J’étais à Valognes

Voici un nouveau compte-rendu diffusé quant au camp Valognes contre le CASTOR.

Mardi soir

À l’accueil du camp, on nous indique qu’une assemblée générale est en cours sous le grand chapiteau et qu’il reste sans doute à manger dans au moins une des deux cantines (sous les petits chapiteaux). On décide d’aller planter nos tentes.

Puis on va à l’AG : les militants sont placés en cercles concentriques sous le chapiteau, assis sur des bancs de fortune ou des bottes de paille aux premiers rangs, posés sur des tréteaux ou debout aux derniers rangs. La parole circule bien. Je croise plusieurs militants que je connais, dont Yannick avec qui je sympathise. Un peu plus loin, je croise un coloc’ de Yannick qui m’explique qu’il en a marre de l’AG où seuls des gens à moitité bourrés prennent la parole pour raconter des conneries.

Effectivement, l’un nous appelle à prendre conscience qu’on est connecté au cosmos et que c’est pour ça qu’on doit bloquer le train castor. L’autre fait un plaidoyer appuyé pour la création d’un réseau d’associations locales chapeautées par une organisation nationale pour la lutte anti-nucléaire et continue son plaidoyer, même après qu’on lui ait expliqué que le réseau “sortir du nucléaire” (qui appelle au rassemblement) avait exactement cette structure.

Plus intéressant, j’apprends qu’il y a des rumeurs selon lesquelles le train pourrait être avancé : partir à 6h (ou 9h) au lieu de 14h30. Du coup, si les rumeurs se précisent, on sera réveillé à 4h30 demain pour partir assez rapidement vers le lieu de blocage. On m’indique aussi qu’il faut faire partie d’un “groupe” (même informel) de personnes pour l’action de demain, groupe dans lequel les membres veillent les uns sur les autres afin de ne laisser personne seul.

Mercredi matin

Réveil entre 5h30 et 6h00 aux cris de “Castor arrive, réveillez-vous”. Enfin, “réveil” est un bien grand mot : il a fait froid et un peu bruyant (tamtam) cette nuit, et j’ai pas beaucoup dormi. C’est pas grave : la bouteille de lait emportée la veille en prévision me rafraîchit l’esprit et je suis rapidement opérationnel. Du thé, du café et des gateaux (“vegan”) sont servis dans une des tentes de cantine.

Les gens se réchauffent autour du brasero. Auprès des copains de la coloc où est Yannick, j’apprends que la stratégie consiste à se diviser en quelques d’au moins 50 personnes à chaque fois, les groupes ayant différentes stratégies : gros bloc de soutien pour faire masse en cas de percée sur une voie, groupe de “têtes brûlées” qui vont tenter d’atteindre les voies à tout prix, groupes de “diversion” qui doivent être mobiles et tenter (sans forcer) de s’approcher des lieux où les voies sont accessibles.

Yannick se sent plutôt d’attaque pour aller dans un groupe de diversion où on est actif sans être trop en danger (a priori) : on décide de ne pas se séparer de la journée et de toujours garder un œil sur l’autre.

Un peu avant 7h, on quitte le camp : défilé aux flambeaux vers le lieu de l’action. J’ai oublié de remplir ma gourde : au village, je vais voir s’il y a un robinet à côté de l’église. Une petite fourgonnette de gendarmerie départementale observe notre départ et un gendarme sort lorsqu’il me voit m’écarter du rang. “Vous savez où je peux trouver de l’eau ?
– Par là, vos copains sont allés aux toilettes là-bas tout à l’heure. – Merci !”

La marche nocturne est impressionante et donne une allure vraiment militaire à l’action. Je le dis sans fascination : j’étais assez mal à l’aise, j’aurai préféré qu’on parte de jour. Peu importe. On passe dans des champs, on traverse des fermes, on se trompe parfois, on fait demi-tour et on avance. On croise la D2 : des policiers bloquent la circulation pour permettre au cortège de la parcourir quelques mètres avant de bifurquer vers le village de Percy (voir la carte). Des gens trouvent malins de scander des slogans anti-flics. Un peu après, on croise à nouveau à nouveau des policiers. 5 CRS, cette fois-ci, alignés le long du chemin que nous prenons. Rebelotte.

