• "Une amende forfaitaire en cas d’usage de stupéfiant"

La question de l’écotaxe et ce que cela montre bien

La grande actualité, c’est bien sûr l’écotaxe, qui a été plantée par le gouvernement, avec l’approbation semi-officielle d’Europe Ecologie les Verts. D’un côté EELV a critiqué à demi-mots, et de l’autre la ministre du logement Cécile Duflot a déclaré :

Cette taxe a rencontré des inquiétudes fortes et qu’il faut entendre. C’est la responsabilité des politiques d’être à l’écoute et pas droits dans leurs bottes. Je pense que c’est une bonne décision, que le gouvernement soit à l’écoute du pays.

Tout cela est très grave, puisque l’écologie en général recueille une image très mauvaise, punitive, et surtout inappropriée en raison de la crise. Si l’écotaxe est abandonnée, c’est en raison de la même chose qui s’est passée chez GAD : les ouvriers ont suivi les appels des patrons refusant d’être taxés et justifiant cela au nom de « l’emploi. »

Comme d’habitude, le nationalisme a servi de masque à cette union contre-nature. Les drapeaux bretons ont été sortis en masse, et la société Armor Lux a même distribué 900 bonnets rouges, allusion à une lutte contre une taxe de Louis XIV en 1675…

Mais ce n’est pas la seule chose terrible dans cette histoire. Car la blague, c’est que l’argent collecté devait surtout aller, à échelle de 780 millions d’euros, à l’Agence de financement des infrastructures de transport de France… L’écotaxe devait servir surtout à financer… des routes !

L’autre blague, c’est que les portiques pour poids lourds, servant à calculer leur passage, relèvent du privé… L’entreprise Ecomouv devait être payée 18 millions d’euros par mois… Si l’on applique pas l’écotaxe, l’Etat devra lui verser 800 millions d’euros tout de même…

Et pour en rajouter dans le délire, dans le capital d’Ecomouv, on a notamment des entreprises françaises : SFR, SNCF, Steria et Thales !

Il y a toutefois quelque chose à laquelle il faut faire attention. Toute cette catastrophe est également dûe en bonne partie en raison de la diffusion massive de l’idéologie « petite production » depuis la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.

Jamais il n’y aurait pu y avoir une telle union entre les classes sociales sans l’esprit de petit producteur qui s’est largement répandu.

En rejetant les animaux, la ZAD a rejeté l’universalisme, en rejetant l’universalisme elle a rejeté le progressisme. Le boulevard était ouvert pour l’idéologie du petit producteur en lutte contre le gros, contre l’État et ses taxes, etc.

La seule critique qu’a réussi à faire EELV d’ailleurs, c’est que le mouvement contre l’écotaxe ne se fondait… pas assez sur la petite production !

Les organisateurs de tout cela, c’était en effet les Fédérations départementales des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA), et EELV reprochent à cette structure d’être vendue à la grosse industrie agro-alimentaire…

Dans cette sale mentalité, on voit d’ailleurs que lors de la manifestation bretonne contre l’écotaxe ont été détruit des dizaines de tonnes de choux-fleurs, d’œufs, de bottes de paille et de pneu…

Et dans cette logique, l’écologie apparaît comme un luxe, comme quelque chose d’inadéquat dans la « mondialisation. » La Bretagne, la France, etc. seraient « faibles », ce serait aux gros de faire quelque chose !

Si d’ailleurs le travailleur local est essentiel, on voit aisément aussi à quel point le nationalisme local et identitaire est un poison. Au nom de la spécificité bretonne / basque / etc., on accepte tout et n’importe quoi, on rejette l’universalisme, on bascule dans les compromis, etc.

Voici par exemple ce que dit la « Gauche indépendantiste bretonne »:

Si la collecte du lait est hors taxe il doit en être de même pour d’autres transports comme les transferts locaux d’animaux vers les abattoirs ou encore ceux d’alimentation pour le bétail qui ne peuvent se faire que par la route

L’indépendance bretonne est ici le simple masque de la célébration de la petite production. Et c’est malheureusement la tendance du moment : c’est le repli sur soi, le nationalisme, l’abandon de l’universalisme… Et ce n’est pas acceptable… On voit bien où on va avec ce genre de dynamique: droit dans le mur!

Municipalités et animaux

Dans quelques mois, il y aura les élections municipales, et il est vraiment dommage qu’il n’y ait pas une multitude de groupes locaux actifs, capables de faire pression afin que le soutien aux animaux dispose d’un minimum de relais dans les mairies. Il est pourtant facile de trouver des contacts, d’établir des liens. Une meilleure gestion des moyens, notamment pour les refuges, serait certainement possible, même s’il n’y a pas énormément à attendre.

Voici un intéressant article, paru au Canada (dans La presse) et présentant des questions posées aux partis candidats. Nulle révolution à attendre de gens désirant simplement « gérer », mais il est évident que des campagnes ciblées forceraient à aider les refuges et à prendre en compte de multiples situations, alors qu’en attendant, on est livré à la ténacité personnelle.

Animaux: trois questions aux candidats à la mairie

Thématique rarement abordée dans les débats, le bien-être animal est pourtant une préoccupation primordiale pour de nombreux citoyens. Les quatre principaux partis dans la course à la mairie ont accepté de répondre aux questions soulevées par la Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux (SPCA).

1- Quelles actions concrètes entreprendriez-vous pour faire face à la crise de surpopulation des animaux de compagnie à Montréal?

Équipe Denis Coderre: Il faut absolument exercer le contrôle: en encadrant avec des règlements (par exemple: deux chiens par appartement, licences, etc.), en les faisant respecter dans les arrondissements et, surtout, il faut promouvoir la responsabilité des propriétaires.

Vrai changement pour Montréal: Sous notre administration, une politique claire de stérilisation des animaux domestiques sera créée, suivant une réflexion menée en collaboration avec des vétérinaires et des organismes de secours animal. Elle sera appuyée par un programme d’information et d’éducation populaire sur la stérilisation des animaux domestiques.

Projet Montréal: Nous privilégierons des mesures mises de l’avant et implantées par l’administration de François Croteau, maire de Rosemont-La Petite-Patrie et membre de Projet Montréal, pour interdire la vente d’animaux de compagnie dans les animaleries et favoriser l’adoption et la stérilisation.

Coalition Montréal: La politique de gestion animalière misera sur des méthodes de prévention (stérilisation, adoption, identification des animaux) et sur la responsabilisation des propriétaires d’animaux de compagnie. Coalition Montréal croit qu’il est essentiel d’éduquer et de sensibiliser le public, notamment les jeunes d’âge scolaire, pour que les mentalités évoluent.

2- Quelles mesures mettriez-vous en place afin que tous les citoyens et les animaux, dans chacun des 19 arrondissements de la Ville de Montréal, aient accès à des services de soins et de contrôle animaliers qui soient harmonisés, respectueux du bien-être animal, responsables et efficaces?

Équipe Denis Coderre: Chaque arrondissement applique la réglementation selon la situation qui lui est propre, parce que les réalités y sont différentes. À Outremont, par exemple, il y a plus de ratons laveurs qu’au centre-ville à cause de la proximité de la montagne; ou encore, l’abandon d’animaux domestiques est plus important dans certains arrondissements. Il faut une réglementation uniforme et une application cohérente pour chaque arrondissement.

Vrai changement pour Montréal: La création d’un centre animalier public à Montréal en 2016, est un engagement ferme de notre parti. Nous maintiendrons l’annonce faite par l’administration précédente et renforcerons le contrôle animalier, pour que tous les Montréalais aient accès aux mêmes services. Jusqu’à l’ouverture du centre animalier, nous renforcerons la surveillance des mandataires et soutiendrons les initiatives locales qui respectent les meilleures pratiques de contrôle animalier (stérilisation, notamment).

Projet Montréal: La Ville, et non le privé, doit être le seul responsable de la fourrière municipale pour éviter des dérapages comme avec le Berger blanc. L’implantation de la nouvelle fourrière municipale au parc Angrignon est un pas dans la bonne direction, mais sa mise sur pied ne règle pas tout. Son implantation dans LaSalle sans la mise sur pied de points de service dans les autres arrondissements nous laisse pantois. Comment croire que tous les citoyens vont se déplacer dans l’ouest pour déposer leur animal à la fourrière?

Coalition Montréal: Nous appuyons la mise sur pied d’un centre de services animaliers municipal, qui offrira à l’ensemble des arrondissements un service de collecte et de refuge valorisant la mise en adoption, la stérilisation, l’identification (micropuce) et d’autres meilleures pratiques en matière de soins et de bien-être animaliers. Nous encouragerons l’harmonisation des règlements en matière de contrôle animalier et de services, avec des règlements basés sur les meilleures pratiques.

3- Envisageriez-vous d’adopter un règlement municipal exigeant des animaleries qu’elles travaillent de concert avec les refuges et les organismes de secours locaux afin de faire adopter des animaux abandonnés au lieu de mettre des animaux en vente?

Équipe Denis Coderre: Les animaleries ne devraient plus vendre de chiens ni de chats sur le territoire de la ville, sauf s’ils proviennent d’un refuge. Nous avons malheureusement un taux d’abandon très élevé. Les Montréalais les gardent en moyenne 19 mois, alors que l’espérance de vie d’un chat ou d’un chien dépasse les 10 ans pour 50% d’entre eux. Ça n’a pas de bon sens. C’est Québec qui réglemente le commerce des animaux. À la Ville, nos chartes et nos lois nous l’interdisent.

Vrai changement pour Montréal: Nous sommes en faveur d’un resserrement de la réglementation touchant la vente d’animaux en animalerie, allant jusqu’à l’imposition d’un moratoire. Une réflexion doit être menée, avec les acteurs compétents en matière de contrôle et de secours animaliers, pour baliser la question. Le coup de barre à donner en matière de contrôle animalier à Montréal va au-delà de la vente, en animalerie, d’animaux abandonnés (plutôt que de chiots, comme c’est encore souvent le cas).

Projet Montréal: Nous sommes pour l’interdiction de la vente d’animaux de compagnie dans les animaleries. Nous désirons que ces dernières deviennent des partenaires de la Ville et des organismes oeuvrant dans le domaine pour contrer le problème de surpopulation en devenant des points de service de dépôt et d’adoption d’animaux de compagnie, avec des vétérinaires certifiés pour administrer les soins et, plus particulièrement, les stérilisations incitatives, une fois l’âge nécessaire atteint.

Coalition Montréal: Coalition Montréal mettra en place des balises pour assurer que les animaux en vente dans les animaleries proviennent de refuges réputés et reconnus par la Ville, et que les animaux vendus soient stérilisés et inoculés. Enfin, Coalition Montréal travaillera en collaboration avec les animaleries et les refuges pour les inciter à instaurer une « politique de retour » si l’animal est malade dans les 30 jours suivant la vente. Cela permettra d’assurer qu’il y a souci pour la santé des animaux.

L’image d’Epinal de Berlin et l’héroïne

La presse est unanime à saluer Lou Reed, grande « figure » du rock, sans pratiquement de critiques sauf la référence au très humoristique compte-rendu d’une interview rappelant à quel point ce chanteur était d’une suffisance toute « contemporaine. »

Le plus souvent c’est également l’album « Berlin », de 1973, qui est mis en avant comme son grand chef d’oeuvre. Il y a lieu de s’y attarder, car il existe toute une image « fascinante » de Berlin comme ville de la bohème artistique et droguée, une sorte de pendant européen d’un New York pareillement fantasmé.

Pour comprendre le ton de cet album « Berlin », voici ce qu’en dit le magazine américain Rolling Stone à l’époque :

« Ce disque est un désastre, entraînant l’auditeur dans un demi-monde distordu et dégénéré, où règnent la parano, la schizophrénie, la dégradation, la violence camée et le suicide… »

En fait, Berlin est en tant que tel l’expression d’un fantasme sur une ville sombre, avec les drogues en arrière-plan. Voici ce que raconte le producteur de l’album, Bob Ezrin :

« Pour la première fois de ma vie, j’ai entendu dans ma tête de la musique avant même de la jouer. J’ai entendu Berlin avant même que nous l’enregistrions : les arrangements, les orchestrations, les rythmes…

Dans mon esprit, le disque devait être un croisement entre Kurt Weil et la musique industrielle – un concept qui n’existait même pas encore à l’époque… Je voulais du Weil pour le côté théâtral, les orchestrations. Et des guitares heavy, sales pour la décrépitude…

J’ai totalement fantasmé un Berlin à la fois urbain, décadent, détruit, où la nuit rapprochait des femmes peinturlurées de soldats américains dans un cabaret enfumé… Cette image de Berlin a défini le son. »

Et voici ce qu’en dit Lou Reed lui-même, dans une interview à l’Express :

Comment est né Berlin?

