• Emmanuel Macron baisse de moitié le prix du permis de chasse national

Emmanuel Macron baisse de moitié le prix du permis de chasse national

Il fallait suivre d’une oreille attentive l’interview d’Emmanuel Macron dimanche soir, parce que, mine de rien, ce jeune président est devenu le fer de lance de la France des chasseurs. Nous avons parlé régulièrement ces derniers temps de son soutien unilatéral à ces derniers, et notamment à la chasse à courre.

Il était nécessaire donc voir comment il cadrerait son positionnement à ce sujet, parce qu’il faut bien savoir comment réfléchir à ses actions à ce sujet. Or, le choix a été fait par Emmanuel Macron, lors de cette interview, de ne pas parler d’écologie.

C’est là un signe qui ne trompe pas. En 2018, dans une très longue interview (un peu plus de deux heures trente!), ne pas aborder la question de l’écologie, c’est un choix d’une importance à la fois capitale et cynique.

Il n’y a nul besoin de forcément apprécier Raphael Glucksmann pour saisir la juste valeur de son message résumant parfaitement l’horreur d’un tel oubli.

On remarquera par ailleurs, et c’est tout aussi parlant, qu’il n’a plus plus été question d’écologie lors de l’interview accordé à Jean-Pierre Pernaut, ce fameux représentant médiatique de la France profonde, l’interview se déroulant pour cette raison même dans un village de l’Orne.

Cela signifie une chose très claire : celui qui se moquait de Donald Trump en disant « make our planet great again » n’en a rien à faire. Et, dans le contexte actuel, cela signifie par conséquent faire un signe absolument clair aux chasseurs et à tous les partisans du terroir.

Si Nicolas Hulot avait un semblant de dignité, il devrait clairement démissionner maintenant, car le symbole est immense.

En arrière-plan, donc, de cette ligne assumée désormais publiquement, il y a la modification du permis de chasse. Cette modification date d’un choix fait lors d’une rencontre à l’Elysée, le 15 février, d’Emmanuel Macron le président des chasseurs à l’échelle nationale, Willy Schraen, de son conseiller politique Thierry Coste, conseiller politique de la FNC ainsi que de François Patriat, sénateur de la Côte-d’Or.

Cette modification fait passer le permis national de 400 euros à 200 euros, une mesure qui s’appliquera au 1er juillet 2019 et qui va, selon Thierry Coste, relancer l’accès des jeunes à la chasse.

« Nous avons beaucoup de personnes, âgées de 30-40 ans, qui n’ont pas toujours de gros moyens et veulent pouvoir exercer leur passion à plusieurs endroits en France.

Le permis national permet de chasser partout mais était très cher, alors que le permis départemental est plus accessible, mais ne permet pas d’exercer partout. Cela va donc être attrayant pour les jeunes générations. »

Thierry Cabanes, président de la fédération départementale de chasse du Tarn-et-Garonne, explique de la même manière :

« Le permis à 200 euros c’est la mesure phare. Avec cette mesure, on ramène la chasse au peuple et on rend la chasse accessible aux jeunes chasseurs qui ont de faibles moyens.

Pour 200 euros, le chasseur va pouvoir chasser partout en France, sortir de sa commune, de son département. ça va créer un nomadisme extraordinaire.ça va aussi créer du tourisme pour les gîtes, les restaurants… »

On notera qu’à cela s’ajoute que les chasseurs comptent bien que l’examen de passage du permis puissent avoir désormais lieu le week-end, le soir , durant les congés, etc.

De plus, les chasseurs exigent une “gestion adaptative”, c’est-à-dire le droit de chasser certaines espèces si un bilan établit qu’une espèce menacée est dans une meilleure situation…

Emmanuel Macron soutient ainsi directement le renforcement de la base des chasseurs. Mais ce n’est pas tout : il renforce leur institutionnalisation.  D’ailleurs, on notera que l’assemblée générale de la Fédération nationale de la chasse à Lyon les 21 et 22 mars 2018 qui a validé le changement de prix s’est tenu… dans le cadre du conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes.

Pour saisir cette institutionnalisation, il faut pour cela comprendre la différence entre le permis national et le permis départemental. On devine, évidemment, qu’un permis permet de chasser dans tout le pays, l’autre seulement dans un département. Voici un exemple des prix.