Mais cette fois, d’autres militants ripostent avec un slogan que je trouve plus marrant : “Le nucléaire / ça crée des emplois / dans les cim’tières / et les commissariats”. Peu après que je les aie dépassé, j’entends la sirène derrière nous, le cortège accélère, je comprends pas bien ce qui se passe, puis on reprend notre rythme normal. Un militant m’expliquera plus tard que les policiers ont tenté de remonter le défilé au pas de course et qu’un de ces policiers aurait été poussé dans le fossé à cette occasion (et roué de coups). Je ne sais pas si ce témoignage est vrai. Toujours est-il que la pression monte un peu. Certains ont des casques de moto, d’autres des boucliers de bois (de la taille d’une porte).

C’est assez impressionnant. Après coup, je me fais la remarque que, malgré l’allure très belliqueuse que donne ces objets à ceux qui les portent, il ne s’agit que de se défendre et qu’ils n’ont pas d’objet “d’attaque”. Autrement, des “pacifistes enragés” qui voudraient faire une telle action ne se prépareraient pas autrement que ces gens dont l’accoutrement tend à se rapprocher (un tout petit peu) de celui de ceux d’en face. Bref, la route qui mène au village de Percy est une impasse : au bout, on arrive dans un champ.

Le jour se lève. On est à quelques mètres de voies, on les distingue déjà. Une légère brume plane sur le champ. Des gendarmes mobiles sont placés le long de la haie protégeant la voie, un tous les 10 mètres. Ça me paraît peu. Des copains m’indiquent que d’autres militaires sont placés sur la voie, derrière là haie. Deux ou trois grenades lacrymogènes sont tirées (à l’aide d’une sorte de mini-mortier) au nord-ouest de notre position, nous forçant à avancer encore un peu dans le champ. Nous faisons face, à une vingtaine de mètres, au léger cordon de gendarmes mobiles.

On est pas pressés, il n’est que 8h30 et le train n’est pas parti. D’ailleurs, un rassemblement est prévu à 10h pas trop loin d’ici pour ceux qui n’étaient pas au camp cette nuit, on devrait donc avoir du renfort à ce moment. On tient à pas trop s’épuiser. Re-grenades lacrymogènes, qui nous pousse à nous replier sur le champ derrière nous. Des militants coupent les barbelés, histoire de nous permettre de passer plus facilement de l’un à l’autre. On se refile du maalox et du citron, pour lutter contre les effets du gaz (très irritant). On essaie d’avancer à nouveau dans le premier champ : on se positionne derrière la banderole.

Une trompette se fait entendre : un des nôtres a amené son instrument. À une trentaine, on tente d’étaler le cordon policier en se détachant du groupe pour aller vers le nord-ouest. Re-grenades. Cette fois-ci, je fais comme j’ai vu d’autres faire avant moi : courir vers les capsules (chaque missile contient 5 capsules qui se disséminent dans une rayon de 2 mètres) avec une botte de terre à la main pour les éteindre et arrêter l’émission de gaz. C’est un jeu assez rigolo, qui me plaît (dans le sens où il s’agit de rendre inactif une arme).

Trop de gaz dans l’air, repli vers le deuxième champ (plus loin des voies). Beaucoup, beaucoup de gaz. On se baisse pour ne pas en avoir trop dans la figure. Des copains nous annoncent qu’en sortant du champ vers la route, on tombe sur un point de ravitaillement tenu par d’autres copains (sur la carte : le “point” au milieu du carrefour de la Jacquotterie). Lorsque le gaz s’est un peu dissipé, je décide d’ouvrir le pot de caramel au beurre salé que j’avais sur moi : grand succès.

Une voie semble s’ouvrir à l’est du champ : on s’y engage, ça mène à un autre champ. Au loin (sud-est), dans la brume, on entend : “dernière sommation : respect de la loi ou nous ferons usage de la force”. On est trop peu nombreux à s’être engagés par là (une dizaine), on décide de revenir vers le groupe principal. Sur ce très court trajet de retour, on croise le propriétaire du champ et de la maison juste à côté, un vieux monsieur qui nous dit de pas s’en faire pour la clôture à moitié arrachée, “je la reconstruirai demain”.

Je retrouve Yannick qui était allé se reposer au carrefour : il a été assez vivement attaqué par les gaz et avait difficulté à les supporter. On reste dans ce second champ un moment, étant parfois à l’entrée du premier champ (plus proche des voies) avec une banderole. Une personne vient nous annoncer qu’un autre groupe est parvenu a atteindre les voies (les groupes sont en lien par talkies).

