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    La vivisection de Claude Bernard pour les Leçons sur la chaleur animale

La vivisection de Claude Bernard pour les Leçons sur la chaleur animale

L’une des plus grandes faiblesses de la défense des animaux en France est l’incapacité à former un mouvement anti-vivisection avec une grande base populaire. Il y a toujours eu des gens avec une très grande abnégation pour ce combat, comme International Campaigns, mais malheureusement les personnes défendant les animaux n’ont jamais compris la signification de la question.

Essayons de contribuer à ce grand travail restant à mener, avec un regard sur un ouvrage important écrit par celui qui est considéré comme la plus grande figure de la vivisection : Claude Bernard. L’ouvrage en question, de 1876, est intitulé les Leçons sur la chaleur animale sur les effets de la chaleur et sur la fièvre.

L’auteur y est présentée de la manière suivante :

« Membre de l’Institut de France et de l’Académie de médecine, Professeur de médecine au Collège de France, Professeur de physiologie générale au Muséum d’histoire naturelle, etc. »

On a ici ce qu’on appelle une sommité. Précisons d’ailleurs tout de suite qu’il ne s’agit pas ici de dénoncer la science ou la médecine, ni les scientifiques ou les médecins. Il s’agit de critiquer une méthode, en soulignant que science sans conscience n’est que ruine de l’âme.

Le piège est ici bien entendu qu’il n’y a pas de science sans expérience et c’est là qu’intervient la véritable déconnexion de toute sensibilité. Claude Bernard rappelle l’importance de l’expérience en la définissant ainsi dans son rôle par rapport à la science :

« La médecine, ainsi que toute science, peut être envisagée par ceux qui la cultivent à deux points de vue : ou bien on se contente d’observer les phénomènes, d’en constater les lois, ou bien on se propose de les expliquer et d’en dévoiler le mécanisme à l’aide d’expériences.

Il y a donc une médecine d’observation, et, si vous me permettez le mot, une médecine d’explication expérimentale. C’est cette dernière que nous revendiquons comme le domaine de cette chaire. »

Seulement voilà, Claude Bernard a une conception totalement étroite du domaine de l’expérience. Il appelle cela la « physiologie ». En apparence, c’est très bien parce qu’il veut dire par là que les êtres vivants n’existent pas par magie. Il n’est pas religieux, si l’on préfère. Ils ne croient pas que les êtres vivants existent parce qu’il y aurait une sorte de souffle mystérieux ou on ne sait quoi encore.

Mais cela l’amène à séparer totalement le corps de tout le reste de la nature. Faisons ici une citation pour bien cerner son point de vue :

« La conception de Descartes domine la physiologie moderne. « Les êtres vivants sont des mécanismes. » La cause immédiate des phénomènes de la vie ne doit pas être poursuivie dans un principe ou dans une force vitale quelconque.

Il ne faut pas la chercher dans la psyché de Pythagore, dans l’âme physiologique d’Hippocrate, dans la pneuma d’Athénée, dans l’archée de Paracelse, dans l’anima de Stahl, dans le principe vital de Barthez.

Ce sont là autant autant d’êtres imaginaires et insaisissables. (…)

Il ne serait pas exact de dire que nous vivons dans le monde extérieur. En réalité, je ne saurais trop le répéter, nous n’avons pas de contact direct avec lui, nous n’y vivons pas.

Notre existence ne s’accomplit pas dans l’air, pas plus que celle du poisson ne s’accomplit dans l’eau ou celle du ver dans le sable. L’atmosphère, les eaux, la terre, sont bien les milieux où se meuvent le animaux, mais le milieu cosmique reste sans contact et sans rapports immédiats avec nos éléments doués de vie.

La vérité est que nous vivons dans notre sang, dans notre milieu intérieur. »

Ce que rejette Claude Bernard ici, c’est le principe de Gaïa, d’une planète vivante. Pour lui chaque être vivant est replié sur lui-même, en lui-même. A l’époque, cela faisait très sérieux ; aujourd’hui même quelqu’un rejetant le principe de Gaïa est bien obligé d’admettre qu’il existe une interaction entre les êtres vivants et leur environnement, rien que par les bactéries.

De notre point de vue, l’humanité est d’ailleurs condamnée si elle ne cesse pas son anthropocentrisme et ne se rattache pas au grand « tout » que forme la Nature sur la planète.

