La conférence de Rio+20 a commencé

Hier s’est donc ouvert le Rio+20 (voir notre présentation d’hier). Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, a exhorté les participants à la conférence de faire en sorte que ce soit une réussite :

« Rio+20 nous donne une chance unique de corriger les choses, de créer un nouveau modèle pour un nouveau chemin qui concilie les impératifs d’une croissance forte et du développement économique avec les dimensions sociales et environnementales d’une prospérité durable. »

Mais il n’y croyait pas plus que cela, d’ailleurs personne n’y croit. Il a par conséquent ajouté :

« Maintenant, il est temps d’agir. Ne laissons pas nos enfants et petits-enfants convoquer un Rio+40 ou un Rio+60. »

Cela donne le ton : Rio+20 est déjà prévu comme un échec, comme raconté hier. Et comme mentionné hier, et à l’opposé du président américain Barack Obama, du premier ministre britannique David Cameron et de la chancelière allemande Angela Merkel, François Hollande est allé à la conférence Rio+20, même s’il ne restera pas jusqu’à la fin.

Il a tenu un discours « engagé », bien applaudi, tourné vers le « multilatérialisme » et le tiers-monde. Mais c’était un discours « engagé » n’engageant à rien, expliquant l’importance du sommet pour les générations futures, qu’il fallait aider au développement et combattre la pauvreté, mais sans pour autant appeler à changer de mode de vie.

Il a expliqué que la biodiversité avait terriblement baissé, que le réchauffement climatique continuait, il a dit plusieurs fois qu’il tentait le « discours de la vérité », mais pour autant il n’a rien dit de concret, ni n’a appelé à aucune remise en cause.

Il a par exemple appelé à instaurer une taxation des transactions financières, mais cela ne veut rien dire car c’est justement ce que font les entreprises qui aboutit à la destruction de la planète…

Hollande est ici pris dans une contradiction, ou plutôt une complète hypocrisie, il joue l’équilibriste : un coup écologiste parce que l’époque l’exige, un coup le réaliste, car il n’a rien à proposer et que de toutes manières, il ne peut rien proposer, car sinon il faudrait tout remettre en cause !

D’ailleurs, il a répondu sèchement, juste avant son discours, à Michel Rocard, qui proposait pour des raisons financières d’abandonner la production de bombes nucléaires. Hollande a réfuté cela, assurant que ces bombes étaient là pour la paix ! Ce qui, alors que s’ouvre une conférence sur l’avenir de la planète, est tout de même assez impressionnant de cynisme !

Notons justement que si on va sur le site de la présidence de la république, il n’y a même pas de catégorie « écologie » !

Dans un même registre, les Maldives ont déclaré que 1192 de leurs îles deviendraient une réserve marine, en 2017. Les Maldives sont composées de 1199 îles, dont 202 sont habitées par des humains.

Par contre, et c’est évidemment rarement souligné, cela ne sera pas un véritable sanctuaire, puisque la pêche « durable » sera autorisée ! Les Maldives trouvent un moyen de se mettre en avant à « peu de frais », tout en ne remettant pas en cause le processus général en cours.

Nous touchons là un vrai problème : avec les médias et l’absence d’objectif précis, tout peut être balancé, un peu n’importe comment, et cela peut apparaître comme allant dans le bon sens.

C’est un peu comme la question animale : la situation est tellement dramatique, que n’importe quoi peut sembler un progrès, alors qu’en fait sans perspective claire, on passe vite à côté du sujet, voire on est contre-productif, suivant l’adage comme quoi l’enfer est pavé de bonnes intentions.

Il y a en tout cas et heureusement eu un grand rassemblement contre la conférence, rassemblant jusqu’à 100 000 personnes à Rio.

Voici comment un communiqué de presse décrit un happening intéressant dans le cortège :

Le visage peint en bleu, une femme vêtue en mappemonde pleure et demande de l’aide pour la Terre.

Elle est enchaînée par un grand propriétaire terrien qui hurle « plus de viande pour les Etats-Unis ! » tandis que son employé portant « un grand tablier ensanglanté où on lit « Mac Killer » et « Murder King » – en allusion aux deux chaînes de fast-food américaines McDonald et Burger King – poursuit un (faux) boeuf avec une hache.

Voilà la réalité bien décrite : la Nature est assassinée pour satisfaire le mode de vie destructeur des pays riches !

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