La matinée continue à ce petit rythme, pas très tendue de notre côté : approches en groupe, gaz lacrymo, tentative de les éteindre (je me perfectionne dans la technique et remarque que les bouses de vache sont très efficaces), échec relatif (on s’en et pris pas mal quand même), petit repli. Je vais au carrefour, où la route est bloquée par des pneus. On nous apprend que la voie entre Lieusaint (où arrivent les renforts militants) et ici est toujours libre.

Une dame du coin nous apporte gentiment de l’eau et du café. Je vais un peu dans l’autre champ, celui où j’avais entendu au loin les menaces d’emploi de la force : le soleil brille et les manifestants sont assez dispersés dans le champ. Il n’y a pas de gendarmes entre nous et la haie, mais ils sont présents juste derrière. Au loin (sud-ouest toujours, manifestement là où ils ont réussi à atteindre les voies), on voit des gaz lacrymo et on entend des grenades assourdissantes, mais ici tout est calme (à part quelques abrutis qui arrachent des petites branches aux arbres de la haieet les balancent par-dessus, et les branches finissent par revenir de la même façon).

On commence à discuter avec un gendarme de l’autre côté de la haie : “Ça vous gène pas d’être au service d’intérêts privés, pour défendre le nucléaire en plus ? – Et vous, ça vous gène pas de troubler l’ordre public en étant des assistés de la société, au RSA ou au chômage ? – Eeeh ! On est pas comme ça, nous, monsieur. On travaille, et on vient ici défendre des valeurs.”

Je reviens vers le carrefour où sont présents de nombreux militants. Quelques dizaines de minutes plus tard, des copains viennent proposer de tenter une offensive à travers les trous qui ont été dégagés grâce à l’arrachage de branches. Ils ajoutent que les policiers sont manifestement en sous-effectif, ceux-ci ayant demandé par talkie du renfort à leurs collègues. Des gens proposent une AG pour décider de ça, d’autres remarquent que si on fait une AG, le renfort sera arrivé depuis longtemps.

Le consensus se fait rapidement et un gros groupe part dans ce champ. Je reste au carrefour avec une quinzaine d’autres pour éviter que celui-ci soit pris par les policiers (il est assez stratégique, dans la mesure où il représente le lieu de repli le plus sûr pour les copains partis dans le champ). Peu d’échos de ce qu’ils font, pas mal de passage (de militants) au carrefour. Au bout d’une heure, des gens reviennent du champ en nous expliquant que la présence policière est trop importante sur cette portion de voie, qu’il serait bienvenu d’étaler le cordon en réalisant une diversion dans le premier champ (celui dans lequel nous étions au début de la journée). On décide d’y aller avec une quarantaine de personnes. On va le plus au nord possible, pour forcer les policiers à s’éloigner vraiment du point de tension que représente le champ sur lequel leur offensive se déroule.

On voit les gaz lacrymo et les policiers avancer dans leur champ. On craint que les policiers ne tentent de nous couper notre retraite vers le carrefour. Je semble être un des seul à me souvenir qu’on est arrivés par là ce matin : je tente une reconnaissance du chemin qui nous a conduit à ce champ. J’entends le bruit de pneux sur du gravier et un homme disant dans son talkie : “un homme s’approche, à 20 mètres”. Je distingue les toits de 3 ou 4 fourgonettes de CRS. Il semble qu’on soit tombé sur le lieu où leurs voitures stationnent pour l’action, impossible de se dégager par là.

Les CRS présents sur les lignes nous ordonnent de nous disperser. Ils lancent quelques grenades lacrymogènes (au mortier, toujours). On a pas le choix, on se rabat vers le chemin qui mène au carrefour. Notre tentative de diversion a été un échec, les policiers qui nous ont repoussé étaient ceux qui étaient dans les camions (probablement en train de manger quand on est arrivés). Le carrefour est enfumé de gaz quand on arrive, le plus gros des militants est massé là (et suffoque). Des grenades assourdissantes et lacrymogènes arrivent directement sur nous (et pas à 5 ou 10 mètres, comme précédemment), on se replie par la route qui mène à Lieusaint.

Quelques abrutis lancent des cailloux en direction des policiers, des copains réagissent : “on est pas là pour ça! / Arrêtez ! / Ça sert à rien”. Quelques personnes mettent le feu au barrage de pneu pour limiter l’avancée des policiers et on se retrouve tous à peu près au calme sur la petite route. Une dame assez âgée (mais militante quand même) est allongée sur l’herbe, elle a manifestement eu sa dose de gaz. On lui trouve du maalox et du citron.

