PMA, décroissance et cathos fachos

C’est peut-être surprenant, mais il fallait bien que la question de la Nature se pose en France. C’est donc aussi par la question du mariage homosexuel qu’elle se pose.

Hier nous critiquions le catholicisme avec sa conception magique de la vie, alors voici justement un article publié dans “La vie.” C’est un hebdomadaire de type catho de gauche, en l’occurrence il est d’ailleurs ouvertement chrétien, contrairement aux autres organes de presse du même groupe qui le masquent bien, mais pas tant que cela si on cherche bien: Le Monde, Télérama, Courrier International, Le Monde Diplomatique, etc.

Comme on peut le voir de manière évidente, on retrouve… exactement les arguments que nous avons critiqué: ceux de la décroissance, ceux de la critique de la “technique”, ceux qu’on peut retrouver fréquemment sur la ZAD (voir La terre, elle, ne ment pas. Elle demeure votre recours)… avec notamment le penseur chrétien Jacques Ellul (voir Ellul et la critique chrétienne conservatrice et romantique de la technique), ou encore la revue “L’écologiste” fondé par Goldsmuth (voir Teddy Goldsmith: le Tao du milliardaire), etc. etc. L’alliance des cathos de gauche trippant sur la vie comme magique et celle des gens critiquant la technique: on se croirait dans les années 1930!

Si officiellement, la plupart des leaders d’Europe Ecologie/ Les Verts (Cécile Duflot, Noël Mamère, etc.) soutiennent le projet de loi sur « le mariage pour tous » et surtout la proposition du groupe socialiste d’y adjoindre le droit à la Procréation médicale assistée (PMA) – reportée depuis au débat sur la famille en mars, d’autres voix écologistes dissidentes se font entendre depuis le week-end dernier. Si elles s’accordent pour reconnaître les avancées du mariage pour les homosexuels, elle s’inquiètent des questions posées par la PMA (filiation, primauté de la technique, aliénation de la technologie, hyperindividualisation…). Un débat d’autant plus sensible que l’argument « écologique » est de plus en plus employé par les organisateurs de la mobilisation contre le mariage pour tous.

C’est d’abord Hervé Kempf, journaliste et auteur de nombreux livres sur l’écologie (Comment les riches détruisent la planète, Pour sauver la planète, sortez du capitalisme, etc.), qui dans une chronique intitulée “Le mariage et l’écologie” , publiée par Le Monde (édition du 13 janvier), estime que « l’enjeu technique de cette évolution possible du droit doit être clairement posé ».

Pour lui, en effet, « un des piliers de la réflexion écologiste, dans le fil notamment des réflexions d’Ivan Illich et de Jacques Ellul, est le questionnement de la technique, la critique de son caractère autonome, le refus de son caractère illimité. Les effets en sont, selon les écologistes, à la fois néfastes pour l’environnement – parce qu’elle favorise une transformation de plus en plus nuisible de la biosphère – et aliénante – parce qu’elle conduit à rendre l’humain esclave de son outil ». Or, pour lui  « la PMA s’inscrit pleinement dans cette analyse (…) ».

Encore plus direct, Fabrice Nicolino, ancien journaliste à Terre Sauvage et aux Cahiers de Saint Lambert, aujourd’hui travaillant pour Charlie-Hebdo, auteur lui aussi de nombreux essais chocs (Pesticides, révélations sur un scandale français, La faim, le blé, la bagnole et nous, Qui a tué l’écologie ?, etc. ) met les pieds dans le plat sur son blog « Planète sans visa » : « UN, il est désolant que la question de la filiation, fondamentale, fasse l’objet des habituelles éructations idéologiques » écrit-il. Et de refuser sur ce sujet le clivage entre « supposés progressistes » et « soi-disant réactionnaires ».

Très engagé par ailleurs contre le projet d’aéroport Notre-Dame-Des-Landes, Fabrice Nicolino avance surtout un deuxième argument : « L’écologie telle que je la comprends est une révolution de l’esprit. Elle contredit l’ hyperindividualisme qui est au fondement de notre société industrielle. L’individu aurait tous les droits. Celui de changer de machine toutes les vingt secondes, celui de tuer un cerf s’il en a le goût, celui de prendre l’avion plus souvent qu’il n’embrasse son fils, celui d’enfanter à 98 ans, celui de se voir greffer un deuxième cerveau et une huitième main, etc. L’écologie telle que je la pense est la découverte des limites. Y compris celles de sa satisfaction (…) ».

Et, Fabrice Nicolino de recommander la lecture d’un texte de Thierry Jaccaud, intitulé « La vérité pour tous ». C’est, en effet, Thierry Jaccaud, rédacteur en chef à l’Ecologiste, qui a écrit sur son blog le texte le plus long et le plus argumenté.

Avec une opposition très affirmée : « Si le projet de loi devait être adopté, ce serait une négation sidérante de la nature, l’aboutissement consternant de notre société industrielle qui détruit la nature non seulement dans la réalité mais aussi dans les esprits, écrit-il. L’homme se prend pour un démiurge : nucléaire, OGM, nanotechnologies… sans jamais mettre la moindre limite à son action. “No limits”, tel est le slogan des ultralibéraux qui définissent le nouveau politiquement correct. Dans la vaste entreprise de marchandisation du monde ; toutes les règles sont ainsi progressivement éliminées. Que cette logique ultralibérale et ultra individualiste se retrouve dans le projet de loi d’un gouvernement de gauche est affligeant ».

En conclusion de son post de blog, Thierry Jaccaud note toutefois qu’il existe d’autres solutions juridiques. Et de préconiser pour les couples homosexuels « un régime particulier de mariage comme aux Pays-Bas » sans toucher à la filiation biologique, ou encore « une union civile avec statut de beau-parent ». Nul doute que ces prises de position « dissidentes » susciteront de nombreux débats dans la mouvance écologiste… et ailleurs.