Fin du sommet anthropocentriste de Rio+20

Le sommet mondial Rio+20 s’est terminé ; aucun média n’en a parlé. Sans doute en parleront-ils dans le courant de la journée, mais l’absence de réaction immédiate témoigne du manque total d’intérêt pour une conférence mort née.

On atteint un point hallucinant de dédain, d’esprit mesquin, de rejet de l’écologie. C’est le sauve-qui-peut maquillé en pseudo assurance. Y a-t-il encore des écologistes, ou même ne serait-ce que des gens qui se soucient de l’écologie, qui en font une actualité ?

Depuis quelques années, tout le monde a sorti la rengaine comme quoi tout le monde était écologiste, que ce n’était pas une préoccupation spécifique, etc. Tout cela a servi à masquer le refus de l’écologie et de ses exigences.

Voici par exemple ce que raconte Pascal Canfin, ministre délégué au développement et membre d’Europe Ecologie – les Verts :

« J’étais cette semaine à Rio au sein de la délégation française avec le Président de la République, Laurent Fabius, Nicole Bricq, et Benoit Hamon. J’ai donc participé aux négociations qui ont débouché sur la déclaration finale.

Je souhaitais vous faire part de mon analyse sur le texte final. Quel jugement porter sur ce texte ? Si on le juge au regard de ce qui serait nécessaire pour inventer un mode de vie à 7 milliards d’humains, compatible avec les limites de la planète, alors, oui, ce texte est nettement insuffisant.

Comme le font remarquer les ONG, Rio+20 n’a pas apporté les réponses immédiates que l’urgence environnementale exige. »

Le reste du texte tente de justifier Rio+20, comme quoi cela a été utile, etc, que de la poudre aux yeux.

Mais ce qui compte, dans ce que dit Pascal Canfin dès le départ de son analyse, c’est son anthropocentrisme. La seule chose qui compte, c’est :

« inventer un mode de vie à 7 milliards d’humains, compatible avec les limites de la planète »

C’est le contraire de ce que doit être l’écologie. La ligne de fracture est très claire : l’avenir mettra d’un côté les anthropocentristes et de l’autre ceux et celles voulant une planète bleue et verte.

C’est cela qui va être l’histoire du 21ème siècle !

Et Rio+20 est une base pour l’anthropocentrisme, « l’économie verte », le « développement durable. »

Ainsi, un document commun a donc été ratifié, qui a comme objectif une « économie verte », mais il n’y a ni plate-forme centralisée au niveau mondial, ni financement.

C’est-à-dire, pour parler clair, que personne n’est contrait en rien ; il y a des objectifs moraux, mais l’économie du profit se passe de moral, encore plus en temps de crise.

« Le futur que nous voulons », titre du document, ne parle pas des animaux, ni de la biodiversité en général ; il n’affirme pas la nécessité de combattre le réchauffement climatique, il ne place pas l’océan au centre des préoccupations. Il rejette Gaïa. Nous en reparlerons en détail.

Bien évidemment, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon a expliqué que « C’est un très bon document, c’est la vision sur laquelle nous pouvons construire nos rêves. »

Mais il n’y a que lui à y croire ; même les ONG et les institutions européennes rejettent totalement Rio+20 comme ayant totalement échoué.

La question principale est en fait d’une importance historique, puisqu’il s’agit de la capacité ou non de s’élever au niveau mondial. Même les « acteurs institutionnels » s’aperçoivent que sans perspective à l’échelle mondiale, « les carottes sont cuites » !

Voici par exemple quelques constations de divers organismes, ONG, associations. Toutes constatent l’absence de perspective mondiale et tentent de développer le thème du « local. » Sauf qu’évidemment cela ne suffira jamais, et ces gens s’en doutent, mais ils disent cela pour se justifier leur propre place !

« Rio+20 n’a pas relevé le niveau de la gouvernance environnementale mondiale (…). Des innovations décisives doivent venir des niveaux locaux et nationaux » (Union internationale pour la conservation de la nature, IUCN)

« Mon impression générale, c’est chacun chez soi, chacun comme il veut. C’est comme si on n’avait plus besoin d’action collective mondiale. » (Laurence Tubiana, directrice de l’IDDRI, institut du développement durable et des relations internationales)

« Les gouvernements ont échoué à atteindre l’accord historique dont nous avons besoin pour répondre à un orage de crises, crise de l’équité, crise de l’écologie et crise de l’économie (…). On remet en ordre les fauteuils sur le pont du Titanic alors qu’il est en train de sombrer » (Kumi Naidoo, Greenpeace)

« Ce résultat représente un échec collectif global à saisir la réalité de l’urgence écologique, en dépit de tous les éléments de preuve existants » (Sandrine Belier, porte-parole des députés européens des Verts/ALE au Sommet).

« La conférence de Rio s’achève avec plus de gémissements que de clameurs. Les attentes étaient faibles, mais les résultats ont été encore plus modestes. C’est une occasion ratée. » (World resources institute)

« La réussite de cette conférence, c’est que ça a lieu, les gens viennent pour discuter, partager leurs espoirs, leurs difficultés. Ils disent aux gouvernements qu’on pourrait faire plus. La déclaration finale est importante car le texte appuie les demandes faites par exemple au niveau local, ça légitime ce que les gens font (Brice Lalonde, ancien ministre français de l’environnement, co-coordinateur de la conférence)

« C’est la société civile qui fera changer les choses, c’est elle qui fait le boulot, qui prend les initiatives sur le terrain, qui s’engage. En tout cas, il n’y a rien qui a été négocié qui puisse ralentir notre effort. » (François Loos, président de l’Ademe, agence française de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie)

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