Peut-on “soutenir” l’ALF?

Le film « ALF le film », en plus de tout ce qu’il a de critiquable, est d’autant plus ridicule de par son hypocrisie. L’ALF est en effet une structure de type actionniste. On ne peut pas « soutenir » l’ALF, on peut tout au mieux « être » l’ALF.

C’est un aspect selon nous très critiquable, mais cela a le mérite de ne pas avoir des gens « profitant » d’une sorte de « business » de la radicalité.

Le film « ALF le film » tape ici en plein dans le 1000. Déjà parce qu’aucun média végan, à part LTD, ne publie les communiqués de l’ALF, et que de toutes manières cela fait quelques temps désormais que l’ALF n’est plus active en France, ne l’ayant été de toutes façons que de manière épisodique si l’on regarde les trente dernières années.

Justement, sur son blog Animal Liberation Frontline, Peter Young publie à ce titre une lettre exactement à ce sujet.

La personne qui a écrit la lettre constate l’énorme décalage : il y a de nombreux « soutiens » à l’ALF, mais de moins en moins d’actions de l’ALF. De son point de vue,c’est très erroné.

Voici la lettre, avec au départ la présentation par Peter Young.

Message aux soutiens de l’ALF de la part d’une personne anonyme libératrice

Cette semaine, j’ai reçu un article anonyme, que je poste ci-dessous. Il est signé « un libérateur anonyme. ». Il n’existe aucun moyen de vérifier l’authenticité de l’auteur comme « libérateur » ou même ayant mené une action du Front de Libération animale.

Cependant, il y a une teneur dans cet article qui est difficile à contrefaire. 

Cet article dénonce une forme particulière de posture: ceux qui exploitent les risques et les sacrifices de l’ALF (et d’autres) pour améliorer leur statut social.

Plus précisément, une sous-culture de gangsters du clavier qui construisent une identité sociale autour d « soutien » à l’ALF – uniquement avec comme unique motivation l’image que cela construit et les avantages sociaux d’apparaître comme « radical. »

Cela prend plusieurs formes, du fait de poer un T-Shirt ALF par ceux qui n’ont jamais levé le petit doigt pour aider les animaux à des blogs « militants » écrits par ceux qui ne laissent leur ordinateur que pour aller aux restaurants ou à des réunions anarchistes.

Les messages du présent article sont depuis longtemps connus:
1) Ceux qui exploitent le mouvement de libération animale pour avoir l’air cool ont besoin de commencer à aider les animaux.
2) Il n’existe pas une telle chose comme « soutenir l’ALF. » L’ALF n’a pas besoin de « soutien » – il a besoin de participation.
Voici l’article, dans son intégralité:

Ne soutenez pas le Front de Libération Animale

par un libérateur anonyme

Le Front de libération des animaux a désespérément besoin de moins de supporters. Il en a beaucoup trop, et la folie doit s’arrêter quelque part.
Les supporters sont légion dans leurs t-shirts noirs – tapant sur les ordinateurs portables, pratiquant le surf crowding dans les concerts, faisant des tables d’information au restaurant végétalien local, distribuant des magazines.

Des milliers d’entre eux partagent leur soutien chaque jour sur Facebook et Tumblr. Ils postent et repostent, font des like et des commentaires. Ils prolifèrent de plus en plus.

Mais, malheureusement, alors que tout cela atteint de nouveaux sommets dans la frénésie de l’Internet, la clandestinité est en grande partie à l’arrêt dans le monde réel.

Le soutien à l’ALF, qui était à un moment donné un mécanisme subordonné au recrutement à l’action qu’il contribuait à pousser, est devenu l’aspect principal.

Donc, étant donné que cela ne sert plus à son but, il est gentiment mais fermement demandé que vous abandonniez votre soutien.

Enlevez vos t-shirts – voici le réveil. Si vous êtes aptes à agir et que vous avez construit une identité sociale tout entière autour du « soutien » au sabotage et à la libération, vous devez maintenant sortir et faire ces choses.

Votre soutien sera pas manqué. Vous ne serez plus en mesure de tenir à la confortable fiction que cela comptait en premier. Et vous ne serez pas en mesure de parler de vos activités nocturnes, de sorte que vous allez passer à côté des points gagnés pour briller dans la scène.

Mais vous pourrez savourer des réalisations beaucoup plus significatives que tout ce que vous pourriez jamais faire sur Instagram ou à un concert. Lorsque vous serez vieux et que vos tatouages auront disparu, ces souvenirs seront toujours clairs.

Vous serez en mesure d’avoir un impact réel et direct au milieu d’un système froid et vaste. Et vous serez en mesure de regarder une créature dans les yeux et de lui sauver la vie.

