Cause qui compte. Les temps sont ceux de la bataille pour la planète, le reste est secondaire !

Et donc, l’un des points les plus essentiels, que nous n’avons pas cessé de souligner, c’est la question de la bataille pour rester vegan. Personne n’en parle et c’est un vrai problème, car il est absurde de penser qu’il y a toujours plus de vegan par une addition mécanique.

En réalité, il y a une progression mais un vrai effondrement derrière. Voilà pourquoi il faut être strict : oui à l’ouverture d’esprit pour les discussions, non à toute remise en cause des principes sur lesquels il faut être intransigeant.

Cela est bien entendu impossible avec des gens refusant d’affronter les normes sociales, soit en raison d’une attitude de hipster, soit en raison d’un individualisme ne visant qu’à faire carrière dans cette société.

On peut devenir vegan en étant richement installé dans la société, toutefois on ne peut pas le rester… Quant aux petits-bourgeois urbanisés et suivant la mode, ils tanguent, ils oscillent, perpétuellement…

L’article que vient de publier Slate.fr, “Au secours, je remange de la viande!”, qui vaut vraiment le coup d’être lu de par son contenu nauséabond, n’est donc pas que racoleur : il témoigne d’un problème de fond, qui va immanquablement plomber la cause ces prochains mois, ces prochaines années.

A savoir qu’il y a suffisamment d’éléments de fond pour faire contre-poids et transformer une cause en son contraire. Avec de la mauvaise foi, avec un manque de culture. Voici par exemple ce que dit l’article entre autres :

«J’ai toujours eu une grande conscience de la maltraitance des animaux, c’était ma bataille. Sauf que mon corps ne l’a pas supporté.» Après huit années de véganisme, Sara [ 25 ans, censée être vegan depuis 2008] a fini par craquer. Non par plaisir, mais par nécessité. Elle a donc repris ses anciennes habitudes, et ce soir elle a même prévu de manger une bonne entrecôte.

Sauf qu’à un autre moment, on apprend :

«Un jour, au repas de Noël, les parents d’une amie avaient préparé du poulet. J’ai donc dû faire une concession et j’en ai mangé. Je n’ai pas voulu créer de scandales», confesse Sara.

On pourrair dire ici que « le ver était dans le fruit » – sauf que cette expression n’est pas végane, et donc pas acceptable.

Il faut ici être d’une moralité de fer… Contrairement aux antispécistes qui prétendent former quelque chose de nouveau, en niant l’ALF et en présentant des failles à tous les niveaux (comme ici en parlant du “QI d’une huître”), la principale étant de ne pas assumer l’amour des animaux.

C’est un bon exemple d’ailleurs des doublement insupportables fachos et bobos qui empêchent d’avancer en général et en particulier pour le véganisme. Pour en revenir à l’article de Slate, celui-ci bombarde également les poncifs :

« Pour moi, ce type d’alimentation n’a pas fonctionné. Mais si j’avais pu, j’aurais continué ma bataille».

« On ne voient les effets néfastes du véganisme qu’après. Et lorsque l’on fait les comptes, les patients voient bien que ça a foiré»

« Quand on est vegan et invitée à un dîner, on devient la paria, la chiante, la fille qui ne mange que des graines »

Etc. etc. : comme déjà dit, l’article vaut le détour, de par sa nature totalement propagandiste, avec un véganisme présenté comme « impossible ».

Rien ne sert de critiquer Slate, cependant, il vaut mieux critiquer le mode de vie de gens imbriqués dans les couches aisées de la société et incapables de fermeté. Mieux vaut viser un véganisme populaire et mépriser des gens cherchant à se faire valoir pour un temps, pour trahir ensuite.

Et donc oui il faut dénoncer les renégats, oui il faut ostraciser, oui il faut dénoncer ceux et celles qui trahissent trahissent la Cause, attaquent les animaux en donnant des arguments à l’ennemi.

C’est inacceptable, intolérable. Et il faut dénoncer d’autant plus fort les pseudos radicaux d’hier.

Ce qui amène aussi un paradoxe : il faut être plus strict avec les vegans qu’avec les non-vegans, en raison de ce qu’ils représentent.

Et ne nous voilons pas la face : combien des vegans actuels vont vraiment le rester ? Le sont-ils vraiment authentiquement pour la plupart ?

Il n’y a aucune raison d’y croire. La base est tellement individuelle, coupée d’une perspective de changement total, de bataille pour la planète, que jamais il n’y aura la force de tenir.

Alors autant se préparer à la contre-attaque ! Préparons une nouvelle phase du véganisme, où il faudra savoir démolir ceux qui ont menti, ceux qui ont trompé, ceux qui ont failli.

Le 21e siècle va être celui d’un changement total!  Le véganisme ne peut exister que dans l’affrontement avec le système, dans l’esprit de la culture vegan straight edge, pour la libération animale et la défense de notre mère la Terre !

Ce que révèle la drôle d’affaire du Star Circus

C’est l’un des aspects les plus douloureux qu’il va falloir saisir pour avancer – parce qu’il faut bien avancer, coûte que coûte, pour les animaux. En les aimant : nous sommes d’accord, le véganisme bobo qui assume ouvertement, comme Aymeric Caron, de ne pas aimer les animaux, n’a aucune valeur.

Cependant, il y a également des gens sincères qui, par stupidité, médiocrité, lâcheté, que sait-on encore, se complaisent dans une dénonciation sans intérêt qui ne fait que prendre les animaux en otage pour on ne sait trop quelle crise existentielle.

Et inévitablement ces gens déraillent. En voici un exemple où on se demande littéralement si ces gens n’ont pas abusé de produits stupéfiants, hallucinant une sorte de cauchemar où viennent se mêler les nazis, l’invasion des Huns et l’ALF.

Qu’est-ce qui est le plus fou, au sens le plus direct du terme,  dans ce message? Que des nazis viendraient libérer des animaux? Que les femmes et les enfants étaient directement visés, telle dans une sorte d’invasion médiévale?

Que l’attaque visait à pas moins que brûler le chapiteau comme dans l’antiquité on incendiait des villes? Qu’il y a une assimilation de la libération animale à une sorte de violence “extrémiste”?  Est-ce là un manque d’intelligence, une fainéantise quant à la recherche de la vérité, un choix sciemment fait et assumé de réagir de manière épidermique?

On a ici affaire à quelque chose de malheureusement pas si rare dans un milieu où, en l’absence de travail intellectuel, de véganisme le plus strict, de réflexion sur le long terme, il y a des réactions fantasmées,  totalement personnelles.

Les animaux ne sont pas vraiment là pour être défendus, sinon il y aurait un vrai effort pour comprendre…

Ce sont les fameuses attitudes régressives, infantiles, qui ridiculisent la Cause…

La preuve de cela, c’est que sur la même page facebook,  de La France dit STOP aux animaux de cirque donc, il y a la veille un compte-rendu totalement différent de ce qui est apparemment le même événement.

Et ce compte-rendu coexiste avec l’autre, sans que cela ne semble être incohérent.

Quelle histoire étrange, quel manque de cohérence, quelle absurdité! Si les animaux n’étaient pas la cause, et si apparemment des gens ne s’étaient pas fait tabassés par les circassiens, on en rirait.

Quant à la vérité, on s’en doute tout de même un peu, a priori. Quiconque connaît l’attitude des gens des cirques avec animaux, et inversement le caractère idéaliste, jeune et féminin des personnes défendant les animaux… se dit qu’a priori, quand même,  ce message est plus crédible que l’autre folie racontant qu’un commando visait femmes et enfants, la destruction du chapiteau, la libération des animaux, le tout au nom de l’extrême-droite…

En saura-t-on jamais plus à ce sujet? Et soulignons le problème : la vérité n’intéresse pas les gens privilégiant les attitudes hystériques et n’ayant qu’une obsession : témoigner, apparaître comme faisant quelque chose, avoir l’air d’intervenir, etc.

Une autre association s’est d’ailleurs mise de la partie :

Code Animal

Mise au point : Les victimes ce sont les animaux !

Nous dénonçons clairement et sans ambiguïté les actes et insultes proférés à l’encontre du cirque Star Circus.

Mais répondons avec autant de fermeté à ceux qui nous accusent d’être à l’origine de ce genre de dérapage, d’en être le germe par notre discours “anti cirque”.
1/ Nous ne sommes pas contre les cirques, ni contre les circassiens mais contre la présence d’animaux dans les cirques.
2/ Nous sommes avec les gens du voyage mais aussi les Roms, les tziganes quant à leur droit d’accès aux écoles, à vivre leur vie en paix dans notre société.
3/ Nous n’avons jamais proféré la moindre insulte à l’encontre des circassiens et leur avons toujours laissé la parole.
4/ Notre travail se base sur le fond, nous avons publié un rapport, preuve à l’appui pour l’étayer et sur des enquêtes. Ce travail dénonce des faits pas des personnes.
5/ De nombreux responsables de cirque passent leur temps à insulter nos associations et leurs responsables, de faire des parallèles douteux avec le 3ème Reich et de nous accuser de détournement de fond.
Notre association a déjà reçu plusieurs menaces de mort.
6/ Des cirques dont un des plus grands cirques français a frappé à plusieurs reprises des manifestants lors d’actions pacifiques et déclarées devant leur établissement.
7/ Aucun responsable de cirque ne semble s’émouvoir de ces dérives du côté des cirques ou n’a pris la parole comme nous le faisons avec La France dit STOP aux cirques avec animaux pour condamner les violences dont ils ont été victimes les défenseurs des animaux
8/ Notre association est entièrement bénévole – à moins de 600€ de fond, et n’a aucun intérêt autre que défendre ces valeurs de “respect de la vie” de manière constructive et pacifique.
9/ Car ne l’oublions pas, si ce climat délétère existe, c’est précisément parce que certains humains s’arrogent le droit d’asservir des animaux pour se divertir. La vraie victime, et base du problème, c’est l’animal. Le vrai problème c’est cet esclavagisme moderne que le pouvoir politique tolère encore.

La démocratie c’est aussi avoir le droit de nous exprimer dans le cadre de nos statuts et de la loi, contre ce type d’agissement. Le public et l’Etat trancheront.

A lire ces lignes, on se dit que c’est peut-être la peur qui amène ce genre de réactions. La peur de la confrontation aboutit à un esprit de soumission, parce que tout de même, on peut voir ici des gens passer leur temps à s’excuser auprès des gens des cirques avec animaux!

C’est bien qu’il y a un problème, qui tient à une logique de posture, dont la négation de la vérité est la preuve, l’incohérence la conséquence, les explications incongrues une répercussion inévitable.

Eloge des 150

Combien étaient-ils, 150, ou quasi 200, à conspuer les veneurs alors qu’un cerf est dans l’étang le 31 mars 2018 ? Peu importe, le chiffre n’est pas important et il ne s’agit pas non plus de les opposer aux autres personnes qui avaient été présentes au rassemblement un peu avant, parties de la gare de Compiègne pour marcher contre la chasse à courre.

Cet éloge des 150 personnes, ou des 200, est aussi un éloge des 1000 personnes présentes. C’est juste qu’il y a, certainement, quelque chose de plus frappant, émouvant, à voir des gens torse nu au bord de l’eau prêt à intervenir pour sauver le cerf, à voir des gens tous et toutes ensemble avec un sens de l’engagement pour ce qui est juste.

Cette abnégation marque d’autant plus qu’il y a une grande conscience – ou une grande inconscience, mais c’est pareil – à oser prendre des risques en défense des sans défense. Il n’y a pas que le risque d’attraper froid, de se fatiguer, d’être accusé d’irresponsabilité : il y aussi le risque d’être arrêté par la police ou les gendarmes, menacé ou agressé par les chasseurs.

La scène, il faut l’imaginer ici avec un hélicoptère de gendarmerie qui tourne autour… avec 17 cas de CRS qui sont présents aux alentours !

Quel soulagement que de se retrouver, à la fin, pour une partie, en ayant la sensation d’avoir apporté quelque chose, d’avoir contribué à un monde meilleur.

A en avoir, plus que la certitude… la preuve.

On dira qu’un éloge, cela devrait avant tout être celui de l’animal pourchassé, de la victime défendue, pas du défenseur, du justicier. C’est vrai. Cependant, s’il y a une chose remarquable ici, c’est que les 150 – ou les 200, ou les 1000, peu importe, même s’ils avaient été 10 – ont fait resplendir l’humanisme.

Et, de notre point de vue, le véganisme ne peut être que l’expression de cet humanisme. C’est tout de même autre chose que des campagnes d’affichage dans le métro parisien gâchant de l’argent et appelant à une métropole mondiale, vitrine de la richesse indifférente et bornée, sans cirque ou sans pêche !

Les 150 méritent l’éloge, pour leur désengagement concret d’une attitude passive, pour oser s’interposer. Cela porte quelque chose de vrai, de beau, appelant à être reproduit, refait, jusqu’au bout. Et ce « jusqu’au bout » n’a pas de bout, au sens où notre époque appelle à la transformation du monde, à la victoire de la compassion pour les animaux.

Cela n’ira pas sans erreurs, défauts, problèmes, c’est évident. C’est toutefois un passage obligé. Peut-être, qu’en un sens, le 21e siècle est né le 31 mars 2018, dans une forêt, au bord d’un étang, dans les yeux d’un animal que la mort n’a pas pu emporter.

Pourquoi les végans auraient “tout faux”

C’est en quelque sorte un cadeau printanier que la tribune “Pourquoi les végans ont tout faux” publié hier par Libération et écrite par Paul Ariès, politologue , Frédéric Denhez, journaliste, chroniqueur («CO2 mon amour» sur France Inter) et Jocelyne Porcher, sociologue, directrice de recherches à l’Inra.

Il est rare en effet de voir un tel condensé de mauvaise foi, de paranoïa, d’arguments faux, mensongers, provocateurs !

Le passage le plus intéressant est en tout cas celui où il est dit que le véganisme implique la soumission aux multinationales. C’est indéniable : le véganisme implique la fusion de l’humanité et des entreprises à l’échelle mondiale.

Cela ne veut pas dire la soumission aux multinationales telles qu’elles existent aujourd’hui pour autant, bien entendu. Cela veut juste dire une économie organisée à l’échelle mondiale et c’est cela qui provoque la panique de ceux qui tiennent au capitalisme, à un monde divisé en nations, aux petites entreprises, aux communautés séparées…

En ce sens, les auteurs de la tribune sont bien des “réacs”, avec un éloge de la “terre” classiquement pétainiste, comme en témoigne l’accusation selon laquelle le véganisme veut des “paysages transformés en sanctuaires”. On ne dira jamais assez à quel point cette défense du concept de paysage est le coeur absolu du pétainisme, de l’idéologie du terroir, de la réduction du monde à un décor pour une humanité auto-centrée.

Faut-il en 2018 être totalement aliéné pour dénoncer la formation de sanctuaires naturels!

Ils sont peu nombreux, mais ils ont une audience impressionnante. Comme ce qu’ils disent semble frappé au coin du bon sens, celui de l’émotionnel et d’une morale binaire, le bien, le mal, c’est que ça doit être vrai.

D’où le succès de la propagande végane, version politique et extrémiste de l’abolitionnisme de l’élevage et de la viande, que l’on mesure simplement : aujourd’hui, les opinions contraires, pourtant majoritaires, doivent se justifier par rapport à elle.

Nous dénonçons d’autant plus le mauvais coup que porte le véganisme à notre mode de vie, à l’agriculture, à nos relations aux animaux et même aux courants végétariens traditionnels, que nous sommes convaincus de la nécessité d’en finir au plus vite avec les conditions imposées par les systèmes industriels et d’aller vers une alimentation relocalisée, préservant la biodiversité et le paysan, moins carnée, aussi.

L’Occident et les riches des pays du Sud consomment trop de viandes, et surtout de la mauvaise viande. Au Nord comme au Sud, les systèmes industriels ont changé l’animal en machine à transformer la cellulose des plantes en protéines bon marché pour le plus grand profit des multinationales et au détriment des paysans, des consommateurs, des sols, de l’eau et des animaux.

Le bilan sanitaire et écologique de ces rapports de travail indignes aux animaux est tout aussi mauvais que celui du reste de l’agriculture productiviste : on empoisonne les consommateurs avec de la mauvaise viande, de mauvais légumes et fruits, en dégradant l’environnement et la condition paysanne. Ceci étant dit, regardons un peu les arguments avancés par les végans.

Les végans vont sauver les animaux

Depuis douze mille ans, nous travaillons et vivons avec des animaux parce que nous avons des intérêts respectifs à vivre ensemble plutôt que séparés. Les animaux domestiques ne sont plus, et depuis longtemps, des animaux «naturels».

Ils sont partie prenante du monde humain autant que de leur propre monde. Et, grâce au travail que nous réalisons ensemble, ils ont acquis une seconde nature qui fait qu’ils nous comprennent, bien mieux sans doute que nous les comprenons.

Ainsi est-il probable qu’ils ne demandent pas à être «libérés». Ils ne demandent pas à retourner à la sauvagerie. Ils ne demandent pas à être stérilisés afin de peu à peu disparaître, ainsi que le réclament certains végans. Ils demandent à vivre avec nous, et nous avec eux, ils demandent à vivre une existence intéressante, intelligente et digne.

Le véganisme va nous sauver de la famine

Jusqu’à il y a peu, rappelons-le, les hommes et les femmes mouraient vite de trois causes possibles : les maladies infectieuses, la guerre et la faim. Or, depuis la fin du XVIIIe siècle, dans nos pays européens, et depuis les années 60 dans l’ensemble du monde, il n’existe plus de famines liées à un manque de ressources.

Quel progrès ! Les famines qui adviennent sont des armes politiques. Quand des gens meurent de faim quelque part, c’est parce que d’autres l’ont décidé. On ne voit pas en quoi le véganisme changerait quoi que ce soit à cette réalité.

Le véganisme va sauver l’agriculture

Ce serait même exactement l’inverse. Si les famines ont disparu de notre sol, c’est parce que le XVIIIe siècle a connu la plus grande révolution agricole après celle de son invention : l’agronomie. Et la polyculture-élevage, pourvoyeuse de ce qui se fait de mieux pour nourrir un sol, le fumier.

Une des meilleures idées que l’homme ait jamais eue. Quant à l’industrialisation de l’élevage, elle n’est pas née après la Seconde Guerre mondiale avec le productivisme agricole. Elle a été pensée bien en amont, au milieu du XIXe siècle avec le développement du capitalisme industriel. Les animaux sont alors devenus des machines dont la seule utilité est de générer des profits, aux dépens des paysans et de l’environnement.

Le véganisme va sauver notre alimentation

Le véganisme propose de se passer des animaux, pour les sauver. Retour à la case départ : l’agriculture sans élevage, c’est l’agriculture famineuse parce qu’elle épuise les sols. Ce sont des rendements ridicules pour un travail de forçat car le compost de légumes est bien moins efficace pour faire pousser des légumes que le fumier animal.

A moins de forcer le sol par de la chimie, évidemment. Et de labourer bien profondément. Mais, dans ce cas, on abîme les sols, en désorganisant l’écosystème qu’il est en réalité.

Le véganisme sauvera notre santé

Tuer l’animal, c’est mal, manger de la viande, c’est destructeur. Car les études montrent que la consommation de viandes est corrélée au cancer. Sauf que ces études ont été principalement menées aux Etats-Unis et en Chine, où l’on consomme bien plus de viande, encore plus gavée d’hormones et d’antibiotiques, encore plus transformée.

Quant aux études démontrant la longévité supérieure des végétariens qui – rappelons-le – consomment des produits animaux, lait et œufs, et dépendent donc de l’élevage, elles sont biaisées par le constat que ces publics consomment aussi très peu de produits transformés, peu de sucres, ils font du sport, boivent peu, ils ont une bonne assurance sociale, etc.

Quelle est la responsabilité des légumes dans leur bonne santé ? Difficile à dire ! Ce qui importe, c’est le régime alimentaire et le mode de vie équilibrés. En comparaison, manger végan, l’absolu des régimes «sans», c’est se condamner à ingurgiter beaucoup de produits transformés, c’est-à-dire des assemblages de molécules pour mimer ce qu’on a supprimé.

Sans omettre d’ajouter la précieuse vitamine B12 à son alimentation. Car sans elle, comme le montrent de nombreux témoignages d’ex-végans, ce régime ultra-sans détruit irrémédiablement la santé, à commencer par celle de l’esprit.

Le véganisme va sauver l’écologie

Avec ce retour au naturel, l’écologie est sauvée. Et bien non. Car ayant expulsé les animaux domestiques, il n’y a plus rien pour maintenir les paysages ouverts, ceux des prairies, des zones humides, des montagnes et des bocages.

Sauf à obliger chômeurs, prisonniers et clochards à faucher et à couper les herbes, ou à produire des robots brouteurs. Les vaches et moutons sont les garants de l’extraordinaire diversité paysagère qui fait la France, qui est aussi celle de notre assiette. Les animaux et leurs éleveurs sont les premiers aménageurs du territoire.

Le véganisme est une position politique émancipatrice

Non, contrairement à ce que croient de nombreux jeunes, fiers de dire «je suis végan», comme s’ils participaient à une action révolutionnaire, ou si leurs actions contre les abattoirs ou les paysans vendant leurs fromages sur les marchés relevaient de la résistance à l’ordre établi, le véganisme ne participe pas à l’émancipation des animaux et encore moins à celle des humains.

Au contraire, en défendant une agriculture sans élevage et un monde sans animaux domestiques, c’est-à-dire sans vaches, ni chevaux, ni chiens, ce mouvement nous met encore plus dans les serres des multinationales et accroît notre dépendance alimentaire et notre aliénation. Les théoriciens et militants végans ne sont pas des révolutionnaires, ils sont, au contraire, clairement les idiots utiles du capitalisme.

Le véganisme est l’ambassadeur de l’industrie 4.0

Le grand danger de ce début du XXIe siècle est bien l’invention d’une agriculture sans élevage. On ne compte plus les investissements et brevets déposés pour produire de la «viande» en cultivant en laboratoire des cellules musculaires de poulet, de bœuf ou de porc ou produire du lait et des œufs à partir de levures OGM.

Les promoteurs de cette agriculture cellulaire se recrutent au sein des grandes firmes (Gafa, milliardaires et fonds d’investissements puissants). Les premières viandes artificielles pourraient être introduites sur le marché sous forme de carpaccio avant que soient commercialisés avant dix ans de «vrais-faux» morceaux produits in vitro. Des amas de protéines qui auront poussé à grands jets d’hormones pour favoriser la croissance et d’antibiotiques pour éviter les contaminations.

En vérité, le véganisme ne va pas nous sauver

Le véganisme est dangereux. Il participe à la rupture programmée de nos liens avec les animaux domestiques. Il menace de nous condamner à la disette en nous ramenant à l’agriculture prédatrice des temps anciens. Il menace de ruiner les pratiques alternatives, comme le bio, en annihilant la polyculture-élevage qui est son fondement.

Il menace de nous condamner à dépendre d’une alimentation industrielle 4.0. Il menace d’uniformiser nos paysages. Il menace paradoxalement de nous faire perdre notre humanité incarnée et notre animalité en nous coupant des réalités naturelles par des zoos virtuels, des paysages transformés en sanctuaires, avec des chiens et chats remplacés par des robots. Le véganisme est l’allié objectif d’une menace plus grande encore.

Car, après tout, la meilleure façon de ne plus abîmer la nature est de s’en couper totalement. De s’enfermer dans des villes, alimentées par des flux de molécules et des flux de données. Plus de sale, plus de propre, que de l’esprit sain tourné vers une morale ultime, l’amélioration de l’homme par son isolement total de la nature que l’on ne peut maîtriser et qui nous renvoie sans cesse à notre animalité. Oui, véganisme rime avec transhumanisme.

Un monde terrifiant. La consommation de la viande a introduit, dès la préhistoire, l’obligation du partage, l’invention de la logique du don et du contre-don car un chasseur ne consomme jamais son propre gibier.

Don et contre-don sont aussi au fondement de nos rapports sociaux avec les animaux. Donner – recevoir – rendre est le triptyque de nos liens. Que sera l’humanité sans cet échange fondamental ?

Paul Ariès auteur de : Une histoire politique de l’alimentation du Paléolithique à nos jours,Max Milo, 2017.
Frédéric Denhez auteur de : le Bio, au risque de se perdre, Buchet-Chastel, 2018.
Jocelyne Porcher auteure de : Encore carnivores demain ? Quae, 2017 (avec Olivier Néron de Surgy).

Le “véganisme” bobo bientôt passé de mode

Il faut bien boire le calice jusqu’à lie : il y a eu la vague du « véganisme » bobo, aux contours lâches et fuyants, caractérisé comme étant un esprit identitaire à la fois de mode et de fuite individuelle.

Et donc, il y a de plus en plus « l’après », c’est-à-dire ce moment où ce qui a été à la mode devient has been, dépassé, intégré au vaste panorama des panoplies qu’on peut assumer au gré de son envie.

Cela ne changera rien au fait qu’il continuera à exister un business « vegan ». Mais les prétentions de la conquête de la société s’avéreront définitivement vaines d’un côté, alors que de l’autre on considérera les vegans comme des bobos qui à un moment faisaient office de hipster.

Quand est-ce qu’a commencé cet « après », quand atteindra-t-il son apogée ? C’est difficile de dire, mais gageons que ces images tirées du magazine gratuit A nous Paris, distribué dans le métro parisien, en dit long sur la « révolution » – ou la « contre-révolution » si l’on voudra – qui est au moins en cours, si ce n’est achevé.