Je venais de sortir Transformer [1972], produit par David Bowie: un succès amplifié par le seul tube de ma carrière, Walk on the Wild Side. Mais je voulais nourrir ma musique d’ambitions plus littéraires.

J’ai toujours pensé qu’il fallait considérer un disque comme un roman ou un film: une ?uvre cohérente, faite pour être écoutée dans un ordre précis. C’est ainsi que j’ai composé Berlin. Il s’agissait d’un opéra rock trash se déroulant à Berlin, dans un univers effrayant.

J’étais un amateur de Brecht, de l’expressionnisme allemand, et fasciné par la force symbolique du Mur, métaphore de la séparation et de la schizophrénie. Jusque-là, le rock’n’roll était une musique parlant de filles et de bagnoles. Je voulais un disque urbain et violent, imaginer comment aurait fait Baudelaire s’il avait écrit du rock.

Il a justement été parlé de la ville de Berlin récemment, avec la publication de Moi, Christiane F., la vie malgré tout, biographie de la personne ayant raconté sa douloureuse expérience dans Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée…, livre sorti en 1981 et ayant profondément marqué les esprits.

La ville de Berlin a été associée à l’héroïne, alors qu’en réalité cette drogue était présente partout déjà, notamment à Milan, Vienne ou Zurich.

En fait, le Berlin associé à l’héroïne, c’est n’importe quelle grande ville, et encore plus les capitales. Le parc, la gare, l’héroïne… sont des associations « naturelles » au sein de grandes villes broyant tous ceux et toutes celles qui, en souffrance, plongent dans cette grande fuite en avant.

Et c’est là qu’on voit que David Bowie, qui a habité Berlin, et son ami Lou Reed avec l’album « Berlin », ont construit une image médiatique et bobo de Berlin comme ville sombre marquée par l’héroïne ; c’est également en grande partie l’ambiance qu’on retrouve dans le film « Les ailes du désir » de Wim Wenders.

On comprend aisément que cette image de Berlin est une caricature de la vraie Bohème berlinoise, celle des années 1920-1930, pour une version décadente années 1970 s’auto-justifiant par l’intermédiaire de ce « style. »

Il est vraiment frappant de voir comment tout cela est mis en avant et célébré par toute la presse, jusqu’à la ministre de la culture, dont voici le communiqué :

Hommage d’Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication, à Lou Reed

Avec Lou Reed disparaît une icône du rock. Son œuvre, plongeant ses racines dans la poésie et la littérature de la Beat Generation, s’affirme comme le parcours initiatique d’un dandy pour qui le rock n’roll est l’égal de la littérature, de la peinture et du cinéma. Esthète contestataire, Lou Reed a incarné à travers ses textes et photographies les tabous de l’Amérique.

En 1965, il fonde avec John Cale le groupe The Velvet Undergroud. Tous deux, rejoints par Sterling Morrison et Mo Tucker puis par Nico se produiront régulièrement à la Factory.  Le groupe enregistre en 1967 le célèbre album dont la pochette représentant une banane est signé Andy Warhol et sur lequel figurent « I’m Waiting for the Man », « Sunday Morning », « Heroin ».

Après la séparation du groupe en 1970, Lou Reed poursuit sa carrière en solo. En 1972, l’album, « Transformer » produit par David Bowie, offre les titres les plus connus de Lou Reed : « Walk on the wild side » et « Perfect Day ».

En 1989, Lou Reed rend hommage à sa ville natale avec l’album « New York » marqué par le style parlé chanté. L’année suivante, il retrouvera John Cale pour l’album « Songs for Drella » dédié à Andy Warhol.

Il publiera ensuite les albums « Magic and Loss » (1992) et « Set The Twilight Reeling » (1996) puis en 2000 l’album hypnotique « Ecstacy » et en 2003 « The Raven », référence à Edgar Allan Poe.

Lou Reed est décédé aujourd’hui à l’âge de 71 ans. Son nom et sa musique sont indissociablement liés au mouvement underground qui a relié le rock à l’art contemporain. Il était récemment sur la scène de Pleyel l’invité d’Anthony and the Johnson’s dans la cadre du domaine privé de Laurie Anderson, son épouse.

A l’avant garde du rock, il nous laisse un patrimoine musical exceptionnel qui a définitivement marqué l’histoire de la musique.

Comme on le voit, il n’y aucune critique, et il est logique que soit salué le « mouvement underground qui a relié le rock à l’art contemporain », c’est-à-dire qui a vendu la rébellion aux bobos.

On est là encore et toujours dans la complaisance systématique pour le style de vie individualiste auto-destructeur, et l’image de Berlin est ici une véritable idéologie.

Lou Reed et l’héroïne

Le chanteur Lou Reed est mort à 71 ans, des suites d’une complication suite à une greffe du foie. S’il était productif et talentueux, tant avec le groupe Velvet Underground qu’en solo, la culture qu’il mettait en avant était totalement sordide.

La fameuse chanson « Walk on the wild side » se fonde ainsi sur cette expression, « marcher du côté sauvage », désignant la prostitution, et la chanson présente des personnages pratiquant justement une prostitution féminine, homosexuelle, transsexuelle, avec également la consommation de drogues.

Lou Reed faisait partie de la bande d’Andy Warhol, c’est-à-dire un milieu de grand bourgeois ultra décadent et s’imaginant branché et cultivé en raison de l’art contemporain. C’était des bobos destroy avant l’heure, et d’ailleurs c’est devenu culte dans le genre.

Du Velvet underground, on a également et bien sûr la chanson « Heroin », d’une complaisance absolue devant la consommation d’héroïne, tout comme la chanson « I’m Waiting for the Man », qui raconte l’achat d’héroïne justement.

C’est toujours la même histoire : sous prétexte de « décrire », on a l’expression fascinée et romantique du « pouvoir » de la drogue, censée arracher d’un monde moche, ennuyeux et plein d’oppression (ce qui est vrai, mais alors il faut tout changer!).

Voici les terribles paroles de la chanson « Heroin. »

I don’t know just where I’m going
But I’m goin’ to try for the kingdom if I can
Je ne sais simplement pas où je vais
Mais si je peux je vais tenter pour le royaume
‘Cause it makes me feel like I’m a man
When I put a spike into my vein
Car ça me fait sentir comme un homme
Quand je plante une aiguille dans ma veine
Then I tell you things aren’t quite the same
When I’m rushing on my run
Après je vous dis, les choses ne sont plus vraiment les mêmes
Quand je me précipite dans ma course
And I feel just like Jesus’ son
And I guess I just don’t know
Et je me sens simplement comme le fils de Jésus
Et je suppose que je ne sais simplement pas
And I guess that I just don’t know
I have made very big decision
Et je suppose que je ne sais simplement pas
J’ai pris une très grande décision
I’m goin’ to try to nullify my life
‘Cause when the blood begins to flow
Je vais essayer de nullifier ma vie
Car quand le sang commence à circuler
When it shoots up the dropper’s neck
When I’m closing in on death
Quand ça jaillit dans le tuyau de la seringue
Quand je me rapproche de la mort
You can’t help me not you guys
All you sweet girls with all your sweet talk
Vous ne pouvez pas m’aider, pas vous les gars
Vous toutes les gentilles filles avec vos douces paroles
You can all go take a walk
And I guess I just don’t know
And I guess I just don’t know
Vous pouvez tous aller vous promener
Et je suppose que je ne sais simplement pas
Et je suppose que je ne sais simplement pas
I wish that I was born a thousand years ago
I wish that I’d sailed the darkened seas
J’aimerais être né il y a un millier d’années
J’aimerais avoir navigué sur les plus obscures mers
On a great big clipper ship
Going from this land here to that
Sur un solide grand clipper
Allant de ces terres ici jusqu’à là-bas
I put on a sailor’s suit and cap
Away from the big city
Je mets un costume et une casquette de marin
Loin de la grande cité
Where a man cannot be free
Of all the evils in this town
Où un homme ne peut être libéré
De tous les démons de cette ville
And of himself and those around
Oh, and I guess I just don’t know
Oh, and I guess I just don’t know
Et de lui-même et de ceux qui l’entourent
Oh, et je suppose que je ne sais simplement pas
Oh, et je suppose que je ne sais simplement pas
Heroin, be the death of me
Heroin, it’s my wife and it’s my life
Héroïne, soit ma mort
Héroïne, c’est ma femme et ma vie
Because a mainer to my vein
Leads to a center in my head
Parce que la plus importante de mes veines
Mène à un centre dans ma tête
And then I’m better off than dead
When the smack begins to flow
Et après je suis mieux débranché que mort
Quand la blanche commence à circuler
Then I really don’t care anymore
About all the Jim-Jims in this town
Alors je n’en ai vraiment plus rien à faire
De tous les Jim-Jims de cette ville
And everybody putting everybody else down
And all of the politicians makin’ crazy sounds
Et que tous rabaissent les autres
Et de tous les politiciens faisant des bruits étranges
All the dead bodies piled up in mounds, yeah
Wow, that heroin is in my blood
Tous les cadavres entassés en tas, yeah
Wow, cette héroïne est dans mon sang
And the blood is in my head
Yeah, thank God that I’m good as dead
Et le sang est dans ma tête
Ouais, merci dieu que je suis comme mort
Ooohhh, thank your God that I’m not aware
And thank God that I just don’t care
And I guess I just don’t know
And I guess I just don’t know
Ooohhh, remerciez votre dieu que je ne sois pas conscient
Et merci dieu que je m’en foute simplement
Et je suppose que je ne sais simplement pas
Et je suppose que je ne sais simplement pas

La complaisance de la chanson est insidieuse et traître, et le fait que Lou Reed soit mort si vieux en dit long : ce genre d’artistes, intellectuels, sait gérer, pleure sur son sort de manière lyrique, diffusant une culture où les autres, prenant tout au premier degré, se précipitent dans la mort…

La bande dessinée américaine « Liberator »

Le numéro 4 de « Liberator » est sorti, terminant le premier cycle d’histoire d’une bande dessinée américaine ouvertement favorable à l’ALF, puisque les deux personnages principaux en font justement partie.

La BD, consistant à chaque fois en un petit épisode (suivant le principe des Comics), est cependant romancée de telle manière à montrer la culture et les états d’âme des vegans, souvent straight edge bien sûr, agissant pour les animaux et partisans des actions illégales, avec également en arrière-plan une certaine culture liée à la musique punk et hardcore.

En l’occurrence, on a un homme très volontaire et une femme plus réfléchie, dans une sorte d’histoire d’amour qui rate, avec finalement une certaine ambiguïté de la part de l’homme qui vise des intérêts liés à sa famille, même si on ne peut pas remettre en cause son engagement pour les animaux.

La BD est un projet sérieux fait par des gens sérieux, avec toute une série de soutien, de la part de groupes de musique (Bad Religion, Propagandhi…) et d’organisations (SHAC) ; à la fin des BD on peut également lire des articles de personnes actives pour la libération animale, histoire d’apporter une perspective « rationaliste. »

En effet, que l’on aime les BD ou pas, et qu’on trouve réussi ou pas les dessins, et même s’il n’y a pas de super-pouvoirs : l’ensemble est réaliste sans l’être dans la mesure où les actions illégales se déroulent très facilement, et il y a un romantisme très grand qui est mis en avant.

En fait, on ne peut pas critiquer les personnages, qui représentent bien les questions de refuser le sexisme, de mettre en avant la sensibilité pour les animaux, de rester alternatifs, de tenter le débat avec les réformistes de la protection animale, etc.

Mais même en présentant une telle démarche critique de l’anthropocentrisme, on a au bout finalement, forcément, une BD anthropocentrée, avec les animaux mis en avant mais, forcément, à l’arrière-plan.

