Les « bouchers bohèmes » et les lapins de Portland

Puisque nous mettions hier en avant quelques adoptions, voici une petite histoire qui vient de se passer aux États-Unis. Elle est triste, mais assez exemplaire de comment, à l’opposé et quand on veut aider les animaux, il faut faire preuve d’intelligence.

Le 8 janvier, le site internet du « Portland Meat Collective », c’est-à-dire des bouchers, ont annoncé qu’entre 18 et 23 lapins leur avaient été « volés », et qu’ils passaient le mot au cas où quelqu’un pouvait leur donner des informations à ce sujet.

Le « vol » avait eu lieu la veille d’une journée de formation, où les lapins devaient se faire tuer.

Puis, le 13 janvier, il a été annoncé que les lapins avaient été ramenés. Que s’était-il passé ?

En fait, la nuit même du « vol », des lapins ont été déposés devant la porte d’un refuge pour lapins, appelé « Rabbit Advocates. » Ce qui en soi n’est pas malin, on le devine.

Car en quelques jours, les animaux ont été placé, mais par la suite – on ne sait pas trop comment – l’information est parvenue au « Portland Meat Collective » qui a alors exigé « ses » lapins.

A coup d’avocat et de pression policière, le refuge a décidé d’obtempérer – c’est triste et rageant, mais on peut se douter de la position très difficile du refuge, qui n’a pas les moyens de faire face à un procès tout en devant continuer de s’occuper des animaux.

Par contre, « Portland Meat Collective » n’a pas hésité à remercier le refuge de s’être occupé si bien des lapins, ce qui enfonce le clou de manière bien odieuse.

Mais il y a un lapin qui manque. « Portland Meat Collective » constate ironiquement qu’il s’appelle… « Roger », en allusion au film Qui veut la peau de Roger Rabbit. Ils n’ont peur de rien !

La personne ayant adopté le lapin refuse en effet de le rendre, et a pris un avocat. En fait, on le devinera, c’était aux adoptants de s’organiser et de dédouaner le refuge, afin de le couvrir.

Évidemment cela demande beaucoup de conscience et d’organisation, que n’ont pas forcément toutes les personnes adoptantes, et de plus tout s’est passé très vite.

On notera au passage que le « Portland Meat Collective » est une initiative « bobo. » Ce collectif propose de la « viande » locale et des cours pour s’en occuper ; il s’agit du trip proche de celui des « chasseurs-cueilleurs » et dont l’un des théoriciens aux États-Unis est Michael Pollan.

On notera d’ailleurs que le « Portland Meat Collective » propose même un lien vers un article sur un site français : « Qu’il est bobo mon boucher! Ils sont jeunes, diplômés, tiennent des blogs et sont ultra-médiatisés. Outre-Atlantique, la boucherie-charcuterie est à la mode et tente de s’inscrire dans le long terme. »

On y lit notamment :

Tom Mylan, jeune boucher à Brooklyn, a un problème peu commun pour un membre de sa profession: il est surmédiatisé. Depuis l’année dernière, il est devenu tellement à la mode qu’il s’en est même un peu lassé. «Il y a eu des tonnes d’articles sur les bouchers rock stars, les bouchers sexy, c’est un peu superficiel», explique-t-il, blasé.

Chaque semaine, sa boucherie new-yorkaise attire des nuées de bobos qui viennent apprendre à dépecer des porcs et faire des saucisses au romarin. Il reçoit un nombre incalculable de demandes de stages, et une de ses employés a quitté une carrière en communication pour se consacrer à l’art du steak.

Depuis deux ans, la boucherie et la charcuterie font fureur aux Etats-Unis. Les nouveaux artisans de cette renaissance sont établis à New York et sur la Côte Ouest. Ils sont jeunes, diplômés, souvent tatoués, avec une poignée de femmes et beaucoup d’anciens végétariens. Certains font des démonstrations dans des bars, où ils manient des carcasses devant une foule à moitié ivre. Ils ont des blogs, découpent leur bœuf la musique à fond, et sont passionnés par le bacon et les races porcines. Londres vit aussi sa petite révolution bouchère, symbolisée par le Ginger Pig, un établissement qui compte trois fermes, quatre boutiques, et offre des cours cinq fois par semaine pour les Londoniens qui voudraient approfondir leur relation avec la viande qu’ils ingurgitent.

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Faire ses courses dans ces nouvelles boutiques est presque devenu un acte politique, une forme de boycott de l’élevage de masse. Sorti en 2008, le film Food, Inc montrait notamment des poulets élevés dans un hangar crasseux où ils pataugeaient dans leurs propres excréments. De quoi vider les assiettes.

L’intérêt pour la viande de qualité est le dernier volet d’un vaste mouvement de rééducation alimentaire qui a germé dans le pays il y a cinq ans.

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«J’adore leur démarche, ils ne se contentent pas de la production industrielle, et puis c’est des mecs cool qui ne se prennent pas la tête, résume Yves-Marie Le Bourdonnec, boucher à Asnières. Là-bas le métier est tendance. Ici on est un peu pris pour des ploucs, des ringards.» Celui qui a acquis le surnom de «boucher bohème» aimerait importer cet engouement en France…

Il va de soi qu’une telle horreur arrivera en France. Les « flexitariens » d’aujourd’hui se précipiteront dans cette nouvelle mode, tout comme tous les ultra-libéraux n’en ayant rien à faire des animaux, mais prenant la question animale en otage pour leur mode de vie « branché. »

D’où la nécessité d’être inflexible dans la démarche végane et dans le rapport aux animaux !

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