Ce n’est cependant pas l’aspect qui nous intéresse directement ici. Ce qui compte, c’est que la considération d’un « milieu intérieur » aboutit à le prendre comme un chose distincte de tout le reste, et perdant donc son rapport avec tout le reste. Par conséquent, on peut prendre cette chose séparément et faire ce qu’on veut avec. C’est un objet indépendant de tout le reste.

Le lapin n’est donc plus un lapin dans une prairie, mais un lapin, un seul lapin, un « milieu intérieur » unique. Si on reproche à Claude Bernard sa vivisection d’animaux, il répondrait qu’il ne pratique pas la vivisection sur les animaux, mais sur des animaux, et plus exactement sur tel pigeon, tel cheval, tel chien.

Le rejet de la Nature aboutit à la choséification des êtres vivants, mais ce rejet ne voit pas le rapport avec l’ensemble, il sépare tout. D’où son incapacité à comprendre les reproches qui lui sont faits.

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Il y a pire, pourtant ! Car à cela s’ajoute une terrible perversion ! Et si on rate cette dimension, alors on rate la substance de ce qu’est la vivisection.

Si en effet un milieu intérieur est un petit univers en soi, alors cela veut dire qu’il faut expérimenter cet univers dans toutes ses possibilités. Cela aboutit à des expériences toutes plus différentes les unes que les autres, non pas pour trouver quelque chose qu’on chercherait, mais simplement pour tester, histoire de voir.

On parti ici à la « découverte ». On ne peut pas apprendre les choses « de l’extérieur », puisqu’il n’existe qu’un « intérieur ». Cela veut dire que la vivisection est un processus sans fin, n’étant pas là pour chercher quelque chose, mais pour découvrir !

D’où les multiplications à l’infini des variantes. Ce qui donne par exemple :

« 1° Couper la moelle épinière ;

2° Refroidir directement l’animal en l’exposant à l’action d’un milieu réfrigérant ;

3° Immobiliser l’animal pendant un temps suffisant ;

4° Enduire l’animal d’une couche de vernis imperméable ;

5° Soumettre l’animal à des mouvements de balancement. »

C’est cela, très exactement, qui est l’idéologie de la vivisection. Essayer, juste pour essayer, jusqu’à quel point le liquide reste liquide, comment il réagit à tout ce qu’il est possible d’imaginer, dans l’abstraction totale de la réalité extérieure ainsi que de la nature sensible de la vie, c’est la vivisection.

Il faut essayer ce qui se passe à 10, 11, 12 degrés etc. et ce dans tout ce qu’il est possible matériellement d’essayer ; il faut essayer toutes les combinaisons, il faut épuiser toutes les possibilités. La vivisection n’est pas une science de la recherche, mais une logique de la découverte.

La vivisection ne veut pas étudier la vie comme réalité sensible, comme processus vivant ; elle regarde tous les paramètres, même ceux totalement impossibles en situation naturelle, du « milieu intérieur ». Ce « milieu intérieur » est une fin en soi, c’est comme une sorte de micro univers à explorer. Le vivisecteur s’imagine avant tout comme un explorateur.

Faut-il y voir un rapport avec l’esprit colonial prédominant dans les mentalités alors ? En tout cas, la vivisection ne peut pas être réformée ; elle est une véritable philosophie, une vision du monde très particulière. Si l’on admet la vivisection, alors celle-ci est la seule forme de connaissance du vivant.

Voici un exemple de ce que cela donne très concrètement, raconté donc par Claude Bernard dans son ouvrage, avec une froideur « scientifique » qui est en réalité le fruit d’une lecture anti-naturelle et d’une perversion de la connaissance.

« Les expériences furent faites dans mon laboratoire sur des chiens, et dans les abattoirs sur des moutons. Dans ces deux séries d’expériences, d’une part sur les chiens, d’autre part sur les moutons, le sang du cœur droit fut toujours trouvé plus chaud que le sang du cœur gauche.

J’opérais sur des animaux vivants et non anesthésiés. Le thermomètre était introduit successivement par la veine jugulaire et par la carotide jusque dans les ventricules du cœur. »

On a ainsi Claude Bernard qui refuse d’utiliser les anesthésiants, car ceux-ci perturberaient l’expérience, mais qui utilise du curare pour paralyser les nerfs moteurs (l’animal ressentant tout par contre), pour plonger du matériel le long des veines, le plus loin possible, jusqu’aux cavités du cœur pour mesurer la température.