Or, en pratique, environ 190 euros des 400 euros pour le permis de chasse national allait à l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS)  pour indemniser les agriculteurs en raison des dégâts provoqués par les chasses. Depuis 2000, ce sont les fédérations départementales de chasse qui s’occupent des indemnisations… A leur demande.

Elles voyaient ainsi institutionnalisée, mettant l’Etat de côté pour devenir en fait une institution en tant que telle. L’Etat n’est plus le garant de l’ordre : il a cédé la place à une institution privée qui s’est arrogé le contrôlé, la gestion de son activité.

C’est quelque chose de très impressionnant : c’est une capitulation de l’Etat et un immense triomphe pour les chasseurs. Et c’est Dominique Voynet d’EELV qui en tant que ministre a validé cela…

Voici comment l’ONCFS résume un mode de fonctionnement qu’on voit tout à fait comme favorable aux chasseurs, aux dépens des agriculteurs.

“Désormais, chaque FDC est chargée de la création et de la mise en œuvre d’un fonds départemental sous le contrôle du préfet, s’agissant d’une mission de service public de ces fédérations.

Le principe posé par la loi est que, dans le cas de dégâts causés aux cultures ou aux récoltes agricoles par des sangliers, l’exploitant qui a subi un dommage nécessitant une remise en état ou entraînant un préjudice de perte agricole peut en réclamer l’indemnisation à la fédération départementale ou interdépartementale des chasseurs.

Le fonds est donc clairement dédié aux seuls agriculteurs, ce qui exclut les propriétaires forestiers du bénéfice du fonds, mais également les particuliers qui pourraient être victimes de dégâts à leurs plantations (jardins ou autres) causés par les sangliers ou les autres grands gibiers.

Il ne concerne pas non plus les dommages causés directement aux animaux (canards gras mangés par des sangliers par ex.), mais peut indemniser les conséquences des dégâts de sangliers entraînant l’obligation de vendreune partie d’un troupeau.

De la même façon, les dommages causés à une récolte enlevée ne sont plus indemnisables, la récolte devant être encore sur pied avant l’estimation.

En outre, d’autres restrictions sont apportées par la loi, dont certaines étaient pré- vues dès 1968. Ainsi, il n’y a pas d’indemnisation dès lors que les animaux proviennent du fonds du réclamant. Pour cela, l’indemnisation n’est accordée que lorsque les sangliers proviennent d’un territoire, y compris les réserves, où ils font l’objet de reprises ou d’un plan de chasse.

Par ailleurs, si l’espèce à l’origine des dommages est soumise à un plan de chasse et dès lors que le territoire de provenance des animaux est identifié, il faut que sur le territoire d’où proviennent ces animaux auteurs des dégâts le plan de chasse ait été exécuté dans son minimum.

L’indemnité n’est due que si le montant des dommages est supérieur à un minimum fixé à 76 € par décret en Conseil d’Etat, appliqué par exploitation et par campagne cynégétique, et elle fait toujours l’objet d’un abattement proportionnel fixé par décret en Conseil d’Etat, qui est de 5 %.

Par ailleurs, l’indemnité peut être réduite :

– s’il est constaté que la victime des dégâts a favorisé l’arrivée du gibier sur son fonds,

– lorsque la victime des dégâts a refusé les modes de prévention qui lui ont été proposés par la fédération, et il s’agit là d’une disposition récente introduite par la loi du 23 février 2005.

Cette réduction peut aller jusqu’à 80 % du montant du dommage.

Enfin, pour éviter certains abus, dans le cas où le montant du préjudice déclaré par l’exploitant est plus de dix fois supé- rieur à celui de l’indemnité avant abattement, les frais d’expertise sont déduits de cette indemnité. Rappelons que l’exploitant doit s’assurer de l’existence d’un dommage réel qu’il devra montrer aux estimateurs chargés du dossier, et qu’en tant que professionnel il est compétent pour fixer le montant de son dommage au plus près de la réalité.”

Les chasseurs clouent alors le cercueil de la privatisation complète de leur activité, en disant : l’ONCFS ne doit plus recevoir d’argent, puisque c’est nous qui assurons les indemnisations directement.

Les chasseurs, depuis 2000, ont perdu beaucoup d’argent, puisque les sommes versées allaient à l’ONCFS sans contrepartie concrète de leur point de vue. Mais c’était le prix à payer pour, désormais, gérer la chasse de manière encore plus autonome…

L’Écocirque Joseph Bouglione

Puisque nous parlons de la lutte contre la présence des animaux dans le cirque, voici un court extrait des propos d’André-Joseph Bouglione. Ils sont tirés d’une interview (payante) du Figaro publiée il y a deux jours, à l’occasion de la publication par cet ancien dresseur d’un ouvrage intitulé  « Contre l’exploitation animale », aux éditions Tchou.