Pourquoi cela ? Parce que le véganisme demande trop de discipline pour des gens voulant soit être branché, soit simplement fuir des choses qu’ils trouvent affreuses, mais sans refuser pour autant les valeurs dominantes.

Ne peuvent surnager dans une telle situation que des gens faisant partie d’une communauté – économique avec le business, ou associatif avec un militantisme très symbolique – ou bien des gens s’étant forgé une identité antagonique (ce qui est bien entendu notre choix).

Autant dire : cela ne fait pas grand monde. Certains ont, pour cette raison, décider d’aller vendre le véganisme à la France Insoumise, dans le prolongement de la « convergence des luttes » de la Nuit debout, qui disposait elle aussi d’une « commission antispéciste ».

Sauf qu’en fait de convergence, il y a juste de la récupération du véganisme comme ustensile de plus dans le caddie de la protestation. Le véganisme ne peut pas exister comme « ajout », comme « valeur ajoutée » : soit il est dans la matrice d’un mouvement, dans son identité à la base même, soit il n’existe pas, ou alors comme une sorte de succédané fictif.

D’ailleurs, tous ces gens qui se disent vegans, le sont-ils seulement réellement ? Quand on voit comment pour Aymeric Caron, il y a eu sans cesse des ambiguïtés (comme quoi il l’est, est en passe de l’être, l’est « presque », etc.), on peut en douter.

Qu’il y ait un élan chez certains, c’est certain. Que l’effort soit prolongé et surtout bien ancré, on peut en douter. S’il y avait vraiment une massification, il y aurait des tendances, des débats, des engagements dans les refuges, des groupes se montant ici et là, bref une effervescence.

Ce n’est pas le cas, tout est atomisé. C’est donc bien qu’il y a un problème à la base même. Et ce problème, il touche à la nature même du véganisme qui s’est développé ces dernières années, comme forme individuelle, symbolique, libérale dans ses principes, réduisant les animaux à des symboles d’opprimés, niant leur réalité naturelle.

Où sont les vegans passionnés par les animaux et la Nature ? Voilà finalement la vraie question. Et c’est précisément en raison de cet absence qu’A nous Paris peut réduire le véganisme à une caricature, à un phénomène de mode, à un caprice.

Ce serait terrible si, en 2030, en regardant derrière soi, on dirait : le véganisme des années 2010 en France n’a été qu’un caprice de petit-bourgeois sans esprit de suite, seulement préoccupés par combiner business individuel et fuite sociale.

Cela le serait moins si on constaterait également que le véganisme des années 2020 était celui de la confrontation sans compromis en défense de la Nature… Il n’y aura pas de compromis, plus de négociations

“Vegan terror” à Grenoble

C’est une histoire dont un détail vaut le coup d’être connu, car l’enfer est dans les détails justement. Cela se passe à Grenoble, où il y a un restaurant qui s’appelle « La Boucherie de Grenoble ». Quelqu’un, dans la nuit de dimanche à lundi dernier, a écrit dessus « Vegan Terror ».

Il a également, ce qui est davantage marquant, brisé 14 vitres. De la peinture a aussi été projetée sur une sorte de statue de vache devant le magasin, qui fait partie d’une franchise, les restaurants s’appelant « la boucherie » et se définissant comme « le professionnel de la viande ».

En soi, rien de très original dans tout cela, même si on peut comprendre pourquoi France 3 région s’est emparé de l’affaire, puisque c’est une actualité locale. Que BFMTV l’ait également fait, c’est déjà plus étonnant, mais tout cela, somme toute n’a rien de fondamentalement surprenant.

Ce qui est par contre stupéfiant, ce sont les propos des propriétaires, s’ils s’avèrent vrais. Ils ont expliqué en effet :

« Pour les propriétaires, la thèse d’une délinquance inspirée par le véganisme ne tient pas du tout la route.

« Pour nous, c’est une fausse piste !, confie Marie-Anne Siaud.

Nous avons des vegans qui viennent manger chez nous, ils ne mangent pas de viande mais viennent quand même. Ce n’est pas parce que c’est marqué boucherie qu’on ne fait pas d’autres plats ! »

La conjonction des mots « Vegan » et « Terror » elle-même fait tiquer la gérante, qui connaît bien le véganisme pour avoir plusieurs membres de sa famille proche adeptes de ce mode de vie. »

Le véganisme serait-il donc considéré à ce point comme vélléitaire qu’il ne concernerait que de bobos s’aménageant une place dans la société ? S’il est vrai que des gens osant s’imaginer vegan mangent dans un tel restaurant, c’est la honte la plus totale. Et malheureusement, on peut craindre que c’est vrai. La réduction à un engagement individuel, coupé de l’ensemble de la société, peut effectivement amener à une telle aberration.

Des gens peuvent se dire que, en fin de compte, c’est leur choix personnel qui est déterminant, par rapport à eux-mêmes. Ils peuvent donc faire « abstraction du reste ».

Or, non pas qu’il faille se couper de la société, mais il y a des limites à la dignité… et non pas la sienne seulement, celle des animaux. Pourquoi pas aller manger au Mc Donald’s, pendant qu’on y est ? Certains diront que cela vaudrait le coup s’il y a une offre, car tout serait offre et demande…

C’est comme d’ailleurs, le goût de la viande, c’est-à-dire du meurtre : certains se disant vegan affirment l’aimer. C’est un problème culturel énorme. Comment d’ailleurs manger même des produits végétaliens ayant la forme d’animaux ? Quelle incohérence. Quelle horreur de commander, dans un restaurant végétalien, du “poulet”, du “porc”…

Un tel véganisme ne peut que s’effondrer devant les coups de boutoirs de l’idéologie dominante. Le véganisme implique une césure : qui ne l’assume pas s’effondre. Il est vraiment dommage qu’il n’y ait pas d’enquête sur les personnes ayant été véganes mais ne l’étant plus, un phénomène totalement nié, ce qui est absurde car étant d’une importance capitale.

On ne peut pas protéger le véganisme si on ne voit pas les failles existantes face aux contre-offensives culturelles. Et finalement, ne faudrait-il d’ailleurs pas dénoncer le véganisme comme « éthique individuelle », et lui opposer le véganisme comme morale ?

Bien que les deux mots, morale et éthique, aient un sens commun, cette histoire d’individualité est insupportable et le fait que les propriétaires du restaurant puissent même ne serait-ce que prétendre ce qu’ils disent sans que cela semble absurde en dit long sur la situation.

Car même si on peut trouver nul de signer « vegan terror », même si on considère que cette action n’apporte rien, on ne peut pas nier que cela correspond à une action vegane absolument cohérente. On peut être en désaccord, mais pas nier les faits : c’est une action végane militante, philosophiquement parlant.

On doit pour cette raison trouver incorrect l’appui fait par une association aux propos des propriétaires. Une association de l’Isère a en effet été interrogé à ce sujet et les propos choisis se placent directement en appui des propriétaires.

Or, est-il moralement correct de « réfuter » quelqu’un de vegan dans des médias non véganes ?

« Que pense une association Vegan* d’une telle affaire ? Lydie Visona, présidente de Cali (Cause animaux libre Isère) tient clairement à se démarquer d’un tel mode d’action.

« Je le réfute totalement, ce n’est pas comme cela qu’on fera passer notre message », nous dit-elle.

Et la militante de la cause animale de marquer son refus d’un slogan comme « Vegan Terror » : « Vegan, c’est un mouvement de compassion, pas un mouvement de terreur ! », assure-t-elle pour conclure. »

Réfuter quelque chose peut être juste selon son propre point de vue : cette association a fait le choix du pacifisme, considérant comme un acte militant de rester « immobiles pendant plusieurs heures, sans parler avec des affiches sur les animaux ».

Elle est donc cohérente en rejetant une action violente.  Notons par contre qu’elle ne l’est par contre pas du tout lorsqu’elle met en avant la « libération animale » sur ses réseaux sociaux, parce qu’un tel concept n’a rien de pacifiste. Quand on est pacifiste, on n’est pas pour la libération animale, on est pour la réforme, pour les droits des animaux, éventuellement pour l’abolitionnisme.

Mais passons, ce qui compte c’est ici la question : était-il juste d’ajouter sa voix à celle des propriétaires pour dénoncer une action végane, même si on la trouve erronée ?

Car, dans ce genre de situation, il n’y a pas trois camps, mais toujours deux. C’est d’une certaine être pris en otage, si l’on est en désaccord, c’est indéniable. Mais à un moment il faut choisir dans quel camp moral on se place.

Si on ne peut pas expliquer à un journaliste qu’il est cohérent que quelqu’un s’en prenne à une boucherie – même si l’on trouve cela erroné, contre-productif éventuellement – alors autant abandonner le véganisme directement et mettre la clef sous la porte.

On ne peut pas dire que les animaux se font torturer et exterminer par millions sur la planète et après pleurer pour quelques vitres. Ce serait aberrant. Un mouvement qui ne sait pas comprendre et saisir la nature de ses propres erreurs, s’il y en a, n’est pas un mouvement, mais l’image d’un mouvement, un fantôme.

Et à un moment donné, il faut choisir : veut-on réellement changer les choses, ce qui est compliqué, ce qui implique des faiblesses, des erreurs, ou bien veut-on juste s’intégrer dans la société en donnant un point de vue qui ne changera jamais rien?

Le “Rassemblement des écologistes pour le vivant” d’Aymeric Caron

Mais quel pays ! Au lieu de se mettre à travailler à la base, dans la population, tout est pourri à grande vitesse par des intellectuels, des carriéristes, des entrepreneurs. Et là Aymeric Caron prétend avoir trouvé la recette pour sauver le monde, annonçant sa candidature aux élections européennes de 2019 !

Allons donc ! Nous qui existons depuis le 9 Octobre 2004, on ne nous la fait pas. Nous avons assez de continuité, de pratique et de réflexion pour savoir de quoi il en retourne.

Et de culture, aussi. Parce que nous sommes en France, le pays de Pétain. Et que l’écologie, en France, c’est aussi, voire surtout, voire uniquement, le prétexte au culte de la petite propriété, de la petite production.

C’est le moyen pour le petit propriétaire, le petit bourgeois, le petit entrepreneur, le petit esprit aussi bien sûr, de chercher à exister, coûte que coûte. C’est flagrant dans le véganisme actuel : les animaux, ici, sont pris en otage par des gens qui ne mettront jamais les pieds dans un refuge, qui se préoccupent de cosmétiques et d’alimentation, de lancer leur boîte, en ayant aucune considération pour la vie sauvage.

Et comme il y en a beaucoup des gens comme cela, il y a un nombre incalculable d’associations toutes plus prétentieuses les unes que les autres qui se sont fondées ces dernières années. Avec à chaque fois, la photo du « président » ou de la « présidente » bien visible.

A cette course à l’ego, il est vrai qu’Aymeric Caron est très largement en tête. Alors autant sauter le pas : c’est ce qu’il a fait, annonçant hier dans une tribune dans Le Monde (payante sur le site!), qu’il fondait un « Rassemblement des écologistes pour le vivant » pour se présenter aux prochaines élections européennes.

Il y a déjà un Parti Animaliste pour faire cela, mais on connaît le principe de tous ces gens : moi d’abord ! Le Parti Animaliste avait mis des photos d’animaux pour se faire apprécier lors des dernières élections, Aymeric Caron pourra quant à lui mettre la sienne…

Pour faire bonne figure, il est vrai que la tribune est signée par Malena Azzam, « ancienne porte-parole de l’association PEA (Pour l’Egalité Animale) », et Benjamin Joyeux, « juriste en droit de l’environnement ».

Vous ne connaissez pas PEA (Pour l’Egalité Animale) ? Normal, c’est une association suisse. Malena Azzam est une cinéaste suisse, co-fondatrice de la Crémerie Végane en Suisse. N’y a-t-il donc rien dans notre pays, ni personne, pour aller chercher quelqu’un en Suisse ?

Quant à Benjamin Joyeux, il se présente comme un « écologiste atterré, européen altermondialiste et indianiste gandhien convaincu, inquiet du monde tel qu’il est mais curieux de ce qu’il pourrait être ».

C’est beau d’idéalisme ! Enfin, s’il n’avait pas été attaché parlementaire au parlement européen en 2009-2010, chargé de projet à Europe Ecologie Les Verts de 2010 à 2013, puis conseiller communication de la délégation Europe Ecologie au Parlement européen jusque fin septembre 2016…

Bon, arrêtons la casse et regardons le contenu : après tout, c’est cela qui compte. Que dit la tribune publiée dans Le Monde ?

Mettons la en entier, par principe. Il faut que chacun puisse juger.

L’écologie politique est dans l’impasse en France. Europe Ecologie-Les Verts (EELV) a perdu aujourd’hui la crédibilité nécessaire pour porter le projet d’une société réinventée autour du respect de la planète et de tous ses habitants, humains comme non humains. Les guerres d’ego et les calculs mercantiles n’expliquent pas à eux seuls ce fiasco.

Une des principales faiblesses d’EELV réside dans son mode de pensée dépassé : ce parti prône encore une écologie trop anthropocentrée, qui prétend que la nature est au service de l’homme. D’après cette conception, les animaux non humains, les mers et les forêts ne sont que des « ressources » qu’il faut prendre soin de ne pas épuiser trop vite.

De ce fait, EELV s’accommode du modèle économique néolibéral et se contente de lutter contre ses conséquences les plus néfastes pour la planète. On peut qualifier ce modèle d’« écologie molle ».

Résultat : la défense des droits des animaux n’avance pas d’un pouce, l’industrie continue de faire la loi sur notre agriculture, notre politique énergétique reste indéfectiblement liée au nucléaire, la destruction de la biodiversité s’accélère, en même temps que la pollution de l’eau, de l’air et des sols.

Il y a peu pourtant, plus de 15 000 scientifiques de 184 pays signaient un texte dans la revue BioScience , pour alerter sur la gravité de la situation actuelle. Entre 1990 et 2015, la surface des forêts mondiales a diminué de 129 millions d’hectares, ce qui équivaut à la surface de l’Afrique du Sud.

La disponibilité d’eau douce par habitant a diminué de moitié depuis le début des années 1960. Les trois dernières années ont été parmi les plus chaudes jamais enregistrées, et le réchauffement climatique risque d’atteindre 4 0C à la fin du siècle.

Nous avons déclenché la sixième extinction animale de masse sur Terre : au cours des quarante dernières années, les populations de vertébrés ont baissé de 60 % et les grands mammifères sauvages auront probablement tous disparu dans quelques décennies. La pollution engendre par ailleurs chaque année la mort de plus de 12 millions de personnes dans le monde, les pesticides en tuent 200 000 et l’antibiorésistance 700 000.

Face à l’indifférence des partis de gouvernement qui continuent de promouvoir les politiques responsables de la catastrophe, et pour répondre aux manquements des partis écologistes actuels, s’impose la nécessité d’une nouvelle formation qui défende les intérêts du vivant sous toutes ses formes, le bonheur individuel et collectif, la non-violence, la liberté de chacun à s’épanouir dans sa singularité et dans le respect d’autrui. Dans ce but, le Rassemblement des écologistes pour le vivant (REV) voit aujourd’hui le jour.

Le REV est porteur d’une écologie nouvelle, radicale, que nous nommons « essentielle ». Cette écologie s’interroge sur nos devoirs à l’égard de toutes les formes du vivant, auxquelles nous reconnaissons une valeur intrinsèque, indépendamment de l’utilité immédiate que nous pouvons en retirer. Toute parcelle de vie possède en effet a priori le même droit que chacun d’entre nous à persévérer dans son existence, et l’appartenance à l’espèce dominante ne nous autorise en rien à détruire une vie animale ou végétale sans nécessité absolue.

Cette écologie souhaite donc repenser la place de l’homme dans le cycle du vivant en l’appelant à l’humilité, et en lui demandant d’endosser le rôle de tuteur de toutes les formes de vie, puisque nous avons désormais sur elles le pouvoir de destruction ou de préservation.

Cette écologie essentielle est antispéciste : elle réclame des droits fondamentaux pour chacun des animaux non humains, à commencer par le droit de vivre et celui de ne pas être maltraité. Actuellement, nous élevons et tuons chaque année plus de 70 milliards d’animaux non humains terrestres, et nous pêchons 1 000 milliards d’animaux marins, dans le seul but de satisfaire nos estomacs et les intérêts de grands groupes agroalimentaires.

Est-il encore moralement acceptable de jouir ou de s’enrichir sur le calvaire de milliards d’êtres vivants sensibles ? Nous réclamons la suppression de la corrida, l’interdiction de la chasse, des zoos, des animaux dans les cirques, de la vivisection, et bien évidemment la fin programmée de la viande grâce au lancement d’une transition agricole vers un modèle entièrement végétal.

Nous demandons que soit accordée une identité juridique à toutes les expressions du vivant avec lesquelles nous interagissons. A ce titre, nous souhaitons la reconnaissance par le droit international du crime d’« écocide », c’est-à-dire de l’atteinte à un écosystème, afin de faire condamner les dirigeants d’entreprise et les politiciens complices qui polluent, cancérisent, exproprient ou détruisent des terres. Notre Constitution nationale doit par ailleurs intégrer le respect de la planète comme l’un de nos impératifs.

L’écologie essentielle est porteuse d’un projet global qui prône la fin de l’exploitation sous toutes ses formes : exploitation de la nature, des animaux, mais aussi des humains. Or les inégalités extrêmes explosent : selon l’ONG Oxfam, 82 % des richesses créées dans le monde l’an dernier ont profité aux 1 % les plus riches, tandis que la moitié de la population mondiale n’en a tiré aucun bénéfice.

Il convient de mettre en place une politique de l’empathie et de la coopération : réduction des inégalités, renforcement des mécanismes de solidarité, consolidation et amélioration des services publics de santé, d’éducation, de transport et de culture. Il nous faut laisser de côté la question « combien cela va rapporter, et à qui ? » et privilégier la seule qui vaille : « Cela va-t-il contribuer au bonheur réel ? »

A cette fin, le REV milite pour une réduction substantielle du temps de travail, la décroissance de notre consommation, le renouvellement des pratiques démocratiques, le partage équitable des richesses avec un revenu d’existence doublé d’un plafonnement des plus hauts revenus, l’instauration d’un gouvernement mondial ou encore la fin progressive des frontières qui séparent les hommes.

Nous, signataires de cette tribune et fondateurs du Rassemblement des écologistes pour le vivant, n’avons aucune ambition politique personnelle : les places ne nous intéressent pas. Nous souhaitons simplement favoriser l’expression d’un mouvement de pensée révolutionnaire pour les droits du vivant.

L’objectif du REV est d’être présent aux prochaines élections européennes, en 2019, et d’y incarner l’alternative écologiste en faisant émerger de nouveaux profils. Afin de n’être prisonnier de personne, le REV ne s’appuie sur aucune structure politique ou associative existante. Il se développera au gré des volontés individuelles, et de toutes ces énergies fatiguées d’être empêchées de rêver un avenir meilleur pour les hommes, les animaux non humains et la nature.

Bon, passons sur le fait qu’un ancien membre de l’élite d’Europe Ecologie-Les Verts tombe à bras raccourcis dessus, après tout on peut changer d’avis. Enfin bon, là c’est quand même changer d’avis une fois le plan de carrière bloqué.

Passons aussi sur cette histoire de « gouvernement mondial », qu’on voit mal volé à quelqu’un d’autre que nous qui en parlons régulièrement. Bref.

Essayons de chercher quelque chose de constructif. La tribune dit que le monde va mal… qu’il faut savoir partager… qu’il faut respecter tous les êtres vivants… qu’il faut aller voter. Somme toute, l’Église catholique dit la même chose, mais pour appeler à aller prier, pas à voter.

Parce qu’au fond, cette tribune n’a qu’une fonction : bien souligner qu’il ne s’agit pas d’un programme révolutionnaire, qu’il n’y a bien aucune remise en cause de la propriété, qu’il ne s’agit pas d’un appel à l’offensive pour la libération animale, pour la défense de la Nature.

Bourgeois, dormez tranquille ! Pollueurs, polluez tranquille ! Laboratoires de l’exploitation animale, massacrez tranquille ! Etc. etc. malheureusement.

On dira qu’il reste la défense de la « valeur intrinsèque » de tout être vivant. Comme nous le disons nous-mêmes depuis longtemps, nous avons un certain niveau sur ce plan et nous ne trouvons pas d’écho significatif à une telle philosophie dans la tribune.

Car quand on est biocentriste, un seul raisonnement se pose de lui-même : il y a une guerre contre Gaia, je me place dans le camp de Gaia en cherchant à être le plus utile. Avec en perspective de gagner la guerre.

Vu comme cela, au mieux Aymeric Caron n’est pas biocentriste, c’est un hippie déconnecté, soit un petit-bourgeois qui veut que tout ralentisse, que tout soit freiné, car tout va s’effondrer.

Dans les deux cas, c’est quelqu’un qui n’entre pas en rupture avec un monde affreux qu’il faut changer de fond en comble. Il faut une révolution contre le béton, contre les drogues, contre l’ennui, contre la superficialité, contre l’abrutissement, contre ce qui empêche l’épanouissement.

Aymeric Caron, lui, n’est pas fondamentalement insatisfait de ce monde. Il entend coopérer avec lui, le changer, le transformer. Mais c’est impossible. Il faut une révolution, tant dans les mentalités, que matériellement.

Il contourne le problème de fond : comment briser Mc Donald’s et Nutella ? Et la réponse ne peut exister que sur le terrain, pas à la télévision, pas sur Facebook, pas aux élections, mais avec les gens, dans les luttes concrètes, dans l’affrontement avec ce qui détruit la Nature.

La bataille pour la planète a besoin de combattants, pas de contorsionnistes cherchant à montrer leur tête partout dans les médias ! Les animaux n’ont pas besoin de témoignage, mais de libération !

Réfléchir à la question de la mort

Établir un rapport positif avec les animaux amène un grand risque : celui de la fragilité par rapport à la mort. C’est l’une des raisons pour lesquelles certaines personnes n’adoptent pas ou refusent de s’attacher (tout au moins l’imaginent-elles).

Avoir un être proche qui disparaît est toujours une grande souffrance et les animaux avec qui on peut avoir un lien – chien, chat, ou encore cochon d’Inde, rat, – ont un cycle de vie bien plus court que le nôtre.

Cette différence de cycle pose un énorme souci. D’autant plus que l’établissement de certains animaux comme « animaux de compagnie » est lié à ce cycle. Ainsi, les cochons d’Inde sont censés aller avec les enfants, parce qu’ils ne vivent que quelques années, le temps que l’enfance passe.

On connaît donc le terrible dédain qui les marque si l’enfant, s’imaginant avoir « grandi », considère qu’il est de son devoir de ne plus s’y attacher, de ne plus y porter attention, voyant cela comme « indigne » du nouvel être qu’il serait.

Il en va pareillement, en fait, des chiens également : l’adolescent considère qu’il est le centre de sa propre attention et délaisse un compagnon toujours fidèle, lui.

Le rapport à la mort est si difficile que, bien entendu, la personne qui sait que l’animal va mourir et qui n’a pas assez de maturité, va chercher à s’en éloigner. D’autres, plus sages, s’en rapprochent. L’effet inverse est alors de ne jamais s’en remettre, alors que la vie continue, mais cela est vrai aussi pour des rapports entre humains.

Cette question de la mort est si importante dans le rapport à la mort qu’elle peut virer à l’obsession, dans un sens morbide. On connaît la tendance qu’ont de nombreuses personnes véganes à privilégier la couleur noir, une tendance au sinistre ou au cynique, avec comme ignoble expression parfois les défilés avec des animaux morts dans les mains.

Cela n’a rien à voir avec le véganisme comme amour des animaux, car l’amour signifie également et surtout le bonheur, la joie, la vie. C’est à croire d’ailleurs que certains prennent les animaux en otage pour exprimer leur peur de la mort, de la fragilité de la vie. La situation des animaux dans les abattoirs fait alors de pendant à la souffrance du Christ sur sa croix.

Le caractère stérile d’une telle dénonciation de la vérité ne va pas sans dire. On est là dans une forme en décalage total avec la réalité animale.

Précisons cependant que le rejet du concept de « Nature » relève de la même démarche, généralisée cette fois à l’ensemble de la vie sur Terre.

On notera aussi, pour être exhaustif, que le romantisme nazi, notamment lié à black metal, fait inversement un fétiche de la mort au sein de la Nature, au moyen d’un néo-darwinisme cynique et malsain, refusant de voir l’ensemble de la vie, au profit d’une lecture individualiste et guerrière de l’existence.

Tout cela est très problématique et on sait comment l’hindouisme a résolu le problème, en le contournant, au moyen de la réincarnation.

Non seulement chaque être se réincarne, mais qui plus est l’univers connaît une série de cycles se répétant. Pourquoi alors s’inquiéter de la mort dans la vie, si la vie n’est qu’un épisode constitué d’une multitude d’épisodes ?

Il va de soi qu’aimer les animaux signifie ne pas pouvoir se satisfaire d’une telle évocation des sentiments dans un au-delà mystique. Aimer les animaux signifie donc, bien souvent, les voir mourir.

Ainsi, quand on adopte un animal, on sait qu’on le voir mourir. Si on en adopte beaucoup, alors on sait qu’on en verra beaucoup mourir. On n’aurait tort de sous-estimer l’impact dévastateur que cela peut avoir.