C’est une approche systématique ; Claude Bernard coupe par exemple la moelle épinière pour mesurer la température de deux muscles, un en contraction et l’autre pas, il broie le ganglion thoracique pour mesurer la température de l’oreille et de la patte antérieure du côté concerné, etc.

Cette logique de l’exploration, dans le cadre de la vivisection, exige de souligner un autre aspect. Car, à la douleur d’être littéralement massacré, s’ajoute bien sûr également la terreur. Il ne faut jamais oublier cela !

La vivisection n’est pas seulement un crime parce qu’elle torture. La torture est déjà un crime en soi, inacceptable, mais il est bien connu que l’on y résiste mieux, si on ose dire, si on sait pourquoi on l’est, par exemple pour des raisons politiques.

Là, les animaux ne peuvent rien comprendre à part avoir l’impression d’être tombé dans une sorte d’enfer. C’est du terrorisme et c’est également condamnable.

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Certains diront peut-être : c’est regrettable, mais la science ne pouvait pas procéder autrement pour savoir. L’expérience serait inévitable. La thèse semble juste mais elle est erronée si elle ne précise pas la nature de l’expérience, son rapport avec le monde réel. Sans cela une expérience est au mieux quelque chose de farfelu, au pire une escroquerie intellectuelle, servant ici à la pratique criminelle.

Prenons à ce titre ce que Claude Bernard raconte dans son étude de la chaleur corporelle. On notera que le ton neutre de l’ouvrage est systématique, qu’il parle des expériences sur des animaux ou qu’il présente des théories générales sur des questions médicales.

« Si l’on place dans une étuve sèche à 60 ou 80 degrés deux lapins, – l’un vivant, l’autre mort mais encore chaud et venant d’être sacrifié par la section du bulbe rachidien, – on constate que les deux lapins s’échauffent inégalement ; l’animal vivant s’échauffe bien plus rapidement que l’animal mort placé dans les mêmes conditions. »

Cette expérience est totalement absurde sur le plan intellectuel. Elle ne se justifie en rien scientifiquement, puisque ce qui s’y produit était connu par avance même. C’est une preuve que la vivisection se nourrit d’elle-même. En voici un autre exemple, car la vivisection s’appuie de manière ininterrompue sur de thèmes pseudos expériences qui seraient en même temps des preuves.

Claude Bernard y explique comment il place des animaux dans des situations d’une chaleur insoutenable.

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On a ainsi Claude Bernard découvre qu’en plaçant des animaux dans une étuve, au bout d’un temps, ils meurent ! Il faut ici être totalement en décalage avec la réalité pour ne pas voir qu’on est ici dans une folie furieuse, pas dans la science. On se croirait revenu à l’antiquité, lorsque pour tuer atrocement on plaçait des gens dans un taureau de métal que l’on faisait chauffer à blanc, les cris des suppliciés passant dans le nez du taureau par un réseau de tubes !

La seule motivation de tout cela, c’est l’exploration avec une fascination morbide pour la réaction de la sensibilité. Cela relève de la perversion, du crime.

Et que dire lorsque Claude Bernard raconte qu’on peut enlever une paroi pour y placer une vitre, afin de voir ce qui se passe, à quoi est-on obligé de penser ? Aux chambres à gaz des nazis, avec leurs vitres pour surveiller le « succès » de l’opération.

La vivisection est l’idéologie des variantes infinies de ces perversions. Claude Bernard modifie la température, change d’animaux, met le corps entier ou bien sort la tête de l’étuve, etc. Sa seule orientation est l’accumulation de ces expériences, dont il fait des tableaux de chiffres, toute la réalité sensible ayant disparu.

A ceux qui disent que cela permet de mieux connaître le vivant, on pourra répondre simplement : lorsque Claude Bernard fait cette expérience avec deux lapins, dont un recouvert d’huile pour empêcher la transpiration, ne sait-il pas déjà ce qui va se passer ? Quel est l’intérêt, si ce n’est d’aligner toutes les perversions possibles ?

