Comment une multinationale impose l’huile de palme au Cameroun

La palme existe initialement en Afrique ; utilisée en Indonésie et en Malaisie, elle est de plus en plus massivement utilisée dans les pays d’Afrique également. Avec les mêmes conséquences, au Gabon, en Côte d’Ivoire, au Cameroun…

Un bel aperçu du capitalisme à l’échelle mondiale : la pression écologiste sur la Malaisie et l’Indonésie se transforme en jeu de massacres en Afrique !

Voici déjà un aperçu de la situation pour le Cameroun, donné par le Centre pour l’environnement et le développement du Cameroun, dans ce qui est un document véritablement exemplaire.

C’est vraiment un cas d’école, où un État du tiers-monde donne quartier libre à une multinationale.

Quelques faits pour comprendre la situation :

  • depuis 2009 la SG Sustainable Oils Cameroon, une filiale de l’entreprise américaine HéraklèsFarms, a entre ses mains de 73.086 hectares de surface, dans le but de produire 400.000 tonnes d’huile de palme par an
  • 82% de cette surface est destiné à la plantation et aux installations nécessaires, le reste allant aux populations locales et aux forêts primaires
  • le droit pour l’entreprise de l’utilisation de l’eau locale est… illimitée !
  • plus de la moitié des plantations possédées par la SG Sustainable Oils Cameroon empiètent illégalement sur les forêts primaires

Voici quelques passages que nous avons extrait du rapport, téléchargeable ici au format pdf (et ici dans une version anglaise).

Il faut déjà voir le sens de ce néo-colonialisme avec l’impact local :

Les plantations agroindustrielles en Afrique ne sont pas récentes. Elles datent pour la plupart de la période coloniale, mais les nouvelles négociations foncières se distinguent partiellement des pratiques de l’époque coloniale parce que :

Elles ne sont pas motivées uniquement par le marché dans le sens classique de la recherche d’avantages comparatifs au niveau global. En revanche, elles détournent l’utilisation des terres et de l’eau de l’agriculture locale vers l’agriculture à longue distance afin de combler les besoins en alimentation et en énergie des pays d’origine des investisseurs. Il s’agit, dans la réalité, d’acheter des aliments, avec le risque que les besoins locaux en alimentation, les utilisateurs des terres et les droits à l’eau soient déplacés.

Qu’est-ce que cela veut dire ? Eh bien qu’au Cameroun, on pourrait manger à sa fin, mais qu’avec le néo-colonialisme l’économie est vendue aux multinationales et qu’il faut donc importer :

Bien que le pays possède des terres très fertiles et pourrait être auto-suffisant en produits vivriers, le manque d’investissements et d’aide de la part de l’Etat, la politique agricole et commerciale nationale, n’ont pas permis aux agriculteurs de développer leur production.

Selon l’ONG ACDIC, le Cameroun a par conséquent importé en moyenne 426.000 tonnes de riz, 393.000 tonnes de blé et 13.000 tonnes de maïs entre 2008 et 2010.23 En février 2008, des populations de sept régions au sud du Cameroun, ont protesté, contre, entre autres, l’augmentation des prix des denrées alimentaires, due au renchérissement des coûts de transport entre les zones de production et le Cameroun, destination finale à l’importation de ces produits de première nécessité. Ces émeutes ont duré plusieurs jours et fait plusieurs dizaines de morts.

Cette augmentation sensible et rapide des prix de ces produits avait révélé la dangereuse dépendance du Cameroun aux produits alimentaires importés. Dans ces conditions, la logique de la location des terres aux entreprises étrangères pour la production d’huile de palme destinée à l’exportation s’explique difficilement, au moment même où la nécessité du soutien aux petits agriculteurs produisant des denrées pour la consommation locale se fait de plus en plus pressante.

Comme nous en avions déjà parlé, au sujet de l’Afrique de l’ouest (La machine de guerre contre les chimpanzés et l’explosion de la « viande de brousse »), il y aura donc également comme conséquence du projet économique une généralisation du braconnage :

Migration, braconnage et vente de viande de brousse

En général, au Cameroun, tous les projets importants d’investissement entraînent des migrations vers les zones desdits projets, car les nombreux Camerounais au chômage se ruent vers l’emploi.

Dans le cas de la SGSOC, le déplacement économique des populations va augmenter la dépendance sur la chasse. En plus, la migration va inévitablement faire accroître la demande pour la viande de brousse.