Cela travaille forcément et si c’est vrai pour un médecin, pourquoi ne le serait-il pas pour un vétérinaire, une personne dans un refuge, une personne adoptant régulièrement des animaux ?

Le rapport à la mort, comme on le sait avec les médecins ou les croque-morts, induit souvent un humour noir, un certain cynisme, des attitudes pouvant choquer. On se doute que c’est une soupape de sécurité ; cela n’en heurte pas moins.

De manière bien plus compréhensible, pour s’attarder sur le principe de la réaction face à la mort, il y a la culture vegan straight edge du type hardline qui se focaliser sur la rétribution, sur la justice comme forme de violence que doivent connaître ceux qui maltraitent les animaux.

A la mort répond la mort, comme justice totale, avec une dimension universelle, d’où souvent l’inspiration dans l’imagerie religieuse apocalyptique, notamment médiévale, romantique noir, etc.

Il y a inévitablement davantage de dignité dans une telle attitude, car au-delà de la justice elle-même, il y a l’expression d’un manque. Il ne s’agit pas que de dénoncer le martyr des animaux, encore faut-il souligner l’importance de leur manque et cela doit provoquer la rage.

Les gens qui s’habillent en noir et portent un animal mort lors d’un petit défilé ne parlent que d’eux-mêmes, de leur propre angoisse, de leur propre peur. S’ils voulaient défendre vraiment la dignité de l’animal, ils lui accorderaient un enterrement digne et raisonneraient ensuite sur comment la justice doit s’exercer.

Telle est d’ailleurs la réponse. La mort est naturelle, mais il faut l’accepter. Par contre, arracher la vie à elle-même avant son terme, supprimer une vie en développement, c’est attaquer la vie elle-même.

Se positionner pour les animaux signifie donc se positionner la vie, la vie en général, et dire que la justice doit être conforme avec cette défense universelle de la vie.

L214 évalue les animaux non pas à la sensibilité, mais au regard humain

Nous avions déjà parlé de la belle chanson de Bruce Cockburn « If a tree falls », qui fait allusion à une phrase de l’évêque George Berkeley, au 18e siècle :

« Si un arbre tombe mais que personne ne l’entend, fait-il du bruit ? »

La chanson renverse la perspective, ce qui est la démarche de base quand on reconnaît une valeur en soir à la Nature.

Les végétaux et les animaux ont une valeur en soi. Ce n’est pas parce qu’on ne voit pas un animal mourir qu’il ne meurt pas, et sa valeur ne dépend en général pas de ce regard.

La Nature existe en soi, la vie a une valeur en soi. La valeur ne dépend pas du choix accordé, l’existence ne dépend pas du choix accordé. Les êtres humains peuvent ne pas aimer les cafards, les rats, les pigeons : la vie des cafards, des rats, des pigeons continuent, car cela relève de la Nature, plus puissante que toutes les vaines tentatives humaines.

Le réchauffement climatique va remettre en place d’ailleurs le décalage de l’humanité par rapport à la réalité, l’ordre naturel. La vie existe, en soi, indépendamment de ce que l’humanité en pense ou pas.

Ce n’est pas le point de vue de L214, qui montre une fois de plus que son principe, c’est un témoignage catholique, une complainte de classe moyenne devant l’horreur du monde, une lamentation d’humain prenant le sort des animaux en otage.

Voici ainsi le message posté hier par L214.

Parler de toutes les choses fausses dans cette image pourrait prendre des heures. Il y a par exemple l’éloge de la domestication avec le chien, car même si le chien est notre ami et le restera, son statut de serviteur de l’être humain date de la même période que la domestication et donc l’élevage des cochons.

Il y a le côté culpabilisation du texte sur le fait de naître sous une bonne étoile, ce qui ne veut d’ailleurs rien dire à moins de croire en la réincarnation et de penser qu’on peut être indifféremment chien, cochon ou être humain, etc.

Il y a d’autres aspects encore (le cochon allongé ou sans doute mort, le cliché de la femme aux cheveux longs sous les étoiles, etc.), mais c’est secondaire par rapport au vrai problème de fond, consistant en cette affirmation absurde :

« Ce qui les distingue le plus n’est pas leur sensibilité ou leur intelligence, mais le regard que nous leur portons. »

On dira déjà peut-être : ce n’est jamais qu’une image. Ce qui n’est pas vrai : L214 a réussi à accumuler de très importantes sources de financement et la personne qui a réalisé cette image a été payée, tout comme celle la mettant en ligne (si ce n’est pas la même).

Cette image relève d’un choix, tant marketing que philosophique. Il est donc juste et nécessaire de voir ce qu’elle vaut, surtout qu’elle montre une chose très simple : le véganisme actuel n’aime pas les animaux, il les prend en otage pour sa complainte.

Les animaux n’ont pas de valeur en soi, pas plus que la Nature, une question d’ailleurs liée. C’est le regard humain sur l’animal qui compte. C’est de l’anthropocentrisme.

On entend déjà ici une voix dire : mais non, c’est le contraire, L214 a voulu dire que les animaux peuvent avoir une sensibilité ou une intelligence similaire, mais que l’être humain fait des distinctions qui n’ont pas lieu d’être.

D’où le cochon et le chien, qui sont considérés comme d’égale intelligence, quoiqu’une telle comparaison puisse avoir de sens (comment évaluer réellement une intelligence? Chaque espèce n’existant que par son milieu, l’être humain y compris).

Mais, justement, c’est cela l’anthropocentrisme.

L’anthropocentrisme, c’est considérer que l’être humain est au centre, que ses distinctions ont une importance. Que l’être humain peut décider, selon sa conscience, en-dehors de la réalité.

C’est là le problème : L214 ne fait en pratique que renverser le système de valeurs anthropocentristes, mais  sur la base de l’anthropocentrisme. Ce qui annule toute la critique.

L214 dit le contraire que le “spécisme”, mais le fait en s’appuyant sur l’humanité, non pas les animaux, ni la Nature. C’est de l’anthropocentrisme.

Donnons quelques exemples, parallèles utiles pour saisir cela. Le philosophe allemand Heidegger expliquait que l’existence en général n’avait de sens que parce que l’être humain était le témoin de celle-ci, grâce à la poésie libérée de toute règle.

L’être humain est censé être “le berger de l’être”. C’est son regard particulier qui témoignerait de l’existence dans l’absolu. Sans le regard humain, pas d’histoire, pas de langage, c’est d’ailleurs ce qui est enseigné au lycée en terminale en philosophie.

Les religions monothéistes ne disent pas autre chose, avec l’humanité ayant un statut « à part ». Dieu aurait organisé la création de l’être humain, afin de témoigner de sa création en général.

Tout n’existerait que par l’être humain, voire pour l’être humain. Tout passe par l’être humain.

Notons que parfois les religions sont liées à une reconnaissance au moins partielle de la Nature, comme ici l’Islam qui a sans doute la présentation la plus belle de cette question, avec le verset 72 de la sourate Les coalisés du Coran :

« Nous avions proposé aux cieux, à la terre et aux montagnes la responsabilité (de porter les charges de faire le bien et d’éviter le mal). Ils ont refusé de la porter et en ont eu peur, alors que l’homme s’en est chargé ; car il est très injuste [envers lui-même] et très ignorant. ».

Cette vision négative et autocritique est malheureusement bien entendu totalement effacée par l’existence d’un prétendu message divin avec des lois « parfaites ». L’Islam dit que l’être humain est ignorant, mais en même temps des lois « divines » (en fait humaines pour nous athées) viennent corriger le tir, et la démesure est alors de nouveau permise.

C’est une critique de l’anthropocentrisme, finalement anthropocentriste. Suivant cette conception, l’être humain décide, il est au centre. C’est sa manière de voir les choses qui déciderait de tout.

L’absurde théorie de « l’antispécisme » ne dit pas autre chose, en prétendant simplement inverser la chose. Il y aurait le spécisme, il faudrait l’antispécisme, alors qu’en réalité s’il y a bien anthropocentrisme, ce dernier est vain.

L’humanité n’est pas « un empire dans un empire », comme l’a bien dit Spinoza, mais un aspect d’un ensemble, la Nature. Il est donc faux de dire que la chute d’un arbre dans un bois n’aurait pas de « sens » si aucun humain ne l’entend…

Tout ce qui se passe est strictement cohérent et ne provient pas d’une « déviation ». L’être humain n’est pas mauvais et il n’a pas fait de « mauvais choix », il a fait ce qu’il a pu, ce qu’il a du, et maintenant justement il doit cesser de faire un fétiche du passé et faire ce qu’il peut, ce qu’il doit.

Le véganisme est ce qu’il peut, ce qu’il doit. Le véganisme n’était pas possible il y a 500 ans, ni il y a 1000 ans. Il est possible aujourd’hui, et nécessaire.

Pourquoi ? Parce qu’aimer les animaux est naturel. La vie appelle la vie, c’est aussi simple que cela. C’est une question de rapport à la Nature dans son ensemble.

Aussi, ce sont les animaux qui doivent être au centre de la question. Mais les animaux, les « vegans » d’aujourd’hui les préfèrent morts ou souffrants, ils utilisent leurs cadavres pour défiler habiller en noir, mettant en valeur… leurs affres, leurs tourments, leur culpabilité.

Et malheureusement, des gens qui aiment vraiment les animaux se font happer par ce pessimisme, ce nihilisme, qui prend les animaux en otage pour ne parler que d’eux-mêmes.

Aussi le critère n’est pas le regard porté, bon ou mauvais, mais les animaux, la Nature, la vie en soi.

Nicolas Hulot : “Ne soyons pas excessifs”

Madame Figaro vient de faire une interview de Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique. Voici un petit extrait de cet interview, qui montre que le problème, ce ne sont pas seulement les partisans ouverts de l’exploitation animale.

Ceux-là sont facilement compréhensibles, visibles, caricaturaux. Les grands chefs d’entreprise et les chasseurs n’ont pas la confiance de la grande majorité de la population. Mobiliser contre eux est possible, parce que leur rapport à la réalité est flagrant. Ce sont des beaufs et des profiteurs.

Cependant, il y a aussi ceux qui ne veulent pas être « excessifs ». Ceux-là sont des ennemis masqués. De L214 à Nicolas Hulot, ils disent qu’on a le temps, que le progrès est inévitable. Ils cachent que les choses empirent à l’échelle mondiale, que finalement pas grand-chose ne change pour les animaux.

Ils prennent un petit élément positif et le généralisent, alors qu’il est anecdotique. Qu’importe aux animaux à l’échelle mondiale qu’il y ait 3 % de gens vivant vegans dans certains pays du monde, si l’exploitation animale va doubler d’ici cinquante ans ?

Dans l’ordre du jour, la jeunesse devrait vouloir tout casser et la révolution devrait avoir eu lieu quarante fois. Au lieu de cela, tout est d’une mollesse complète, pour ne pas dire une paresse criminelle.

On se complaît dans un quotidien individuel qui, somme toute, est vivable, en se disant qu’il y a pire ailleurs. Et puis, il y a les petits efforts qu’on fait, qui suffisent à se donner bonne conscience…

Les propos de Nicolas Hulot relèvent tout à fait de cette approche de Ponce Pilate.

La viande est l’aliment qui impacte le plus le climat. Doit-on devenir végétariens ?

Ne soyons pas excessifs. Deux membres de ma famille sont végétariens. Moi, je suis flexitarien : j’ai divisé ma consommation de viande par quatre. J’en achète moins, mais de meilleure qualité, de proximité et bio.

Quitte à la payer un peu plus cher. L’agriculture représente 20 % de nos émissions de gaz à effet de serre. Elle peut être un problème, une victime, mais aussi une solution.

Quand un paysan élève son bétail avec de la prairie, il permet la capture du carbone par le sol.

Les agriculteurs peuvent ainsi – et c’est un exemple parmi tant d’autres les concernant- participer à la lutte contre le changement climatique. Mais il faut aussi qu’ils s’y retrouvent économiquement.

La souffrance animale dans les abattoirs et les fermes industrielles suscite un débat grandissant. Des enseignes, comme Monoprix, bannissent les œufs en batterie de leurs rayons. Comment aller plus loin ?

Les révélations nécessaires d’associations comme L214 ont permis de sortir d’une forme d’hypocrisie.

Je trouve inadmissible ces élevages industriels et ces conditions de transport ignobles, où les animaux sont, entre autres, trimballés sur de grandes distances en plein été. Les fermes de 10 000 vaches et les élevages de poulets en batterie sont d’une autre époque.

On peut améliorer les choses. Sur l’abattage, il faut créer les conditions pour que la peur de la mort soit réduite au maximum… Je veux engager une réflexion sociétale sur ce sujet de civilisation.

Nous sommes la partie consciente de la nature, capables d’attention et de bienveillance vis-à-vis des autres êtres vivants, et qu’en faisons-nous ? Pour mériter notre intitulé d’Homo sapiens, nous devons le démontrer.

La civilisation, ce serait de ne pas être excessif… Comme si c’était sa propre conscience qui décidait de la réalité, comme si rester mesuré dans ses choix avait une valeur en soi…

C’est ni plus ni moins que la capitulation masquée derrière le visage du « raisonnable ».

Tribune dans France-Soir sur l’alimentation végétalienne

France-Soir a publié une tribune très utile et très importante. Signée par des professionnels de la santé, elle appelle à ce que soit reconnue par les autorités françaises le fait que l’alimentation végétalienne soit saine à tos les âges de la vie.

C’est un document qui au-delà d’apporter sa pierre à l’édifice, peut être véritablement très précieux pour les personnes se retrouvant par exemple à l’hôpital ou bien dans n’importe quelle situation où il faut justifier que le végétalisme ne soit pas « nocif ». Les situations individuelles dans ce genre de situation de dépendance par rapport à une autorité hostile est, on s’en doute, plus que difficile.

Peu de gens le savent: les recommandations nutritionnelles officielles de nombreux pays reconnaissent l’alimentation végane/végétalienne comme une alimentation saine et viable. S’appuyant sur le consensus scientifique existant, ces recommandations définissent les légumineuses, les fruits à coque/oléagineux et les produits à base de soja comme “aliments riches en protéines” au même titre que les “viandes, poissons, œufs“.

De même, les laits végétaux/boissons végétales enrichis en calcium sont inclus dans le groupe “produits laitiers et substituts“. C’est notamment le cas de la pyramide alimentaire officielle de référence en Belgique, à deux pas de chez nous.

Tour d’horizon : les Etats-Unis abritent la plus grande association de diététiciens au monde -l’Academy of Nutrition and Dietetics- regroupant environ 67.000 nutritionnistes, qui se penche sur la question depuis 1987 et selon laquelle “les​ ​alimentations​ ​végétariennes correctement​ menées,​ ​dont​ ​le​ ​végétalisme,​ ​sont​ ​saines,​ ​adéquates​ ​sur​ ​le​ ​plan​ ​nutritionnel,​ ​et peuvent​ ​présenter​ ​des​ ​avantages​ ​dans​ ​la​ ​prévention​ ​et​ ​le​ ​traitement​ ​de​ ​certaines​ ​maladies.​ ​Les alimentations​ ​végétariennes​ ​bien​ ​menées​ ​sont​ ​adaptées​ ​à​ ​tous​ ​les​ ​stades​ ​de​ ​la​ ​vie,​ ​notamment aux​ ​femmes enceintes,​ ​aux​ ​femmes​ ​qui​ ​allaitent,​ ​aux​ ​nourrissons,​ ​aux​ ​enfants,​ ​aux​ ​adolescents ainsi​ ​qu’aux​ ​sportifs“.

Par exemple, la Fondation britannique pour la Nutrition indique que “des​ ​études​ ​menées​ ​auprès​ ​d’enfants​ ​végétariens​ ​et​ ​végétaliens​ ​au​ ​Royaume-Uni​ ​ont​ ​montré que​ ​leur​ ​croissance​ ​et​ ​leur​ ​développement​ ​suivaient​ ​des​ ​courbes​ ​normales​”.

La viabilité et les avantages d’une telle alimentation sont également rappelés par le ministère américain de l’Agriculture, l’association des diététiciens du Canada, le Conseil national de la santé et de la recherche médicale australien, ou le Service national de la santé du Royaume-Uni, par exemple.

La direction générale de la santé du Portugal précise en outre que “les​ ​études​ ​montrent​ ​non​ ​seulement​ ​l’importance​ ​d’une​ ​consommation​ ​régulière d’aliments​ ​végétaux,​ ​mais​ ​également​ ​le​ ​fait​ ​qu’une​ ​alimentation​ ​reposant​ ​exclusivement​ ​sur​ ​ces produits​ ​protège​ ​aussi​ ​bien,​ ​sinon​ ​mieux,​ ​la​ ​santé​ ​humaine“.

Une attention particulière est à porter aux apports en vitamine D3 et, surtout, en vitamine B12.

S’il existe des sources végétales de vitamine D3, la vitamine B12 est fabriquée exclusivement par certaines bactéries, que l’on cultive désormais aussi en laboratoire.

La vitamine B12 de culture ainsi produite dans le monde sous forme de complément alimentaire est surtout destinée aux animaux d’élevage. Pour les personnes véganes, il est donc possible de la consommer directement.

Il existe pour cela des suppléments et des aliments enrichis, qui sont indispensables à une alimentation végane équilibrée. Chez le nourrisson, l’allaitement maternel prolongé ou l’utilisation de préparations pour nourrissons (laits infantiles 1er et 2e âge) à base de protéines végétales sont recommandés jusqu’à l’âge de 4 à 6 mois.

Nous soussignés, médecins, nutritionnistes, professionnels de santé, appelons ainsi le ministère de la Santé à reconnaître que l’alimentation végane/végétalienne est possible à tous les âges de la vie, et à l’inclure -avec ses avantages, ses contraintes, ainsi que les sources véganes de protéines et de minéraux- dans une mise à jour des publications officielles: Programme National Nutrition Santé (PNNS), pyramide alimentaire officielle, etc.

Par ailleurs, nous appelons les médias à être attentifs aux conflits d’intérêts potentiels chez les professionnels de santé invités à exprimer dans leurs colonnes ou sur leur antenne leur opinion sur le véganisme, et à exiger de ces derniers une opinion fondée sur des données scientifiques sourcées.

Les signataires, par ordre alphabétique

Dr. Christophe André, docteur en médecine, psychothérapeute, psychiatre, chargé d’enseignement à l’Université Paris X

Catherine Amadoro, infirmière

Malaury Aye, diététicienne nutritionniste

Emeline Bacot, diététicienne nutritionniste

Perrine Bellanger, diététicienne

Dr. Jérôme Bernard Pellet, médecin nutritionniste

Loïc Blanchet-Mazuel, médecin généraliste

Killian Bouillard, docteur en sciences du sport, enseignant en nutrition

Yulia Brancart-Stepanenkova, diététicienne

Dr. Ludivine Buhler, médecin généraliste

Dr. Alexandre Chan, docteur en pharmacie

Stella Choque, infirmière cadre de santé, formatrice

Marica Concilio, nutritionniste

Maelle Cravero, gériatre et praticien hospitalier en médecine interne/gériatrie/neurologie

Marjorie Crémadès, diététicienne nutritionniste

Dr. Sébastien Demange, médecin généraliste

Dr. Denis Del Nista, médecin urgentiste

Dr. Catherine Devillers, médecin généraliste et médecin scolaire

Dr. Michèle Engel, médecin généraliste

Dr. Thomas Erpicum, docteur en biochimie

Amandine Goncalves, infirmière

Dr. Colette Goujon, neurologue, praticien hospitalier

Catherine Grusenmeyer, diététicienne nutritionniste

Angélique Guehl, diététicienne nutritionniste

Dr. Pauline Guimet, médecin généraliste

Maëlle Kane, nutritionniste

Dr. Elisabetta Lanciano, médecin généraliste

Dr Nathalie Lecroq, psychiatre, psychothérapeute addictologue

Sarah Lepretre, diététicienne

Dr. Florie Martinez Courant, médecin généraliste

Valérie Monod, infirmière

Kathleen Nunez, diététicienne nutritionniste

Dr. Emmanuelle Peris, médecin en santé au travail

Dr. Amélie du Peuty, médecin généraliste

Sylvie Quentin, aide soignante

Dr. Stéphane Rieu, médecin généraliste

Dr. Valérie Rieu, médecin urgentiste

Ludovic Ringot, cadre diététicien

David Ruffieux, nutritionniste diplômé en biochimie et biologie cellulaire

Florian Saffer, diététicien et nutritionniste du sport

Séverine Sénéchal, diététicienne nutritionniste

Thomas Sluys, Kinésithérapeute

Sophie Sun, médecin généraliste

Bérengère Verstraete, infirmière anesthésiste

L214 fait de l’éleveur Jean Rochefort un “défenseur des animaux”

L214 a salué la mémoire de Jean Rochefort, acteur décédé hier, en le présentant sous un jour extrêmement positif pour son rôle en faveur des animaux. Naturellement, nous avons voulu savoir dans quelle mesure c’était vrai.

Car c’un cas d’école chez L214 que cete récupération manipulatrice et mensongère de n’importe qui ou n’importe quoi, en en appelant à l’irrationnel et au sentimentalisme au moyen de quelques anecdotes censées être représentative d’une défense des animaux.

L’exemple est d’ailleurs parlant. Voici donc ce qu’a dit L214 sur son facebook :

Jean Rochefort était censé avoir porté “un profond respect à tous les animaux”. Le minimum pour cela voudrait dire qu’il était vegan (et nous ne pensons pas qu’être vegan soit d’ailleurs suffisant, car il faut aimer les animaux et les soutenir dans les faits).

Il ne l’était pas, même pas végétarien d’ailleurs, et en plus c’était un éleveur professionnel, un fanatique de l’utilisation des chevaux. L214 peut appeler cela être “amoureux des chevaux”, ce n’est pas notre point de vue.

Précisons bien qu’il ne s’agit nullement d’accabler Jean Rochefort comme individu, qui plus est à l’occasion de sa mort. C’est l’interprétation irrationnelle (ou manipulatoire) qu’il s’agit de critiquer ici.

Que Jean Rochefort ait pu avoir quelques avis sympathiques, certainement, comme par ailleurs l’écrasante majorité des gens si on y regarde bien… Mais jouer sur la sensiblerie pour masquer les curseurs et les frontières, pour gommer la différence entre ce qui est juste et injuste, bien et mal, c’est non.

Le lien mentionné par L214 aboutit d’ailleurs à un très court extrait de propos de Jean Rochefort à la radio France Culture en 2012.

Jean Rochefort y explique que les abattoirs industriels, c’est une horreur, et qu’il regrette le temps où le bourgeois et la personne moyenne mangeant le “même poulet”.

Cela n’en fait pas une critique de la réalité allant dans le sens de la libération animale… C’est simplement une nostalgie classique, comme on en trouve dans le film “L’aile ou la cuisse”

C’est l’idéalisation classique du passé, propre à un homme par ailleurs connu pour son engagement dans la droite conservatrice. Son style dandy a correspondu à des valeurs de la bourgeoisie traditionnelle, celle qui avait encore des valeurs, une éducation et des principes (qui ne sont pas les nôtres par ailleurs).

Jean Rochefort a donc dénoncé l’abattage industriel, comme par ailleurs la corrida. Mais ce sont des anecdotes, car en pratique il a été un éleveur de haut niveau, et même “à l’origine de la première transplantation d’embryons chez la jument”, comme on l’apprend dans une interview donnée au magazine équestre “Cheval Savoir“.

C.S. Parlez-nous de Jean Rochefort éleveur…

J.R. J’ai été absolument passionné par l’élevage, et là aussi, je fonctionnais complètement à l’instinct.

Un jour, j’étais avec ma jument de concours, Téfine, une jument vendéenne qui avait un peu de sang cob normand, et d’excellents aplombs. Un homme (manifestement un éleveur pur et dur) est passé à côté de moi et a laissé tomber : “quand on a une jument qui a un dos comme ça, on devrait la faire pouliner”.

J’ai obéi ! J’ai cherché un étalon, et j’ai voulu Laudanum, comme ça, par coup de coeur ; je n’étais pas compétent, mais j’adorais ce cheval.

J’ai fini par le trouver, boiteux, au fond d’une cabane. La saillie (en monte naturelle bien sûr…à l’époque il n’y avait que cela) a eu lieu sous l’ironie des personnes présentes. C’était la première, ou peut-être la deuxième saillie de Laudanum.

Il a ainsi été le père de Nashville, (je donne toujours des noms de films à mes poulains) qui a fait une carrière magnifique sous la selle de Jean-Maurice Bonneau.

Laudanum a eu ensuite la carrière de reproducteur que l’on sait, et une des filles de Nashville a été l’an dernier en tête des gains des chevaux de 6 ans, alors qu’elle ne toise que 1,53 m !. (…)

C.S. Toujours à propos de votre passion d’éleveur, vous avez été à l’origine de la première transplantation d’embryons chez la jument ?

J.R. Oui, c’est une chose dont je suis très heureux, qui a été très importante pour moi : cette première transplantation effectuée par le Dr Palmer a été faite sur une de mes juments…

C’est terrible. Cette histoire de transplantation correspond au principe des mères porteuses ; elle vise à permettre à la jument de pouvoir continuer à avoir une carrière dans les courses, tout en permettant la reproduction de manière technologique…

C’est naturellement odieux et il est inacceptable de mettre en avant Jean Rochefort en affirmant qu’il a un rapport positif aux animaux. Il a joué un rôle essentiel dans les rouages de l’exploitation animale des chevaux.