Il est aisé de voir une dimension visionnaire dans ce qui est dit. Mais, également, une part d’illusion : les propos sur les trafics devraient amener normalement directement une large enquête de la police et de la gendarmerie… Or, cela ne sera bien entendu pas le cas.

LE FIGARO. – Pourquoi avez-vous décidé de supprimer les animaux de vos spectacles ?

André-Jospeh BOUGLIONE. – Il s’agit d’une décision réfléchie prise en accord avec ma femme, Sandrine. J’appartiens à la sixième génération d’une famille de cirque, mes quatre enfants à la septième. Depuis l’âge de 20 ans, j’étais dompteur de fauves et faisais un numéro avec ma femme. J’en ai aujourd’hui 44.

Au départ, nous n’étions pas conscients du mal que l’on pouvait faire à ces animaux. Ils appartiennent à un écosystème fabuleux que nous n’avons pas le droit d’abîmer. Arrachés à leur milieu naturel, ces animaux n’assurent plus la fonction qu’ils doivent jouer, et on assiste à des déséquilibres entre les espèces et à la disparition de certaines d’entre elles.

Actuellement, des tigres, des lions et des éléphants sont en voie d’extinction à l’état sauvage. Comment peut-on justifier aux yeux de l’opinion publique de faire les guignols avec ces animaux sauvages, les exploiter commercialement sans se sentir coupables ?

La Terre est comme une merveilleuse bibliothèque dont on est en train de brûler les livres par notre insouciance. C’est pour cela qu’on a décidé d’arrêter notre numéro et de faire un cirque sans animaux. Nous avons placé nos fauves dans un refuge où ils finiront leur vie paisiblement.

Et dans les autres cirques, comment cela se passe-t-il ?

De nombreux cirques, notamment les plus petits, utilisent les spectacles avec animaux comme une façade. Ils réalisent plein de trafics autour d’eux en faisant des reproductions à l’état de captivité, non pas au bénéfice de leur activité principale, mais pour les louer lors d’événements privés.

D’autres cirques revendent des lionceaux, par exemple, 1 500 à 2 000 euros l’unité, à des gens qui n’ont pas de certificat de capacité de cirque comme des dealers de drogue.

Ces derniers veulent s’imposer dans leur milieu. Ces animaux meurent souvent avant l’âge adulte. Une situation qui perdure depuis près de cinquante ans, mais que la profession ne veut pas voir en face.

(…)

Que proposez-vous à la place comme spectacle ?

Nous finalisons un projet de cirque écologique. Il s’appellera l’Écocirque Joseph Bouglione, en souvenir de mon grand-père. Tout a été repensé pour consommer le moins d’énergie fossile possible. D’habitude, le transport se fait par camions avec un impact écologique désastreux, sans oublier les frais d’entretien des véhicules et la gêne provoquée sur les routes. Nous allons acheminer tout le matériel par conteneurs, soit par le train soit par voie fluviale.

Nous autoproduirons de l’électricité pour faire un beau spectacle grâce à l’achat d’une centrale électrique et des panneaux photovoltaïques. Pour des raisons de sécurité, nous aurons également un groupe électrogène qui ne rejettera aucun gaz à effet de serre.

De quoi se composera votre spectacle ?

Nous innoverons avec un écovillage autour du cirque où seront présents une centaine d’exposants. Ils proposeront des produits bio, vegan, mais aussi des massages. L’entrée sera libre et pour tout public.

Il faut retrouver le sens du mot « populaire ». Le cirque traditionnel est élitiste. À l’intérieur du chapiteau, il y aura des numéros d’acrobates, de trapèzes volants, de clowns, des musiciens en live. Les costumes seront fabriqués sans produit issu de matières animales. Un pourcentage significatif des recettes partira dans la protection animale. Nous travaillerons avec la réserve de Sariska, dans le Rajasthan, en Inde, où la population des tigres est en train d’augmenter.

Pour plus d’informations, voici le facebook de l’Écocirque Joseph Bouglione.