Plutôt que de continuer à avancer sur la route, on décide d’investir un pré pour décider ce qu’on fait : certains veulent rentrer au camp tandis que d’autres veulent continuer de tenter d’accéder aux voies. On en profite pour sortir les picnics et manger un peu. On décide assez rapidement de se diviser en trois groupes : le premier constitué de ceux qui sont trop fatigués pour continuer, le second constitué de personnes “un peu” fatiguées  mais qui veulent continuer à tenter des actions (qui se dirigerait vers le nord pour trouver un autre point d’accès et, si ça ne marche pas, rentrer vers le camp), et un troisième de gens très motivés qui iraient vers le sud tenter des actions. Je m’inscris dans le second.

On part : le premier groupe se dirige vers Lieusaint, le second groupe les suit et le troisième s’apprête. Un camion frigorifique est stationné devant une grange, à proximité immédiate de la route : un individu, issu du second groupe crie “autoréduction” (ce qui signifie : appropriation immédiate et collective des biens contenus dans le camion). Là encore, des voix s’élèvent contre la proposition en considérant que c’est inutile et que ça dessert les intérêts du mouvement (il me semble que si la majorité ne s’exprime pas contre cette idée, la plupart des gens y sont hostiles – sans le manifester). La rumeur circule très vite : ce camion serait celui qui ravitaille les policiers (et, effectivement, deux policiers sont présents à l’intérieur).

Quelques individus (sans doute les mêmes que ceux qui sont déjà en train de réaliser l’auto-réduction) jettent des pierres sur le camion et y jettent le feu. “Arrêtez / c’est stupide !” mais rien n’y fait. Alors que l’avant-garde du second groupe s’engage sur la route vers Lieusaint (à la suite du premier), ils voient le premier groupe refluer, poursuivis par une charge de CRS qui viennent manifestement dégager leurs deux collègues.

Le premier groupe bifurque avant de rejoindre le second, et les CRS chargent sur le second. Grenades lacrymo, le groupe revient dans le champ où le picnic a été pris, fusionné avec le troisième groupe. Grenades lacrymo à nouveau, on passe dans le champ d’à côté et on continue notre trajet (pour être honnête, ça ressemble quand même pas mal à une fuite).

Les CRS ne continuent pas leur poursuite. On décide donc de marcher à travers champs, vers le nord tous ensemble.  Le défilé est assez joli : toutes ces personnes marchant en une colonne assez compacte et bariolée, évoluant au milieu des champs et de l’après-midi, donne des allures de “peuple en marche” à cette manifestation perdue au milieu de la nature. On en oublierait presque ce qui s’est passé juste avant.

Le groupe est divisé : certains veulent continuer à faire des actions, étant donné que le train n’est toujours pas passé et qu’il est possible de le retarder, d’autres sont fatigués et préfèrent rentrer. Je fais partie du second groupe. Il reste environ 70-80 personnes dans le premier groupe.

Le retour, la soirée au camp

Le retour est assez long et parfois compliqué : il faut passer des cours d’eau sans avoir de ponts ou de gués évidents, passer par-dessus des clôtures, etc. Une fois que nous avons rejoint la route, c’est plus simple. En arrivant, on fait sécher chaussures et chaussettes auprès des braséros. On est les premiers à être arrivés : le “premier groupe” initial, celui qui voulait rentrer immédiatement au camp, a dû faire un long détour à cause de l’intervention policière.

On attend une heure, on est sans nouvelles de ceux qui ont tenté de continuer l’action. Des discussions s’engagent, sous forme d’une AG improvisée : certains craignent une tentative de “vengeance” de la part de la police (on a réussi à retarder le train et “on” a cramé un camion) et proposent de se mettre immédiatement à démonter le camp pour partir vers minuit. d’autres disent qu’ils sont trop fatigués pour faire quoi que ce soit et considèrent qu’il faut attendre le dernier groupe pour décider. C’est ce moment que choisissent nos copains pour débarquer. Acclamés, leur arrivée dissout l’AG et la question est abandonnée. On mange sur place, on dort sur place et on avise.

Retours d’information : ceux qui ont continué l’action sont allés “au contact” avec une banderole (ils ont essayé d’avancer et de faire reculer les policiers), ont pris des coups de matraque et de gazeuse, ont eu une stratégie de division en petits groupes qui s’est avérée dangereuse (un de ces petits groupes a failli se faire encercler mais a réussi à se dégager à temps) mais ils n’ont pas réussi à atteindre les voies.