Ce qui est fou ici en plus, c’est que cette image illustre les propos de Claude Bernard au sujet d’expérience de jeunesse, menées sur le tas, avec des plaques de fonte achetées dans un bric-à-brac, etc.

Ce n’est pas une approche scientifique, c’est un empirisme érigé en science par sa systématisation. Alors évidemment, quand on teste tout, on trouve des choses. Cela n’en fait pas une science, juste des expériences accumulées.

La froideur complète du vivisecteur en est la conséquence. En voici une illustration qu’on trouve dans l’ouvrage de Claude Bernard. Le dessin ici représenté présente la machine dont il parle.

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« Dans l’étuve, nous plaçons un moineau ; la température est d’environ 65 degrés. Au bout d’un instant, nous voyons l’animal ouvrir le bec, manifester une anxiété qui devient de plus en plus vive, repirer tumultueusement ; enfin, après un instant d’agitation, il tombe et meurt. Son séjour dans l’étuve a duré quatre minutes. (…)

Nous faisons la même expérience sur un lapin : la même série de phénomènes se déroule, avec plus de lenteur il est vrai, car il ne meurt qu’au bout de vingt minutes environ. »

Le processus de désensibilisation propre à ces expériences fabrique des criminels. Comment s’étonner de ce que les médecins nazis ont pu faire ensuite dans les camps ?

Voici un autre exemple de la prose de l’assassin :

« Engourdissons par le froid une grenouille sur laquelle le sternum enlevé permet d’apercevoir le cœur à nu. Les battements sont très ralentis ; alors plongeons un des membres postérieurs de l’animal dans l’eau tiède, presque instantanément une accélération se manifeste dans les battements du cœur. »

En voici un dernier :

« Quand on opère sur des animaux dans l’état ordinaire, qui ne sont ni contenus par le curare, ni anesthésiés par le chloroforme, le premier effet des atteintes de la douleur est toujours de provoquer une sorte de réaction de sensibilité, réaction qui se traduit par une paralysie instantanée des nerfs vaso-moteurs, avec dilatation des vaisseaux périphériques et chaleur ; puis des mouvements violents apparaissent sur le sujet en expérience : l’animal se débat, il résiste, il essaie de s’échapper.

De là des contractions musculaires qui sont encore une source puissante de calorique. A cette première période d’agitation, à laquelle correspond l’élévation de température du début, succèdent bientôt les effets propres de la douleur ; on voit alors la température s’abaisser d’une façon définitive et descendre au-dessous du niveau naturel. »

On a ici une désensibilisation complète. Elle est peut-être inévitable : on sait comment les croque-morts font des blagues sur les morts, comme les médecins établissent un rapport assez mécanique avec le corps des autres, qu’ils « réparent ».

Mais cela ne veut pas dire qu’ils explorent comme bon leur semble un corps sensible, en le charcutant ! Et ils ne prétendent pas faire de la science en essayant tout et n’importe quoi pour dire après : on a trouvé quelque chose !

L’affaire de « greenwashing » Greta Thunberg – We don’t have time

Il y a malheureusement une affaire Greta Thunberg, qui a même, pour renforcer le côté catastrophique de la chose, été lancé par les milieux d’extrême-droite. Cette dernière est en effet climato-sceptique, elle ne croit pas en le réchauffement climatique, qu’elle voit comme un « complot » visant à collectiviser le monde.

Ce en quoi elle porte un regard assez conséquent, dans la mesure où le réchauffement climatique implique la fin de tout un style de vie individualiste et égoïste, que ce soit pour les gens comme pour les nations. L’extrême-droite étant nationaliste, elle est donc obligée de nier le réchauffement climatique.

S’il y a une affaire Greta Thunberg, c’est parce que cherchant à discréditer celle-ci, les milieux d’extrême-droite ont réussi à mettre la main sur l’arrière-plan de la promotion médiatique de cette jeune fille qui a désormais 16 ans. Tout a été, selon eux, méticuleusement organisé par des experts qui ont organisé toute une mise en scène.

Ont-ils raison ? A vrai dire à moitié, parce qu’il y a à la fois une opération marketing et, ce qui est terrible, la volonté pragmatique de servir la « cause ». Entendons-nous bien : les gens qui ont fait la promotion de Greta Thunberg ont des valeurs qui sont certainement très proches de celle de LTD. Le souci est qu’au lieu de faire un travail démocratique auprès des gens, ils ont construit une sorte de bulle médiatique semi-sincère, afin d’être « efficace ».