Ce que révèle la drôle d’affaire du Star Circus

C’est l’un des aspects les plus douloureux qu’il va falloir saisir pour avancer – parce qu’il faut bien avancer, coûte que coûte, pour les animaux. En les aimant : nous sommes d’accord, le véganisme bobo qui assume ouvertement, comme Aymeric Caron, de ne pas aimer les animaux, n’a aucune valeur.

Cependant, il y a également des gens sincères qui, par stupidité, médiocrité, lâcheté, que sait-on encore, se complaisent dans une dénonciation sans intérêt qui ne fait que prendre les animaux en otage pour on ne sait trop quelle crise existentielle.

Et inévitablement ces gens déraillent. En voici un exemple où on se demande littéralement si ces gens n’ont pas abusé de produits stupéfiants, hallucinant une sorte de cauchemar où viennent se mêler les nazis, l’invasion des Huns et l’ALF.

Qu’est-ce qui est le plus fou, au sens le plus direct du terme,  dans ce message? Que des nazis viendraient libérer des animaux? Que les femmes et les enfants étaient directement visés, telle dans une sorte d’invasion médiévale?

Que l’attaque visait à pas moins que brûler le chapiteau comme dans l’antiquité on incendiait des villes? Qu’il y a une assimilation de la libération animale à une sorte de violence “extrémiste”?  Est-ce là un manque d’intelligence, une fainéantise quant à la recherche de la vérité, un choix sciemment fait et assumé de réagir de manière épidermique?

On a ici affaire à quelque chose de malheureusement pas si rare dans un milieu où, en l’absence de travail intellectuel, de véganisme le plus strict, de réflexion sur le long terme, il y a des réactions fantasmées,  totalement personnelles.

Les animaux ne sont pas vraiment là pour être défendus, sinon il y aurait un vrai effort pour comprendre…

Ce sont les fameuses attitudes régressives, infantiles, qui ridiculisent la Cause…

La preuve de cela, c’est que sur la même page facebook,  de La France dit STOP aux animaux de cirque donc, il y a la veille un compte-rendu totalement différent de ce qui est apparemment le même événement.

Et ce compte-rendu coexiste avec l’autre, sans que cela ne semble être incohérent.

Quelle histoire étrange, quel manque de cohérence, quelle absurdité! Si les animaux n’étaient pas la cause, et si apparemment des gens ne s’étaient pas fait tabassés par les circassiens, on en rirait.

Quant à la vérité, on s’en doute tout de même un peu, a priori. Quiconque connaît l’attitude des gens des cirques avec animaux, et inversement le caractère idéaliste, jeune et féminin des personnes défendant les animaux… se dit qu’a priori, quand même,  ce message est plus crédible que l’autre folie racontant qu’un commando visait femmes et enfants, la destruction du chapiteau, la libération des animaux, le tout au nom de l’extrême-droite…

En saura-t-on jamais plus à ce sujet? Et soulignons le problème : la vérité n’intéresse pas les gens privilégiant les attitudes hystériques et n’ayant qu’une obsession : témoigner, apparaître comme faisant quelque chose, avoir l’air d’intervenir, etc.

Une autre association s’est d’ailleurs mise de la partie :

Code Animal

Mise au point : Les victimes ce sont les animaux !

Nous dénonçons clairement et sans ambiguïté les actes et insultes proférés à l’encontre du cirque Star Circus.

Mais répondons avec autant de fermeté à ceux qui nous accusent d’être à l’origine de ce genre de dérapage, d’en être le germe par notre discours “anti cirque”.
1/ Nous ne sommes pas contre les cirques, ni contre les circassiens mais contre la présence d’animaux dans les cirques.
2/ Nous sommes avec les gens du voyage mais aussi les Roms, les tziganes quant à leur droit d’accès aux écoles, à vivre leur vie en paix dans notre société.
3/ Nous n’avons jamais proféré la moindre insulte à l’encontre des circassiens et leur avons toujours laissé la parole.
4/ Notre travail se base sur le fond, nous avons publié un rapport, preuve à l’appui pour l’étayer et sur des enquêtes. Ce travail dénonce des faits pas des personnes.
5/ De nombreux responsables de cirque passent leur temps à insulter nos associations et leurs responsables, de faire des parallèles douteux avec le 3ème Reich et de nous accuser de détournement de fond.
Notre association a déjà reçu plusieurs menaces de mort.
6/ Des cirques dont un des plus grands cirques français a frappé à plusieurs reprises des manifestants lors d’actions pacifiques et déclarées devant leur établissement.
7/ Aucun responsable de cirque ne semble s’émouvoir de ces dérives du côté des cirques ou n’a pris la parole comme nous le faisons avec La France dit STOP aux cirques avec animaux pour condamner les violences dont ils ont été victimes les défenseurs des animaux
8/ Notre association est entièrement bénévole – à moins de 600€ de fond, et n’a aucun intérêt autre que défendre ces valeurs de “respect de la vie” de manière constructive et pacifique.
9/ Car ne l’oublions pas, si ce climat délétère existe, c’est précisément parce que certains humains s’arrogent le droit d’asservir des animaux pour se divertir. La vraie victime, et base du problème, c’est l’animal. Le vrai problème c’est cet esclavagisme moderne que le pouvoir politique tolère encore.