Par ailleurs, j’apprends que 2 personnes ont été blessées (dont un en ayant reçu une grenade lacrymo sur le crâne, au moment où celles-ci pleuvaient sur le carrefour) et plusieurs arrêtées. On ne sait pas ce qu’elles sont devenues.

Il est encore tôt (17h), mais la nuit tombe et beaucoup de personnes ont faim : le repas qui était prévu pour le midi est alors servi. Vers 18h30, on voit une vingtaine de fourgons de gendarmerie mobile passer devant le camp. L’alerte est donnée, on se regroupe pour discuter. Les gens informés disent qu’ils ne devraient pas intervenir sur le lieu de camp car c’est un lieu privé, à moins qu’ils aient un ordre de perquisition. Renseignement pris, il y aurait une demi-compagnie de chaque côté de la route qui mène au camp, soit 80 gendarmes environ.

Par téléphone, on apprend qu’ils font des contrôles d’identité sur le parking où sont quelques uns de nos camarades qui sont venus en voiture et vivent à l’intérieur. Comme la consigne a été donnée de ne pas avoir de papiers d’identité sur soi (afin notamment de placer sur le même plan face aux forces de l’ordre ceux qui ont des papiers et ceux qui n’en ont pas), certains se font embarquer pour ce motif. Des copains proposent d’aller là-bas pour empêcher les gendarmes de réaliser ces arrestations.

D’autres (la majorité) considèrent qu’il s’agit justement d’un piège visant à leur donner un motif d’entrer sur le camp, ce qu’il ne faut surtout pas faire. Les premiers répondent (à raison) que c’est pas cool de laisser tomber les camarades comme ça, qui sont en train de se faire embarquer à 100m d’ici. Les seconds acquiescent, mais n’ont pas d’autres solution que la résignation à proposer (à raison aussi, à mon sens).

Le repas du soir est servi. Vers 20h, une AG semble s’organiser sous le chapiteau : quelqu’un prend la parole et propose de faire le bilan de ce qui s’est passé aujourd’hui. On a assez peu d’informations sur les camarades qui se sont fait embarquer (au cours de la journée et en fin d’après-midi), les échos médiatiques semblent indiquer que nous avons pu retarder le train de quelques heures, et la plupart des gens présents ont l’impression qu’on a réussi cette journée.

On s’organise aussi pour le lendemain : il est prévu que quelques militants restent dans la région le temps que tout le monde sorte de garde à vue pour les aider dans leur défense face aux policiers et les conseiller à leur sortie, que l’on démonte le camp demain matin et que l’on fasse un convoi assez large des dernières personnes quittant le camp, afin d’éviter qu’un petit groupe de copains se retrouve isolé sur le champ, laissant la voie à un contrôle policier.

Certains proposent de parler des perspectives à plus long terme mais comme tout le monde est fatigué, personne ne dit rien à ce sujet et l’AG se termine faute de gens ayant envie de prendre la parole. En sortant du chapiteau, j’apprends que les polciers auraient posé un papier à l’entrée du camp indiquant qu’ils avaient l’autorisation exceptionnelle de réaliser une perquisition jusqu’à 5h30 du matin (normalement, elles ne peuvent avoir lieu qu’entre 6h et 22h).

La fin du camp, le départ

Il a fait très froid, j’ai peu dormi. Lever vers 8h00 pour prendre un thé et participer au démontage des chapiteaux. Matinée passée dans la brume à discuter autour des braséros, rentrer des planches dans les camions, lire les journaux qui parlent de notre action, revenir se chauffer les pieds près du brasero. Ni policier, ni tension, tout semble bien se passer. On apprend que des policiers ont été déployés sur tout le trajet du train : cela doit représenter une somme d’argent assez incroyable, et on espère que ça pèsera dans le sens d’un abandon du nucléaire lorsqu’il s’agira de mesurer ce que ça coûte.

Le départ s’éternise et les derniers camions se préparent. Des appels téléphoniques de personnes déjà parties font état de contrôles routiers à une trentaine de kilomètres au sud du camp. On décide d’éviter ce point et, vers 14h, on quitte le camp en cortège de camions (sans avoir mangé). Dans le car, on se partage les derniers fruits et biscuits qui n’ont pas été consommés lors de l’action d’hier.

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