Ce qui manque c’est la dimension écologiste, avec une présentation d’un côté « épique », pas simplement le portrait de deux personnes alternatives, adultes et tourmentées vivant dans les villes et tentant d’affronter un ordre dominant injuste et criminel envers les animaux.

L’idée était de montrer quelque chose d’accessible et de rappeler que n’importe qui peut s’engager dans les rangs de l’ALF, mais ce qu’il manque, c’est la société : la BD montre de simples individus, avec leur petit environnement (le job dans un espèce de starbucks, les manifestations avec la police intervenant brutalement, etc.), en lutte contre une sorte de monstre social relativement abstrait au final.

Bref, certains aimeront, d’autres moins, mais il est évident cependant que « Liberator » est un apport et une expérience intéressante à notre culture, bien loin du Paris Vegan Day. Pour plus d’infos au sujet de la BD, le site consacré à « Liberator » a l’adresse suivante: liberatorcomic.wordpress.com.

 

Quelques réactions au « manifeste » sur le statut juridique des animaux

Le pseudo manifeste pour les animaux dont nous avons parlé hier a ouvert la boîte de Pandore. Les réactions des anti-animaux ont été particulièrement virulentes et offensives, car l’occasion était trop bonne pour eux de la part de la faiblesse terrible du « manifeste. »

Voici un petit florilège de ces multiples réactions publiées en commentaires d’articles, auxquelles différentes personnes amies des animaux ont pu répondre ici et là.

On peut synthétiser les commentaires de la manière suivante : se tourner vers les animaux serait de la sensiblerie, donner des droits c’est absurde car les animaux font partie d’un système global où l’on profite d’eux, la situation de l’humanité est catastrophique on n’aurait pas le temps de s’occuper les animaux.

Au-delà de l’anthropocentrisme et de la mauvaise foi (le premier commentaire ci-dessous est cependant intéressant et reflète une sensibilité authentique), il est évident que la libération animale ne triomphera pas sans proposer une morale complète, une perspective scientifique de la planète comme lieu global abritant la vie (à préserver), une opposition frontale à l’exploitation !

La question des moustiques est un bon exemple. Le « manifeste » ne peut, par définition, leur accorder aucune place. Or, les moustiques sont des animaux, ils sont une composante de la vie sur notre planète, ils ne sont pas « nuisibles » car il n’y a rien de « nuisible », il y a un développement de la vie et un équilibre.

Cela signifie que face aux arguments de l’oppression et de l’exploitation des animaux, on doit raisonner en termes de Gaïa et on trace une ligne de démarcation nette…

Occupez vous des hommes et femmes pris pour pire que des chaises avant de voir si les animaux vont bien. Le même appel aurait été bien Venu à Amiens Nord [quartier populaire dont la population est ostracisée – NDLR], joué les Tours… [ville où a lieu en ce moment un mouvement ouvrier chez Michelin – NDLR]

Rédigé par : Amine | le 25 octobre 2013 à 21:04

A quand le statut spécial pour les plantes et les arbres, après tout ce sont des êtres sensibles à la lumière, l’humidité et la pression atmosphérique. Il devrait être interdite de les tuer.
Franchement, ses sensibleries m’écœurent. Avez-vous déjà marché sur du gazon ? Savez-vous la quantité phénoménale d’animaux que vous tuez à chaque pas (ou blessez mortellement) ? Seriez-vous prêt à arrêter de manger de la viande ? Seriez-vous prêt à prendre le risque d’ingurgité un nouveau médicament sans savoir s’il n’a pas d’effet secondaire (mortel) ? Seriez-vous prêt à laisser un animal manger nos culture de céréale (car après tout il a bien le droit de se nourrir le pauvre chou qui somme-nous pour nous approprier des terres) ?
En tout cas moi pas.
Il me semble normal en tant qu’humain de donner la priorité aux hommes.
Après, l’écologie étant nécessaire à la survie humaine, je suis pour la préservation des espèces (car le diversité biologique est souvent garante d’une certaine stabilité), l’utilisation réfléchie de nos ressources ou tout autres choses qui pourrait être utile à la survie de notre espèce. La sensiblerie n’en fait pas partie.

Rédigé par : Orec | le 24 octobre 2013 à 17:30

Commençons par considérer les HOMMES comme autre chose que des meubles, et ça sera déjà un bon début. Car même si c’est dans notre constitution, les droits fondamentaux (égalité, sécurité, travail, repos, santé, démocratie, paix…) sont bien souvent totalement bafoués par nos élites, et pas besoin d’aller en chine pour le constater (quoique c’est souvent par la-bas que l’on voit le plus de dérives).

Considérer l’animal comme autre chose qu’un objet est un terrain glissant. Cela implique de ne plus les considérer comme une ressource dont on peut plus disposer à notre guise. Cela implique plus de chasse, de pèche (c’est cruel), plus de viande d’élevage non plus, plus d’expérimentation animale, plus de cuir, plus de graisses alimentaires, plus d’animaux de somme (c’est du travail forcé) plus de lait (assimilé à de l’exploitation), plus d’oeufs (assimilé à du trafic d’embryon) etc…
Bref, quand on ouvre cette boite de pandore, on peut aller très très loin dans le refus de la maltraitance et de l’exploitation. Sommes-nous prêt à ça ? j’en doute.

Rédigé par : pit’ | le 25 octobre 2013 à 10:13 |

Les virus, bactéries et insectes considérés comme nuisibles seront-ils concernés par cette nouvelle identité ? quelle peine encourue si l’on écrase un moustique ?

Rédigé par : marolla | le 24 octobre 2013 à 21:41

« Il faut déterminer ce que l’on appelle les animaux et où on place la barrière entre les bactéries et les grands singes, par exemple. Il sera difficile de tracer la frontière dans la grande famille du vivant et, personnellement, si je suis pour que l’on accorde un statut propre aux chiens ou aux oiseaux, je suis contre le statut du moustique. » (Le physicien Albert Fert, prix Nobel)

Selina Kyle a posté le 25-10-2013 à 13:09

Mais la loi punit déjà les actes de barbarie et de cruauté envers les animaux, pas encore envers les chaises cela dit…
Réglementer de façon plus stricte les conditions d’élevage et d’abattage, oui! Mais donner un statut aux animaux, faut arrêter là! Et le droit de vote tant qu’on y est!

gerardlouis

Doit on considérer les araignées comme des êtres vivants et sensibles? Si oui il va falloir venir m’arrêter très vite . Occupons nous d’abord des humains et quand tout ira bien je suis d’accord pour m’occuper de mon araignée favorite que j’ai au plafond. Je dis ça pour ceux qui vont m’en parler. Inutile , je suis au courant.

SixteQuint – 24/10/2013 20:05

Par pitié… Arrêtons le délire… Pensons plutôt a la nouvelle taxe sur l’épargne qui ruine la classe moyenne plutôt que les droits des truffes humides. Par pitié.

tartouil

@sidonia

Moi aussi j’aime les animaux… avec des petites pommes de terre rissolées autour. :-)

Victor du a posté le 25-10-2013 à 10:35

oui ! vivement un statut pour les protozoaires, les amibes et les moules…. j’espere que nos tribunaux vont etre submerges par les demandes de reparation pour tous les escargots ecrases et les bacteries tuees par notre immonde savon…..

Un animal est une chose vivante. Où est le problème ? C’est comme les plantes, ou encore notre environnement, il faut les respecter sinon on se détruit soi-même. Mais un animal n’est pas une personne, car sinon on en fait un sujet de droit, ce qui serait absurde ! Une araignée, une sardine ou encore un crapaud ne peut en aucun cas être un sujet de droit. C’est de la sensiblerie mal placée. Occupons nous déjà de nos semblables ! Nous en avons bien besoin…

Rédigé par : Pierre Durand | le 24 octobre 2013 à 14:34 |

 

« Manifeste » sur le statut juridique des animaux en France

Pas sérieux, velléitaire et mensonger : voilà les termes qui décrivent de manière adéquate le médiatique « manifeste » non vegan appelant à changer la juridiction française concernant les animaux.

Velléitaire, car ce manifeste lancé par la fondation 30 millions d’amis ne changera strictement rien. Ce n’est pas le droit qui change la réalité, mais la réalité qui change le droit.

On est là dans la pose intellectuelle, pas dans une démarche militante exigeant la morale et la victoire. D’ailleurs, ici rappelons le, disons le haut et fort : on n’a pas le droit de parler de la cause animale avant d’être soi-même vegan. C’est sinon de l’hypocrisie, du mensonge, une insulte aux animaux.

Or, on voit facilement à la liste qu’il s’agit de gens venant de l’univers feutré de la bourgeoisie bien tranquille, bien comme il faut, un univers pas vegan pour un sou, voire même ouvertement anti-écologie comme avec Luc Ferry…

Et ce manifeste est mensonger, car s’il prétend être pour les animaux, il est dit que ceux-ci seraient « entre les personnes et les biens. » Cela veut dire quoi ? Que les animaux sont des semi-personnes ? Des semi-biens ?

Ce manifeste n’a qu’un but : tenter d’arrondir les angles, afin de contrer l’inévitable mouvement à venir, celui de la libération animale et de libération de la Terre, qui va fracasser l’ordre dominant et renverser des valeurs criminelles, exprimant les besoins d’une planète qui en a assez des destructions et de l’exploitation !

Les animaux sont encore définis par le Code civil comme des choses, sur lesquelles l’homme peut par conséquent exercer un droit absolu.

Nous n’ignorons pas que toute tentative de faire évoluer cette classification se heurte à la force des habitudes et soulève invariablement des objections d’ordre économique.

Nous l’ignorons d’autant moins que c’est le cas chaque fois qu’est réclamée la légitime considération due à un groupe exploité ou opprimé.

Certes, les animaux ne sont pas des êtres humains. Ce n’est pourtant pas la proclamation d’une dignité métaphysique, mais certains attributs – capacité à ressentir le plaisir et la douleur notamment – que les humains partagent avec au moins tous les vertébrés, qui enracinent les droits les plus fondamentaux.

Et bien que dans diverses réglementations françaises et européennes les animaux soient reconnus pour leur qualité d’ « êtres sensibles », encouragées en ce sens par les progrès de la connaissance scientifique, ils demeurent de manière de plus en plus contradictoire des biens meubles dans notre Code civil.

POUR QUE LES ANIMAUX BÉNÉFICIENT D’UN RÉGIME JURIDIQUE CONFORME À LEUR NATURE D’ÊTRES VIVANTS ET SENSIBLES ET QUE L’AMÉLIORATION DE LEUR CONDITION PUISSE SUIVRE SON JUSTE COURS, UNE CATÉGORIE PROPRE DOIT LEUR ÊTRE MÉNAGÉE DANS LE CODE CIVIL ENTRE LES PERSONNES ET LES BIENS

Christophe André, psychiatre et psychothérapeute

Florence Burgat, philosophe

Didier van Cauwelaert, écrivain

André Comte-Sponville, philosophe

Boris Cyrulnik, éthologue et neuropsychiatre ;

Didier Decoin, de l’Académie Goncourt

Philippe Devienne, vétérinaire et philosophe

Luc Ferry, philosophe

Alain Finkielkraut, philosophe

Elisabeth de Fontenay, philosophe

Irène Frain, écrivain

Marie-Angèle Hermitte, de l’Académie française

Jacques Julliard, historien et journaliste

Frédéric Lenoir, philosophe et écrivain

Jean-Pierre Marguénaud, professeur de droit

Edgar Morin, sociologue et philosophe

Michel Onfray, philosophe

Erik Orsenna, de l’Académie française

Pierre Rahbi, philosophe

Hubert Reeves, astrophysicien et président de Humanité et Biodiversité

Matthieu Ricard, docteur en génétique cellulaire

Danièle Sallenave, de l’Académie française

Enrique Utria, philosophe

Frédéric Vitoux, de l’Académie française

 

« L’homme qui recourt à des moyens artificiels pour engourdir ses facultés reste souvent immobile pendant toute sa vie »

Voici un nouvel extrait de Plaisirs vicieux, de Léon Tolstoï, toujours aussi fascinant dans ses descriptions et sa vision des choses.