La démocratie c’est aussi avoir le droit de nous exprimer dans le cadre de nos statuts et de la loi, contre ce type d’agissement. Le public et l’Etat trancheront.

A lire ces lignes, on se dit que c’est peut-être la peur qui amène ce genre de réactions. La peur de la confrontation aboutit à un esprit de soumission, parce que tout de même, on peut voir ici des gens passer leur temps à s’excuser auprès des gens des cirques avec animaux!

C’est bien qu’il y a un problème, qui tient à une logique de posture, dont la négation de la vérité est la preuve, l’incohérence la conséquence, les explications incongrues une répercussion inévitable.

L’assemblée générale de la fédération de chasse de l’Oise

L’assemblée générale de la fédération de chasse de l’Oise s’est tenue ce week-end et le moins qu’on puisse dire c’est que la pression est maximale.

Louis Le Franc, préfet de l’Oise, a pris la parole et a été très claire sur son soutien unilatérale et total à la chasse à courre :

« La chasse à courre est légale ! La coupe est pleine pour les chasseurs et il est temps de sonner la fin de la récréation. »

Le président de la fédération nationale des chasseurs, Willy Schraen, a également annoncé la couleur :

« Plus jamais nous n’accepterons ce que nous avons accepté cette année. »

C’est ni plus ni moins qu’un blanc-seing à la répression légale et para-légale contre les anti-chasse à courre. C’est un appel à l’écrasement pur et simple des opposants.

Voici un extrait, présenté par Oise Hebdo, du discours de Guy Harlé d’Ophove, président des chasseurs de l’Oise, lors de l’assemblée générale. Il explique que la forêt appartient aux chasseurs et qu’il fallait pourchasser les révolutionnaires…

AVA raconte le 31 mars 2018

Voici le compte-rendu du rassemblement anti-chasse à courre du 31 mars 2018 à Compiègne par les organisateurs, l’association AVA (le site, le facebook).

Samedi 31 Mars 2018.
1000 personnes défilent pour l’abolition de la chasse à courre.

Un mouvement authentiquement populaire, positif, jamais vu en France, a pris forme chez nous, et se propage maintenant au reste du pays. Cette année, nous avons allumé une flamme qu’il est désormais trop tard pour éteindre, et qui grandira jusqu’à l’abolition !

Bravo et merci à tous ! Voici un résumé de cette journée historique.(photos de Michel Pourny & Lou Marouzé)
10h30, non loin de la gare de Compiègne, les gens commencent à arriver. Beaucoup ont confectionné des pancartes chez eux, en famille, avec des extraits de journaux, des photos, les enfants ont des dessins… C’est un festival d’expression libre, avec même des banderoles et des fresques très travaillées. Un homme brandi les bois d’un cerf que la chasse à courre avait tué chez lui et qu’il a réussi à leur arracher. Des fleurs et des autocollants sont distribués contre une participation volontaire et la foule s’élance joyeusement sur le Pont Solférino.

« Chasse à courre, abolition« , « Vénerie, barbarie », « Halte au carnage, on est plus au moyen âge », « Veneurs, suiveurs, laissez place aux promeneurs », « Folie meurtrière, citoyens en colère », « Chasse à courre on en peut plus, les riverains sont dans la rue », « Veneurs, bourreaux, laissez les animaux »…

Les slogans rythment cette marche au centre ville de Compiègne, défiant les notables locaux et en premier lieu le maire de la ville. Philippe Marini, grand ami déclaré des chasseurs à courre avait mis tous les batons dans les roues possibles à ce rassemblement : arrêté municipal interdisant l’accès à la Place de l’Hotel de Ville (prétextant un marché au fleurs bondé-voir photo), puis un autre interdisant aux manifestants de tenir des stands de café et de gateaux. Son Adjoint à la sécurité n’avait même pas été consulté.

