Procès en Suisse de Costantino Ragusa, Silvia Guerini, Luca Bernasconi

Demain commence un procès express en Suisse, qui ne durera qu’un jour même peut-être, celui de personnes arrêtées il y a un peu plus d’un an, pour une tentative d’action illégale contre IBM.

Voici l’information que nous avions alors publié (en mai 2010) :

En Suisse, trois personnes ont été arrêté en possession d’une importante quantité d’explosifs et sont accusées d’avoir eu comme objectif un site de nanotechnologies d’IBM en construction à quelques kilomètres de là.

Ce site en construction, d’une valeur de 63 millions d’euros, est situé à Rueschlikon et ouvrira normalement l’année prochaine, il sera alors le plus important centre européen de nanotechnologies et de recherche biologique.

Les personnes arrêtées sont Costantino Ragusa et Silvia Guerini, d’origine italienne, et le suisse Luca Bernasconi. Elles sont véganes et connues pour leur éco-activisme; les médias les présentent comme faisant partie d’une organisation nommée « Il Silvestre. »

Leurs conditions d’emprisonnement ont immédiatement été très dures : isolement carcéral dans différentes prisons, et limitations du courrier à l’envoi et à la réception de trois lettres seulement parr semaine (par la suite cela est passé à deux lettres, de deux pages maximum).

Il y a également eu un moment une grève de la faim des personnes emprisonnées.

Les contacts directs avec les avocats ont également été rendus extrêmement difficiles, officiellement « pour des raisons d’organisations. » Les personnes accusées ne rencontreront leur avocat qu’aujourd’hui, à partir de 14 heures, alors que le procès commence demain matin…

Le procès aura lieu dans une petite salle et la défense n’a pas le droit d’être accompagnée, on l’a compris évidemment afin de passer sous silence ce qui se passe.

Il y a ainsi une large mobilisation en Suisse afin de les soutenir lors de leur jour de procès (le 20 juillet étant férié pour le tribunal), qui se tiendra dans la petite ville de Bellinzone.

Un site de solidarité existe (en italien, il s’agit de la Suisse italophone) :  http://silviabillycostaliberi.tk, des réunions d’informations sont prévues (au sujet de la lutte anti-nucléaire, des nano-technologies ainsi que la solidarité révolutionnaire), ainsi que des tentatives d’être présents au procès.

Il est bien entendu parlé en Suisse d’éco-terrorisme en raison de cette affaire, car la mobilisation en faveur de ces personnes emprisonnées est générale dans ce qu’on peut appeler les mouvances « primitiviste » et « anarcho-insurrectionnaliste. »

Ainsi, les prisonniers en Grèce de la Conspiration des Cellules de Feu ont émis un message de solidarité, alors que différents communiqués d’actions illégales dans le monde font de même (Londres, Madridcomme par exemple l’action de l’ARM en France qui saluait précisément ces personnes).

Voici justement un document d’une des personnes concernées, Siliva Guerini, qui exprime son point de vue, qui combine libération animale, libération de la Terre et primitivisme.

 

Message pour la rencontre de libération animale et de la terre de septembre 2010

Malheureusement je ne peux pas être présente à ces trois journées très importantes de la première rencontre de libération animale et de la Terre, mais avec ma pensée et mon cœur je suis là avec vous.
Je vous envoie ce message et je vous pense avec amour.

Nous sommes continuellement bombardéEs par une multitude de substances toxiques rejetées dans l’air, dans le terrain, dans les fleuves, dans les mers; submergéEs par des nocivités industrielles et technologiques. Biotechnologies et nanotechnologie sont en train de pénétrer dans l’entier tissu de cette société.

IntoxiquéEs, considéréEs des cobayes et des pièces de rechange, violéEs dans la profondeur des nos corps… entre l’aliénation d’un monde de circuits électroniques…

Tous les jours, dans tous les moments, une partie de la forêt amazonienne est détruite définitivement.

Espèces animales et végétales dont on ne connaît pas l’existence sont en train de s’éteindre, pour les fragiles et complexes liens et équilibres du monde naturel ensemble à ces-ci aussi des autres espèces sont destinées à s’éteindre.

Le poids de la destruction d’écosystèmes et de leur biodiversité, de la continuelle déprédation de leurs « ressources » pour le besoin énergétique du système industriel et des bouleversements climatiques est un poids ayant des conséquences si terribles et irréversibles pour la planète toute entière et pour tous les êtres vivants qu’il ne peut plus être considéré une question secondaire.

Ainsi que l’importance des luttes écologistes radicales pour contraster ce système qui se base sur l’avancée du progrès scientifique et technologique.

Les mêmes multinationales qui ont chez nous leurs sièges et centres de recherche et étendent leur pouvoir et leurs projets dans la manière la plus sournoise, dans le sud du monde elles manifestent leur visage de mort.

Pour les agriculteurs dépravés de leurs savoirs et obligés par les multinationales biotech comme Monsanto à planter des semences OGM stériles, pour les dernières tribu restées dans les forêts qui sont en train de disparaître pour laisser espace à des monocultures de soja et pour extraire biocarburants, pour eux il s’agit d’une question du survivance.

Ne pas réagir signifie mourir. Prêts aux armes ils résistent à l’avancée des multinationales et de la civilisation.

Leur résistance est aussi la notre, partie de la même lutte. Les luttes de libération animale et de la Terre font partie du même parcours, elles ne peuvent pas être scindées et considérées séparément.