Ce pragmatisme est moralement faux et qui plus est ne touche qu’à la surface des choses. Les actions spectaculaires, médiatiques, ne travaillent pas la société dans ses fondements. L214 et « 269 animal liberation » ont l’attention des médias, mais jamais ils ne changeront la société française et ses fondements. Pour cela il faut un travail local, culturel, militant, en profondeur et ce travail n’est que réalisé ici et là par des gens très courageux, dans l’ombre.

Cette ombre est juste et c’est même le seul endroit pour travailler, à l’abri des regards indiscrets, que ce soit de la police, des médias ou l’extrême-droite. Passer à la télévision c’est comme se faire arrêter par la police ou frapper par des fachos : cela paralyse le travail démocratique chez les gens « normaux ».

L’affaire Greta Thunberg est un exemple de ce pragmatisme qui amène des mobilisations en surface, avec de l’attention et même parfois du monde, mais toucher les fondements de la société. C’est une opération qui vise à plaire, à engourdir les mentalités pour « faire passer le message ». Comme on le dit, l’enfer est pavé de bonnes intentions.

S’il y a en tout cas un problème à la base même de l’affaire Greta Thunberg, ce n’est pas sa jeunesse, car on peut tout à fait être militant, avec un haut niveau d’engagement, à cet âge-là. L’extrême-droite ne se prive pas naturellement de l’attaquer sous cet angle, dénonçant une « gamine », ainsi que le fait qu’elle soit une fille.

Non, le problème de fond est bien plus triste, voire sordide. Si l’on prend le dernier « Predators », un film qui vient de sortir et qui est un navet touchant le fond, on y voit que les tueurs extra-terrestres s’entraînant sur chaque planète assimilent l’ADN des meilleurs combattants qu’ils rencontrent. Et sur Terre il y a un enfant autiste qui s’avère génial, capable d’utiliser leurs soucoupes volantes et leurs armures : il représente l’homme de demain, les tueurs de l’espace veulent donc se l’approprier.

Cela est naturellement une sorte de cliché terrible. Le souci est qu’on a la même chose avec Greta Thunberg. Celle-ci a de nombreux soucis, étant atteint de ce qui est défini comme l’autisme dans sa version Asperger, ainsi que des problèmes de mutisme. Quiconque sait à quoi cela ressemble comprend immédiatement l’ampleur de la question : on ne peut agir qu’avec une grande délicatesse avec ce genre de personnes.

Or là Greta Thunberg se retrouve précipitée dans un bain médiatique. Peut-elle l’assumer, elle qui à onze ans a connu une période où elle n’a plus voulu parler ? C’est très difficile comme situation. Et au lieu d’une protection de la jeune fille, cela va avec une théâtralisation énorme. Elle se serait intéressée au réchauffement climatique à huit ans, aurait amené sa famille à assumer le véganisme et à ne plus prendre l’avion, etc. C’est l’image du petit génie mêlée à la pureté de la jeunesse pour une opération de rédemption.

C’est quand on voit cela qu’on se dit qu’il y a là un problème, et c’est là que Ingmar Rentzhog rentre dans l’histoire de tout ça. C’est à la base un businessman, qui a vendu récemment son entreprise Laika, en partie seulement, puisqu’il fait encore partie de la direction. Elle était spécialisée dans le conseil d’entreprises financières pour tout ce qui touche internet et a été revendue à FundedByMe, une entreprise suédoise de crowdfunding.

Ingmar Rentzhog a alors fondé dans la foulée « We Don’t Have Time ». C’est une start up qui, depuis un an, cherche à jouer sur les réseaux sociaux pour promouvoir la lutte contre le changement climatique. On est ici un milieu d’entrepreneurs et de bobos, qui entendent se faire de l’argent tout en agissant pour que les choses aillent dans le bon sens, etc.