Il a d’ailleurs même été décoré pour cela, comme montre ses propos rapportés par Gala :

“J’ai décro­ché le Mérite Agri­cole pour avoir été à l’ori­gine de la première trans­plan­ta­tion d’em­bryons chez la jument. Je veux qu’on l’ins­crive sur ma tombe. J’ai le cabo­ti­nage post-mortem !”

Il a, par ailleurs, été le commentateur des courses équestres à la télévisiondes épreuves équestres aux JO de 2004 et 2008.

Quand on voit cela, on se dit que L214 est d’un opportunisme assez viscéral, à ce degré.

Notons par ailleurs qu’une photo tirée de l’interview de Cheval Savoir a pu par ailleurs être utilisée sur internet ici ou là.

Le commentaire de “Cheval Savoir” n’a naturellement aucune valeur à nos yeux. Mais cela suffit à certains pour faire de cette photo un témoignage d’opinion engagée.

En réalité, la photographie illustre le passage suivant :

C.S. Vous êtes engagé dans la défense des chevaux maltraités…

J.R. Oui. La défense animale en général me semble un combat nécessaire. Je lis en ce moment le livre de Jonathan Safran Foer “Faut -il manger les animaux ?” C’est un livre que je vous recommande vivement. Les méthodes d’élevage industriel font froid dans le dos. Je ne suis pas encore végétarien, mais je compte le devenir…

Jean Rochefort n’est pas végétarien, mais cela le travaille, comme beaucoup. Sauf qu’en 2011, date de l’interview, il fallait déjà mettre en avant le véganisme… Et de toutes façons, c’est l’élevage industriel qu’il dénonce.

Quand on voit son parcours, son attitude visant à dénoncer que tout aille trop loin, sa posture de dandy, cela en fait au mieux quelqu’un proche des thèses fachos du “avant c’était mieux”, pas quelqu’un visant une utopie universelle végane. D’ailleurs, s’il défend les chevaux, c’est parce qu’il les aime bien, voilà tout.

Et encore, les défendre est un grand mot, comme en témoigne ses propos au Figaro au sujet d’un tournage :

Avez-vous des regrets?

Le jour où on est satisfait de soi-même, on est foutu. Le doute est un carburant nécessaire. Je regrette infiniment l’expérience de Don Quichotte de Terry Gilliam, un metteur en scène pour lequel je n’ai plus d’estime. Le tournage (en 2001, ndlr), inachevé, a été interrompu par une hernie foudroyante.

De plus, j’avais accepté de monter sur un cheval qui, pour ressembler à Rossinante, n’avait pas été nourri pendant quarante jours. Les soigneurs avaient des pommes accrochées dans le dos pour qu’il marche.

Deux jours après mon arrêt, le cheval est mort. Moi, l’homme de cheval, j’avais accepté cette horreur! À la douleur physique, au renoncement du rôle, s’ajoutait la honte. Mon psychiatre m’a aidé à faire sortir peu à peu tous ces maux. Et à me relever d’une grave dépression.

C’est un bon exemple, car cela signifie que Jean Rochefort n’a pas su systématiser son amour des chevaux, l’universaliser. Il a donc échoué en 2001, et il l’a bien compris. C’est à son honneur, mais cela n’en fait pas un défenseur des animaux.

Cela en fait quelqu’un qui a échoué à aimer les animaux. En pratique, il ne dépasse pas la position d’éleveur professionnel, fervent défenseur des activités équestres, qui veut que les choses restent “mesurées”, “à l’ancienne” en quelque sorte… Mais qui n’a pas été capable pour autant de défendre le pauvre cheval du film “Don Quichotte”.

On notera d’ailleurs que les propos de Jean Rochefort aurait dû aboutir à une enquête et à la condamnation du réalisateur. Cela n’est évidemment pas le cas.

Notons même que Terry Gilliam salue Jean Rochefort précisément avec une image où l’on voit ce pauvre cheval… Quelle ignominie…

Le réalisateur Terry Gilliam montre vraiment ici qu’il n’a rien compris aux animaux. Une telle publication, alors que l’animal est mort deux jours après la photographie, après avoir été affamé… cela fait froid dans le dos.

Quand on voit tout cela, quand on sait que Jean Rochefort a été un éleveur même décoré pour son activité, peut-on alors faire de cet acteur un défenseur des animaux, ou même des chevaux? Certainement pas.

A croire pourtant qu’il sufit qu’il dise qu’il ne faut pas manger les chevaux – seulement donc les utiliser pour des courses, comme des objets – pour en faire quelqu’un de bien, comme chez Brigitte Bardot, qui parle d’une “hécatombe d’étoiles qui s’éteignent avec la mort de Jean Rochefort”…

Peut-on alors aussi comprendre certains commentaires irrationnels qu’on trouve sur le facebook de L214 ?

“C’est toujours les meilleurs qui partent en premiers malheureusement.”
“Un grand homme, il a porté son art à la cause animale”
” Un très grand Monsieur ! Reposez en paix.
“Adieu Monsieur Rochefort. Vous allez nous manquez. Reposez en paix Monsieur Rochefort ami des animaux.”

Ces commentaires sont absurdes, ou plutôt symptomatiques : tout ce cinéma ne sert qu’à larmoyer, afin de se mettre soi-même en avant, de prétendre que le monde est uniquement dur, qu’on ne peut rien et que la cause est vouée au martyr.

C’est ignoble et L214 joue là-dessus pour s’imposer comme association institutionnelle. C’est du racolage morale absolument affreux.

Alors qu’en plus, sans sacraliser Jean Rochefort, sans le transformer en “ami des animaux”, il y avait matière à réflexion.

Pour preuve, nous avons trouvé cette chanson où Jean Rochefort raconte un beau texte sur les chiens abandonnés, dans un 45 tours au profit de la SPA. C’est très dur et on sent qu’il saisit très bien la signification du texte lu.

C’était bien plus cela qu’il fallait mettre en avant qu’une photographie de Jean Rochefort à prétention esthétisante, faisant passer celui-ci pour ce qu’il n’a pas été.

Quand ils ont claqué la portière
Il n’a pas compris tout de suite
Il a couru longtemps derrière
Mais la voiture allait trop vite

Et pendant des journées entières
Il a vu les autos passer
Mais vous, auriez-vous fait marche arrière
En voyant ce chien sans collier ?

Car après les premières caresses
Puis quelques mois d’indifférence
Beaucoup de chiens perdent leur laisse
Au début des grandes vacances…

Comme un objet que l’on jette
Quand il n’est plus au goût du jour
Il sera remplacé peut-être
Par un chien plus jeune au retour…

Le chien abandonné en été par ses maîtres
Flaire toujours la route et fait des kilomètres
Il traverse les villages et s’approche des enfants
Qui n’osent le caresser de peur qu’il soit méchant,
De peur qu’il soit méchant

Il n’a pas oublié ses maîtres
Depuis le jour qu’il vagabonde
Et pour les retrouver peut-être
Il ira jusqu’au bout du monde

Il n’a plus d’âge et plus de race
Qu’importe comment il s’appelle
Mais à le voir suivre leurs traces
Moi, je vais l’appeler Fidèle

Le chien abandonné en été par ses maîtres
Sur le bord d’un fossé vaut bien que l’on s’arrête
Qu’on ouvre sa portière pour le faire monter
Pour qu’un jour en été il n’y ait plus jamais
De chien abandonné.

Voilà qui est utile et qui fait partie du patrimoine de la défense des animaux. Voilà ce qu’il faut valoriser et évaluer objectivement, et non pas sacraliser tout et n’importe quoi, afin d’alimenter l’irrationnel et de masquer qu’en fait l’exploitation animale est en expansion exponentielle à l’échelle planétaire.

Aucun compromis avec McDonald’s, burger “veggie” ou pas

Dans la culture rasta, la société moderne est qualifiée de Babylone ; c’est bien sûr une référence chrétienne au fait que dans la Bible, Babylone est le symbole de l’oppression, d’un mode de vie incorrect.

L’allégorie de Babylone a pu être utilisé ici et là, et si la portée religieuse est sans intérêt, ce qui compte à l’arrière-plan, c’est la valorisation de la question de la vie quotidienne.

Ce qui est décisif, c’est la manière de vivre dans sa nature quotidienne.

Non pas que révolutionner sa vie quotidienne suffise. Être anarcho-punk ne change clairement pas le monde. Ni même le fait d’être vegan, en fait. Mais être vegan,  c’est une condition sine qua non pour aller à l’assaut de cette société et la changer.

Tout relativisme est alors une faille.

Pourquoi dire cela ? Car McDonald’s a sorti un burger végétarien, qui va être testé plus d’un mois en France (du 10 octobre au 27 novembre 2017).

Le « grand veggie » sera composé d’une galette végétarienne composée d’un mélange de salsifi, carotte, emmental et céréales, avec en garniture, de la salade, du chou rouge et blanc et une sauce au pesto rouge, avec deux pains parsemés de graines de courge, de sésame et de pavot.

Le tout “made in France”, McDonald’s insistant particulièrement sur ce côté “terroir”.

Il existe aussi ailleurs un burger végétalien, le McSpice, avec comme base un « steak » de haricots rouges, de carottes, de poivrons verts et d’oignons rouges. Il est présent en Norvège depuis peu, et a ou existe encore en Afrique du Sud, en Arabie Saoudite et en Belgique ; une version avec fromage est aussi disponible. Il y a également en Inde un McVeggie, avec un steak de légumes (petits pois, carottes, haricots, oignons, patates et riz).

Peu importe, car ce qu’il est nécessaire de réaffirmer ici, c’est qu’il n’y a rien de végan. Le véganisme n’est pas le végétalisme. Même si la nourriture est vendue à part, Mc Donald’s reste un monstre de l’exploitation animale, le symbole d’une consommation ignoble, d’un mode de vie infâme.

McDonald’s est une machine de guerre, c’est le capitalisme tourné vers l’exploitation animale de très grande consommation, avec un perpétuel souci d’agrandissement, de modernisation.

Avec, aussi, une très grande attention portée à ce que tout reste niais, aseptisé, stupide.

Il ne s’agit pas ici de faire de l’anti-américanisme primaire et forcément stupide, ni d’ouvrir un débat sur la possibilité ou non de manger végétalien dans un restaurant qui ne l’est pas. On sait bien à quel point il n’est pas forcément aisé de se confronter au réel avec toute la rage nécessaire et il ne s’agit pas de jeter la pierre à des gens tentant d’organiser leur vie quotidienne.

Des discussions sont possibles et nécessaires, bien entendu ; le sujet est complexe et demande de la finesse. Pour Mc Donald’s, par contre, aucun débat n’est possible. McDonald’s est un ennemi.

C’est un ennemi prioritaire. Au même titre que les kebabs ou les fast-foods « bien de chez nous », d’ailleurs, car l’aspect essentiel n’est nullement l’origine nationale, mais le fait qu’il s’agisse d’une consommation de masse, à vocation « plaisante » et relativement peu onéreuse.

L’accessibilité d’une telle consommation, voilà la réelle ennemi, et non pas une pseudo « végéphobie » qui est vraiment une fantasme de gens cherchant à tout prix à refuser l’esprit de confrontation et de lutte.

Être vegan signifie lutter, signifie la rupture. Ce que proposent en ce moment L214, l’association 269, les petits boutiquiers et autres épiciers, les magasins bios, n’est qu’un moyen d’intégrer, de saboter, de dévier vers le symbolique et la consommation.

Alors que la question qui compte, c’est celle de la production à l’échelle du monde.

Croit-on vraiment changer le monde en portant de manière immorale des cadavres d’animaux dans les bras, en montrant des vidéos sordides, en passant une nuit devant un abattoir ?

Tout cela est bon pour la bonne conscience, et encore, mais cela ne modifie en rien la réalité. Ce n’est pas une contribution à la bataille pour la libération, une libération qui passe par la confrontation avec les tyrans.

McDonald’s est un tel tyran.

McDonald’s est une entreprise de très grande envergure tentant de faire passer l’exploitation animale la plus poussée pour un acquis démocratique ; chez McDonald’s, on peut venir comme on veut, il y a un côté plaisant et familial : tout cela n’est qu’un masque infâme, un éloge de la niaiserie la plus violente, la plus criminelle même.

Au 21e siècle, tout le monde sait ce que représente McDonald’s, à savoir la continuation d’un mode de vue superficiel, anéantissant l’Amazonie, élargissant l’exploitation animale, avec des conditions de travail très difficiles pour un salaire misérable, tout cela au service du bon plaisir individuel totalement aliéné et d’une entreprise richissime.

Les nouveaux burgers végétarien ou végétalien sont ainsi une insulte au véganisme. Ils témoignent d’une offensive pour corrompre les gens ayant une conscience, ils prétendent être ce qu’ils ne sont pas, car McDonald’s est un lieu qui est une insulte à la conscience, à la Nature, à la culture, à ce que devrait être chaque être humain portant la moralité.

Par conséquent, les burgers végétariens ou végétaliens de McDonald’s doivent être dénoncés comme l’exemple de l’hypocrisie de la part de l’exploitation animale, comme exemple aussi de corruption par la manipulation de la fibre individuelle des personnes ayant conscience de ce qui se passe.

Quiconque a un peu de conscience et va au McDonald’s se laisse corrompre. Ce n’est pas un compromis anodin, mais un doigt dans l’engrenage qui amène sa totale intégration et son inévitable capitulation.

Jamais on ne soulignera assez que la bataille n’est pas seulement pour que les gens deviennent vegans, mais également qu’ils le restent. Les gens en France n’ont malheureusement pas encore connu, à l’opposé de pays comme la Suède, l’Allemagne, l’Autriche, etc., de vague qui a échoué et qui sert de bilan.

Car entre une base culturelle insuffisante et l’offensive de l’industrie de l’exploitation animale, des revues féminines et du bio, il ne va pas rester grand-chose de la vague vegan actuelle. La corruption individuelle est inévitable ; le véganisme n’est pas populaire, il n’est pas ouvrier, il n’est pas ancré dans la vie quotidienne, il est surtout un lifestyle à la mode, larmoyant et branché en même temps, glauque et élitiste à la fois, purement symbolique et sans volonté de rupture.

De rupture dans la vie quotidienne. C’est peut-être ici la preuve qu’il n’est pas possible de porter le véganisme sans la dimension straight edge. C’est sans doute la preuve que sans assumer une mentalité stricte, disciplinée, refusant toute échappatoire, on succombe.

Car la corruption, dans « Babylone » est partout ; elle s’immisce dans la moindre interstice, elle creuse et fait tomber même les meilleurs.

Pourtant, la bataille ne s’arrête jamais, il doit continuer jusqu’à la victoire. Il faut faire tomber Babylone et pour cela il faut une morale inébranlable, des principes indiscutables, un projet collectif rationnel, une conscience de l’enjeu qui n’est pas moins que la bataille pour la planète.

Lettre ouverte aux vegans de Pézenas, de l’Hérault, de France et d’ailleurs

François Ferdier est un éleveur de l’Hérault, membre de la Coordination Rurale 34. Il a rendu public une lettre ouverte « aux vegans de Pézenas, de l’Hérault, de France et d’ailleurs ».

Comme toutes les lettres ouvertes, elle feint le dialogue pour, comme de bien entendu, attaquer un concurrent sur le plan des idées. La Coordination Rurale, c’est en effet le slogan “Pour sauver un paysan, mangez un végan“, la pendaison d’une vache morte depuis trois semaines à la permanence d’un député des Républicains en Normandie

Voici la lettre.

Madame, Monsieur, vous défendez la cause animale dites-vous, et je la défends aussi. Or, je défends aussi mes collègues agriculteurs, ceux dont la profession est de nourrir les Hommes.

Car sans nourriture point n’est besoin de médecin, de psy et des autres professions.

Aujourd’hui, un agriculteur se suicide tous les deux jours, soit près de 200 paysans par an… Juste pour que les Français puissent manger à leur faim !

N’oubliez pas que sans l’élevage, ce sont les estives ou paissent des vaches, des moutons et des chèvres qui disparaîtront. Il faudra dire adieu aux joies de la glisse en hiver et faire face à un risque accru d’avalanches.

De même, les garrigues privées des chèvres et des brebis Lacaune ou Mérinos,s’embroussailleront et feront la part belle aux flambées estivales, lesquelles n’épargneront pas nos maisons…

Il vous restera, mesdames et messieurs les « végans », à aller brouter l’herbe du mont Lozère et du plateau du Cantal, car sans les Aubracs qui y paissent, ces espaces, où seule l’herbe peut pousser, deviendront une jungle.

Et je ne parle pas de la place essentielle des animaux dans le cycle de la vie organique terrestre !

Lorsque vous défendez les animaux des brutalités de certains individus, lorsque vous vous battez contre la surpopulation « carcérales » de certains élevages, vous avez là toute ma considération. Le bien-être de mes animaux est ma préoccupation quotidienne.

Mais que vous vouliez imposer par des méthodes extrémistes illégales vos points de vue sur la consommation de viande, et sur la vie sans animaux domestiques, cela dépasse les bornes.

Alors oui, je partage sans honte le slogan de mon syndicat : POUR SAUVER UN PAYSAN, MANGEZ UN VÉGAN !

François FERDIER, Coordination Rurale de l’Hérault

Répondons ici brièvement en quelques points :

a) Dire qu’on est dans une situation où il faut se battre pour que la France puisse manger à sa faim est faux. Le gâchis alimentaire est entre entre 95 et 115 kilo par personne dans notre pays.

Il n’y a pas besoin d’une bataille « pour la production ». S’il dit cela, c’est justement en raison du point suivant.

b) François Ferdier se trompe quand il dit que les agriculteurs ont comme « profession de nourrir les Hommes ». Les agriculteurs ont comme profession d’avoir une entreprise. Leur activité concrète est secondaire par rapport à cette fonction.

Et si justement il y autant de suicides, c’est parce que cela ne marche pas pour les petits agriculteurs, qui se font littéralement broyés par les grands groupes. C’est la simple application du principe de la concurrence, de la compétition économique.

L’idée de dire qu’il faudrait « sauver les agriculteurs », c’est simplement un moyen de se protéger dans le cadre de la concurrence économique. D’où le chantage avec le point suivant.

c) Le chantage à la défense du paysage, avec avalanches et incendies sans éleveurs, apparition de jungles, etc. ne tient pas une seule seconde. Rien n’empêche en effet de laisser paître vaches, moutons et chèvres, sans pratiquer l’élevage, en contrôlant la natalité dans un premier temps…

Sans compter que l’élevage est industriel désormais et ne correspond à cette image d’Epinal qui nous est donné. D’où le point suivant.

d) Parler « de la place essentielle des animaux dans le cycle de la vie organique terrestre » n’a aucun sens dans la mesure où ce cycle est naturel alors que l’utilisation des animaux se moque de ce cycle, occassionant pollution et contribution au réchauffement climatique.

L’élevage industriel a explosé depuis cinquante ans et va continuer sa croissance exponentielle dans les trente prochaines années. En quoi cela a-t-il un rapport avec le cycle de la vie terrestre ? Rien, mais tout avec le chaos de la manière humaine de produire. D’où le point suivant.

e) François Ferdier a tort de s’imaginer qu’il est possible de faire sans « la surpopulation « carcérales » de certains élevages. » Qui dit concurrence dit compétition, qui dit compétition dit bataille sur les prix.

Son activité est en décalage avec les grands groupes, peut-être ; il n’en reste pas moins que ce sont toutes les petites activités qui, par leur jeu économique, ont produit les grands groupes. On ne va donc pas retourner en arrière pour que toute recommence, et ce n’est de toute façon pas possible.

Ni souhaitable d’ailleurs, car si l’on peut vivre sans tuer d’être vivant, autant le faire. C’est une manière de voir la vie qui est différente.

Et il est vrai ici que cette bataille positive ne ressort en rien des initiatives récentes des associations L214 et 269life, qui maintenant parfois même s’allient.

François Ferdier réagit en effet avec cette lettre ouverte sur le site de la Coordination rurale 34 aux initiatives de « nuit debout » devant des abattoirs. Des éleveurs étaient souvent venus apporter une « opposition », avec la police servant de tampon. En voici quelques photos.

Les éleveurs ont très bien saisi le problème, comme en témoigne le communiqué de la coordination rurale 34, justement, appelant à se mobiliser.

« Aussi bien les agriculteurs, toutes spécialités réunies, que les consommateurs doivent se préserver contre l’application de l’idéologie végane – dont on ignore les ressources financières mais dont on constate le prosélytisme exacerbé – afin que ne soient pas définitivement anéantis les équilibres économiques et sociaux de notre pays.

Agriculteurs et consommateurs devront être très nombreux le 26 septembre prochain pour engager pacifiquement le dialogue avec les végans et, en respectant leurs pratiques pour eux-mêmes, les convaincre d’abandonner leur volonté de les appliquer à tous. »

S’appuyer sur les traditions, fomenter les suspicions sur les vegans en tablant sur leur manque de projet, jouer sur la dimension économique des bénéfices pour le capitalisme, appuyer la question du libéralisme (chacun fait ce qu’il veut) : tel est le panorama de la contre-offensive de l’exploitation animale.

C’est intelligent, réfléchi, et il y a les moyens derrière. Et les pseudos-actions renforcent cet ennemi.

Car on peut comprendre qu’on ait envie de s’engager. Mais s’imaginer que cela changerait quelque chose de s’habiller en noir et de se rassembler devant des abattoirs, c’est totalement catholique. C’est glauque et cela ne sert à rien ; c’est du témoignage contemplatif.

Et c’est très symptomatique du véganisme français, qui depuis son émergence, ne dépasse pas cet horizon du témoignage, de la mise en avant individuelle, de la logique du boutiquier-commerçant.

Il n’y a aucune réflexion, aucune organisation ; le premier groupe qui lance une activité, quelle qu’elle soit, rassemble un peu de monde, et cela s’arrête là.

Il n’y aucune structure fixe, les gens passent d’une association à une autre, quand ils n’ont pas double ou triple casquette.

Le niveau reste naïf, infantile, limité à une vague dénonciation de l’oppression, sans aucune analyse de la société, aucune remise en cause des institutions, comme si on ne vivait pas dans une société capitaliste, comme s’il n’y avait pas des riches et des pauvres, un style de vie dominant, des mœurs traditionnelles, etc.

Pire encore, on peut même dire que cette approche vise de manière explicite à nier que pour que la libération animale réussisse, il faudra une révolution. Au fond, tous ces gens ne peuvent ne pas le savoir. Ils font donc semblant, ils témoignent.

Ils ne veulent pas mettre leur vie au service de la cause, ils ne veulent pas risquer leur situation personnelle. C’est leur individualité qui prime, leur confort personnel.

Et à l’arrière-plan, rien ne change, car il n’y a pas de militantisme dans la population, seulement du témoignage. Il y a une dénonciation à prétention moraliste, mais personne d’accusé de manière précise à part le “spécisme”, ce mot fourre-tout qui permet surtout aux riches et aux puissants de pouvoir continuer à dormir tranquille.

Tout cela est catholique au possible, une manifestation de bonne conscience, dans un monde pourtant en perdition.

Or, il faut être athée, avec comme perspective une tempête de masse, fracassant un système dans son ensemble, révolutionnant la vie quotidienne.

Ce sont vers les gens qu’il faut aller, c’est dans la population qu’il faut aller, dans toute la France. C’est là qu’il faut dispenser son énergie, en trouvant des voies positives pour la défense des animaux, mais de la Nature, car là est le véritable enjeu de fond, le sens réel de la bataille.

Arkangel : “Prayers upon deaf ears”

« Les Lamentations des morts glorifient la révolution
Les larmes des victimes
Flottent dans une mer de désespoir »

 

« Dans un bassin de rouge
Les outils de la mort forgés dans les flammes du mépris
Les animaux non humains meurent au nom de l’ignorance égoïste »

 

« Alors que les larmes tombent de mes yeux et roulent sur ma la joue comme une pluie de tristesse, je prie pour le salut de l’innocence mais mon esprit endeuillé et mon coeur saignant savent que ce sont des prières dans des oreilles sourdes »

 

« La folie industrielle consomme Gaïa
Témoignez de la disparition de la vie sous le siège de l’humanité
Mère sans respiration, impuissante elle meurt »

C’est un album emblématique d’un groupe de musique qui a eu une grande influence. Lorsque le groupe belge Arkangel sort en 1998 l’album “Prayers upon deaf ears”, on fait face en effet à un monument.

On est dans une affirmation vegan straight edge profonde, avec des paroles reflétant une vision du monde comprise et exprimant une colère sourde. Il y a quelque chose de profond, de vrai, de juste, dit avec émotion et vérité.

La musique, de par son tournant métal dans le hardcore, apporte quelque chose de nouveau, qui a été marquant. Il y a un côté à la fois sombre et agressif, une tristesse et une colère qui sont terribles et engagés : la partie parlée à la fin de l’album est un appel à la compassion.

Mais il est difficile d’être au niveau et de comprendre l’ampleur de ce qu’on porte. Les musiciens d’Arkangel ont ainsi entièrement rompu avec tout ce qui a un rapport avec la culture vegan straight edge et ses principes, profitant toutefois de leur aura et d’un style découvert pour continuer une carrière sous le même nom.