Jusqu’à quel degré l’usage du tabac peut-il étouffer la voix de la conscience ?

Nous n’avons pas besoin de chercher des données pour la solution de cette question dans les cas exceptionnels du crime et des remords. Il suffit d’observer l’attitude de tous les fumeurs.

Tout fumeur, lorsqu’il s’adonne à sa passion, oublie et dédaigne les règles les plus élémentaires des convenances dont il exige cependant l’observation par les autres et qu’il observe lui-même dans tous les autres cas, lorsque sa conscience n’est pas complètement engourdie par le tabac.

Toute personne d’éducation moyenne considère comme inconvenant et même grossier de déranger la tranquillité ou la commodité des autres, et surtout de nuire à leur santé pour la satisfaction d’un plaisir personnel.

Personne ne se permettrait, par exemple, de crier dans une chambre où se trouve du monde, d’y faire entrer de l’air trop froid ou infecté de mauvaises odeurs. Tandis que sur mille fumeurs, il ne s’en trouverait peut-être pas un qui se priverait de remplir de fumée une chambre où se trouvent des femmes et des enfants.

Si, avant d’allumer sa cigarette ou son cigare, il en demande la permission aux personnes présentes, tout le monde sait qu’il s’attend sûrement à cette réponse : « Mais comment donc, je vous en prie ».

On ne peut s’imaginer cependant combien doit être désagréable, pour ceux qui ne fument pas, de respirer un air empoisonné par l’odeur du tabac et les bouts de cigarette qui traînent dans les verres, les tasses, les chandeliers, les assiettes, ou même seulement dans les cendriers.

Si l’on suppose même que les adultes qui ne fument pas peuvent supporter toutes ces incommodités, on ne peut affirmer que cela soit sain pour les enfants auxquels on ne demande jamais la permission de fumer.

Et cependant des personnes très honorables et très charitables sous tous les rapports fument en présence des enfants, à table, dans de petites pièces, et cela sans remords (…).

Le travail physique est pénible, mais le travail intellectuel nous parait l’être bien davantage. Selon la remarque de Lessing, les hommes ont l’habitude de cesser de penser dès que le processus du raisonnement devient pénible. J’ajoute que c’est précisément à ce moment-là que le travail devient fructueux.

L’homme sent instinctivement que les problèmes moraux qui se dressent devant lui et qui exigent avec instance une solution immédiate, ces problèmes de sphinx auxquels il faut répondre à tout prix, ne peuvent pas être examinés sérieusement sans un effort constant et persévérant, et c’est ce qui le rebute.

Et alors, s’il était dépourvu de moyens propres à engourdir ses facultés intellectuelles, il lui serait impossible d’effacer des tables de sa conscience les questions du jour, et, bon gré mal gré, il se trouverait dans des conditions qui exigeraient une réponse et qui n’admettent ni refus ni délai.

Mais voilà qu’il trouve le bon moyen de retarder la solution de ces questions urgentes chaque fois qu’elles se dressent devant lui, et il en profite.

Dès que la vie lui demande une solution avec insistance et le harcèle pour l’obtenir, il a recours à ce moyen artificiel et se débarrasse ainsi de l’ennui qu’il en éprouve.

Sa conscience ne le force plus à résoudre rapidement les problèmes de sa destinée, et il reste sans solution jusqu’à ce qu’il soit lucide et que sa conscience lui donne un nouvel assaut.

La même chose se répète indéfiniment pendant des mois, des années, et souvent pendant toute la vie, et l’homme continue à se trouver toujours en face des mêmes problèmes moraux sans jamais faire un pas vers la solution.

Et cependant le progrès de la vie humaine consiste dans la solution des problèmes moraux. L’homme ne le comprend pas ainsi.

Il procède comme celui qui, ayant perdu une perle dans un ruisseau et voulant éviter de plonger dans l’eau froide, trouble l’eau comme exprès pour ne pas voir la perle et recommence chaque fois que l’eau redevient limpide.

L’homme qui recourt à des moyens artificiels pour engourdir ses facultés reste souvent immobile pendant toute sa vie. Il demeure à la même place, voit le monde à travers le brouillard d’une conception contradictoire de la vie admise une fois pour toutes.

Dès qu’une lueur apparaît à son esprit, il se recule jusqu’au mur infranchissable derrière lequel il s’est déjà réfugié de la même façon il y a dix, quinze et même vingt ans, et dans lequel il ne peut pratiquer une brèche, parce qu’il continue avec entêtement à engourdir sa pensée qui, seule, lui donnerait le moyen d’aplanir l’obstacle.

Tout le monde a la possibilité de contrôler la vérité de cette image sur lui-même et sur les autres. Qu’il évoque devant les yeux de son âme les événements principaux de sa propre vie pendant la période où il s’adonnait à l’alcool et au tabac, et qu’il examine la même période de la vie des autres.

Il apercevra nettement alors une ligne de démarcation caractéristique séparant les buveurs et les fumeurs de ceux qui ne le sont pas, car plus l’homme fait usage de narcotiques et d’excitants, plus il s’abrutit et s’immobilise au point de vue intellectuel et moral.

Abattoir Gad de Josselin et affrontement anti-bloqueurs

« Moi j’ai besoin de manger » : c’est ainsi qu’un employé des abattoirs du groupe Gad, à Josselin dans le Morbihan, a justifié sa participation à l’intervention musclée pour briser le blocage organisé par les grévistes de l’abattoir de Lampaul-Guimiliau dans le Finistère, qui lui doit fermer.

« Je ne veux rien savoir, je n’y suis pour rien » dit-il encore, alors que par la suite lui et ses collègues (à peu près 200) forçaient le barrage de manière musclée, jetant par la force, violemment, la soixantaine de bloqueurs venus de l’autre usine, puis formant une chaîne humaine de 200 ouvriers pour empêcher le blocage et laisser passer les camions.

Cela signifie que ces ouvriers ont choisi d’écouter leur patron, de dégager manu militari leurs collègues eux licenciés et de reprendre comme si de rien n’était leur activité meurtrière. C’est dire le désespoir pour sauver son job, mais aussi surtout l’individualisme le plus complet et la soumission à l’exploitation animale, le capitalisme en général.

Dans le genre catastrophique, honteux et traître, il est difficile de faire pire que d’abandonner ses propres collègues de travail pour ouvertement sauver sa propre peau…

Les ouvriers licenciés du Finistère ont alors bloqué une route, puis passé la nuit devant l’abattoir en étant rejoint par d’autres venus par la suite. Et ce sont les gendarmes qui surveillent les deux « camps » ouvriers pour éviter les affrontements…

Mais ce n’est pas tout ! Car si Gad ferme un abattoir et supprime 889 postes (sur 1700), le matériel de celui-ci va aller à l’autre.

Et les personnes qui vont s’occuper de cela, ce sont… des intérimaires venant de Roumanie, au nombre d’une centaine.

Gad justifie cela en disant dans un communiqué :

« Les emplois proposés dans les abattoirs sont des emplois difficiles, physiques, qui attirent malheureusement peu. »

On voit bien que personne ne veut travailler dans un abattoir, et que ceux qui le font n’ont pas le choix. L’exploitation animale est tellement absurde qu’elle doit utiliser des moyens de pression très grands pour exister.

Et on voit comment l’aliénation est forte. L’intervention anti-bloqueurs à l’abattoir de Josselin est une honte, une infamie, qui exprime une soumission complète au chantage à l’emploi. Déjà qu’il n’y a pas de dignité dans un tel travail, là on touche le fond !

C’est quelque chose dont il faut se rappeler, pour avoir une critique radicale des abattoirs, cette monstruosité qui engloutit la vie. Ce système ne tient tout simplement pas, il n’existe que comme fuite en avant, par la pression toujours plus grande sur les animaux et les travailleurs, il court à sa perte.

D’ailleurs on peut être certain que le second abattoir de Gad ne tiendra pas longtemps non plus, et que les anti-bloqueurs deviendront eux-mêmes des victimes des patrons qu’ils ont soutenu de manière totalement honteuse.

Le système de l’exploitation animale est ce qu’il est et il n’y a aucune raison que cela s’arrête ; la course au profit est toujours plus grande, la quantité de « viande » vendue à l’échelle mondiale est toujours plus grande.

C’est une course folle à l’exploitation, au meurtre, jusqu’à l’effondrement.

« Inventaire » agronomique de la forêt amazonienne

Les médias ont très largement diffusé l’information suivante sur un inventaire de la forêt amazonienne. Voici le communiqué de presse original, publié par le CIRAD, qui s’occupe de la recherche agronomique…

Il fallait s’en douter: derrière un tel projet, il y a les chercheurs au service du capitalisme… Ce qui est visé c’est non pas la connaissance de la Nature pour la protéger, pour acquérir des connaissances thérapeutiques, etc., leur but, c’est de trouver de nouvelles sources de profit… C’est ni plus ni moins qu’un pas de plus vers l’offensive contre la forêt amazonienne…

Forêt amazonienne : le premier inventaire à grande échelle révèle une hyper dominance de 227 espèces d’arbres

18/10/2013 – Communiqué de presse

Une étude internationale, à laquelle ont participé des scientifiques de l’IRD, de l’INRA, du CNRS et du Cirad, avec l’appui de l’herbier IRD de Guyane, vient de dresser le premier inventaire à large échelle des arbres du bassin amazonien. Les chercheurs montrent que la première forêt tropicale humide du monde est composée de près de 390 milliards d’arbres appartenant à environ 16 000 espèces différentes.

Ils révèlent que 227 espèces seulement sont hyper dominantes et représentent plus de la moitié des arbres de l’Amazonie. Ces résultats, qui ont également permis d’estimer à 11 000 le nombre d’espèces rares, sont publiés le 18 octobre 2013 dans la revue Science, sous forme d’un article de synthèse.

Une forêt tropicale humide riche mais difficile à inventorier

Plus vaste aire terrestre de forêt tropicale humide au monde, l’Amazonie s’étend sur près de 6 millions de km2 et sur 9 pays (Brésil, Bolivie, Pérou, Equateur, Colombie, Venezuela, Guyana, Suriname et Guyane française). Véritable point chaud de biodiversité, tant pour les espèces animales que végétales, elle est fortement touchée par la déforestation et d’autres perturbations anthropiques (on estime que près de 18 % de la forêt a disparu depuis 1970).

Inventorier précisément les communautés d’arbres de la forêt amazonienne est un enjeu scientifique majeur, afin d’identifier et de protéger les espèces rares de l’extinction. Malgré les efforts internationaux réalisés au cours de ces 30 dernières années, réaliser cet inventaire sur l’ensemble du bassin amazonien s’avère complexe et difficile, compte-tenu de l’immensité du domaine à étudier et de la diversité record des communautés d’arbres (jusqu’à 210 espèces à l’hectare en Guyane, plus de 300 au Pérou).

227 espèces hyper dominantes et 11 000 espèces raresDans une étude internationale, coordonnée par Hans ter Steege (Naturalis Biodiversity Center, Pays-Bas) et à laquelle ont participé des scientifiques de l’IRD, de l’INRA, du CNRS et du Cirad, avec l’appui de l’herbier IRD de Guyane, les chercheurs ont compilé et standardisé les données d’abondance des espèces pour plus d’un demi-million d’arbres de forêt de basse altitude (1 170 parcelles de 1 hectare), provenant du réseau international Amazon Tree Diversity Network (ATDN).

Ces données ont dans un premier temps permis d’estimer le nombre total d’arbres du bassin amazonien et la densité des arbres à l’échelle du degré carré. Elles ont ensuite été intégrées à un modèle de distribution des abondances, pour estimer le nombre total d’espèces du bassin amazonien et des grandes régions qui le composent, ainsi que les caractéristiques de dominance ou de rareté des espèces.

Les scientifiques ont ainsi estimé que la forêt amazonienne totalise près de 390 milliards d’arbres de 16 000 espèces différentes. Ils ont mis en évidence que plus de la moitié des individus du bassin appartiennent à 227 espèces seulement. Qualifiées d’hyper dominantes, ces espèces ont de grandes aires de répartition géographique (même si elles ne sont dominantes que dans une ou deux régions de l’Amazonie).