Tous les êtres vivants sont liés au même fil d’exploitation. C’est le même système, le même paradigme anthropocentrique qui réifie tout être vivant en le réduisant à un pure numéro, à marchandise, à viande de boucherie, à ressource à utiliser, à agrégation d’organes à sectionner, à ensemble de cellules, de gènes et d’atomes à modeler et modifier…

Les nombreux plans d’exploitation et oppression du système sont comme plusieurs dimensions qui se pénètrent et se fusionnent l’une dans l’autre, en formant un filet à mailles serrées de liens et de relations. Éloigner une question spécifique de ce filet signifie perdre le contacte avec la réalité qui nous entoure et ne plus savoir comprendre les évolutions de la domination.

Il faut se demander à quoi on s’oppose, si à la domination dans toutes ses manifestations, quand on conduit des projets spécifiques il faut reconnaître la nécessité de l’union des luttes de libération.

Sans jamais perdre cette tension qui nous amène à être en conflit avec la société toute entière, qui nous empêche de nous contenter, qui nous empêche de nous cacher derrière des mots mais qui les fait devenir pratiques.

« Protester est dire que quelque chose ne nous plaît pas, s’opposer est faire ainsi que ce qui ne nous plaît pas ne va jamais plus arriver. » (Ulrike Meinhof, militant de la RAF).

Nous opposer c’est concrétiser l’ennemi en le rendant bien claire et visible devant nous, c’est concrétiser notre entendre et notre pensée.

Seulement en liant dans un seul front les luttes de libération animale et écologistes radicales nous sauront faire face à la complexité et à la profondeur de la domination, avec une lutte qui va au-delà de la surface pour dégonder à l’origine et dans la totalité toute forme d’exploitation.

Nous pourrons dire que la rue que nous avons entrepris est facile, que nous ne tromperons jamais et que nous réussirons à obtenir beaucoup de victoires.

Nous approcherions plusieurs militants, mais ainsi, sans être prêt-e-s à affronter les premières difficultés, quand elles se présenteront l’entier mouvement pourra couler. Pour l’éviter nous devons être conscients qu’en réalité la rue est longue et tortueuse, pleine d’entraves qui parfois nous semblent insurmontables.

Nous allons faire des fautes, nous allons subir des défaites, certain-e-s vont quitter la lutte et nous devrons s’affronter avec la répression… mais malgré tout cela, malgré le contexte autour de nous nous semble toujours plus désolant et qu’il soit toujours plus difficile de transmettre nos messages dans leur complexité et radicalité, si nous ne sommes pas nous, si ce n’est pas toi à décider de combattre, qui le fera? Si nous ne commençons pas maintenant à lutter, quand? Si nous attendrons, si tu attendras, il sera trop tard…

Face à ce scénario qui nous entoure si nous sommes assailli-e-s par l’impuissance et par le désespoir, nous ne devons par céder à ces sensations, mais les renverser dans la conscience et dans la force. Cette question tourne en tourbillonnant dans la tête: « Qu’est-ce qu’on peut faire? Qu’est-ce que on pourrait jamais réaliser contre tout cela? »

Pour répondre ça suffit simplement de commencer à renverser la route tracée par le système, en arrêtant le cours des événements que les puissants nous veulent faire croire comme inéluctable.

Tou-te-s sont indispensables, aussi seulement un individu peut faire la différence, il peut ouvrir une cage, et un prix trop élevé à payer n’existera jamais pour avoir sauver une vie… Plusieurs individus peuvent devenir un bâton entre les rouages de ce système et ils peuvent l’attaquer dans ses centres vitales.

Si toutes les personnes qui pour la première fois sont à cette rencontre, quand elle sera terminé, s’engageront concrètement et avec continuité, des nouvelles campagnes de lutte pourront naître et des projets déjà existants se renforceront et accroitront.

Ensemble nous pourront développer un mouvement de libération animale et de la Terre fort dans sa radicalité, composé par plusieurs âmes et plusieurs projets spécifiques, mais les tous unis par le même amour, par la même haine, par la même rage, par la même passion et par la même ardente nécessité dans le cœur de combattre contre qui exploite et tue tous les êtres vivants et la Terre, en conflit avec l’entier existant.

Sans peur de se tromper car par les fautes nous apprendrons et nous nous enlèverons plus conscients et forts. Sans peur de la répression car il n’y a pas des cages plus terribles de celles qui enferment million d’animaux.

Car face à une planète mourante il faut apprendre le courage de risquer notre liberté, car les cages les plus grandes ce sont celles que nous nous construisons autour de notre cœur et de notre esprit, faites d’indifférence et de justification pour ne pas agir…

Sous la peau, ce frisson qui nous fait vivre notre vie jusqu’au dernier soupir, qui nous coupe le souffle, avec le cœur battant et les poings toujours fermés. Avec la certitude de combattre avec tous nos efforts jusqu’au fond… Nous élevons les yeux dans la lumière des étoiles et nous conquérons le ciel…

A tous les esprits libres et sauvages qui le restent même si enfermés derrières les barreaux d’une prison ou d’une cage.

Liberté pour Costantino Ragusa, Luca Bernasconi, Marco Camenisch et toutes les prisonnières et tous les prisonniers révolutionnaires.

Silvia Guerini, prison de Bienne-Suisse, juillet 2010.

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