C’est étrange et révoltant. La forme aussi, perdant tout rapport avec son contenu, a alors irrigué une scène metalcore allant parfois jusqu’au nihilisme (Arkangel est ainsi proche de « Kickback », du « negative hardcore » français avec chaque concert tournant en bagarre, une fascination pour la « transgression » jusqu’au morbide, etc.).

Bref, Arkangel s’est transformé en son contraire. Cela doit nous rappeler que nous devons rester humbles et disciplinés, écraser toujours notre ego pour toujours savoir se mettre au service de Gaïa, sans céder.

C’est Gaïa qui prime – la Terre d’abord !

Voici les paroles de l’album « Prayers upon deaf ears », « Prières dans des oreilles sourdes ». L’ordre des chansons suit l’album (qui fait un peu moins de 20 mn), les lecteurs sont calibrés pour chaque chanson.

Within The Walls of Babylon
Au sein des murs de Babylone

Immersed in a sea of pain
Chained to a lifetime agony
Existence becomes a thorn stuck in the side of the innocents
Born different, destined to suffer
A throne usurped by man for a Kingdom plagued with tyranny
Immergée dans une mer de douleur
Enchaînée à une agonie à vie
L’existence devient une épine planté dans la côte des innocents
Né différent, destiné à souffrir
Un trône usurpé par l’homme pour un Royaume rongé de tyrannie

Malicious, vile, merciless
Modernity devours the children of earth disgraced
Before humanity’s demented eyes
Driven by sickness civilization indulges in suicidal madness
Malicieuse, vile, impitoyable
La modernité dévore les enfants de la terre déshonorés
Devant les yeux de déments de l’humanité
Conduite par la civilisation de la maladie, engagée dans la folie suicidaire

Within the walls of Babylon, wickedness is rampant
And snakes crawl under virgin skin
I seek a moral elevation
To salvage hopes of paradise
No more cupidity but altruism to restore harmony
Au sein des murs de Babylone, la folie furieuse est rampante
Et les serpents rampent sous la peau vierge
Je cherche une élévation morale
Pour sauver les espoirs du paradis
Plus de cupidité mais l’altruisme pour restaurer l’harmonie

Under a red sky of dying nature
Laments of the dead praise revolution
Tears of the victimized
Flow into a sea of despair
Sous un ciel rouge de la nature mourante
Les Lamentations des morts glorifient la révolution
Les larmes des victimes
Flottent dans une mer de désespoir

One Standard, One Ethic
Une norme, une éthique

In the mist of inferno, I seek salvation
Filth cannot taint my allegiance
For my heart
Holds the truth
Dans le brouillard de l’enfer, je cherche le salut
La saleté ne peut pas corrompre mon allégeance
Car mon cœur
porte la vérité

My heart and my mind worship discipline and filter right from wrong
Purification
Mon cœur et mon esprit adorent la discipline et filtrent le bien du mal
Purification

Sworn to justice to cast iniquities into the shadows of oblivion
Untouched by the dirt of lust
One standard, one ethic
Redemption for all innocent life
One standard, one ethic
Reverance for the sentiment
Jurer à la justice de jeter les iniquités dans l’ombre de l’oubli
Intact de la crasse de la luxure
Une norme, une éthique
La rédemption pour toute vie innocente
Une norme, une éthique
La révérence pour le sentiment

(reprise)

Built Upon The Graves
Construit sur les tombes

Emissaries of demise slit the defenseless
In an act of barbarity
Sharp knives give the final embrace
In a pool of red
Les émissaires de la faille ont fendu les sans défense
Dans un acte de barbarie
Les couteaux aiguisés donnent l’étreinte finale
Dans un bassin de rouge

Deathtools forged in the flames of scorn
Non human animals die in the name of selfish ignorance
Les outils de la mort forgés dans les flammes du mépris
Les animaux non humains meurent au nom de l’ignorance égoïste

Blood spilled for lust
In temples of terror
Factory farms
Le sang répandu pour la luxure
Dans les temples de la terreur
Les fermes usine

Vivisection laboratories
Fur ranches Slaughter houses
All replace concentration camps still injustice remains
Les laboratoires de la vivisection
Les séries d’abattoirs pour la fourrure
Tous remplacent les camps de concentration encore l’injustice reste

End this evil empire built upon the graves
Of murdered and devoured creatures
Salvation I whisper thy name and scream for liberation
Consumption of lifeless bodies is a vote for genocide
Terminons-en avec cet empire maléfique construit sur les tombes
D’assassinées et dévorées créatures
Le salut je murmure ton nom et je hurle pour la libération
La consommation de corps sans vie est un vote pour le génocide

In The Embrace Of Truth
Dans l’étreinte de la vérité

I am not tempted by your paradise of lies
Never will I fester in the boels of decadence
Committed to nobility for a higher destiny
In the embrace of truth belongs my heart and soul
I walk the path of righteousness
Je ne suis pas tenté par votre paradis de mensonges
Jamais je ne me farderai dans les bouffées de la décadence
Engagé pour la noblesse pour une destinée supérieure
Dans l’étreinte de la vérité appartient mon coeur et mon âme
Je parcours le chemin de la droiture

My quest for justice is enlightened by the blazing sun of harmony
I refuse to partake into man’s craving for lechery
A desire fueled by the flames of greed in this world Mother
Culture is a legacy of prejudices
Against non human animals
Ma quête de justice est éclairée par le soleil brûlant de l’harmonie
Je refuse de participer à l’envie de l’homme pour la luxure
Un désir alimenté par les flammes de la cupidité dans ce monde Mère
La culture est un héritage de préjugés
Contre les animaux non humains

Day Of Apocalypse
Jour de l’apocalypse

“And there were angels who could not accept the lifting of man above them,
and like Lucifer rebelled against the armies of the loyal arch-angel Michael,
and there arose a second war in Heaven” [From the movie The Prophecy, inan extra chapter of the Book of Revelation]
«Et il y avait des anges qui ne pouvaient pas accepter la levée de l’homme au-dessus d’eux,
et comme Lucifer se révoltèrent contre les armées du fidèle archange Michel,
et il y a eu une seconde guerre au ciel » [Tiré du film La Prophétie, dans un chapitre supplémentaire du Livre de l’Apocalypse]

I hear the trumpets of the apocalypse
Announcing the end of man
So please end this exploitation
Thou shall not poison the earth
Essence of all existence for with her
We fall along into the abyss of avidity
J’entends les trompettes de l’apocalypse
Annoncer la fin de l’homme
Donc s’il vous plaît cessez cette exploitation
Vous ne devriez pas empoisonner la Terre
Essence de toute existence, avec elle
Nous tombons dans l’abîme de l’avidité

Sealing our fate with the kiss of death
Defense of innocent life is my declaration
Retribution, humanity harvests destruction
As we have sown desolation
Scellant notre sort avec le baiser de la mort
La défense de la vie innocente est ma déclaration
La rétribution, l’humanité transporte la destruction
Comme nous avons semé la désolation

Vision of apocalypse complete devastation
Final judgement falls upon us as we rape the land
Vision de l’apocalypse, dévastation complète
Le jugement définitif tombe sur nous alors que nous violons la terre

When mother earth’s lifeforce depletes
Action must be taken to free the world from its sickness
Action for justice leads to freedom
Lorsque la force vitale de la terre-mère s’épuise
Il faut prendre des mesures pour libérer le monde de sa maladie
L’action pour la justice conduit à la liberté

Scorched landscape burned to ashes
Original state of balance forever lost
Creation of nature is drowned into concrete
Paysage brûlé en cendres
L’état d’équilibre original perdu à jamais
La création de la nature est noyée dans le béton

Oblivion embraces paradise while helpless species die
We forge this world into an hell
Industrial madness consumes Gaïa
Witness the demise of life under the siege of humanity
Breathless mother, helpless she dies
L’oubli embrasse le paradis alors que les espèces sans défense meurent
Nous forgeons ce monde en un enfer
La folie industrielle consomme Gaïa
Témoignez de la disparition de la vie sous le siège de l’humanité
Mère sans respiration, impuissante elle meurt

Evilization
Mal-isation

Legions of demons advance in the shadow of mankind
Infernal hordes of chaos wage war against Earth
Soldiers of doom pour venom on the land
Final shreds of nature swing on the brink of abyss
While non human life agonizes
Anthropocentrism is tainted by the suffering of millions
Des légions de démons avancent dans l’ombre de l’humanité
Des hordes infernales du chaos font la guerre contre la terre
Des soldats de la destruction versent du venin sur la Terre
Les fragments finaux de la nature se balancent au bord de l’abîme
Alors que la vie non-humaine agonise
L’anthropocentrisme est entaché par la souffrance de millions

Admist inferno, I seek salvation to bring an end to your mindless destruction
We conquer a wind of protest
Blows to enlighten
Au milieu de l’enfer, je cherche le salut pour amener une fin à votre folle destruction
Nous conquérons un vent de protestations
Soufflant pour éclairer

The blackness of ignorance when absolute evil forms
I raise an avenging sword and strike the beast into its heart
To preserve innocence, to protect the defenseless
I am striving for an all encompassing golden age
Where justice and compassion prevail
In reaction to decadence emerges a shining order
One that ensures freedom not enslavement
La noirceur de l’ignorance quand le mal absolu se forme
Je soulève une épée vengeresse et frappe la bête dans son cœur
Pour préserver l’innocence, protéger les sans défense
Je tends à un âge d’or embrassant tout
Où la justice et la compassion prévalent
En réaction à la décadence émerge un ordre brillant
Celui qui assure la liberté et non l’asservissement

[Spoken Part]
[Partie parlée]

As tears fall from my eyes and roll over my
cheek as a rain of sadness, I pray for the salvation of innocence
but my mourning soul and bleedings heart know that they are prayers
upon deaf ears for I have witnessed so much disregard in the actions
of our greed ridden civilization.
Alors que les larmes tombent de mes yeux et roulent sur ma
joue comme une pluie de tristesse, je prie pour le salut de l’innocence
mais mon esprit endeuillé et mon coeur saignant savent que ce sont des prières
dans des oreilles sourdes, j’ai été témoin de tant de mépris dans les actions
de notre civilisation dominée par l’avarice.

After all the pain, after all the suffering non human animals
have to endure, imprisoned in the factory farms, tortured
in the vivisection laboratories and killed in the slaughterhouses,
symbols of ignorance and cruelty, I hope that somewhere there
is a place where they can finally rest in peace.
Après toute la douleur, après toute la souffrance que les animaux non humains
doivent endurés, emprisonnés dans les fermes industrielles, torturés
dans les laboratoires de vivisection et tués dans les abattoirs,
symboles de l’ignorance et de la cruauté, j’espère que quelque part là-bas
il y a un endroit où ils peuvent enfin se reposer en paix.

But the sad and bitter truth is that no heaven awaits us,
only an hell that man creates on earth, En hell that burns
everything on its path, leaving ashes of desolation in its wake.
Mais la triste et amère vérité est qu’aucun paradis ne nous attend,
seulement un enfer que l’homme crée sur terre, un enfer qui brûle
tout sur son chemin, laissant les cendres de la désolation dans son sillage.

Dominion over nature ensures our demise for we destroy
the unique life support systems we’ll ever have, this beautiful
planet which brought us into the sunlight.
La domination sur la nature assure notre disparition car nous détruisons
les uniques systèmes de soutien de la vie que nous n’aurons jamais, cette belle
planète qui nous a amenés à la lumière du soleil.

Love, compassion and justice are not just beautiful words,
they are a weapon against the greed and selfishness
of the society we live in.
L’amour, la compassion et la justice ne sont pas seulement des mots magnifiques,
ils sont une arme contre la cupidité et l’égoïsme
de la société dans laquelle nous vivons.

Love, compassion and justice are a weapon for revolution
in the mind and in the soul of every man and every woman,
a revolution for the coming of harmony.
L’amour, la compassion et la justice sont une arme pour la révolution
dans l’esprit et dans l’âme de chaque homme et de chaque femme,
une révolution pour l’avènement de l’harmonie.

Veganism is compassion, is justice, is a tool for the love
and caring to prevail on this earth. The only true happiness
is the one we all share in total freedom.
Le véganisme est la compassion, est la justice, est un outil pour que l’amour
et le fait de prendre soin prévalent sur cette terre. Le seul vrai bonheur
est celui que nous partageons tous en totale liberté.

Vegan Straight Edge, pour la libération

stickerIl n’y a aujourd’hui aucune raison de ne pas être vegan straight edge et toutes les personnes conscientes de ce qui se passe dans le monde doivent assumer une position d’avant-garde, une position de rupture, l’indiquant clairement afin d’ouvrir une brèche.

La destruction de la vie naturelle sur la planète, tout cela pour un mode de vie à la fois barbare et absurde, criminel et meurtrier, doit être stoppée, ce qui signifie qu’un contre-projet de libération doit être lisible, diffusé, assumé et se concrétise sous la forme d’un changement complet, d’une révolution totale dans la manière d’avoir des rapports avec les animaux, avec la Nature, avec la vie en général.

sticker

Le réchauffement climatique est une épée de Damoclès sur l’humanité ; elle représente l’impact des erreurs humaines, elle est la réponse à un déséquilibre provoqué par l’humanité dans son développement non harmonieux.

Établir cette harmonie est notre devoir et nous disons établir et non rétablir, parce que nous ne voulons pas retourner en arrière comme les zadistes de Notre-Dame-des-Landes ou l’extrême-droite. Le passé est le passé et il faut laisser place à l’avenir, à un monde pacifié et unifié, où tous les efforts sont tournés vers la protection de la planète et de tous les êtres vivants qui y habitent.

stickerFace à la rapidité de l’accroissement du massacre général de la vie sauvage, de l’expansion de l’exploitation animale, des catastrophes en liaison avec le réchauffement climatique, il n’est pas possible de tergiverser.

Le véganisme bobo est un obstacle, un frein à la prise de conscience de l’ampleur de la destruction et du scandale moral. Le système lui-même est très content de cette forme inoffensive empêchant une juste rage de gagner chaque être humain dont la personnalité n’est pas déformée par le cynisme, l’isolement individualiste, la fuite dans les drogues ou l’alcool, la quête d’une accumulation matérielle sans esprit ni sens, les divertissements superficiels, le mépris, l’esprit de concurrence…

sticker

Le véganisme bobo n’est qu’un vecteur pour l’esprit d’entreprise, la fuite dans des petits
espaces isolés, en-dehors de la réalité de notre monde. C’est une approche qui est une insulte à notre planète, que nous devrions protéger comme une mère.

Comme une mère qu’elle est, justement, dans les faits, car l’humanité n’existe pas de manière indépendante, malgré tous ses fantasmes anthropocentristes. Seuls ceux qui ont quelque chose à gagner contre la Nature ne veulent pas assumer ce principe évident : il ne peut pas y avoir de compromis dans la défense de la Terre-Mère.

stickerIl ne peut pas y avoir de compromis dans la délivrance attendue par des millions d’êtres vivants, par la Nature sauvage, et même par une humanité aliénée, dénaturée, ayant perdu tout sens des valeurs naturelles au nom de la course à l’individualisme et à la consommation.

C’est une tâche incroyable et en apparence démesurée et c’est la raison pour laquelle beaucoup n’osent pas ou capitulent, perdant confiance dans une bataille qui semble avoir des proportions incroyables.

Mais le combat ne peut pas s’arrêter. Le combat ne s’arrête jamais et inévitablement la tempête à venir va balayer les valeurs perdues de l’humanité anthropocentriste, mettant sur la table la nécessité de reconnaître la Nature, la beauté des animaux, le caractère central de la planète.

sticker

Le caractère central de la planète, c’est ce que représente la lettre grecque thêta, Θ, symbole inventé aux États-Unis en 1969 dans le mouvement écologiste. Le choix de la lettre provient du fait qu’elle combine symboliquement le « o » pour « organisme » et le « e » pour environnement.

Le symbole a été par la suite repris par les gens faisant de la culture vegan straight edge le vecteur d’une radicalité écologiste authentique, soulevant les questions essentielles par rapport aux destructions terribles infligées à la vie.

stickersC’est ce message que nous diffusons, c’est ce feu intérieur que nous propageons, c’est cette discipline que nous portons et transmettons.

Pas de drogues, pas d’alcool, pas de rapports sexuels sans couple durable.
Le respect de soi-même, l’acceptation de la réalité, une vie naturelle.
Pas de consommation de produits d’origine animale.
L’amour pour les animaux, la compassion comme fondement de la vie quotidienne.

La volonté inébranlable du changement nécessaire, l’absence de compromis dans la défense de notre mère la Terre.

Vegan Straight Edge !

L’ouvrage “Zoopolis”

La Nature est-elle un grand tout ou bien un espace chaotique où « coexistent » des espèces, des individus ? Ce sont deux manières antagoniques de voir les choses et voici un exemple de réflexion à ce sujet, avec « Zoopolis ».

Il s’agit d’un ouvrage de 400 pages publié en 2011 en anglais, puis en 2016 en français. Il a été écrit par deux universitaires canadiens, tous deux professeurs à l’université de Queens, Sue Donaldson et Will Kymlicka (par ailleurs docteur en philosophie de l’université d’Oxford).

On l’aura compris, c’est un énième ouvrage sur les « droits des animaux » d’un point de vue juridique, avec comme d’habitude une conception présentée comme ultime, résolvant tous les problèmes, dépassant les autres auteurs (Regan, Singer, Francione, etc.).

Voici un exemple de soutien à la valeur censément incroyable de l’oeuvre, par le quotidien catholique La Croix :

« La traduction en français de Zoopolis de Will Kymlicka et Sue Donaldson constitue une nouvelle étape, majeure, dans la redéfinition de nos rapports aux animaux.

La notoriété de Kymlicka, grand nom de la philosophie politique anglo-saxonne, et l’ampleur de la réflexion menée destinent l’ouvrage à devenir un classique pour tous ceux qui sont convaincus qu’il est urgent de s’engager politiquement à améliorer la condition animale, tout comme pour ceux qui contesteront la voie proposée ici pour y parvenir. »

En voici un autre exemple :

« Comme La Libération animale de Peter Singer ou Les Droits des animaux de Tom Regan, il y a des chances que ce livre devienne un classique de la pensée contemporaine sur la question animale. »

Cette dernière citation dithyrambique est tirée d’un petit livre de cent pages publié en mai 2015 par les Cahiers Antispécistes et distribué par la boutique de L214 (ce qui rappelle, par ailleurs, leurs liens historiques).

Le petit livre en question résume « Zoopolis » tellement il est censé présenter un grand intérêt.

C’est d’ailleurs L214 qui a organisé une conférence avec Will Kymlicka à Paris il y a deux mois.

En pratique, évidemment, personne n’en a rien à faire de cet ouvrage, énième avatar d’une bibliographie toujours plus grande d’universitaires faisant carrière dans un système portant l’exploitation animale et prétendant être pourtant de grands « rebelles ».

Regardons tout de même ce qu’il en est, histoire d’être certains et certaines de ne rien rater. Voici un court extrait de « Zoopolis », où ce qui est censé être « nouveau » est particulièrement souligné :

« Dans le modèle traditionnel de la TDA [théorie des droits des animaux], une seule relation acceptable avec les animaux est reconnue: pour traiter les animaux de façon éthique, il faut les laisser tranquilles, ne pas interférer avec leurs droits négatifs à la vie et à la liberté.

Selon nous, le principe de non-intervention est effectivement approprié dans certains cas, notamment concernant les animaux sauvages qui vivent loin de tous lieux d’habitation et de toute activité humaine.

Mais dans des cas où les animaux et les humains sont reliés par une interdépendance étroite et partagent un même habitat, ce principe est totalement inapproprié.

Cette interdépendance est manifeste lorsque nous avons affaire à des animaux de compagnie ou à des animaux d’élevage qui ont été élevés pendant des millénaires pour être dépendants des êtres humains.

Ce processus nous impose des devoirs positifs à leur égard (et s’engager en faveur de l’extinction de ces animaux est une étrange manière de remplir les obligations positives que nous avons envers eux!).

Mais il en va de même, quoique de façon plus complexe, des nombreux animaux qui, sans y avoir été conviés, gravitent autour de lieux habités par les humains.

Peut-être n’avons-nous pas envie de vivre avec les oies et les marmottes d’Amérique qui apprécient tant nos villages et nos villes, mais avec le temps, nous sommes amenés à cohabiter avec elles au sein d’un espace commun, et il est possible que cela nous oblige à concevoir cet espace en tenant compte de leurs intérêts.

Nous examinons de nombreux cas similaires tout au long de ce livre, où toute conception de l’éthique animale impliquera un mélange de devoirs positifs et de devoirs négatifs, qui seront formulés en tenant compte de différentes histoires d’interaction et d’interdépendance, et d’aspirations à une coexistence juste.

Selon nous, limiter la TDA à un ensemble de droits négatifs est non seulement intenable d’un point de vue intellectuel, mais également préjudiciable au niveau politique; ainsi conçue, la TDA se prive en effet de toute conception positive des interactions entre les humains et les animaux.

Reconnaître l’existence de devoirs positifs propres aux différentes relations que nous entretenons avec les animaux accroît peut-être l’exigence de la TDA , mais cela permet également de la rendre beaucoup plus attrayante.

Après tout, les êtres humains n’existent pas en dehors de la nature, ils ne sont pas dépourvus de contact avec le monde animal. »

Dit autrement, les auteurs de « Zoopolis » disent que les rapports entre humains et animaux existent qu’on le veuille ou non et il faut les prendre en compte.

Mais quelle est la nature de ces rapports ? On connaît la position de « l’antispécisme », qui dit que ces rapports sont mauvais par essence même. L’humanité aurait choisi d’opprimer les autres espèces.

Nous trouvons cette conception délirante et en apparence, les auteurs de « Zoopolis » ne la partagent pas. Ils se veulent d’ailleurs en rupture avec toutes les formes traditionnelles de critique universitaire de l’exploitation animale (l’utilitarisme, le welfarisme, l’abolitionnisme, etc.).

Reste que si on ne part pas dans l’antispécisme, il faut alors avoir une interprétation pour ainsi dire philosophique du rapport entre l’humanité et les animaux.

Soit on ramène aux animaux l’interprétation de l’humanité, soit on fait l’inverse.

Dans le premier cas, on est athée, on dit que l’humanité s’imagine plein de choses mais ne maîtrise nullement la Nature, dont elle est d’ailleurs un aspect. Comme le dit Spinoza, « l’ homme n’est pas un empire dans un empire ».

Dans le second cas, on considère que l’humanité doit avoir assez de gentillesse, d’humanité, etc., afin d’élever la condition animale. C’est précisément le choix des auteurs de Zoopolis.

Entendons-nous bien : leur œuvre à un intérêt relatif. Il est évident que dans la mesure où cela correspond à l’exigence de la construction de tunnels animaliers lorsqu’il y a des routes bloquant les passages, on ne peut pas trouver cela absurde.

Le problème est que le point de vue de « Zoopolis » est finalement le suivant : deux mondes coexisteraient, à savoir la « nature sauvage », la société des êtres humains. Quelques animaux, pour des raisons historiques (la domestication, la pénétration dans les villes, etc.) seraient d’une certaine manière entre les deux.

Ce qui signifie qu’il faut les gérer et cela revient, dans l’optique des universitaires, à passer par le droit. Comment ? En gérant la citoyenneté à différents degrés. La solution serait de formuler une « citoyenneté » à différents niveaux aux animaux domestiques, aux animaux sauvages, aux « animaux liminaires résidents ».

Prenant en exemples les touristes ou encore les gens en voyage d’affaire, les auteurs de « Zoopolis » disent qu’il y a des reconnaissances partielles de ces individus lors de leur séjour temporaire. Tout n’est pas figé dans la reconnaissance des droits, il existe plusieurs niveaux, plus degrés. Il faudrait faire pareil avec les animaux dans notre rapport avec eux.

Les auteurs font, dans ce cadre, un inventaire à la Prévert de comment la « concitoyenneté » peut être mise en place, avec toutes les questions morales qui vont avec (la sexualité, l’alimentation, l’intervention, la résidence, etc.). Il faudrait réaliser un travail prenant en compte tous les paramètres de la coexistence, afin de l’organiser de la manière la meilleure qui soit, dans le sens d’un refus de l’exploitation animale.

Seulement, comme dit plus haut, les auteurs de « Zoopolis » ne partent pas du principe que l’être humain soit un « animal politique » comme chez Aristote, avec une organisation naturelle.

On est ici dans le « choix » raisonné de l’humanité, accordant des droits. De notre point de vue, le problème est qu’une telle approche signifie raisonner en termes de « coexistence ».

Or, si l’on dit : il y a les humains d’un côté, tels animaux, tels animaux, tels animaux, de l’autre, on est coincé.

On est coincé, car on a la même vision que l’exploitation animale, sauf qu’on refuse l’exploitation animale. On ne s’élève pas à la reconnaissance de la Nature comme ensemble global, dont font partie toutes les espèces, avec un degré d’interdépendance qu’il s’agit impérativement d’étudier et de comprendre, et de respecter. Ce que nous appelons, de manière littéraire, « Gaïa ».

Les auteurs de « Zoopolis » rejettent cela, ils ne reconnaissent pas la Nature, donc ils refusent cette vision d’ensemble. Par conséquent, ils aboutissent logiquement non pas à parler des animaux, mais de l’animal individuel, avec son « soi », sa « subjectivité ».