Elles regroupent des palmiers (notamment Euterpe oleracea, espèce emblématique de l’Amazonie, utilisée dans l’agroalimentaire et consommée sous forme de boisson énergétique dans plusieurs pays de la région), des Myristicaceae (famille du muscadier) et des Lecythidaceae (famille du noyer du Brésil). Enfin, grâce à cet inventaire, les chercheurs ont identifié près de 11 000 espèces rares (qui ne représentent en tout que 0,12 % des individus).

Poursuivre les inventaires pour protéger les espèces menacées

Cette étude met en évidence l’uniformité du fonds du peuplement forestier de l’Amazonie. L’hyper dominance de seulement 227 espèces implique que les cycles biogéochimiques dans le bassin amazonien (processus de transport et de transformation cyclique des substances chimiques) sont en grande partie réalisés par une infime fraction de la diversité végétale.

Des études complémentaires restent à mener pour déterminer les causes de cette hyper dominance. Selon les chercheurs, de tels modèles de répartition spatiale peuvent être utilisés pour prédire la structure et la richesse de la forêt dans des zones non explorées, et seraient améliorés par la prise en compte de données environnementales.

Ils insistent sur la nécessité d’intensifier l’inventaire des 11 0000 espèces rares. En effet, du fait de leur répartition très limitée, ces espèces sont extrêmement menacées par la déforestation et risquent de disparaître avant même d’avoir été observées et décrites. De plus, la distribution d’abondance mise en évidence montre que l’effort de prospection pour accéder à ces éléments rares est colossal.

Un « gobelin » renversé dans le désert de l’Utah

La vague de protestation suite à un événement qui s’est déroulé aux États-Unis, dans l’État de l’Utah, est à nos yeux tout à fait légitime, mais en France la plupart des gens resteront profondément sceptiques.

Dans notre pays, en effet, n’est considéré comme beau ce qui a été façonné par la main des humains, ce qui signifie que quelque chose de naturel, comme une montagne ou une cascade, ne peut pas être beau.

Bien sûr beaucoup de gens diront que c’est beau quand même, mais cela reste un sentiment ; sur le plan culturel, sur le plan intellectuel, il y a une hégémonie totale pour « séparer » « nature et culture. » C’est ainsi le point de vue de l’absolue totalité des professeurs de philosophie en terminale.

Or, aux États-Unis, la Nature est reconnue comme ayant une valeur en soi, comme pouvant donc former des choses qui soient belles. C’est le cas de nombreuses formations rocheuses, dont en l’occurrence les « gobelins » du parc national Goblin Valley State Park.

On trouve là-bas des milliers de ce qui est appelé « Hoodoo » en anglais et des « cheminées de fée » ou encore des « demoiselles coiffées » en français ; ces formations ont 160 millions d’années et la roche en haut de la formation a protégé la roche plus friable, en-dessous, de l’érosion.

On peut visiter le parc, mais également dormir dans des yourtes installées là-bas.

Ce qui s’est passé, c’est qu’un chef boy scout a cassé un de ces gobelins, sous prétexte de protéger les jeunes d’une éventuelle chute du rocher. Sur la vidéo, on le voit cependant content et moqueur, saluant l’autre et rire, etc.

On entend également « Nous avons modifié la vallée des gobelins, une nouvelle vallée est née. »

4 jours après la vidéo mis en ligne, cela ne rigole plus : il y a eu 4 millions de vues, il a reçu des centaines de menaces de mort et il va vraisemblablement y avoir des poursuites par l’État, avec jusqu’à 15 ans de prison au bout.

Les Boy Scouts of America (2,6 millions de jeunes et 1,1 million d’adultes) se sont déjà désolidarisés de lui, au nom du principe de « ne pas laisser de traces » lors des activités menées dans la Nature.

Pour les gens en France, biberonnés à Descartes, cela semblera incompréhensible, ou exagéré, irrationnel, etc. Les arguments sont traditionnels dans notre pays : c’est allemand / américain / anglo-saxon, c’est de la folie, n’importe quoi, etc.

L’idéologie selon laquelle il faudrait « être comme maître et possesseur de la nature » se pose comme « rationnel », à l’opposé d’une humanité qui se « perdrait » en reconnaissant la nature.

Faux athées et catholiques sont ici unis face à l’ennemi « naturaliste. »

Il est pourtant évident que la rationalité, la dignité, l’intelligence sont du côté de ceux et celles n’appréciant pas que des humains égocentriques, anthropocentriques, débarquent et détruisent une roche vieille de 160 millions d’années.

Ce n’est que de la roche peut-être, mais cela montre que ces gens s’affirment comme coupés de la réalité de la planète, de son histoire. Et c’est là qu’est le fond du problème.

D’ailleurs, ces formations rocheuses, qu’on ne les aime ou pas, sont le fruit d’une évolution au sein de notre planète, tout comme nous. Bien sûr la vie compte plus, de par la sensibilité, mais cette roche a évolué elle-aussi, d’ailleurs on l’apprécie, de par ses formes.

On ne reste pas insensible. Autant donc attribuer une valeur à cela !

Les « 10 préceptes de la veganista »

Si le Paris Vegan Day 2013 (voir Paris Vegan Day ou Paris Végétalien Day ?) n’a eu absolument aucun impact dans une société française en crise, l’opération « bobo » de ses promoteurs a été quant à elle parfaitement réussie.

C’est pas moins que « Madame Figaro », revue de droite de la bourgeoisie aisée, conservatrice mais branchée, qui dans son numéro d’hier a célébré le « véganisme », dans un article écrit par pas moins que la « grande » journaliste de mode Alice d’Orgeval.

« Véganisme » entre guillemets parce que, on l’aura compris, il s’agit d’un truc branché de bourgeois bohème, une sorte de petit « plus » féminin pour faire « au courant », sans qu’il n’y ait aucun engagement en rupture avec la société.

La caricature suivante annonce clairement la couleur…

Et le titre est là pour rassurer: le « véganisme », c’est juste un « trend », un truc branché, que l’on peut utiliser comme on veut.

Ce qui a été d’ailleurs le discours du journaliste Aymeric Caron lors de la Paris Vegan Day, où devant un parterre très largement composé de femmes, ce végétarien a expliqué (comme il l’a fait dans son ouvrage « No steak ») qu’il ne fallait pas braquer les gens, pas établir de position morale stricte, que de toutes manières tout le monde cessera spontanément dans le futur de manger des animaux, parce que c’était inévitable, etc. etc.

Bien entendu, ce n’est pas le véganisme par en bas qui est mis en avant, mais les gens « rich and veggie » célèbres, et d’ailleurs bien souvent même pas végans du tout. Faisons comme les riches branchés pour être soi-même branchés si on est riche, et hipster si on veut être « frais » tout de même si on est pauvre…

Les animaux dans tout cela? Ils ne comptent pas, ce qui compte c’est le « trend », et d’ailleurs le « flexitarisme » n’est jamais loin…

Et évidemment on a l’américaine responsable du Paris Vegan Day qui vient développer son discours, que l’on peut résumer en: « un pseudo véganisme par les riches pour les riches. »

Et afin de fournir un manuel pour « branchés », il y a même les « 10 préceptes de la veganista », allusion au mot « fashionista. »

Combien de temps un tel pseudo véganisme pourra-t-il tenir? Pas bien longtemps, le temps d’une mode. Le temps que ces grands bourgeois s’amusent à être branchés et « hip » aux dépens d’une cause morale qui demande abnégation et engagement. Le temps qu’ils discréditent le véganisme, en servant d’agent de l’exploitation animale au sein du mouvement pour les animaux.

Sans doute fallait-il en passer par là, par cette étape où la cause tente d’être récupérée. Mais en attendant que ces gens abandonnent vite fait les « contraintes » et suivent une nouvelle mode, c’est littéralement à vomir!

Tolstoï sur comment le tabac paralyse la conscience

Voici un extrait d’une oeuvre de Léon Tolstoï, Plaisirs vicieux, où il décrit de manière vivante l’action du tabac sur la conscience, comment il amène à contourner la rationalité, pour se plonger dans une terrible torpeur…

Telle est donc la véritable cause de l’usage si répandu des excitants qui empoisonnent le cerveau, et particulièrement du tabac, qui est le narcotique le plus répandu et le plus pernicieux.

Les amateurs du tabac affirment qu’il épanouit l’âme, éclaircit la pensée, distrait et procure un plaisir, mais qu’il n’a pas la propriété, comme l’alcool, de paralyser la conscience.

Mais il suffit d’analyser soigneusement les conditions dans lesquelles le besoin de fumer est particulièrement pressant pour se convaincre que l’engourdissement du cerveau, à l’aide de la nicotine, éteint la conscience, comme l’alcool, et que le besoins de cet excitant est d’autant plus pressant que le désir d’étouffer le remords augmente.

S’il était vrai que le tabac ne fit que procurer un plaisir quelconque et éclaircir les pensées, on n’en éprouverait pas le besoin passionné, dans certaines circonstances nettement définies, et nous ne verrions pas des gens assurer qu’ils seraient plutôt disposés à se priver de nourriture que de tabac.

Le cuisinier dont je parlais a raconté devant le tribunal qu’après être entré dans la chambre à coucher de sa victime, et lui avoir coupé la gorge, lorsqu’il l’avait vue tomber à la renverse en poussant un cri, pendant que le sang coulait à flots, il était resté pétrifié à la pensée de son crime.

« Je n’ai pas eu le courage de l’achever, s’écriait-il ; je suis allé dans le salon, me suis assis et j’ai fumé une cigarette »

Et ce n’est que lorsqu’il eut engourdi son cerveau par la fumée qu’il rassembla ses forces, retourna dans la chambre à coucher et acheva sa victime

Il est évident que sa passion pour le tabac, dans des conditions aussi particulières, était inspirée, non par le désir d’éclaircir ses pensées ou de se procurer quelque joie, mais par la nécessité d’étouffer la voix qui l’empéchait d’achever le crime qu’il avait commencé.

Tout fumeur peut, s’il le veut, remarquer le même besoin, nettement exprimé, d’engourdir ses facultés intellectuelles, dans certains moments critiques de sa vie. Quant à moi, je puis parfaitement bien me rappeler, à l’époque où je fumais encore, les moments où le besoin de fumer était plus pressant, plus tyrannique. Cela arrivait presque toujours dans le cas où je voulais oublier certaines choses, endormir ma pensée.

Parfois, resté seul et oisif, j’avais conscience que je devais travailler, mais tout travail m’était pénible. J’allumais alors une cigarette et je continuais à rester oisif.

Dans d’autres moments, je me rappelais soudainement que j’avais un rendez-vous pour telle heure, mais que j’étais trop attardé ailleurs, et qu’il était trop tard pour y aller. Comme ce manque d’exactitude m’était fort désagréable, je prenais une cigarette et je faisais passer mon dépit dans les spirales de la fumée.

Lorsque je me trouvais dans un violent état d’irritation et que j’avais offensé mon interlocuteur par le ton de mes paroles, alors, tout en ayant conscience que je devais cesser, je continuais et je me mettais à fumer.

Lorsque je jouais aux cartes et perdais plus que je ne l’avais décidé, j’allumais une cigarette et continuais à jouer. Chaque fois que je me mettais dans une fausse position, commettais ou une, erreur ou une action blâmable, et ne voulais pas on convenir, je faisais retomber la faute sur les autres et je me mettais à fumer

Lorsqu’en écrivant un roman ou une nouvelle, j’étais mécontent de ce que j’avais écrit, et avais conscience que je devais cesser le travail commencé, mais que, d’un autre côté, j’avais le désir de le terminer quand même, je prenais une cigarette et je fumais.

Discutais-je quelque question et avais-je conscience que mon contradicteur et moi l’envisagions sous un point de vue différent et que nous ne pourrions, par conséquent, jamais nous comprendre, alors, si j’avais le désir absolu de continuer la discussion malgré tout, j’allumais une cigarette et je continuais à parler.

La propriété caractéristique qui distingue le tabac des autres narcotiques, outre la rapidité avec laquelle il engourdit l’esprit et sa prétendue innocuité, est sa facilité de transport et d’usage

Ainsi l’absorption de l’opium, de l’alcool, du hachich est toujours plus compliquée. On ne peut s’y livrer en tout temps et en tout lieu, tandis que l’on peut transporter du tabac et des cigarettes sans aucun inconvénient.

