La licorne, capturée et massacrée

La licorne est une créature légendaire très connue. Il est intéressant de voir que l’humanité a parfois préféré s’intéresser et valoriser des animaux qui n’existaient pas, plutôt que des êtres vivants réels. Il y a de multiples raisons à cela, comme on peut le comprendre quand on voit à quelles périodes historiques cela s’est mis en place.

Car en fait, la licorne n’était pas “valorisée”! Elle était capturée de manière traître au moyen d’une vierge, puis assassinée!

En fait, la fascination pour la licorne commence en effet avec le début des sciences naturelles, en Grèce antique. C’est à ce moment-là que les différents compte-rendus parlent d’une créature avec une seule corne, soit en grec monokeros (μονόκερως), vivant en Inde.

Au 5ème siècle avant JC, le médecin grec Ctésias parle ainsi dans son histoire de l’Inde, où il n’est cependant jamais allé,

« des ânes sauvages de la grandeur des chevaux, et même de plus grands encore. Ils ont le corps blanc, la tête couleur de pourpre, les yeux bleuâtres, une corne au front longue d’une coudée. La partie inférieure de cette corne, en partant du front et en remontant jusqu’à deux palmes, est entièrement blanche ; celle du milieu est noire ; la supérieure est pourpre, d’un beau rouge, et se termine en pointe.

On en fait des vases à boire. Ceux qui s’en servent ne sont sujets ni aux convulsions, ni à l’épilepsie, ni à être empoisonnés, pourvu qu’avant de prendre du poison, ou qu’après en avoir pris, ils boivent dans ces vases de l’eau, du vin, ou d’une autre liqueur quelconque. Les ânes domestiques ou sauvages des autres pays n’ont, de même que tous les solipèdes, ni l’osselet, ni la vésicule du fiel. L’âne d’Inde est le seul qui les ait. Leur osselet est le plus beau que j’aie vu ; il ressemble pour la figure et la grandeur à celui du bœuf. Il est pesant comme du plomb et rouge jusqu’au fond comme du cinabre. Cet animal est très fort et très vite à la course. Le cheval, ni aucun autre animal, ne peut l’atteindre. »

Bien entendu, les années passant, la licorne ne fut pas pour autant vue. Qu’à cela ne tienne, l’explication fut simple : on ne peut pas capturer de licorne !

Au 1er siècle après JC, voici l’explication de Pline l’Ancien dans son « Histoire naturelle » :

« La bête la plus sauvage de l’Inde est le monocéros ; il a le corps du cheval, la tête du cerf, les pieds de l’éléphant, la queue du sanglier ; un mugissement grave, une seule corne noire haute de deux coudées qui se dresse au milieu du front. On dit qu’on ne le prend pas vivant. »

C’est donc le début de la légende de la licorne, qui va prendre un nouvel élan avec la traduction de la Bible chrétienne. En effet, dans ce qui est considéré comme étant l’ancien Testament, il est parlé du « bœuf sauvage », et la traduction grecque faite à Alexandrie a utilisé le mot « monoceros », ce qui a provoqué une vague de référence à la licorne.

Au IIème siècle après JC, on a déjà la licorne dans un bestiaire chrétien appelé le « Physiologos. »

La licorne n’est ici plus grande comme un cheval, mais elle a une dimension magique de type chrétienne, seule une « vierge » pouvant l’approcher. Mais l’esprit est déjà celui du meurtre, puisque la licorne est assassinée !

« Il existe une bête appelée en grec monosceros c’est-à-dire en latin unicornis. Le Physiologue dit que la nature de l’unicorne est la suivante : c’est un animal de petite taille, pareil à un chevreau, qui est vraiment très fougueux et a une corne unique au milieu de la tête. Et absolument aucun chasseur ne peut le prendre, mais on y parvient par le procédé suivant : on conduit une jeune fille vierge à l’endroit où il demeure et on la laisse seule dans la forêt. Aussitôt que l’unicorne voit la jeune fille, il bondit sur le giron de la vierge et l’enlace.

Et c’est ainsi qu’il est attrapé et montré dans le palais du roi. Il en va de même aussi de notre Seigneur Jésus Christ, unicorne spirituel, qui, en descendant dans le ventre de la Vierge, prit chair en elle, fut pris par les Juifs et condamné à mourir sur la croix. À ce sujet David dit : Et il est aimé comme le fils des unicornes [Ps. 28, 6] ; et à nouveau dans un autre psaume, il dit de lui-même : ‘Et ma corne sera relevée comme celle de l’unicorne.’ [Ps. 91.11] »

C’est très étrange que cette licorne assassinée. Le Moyen-Âge chrétien a bien mis en avant la licorne, mais donc pas du tout finalement comme un animal « merveilleux », et en fait comme une sorte de quasi monstre magique.

On est ici dans le même créneau que les meurtres de rhinocéros pour leurs cornes !

Et ce n’est donc qu’avec le romantisme au 19ème siècle que la licorne a acquis une image vraiment positive, la licorne ayant évidemment aujourd’hui une très bonne image.

Mais dans l’histoire, la licorne est symboliquement capturée par traîtrise au moyen d’une « vierge », puis elle est tuée…

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