La « citoyenneté » des auteurs de « Zoopolis » n’est pas une théorie des droits des animaux, mais une théorie des droits de l’animal. Ce qui ramène, sans que les auteurs ne le veuillent, leur position à celle de l’utilitarisme, du welfarisme, de l’abolitionnisme.

On ne sort pas du cadre individuel ; on est dans un simple prolongement du droit humain, qui est étendu aux animaux. Le seul espoir qu’il y a donc ici, c’est que les individus humains acceptent de « reculer ».

Comment ? Les auteurs de « Zoopolis » le reconnaissent : ils n’ont aucune idée de comment leur conception peut se réaliser dans les faits. Leur logique est purement « associative », ce qui fait dire d’ailleurs à Will Kymlicka dans une interview que dans un monde utopique, on peut s’imaginer que des vaches ou des poules fournissent une quantité restreinte, « non commerciale », de lait ou d’oeufs, dans le cadre d’une « relation de compagnonnage » !

Ils espèrent que les catastrophes écologiques et le caractère non durable de l’exploitation animale vont amener une prise de conscience.

Ils tablent sur « l’imaginaire » des gens :

« En réalité, l’image de soi et les relations auxquelles nous accordons une valeur ne sont pas façonnées uniquement par des intérêts égoïstes ou par des convictions morales explicites.

Notre imaginaire moral peut s’enrichir lorsque nous menons une réflexion approfondie ou établissons des relations empathiques, mais il peut également être enrichi par la curiosité scientifique ou l’élan créatif, par notre désir d’explorer, d’apprendre, de créer de la beauté, des liens, du sens.

C’est dans cet esprit que nous devons aborder le projet de justice envers les animaux.

Aujourd’hui, à l’évidence, la plupart des exigences de la TDA sont perçues comme un immense sacrifice par la plupart des êtres humains.

L’abîme entre la théorie morale que nous avons défendue et la façon dont les individus se perçoivent et perçoivent leurs intérêts est immense. Mais cela peut changer, et peut-être plus rapidement qu’on aurait tendance à le penser.

À mesure que les coûts environnementaux et économiques de notre système d’exploitation et de colonisation des animaux augmenteront, il deviendra de plus en plus urgent d’élaborer de nouveaux cadres conceptuels nous permettant d’adopter une autre vision des relations entre les humains et les animaux. »

Les auteurs de « Zoopolis » se trompent : si leur vision est correcte, alors l’effondrement écologique et alimentaire produira la guerre de chacun contre chacun, nullement un acceptation raisonnée d’un nouveau « cadre conceptuel ».

Si l’individu est mu par des intérêts égoïstes, alors il n’y aura pas de « recul », pas de meilleure « coexistence ».

Heureusement, les choses sont bien différentes. L’humanité n’est pas « à part », elle est une composante de la Nature. Son cheminement particulier l’a fait s’imaginer différent, mais inévitablement elle va le saisir dans les faits, ce qui amènera une humanité végane par conscience collective, par reconnaissance de Gaïa, par soumission à l’ordre naturel.

Le véganisme est-il un droit de l’Homme?

lionC’est une question qui n’est pas encore vraiment apparue, mais qui inévitablement va faire surface. L’émergence du véganisme en France va en effet amener des conflits inévitables avec la vie quotidienne institutionnalisée.

Il faut entendre par là l’école, l’hôpital, ou encore la prison, des lieux où c’est principalement l’alimentation qui risque de poser un problème fondamental. La question des cantines dans les écoles revient déjà de manière récurrente, celle de l’alimentation dans les hôpitaux l’est moins et pourtant il y a déjà forcément beaucoup d’expériences faites dans ce domaine.

A cela s’ajoute nombre d’autres domaines : les repas de famille, ceux organisés par l’entreprise, ou ceux qu’on est en droit d’attendre dans un hôtel en tant que client.

Mais on peut élargir la question, car il ne s’agit pas que d’alimentation : policiers et soldats doivent porter, de manière obligatoire, des objets en cuir, certaines études exigent l’utilisation de produits d’origine animale ou testés sur eux, voire d’animaux eux-mêmes.

En fait, on peut trouver de tels exemples pratiquement à l’infini, puisque l’exploitation animale est présente à tous les niveaux. La question est de savoir alors comment il faut justement voir les choses.

abeille

Si on raisonne à sa propre échelle, on ne peut que constater une expérience individuelle désagréable ou inacceptable. Si on veut continuer à participer à la vie quotidienne institutionnalisée, alors on considère qu’on subit une discrimination, ce qui demande bien sûr à être corrigé.

Disons tout de suite pourquoi ce point de vue, largement partagé et diffusé par des associations comme L214, est erroné. Le grand défaut de cette approche est son anti-universalisme, sa réduction du véganisme à une démarche individuelle.

Les animaux sont perdus de vue, la libération animale n’apparaît plus que comme une lointaine utopie et ce qui compte alors c’est simplement l’intégration de sa propre démarche végane dans la vie quotidienne anti-végane.

Le véganisme se ramène ici, ce qui est vraiment absurde, aux pratiques religieuses. Tout comme les Juifs, les catholiques, les musulmans ont leurs exigences, les végans auraient les leurs. Tout se vaudrait et il faudrait accepter tout le monde  comme ils sont.

manchot

Si cette perspective améliorerait grandement la vie quotidienne des gens végans, elle anéantirait totalement leur perspective universaliste. Ce qui ne dérangerait par ailleurs pas beaucoup d’entre eux, étant donné qu’ils sont végans pour leur bonne conscience ou bien par mode, mais pas par amour des animaux.

Il y a ici un écueil très grand, qui risque de briser ce que transporte le véganisme en exigence universelle de changement de la vie quotidienne. Les animaux de la forêt se moquent de la vie quotidienne des véganes des villes s’ils sont toujours confrontés aux chasseurs. Les animaux toujours plus nombreux dans les fermes-usines dans le monde se moquent du fait qu’il y ait des glaces véganes…

Il faut ici toutefois approfondir la réflexion au niveau de l’universalisme, car les religions sont parfois censées l’être.

Le catholicisme est en effet universaliste. Historiquement hégémonique en France, il peut donc prétendre être ouvert, tout en gagnant du temps pour se renforcer et ramener la grande majorité dans la voie juste.

Cela ne peut pas être un modèle, car le véganisme n’a pas à ramener les gens à sa démarche, mais à les y ramener, ce qui est bien plus difficile.

Le judaïsme part du principe qu’il sera toujours une religion minoritaire et qu’il faut s’adapter, accepter des compromis même importants. Il en va de même du protestantisme traditionnel.

corail et poissons

Le véganisme ne peut pas accepter cela, à moins de considérer qu’il restera minoritaire et qu’il faut capituler devant l’exploitation animale au moins pour trois cent ans. Au-delà d’une capitulation morale, vue la situation de la planète c’est intenable.

L’Islam ne parvient pas, quant à lui, à trouver une voie en raison de son exigence hégémonique et soit passe dans l’isolement salafiste, bien plus rarement la rupture pro-terroriste, plus couramment l’adaptation plus ou moins hypocrite car en contradiction avec ses propres valeurs. Cette dernière option est la grande ligne des « frères musulmans », qui ont théorisé tout un agenda d’exigences et de points culturels à gagner pour avancer.

Le véganisme ne peut pas suivre une telle démarche, pour toute une série de raisons. Tout d’abord, parce que ce qui est l’objectif, c’est la libération concrète des animaux et pas le fait de pouvoir manger un gâteau végan au restaurant comme d’autres vont prier dans un édifice religieux.

Ensuite, parce que les compromis sont inacceptables pour le véganisme. Un musulman peut accepter une alimentation non halal s’il n’a pas le choix , mais une personne végane ne peut pas accepter une nourriture non végétalienne dans une même situation…

Enfin, c’est là d’ailleurs la clef de toute la question, le véganisme ne saurait raisonner en termes de communauté séparée. Le fait même de parler des « végans » comme un ensemble est sans doute faux.

chenille

On le voit bien de par les grandes différences qui les marquent. Mais, surtout, les végans ne sont pas des individus ayant fait un « choix », mais l’expression d’une tendance universelle au véganisme.

Formulé différemment, cela donne la chose suivante : soit d’ici cinquante ans l’humanité a adopté le mode de vie végane, soit sa civilisation aura connu l’effondrement. L’humanité ne peut pas nier la réalité, elle ne peut pas nier la sensibilité animale, elle ne pas dénier la réalité d’une planète formant un tout complexe formant un équilibre permettant la vie de se développer.

Une humanité s’imaginant trouver un sens en elle-même, en-dehors de la Nature, contre la Nature, est une illusion.

Les personnes véganes doivent prendre conscience de cela, du timing plus que serré qui existe pour, osons le dire, sauver la planète. L’horizon se limite, très concrètement, aux trente prochaines années, où tout va être décisif.

Avec cette mise en perspective, on voit bien l’absurdité de faire du véganisme un « droit de l’homme ». Il faut conquérir des droits, comme celui de pouvoir manger végétalien dans les cantines par exemple, mais il ne faut pas en faire un « droit de l’homme » qui impliquerait le « droit de l’homme »… de ne pas manger végétalien.

renardLe système ne reculera d’ailleurs pas. Il se contentera de mesures pour intégrer les personnes véganes, pour qu’elles se contentent d’être une minorité à prétention moraliste mais entièrement coupée de toute influence sociale.

La théorie de « droits de l’homme » lui convient alors très bien, puisque relativisant toute démarche et niant l’universalisme.

A l’inverse, le véganisme ne doit pas s’orienter par rapport aux droits de l’Homme, masque de l’individualisme, mais par rapport à la libération animale comme devoir moral absolu.

Génération vegan 2.0, entre négation des “précurseurs” et action directe réformiste

S’il y a quinze ans le véganisme était une démarche inconnue de l’opinion publique, ce n’est plus le cas et depuis quelques semaines on attend l’apogée médiatique de la découverte du véganisme.

Il n’y a pas un média d’importance significative qui n’y est pas allé de sa présentation du véganisme, avec une analyse plus ou moins favorable du « phénomène ».

C’est que, désormais, le véganisme est un phénomène de masse, contrairement à il y a quinze ans, ou même à il y a quelques années. Il y a un afflux de gens s’engageant dans cette démarche.

Et force est de constater que, dans l’état actuel des choses, tous les courants qui existaient il y a quinze ans dans le véganisme ont tort, au moins en apparence. En effet, les gens qui deviennent vegans réagissent à une impulsion particulièrement floue, sans définition…

Les courants existant dans le véganisme, il y a encore quelques années, bataillaient au sujet des définitions, considérant que sans ces définitions, aucun développement ne serait possible.

Or, les gens qui deviennent vegans ne s’intéressent pas du tout à ces questions, émergeant même en-dehors de telle problématique. C’est en cela que c’est une « mode » et forcément il y a lieu de se demander si cela peut tenir.

Faut-il un contenu conscient au préalable, ou bien l’engouement pour une cause morale suffit-elle en soi, sans qu’il soit nécessaire de la définir de manière détaillée ou complète ?

C’est un thème essentiel et particulièrement récurrent chez nous, tout comme c’est un thème en arrière-plan dans les articles d’Audrey Garric, qui dans Le Monde s’évertue depuis longtemps à nos yeux à participer à une dénaturation profonde du véganisme.

Dans Le Monde, on peut ainsi lire un article intitulé « Changement de régime chez les végans », où il est expliqué avec une grande joie que :

« Les nouveaux convertis au véganisme défendent une image « cool, sympa et accessible », bien loin de l’approche « parfois culpabilisante » des précurseurs des années 1980. »

Le mot n’est pas choisi par hasard. Les vegan straight edge, les vegan abolitionnistes partisans de Gary Francione, les anarcho-punks, les antispécistes utilitaristes des « Cahiers antispécistes », les antispécistes anarchistes, les multiples activistes de l’ALF, tous n’auraient été, somme toute, que des « précurseurs ».

Couverture du neuvième numéro de la revue Arkangel, en 1993

Le véganisme commencerait seulement maintenant et les années 1980-1990 n’auraient été, au mieux, qu’une lointaine histoire sans réelle signification…

Ce n’est pas un secret que nous sommes profondément contre une telle interprétation et que nous avons publié pour cette raison de nombreux documents du passé, des années 1990, des années 1980.

Et si nous passons désormais d’une publication quotidienne à des sortes de mini-dossiers, c’est aussi pour cela : il y a un esprit consommateur dans le véganisme actuel, un esprit tourné vers l’ego, vers une démarche témoignage, utilisant tout à tort et à travers.

C’est précisément ce que ne voulaient pas, justement, tous les courants mentionnés plus haut, même si certains s’y sont retrouvés. Il y avait une exigence de rationalité générale, au moins relative.

Mais tous ces courants, au-delà des divergences, nous y compris, avons été marginalisés par la vague « végane 2.0 », dont une expression est la mouvance de L214, structure en droite ligne des Cahiers antispécistes, avec leur ligne « végéta*ienne » développée par la veggie pride, une hostilité absolue envers l’ALF, un esprit d’ouverture générale aux institutions.

A quoi a-t-on affaire avec cette vague « 2.0 » ? A un refus de tout contenu concret sur le plan des idées, au profit d’un pragmatisme qui est censé « marcher ». La preuve, les médias en parlent et l’économie suit : voilà les critères qui sont, pour le moins, d’une étroitesse d’esprit plus que prononcé.

Car sans contenu, comment ne pas être broyé ? Dans l’article du Monde mentionné plus haut, cet apolitisme appelant à « témoigner » et à collaborer avec les institutions connaît un éloge sans bornes :

« Au cœur de cette dynamique en France, L214. En une année, l’association a réussi ce tour de force auquel aucune autre n’était jamais parvenue : rendre le discours végan audible et légitime dans le débat public.

Transformer ce qui était jusque-là perçu comme un choix de vie individuel, marginal et souvent clandestin, en une question politique qui interroge l’ensemble de la société et propose un nouveau modèle. Comment ? En maniant la carotte et le bâton, la dénonciation (les vidéos) et les solutions (comme le site VegOresto, qui recense les restaurants proposant des menus végans).

Avec 28 000 adhérents et 650 000 fans sur Facebook, l’ONG, incarnée par Brigitte Gothière et Sébastien Arsac, joue aujourd’hui le rôle de pivot du mouvement.

Tous les mois, des événements coordonnés sont imaginés par le bureau parisien de l’association, qui envoie consignes et matériel. A charge pour les comités locaux de les mettre en pratique, voire d’aller plus loin.

A Lyon, par exemple, les volontaires, recrutés à l’issue d’un entretien individuel et après avoir rempli un questionnaire, doivent s’engager à accomplir cinq actions en quatre mois. (…)

Mais pour les Pâques véganes, point d’échauffement, faute de temps. « C’est une action soft, ça passe », juge Camille Ots. Les bleus comme les vétérans prennent à peine connaissance des tracts et sont envoyés au front. De toute façon, ils ne veulent pas « convaincre », mais « informer » et, si possible, « semer une petite graine dans l’esprit des gens ». »

Tout est dit là, effectivement, il ne s’agit pas de convaincre, mais d’informer, de semer une idée.

Or, est-ce ce qu’il faut faire ? A court terme, les résultats sont bien plus efficaces que si l’on veut convaincre, évidemment. Mais à moyen terme, qu’en restera-t-il ? Et à long terme ?

L’utilisation d’animaux morts dans des mises en scène macabres est sans doute la chose la plus odieuse et inacceptable des “témoignages” censés être militants

Et regardons les critères concrets. Les refuges sont toujours en crise, pendant que les vegans n’ont qu’une seule préoccupation : la nourriture.

Si l’on fait un article sur l’avenir du véganisme, en tant qu’objectif concret à l’échelle mondiale, on aura rien comme lecteurs et lectrices en comparaison à un article sur une recette de cuisine. Et il ne faut pas avoir peur de le dire : c’est vraiment un problème.

Car, non seulement le niveau intellectuel est faible ou nul, mais en plus il y a derrière des intellectuels universitaires qui prennent les commandes, de manière non démocratique… Avec comme objectif de s’installer, de prendre des places, bref afin de faire carrière.

Citons de nouveau l’article du Monde mentionné plus haut :

« C’est ce que tente de faire la philosophe Corine Pelluchon, qui assume vouloir « convaincre les non-végans, en écrivant, en argumentant ».

Si elle réfute toute volonté d’endoctrinement, la professeure de philosophie à l’université Paris-Est-Marne-la-Vallée le confesse : elle œuvre « en coulisses », depuis la sortie, en janvier, de son Manifeste animaliste (Alma Editeur, 112 p., 10 euros), pour faire passer des idées aux décideurs politiques et aux chefs d’entreprise qu’elle rencontre, afin qu’« ils les répercutent ».

Elle dit aussi « mouiller sa chemise » dès qu’elle le peut, par exemple en participant à des conférences – « de manière bénévole », précise-t-elle. »

En fait, ce qui se passe, c’est une opération de liquidation de toute le patrimoine activiste végane en Fance. Déjà que ce patrimoine est difficile à défendre : où trouver des documents sur les squatts lillois et parisiens vegans du début des années 1990 ?

Et pourtant, ces expériences sont d’une grande signification, car aujourd’hui vient d’hier et on ne peut pas sans voir cela comprendre comment avoir un meilleur lendemain.

Mais il y a des gens qui ont des intérêts, matériels ou personnels (en termes d’ego), à ce que rien ne déborde, à ce que les vegans restent à un profond niveau d’infantilisme.

C’est une opération de liquidation par ailleurs assumée, citons encore l’article du Monde, décidément bien riche :

« Surtout, c’est grâce au Web qu’est apparue une nouvelle génération de végans qui veut dépoussiérer l’image du mouvement et « sortir de l’entre-soi ».

Tous les deuxièmes mardis du mois, depuis décembre, ils sont une cinquantaine d’entrepreneurs à se retrouver au Tago Mago, un resto branché du 10e arrondissement de Paris. La formule est simple : présenter de nouveaux projets, évidemment garantis sans produits animaux, et réseauter.

« On veut convertir en douceur, par la découverte », exposent Sylvain Tardy et Nicolas Dhers, deux des organisateurs de ce rendez-vous. Eux qui revendiquent leur « ouverture » comme seconde peau veulent surtout se dégager de « l’image de sectaires » qui colle aux végans.

Rupture assumée avec les aînés

Les compères ont créé leur petite communauté en lançant le Smmmile, un festival « vegan pop » qui met au régime végétalien le public et les artistes – « même si on ne demande pas de certificat de véganisme ».

L’événement tiendra sa deuxième édition en septembre à La Villette, à Paris, avec le même souci de « faire découvrir le mode de vie végan à un maximum de gens » et, répètent-ils tel un mantra, « donner une image positive du véganisme ». Montrer, en bref, qu’on peut manger du tofu et être heureux.

Attablée autour de bières et de burgers – aux pousses d’épinard, artichauts et faux cheddar –, la bande de jeunes fait le point sur ses projets, se conseille et s’entraide.

« On a voulu créer notre entreprise pour proposer une offre cool, sympa et accessible à tous, montrer aux gens qu’on peut être végan sans se priver. C’est comme ça qu’on peut faire tomber les freins au véganisme », affirment Cheyma Bourguiba et Raphaël Francisco.

A moins de 50 ans à eux deux, ils sont sur le point de lancer un « concept store végan et stylé », Aujourd’hui Demain, qui proposera à la fois alimentation, vêtements, cosmétiques et livres.

Ils ne se reconnaissent pas dans l’approche « très militante » et l’image « un peu vieillotte, parfois culpabilisante », des premiers acteurs du véganisme.

« Nous, on est jeunes, on sort, on s’amuse, lancent-ils. On veut continuer à vivre comme avant. »

« Et garder notre style », ajoute, dans l’hilarité générale, Anne-Cécile Canon, la doyenne du groupe (33 ans), qui organise des événements végans – marchés de Noël, marché de Pâques, barbecues – auxquels se pressent plusieurs milliers de personnes.

En « rupture » assumée avec leurs aînés, ils ne lisent pas les classiques de la pensée antispéciste, ne descendent pas dans la rue pour militer et n’adhèrent même pas aux associations de protection animale. »

Cela est parfaitement claire et on a compris que l’objectif était ici de faire un véganisme minoritaire, branché, tourné vers soi-même, niant la bataille pour les animaux.

C’est pour cela que nous avons dénoncer le festival Smmmile, ce qui n’empêche pas leur attaché de presse de nous envoyer des mails pour en faire la promotion. Nous avons d’ailleurs une attitude historique très stricte là-dessus et chaque jour on comprend mieux pourquoi !

Nul sectarisme là-dedans, mais la défense des principes.

Ceux qui n’ont pas assumé cela en paient le prix… De manière intéressante à ce sujet, l’article du Monde parle d’Yves Bonnardel, qui désormais a un regard critique. Alors qu’il a participé de plain-pied à cette tendance à un végan consumériste et individualiste, apolitique et béat…

L’occupation d’un McDonald’s à la fin de la veggie pride de 2008

En quoi consistait par exemple la veggie pride, que nous avons toujours critiqué ? En l’union sans principe des « végéta*iens », en le refus de toute prise de position, sociale, culturelle ou politique.

En 2010, le véganisme y était ouvertement présenté comme secondaire comme nous le constations…  Et faut-il se rappeler quel “scandale” cela a été lorsque des militants ont forcé l’entrée d’un KFC et d’un McDonald’s lors d’une veggie pride, en 2008.

Et désormais, les tenants d’une ligne « veggie pride » sont débordés par les tenants d’une ligne commerciale pure et dure, comme le raconte Le Monde…

« Peu amène envers les jeunes générations, Yves Bonnardel juge que les nouveaux végans, tournés vers les modes de vie, « portent préjudice au mouvement ». « Nous devons le repenser par l’action collective et le rapport de force, pour troubler la tranquillité de l’exploitation animale. »

Ce qui passe, à ses yeux, par la distribution de tracts, les marches pour la fermeture des abattoirs ou les Estivales de la condition animale, grand rendez-vous annuel de la mouvance.

Une divergence de pensée et de stratégie qui a failli tourner au pugilat, l’an dernier, quand le VeggieWorld a choisi la même date que la Veggie Pride. Le premier, tout récent en France, qui s’est tenu en avril, se veut un « salon de 140 exposants nationaux et internationaux et de plus de 1 000 produits végans ».

La seconde, créée en 2001, se présente comme « la manifestation des végétariens et végétaliens contre l’exploitation animale ». La querelle des anciens et des modernes à la sauce végane.

S’ils ont rangé les couteaux à viande, ils ne sont souvent pas loin de se rentrer dans le lard. Ce sont ces accrochages, ainsi que les demandes pressantes de la communauté LGBT, qui poussent la Veggie Pride à changer de nom pour devenir « le carnaval antispéciste », annonce Camille Brunel, qui fait partie de son organisation. Le jeune homme milite par ailleurs pour franciser le terme anglais vegan en « végane ».« Cela désamorce le côté frime. » »

Quelle va être la conséquence de cela ? Disons-le tout de suite : cela sera la fuite en avant.

Il y aura toujours plus de fuite dans le symbolique dure : il y a eu L214, puis 269 life France comme débordement radical prônant « l’action directe », puis 269 Libération animale comme débordement encore plus radical, et cela continuera.

Jusqu’à quoi ? Jusqu’au réformisme violent, avec des occupations d’abattoirs, de supermarchés, comme cela a été tenté dernièrement, avec toujours plus d’actions symboliques « chocs » pour marquer les esprits…

Dans une logique anti-populaire de mépris de la lutte pour convaincre les gens, au nom du fait que L214 le fait et que ce serait forcément une trahison…

Voici ce que dit la co-présidente de l’association 269Life Libération Animale lors d’une interview.

Il s’agit ni plus ni moins que de réformisme agressif, illégaliste : il n’y a pas d’idée de révolution, simplement l’idée de faire tellement de chaos qu’il faudra que… le système, présenté comme ne pouvant pas se réformer, se réforme quand même.

– Les moyens utilisés par 269Life Libération Animale provoquent souvent des réactions de rejet très brutales. Cela ne décrédibilise-t-il pas la cause que vous défendez ?

Je pense que ça révèle une incompréhension de ce qu’est l’antispécisme.

Parce qu’à partir du moment où on pense qu’il faut donner une bonne image pour donner envie aux gens d’être véganes, c’est qu’on n’a rien compris à l’antispécisme.

L’antispécisme ce n’est pas du marketing, c’est une question de justice. Peu importe qui en parle. J’espère qu’on n’a pas besoin d’être tout sourire et calibré en taille 38 pour apporter une bonne parole dans la rue.

Personnellement, si je vois quelqu’un qui se met en danger, qui a un bon discours, qui fait un acte qui a du sens, j’aurais plutôt tendance à l’admirer.

Bien plus que la personne qui distribue des tracts sans avoir l’air convaincue.

Il y a une confusion qui se fait entre le véganisme et l’antispécisme, or pour moi ce n’est pas du tout la même chose. On n’a pas à donner envie.

Pendant une guerre, les résistants ne donnent pas envie de lutter contre l’oppression, on ne regarde pas la manière dont ils parlent.

Il faut comprendre que la désobéissance civile ce n’est pas une occupation pour des gens qui manquent d’adrénaline dans leur vie, c’est une démarche politique, et une démarche qui comporte beaucoup de sacrifices personnels. Et il faut arrêter de se prétendre militant quand on va à un salon végane. (…)

« Convertir » tout le monde au véganisme, c’est complètement idéaliste, ça prendrait des milliers d’années et ça ne marchera jamais.