De plus, le fumeur d’opium et l’ivrogne inspirent le dégoût et l’épouvante, tandis que le fumeur de tabac ne représente rien de repoussant.

Enfin le tabac a encore une propriété qui facilite son usage. Tandis que l’étourdissement que produisent le hachich, l’alcool, l’opium s’étend sur toutes les impressions et toutes les actions reçues ou commises dans un laps de temps relativement long, l’action engourdissant du tabac peut être réglée suivant les nécessités de chaque cas particulier. Désirez-vous, par exemple, commettre une action blâmable ?

Fumez une cigarette, endormez votre intelligence juste autant qu’il faut pour faire ce que vous réprouvez, vous vous trouverez ensuite frais et dispos, vous pourrez parier et penser avec la netteté ordinaire.

Christiane Taubira « dans un arbre après les branches »

C’est un phénomène bien connu en politique à l’extrême-droite : dès que possible, il y a une « animalisation » des gens constituant des cibles.

Depuis plusieurs mois, la ministre italienne de l’Intégration Cécile Kyenge (d’origine congolaise) a par exemple été traitée, y compris par des élus, de « guenon congolaise », d’orang-outan, on lui a lancé des bananes, etc.

Ce dernier phénomène est bien connu des stades de football, surtout dans les pays de l’Est européen.

En France, on a eu droit hier à une inauguration du phénomène, qui n’existait plus publiquement dans la vie politique « reconnue » depuis les années 1930-1940.

Anne-Sophie Leclere, candidate du Front national aux élections municipales à Rethel (Ardennes), a ainsi parlé d’une manière « animalisée » de la ministre de la justice Christiane Taubira.

Elle a raconté dans un reportage diffusé par « Envoyé spécial », passé hier soir sur France 2 :

« je préfère la voir dans un arbre après les branches que la voir au gouvernement comme ça »

A la suite de l’impact de ces propos, Anne-Sophie Leclere s’est empressée d’enlever de son facebook un photomontage montrant Christiane Taubira à côté d’un singe.

Ce qui n’a pas empêché qu’elle explique depuis – il faut s’accrocher pour oser voir comment désormais tout est permis dans notre société chaque jour plus barbare – que :

« Un singe c’est un animal, un noir ça reste un être humain. »

Est-il possible de faire une réponse à la fois aussi stupide, et ignoble ?

[Petit ajout: dans la vidéo diffusée, elle donne une version différente:

« Un singe ça reste un animal, un noir c’est un être humain. »

Ce qui signifie la même chose, mais en accentuant encore davantage la dévaluation des animaux.]

Cette histoire n’est pas sans rappeler une affiche lancée lors de la « manif pour tous », affiche non officielle mais ô combien révélatrice de la tendance.

Nous avions d’ailleurs déjà constaté l’annonce de ce processus d’animalisation ouverte (voir: « Je suis un âne j’ai voté Hollande » ainsi que « Y’aurait-il que les vaches qui peuvent être inséminées? »).

On peut être certain qu’on est là qu’à un début. Lorsque la tendance est à la recherche justement de « bouc-émissaires », alors il y a une dévaluation des victimes. C’est le principe du social-darwinisme.

Il y a quelques temps, on avait droit à un mouvement d’entrepreneurs protestant contre des impôts et expliquant qu’ils ne sont pas des « pigeons. » Hier, nous parlions des ouvriers qui, par incompréhension de la réalité, expliquaient qu’ils ne voulaient pas être comme des cochons allant à l’abattoir.

Au lieu de la solidarité, on a une course en avant appelant à liquider ceux et celles qui sont « plus bas », des « boucs-émissaires. »

Procéder à « l’animalisation » des personnes à sacrifier est donc dans ce cadre un procédé idéologique qui apparaît comme inévitable, puisque les animaux sont censés être de moindre valeur, nuisibles éventuellement, etc., et donc sacrifiables.

On a là une mentalité particulièrement guerrière, qui va inévitablement provoquer de très grands troubles dans le mouvement (en général) pour les animaux, qui est très largement composé de femmes, et donc éloigné de sorties virilistes de ce type.

Même si comme on le voit dans le cas d’Anne-Sophie Leclere, les femmes ne sont nullement imperméables à de telles démarches, de telles idéologies.

Que vont faire les personnes qui soutiennent les animaux face à une telle tendance à « l’animalisation » ? Eh bien il n’y a pas le choix : il faut saisir les racines du problème et voir qu’à partir du moment où l’exploitation animale est un système en place, les animaux seront toujours culturellement des marchandises, des êtres « secondaires », etc.

L’abattoir Gad et le « pacte d’avenir » ministériel

Comme le 15 octobre c’était l’Aïd-el-Kébir, il y a eu de nouveau une campagne contre l’abattage rituel, de la part de l’extrême-droite surtout.

Mais jamais l’hypocrisie de ce combat partiel n’aura autant sauté aux yeux. En effet, nous avions parlé il y a deux semaines de François Hollande promettant des centaines et des centaines de millions d’euros aux éleveurs, chaque année (Sommet de l’élevage : un milliard d’euros par an en soutien aux éleveurs).

Mais à cela s’ajoute la question des abattoirs bretons, un vaste mouvement contre des fermetures ayant lieu depuis plusieurs jours. Une réunion de crise a été organisée hier par le premier ministre Ayrault, avec carrément treize ministres !

Un « pacte d’avenir » va être organisé d’ici la fin de l’année, et en attendant il a été décidé, pour pallier à l’urgence :

– un déblocage de 15 millions d’euros afin de pouvoir « aider » les entreprises agroalimentaires ;

– la reprise par la communauté de communes de Landivisiau (Finistère) du site de l’abattoir Gad de Lampaul-Guimiliau.

Comme on le voit l’exploitation animale est portée à bout de bras. On voit bien ici que les luttes partielles concernant les abattages rituels ou bien le « bien-être », de Brigitte Bardot à L214, dévient la lutte, qui doit porter précisément sur ce point.

Nous avions parlé, lors de la grande grève américaine des fast-foods tout récemment, de la capacité de révolte des gens de ce secteur.

Citons ici un article du quotidien Libération exprimant la détresse sociale suite à la fermeture de l’abattoir, mais aussi, et c’est vital de le souligner, de son existence qui a brisé les ouvriers :

Le visage marqué, «cassés par des années de travail», les salariés de l’abattoir Gad de Lampaul-Guimiliau, dans le Finistère, ne se font «aucune illusion» sur leur avenir après l’annonce de la fermeture de leur usine.

«Je vais aller voir un employeur et lui dire que ça fait 20 ans que je découpe de la viande… Le gars il va me dire au revoir», tempête Martial, un salarié de l’abattoir situé à moins de 300 mètres de la mairie de la petite commune, à l’entrée de laquelle une pancarte prévient le visiteur: «Crise porcine + fermeture d’usine = mort du Finistère».

«Je suis arrivé frais comme un gardon il y a 20 ans et je repars physiquement détruit», assure cet homme de 44 ans aux traits tirés.
(…)

Le drame est décuplé quand, comme c’est parfois le cas, les deux membres d’un couple travaillent à l’abattoir et perdent simultanément leurs moyens de subsistance.

«Je rencontre tous les jours des gens qui pleurent dans la rue, et pas que des salariés» de l’abattoir, témoigne Jean-Marc Puchois, maire sans étiquette de la jolie commune de 2.000 habitants qui a vu naître dans les années 1950/60 l’entreprise Gad, premier employeur privé de la Communauté de communes du pays de Landivisiau (32.000 habitants et 19 communes).

«C’est un véritable gâchis de supprimer un tel outil», s’insurge l’élu, expliquant que l’abattoir se trouve «dans un des bassins de production porcine les plus importants de France avec deux millions de cochons dans un rayon de 20 km».

(…)

A titre d’exemple, un an après le licenciement de quelque 900 salariés du volailler Doux, et malgré les promesses des responsables politiques, à peine 10% d’entre eux ont retrouvé un emploi, selon les syndicats du groupe en redressement judiciaire.

On se doute bien que pour ces ouvriers, dont c’est la subsistance même est en jeu, quelque chose comme le « Paris vegan day » n’existe même pas et l’existence même d’une telle chose fait passer le véganisme pour un truc de bobo parisien payant dix euros pour entrer dans un salon de shopping branché.

Il est facile de voir le décalage, et il est logique de penser que quand une industrie comme l’exploitation animale est aussi forte, on ne peut pas arriver et exiger un changement individuel, alors qu’il faut assumer de modifier toute une production, expliquer le projet concrètement… Cela exige une grande responsabilité, une capacité de trouver des perspectives.

La morale est essentielle, mais si elle ne peut pas se transformer en réalité, c’est vain. Mais il est facile de voir que pour certaines personnes, le véganisme n’est qu’un existentialisme coupé de toute exigence de lutte et de perspective de changement total (Le véganisme deviendra-t-il en France un existentialisme ?).

Et comme déjà dit, le système se casse la gueule. Ainsi, un salaire minimum va sans doute être établi très vite en Allemagne dans les abattoirs, à 8,5 euros de l’heure, au lieu de 3-4 euros.

Les ouvriers de ce secteur viennent des pays de l’Est et non seulement ne gagnent pratiquement rien, mais en plus vivent dans des conditions d’insalubrité et de surpopulation, avec bien évidemment des conditions de travail terribles.

La condition des ouvriers d’abattoir est une horreur psychologique, culturelle et sociale et les ouvriers des abattoirs de GAD ne peuvent pas s’en sortir individuellement, ils doivent briser le système dont eux-mêmes sont victimes.

C’est là toute la contradiction qu’ils leur restent à comprendre et exprimée sur cette pancarte : « Salariés roués de promesses et abattus comme des porcs bravo Prestor. »

En ne comprenant pas la nature de l’exploitation animale, les ouvriers des abattoirs sont devenus un rouage de celle-ci, et y sont écrasés dans une même logique de profit et de mort.

« On y trouve les fèves, la marjolaine, la violette, la sauge… »

Être coupé du reste de la Nature est insupportable à tout être vivant. Aussi est-il intéressant de voir comment la question du jardin a pu être comprise au 19e siècle, comme ici par Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879), dans son Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle.

Viollet-le-Duc avait en effet une vision romantique, idéalisant le passé; restaurateur, il est à l’origine du courant qualifié de vandalisme restaurateur, car restaurant des choses qui n’ont pu en fait jamais exister, juste afin de se conformer à l’idée qu’on pouvait en avoir.

La manière qu’il a de présenter ici le « jardin » en tant que concept dans la France du 11e au 16e siècle montre ce qu’il voit d’intéressant: la dimension pittoresque, l’aspect fondamentalement utile. C’est une vision extrêmement restreinte, particulièrement parlante.

JARDIN

s. m. Cortil, courtil, gardin. Dans les bourgs et les villes même (principalement celles des provinces du Nord), beaucoup de maisons possédaient des jardins. Il est fait mention de jardins dans un grand nombre de pièces des XIIe et XIIIe siècles; et souvent, derrière ces maisons, dont les façades donnaient sur des rues étroites et boueuses, s’ouvraient de petits jardins.

L’amour pour les jardins et les fleurs a toujours été très-vif parmi les populations du nord de la France, et les fabliaux, les romans, sont remplis de descriptions de ces promenades privées.

Pour les châteaux, le jardin était une annexe obligée; il se composait toujours d’un préau gazonné, avec fontaine lorsque cela était possible, de berceaux de vignes, de parterres de fleurs, principalement de roses, fort prisées pendant le moyen âge, d’un verger et d’un potager. Si l’on pouvait avoir quelque pièce d’eau, on y mettait des cygnes et du poisson (1).

Des paons animaient les pelouses, et les volières étaient une des occupations favorites des dames. Les intendants de Charlemagne devaient nourrir des paons sur ses domaines (2); la liste des plantes dont on devait orner les jardins est même donnée tout au long (3).

On y trouve les lis, les roses, quantité de plantes potagères; le pommier, le prunier, le châtaignier, le sorbier, le néflier, le poirier, le pêcher, le coudrier, l’amandier, le mûrier, le laurier, le pin, le figuier, le noyer et le cerisier.