Du côté des chasseurs le mot d’ordre d’étouffer la manifestation avait été donné : toutes les affiches d’AVA ont été arrachées, et une équipe de gros bras suivait de près les tractages, déchirant systématiquement les papiers sur le pare-brise même des voitures. Trois jeunes filles ont été poursuivies dans les rues et traitées de « pétasses » pendant qu’elles informaient les clients d’un marché.

Le fameux marché aux fleurs

Difficile de retenir les huées, donc, quand le cortège fait une halte non loin de l’Hotel de Ville, avant de devoir le contourner et passer par les petites rues désertes pour rejoindre la place du Palais. Quelques médias sont présents quand la Police annonce le chiffre de participation : nous sommes 1000, dont une grande majorité de locaux.

Et dire qu’il y a cinq mois notre jeune collectif ne comptait qu’une dizaine de membres…

Après quelques chants et un discours, la foule rejoint la Place Saint-Jacques pour assister à un concert (les Old Moonshine Band, groupe folk de Clermont de l’Oise) et se restaurer : des gateaux et des boissons chaudes sont distribuées à l’arrière des voitures, faute de stands.

Fait notable : la plupart des gens ont fait l’effort de cuisiner sans matières animales, sans forcément être végans eux même. Un clown gonfle des ballons pour les enfants : canards, cerfs, fleurs…

Mais une question revient immanquablement :
« Que fait on pour la chasse cet après midi ? Quelque chose est prévu? »
Car le 31 mars, c’est aussi le jour de la dernière chasse à courre de l’année.

Un départ s’organise spontanément, par petits groupes, même si des personnes plus expérimentées sont présentes pour encadrer les volontaires. Le matériel du service d’ordre (talkies-walkies et caméras GoPro) sera d’une grande utilité en forêt.

Deux convois se forment, sans vraiment s’être donnés le mot, chacun suivant les autres.

L’un part en forêt de Compiègne, retrouver Alain Drach et son fameux équipage « La Futaie des Amis », connu de tous pour avoir tué un cerf dans un jardin de LaCroix-Saint-Ouen en octobre. Ils seront finalement une quarantaine à le surveiller jusqu’à ce qu’il rentre au chenil bredouille vers 15h30.

Mais le gros des troupes s’est rendu en forêt de Laigue, fief de l’équipage Rivecourt, ceux là même qui ont noyé un cerf dans la rivière en janvier dernier. Courant dans les bois par petits groupes, harcelant les cavaliers sur les chemins, arrêtant les chiens, faisant des opérations escargot en voiture…

Mais l’équipage arrive tout de même à acculer un malheureux cerf dans un étang privé, au bord de l’Aisne. Sur la route qui y mène, la foule commence à grossir, et ne tenant plus, une vingtaine d’intrépides pénètre dans la parcelle privée.

Là ils trouvent le cerf à l’eau, nageant avec des chiens aux trousses, qui lui mordent l’arrière train !

Des veneurs se postent tout autour pour l’empêcher de remonter sur la rive. Le pauvre nage désesperément en rond, s’épuisant pour trouver une issue ! Désemparées, certains personnes se préparent à plonger, d’autres essaient de créer un passage pour que le cerf puisse remonter… Mais rien n’y fait et la Police entre dans le bois pour les déloger.

Dehors, c’est plus de 150 personnes qui sont maintenant massées, et qui conspuent les cavaliers  » Assassins, assassins ! ».

La situation est de plus en plus tendue et l’énorme dispositif policier prévu par la Préfecture se déploie : 17 cars de CRS sont sur place ainsi qu’un hélicoptère qui tourne autour de la forêt depuis le midi. Un cordon est formé pour protéger les chasseurs.

Mais la situation est intenable pour les forces de l’ordre, et vers 16h la nouvelle tombe sur le canal radio de la Gendarmerie: le cerf est « gracié » !

Après un moment de doute, c’est l’explosion de joie parmi les manifestants ! Des enceintes jouent la Compagnie Créole (hymne d’AVA depuis que des veneurs les ont accusé de venir « masqués » comme au fameux bal).

On danse la chenille, des filles pleurent de soulagement… C’est la victoire ! Loin de là, la maitresse d’équipage, Florence de Lageneste, ne cachera pas sa rage d’avoir perdu un trophée « On est pas dans un état de droit ! C’est un scandale ! ».