Vous trouverez toujours des gens qui continueront à manger de la viande tant que ce n’est pas interdit, même si on leur démontre par A plus B que c’est mauvais pour eux, pour l’environnement, pour les animaux.

Certains disent que ce n’est « pas le moment » de faire appel à des actes aussi choc, qu’il faut attendre le soutien du public. L’action directe, c’est ce qui commence le travail, pas ce qui le finit.

Et pour moi ça n’a pas encore commencé, il n’y a pas de baisse dans la production ou la consommation de viande.

Ce n’est pas parce qu’on parle de véganisme que ça freine les abattoirs, loin de là, on voit bien qu’il n’y a aucune corrélation entre les deux. Pour commencer un vrai combat, pour montrer que ça a son importance, il faut des gestes forts.

C’est ce que disait Martin Luther King : il faut créer un état de crise, qui forcera les politiques à venir vers nous et à trouver des solutions. »

C’est là du L214 inversé, sans aucune prise en compte ni de l’histoire des révolutions, ni de l’histoire de la gauche et de ses idées, ni même des tentatives historiques de l’ALF…

Couverture de la revue Arkangel: la libération animale y est bien présentée comme un mouvement populaire

Cette histoire de dire que la résistance ne vise pas à convaincre,  à soulever tout le monde, ce n’est pas vrai, c’est du mépris pour le peuple, au nom d’un activisme comme les anarchistes à la fin du 19ème siècle.

Cet activisme débridé ne fera pas boule de neige, il est auto-centré, il nie l’existence de la politique. Ses actions ne changeront rien avec comme seul résultat la répression qui s’abattra implacablement, parce que l’État français est très sérieux, très éduqué, très organisé, disposant de fonctionnaires de police infiltrés et d’une surveillance efficace.

Et la conséquence de ce réformisme sera ni plus ni moins que la capitulation, l’esprit de défaite, l’abandon, etc., que véhicule déjà par définition L214 en se soumettant aux institutions.

Comme quoi, rien n’est possible sans voir la dimension révolutionnaire du véganisme, mais pour cela encore faut-il se rattacher à une tradition authentique, tournée vers le peuple…

Les trois magasins Naturalia vegans à Paris

Il y a quelques temps, dans un reportage à la télévision, on pouvait voir un membre d’une association végétarienne négocier avec le groupe Monoprix, cherchant à monétiser ses compétences dans le domaine du nouveau « marché » que représente la consommation de l’alimentation végétalienne.

Voici donc que le groupe Monoprix a choisi, plutôt que de former des rayons végétaliens, de tenter le coup avec des magasins bios vegans.

Cette initiative de Monoprix par l’intermédiaire de Naturalia va à rebours de ce que constatait la chaîne allemande Veganz, qui elle ferme ses magasins pour se lancer dans des produits qui ont comme objectif de remplir les supermarchés traditionnels.

C’est d’ailleurs la tendance constatée par Le Figaro :

« Un phénomène très marginal au sein de la population française, mais qui commence à avoir l’oreille des distributeurs et fabricants alimentaires, qui ont commencé à introduire depuis 18 mois dans leurs gammes des produits vegan. Même le roi du jambon Herta s’y est mis!

Le phénomène restait jusque-là limité à une partie des rayons des grandes surfaces ou des références des acteurs de l’agroalimentaire. »

Naturalia a cependant une stratégie différente, pour une raison bien particulière, se révélant dans la localisation des magains.

Ceux-ci ont ouvert à Paris dans des quartiers parisiens à la fois chic et branchés (les Batignolles dans le 17ème arrondissement et Père-Lachaise dans le 11ème arrondissement), ainsi qu’à Vincennes où la population est du même type.

C’est important : il ne s’agit pas de bobos, mais de bourgeois chic et branchés, la différence a beaucoup de signification. On a ici affaire à des gens très aisées, mais rétifs au folklore : ils veulent du chic, mais toujours moderne et recherché, branché.

Le magazine 20 minutes n’est pas du tout dupe, mentionnant tout de suite la « gentifrication » des quartiers, c’est-à-dire la transformation d’un quartier populaire par l’arrivée massive de bourgeois chics et branchés attirés par les lieux et les faibles prix, transformant entièrement le visage du quartier en quelques années…

Et Naturalia se défend de tout cela, bien entendu, au moyen justement d’une association végétarienne, chargée de justifier l’opération, de lui laisser son masque « humaniste », « en faveur des animaux », etc.

Mais qui peut croire à une fable pareille, à part ceux et celles choisissant de le faire ?

« Bio c’ Bon a récemment ouvert dans le 18e arrondissement. De son côté, Biocoop ouvre prochainement un nouveau magasin aux abords du canal Saint-Martin. Mais comment choisissent-ils ces emplacements ?

Réelle demande, effet de mode, gentrification… Comment décident-ils de prendre leur quartier dans tel ou tel coin de la capitale ? 20 Minutes a tenté de comprendre et a posé la question aux responsables de ces entreprises.

>> A lire aussi : La gentrification des quartiers populaires parisiens, ça change quoi?

« Des remontées d’associations », annonce Naturalia. « Nous répondons à une demande très précise de clients.

Quand on est végan par exemple, c’est très compliqué de faire ses courses au quotidien, car on doit vérifier les étiquettes de chaque produit, explique Sidonie Tagliante, responsable marketing de la marque.

Nous avons donc eu des demandes et avons décidé de se lancer. Au sujet des emplacements, nous nous sommes fait accompagner par l’Association végétarienne et vegan de France sur les règles et les besoins.

Ils nous ont confirmés, via les remontés de leurs adhérents, que ces trois quartiers [11e, 17e, Vincennes] étaient en demande.

On voit aussi sur les réseaux sociaux, des gens regrettent de ne pas en avoir à côté de chez eux.

L’enseigne a 43 ans et nous ne suivons pas une tendance bobo ou la volonté d’accompagner une mode. La preuve, nous n’avons pas installé ces magasins dans le veggietown que sont les 9e et 10e arrondissements »

Tout cela est totalement démagogique. Il est parfaitement clair qu’ici est visée une consommation « haut du panier », une mode du même type que le « sans gluten », l’image positive en plus.

S’il y avait vraiment une demande “naturelle”, il n’y aurait pas la publicité en couverture d’un magazine quotidien gratuit parisien, ni les inscriptions à la peinture sur le sol, conformément aux règles du marketing branché…

D’ailleurs, les supermarchés végan en Allemagne et en Autriche n’étaient pas bio, alors que là il s’agit bien d’une combinaison du vegan et du bio. Tant mieux, évidemment, sauf que là cela correspond à la formation d’un « marché de niche » très précis, doublement captif.

C’est le même esprit que les gens ouvrant des magasins halal ou casher : vendre cher des produits à des gens n’ayant pas le choix.

Le magazine Challenges l’a tout à fait compris, définissant de la manière suivante la motivation de Monoprix :

« Franck Poncet n’est pas vegan. A titre personnel, le directeur général France de Naturalia (groupe Monoprix) ne suit pas ce mode de vie qui exclut la consommation de tous les produits issus des animaux, de leur exploitation ou testés sur eux.

Mais en bon commerçant, celui qui a fait ses classes chez Lustucru et Bongrain, avant de rejoindre le groupe Monoprix en 2002, a su tendre l’oreille pour écouter le consommateur.

“Nos clients réclamaient de plus en plus une offre végétale et végane”, explique le dirigeant. “Cela fait deux-trois ans que nous constatons que ce n’est plus un marché de niche”. (…)

L’enseigne du groupe Monoprix avance ses pions, et prend un temps d’avance sur ses concurrents de la grande distribution. »

Le directeur général de Naturalia n’a pas voulu dire que ce n’était plus un marché de niche, mais que cela n’en est pas seulement un.

Le véganisme est en France une sensibilité, mais malheureusement beaucoup une mode, qui donne une image chic et branchée.

Nous nous en plaignons assez : nous voulons une génération de personnes affrontant ouvertement le système et rompant avec les valeurs dominantes, libérant concrètement les animaux et assaillant l’exploitation animale, et nous faisons face à une mode ouvertement vantée par les magazines féminins et la bourgeoisie branchée.

Naturalia surfe sur la vague, et donc le groupe Monoprix à qui appartient Naturalia, et donc le groupe Casino à qui appartient Monoprix…

C’est là que cela donne mal au coeur. Bien sûr, l’existence de ces magasins est très pratique. Il y a 2000 références et c’est agréable de ne pas avoir à regarder si un produit est vegan ou pas (même si inévitablement on le fait parfois quand même, par réflexe!).

Pourtant, ces Naturalia vegans appartiennent à l’exploitation animale. Ce ne sont pas des éléments d’un dispositif de combat positif, mais un moyen de faire du profit. Naturalia a d’ailleurs toujours surfé sur le relativisme, cette « liberté de choix » qu’on aurait en général.

Ici, il ne faut pas se leurrer et bien voir que l’amour pour les animaux est dévoyé, en particulier chez les femmes.

Celles-ci sont happées dans quelque chose qui a l’air positif, mais qui est un style bourgeois chic, faussement rebelle, ultra-esthétisant, centré sur soi-même et la consommation…

C’est une rébellion lisse, propre, bon enfant, sans enjeu, dans une démarche particulièrement régressive par rapport aux vrais enjeux.

Du côté du profit, par contre, c’est tout bénéfice. Le projet de magasin vegan de Naturalia rentre d’ailleurs dans le cadre général de la stratégie commercial du groupe Casino. Il y avait en effet 38 Naturalia en 2008, il y en a 150 désormais, 20 ont ouvert l’année dernière, 20 ouvrent cette année.

Les magasins Naturalia végans servent ici de test ; on ne sait pas en effet s’ils vont durer encore. Mais ils rentrent, dans tous les cas, entièrement dans le cadre d’un projet économique d’une entreprise qui est un pilier de l’exploitation animale.

Qui peut, au 21ème siècle, faire confiance aux grands distributeurs pour sauver le monde, franchement?

C’est donc une question de détermination : soit on croit en la capacité de l’exploitation animale à se réformer, on écoute les bourgeois chics et branchés, on en reste à un “ni droite ni gauche” totalement crétin…

Ou on comprend que le monde doit entièrement changer de base, qu’il faut défendre la Terre-mère… Maintenant!

La Cour de justice de l’Union européenne interdit aux produits végétaux les termes de “lait”, “fromage”, etc.

C’est une question très importante que celle des simili-carnés et en général des produits végétaux cherchant à reproduire un goût particulier. Car ce goût relève de la mort, de la mise à mort, de la chair.

Ainsi, culturellement, il n’est pas possible de prolonger ce goût, il faut y mettre un terme. La mesure que vient de prendre la Cour de justice de l’Union européenne le confirme.

Non pas que celle-ci soit en accord avec nous, mais justement : elle confirme qu’il y a bien deux fronts. L’exploitation animale a vu de plus en plus d’un mauvais œil, en effet, que des produits végétaux revendiquent pour eux les termes de « lait » et de « fromage », ou encore « beurre », « crème », « yoghourt », etc.

Elle sait que la question du goût est importante et qu’il lui protéger son pré carré. Aussi a-t-elle fait grandement pression sur les institutions dans toute l’Europe pour que les termes en question soient protégés juridiquement.

Il ne manquait plus qu’un procès pour que cela fasse jurisprudence et c’est ce qui vient de se dérouler en Allemagne, avec l’entreprise TofuTown qui a perdu face à une association luttant contre la concurrence déloyale.

En voici le texte, qui est très long mais qui est un document très important, dans la mesure où il s’agit d’une décision aux conséquences culturelles immenses.

Elle témoigne de deux choses. Tout d’abord, du fait que les entreprises produisant des aliments végétaux se sont orientés non pas vraiment vers quelque chose de nouveau, mais en direction d’ersatz. C’est la vision réductrice d’un véganisme où la « viande » est remplacée par un équivalent « moral ».

Cela montre bien que le capitalisme tourne en boucle et n’est pas capable de comprendre le besoin de nouveauté qui s’exprime dans le choix d’une vie sans meurtre.

Et cela a eu un grand succès parmi les gens végétaliens, car nombre de gens issus des couches sociales supérieures y ont vu des opportunités de business.

Cela montre aussi que la « marche dans les institutions » est impossible. Forcer le passage du véganisme en reprenant des formes anciennes n’est pas possible.

C’est moralement erroné, et par conséquent c’est faux en pratique : l’exploitation animale sait se défendre face à ce qui ne rompt pas réellement avec elle. Elle sait intégrer les oppositions quand il le faut.

L’énorme reconnaissance médiatique de L214 en est une preuve : peut-on sincèrement penser que les médias parleraient tellement en bien de cette association si elle portait vraiment une rupture avec l’exploitation animale ?

Il ne faudrait, effectivement, pas penser que l’exploitation animale n’est pas en mesure de laisser des phénomènes marginaux se développer. L214 n’est pas une menace, ni les végans, et encore moins si ceux-ci achètent des produits simili-carnés produits par des entreprises relevant de l’exploitation animale.

Des compromis sont toujours possibles, selon les pays, sur le choix des termes. Voici ceux autorisés en France, la liste des termes changeant selon les pays, en fonction de leur « tradition ». Sont acceptés les utilisations des termes suivants :

Lait d’amande

Lait de coco

«Crème …»

utilisée dans la dénomination d’un potage ne contenant pas de lait ou d’autres produits laitiers ni de produits d’imitation du lait et des produits laitiers (par exemple, crème de volailles, crème de légumes, crème de tomates, crème d’asperges, crème de bolets, etc.)

«Crème …»

utilisée dans la dénomination d’une boisson spiritueuse ne contenant pas de lait ou d’autres produits laitiers ni de produits d’imitation du lait et des produits laitiers (par exemple, crème de cassis, crème de framboise, crème de banane, crème de cacao, crème de menthe, etc.)

«Crème …»

utilisée dans la dénomination d’un produit de charcuterie (par exemple, crème de foie de volaille, pâté crème, etc.)

Crème de maïs

Crème de riz

Crème d’avoine

Crème d’anchois

Crème d’écrevisses

Crème de pruneaux, crème de marron (crème d’autres fruits à coque)

Crème confiseur

Beurre de cacao

Beurre de cacahouète

Fromage de tête

Haricot beurre

Beurré Hardy

De la même manière, sont acceptés dans différents pays les Arašidové maslo (beurre de cacahouète en slovaque), Kaakaovoi (beurre de cacao en finnois), Leberkäse (fromage de foie en allemand), Shea butter (beurre de karité en anglais).

Tout est administrativement très bien délimité. La Cour de justice de l’Union européenne vient de le rappeler, avec sa décision ; elle met un terme à toute une tendance qui a fait que certains se sont imaginés que finalement les simili-carnés triompheraient et remplaceraient invariablement, au fur et à mesure, les produits d’origine animale.

C’est un moment-clef qui doit servir d’exemple dans la compréhension de la bataille pour le véganisme.

ARRÊT DE LA COUR (septième chambre)

14 juin 2017 (Langue de procédure : l’allemand.)

« Renvoi préjudiciel – Organisation commune des marchés des produits agricoles – Règlement (UE) no 1308/2013 – Article 78 et annexe VII, partie III – Décision 2010/791/UE – Définitions, dénominations et dénominations de vente – “Lait” et “produits laitiers” – Dénominations utilisées pour la promotion et la commercialisation d’aliments purement végétaux »

Dans l’affaire C‑422/16,

ayant pour objet une demande de décision préjudicielle au titre de l’article 267 TFUE, introduite par le Landgericht Trier (tribunal régional de Trèves, Allemagne), par décision du 28 juillet 2016, parvenue à la Cour le 1er août 2016, dans la procédure

Verband Sozialer Wettbewerb eV

contre

TofuTown.com GmbH,

LA COUR (septième chambre),

composée de Mme A. Prechal, président de chambre, MM. A. Rosas et E. Jarašiūnas (rapporteur), juges,

avocat général : M. M. Campos Sánchez-Bordona,

greffier : M. A. Calot Escobar,

vu la procédure écrite,

considérant les observations présentées :

–        pour TofuTown.com GmbH, par Me M. Beuger, Rechtsanwalt,

–        pour le gouvernement allemand, par Mme K. Stranz et M. T. Henze, en qualité d’agents,

–        pour le gouvernement grec, par M. G. Kanellopoulos et Mme O. Tsirkinidou, en qualité d’agents,

–        pour le gouvernement italien, par Mme G. Palmieri, en qualité d’agent, assistée de M. P. Gentili, avvocato dello Stato,

–        pour la Commission européenne, par MM. A. X. P. Lewis et D. Triantafyllou, en qualité d’agents,

vu la décision prise, l’avocat général entendu, de juger l’affaire sans conclusions,

rend le présent

Arrêt

1        La demande de décision préjudicielle porte sur l’interprétation de l’article 78, paragraphe 2, et de l’annexe VII, partie III, points 1 et 2, du règlement (UE) no 1308/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 17 décembre 2013, portant organisation commune des marchés des produits agricoles et abrogeant les règlements (CEE) no 922/72, (CEE) no 234/79, (CE) no 1037/2001 et (CE) no 1234/2007 du Conseil (JO 2013, L 347, p. 671).

2        Cette demande a été présentée dans le cadre d’un litige opposant le Verband Sozialer Wettbewerb eV (ci-après le « VSW ») à TofuTown.com GmbH (ci-après « TofuTown ») au sujet d’une action en cessation introduite par le VSW.

Le cadre juridique

Le droit de l’Union

Le règlement no 1308/2013

3        Les considérants 64 et 76 du règlement no 1308/2013 énoncent :

« (64) L’application de normes de commercialisation aux produits agricoles peut contribuer à améliorer les conditions économiques de production et de commercialisation ainsi que la qualité des produits. La mise en œuvre de telles normes est donc dans l’intérêt des producteurs, des commerçants et des consommateurs.

[…]

(76)      Pour certains secteurs et produits, les définitions, dénominations et dénominations de vente constituent des éléments importants pour la détermination des conditions de la concurrence. En conséquence, il convient d’établir des définitions, dénominations et dénominations de vente pour ces secteurs et/ou produits, qui ne peuvent être utilisées dans l’Union que pour la commercialisation des produits satisfaisant aux exigences correspondantes. »

4        Ledit règlement contient, dans sa partie II consacrée au marché intérieur, un titre II qui porte sur les règles relatives à la commercialisation et aux organisations de producteurs. La sous-section 2 de la section 1 du chapitre I de ce titre est intitulée « Normes de commercialisation par secteur ou par produit » et comporte les articles 74 à 83 du même règlement.

5        L’article 78 du règlement no 1308/2013, intitulé « Définitions, dénominations et dénominations de vente pour certains secteurs et produits », prévoit :

« 1.      Outre les normes de commercialisation applicables le cas échéant, les définitions, dénominations et dénominations de vente prévues à l’annexe VII s’appliquent aux secteurs ou aux produits suivants :

[…]

c)      lait et produits laitiers destinés à la consommation humaine ;

[…]

2.      Les définitions, dénominations ou dénominations de vente prévues à l’annexe VII ne peuvent être utilisées dans l’Union que pour la commercialisation d’un produit conforme aux exigences correspondantes définies à ladite annexe.

3.      La Commission est habilitée à adopter des actes délégués […] en ce qui concerne les modifications, les dérogations ou les exemptions relatives aux définitions et dénominations de vente prévues à l’annexe [VII]. Ces actes délégués sont strictement limités aux besoins avérés résultant d’une évolution de la demande des consommateurs, des progrès techniques ou du besoin en matière d’innovation.

[…]

5.      Afin de répondre aux attentes des consommateurs et de tenir compte de l’évolution du marché des produits laitiers, la Commission est habilitée à adopter des actes délégués […] afin de préciser les produits laitiers pour lesquels sont indiquées les espèces animales dont provient le lait, s’il ne s’agit pas de l’espèce bovine, et afin d’énoncer les règles nécessaires en la matière. »

6        La sous-section 5 de la partie II, titre II, chapitre I, section 1, du règlement no 1308/2013 est intitulée « Dispositions communes ». L’article 91 de ce règlement, qui figure dans cette sous-section 5, précise :

« La Commission peut adopter des actes d’exécution :

a)      établissant la liste du lait et des produits laitiers visés à l’annexe VII, partie III, point 5, deuxième alinéa, […] sur la base de listes indicatives de produits que les États membres considèrent comme correspondant sur leurs territoires respectifs à ce[tte] dispositio[n] et que les États membres notifient à la Commission ;

[…] »

7        L’annexe VII dudit règlement est intitulée « Définitions, dénominations et dénominations de vente des produits visés à l’article 78 ». Dans son alinéa introductif, cette annexe précise que, aux fins de la présente annexe, les termes « dénomination de vente » visent notamment « le nom de la denrée alimentaire, au sens de l’article 17 du règlement (UE) no 1169/2011 [du Parlement européen et du Conseil, du 25 octobre 2011, concernant l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires, modifiant les règlements (CE) nos 1924/2006 et 1925/2006 du Parlement européen et du Conseil et abrogeant la directive 87/250/CEE de la Commission, la directive 90/496/CEE du Conseil, la directive 1999/10/CE de la Commission, la directive 2000/13/CE du Parlement européen et du Conseil, les directives 2002/67/CE et 2008/5/CE de la Commission et le règlement (CE) no 608/2004 de la Commission (JO 2011, L 304, p. 18)] ».

8        La partie III de cette annexe VII est intitulée « Lait et produits laitiers ». Elle dispose :

« 1.      La dénomination “lait” est réservée exclusivement au produit de la sécrétion mammaire normale, obtenu par une ou plusieurs traites, sans aucune addition ni soustraction.

Toutefois, la dénomination “lait” peut être utilisée :

a)      pour le lait ayant subi un traitement n’entraînant aucune modification de sa composition ou pour le lait dont on a standardisé la teneur en matière grasse […] ;

b)      conjointement avec un ou plusieurs termes pour désigner le type, la classe qualitative, l’origine et/ou l’utilisation envisagée du lait, ou pour décrire le traitement physique auquel il a été soumis ou les modifications qu’il a subies dans sa composition, à condition que ces modifications soient limitées à l’addition et/ou à la soustraction de ses constituants naturels.

2.      Aux fins de la présente annexe, on entend par “produits laitiers”, les produits dérivés exclusivement du lait, étant entendu que des substances nécessaires pour leur fabrication peuvent être ajoutées, pourvu que ces substances ne soient pas utilisées en vue de remplacer, en tout ou partie, l’un quelconque des constituants du lait.

Sont réservées uniquement aux produits laitiers :

a)      les dénominations suivantes utilisées à tous les stades de la commercialisation :

i)      lactosérum,

ii)      crème,

iii)      beurre,

iv)      babeurre,

[…]

viii) fromage,

ix)      yoghourt,

[…]

b)      les dénominations au sens de […] l’article 17 du [règlement no 1169/2011] effectivement utilisées pour les produits laitiers.

3.      La dénomination “lait” et les dénominations utilisées pour désigner les produits laitiers peuvent également être employées conjointement avec un ou plusieurs termes pour désigner des produits composés dont aucun élément ne remplace ou [n’]est destiné à remplacer un constituant quelconque du lait et dont le lait ou un produit laitier est une partie essentielle, soit par sa quantité, soit par son effet caractérisant le produit.

4.      En ce qui concerne le lait, les espèces animales dont le lait provient sont spécifiées, s’il ne s’agit pas de l’espèce bovine.

5.      Les dénominations visées aux points 1, 2 et 3 ne peuvent être utilisées pour aucun produit autre que les produits qui y sont visés.

Toutefois, cette disposition n’est pas applicable à la dénomination des produits dont la nature exacte est connue en raison de l’usage traditionnel et/ou lorsque les dénominations sont clairement utilisées pour décrire une qualité caractéristique du produit.

6.      En ce qui concerne un produit autre que les produits visés aux points 1, 2, et 3, aucune étiquette, aucun document commercial, aucun matériel publicitaire, aucune forme de publicité, […] ni aucune forme de présentation indiquant, impliquant ou suggérant que le produit concerné est un produit laitier, ne peut être utilisé.

[…] »

9        Les dispositions de l’annexe VII, partie III, du règlement no 1308/2013 reprennent, sans modification de substance, les dispositions qui figuraient auparavant à l’annexe XII du règlement (CE) no 1234/2007 du Conseil, du 22 octobre 2007, portant organisation commune des marchés dans le secteur agricole et dispositions spécifiques en ce qui concerne certains produits de ce secteur (règlement « OCM unique ») (JO 2007, L 299, p. 1), laquelle avait repris, sans modification de substance, les dispositions du règlement (CEE) no 1898/87 du Conseil, du 2 juillet 1987, concernant la protection de la dénomination du lait et des produits laitiers lors de leur commercialisation (JO 1987, L 182, p. 36).

La décision 2010/791/UE

10      Aux termes de son article 1er, la décision 2010/791/UE de la Commission, du 20 décembre 2010, établissant la liste des produits visés à l’annexe XII, point III 1, deuxième alinéa, du règlement no 1234/2007 du Conseil (JO 2010, L 336, p. 55), énumère, à son annexe I, les produits correspondant sur le territoire de l’Union aux produits visés à cette disposition.