Pour ceux qui croient vraiment, ce ne sera pas un sacrifice de changer de rôle et de prendre des risques afin de maintenir en vie cette chose qui leur est chère. Cela ne nécessite pas de compétences spécialisées, seulement du bon sens et du courage.

Peut-être, en tant que communauté, il est temps pour nous de commencer à changer nos modes de vie à travers un nouveau paradigme collectif. Si vous êtes un auto-identifié radical » qui passe sa vie va à travailler et à regarder des films avec des amis, la seule chose qui vous sépare actuellement de l’Américain moyen, ce sont les idées.

Ce ne doit plus être acceptable.
Nous ne pouvons pas parler explicitement, et ainsi on ne peut renforcer socialement une culture de l’activité clandestine.

Cependant, nous ne pouvons certainement bâtir une « culture de la criminalité », par laquelle nous encourageons non seulement un manque de respect (facile et troublant le fonctionnement), mais aussi le mépris de la loi.

Traverser la rue hors des clous, vol à l’étalage, intrusion, quoi que ce soit – familiarisez-vous avec le fait d’ignorer les règles comme mode de vie. Commencez dans une zone où vous vous sentez à l’aise, faites en sorte que vos amis le fassent, et ensuite mettez ce que vous avez appris en pratique dans le milieu de la nuit.

Accompagner cela avec une culture de la vie privée institutionnelle – le cryptage pour une conversation habituelle, surfer sur le web au moyen de proxys, nous libérant de la nécessité de partager tout mouvement que nous faisons avec les médias sociaux.

Bien qu’il soit plus important que les individus rentrent en action, ces mesures collectives pourraient être utile.

Quant à ceux qui ne changent pas, qui continuent à publier sur leurs blogs ou à écrire leurs chansons, ils ne doivent pas être traités avec le respect ou la reconnaissance qu’ils recherchent.

Ce n’est pas respectable de s’aligner en mots sur un phénomène fondé sur l’action.

Et quand on gagne en influence sociale en faisant cela, cela est parasitaire, ou au moins lâche. Cela contribue à une culture militante où une telle inaction est en quelque sorte un comportement raisonnable, voire honorable.

Tandis que d’autres offrent la libération et risquent une peine de prison, ces individus offrent leur « soutien » et ne risquent que de se faire bien voir. Mais ceux dont le soutien est seulement aussi bon que leur propre confort peuvent garder les deux.

Les attachés de presse, les gens en opération condamnés, et les personnes handicapées peuvent continuer à parler de l’ALF.

S’il y a une nouvelle flambée des actions à un niveau record de tous les temps, mais personne ne partageant les nouvelles sur Facebook, les animaux ne feront pas de reproches. Ils ne se soucient pas de nos théories, des idées, des croyances ou de nos drames. Ils ont désespérément besoin de moins de supporters et de plus d’acteurs.

Si votre soutien au Front de Libération Animale est authentique, il se terminera ce soir.

De notre point de vue, nous ne sommes pas d’accord pour opposer la théorie et la pratique, l’un n’empêche pas l’autre. Cela dépend évidemment de quelle théorie et de quelle action on parle.

Profitons-en ici pour faire une petite précision de notre côté en ce qui concerne l’emploi de l’expression « Earth first ! », un choix qui nous a été très rarement reproché, par de rares esprits chagrins.

Tout d’abord, nous ne profitons en rien du choix de cette expression, puisque Earth First ! était pratiquement inconnu. On peut même dire qu’en fait cela rendait les choses plus compliquées, de par la mentalité dominante totalement anti-écologiste.

En ce qui concerne les idées, nous avons en effet la même base qui est la reconnaissance de la Nature comme ayant une valeur en soi (ce qu’en France on appelle parfois « l’écologie profonde »), et on ne peut pas dire qu’en affirmant cela en France, on puisse profiter d’une grande « aura » et d’un grand succès !

Enfin, rappelons que nous ne nous mettons pas en avant de manière personnelle, que nous ne profitons matériellement en rien de l’utilisation de l’expression « Earth first ! », ou encore de la publication des communiqués des actions de l’ALF en France, quand il y en a.

En fait, tous les problèmes nous sont épargnés sur ce plan, puisqu’en France il n’y a pas de « mouvement » ni de « scène » significative, et que dans notre pays, il suffit simplement de dire « la forêt a une valeur en soi » pour apparaître comme un dangereux subversif illuminé !

La Terre d’abord est donc un média utile, forçant un bloc d’idées et de culture, diffusant également des expériences pour venir en aide aux animaux en détresse et pour se forger des valeurs de réelle libération !

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