Dans le Ménagier de Paris (4), il est fait mention de toutes les plantes potagères et d’agrément que l’on doit cultiver dans les jardins.

On y trouve les fèves, la marjolaine, la violette, la sauge, la lavande, la menthe, le panais, l’oseille, les poireaux, la vigne, le chou blanc pommé, les épinards, le framboisier, la joubarbe, la giroflée, le persil, le fenouil, le basilic, la laitue, la courge, la bourrache, la follette, les choux-fleurs, les brocoli, l’hysope, la pivoine, la serpentine, le lis, le rosier, le groseillier, les pois, le cerisier, le prunier, etc.

L’auteur ne se contente pas de donner une simple nomenclature, il indique la manière de planter, de semer, de soigner, de fumer, de greffer ces plantes; les méthodes employées pour détruire les fourmis, les chenilles, pour conserver les fruits, les légumes et même les fleurs en hiver.

Dans la campagne, les jardins étaient entourés de haies ou de palis, quelquefois de murs; les allées étaient déjà, au XVe siècle, bordées de huis.

Le tracé de ces jardins ressemblait beaucoup à ces plans que nous voyons reproduits dans les œuvres de Du Cerceau (5), c’est-à-dire qu’ils ne se composaient que de plates-bandes séparées par des allées et de grandes pelouses quadrangulaires (préaux) entourées d’arbres et de treilles formant ombrage.

Les abbayes possédaient de magnifiques jardins avec vergers, qui étaient souvent, pour ces établissements religieux, une source de produits considérables.

Les moines faisaient exécuter des travaux importants pour y amener de l’eau et les arroser au moyen de petits canaux de maçonnerie ou de bois.

Tel monastère était renommé pour ses pommes ou ses poires, tel autre pour ses raisins ou ses prunes; et, bien entendu, les religieux faisaient tout pour conserver une réputation qui augmentait leur richesse.

1 : De ornatu mundi, poëme de Hildebert.

2 : Capitularia, éd. de Baluze, t. I, ch. CCCXXXVII.

3 : Ch. CCCXLI et CCCXLII.

4 : Composé, vers 1393, par un bourgeois parisien. Publ. par la Société des bibliophiles français. T. II, p. 43 et suiv.

5 : Des plus excellens bastimens de France.

 

Stop vivisection: campagne pour atteindre le million de signatures d’ici deux semaines

Il existe une campagne européenne visant à rassembler un million de signatures à une pétition exigeant que l’Union Européenne abroge la directive 2010/63/UE.

Il y a 867 049 signatures à ce jour, et il reste deux semaines pour atteindre le million !

De notre côté, nous ne pensons pas que ce genre d’initiatives changera quoi que ce soit, étant donné que la vivisection fait partie de tout un système économique, et sert à une sorte de légitimation pseudo-scientifique.

Cependant, il y a des gens considérant que c’est un moyen de mener campagne, de mobiliser des personnes ici et là, peut-être comme un premier pas.

D’ailleurs, l’attitude militante change dans chaque pays. Ainsi, pas moins de 527 943 signatures viennent d’Italie, un chiffre énorme, fruit d’une mobilisation très importante sur ce plan.

Mais inversement, seulement 6 576 viennent d’Autriche, pays où la scène végane est très forte et dispose de nombreux relais, ou encore seulement 6 722 signatures ont été faites en Suède. Cela dépend de la valeur accordée à ce projet, de l’importance du thème dans les démarches militantes, de l’écho dans le pays, etc.

En France, il y a déjà eu 52 822 signatures, sur les 55 000 demandées pour la France. C’est un résultat assez fort, que l’on peut interpréter bien sûr de différentes manières.

En tout cas, pour signer, c’est par ici : stopvivisection.eu/fr

Et voici la présentation du projet :

STOP VIVISECTION donne la possibilité aux citoyens d’exprimer leur NON à l’expérimentation animale et d’exiger de l’Union européenne un parcours scientifique avancé, protégeant les droits des êtres humains et des animaux.

Grâce à l’Initiative citoyenne, avec 1 million de signatures, les citoyens européens peuvent prendre part à l’élaboration des politiques de l’Union européenne.

Nous demandons instamment à la Commission européenne d’abroger la directive 2010/63/UE relative à la protection des animaux utilisés à des fins scientifiques et de présenter à la place une nouvelle proposition de directive visant à mettre fin à l’expérimentation animale et de rendre obligatoire, pour la recherche biomédicale et toxicologique, l’utilisation de données pertinentes pour l’espèce humaine.

Qu’est-ce-que STOP VIVISECTION

L’article 13 du Traité sur le Fonctionnement de l’Union européenne affirme que « l’Union et les États membres tiennent pleinement compte des exigences et du bien-être des animaux en tant qu’êtres sensibles ».

Cette reconnaissance officielle porte en elle une obligation morale de respecter les droits fondamentaux des animaux lesquels devraient en conséquence être reconnus comme une priorité par l’Union européenne et ses États membres et protégés par un cadre législatif communautaire cohérent. De ce point de vue, l’expérimentation animale (ou vivisection) est sans aucun doute une pratique inacceptable, dans la mesure où elle impose une douleur et une souffrance illimitées à des êtres sensibles et sans défense.

Aux raisons éthiques (partagées par 86% des Européens d’après un sondage de 2006 de la Commission européenne) s’ajoute l’appel de plus en plus pressant de la communauté scientifique qui affirme que le « modèle animal », n’ayant pas de portée prédictive pour « l’homme », est sans valeur scientifique; il n’existe d’ailleurs aucune preuve statistique qui démontre son efficacité et sa fiabilité. Compte tenu de tout cela, la pratique de l’expérimentation animale représente:

– un danger pour la santé humaine et l’environnement,
– un frein pour le développement de nouvelles méthodes de recherche biomédicale basées sur les extraordinaires progrès scientifiques de notre époque,
– un obstacle à la possibilité d’obtenir des réponses bien plus fiables, complètes, rapides et économiques fournies par les nouvelles technologies réellement pertinentes pour l’homme.

Compte tenu de ce qui précède, nous soussignés, citoyens européens, faisons appel à la Commission européenne afin d’abroger la Directive 2010/63/EU (dite « pour la protection des animaux utilisés à des fins scientifiques ») en présentant une nouvelle proposition de directive visant à mettre fin définitivement à l’expérimentation animale et à rendre obligatoire, pour la recherche biomédicale et toxicologique, l’utilisation de données spécifiques pour l’espèce humaine, au lieu de données issues de l’animal.

Pourquoi STOP VIVISECTION

L’initiative STOP VIVISECTION est née à la suite de nombreuses et vibrantes protestations de citoyens concernant l’approbation de la Directive 2010/63/EU (sur « la protection des animaux utilisés à des fins scientifiques « ).

Cette directive n’a pas ouvert la voie de l’élimination de toutes les formes de tests sur les animaux telle que requise par les traités européens, en vertu desquels les politiques européennes devraient prendre pleinement en compte les besoins et le bien-être des animaux en tant qu’êtres sensibles. En outre, l’expérimentation animale est un grave danger pour la santé humaine dans la mesure où les tests sur les animaux n’ont pas de valeur prédictive pour l’homme et ralentissent le développement de nouvelles méthodes de recherche biomédicale.

STOP VIVISECTION étape par étape

Depuis le 1er Avril 2012, grâce à l’initiative citoyenne avec un million de signatures, les citoyens européens peuvent participer en personne à l’activité législative de l’Union européenne. Avec ce nouvel outil, la Commission européenne est tenue d’analyser les demandes des citoyens dans les trois mois suivant le dépôt des signatures nécessaires, en organisant une audition publique du comité organisateur et en publiant par la suite une communication expliquant de quelle manière elle entend intervenir.

Le 25 avril 2012 Inscription du texte de l’initiative STOP VIVISECTION au registre de la Commission européenne

Le 22 juin 2012 Confirmation de l’enregistrement par la Commission européenne

1er novembre 2013 Clôture de la collecte des signatures

Début 2014 (date indicative) Audition publique au Parlement européen et communication de la réponse de la Commission européenne

« en son graduel développement, n’ait entre autres destinées celle de renoncer à manger des animaux »

Henry Thoreau (1817-1862) est un écrivain ayant eu dans son pays, les Etats-Unis d’Amérique, une importance culturelle capitale. C’est lui qui a formulé les bases de la tradition américaine qu’on peut qualifier de naturaliste, de hippie, etc. Extrêmement cultivé, Thoreau a défendu la valeur de la Nature, refusant un pseudo progrès qui se couperait d’elle.

Voici ce qu’il raconte dans le très célèbre écrit « Walden », du nom d’un étang près duquel il a vécu pendant deux ans, deux mois et deux jours, dans une cabane. Pour lui, il est inévitable que l’humanité reconnaîtra la Nature et partant de là refusera de mettre à mort des êtres vivants. C’est une question de civilisation.

Cependant, et c’est une question importante, que Thoreau expose également un rapport « sobre » à la nourriture. En fait, c’est le cas d’une très nombreuse part des principaux philosophes.

La démarche du Paris Vegan Day est inverse d’eux: ces philosophes exposent l’importance de se nourrir sainement, sans sombrer dans une sorte de course folle à la sophistication vaniteuse. Il faut avoir du recul, ce qui ne veut pas dire que l’alimentation ne peut pas être bonne ou élaborée! Et en France c’est d’importance, de par un rapport clairement irrationnel qui existe avec la nourriture.

Je me suis aperçu à plusieurs reprises, ces dernières années, que je ne sais pêcher sans descendre un peu au regard du respect de soi-même. J’en ai fait et refait l’expérience.

J’y montre de l’adresse, et, comme beaucoup de mes confrères, un certain instinct, qui se réveille de temps en temps, mais toujours la chose une fois faite je sens qu’il eût été mieux de ne point pêcher ?

Je crois ne pas me tromper. C’est une faible intimation, encore que telles se montrent les premières lueurs du matin.

Il y a incontestablement en moi cet instinct qui appartient aux ordres inférieurs de la création ; toutefois chaque année me trouve-t-elle de moins en moins pêcheur, quoique sans plus d’humanité, voire même de sagesse ; pour le moment je ne suis pas pêcheur du tout.

Mais je comprends que si je vais habiter un désert je me verrais de nouveau tenté de devenir pêcheur et chasseur pour tout de bon. D’ailleurs il y a quelque chose d’essentiellement malpropre dans cette nourriture comme dans toute chair, et je commençais à voir où commence le ménage, et d’où vient l’effort, qui coûte tant, pour montrer un aspect propre et convenable chaque jour, pour tenir la maison agréable et exempte de toutes odeurs, tous spectacles fâcheux.

Ayant été mon propre boucher, laveur de vaisselle, cuisinier, aussi bien que le monsieur pour qui les mets étaient servis, je peux parler par expérience, expérience particulièrement complète.

L’objection pratique à la nourriture animale dans mon cas était sa malpropreté; en outre, lorsque j’avais pris, vidé, fait cuire et mangé mon poisson, il ne me semblait pas qu’il m’eût essentiellement nourri.

Insignifiant et inutile, cela coûtait plus que cela ne valait. Un peu de pain ou quelques pommes de terre eussent rempli le même office, avec moins de peine et de saleté. Comme nombre de mes contemporains, j’avais, au cours de maintes années, rarement usé de nourriture animale, ou de thé, ou de café, etc. ; non pas tant à cause des effets nocifs que je leur attribuais, que parce qu’ils n’avaient rien d’agréable à mon imagination.

La répugnance à la nourriture animale est non pas l’effet de l’expérience, mais un instinct.

Il semblait plus beau de vivre de peu et faire mauvaise chère à beaucoup d’égards; et quoi que je ne m’y sois jamais résolu, j’allai assez loin dans cette voie pour contenter mon imagination. Je crois que l’homme qui s’est toujours appliqué à maintenir en la meilleure condition ses facultés élevées ou poétiques, a de tous temps été particulièrement enclin à s’abstenir de nourriture animale, comme de beaucoup de nourriture d’aucune sorte (…).