En outre, le réseau routier développé va également contribuer à rendre plus rentable le braconnage professionnel. La combinaison de ces facteurs fait du projet SGSOC un catalyseur potentiel d’une catastrophe en matière de conservation de la nature.

Et, bien évidemment, les parcs nationaux voisins sont touchés et, à terme, plus que menacés…

 « Nous nous considérons comme des écologistes » (le PDG de l’entreprise Héraklès)

Les équipes de la SGSOC et d’Héraklès sont sur le pied de guerre au plan des relations publiques pour minimiser l’impact environnemental des plantations de palmiers à huile, car leur projet sera une véritable catastrophe écologique.

Biodiversité

Les projets de monoculture de palmiers à huile, même bien gérés, débouchent généralement sur des pertes de biodiversité. Dans ce cas, la concession foncière de la SGSOC est située dans un lieu de grande valeur pour la biodiversité, à proximité de quatre aires protégées (le parc national de Korup, les monts Rumpi, le Mont Bakossi et le sanctuaire de faune de Bayang-Mbo).

Cet espace abrite des douzaines d’espèces en voie d’extinction, et la zone entre les aires protégées est un important couloir de migration des espèces.

Le tout dans une opacité totale, en raison du caractère « confidentiel » des négociations…

L’augmentation des prix des produits de première nécessité, l’industrie des biocarburants en pleine expansion, les réformes foncières en Asie du sud-est, les cadres d’investissement améliorés ainsi que les préoccupations grandissantes de bon nombre de pays en matière de sécurité alimentaire nationale ont conduit les entreprises privées et les gouvernements à se tourner (une fois de

plus) vers le continent africain à la recherche de terres.

Il est difficile de trouver des statistiques précises relatives à ce phénomène, car les négociations

foncières sont le plus souvent signées dans le secret. Nous savons que des millions d’hectares de terres du continent africain ont été concédés dans le cadre de baux fonciers de longue durée (parfois jusqu’à 99 ans).

Cela, bien entendu, menaçant les forêts primaires de manière générale, modifiant tout le pays lui-même finalement…

Forêts à haute valeur pour la conservation (FHVC)

Afin de réduire les risques du projet aux yeux des investisseurs potentiels, Héraklèsa déclaré que ses activités seraient conformes à un certain nombre de bonnes pratiques internationales, notamment les Principes de l’Equateur et ceux de la Roundtable for Sustainable Palm Oil.

Tout en reconnaissant l’impact négatif du palmier à huile des forêts, la RSPO interdit à ses membres de détruire valeur pour la conservation (FHVC) dans le but de les plantations de palmiers à huile. Selon la RSPO, « le sur la préservation les forêts à haute remplacer par des développement des plantations ne doit pas mettre une pression indirecte sur les forêts par l’utilisation de toutes les terres agricoles disponibles d’une zone».

Lorsque la SGSOC est entrée en contact avec une entreprise anglaise pour une évaluation des FHVC dans une plantation, cette entreprise a refusé en déclarant que le projet viole clairement les principes RSPO sur les FHVC, entre autres.

De nombreuses analyses, notamment celle du GIZ, montrent que plus de la moitié des concessions de la SGSOC empiètent sur les FHVC. Le GIZ estime, en outre, que la SGSOC devrait réserver 31.576 ha de terres pour les activités agricoles des communautés locales. La SGSOC a mis de côté moins de 10% de cette superficie.

L’EIES de la SGSOC prétend que « les FHVC, y compris les forêts primaires, les végétations sur les pentes raides (supérieures à 30°) et les sites sacrés tout comme les terres agricoles utilisées par les villages de la concession, seront préservés ».

Toutefois, l’évaluation ne présente aucune explication sur le déroulement de ces faits et aucune carte n’est fournie pour la démarcation des terres à préserver. Par ailleurs, si cette terre sera réellement réservée pour l’agriculture et la conservation, pourquoi resterait-elle une partie de la concession foncière de la SGSOC ? Cette terre doit être restituée aux communautés.

C’est un travail admirable qu’a fait le Centre pour l’environnement et le développement du Cameroun ; le document qu’il fournit est d’une très grande valeur pour comprendre l’action des multinationales, leur démarche rendant soumis les États du tiers-monde, tout cela pour une production meurtrière !