On est, en tout cas, chez des pros de l’utilisation des réseaux sociaux, dont c’est directement le métier : We don’t have time est une entreprise qui veut monter un réseau social de 100 millions de personnes qui soit une marque, avec une fondation derrière qui œuvre pour la « pour la bonne cause »

Pour résumer sommairement l’idée de la start up est de disposer d’une base de gens cherchant à bien faire et formant une base pour Facebook et Twitter. Quand un nombre suffisamment grand sera atteint, alors des « partenariats » avec des entreprises cherchant à disposer d’une bonne image pourra être effectué. Le modèle assumé de cette entreprise est Tripadvisor

Ce mélange de genre est ignoble, mais voici donc ce qu’on ne peut considérer que comme une légende, pour ne pas dire un pieux mensonge. Ingmar Rentzhog amène son fils au jardin d’enfant, son fils est triste de quitter son père, lui-même ne se sent pas bien

Puis il va au travail et sa route passe, comme par hasard, devant le parlement. Et là, alors qu’il est tout plein encore d’émotions par rapport à son fils de trois ans, il découvre une jeune adolescente « en grève » devant le parlement !

C’était le premier jour d’une grève devant aller jusqu’aux élections, une mobilisation en faveur de la lutte contre le changement climatique ! Quel curieux hasard… Donc, Ingmar Rentzhog raconte tout cela dans un post larmoyant sur les réseaux sociaux, expliquant que, de manière scandaleuse :

« Pendant le temps que j’étais là-bas, il n’y avait qu’un seul passant qui a pris sa fiche d’information. Personne sauf moi ne lui a parlé! »

Il faudrait donc la soutenir :

« Passez devant le Parlement. Parlez à Greta et montrez qu’elle n’est pas seule. ♥ ️ Elle a besoin de votre soutien maintenant ! »

Cette publication sur Facebook et Instagram a évidemment dès l’origine été publiée sur le compte de We don’t have time. Depuis, Greta Thunberg en est devenue une des « conseillères pour la jeunesse ». Et tout cela a l’air bien trop gros pour être vrai.

Il y a d’ailleurs un élément de plus qui ajoute à la dimension « opérative » de tout cela. Greta Thunberg a son père et deux grands-parents qui sont des acteurs connus en Suède, sa mère Malena Ernman est une chanteuse d’opéra, qui a été également à l’eurovision en 2009, et prix du WWF l’année dernière pour ses positions pour l’environnement.

Or, que fait-elle juste au moment où la grève scolaire de Greta Thunberg est lancée ? Elle publie un ouvrage, Scener ur hjärtat, Des scènes venant du coeur, où elle raconte la maladie de sa fille et l’importance qu’a eu la lutte contre le réchauffement climatique pour résoudre la crise familiale.

Et, comme par hasard, les parents de Greta Thunberg travaillent maintenant – sans être rémunérés – avec We don’t have time. Ces gens pensent-ils bien faire, en mettant en avant la lutte contre le réchauffement climatique ? Ou bien sont-ils seulement un peu sincères, ayant en tête un plan machiavélique pour faire booster une entreprise cherchant à être le roi du pétrole de la cause du réchauffement climatique sur les réseaux sociaux ?

Dans tous les cas, c’est totalement anti-démocratique. Et on a vu comment les médias se sont précipités dans cette brèche, répondant à l’appel du marketing et du branding, c’est-à-dire du fait de mettre en avant une marque. Greta Thunberg fait vendre !

Certains médias ont même dit que la télévision suédoise avait trafiqué la présentation du discours de Greta Thunberg à Katowice, à l’occasion de la COP 24. Il n’y aurait eu personne dans la salle et cela aurait été maquillé comme un succès fermant le clapet aux puissants de ce monde. Est-ce vrai ? Peu importe au final, car dans tous les cas on est ici dans quelque chose de douteux, d’hostile au principe de participation populaire.

Quand on voit que Greta Thunberg va au forum économique mondial de Davos avec son père, à une conférence avec les plus puissants de la planète, on se dit bien que cela n’a aucun intérêt, alors quel intérêt que ce soit vrai, faux ou entre les deux ?

En tout cas, il est certain que la valorisation de Greta Thunberg au moyen de photos habilement construites (et professionnelles dans l’esprit) est savamment construite. Sa venue à Davos en 32 heures de train a été bien médiatisé, tout comme le fait qu’elle dorme dans un camp de tentes.