Il est mal aisé de se procurer comme d’apprêter une nourriture assez simple et assez propre pour ne pas offenser l’imagination ; mais cette dernière je crois, est à nourrir, lorsqu’on nourrit le corps ; l’un et l’autre devraient s’asseoir à la même table. Encore ceci se peut-il faire.

Les fruits mangés sobrement n’ont pas à nous rendre honteux de notre appétit, plus qu’ils n’interrompent les dignes poursuites. Mais additionnez d’un condiment d’extra voter plat, qu’il vous emprisonnera. Vivre de riche cuisine ! Le jeu n’en vaut pas la chandelle.

Il n’est guère d’hommes qui ne rougiraient de honte s’ils étaient surpris préparant de leurs mains tel dîner, soit de nourriture animale, soit de nourriture végétale, que chaque jour autrui prépare pour eux. Tant qu’il n’en sera autrement, cependant, nous ne sommes pas civilisés, et tout messieurs et dames que nous soyons, ne sommes ni de vrais hommes ni de vraies femmes.

Voilà qui certainement inspire la nature du changement à opérer. Il peut être vain de demander pourquoi l’imagination de ne se réconciliera ni avec la chair ni avec la graisse. Je suis satisfait qu’elle ne le fasse point.

N’est-ce pas un blâme à ce que l’homme est un animal carnivore ? Certes, il peut vivre, et vit, dans cette vaste mesure en faisant des autres animaux sa proie ; mais c’est une triste méthode, – comme peut s’en apercevoir quiconque ira prendre des lapins au piège ou égorger des agneaux, – et pour bienfaiteur de sa race on peut tenir qui instruira l’homme dans le contentement d’un régime plus innocent et plus saint.

Quelle que puisse être ma propre manière d’agir, je ne doute pas que la race humaine, en son graduel développement, n’ait entre autres destinées celle de renoncer à manger des animaux, aussi sûrement que les tribus sauvages ont renoncé à s’entremanger dès qu’elles sont entrés en contact avec de plus civilisées.

Paris Vegan Day ou Paris Végétalien Day ?

On peut franchement se demander pourquoi le Paris Vegan Day s’appelle ainsi. En fait d’ailleurs on le sait : c’est un projet fait par des américains à Paris, et le mot « vegan » en anglais veut dire végétalien en français.

Donc en fait on ne doit pas s’étonner qu’au Paris Vegan Day hier, il y ait finalement eu l’interdiction de rentrer avec des chiens, contrairement à ce qui avait été prévu et dans une décision tombant subitement.

C’est un exemple de plus de la nullité d’un tel projet et de la faiblesse des gens simplement attirés par la nourriture afin de satisfaire leur plaisir égoïste. Laisser des chiens dehors dans le froid ? C’est exactement comme laisser un chat dehors comme le font les gens du restaurant végétalien MOB situé dans la Cité de la mode où a eu lieu le Paris Vegan Day.

C’est intolérable de la part de gens qui veulent la libération animale… Mais le Paris Vegan Day a-t-il un rapport avec la libération animale ? La réponse est non.

Un véritable festival vegan tournerait non pas autour des humains, mais autour des animaux. La part belle doit être faite aux associations aidant directement les animaux en pratique, c’est-à-dire les refuges.

A côté de cela, il doit y avoir en second le soutien aux personnes emprisonnées pour leur participation au mouvement de la libération animale. C’est une question d’identité, et mieux vaut un ouvrier rebelle idéaliste comme Walter Bond, à compter qu’on le considère comme tel, que n’importe quel bobo prétendant mener une vie auto-suffisante en plein milieu de l’écocide et des meurtres de masse d’animaux.

Ce qui manquait au Paris Vegan Day, c’est l’esprit. C’est une question d’âme, et l’âme du véganisme ce ne sont pas les humains, c’est la réalité sensible des animaux. Rejeter des chiens c’est quelque chose d’indigne, c’est accepter un compromis avec un ordre dominant intolérable.

Mais parlons un peu des résultats, parce que c’est cela qui sert d’argument. Les résultats sont d’une médiocrité affligeante.

Ainsi, le 5 octobre, il y avait la traditionnelle manifestation contre la fourrure, marquée l’année dernière par la présence de gens d’extrême-droite, dont le futur meurtrier de Clément Méric.

Les organisateurs avaient promis de faire le ménage dans les revendications, ce qui a été fait, mais ce qui n’a pas empêché la présence de la principale activiste du groupe du meurtrier de Clément Méric, qui est une amie appréciée apparemment !

Mais voyons surtout que cette manifestation du 5 octobre à Paris et Marseille, appelée désormais « Laissons leur peau aux animaux » et organisée en partenariat avec le Paris Vegan Day, n’a eu strictement aucun impact médiatique.

Il n’y a eu au mieux que de misérables brèves ici ou là, malgré la présence d’une liste interminable d’associations signataires… et malgré que la production de fourrure est repartie massivement à la hausse ces dernières années.

De la même manière, le Paris Vegan Day n’a en rien débordé la sphère des personnes véganes ou végétariennes… Il n’y a pas d’impact médiatique, il n’y a pas d’ouverture vers des gens progressistes susceptibles d’être proches, il n’y a pas de prise de position politique ou culturelle…

Il y a simplement la satisfaction humaine que l’association d’événementiel vegan « Paris Vegan Days » a réussi à organiser un « Paris Vegan Day » aseptisé, sans radicalité, complaisant avec l’anthropocentrisme maquillé, et c’est une honte, derrière la question de la nourriture.

Philosophiquement, le Paris Vegan Day est une honte anthropocentrique.

C’est la démonstration de comment le véganisme peut se transformer en son contraire, en culte de l’individu humain moraliste, en lieu et place de la planète comme lieu de la vie et du véganisme comme acceptation par l’humanité de sa non-supériorité.

Esprit commercial, végétalisme passif et consommateur, absence de la libération animale… A quoi sert le Paris Vegan Day, à part permettre à une poignée de bourgeois de se faire de l’argent et de vivre un véganisme branché ?

Le froid arrive et les refuges appellent au soutien

Nous parlions récemment du restaurant parisien bobo « MOB », qui se situe d’ailleurs en pleine Cité de la mode où se déroule le Paris Vegan Day aujourd’hui.

Il y a comme « client » systématiquement refoulé par les serveurs de ce restaurant un pauvre chat à la queue coupée, qui erre sur les quais des bords de la Seine. Avec le froid, il cherche la chaleur, mais pour autant il se fait jeter de ce restaurant, sans que ne lui soit donné ne serait-ce que de l’eau !

La situation de ce pauvre chat est celle de bien des chats SDF, qui doivent affronter la vague de froid qui arrive, et se font jeter souvent, aider parfois.

Tout comme des humains se retrouvent à la rue parce que considérés comme des « bons à rien » par une société égoïste, il y a ces animaux livrés à eux-mêmes, car abandonnés. Et qui pourra croire que la compassion pour ces chats s’oppose à celle pour les SDF ? L’indifférence de la société à l’égard des uns et des autres est la même.

Il y a donc lieu de se préoccuper des chats SDF, mais pas seulement : les refuges appellent naturellement au soutien.

Les besoins varient, mais généralement cela consiste surtout en des plaids et des couvertures.

Mais les appels peuvent également consister en une demande de matériel spécifique, comme des cartons, des boîtes en polystyrène, etc.

Il faut se renseigner localement, et ce qui est intéressant c’est qu’en passant le message, on peut toucher un large monde et ainsi contribuer à diffuser la culture du soutien aux refuges.

Dans ce genre de situation, n’importe qui peut aider, et il faut le faire. Trop souvent, on se dit : les gens ne feront rien, je vais faire les choses moi-même.

A court terme, c’est sans doute très juste. A moyen et surtout à long terme, on ne peut qu’être submergé. D’où l’importance d’avoir une capacité de diffuser l’information, de centraliser les aides.

Plus on a de contacts, plus on peut trouver quelqu’un qui a la capacité, le temps et la volonté de donner un coup de main. Plus il y a de contacts, plus il y a quelqu’un qui connaît quelqu’un qui connaît quelqu’un…

Un tel connaît un plombier qui peut intervenir en catastrophe si le froid a brisé une conduite, un autre dispose d’une camionnette pour transporter rapidement des couvertures fournies par d’autres…

Les possibilités sont très nombreuses, tout est une question de combinaison savamment menée.

Mais, bien sûr, cela n’est réellement possible que s’il y a continuité. Il faut montrer qu’on est là sur le long terme pour gagner la confiance, pour garantir qu’on est pas des manipulateurs ou des escrocs !

Et derrière, il faut diffuser l’information comme quoi l’aide a été utile, afin de galvaniser, de mobiliser tout azimut et sur le long terme !

De la même manière, il y a plein d’initiatives possibles pour marquer le coup et rassembler, comme organiser une brocante, une tombola… Il y a toujours des gens pour donner ici un coup de main ou différents objets.

Tout cela demande un peu d’organisation, du travail local et une continuité… dans un esprit d’abnégation !

S’ancrer dans la réalité locale est nécessaire !

La société française deviendra-t-elle végane un jour ? C’est la grande question que doit se poser toute personne végane, en pensant : oui, et il faut travailler pour cela.

Travailler pour cela ne veut dire pas « témoigner » à travers des tables de presse, des happenings (des gens nus dans des barquettes, des gens déguisés en animaux, des gens s’aspergeant de sang, etc.), des « marches », des rassemblements, des pétitions, etc.

Parce que ce genre de démarche se développe hors de la société française, de son histoire, de sa culture, de sa réalité sociale. S’adresser aux « individus » n’a pas de sens, il faut au contraire voir la réalité sociale et les possibilités qui existent.

Travailler pour cela ne veut dire pas non plus espérer que les choses se déroulent d’elles-mêmes, que l’on va « naturellement » vers le véganisme à grande échelle. Chaque jour les choses prouvent le contraire.

Les riches et les bobos ont leur magasin bio, mais le véganisme reste fermement rejeté en France, il n’est que toléré comme végétalisme branché à la « Paris Vegan Day. »

Car nous sommes en France ! Et on ne peut pas dire qu’on veut le véganisme en France et faire comme si la situation était pareille dans tous les pays. L’exploitation animale a ses traditions, ses valeurs, qui sont différentes dans chaque pays, tout comme l’importance de telle ou telle industrie.

Preuve en est le récent discours de François Hollande annonçant des centaines et des centaines de millions d’euros chaque année pour l’élevage (voir Sommet de l’élevage : un milliard d’euros par an en soutien aux éleveurs), ou encore le développement du foie gras comme « spécialité nationale. »

Si l’on ne prend pas cela en considération, comment avancer ?

Cela est d’autant plus vrai dans un contexte de crise économique. Ainsi, s’il est possible de créer son petit environnement végan en Angleterre ou en Autriche dans les grandes villes, ce n’est pas possible en France, où vraiment rien n’avance tant que les failles n’ont pas été trouvées.

Et les échecs amènent des gens à se précipiter dans le populisme d’extrême-droite, par désespoir, avec l’illusion que la situation changerait dans le bon sens. Voilà une réalité qui ajoute à la complexité de la chose.

Alors, que faire ? Eh bien faire en sorte que les activités militantes n’existent pas « en général », mais en s’appuyant sur le terrain local et avec la compréhension des problèmes actuels des gens.

On ne peut pas promouvoir le véganisme pareillement à Marseille, Paris, Nevers ou Le Havre ! A part sur quelques points justement fondamentaux, comme le véganisme et la libération animale, le soutien aux refuges… qui forment notre identité.

Mais dans le feu de l’action locale, il faut partir de la réalité des gens. Il faut donc enquêter et voir quelles perspectives sont possibles, quels points d’accroches il y a. Sinon on en arrive à des aberrations comme celle d’individus s’imaginant qu’arriver avec une pancarte « fermons les abattoirs » sur un carrefour fera changer les choses…

Sinon on en arrive à l’erreur de penser qu’on peut penser « au-dessus » des gens, à coups de pétitions auprès des institutions, à coup de racolage par l’intermédiaire de « stars »…

Or, on ne peut pas passer au-dessus de la tête des gens ! Si le véganisme n’est pas une véritable perspective, il reste dépendant de la « bonne volonté », et restera toujours marginal ! S’ancrer dans la réalité locale est nécessaire !