Difficile de se séparer après une telle journée, la fête se poursuivra encore une heure en forêt, et certains veilleront sur le cerf jusqu’à 20h pour s’assurer de sa santé. Les cafés de la ville en désempliront pas de la soirée.


Comment mieux finir cette saison mémorable, où plus de 130 personnes se sont relayées en forêt pour veiller sur les animaux, sous la neige, dans la boue, sous les coups de fouets ? C’est certainement une grande victoire populaire comme on en voit peu et qui présage le meilleur pour la saison à venir !

BRAVO ET MERCI A TOUS

SOYONS PLUS FORTS ENCORE L’ANNEE PROCHAINE JUSQU’A L’ABOLITION

Eloge des 150

Combien étaient-ils, 150, ou quasi 200, à conspuer les veneurs alors qu’un cerf est dans l’étang le 31 mars 2018 ? Peu importe, le chiffre n’est pas important et il ne s’agit pas non plus de les opposer aux autres personnes qui avaient été présentes au rassemblement un peu avant, parties de la gare de Compiègne pour marcher contre la chasse à courre.

Cet éloge des 150 personnes, ou des 200, est aussi un éloge des 1000 personnes présentes. C’est juste qu’il y a, certainement, quelque chose de plus frappant, émouvant, à voir des gens torse nu au bord de l’eau prêt à intervenir pour sauver le cerf, à voir des gens tous et toutes ensemble avec un sens de l’engagement pour ce qui est juste.

Cette abnégation marque d’autant plus qu’il y a une grande conscience – ou une grande inconscience, mais c’est pareil – à oser prendre des risques en défense des sans défense. Il n’y a pas que le risque d’attraper froid, de se fatiguer, d’être accusé d’irresponsabilité : il y aussi le risque d’être arrêté par la police ou les gendarmes, menacé ou agressé par les chasseurs.

La scène, il faut l’imaginer ici avec un hélicoptère de gendarmerie qui tourne autour… avec 17 cas de CRS qui sont présents aux alentours !

Quel soulagement que de se retrouver, à la fin, pour une partie, en ayant la sensation d’avoir apporté quelque chose, d’avoir contribué à un monde meilleur.

A en avoir, plus que la certitude… la preuve.

On dira qu’un éloge, cela devrait avant tout être celui de l’animal pourchassé, de la victime défendue, pas du défenseur, du justicier. C’est vrai. Cependant, s’il y a une chose remarquable ici, c’est que les 150 – ou les 200, ou les 1000, peu importe, même s’ils avaient été 10 – ont fait resplendir l’humanisme.

Et, de notre point de vue, le véganisme ne peut être que l’expression de cet humanisme. C’est tout de même autre chose que des campagnes d’affichage dans le métro parisien gâchant de l’argent et appelant à une métropole mondiale, vitrine de la richesse indifférente et bornée, sans cirque ou sans pêche !

Les 150 méritent l’éloge, pour leur désengagement concret d’une attitude passive, pour oser s’interposer. Cela porte quelque chose de vrai, de beau, appelant à être reproduit, refait, jusqu’au bout. Et ce « jusqu’au bout » n’a pas de bout, au sens où notre époque appelle à la transformation du monde, à la victoire de la compassion pour les animaux.

Cela n’ira pas sans erreurs, défauts, problèmes, c’est évident. C’est toutefois un passage obligé. Peut-être, qu’en un sens, le 21e siècle est né le 31 mars 2018, dans une forêt, au bord d’un étang, dans les yeux d’un animal que la mort n’a pas pu emporter.

La victoire historique du 31 mars 2018

« Votre mere adore la viande demande au vosin surtout la saucise » : voilà le genre de commentaires que peuvent laisser les partisans de la chasse à courre sur facebook, entre les menaces de mort et toutes les défenses possibles des « traditions ».

Mais cela et leurs agressions, ainsi que le soutien du préfet de l’Oise participant à une chasse à courre le 17 février 2018, puis celui du président de la République Emmanuel Macron à la fin du même mois, n’auront pas réussi à briser la protestation populaire.

Un millier de personnes ont participé au rassemblement anti-chasse à courre à Compiègne hier, alors que 150 personnes étaient ensuite en forêt, parvenant à protéger un cerf que la dernière chasse à courre locale de la saison a dû « gracier » en raison de la pression populaire.

