Le Monde Libertaire à l’assaut du véganisme

L’idéologie anti-vegan du repli communautaire n’est pas propre à une lutte particulière, c’est une véritable lame de fond qui se développe en raison de la crise économique. Cette dernière charrie avec elle des comportements toujours plus égoïstes et brutaux, et forcément les animaux sont du « superflu », les amiEs des animaux des « faibles », etc.

Il n’y a donc absolument aucun hasard que le Monde Libertaire, organe de la Fédération Anarchiste, publie un article très violemment anti-vegan, précisément en ce moment. Il s’agit d’une mouvance libertaire qui a toujours été farouchement anti-vegan, menant une campagne virulente au début des années 1990 pour nettoyer tout ce qui ressemblerait au véganisme.

La réapparition d’une telle campagne 20 ans après s’appuie ainsi, tout simplement, sur la logique du repli. Pas de pitié pour les vegans est le mot d’ordre de ceux qui considèrent que l’époque est à la bataille pour la « survie », au repli, au « recours » à l’individualisme, l’auto-suffisance, l’auto-satisfaction aussi…

On remarquera également que le texte, s’il a un ton d’une arrogance impétueuse, n’est pas stupide pour autant, puisqu’il résume le véganisme au simple « anti-spécisme », évitant ainsi de se confronter à la question de la Nature, de la joie de vivre avec des sens épanouis dans une harmonie avec les êtres vivants.

En résumant le véganisme à l’antispécisme, à une position de négation, l’auteur de l’article peut manier une question-réponse « du tac au tac » à l’apparence efficace ; en parlant de la question de la « prédation », il peut oublier l’exploitation animale…

L’approche est donc subtile, puisque l’auteur commence par résumer le véganisme à l’antispécisme qui serait un « extrémisme » sans logique de fond :

« Les mers sont surexploitées, certaines espèces pourraient disparaître, pour d’autres, on pratique un élevage hyperpolluant… Les vegans ont une solution : limiter la consommation de poisson de manière à renouveler les stocks ? Bien sûr que non ! Plus de pêche du tout, voilà la solution pour ce nouveau genre de réacs. »

C’est évidemment ridicule, rien que déjà parce que la question végane a déjà tourmenté la Fédération Anarchiste au tout début des années 1990. Mais surtout parce que les vegans n’ont jamais été vegans en raison du fait que les « stocks de poissons » sont moins nombreux en particulier, mais en raison du respect pour tous les animaux en général.

Conscient de ce fait, mais après une première attaque fausse et décalée, l’auteur procède à une définition rapide du véganisme, avant de prolonger sur l’attaque fausse et décalée : le véganisme serait une « dérive sectaire. »

Ce qui est une vraie ironie quand on pense que le principal soutien de la Fédération Anarchiste dans les années 1960 a été le grand chanteur Léo Ferré, qui chantait notamment cet hymne anarchiste de 1969, « Les anarchistes » :

« Y’en a pas un sur cent et pourtant ils existent
La plupart fils de rien ou bien fils de si peu
Qu’on ne les voit jamais que lorsqu’on a peur d’eux
Les anarchistes… »

L’auteur, après cette dénonciation du sectarisme, attaque donc les vegans pour vouloir imposer leurs vues : aux animaux de compagnie, aux humains… et donc d’avoir « une attitude d’avant-garde de l’univers. »

Ici, l’auteur n’a pas tout à fait tort : il est tout à fait exact que quand on dit que toute l’humanité doit suivre sa propre démarche, c’est indéniablement une position d’avant-garde, même si on ne le revendique pas. Et c’est aussi autoritaire parce que cela présuppose qu’une fois qu’on a les moyens, on hésitera pas à l’imposer.

Cela ne correspond donc pas à l’idéal anarchiste fondé sur l’individualisme et le respect des parcours et valeurs de chacun. C’est vrai : le véganisme est exigeant et ne va pas avec le libéralisme.

L’auteur embraie ainsi avec raison sur les Rencontres anarchistes internationales de Saint-Imier en Suisse où le refus très net du véganisme a énervé les vegans présents qui ont réalisé un happening en sabotant le barbecue. Soit on accepte que chacun peut faire ce qu’il veut, soit on ne l’accepte pas, mais il faut choisir.

L’auteur assimile d’ailleurs également avec raison le refus politique de la viande avec le refus politique possible de relations sexuelles. C’est d’ailleurs pourquoi nous sommes Vegan Straight Edge : nous aimons les animaux et ne voulons pas les tuer, nous assumons la construction amoureuse et non pas le n’importe quoi décadent et individualiste.

Décadent et individualiste comme une personne qui en 2012 dit « que le fait de tuer des animaux soit criminel n’est pas un fait mais une vue de l’esprit parfaitement sectaire. »

Car ce n’est pas sectaire, mais révolutionnaire. Et les esprits conservateurs ont toujours attaqué comme « sectaires » les personnes partisanes des idées nouvelles, des belles idées, des grandes idées.

Mais son libéralisme ne tuera pas notre esprit partisan. L’auteur peut bien se moquer de « l’infantilisme de la pensée des adeptes » du véganisme, ce qu’il révèle c’est son caractère de beauf. Quant à l’avenir, il appartient à la nouvelle éthique.

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