11      Le considérant 3 de cette décision précise :

« Les États membres doivent communiquer à la Commission la liste indicative des produits qu’ils considèrent comme répondant, sur leur territoire, aux critères de l’exception […] Sur cette liste, il y a lieu d’énumérer les dénominations des produits en cause selon leur usage traditionnel dans les différentes langues de l’Union, dans le but de rendre ces dénominations utilisables dans tous les États membres, […] »

12      Conformément à l’article 230, paragraphe 1, premier alinéa, et paragraphe 2, du règlement no 1308/2013, le règlement no 1234/2007 a été abrogé par ce premier règlement et les références au règlement no 1234/2007 s’entendent comme faites au règlement no 1308/2013. La décision 2010/791 énumère donc désormais la liste des produits visés à l’annexe VII, partie III, point 5, second alinéa, de ce dernier règlement.

Le règlement no 1169/2011

13      L’article 17 du règlement no 1169/2011, intitulé « Dénomination de la denrée alimentaire », dispose, à son paragraphe 1 :

« La dénomination de la denrée alimentaire est sa dénomination légale. En l’absence d’une telle dénomination, la dénomination de la denrée est son nom usuel. À défaut d’un tel nom ou si celui-ci n’est pas utilisé, un nom descriptif est à indiquer. »

Le droit allemand

14      Le Gesetz gegen den unlauteren Wettbewerb (loi contre la concurrence déloyale), dans sa version applicable au litige au principal, dispose, à son article 3a :

« Quiconque enfreint une disposition légale destinée, notamment, à réglementer le comportement sur le marché dans l’intérêt des acteurs de celui-ci, commet un acte de concurrence déloyale dès lors que la violation est de nature à affecter sensiblement les intérêts de consommateurs, d’autres acteurs du marché ou de concurrents. »

Le litige au principal et les questions préjudicielles

15      Le VSW est une association allemande qui a notamment pour mission de lutter contre la concurrence déloyale. TofuTown est une société active dans la fabrication et la distribution d’aliments végétariens/végétaliens. Elle promeut et distribue en particulier des produits purement végétaux sous les dénominations « Soyatoo beurre de tofu », « fromage végétal », « Veggie-Cheese », « Cream », et d’autres dénominations similaires.

16      Le VSW, estimant que la promotion par TofuTown de ces produits purement végétaux enfreint les règles de concurrence, a introduit une action en cessation à l’encontre de cette société devant le Landgericht Trier (tribunal régional de Trèves, Allemagne), invoquant une violation de l’article 3a de la loi contre la concurrence déloyale, lu en combinaison avec l’annexe VII, partie III, points 1 et 2, et l’article 78 du règlement no 1308/2013.

17      TofuTown soutient, en revanche, que sa publicité pour les produits végétaux portant les dénominations en cause ne porte pas atteinte à ces dispositions du droit de l’Union, dès lors que, d’une part, la façon dont le consommateur comprend ces dénominations s’est considérablement modifiée ces dernières années et, d’autre part, elle n’utilise pas les dénominations telles que « beurre » ou « cream » de façon isolée, mais toujours en association avec des termes renvoyant à l’origine végétale des produits en cause, comme par exemple « beurre de tofu » ou « rice spray cream ».

18      La juridiction de renvoi se réfère à l’arrêt du 16 décembre 1999, UDL (C‑101/98, EU:C:1999:615), dans lequel la Cour a, en substance, jugé, que le règlement no 1898/87 s’opposait à l’utilisation de la dénomination « fromage » pour un produit laitier dans lequel la matière grasse du lait a été remplacée par de la matière grasse d’origine végétale, même si cette dénomination est complétée par des mentions descriptives. Néanmoins, elle s’interroge encore sur l’interprétation qu’il convient de donner à l’article 78 du règlement no 1308/2013, lu en combinaison avec l’annexe VII, partie III, points 1 et 2, de celui-ci, aux fins de trancher le litige dont elle est saisie.

19      Dans ces conditions, le Landgericht Trier (tribunal régional de Trèves) a décidé de surseoir à statuer et de poser à la Cour les questions préjudicielles suivantes :

« 1)      Peut-on interpréter l’article 78, paragraphe 2, du règlement no 1308/2013 en ce sens que les définitions, dénominations et dénominations de vente prévues à l’annexe VII ne doivent pas satisfaire aux exigences correspondantes définies à ladite annexe si ces définitions, dénominations et dénominations de vente sont complétées par des mentions explicatives ou descriptives (comme par exemple “beurre de tofu” pour un produit purement végétal) ?

2)      Convient-il de comprendre l’annexe VII, partie III, point 1, du règlement no 1308/2013 en ce sens que la dénomination “lait” est réservée exclusivement au produit de la sécrétion mammaire normale, obtenu par une ou plusieurs traites, sans aucune addition ni soustraction ou cette dénomination peut-elle être aussi utilisée pour la commercialisation de produits végétaux (végétaliens), le cas échéant par l’ajout de termes explicatifs tels que “lait de soja” ?

3)      Convient-il d’interpréter l’annexe VII, partie III, point 2, relative à l’article 78 du règlement no 1308/2013 en ce sens que les dénominations énumérées en détail au point 2, sous a), notamment le “lactosérum”, la “crème” [“Rahm” en langue allemande], le “beurre”, le “babeurre”, le “fromage”, le “yoghourt” ou le terme “chantilly” [“Sahne” en langue allemande] etc., sont réservées uniquement aux produits laitiers ou bien des produits purement végétaux/végétaliens, qui ont été fabriqués sans lait (animal), peuvent-ils également relever du champ d’application de l’annexe VII, partie III, point 2, du règlement no 1308/2013 ? »

Sur les questions préjudicielles

20      Par ses trois questions, qu’il convient d’examiner ensemble, la juridiction de renvoi demande, en substance, si l’article 78, paragraphe 2, et l’annexe VII, partie III, du règlement no 1308/2013 doivent être interprétés en ce sens qu’ils s’opposent à ce que la dénomination « lait » et les dénominations que ce règlement réserve uniquement aux produits laitiers soient utilisées pour désigner, lors de la commercialisation ou dans la publicité, un produit purement végétal, et ce même si ces dénominations sont complétées par des mentions explicatives ou descriptives indiquant l’origine végétale du produit en cause.

21      Aux termes de l’article 78, paragraphe 2, dudit règlement, les définitions, dénominations ou dénominations de vente prévues à l’annexe VII du même règlement ne peuvent être utilisées dans l’Union que pour la commercialisation d’un produit conforme aux exigences correspondantes définies à ladite annexe.

22      La partie III de cette annexe VII est relative au lait et aux produits laitiers. S’agissant du lait, cette partie III prévoit, à son point 1, premier alinéa, que la dénomination « lait » est « réservée exclusivement au produit de la sécrétion mammaire normale, obtenu par une ou plusieurs traites, sans aucune addition ni soustraction ». Le second alinéa de ce point précise toutefois, sous a), que la dénomination « lait » peut être utilisée pour « le lait ayant subi un traitement n’entraînant aucune modification de sa composition ou pour le lait dont […] la teneur en matière grasse [a été standardisée] » et, sous b), que cette dénomination peut être utilisée « conjointement avec un ou plusieurs termes pour désigner le type, la classe qualitative, l’origine et/ou l’utilisation envisagée du lait, ou pour décrire le traitement physique auquel il a été soumis ou les modifications qu’il a subies dans sa composition, à condition que ces modifications soient limitées à l’addition et/ou à la soustraction de ses constituants naturels ».

23      Il ressort ainsi clairement du libellé de ce point 1 que la dénomination « lait » ne saurait, en principe, être légalement utilisée pour désigner un produit purement végétal, le lait étant, au sens de cette disposition, un produit d’origine animale, ce qui ressort également de l’annexe VII, partie III, point 4, du règlement no 1308/2013, qui prévoit que, en ce qui concerne le lait, les espèces animales dont le lait provient sont spécifiées, s’il ne s’agit pas de l’espèce bovine, ainsi que de l’article 78, paragraphe 5, de ce règlement, qui habilite la Commission à adopter des actes délégués afin de préciser les produits laitiers pour lesquels sont indiquées les espèces animales dont provient le lait, s’il ne s’agit pas de l’espèce bovine.

24      Il ressort, en outre, de ce libellé que des mentions explicatives ou descriptives visant à indiquer l’origine végétale du produit concerné, telles que « de soja » ou « de tofu », en cause au principal, ne relèvent pas des termes pouvant être utilisés conjointement avec la dénomination « lait » en vertu dudit point 1, second alinéa, sous b), dès lors que les modifications de la composition du lait que des termes complémentaires peuvent désigner, en vertu de cette disposition, sont celles qui sont limitées à l’addition et/ou à la soustraction de ses constituants naturels, ce qui n’inclut pas un remplacement complet du lait par un produit purement végétal.

25      S’agissant des produits laitiers, l’annexe VII, partie III, point 2, du règlement no 1308/2013 énonce, à son premier alinéa, que les « produits laitiers » sont « les produits dérivés exclusivement du lait, étant entendu que des substances nécessaires pour leur fabrication peuvent être ajoutées, pourvu que ces substances ne soient pas utilisées en vue de remplacer, en tout ou partie, l’un quelconque des constituants du lait ». Le second alinéa de ce point précise, en outre, que sont réservées « uniquement aux produits laitiers », d’une part, les dénominations utilisées à tous les stades de la commercialisation et qui sont énumérées à cette disposition, sous a), ladite énumération incluant les dénominations « lactosérum », « crème », « beurre », « babeurre », « fromage » et « yoghourt », et, d’autre part, notamment, les dénominations au sens de l’article 17 du règlement no 1169/2011 « effectivement utilisées pour les produits laitiers ».

26      Il ressort ainsi du libellé de ce point 2 qu’un « produit laitier », étant dérivé exclusivement du lait, doit en contenir les constituants. À cet égard, la Cour a déjà jugé qu’un produit laitier dans lequel un constituant quelconque du lait a été remplacé, ne fût-ce que partiellement, ne peut pas être désigné par l’une des dénominations visées à l’annexe VII, partie III, point 2, second alinéa, sous a), du règlement no 1308/2013 (voir, en ce sens, arrêt du 16 décembre 1999, UDL, C‑101/98, EU:C:1999:615, points 20 à 22). Il en va a fortiori de même, en principe, pour un produit purement végétal, dès lors qu’un tel produit ne contient, par définition, aucun constituant du lait.

27      Par conséquent, les dénominations énumérées à l’annexe VII, partie III, point 2, second alinéa, sous a), dudit règlement, telles que « lactosérum », « crème », « beurre », « fromage » et « yoghourt », mentionnées par la juridiction de renvoi, ne peuvent, en principe, être légalement utilisées pour désigner un produit purement végétal.

28      Une interdiction identique s’impose, en vertu de l’annexe VII, partie III, point 2, second alinéa, sous b), du même règlement, pour les dénominations au sens de l’article 17 du règlement no 1169/2011 effectivement utilisées pour les produits laitiers. À cet égard, il convient de rappeler que, selon cet article 17, paragraphe 1, la dénomination de la denrée alimentaire est sa dénomination légale ou, en l’absence d’une telle dénomination, son nom usuel ou encore, à défaut d’un tel nom ou si celui-ci n’est pas utilisé, un nom descriptif.

29      Or, si le terme « Sahne », en langue allemande – que la juridiction de renvoi, dans sa demande de décision préjudicielle, a distingué du terme « Rahm », lequel figure à l’annexe VII, partie III, point 2, second alinéa, sous a), ii), du règlement no 1308/2013 –, à l’instar du terme « chantilly », en langue française, ne figure pas parmi les dénominations de produits laitiers énumérées à l’annexe VII, partie III, point 2, second alinéa, sous a), du règlement no 1308/2013, il demeure que ce terme désigne de la crème, qui peut être fouettée ou battue.

30      Il s’agit donc d’une dénomination au sens de l’article 17 du règlement no 1169/2011, effectivement utilisée pour un produit laitier. Par suite, ledit terme ne saurait, en principe, pas davantage être légalement utilisé pour désigner un produit purement végétal.

31      Quant à la pertinence éventuelle, aux fins d’apprécier la légalité de l’utilisation de la dénomination « lait » ou des dénominations réservées uniquement aux produits laitiers par le règlement no 1308/2013 pour désigner un produit purement végétal, de l’ajout de mentions explicatives ou descriptives indiquant l’origine végétale du produit en cause, telles que « de soja » ou « de tofu », mentionnées par la juridiction de renvoi, il convient de relever que l’annexe VII, partie III, point 3, de ce règlement prévoit que « [l]a dénomination “lait” et les dénominations utilisées pour désigner les produits laitiers peuvent également être employées conjointement avec un ou plusieurs termes pour désigner des produits composés dont aucun élément ne remplace ou [n’]est destiné à remplacer un constituant quelconque du lait et dont le lait ou un produit laitier est une partie essentielle, soit par sa quantité, soit par son effet caractérisant le produit ».

32      Ces conditions ne sont cependant pas remplies par des produits purement végétaux, de tels produits ne contenant ni lait ni produit laitier. Ledit point 3 ne saurait donc servir de fondement à une utilisation légale, pour désigner un produit purement végétal, de la dénomination « lait » ou des dénominations réservées uniquement aux produits laitiers de manière conjointe avec une ou plusieurs mentions explicatives ou descriptives indiquant l’origine végétale du produit en cause.

33      Par ailleurs, si, selon l’annexe VII, partie III, point 5, premier alinéa, du règlement no 1308/2013, les dénominations visées aux points 1, 2 et 3 de cette partie III ne peuvent être utilisées pour aucun autre produit que les produits qui y sont visés, le second alinéa de ce point 5 prévoit néanmoins que ce premier alinéa « n’est pas applicable à la dénomination des produits dont la nature exacte est connue en raison de l’usage traditionnel et/ou lorsque les dénominations sont clairement utilisées pour décrire une qualité caractéristique du produit ».

34      Or, la liste des produits visés par cette dernière disposition a, en application de l’article 121, sous b), i), du règlement no 1234/2007, devenu, en substance, l’article 91, premier alinéa, sous a), du règlement no 1308/2013, été arrêtée à l’annexe I de la décision 2010/791. Partant, seuls les produits énumérés dans cette annexe relèvent de l’exception prévue à ce second alinéa.

35      En l’occurrence, il convient de relever que cette liste ne contient pas de référence au soja ou au tofu.

36      De plus, si ladite liste mentionne, en langue française, le produit dénommé « crème de riz », elle ne mentionne pas, en langue anglaise, le produit dénommé « rice spray cream », indiqué par la juridiction de renvoi comme étant un des produits en cause au principal, ni même le produit dénommé « rice cream ». À cet égard, il importe de souligner qu’il ressort, en substance, du considérant 3 de la décision 2010/791 que, sur la liste que cette décision établit, figurent les produits qui ont été identifiés par les États membres comme répondant, sur leurs territoires respectifs, aux critères prévus par l’annexe VII, partie III, point 5, second alinéa, du règlement no 1308/2013 et que les dénominations des produits en cause sont énumérées selon leur usage traditionnel dans les différentes langues de l’Union. Partant, le fait que la dénomination « crème de riz », en langue française, a été reconnue comme répondant auxdits critères n’implique pas que la dénomination « rice cream » y réponde également.

37      Il y a lieu, en outre, de relever que, s’il ressort de ladite liste que l’utilisation, dans la dénomination d’un produit, du terme « cream » avec un terme complémentaire est permise dans certaines conditions, notamment pour désigner des boissons spiritueuses ou des potages, aucune de ces conditions ne paraît satisfaite par une dénomination telle que « rice spray cream », en cause au principal. De même, si l’utilisation du terme « creamed » avec la dénomination d’un produit végétal est permise, ce n’est que lorsque « le terme “creamed” désigne la texture caractéristique du produit ».

38      Il apparaît ainsi qu’aucun des produits mentionnés à titre d’exemple par la juridiction de renvoi ne figure sur ladite liste et que, par conséquent, aucune des dénominations que cette juridiction cite ne bénéficie de l’exception prévue à l’annexe VII, partie III, point 5, second alinéa, du règlement no 1308/2013, ce qu’il lui appartient néanmoins de vérifier s’agissant de chacun des produits en cause au principal.

39      Par ailleurs, l’article 78, paragraphe 3, du règlement no 1308/2013 prévoit que, pour répondre aux besoins avérés résultant d’une évolution de la demande des consommateurs, des progrès techniques ou du besoin en matière d’innovation, la Commission est habilitée à adopter des actes délégués en ce qui concerne les modifications, les dérogations ou les exemptions relatives aux définitions et dénominations de vente prévues à l’annexe VII de ce règlement. Un tel acte n’a cependant, à ce jour, pas été adopté par la Commission s’agissant des définitions et des dénominations de vente du lait et des produits laitiers.

40      Il découle de l’ensemble de ce qui précède que la dénomination « lait » et les dénominations réservées uniquement aux produits laitiers ne peuvent être légalement utilisées pour désigner un produit purement végétal, à moins que ce produit ne figure sur la liste établie à l’annexe I de la décision 2010/791, l’ajout de mentions descriptives ou explicatives indiquant l’origine végétale du produit en cause, telles que celles en cause au principal, étant sans influence sur une telle interdiction (voir, en ce sens, arrêt du 16 décembre 1999, UDL, C‑101/98, EU:C:1999:615, points 25 à 28).

41      Il ressort, en outre, d’une lecture combinée de l’article 78, paragraphe 2, et de l’annexe VII, partie III, point 6, premier alinéa, du règlement no 1308/2013 que cette interdiction vaut tant pour la commercialisation que pour la publicité.

42      Contrairement à ce que soutient TofuTown, l’interprétation exposée aux points 40 et 41 du présent arrêt est confortée par les objectifs dudit règlement et ne heurte ni le principe de proportionnalité ni le principe d’égalité de traitement.

43      Ainsi qu’il ressort des considérants 64 et 76 du même règlement, les objectifs poursuivis par les dispositions en cause consistent, en particulier, à améliorer les conditions économiques de production et de commercialisation ainsi que la qualité des produits dans l’intérêt des producteurs, des commerçants et des consommateurs, à protéger les consommateurs et à préserver les conditions de la concurrence. Or, ces dispositions, en ce qu’elles prévoient que seuls les produits conformes aux exigences qu’elles posent peuvent être désignés par la dénomination « lait » et les dénominations réservées uniquement aux produits laitiers, et cela même si ces dénominations sont complétées par des mentions explicatives ou descriptives telles que celles en cause au principal, contribuent à la réalisation de ces objectifs.

44      En effet, en l’absence d’une telle limitation, ces dénominations ne permettraient notamment plus d’identifier de manière certaine les produits présentant les caractéristiques particulières liées à la composition naturelle du lait animal, ce qui irait à l’encontre de la protection des consommateurs, du fait du risque de confusion qui serait créé. Cela irait également à l’encontre de l’objectif d’amélioration des conditions économiques de production et de commercialisation ainsi que de la qualité du « lait » et des « produits laitiers ».

45      S’agissant du principe de proportionnalité, il exige que les actes des institutions de l’Union soient aptes à réaliser les objectifs légitimes poursuivis par la réglementation en cause et ne dépassent pas les limites de ce qui est nécessaire à la réalisation de ces objectifs, étant entendu que, lorsqu’un choix s’offre entre plusieurs mesures appropriées, il convient de recourir à la moins contraignante et que les inconvénients causés ne doivent pas être démesurés par rapport aux buts visés (voir, en ce sens, arrêts du 16 décembre 1999, UDL, C‑101/98, EU:C:1999:615, point 30, ainsi que du 17 mars 2011, AJD Tuna, C‑221/09, EU:C:2011:153, point 79 et jurisprudence citée).

46      Le législateur de l’Union disposant, en matière de politique agricole commune, d’un large pouvoir d’appréciation, qui correspond aux responsabilités politiques que les articles 40 TFUE à 43 TFUE lui attribuent, seul le caractère manifestement inapproprié d’une mesure arrêtée dans ce domaine par rapport à l’objectif que l’institution compétente entend poursuivre peut affecter la légalité d’une telle mesure (voir, en ce sens, arrêts du 16 décembre 1999, UDL, C‑101/98, EU:C:1999:615, point 31, ainsi que du 17 octobre 2013, Schaible, C‑101/12, EU:C:2013:661, point 48).

47      En l’occurrence, ainsi que cela a déjà été relevé au point 43 du présent arrêt, les dispositions dont l’interprétation est demandée par la juridiction de renvoi visent à améliorer les conditions économiques de production et de commercialisation des produits concernés et leur qualité, à protéger les consommateurs ainsi qu’à préserver les conditions de la concurrence.

48      Or, le fait que la possibilité d’utiliser, lors de la commercialisation ou dans la publicité, la dénomination « lait » et les dénominations réservées uniquement aux produits laitiers ne soit offerte qu’aux seuls produits qui sont conformes aux exigences posées par l’annexe VII, partie III, du règlement no 1308/2013 garantit, notamment, aux producteurs desdits produits, des conditions de concurrence non faussées et, aux consommateurs de ceux-ci, que les produits désignés par lesdites dénominations répondent tous aux mêmes normes de qualité, tout en les protégeant contre toute confusion quant à la composition des produits qu’ils entendent acquérir. Les dispositions en cause sont donc aptes à réaliser ces objectifs. En outre, elles ne vont pas au-delà de ce qui est nécessaire pour les atteindre, l’ajout de mentions descriptives ou explicatives auxdites dénominations, pour désigner des produits ne répondant pas auxdites exigences, n’étant, ainsi que la Cour l’a déjà jugé, pas susceptible d’empêcher avec certitude tout risque de confusion dans l’esprit du consommateur. Par conséquent, les dispositions en cause ne méconnaissent pas le principe de proportionnalité (voir, en ce sens, arrêt du 16 décembre 1999, UDL, C‑101/98, EU:C:1999:615, points 32 à 34).

49      Quant au principe d’égalité de traitement, il exige que des situations comparables ne soient pas traitées de manière différente et que des situations différentes ne soient pas traitées de manière égale, à moins qu’un tel traitement ne soit objectivement justifié (arrêt du 6 décembre 2005, ABNA e.a., C‑453/03, C‑11/04, C‑12/04 et C‑194/04, EU:C:2005:741, point 63, ainsi que, en ce sens, arrêt du 30 juin 2016, Lidl, C‑134/15, EU:C:2016:498, point 46).

50      En l’occurrence, le fait que les producteurs de substituts végétariens ou végétaliens de la viande ou du poisson ne soient, selon TofuTown, pas soumis, en ce qui concerne l’utilisation de dénominations de vente, à des restrictions comparables à celles auxquelles les producteurs de substituts végétariens ou végétaliens du lait ou des produits laitiers sont soumis en vertu de l’annexe VII, partie III, du règlement no 1308/2013 ne saurait être considéré comme étant contraire au principe d’égalité de traitement.

51      En effet, chaque secteur de l’organisation commune des marchés pour les produits agricoles établie par ledit règlement comporte des spécificités qui lui sont propres. Par conséquent, la comparaison des mécanismes techniques utilisés pour la réglementation de différents secteurs de marché ne saurait constituer une base valable pour établir un grief d’inégalité de traitement entre des produits dissemblables soumis à des règles différentes (voir, en ce sens, arrêts du 28 octobre 1982, Lion e.a., 292/81 et 293/81, EU:C:1982:375, point 24, ainsi que du 30 juin 2016, Lidl, C‑134/15, EU:C:2016:498, point 49). Or, le lait et les produits laitiers relèvent d’un secteur différent de ceux des différents types de viandes ainsi que du secteur des produits de la pêche, lesquels relèvent même d’une autre organisation commune des marchés.

52      Eu égard à l’ensemble des considérations qui précèdent, il convient de répondre aux questions posées que l’article 78, paragraphe 2, et l’annexe VII, partie III, du règlement no 1308/2013 doivent être interprétés en ce sens qu’ils s’opposent à ce que la dénomination « lait » et les dénominations que ce règlement réserve uniquement aux produits laitiers soient utilisées pour désigner, lors de la commercialisation ou dans la publicité, un produit purement végétal, et ce même si ces dénominations sont complétées par des mentions explicatives ou descriptives indiquant l’origine végétale du produit en cause, sauf si ce produit est énuméré à l’annexe I de la décision 2010/791.

Sur les dépens

53      La procédure revêtant, à l’égard des parties au principal, le caractère d’un incident soulevé devant la juridiction de renvoi, il appartient à celle-ci de statuer sur les dépens. Les frais exposés pour soumettre des observations à la Cour, autres que ceux desdites parties, ne peuvent faire l’objet d’un remboursement.

Par ces motifs, la Cour (septième chambre) dit pour droit :

L’article 78, paragraphe 2, et l’annexe VII, partie III, du règlement (UE) no 1308/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 17 décembre 2013, portant organisation commune des marchés des produits agricoles et abrogeant les règlements (CEE) no 922/72, (CEE) no 234/79, (CE) no 1037/2001 et (CE) no 1234/2007 du Conseil, doivent être interprétés en ce sens qu’ils s’opposent à ce que la dénomination « lait » et les dénominations que ce règlement réserve uniquement aux produits laitiers soient utilisées pour désigner, lors de la commercialisation ou dans la publicité, un produit purement végétal, et ce même si ces dénominations sont complétées par des mentions explicatives ou descriptives indiquant l’origine végétale du produit en cause, sauf si ce produit est énuméré à l’annexe I de la décision 2010/791/UE de la Commission, du 20 décembre 2010, établissant la liste des produits visés à l’annexe XII, point III 1, deuxième alinéa, du règlement no 1234/2007 du Conseil.

Signatures