Cela a été l’apothéose d’un mouvement qui a fait que, depuis novembre, plus de 130 personnes se sont relayées deux fois par semaine en forêt pour protéger les animaux, bravant la fatigue et les intempéries, les risques pour leur intégrité physique.

Alors, évidemment, ce millier de personnes n’était pas vegan. Mais c’est cela justement qui en fait tout l’intérêt. Le slogan « non aux carnages, on n’est plus au Moyen-Âge » a ses limites : il a aussi tout comme son potentiel.

Le rassemblement d’hier a fait avancer le véganisme, de par la prise de conscience de la réalité animale, du caractère arriéré du rapport aux animaux, du rôle des puissants dans le maintien d’un tel rapport.

Le rassemblement allait de 7 à 77 ans comme le dit l’expression, avec une vraie portée démocratique : oui, des ouvriers étaient présents et cela change de la paralysie qui est la leur en raison de l’idéologie de la merguez et du repli culturel sur des revendications économiques par ailleurs très limitées.

Il y avait également des femmes bon chic bon genre, témoignant que le féminisme existe bien en conflit avec la violence viriliste telle que peut l’exposer la chasse à courre. Le fait que ces femmes saluaient leurs connaissances aux portes des riches maisons du centre ville historique a d’ailleurs dû faire frémir les grands bourgeois au cœur de la chasse à courre…

Ceux-ci prévoient d’ailleurs déjà le prochain tour. Alain Drach, maître d’équipage de la Futaie des amis, a ainsi expliqué au Courrier picard :

« Qu’est-ce que vous appelez une mobilisation importante ? J’ai été emmerdé toute l’année par une vingtaine de personnes. La manifestation ? J’ai regardé les films ; il n’y avait pas mille personnes. La Fédération de la chasse a prévu une contre-manifestation en septembre, on aura 3 000 à 4 000 personnes pour défendre toutes les formes de chasse. Je me suis occupé d’une manifestation à Londres, pour la chasse à courre, il y a 15 ans, il y avait 300 000 personnes. »

Une telle contre-manifestation disposera bien entendu de l’appui médiatique que le rassemblement d’hier n’a pas eu : seul le Courrier Picard et Le Parisien en ont parlé. C’est comme la tribune lancée par AVA tout récemment, signée par des grandes associations mais non diffusées par elle…

Il faut dire que les grandes associations n’ont, pareillement, pas hésité à s’approprier les vidéos d’AVA, leur prestige.

Les vegan sont pareillement totalement déconnectés. Souvenons-nous qu’il y a quelques jours, une femme a été condamnée à sept mois de prison avec sursis pour avoir dans un élan délirant à la suite de l’attentat de Trèbes salué le meurtre d’une personne par le terroriste, car il était boucher en disant sur Facebook :

« Ben quoi, ça vous choque un assassin qui se fait tuer par un terroriste ? Pas moi, j’ai zéro compassion pour lui, il y a quand même une justice »

On est là dans la posture, pas dans l’esprit révolutionnaire qui compte mobiliser pour supprimer les boucheries et l’activité de boucher… C’est comme, il y a quelques jours également, l’intervention à l’assemblée nationale de dix personnes de « Boucherie Abolition », perturbant la session parlementaire parlant des états généraux de l’alimentation à coups de slogans.

L’exemple parfait du truc qui ne sert à rien, assorti d’un vocabulaire totalement déconnecté. Il est protesté contre « le système naixterminateur » et le communiqué du groupe explique :

« L’Etat tortionnaire des chairs animales porte plainte contre les lanceureuses d’alerte du zoocide planétaire. Nous sommes des résistant.es animalistes, nous nous battons contre un crime de civilisation et pour une justice sociale, nous ne sommes pas réductibles à notre comportement alimentaire “vegan”, nous attaquons la secte zoophage en légitime défense AVEC nos alter ego zoopprimés. Le peuple humanimal va abolir le père de tous les esclavages, il va abolir l’élevage et son industrie criminelle de la procréation forcée parce que c’est indispensable. Ensemble, pour l’ ABOLITION . »

D’un côté, la lutte ancrée dans la réalité sociale et culturelle, avec la volonté d’une mobilisation populaire dans le sens de faire progresser les consciences, de l’autre la secte et l’existentialisme, avec une radicalité qui n’est que façade, en quête de reconnaissance égocentrique et de spectaculaire.

Le véganisme connaît un tournant dont il faut savoir reconnaître le contenu !