Cela plaît aux médias qui trouvent matière à promouvoir quelque chose de « positif » et attirant l’attention, donnant qui plus est l’impression qu’on peut changer les choses sans les changer. « À Davos, Greta Thunberg éclipse patrons et présidents » dit France 24, avec un lyrisme entremêlé de pathétique :

« Ni un chef d’État tonitruant, ni un millionnaire flamboyant ou un patron innovant: la vraie vedette de l’édition 2019 du Forum de Davos a 16 ans, deux longues nattes, et une détermination à sauver la planète qui a impressionné l’élite mondiale.

“Elle a réduit tout le monde au silence… Cette jeune fille était extrêmement émouvante”, dit à l’AFP le patron du site de voyages en ligne Expedia, Mark Okerstrom, après l’intervention devant une salle comble de la Suédoise Greta Thunberg.

Dès son arrivée à la gare de la station de ski huppée mercredi, après 32 heures de voyage, les caméras se sont massées pour suivre cette adolescente menue aux joues rondes, icône de la lutte contre le changement climatique pour de nombreux jeunes dans le monde.

“La maison brûle”, assène-t-elle pendant son discours. “Les adultes disent qu’il faut donner de l’espoir aux jeunes”, continue Greta Thunberg, sourcils froncés en triturant ses fiches.

Et de lancer: “Je ne veux pas de votre espoir mais je veux que vous commenciez à paniquer”. »

Ses réseaux sociaux répondent évidemment de manière habile et très construite. Arnold Schwarzenegger, qui se targue d’être un grand écologiste, l’invite à Vienne, pour l’Austrian World Summit, et sur son compte la réponse dit : « Comptez sur moi. Hasta la vista baby. » Il y a tout de même peu de chances que ce soit elle, mais c’est rondement mené.

Le paradoxe, c’est que cela ne marche même pas tant que cela. Greta Thunberg a 130 000 personnes la suivant sur Twitter, ce qui est peu pour quelqu’un avec une image aussi bienveillante et une renommée mondiale. C’est que les gens consomment et là où il n’y a pas de fond, il ne reste rien. Non pas que Greta Thunberg dise des choses fausses, mais ce sont des propos moralistes, appelant à se bouger. Cela n’engage en rien, ce n’est pas une vision du monde.

On peut faire du bruit avec ce genre de choses, avoir du monde en proposant quelques actions, mais qu’en restera-t-il ? De l’égo, des likes sur facebook, la fausse impression d’avoir fait avancer les choses, un grand turn over car les gens ne restent pas, puis à la fin l’échec, le ressentiment, et le retour de l’apathie.

Qui se souvient en France de Droit Des Animaux, dont les activistes ont été hyper actifs ? Ou bien des « Furieuses carottes » ? Personne, et la même chose arriver à L214, « 269 animal liberation ». En un sens, cela aura fait avancer les choses, en fin de compte cela n’aura rien changé.

Et ce qui est le plus odieux, pour conclure, est que ces gens auront obtenu de la reconnaissance, alors que les vrais travailleurs de l’ombre auront été oubliés. Prenons l’association vegan.fr, dont nous ne partageons pas la vision du monde, donc nous pouvons le dire encore plus facilement. Pendant des années, elle a diffusé la pensée de Gary Francione tout en faisant la promotion du véganisme, ayant compris que sans philosophie à l’arrière-plan, le véganisme ne peut pas se maintenir. Elle n’a pourtant jamais obtenu l’attention qu’elle méritait.

Les gens ont préféré apparaître sur le net, consommer en masse des produits Sea Shepherd (un énorme succès commercial !), participer à des actions « concrètes » sans lendemain, être révolté un bon coup pour disparaître ensuite. Voilà quel est le problème de fond et c’est là-dessus que table les gens utilisant Greta Thunberg.

Demain il n’y aura même plus de place pour la Fondation Brigitte Bardot ou L214 ; il n’y aura que des monstres internationaux comme le WWF, utilisant les réseaux sociaux comme une arme absolue pour « exister » et capter toute attention.

Ce qui montre bien qu’à la base même, tel n’était pas le chemin qu’il fallait prendre. Seule une lutte de mobilisation démocratique peut faire passer les valeurs du véganisme dans la société ; seule une philosophie résolument claire – et pour nous c’est la défense de la Nature, avec la morale vegan straight edge – peut faire du véganisme une citadelle imprenable.

Et cela implique une révolution complète des mentalités, l’écrasement matériel des forces sociales détruisant la planète et asservissant les animaux, un engagement sans compromis en défense de notre mère la Terre.