Sébastien Arsac et le « propre de l’Homme »

Sébastien Arsac a l’air sympa ! Autant nous ne supportons pas L214, organe wellfariste dont la ligne est d’agrandir les cages pour que finalement, à terme, hypothétiquement, le véganisme triomphe… Autant il avait l’air sympa, dans l’émission Hondelatte Dimanche, “Tous végétariens?”

Seul problème, c’est qu’il faut être fou pour arriver, de manière sympathique et dans un esprit réformiste, dans une émission. Les médias ne veulent que du sensationnel, et surtout pas de contenu.

Venir avec de bonnes idées, c’est se faire briser par des gens à l’esprit populiste et pervers. Il suffit de voir le profil des contradicteurs, comme la pratiquement facho Élisabeth Lévy, pour le comprendre.

Il faut être rôdé, et par exemple Élisabeth Lévy l’est puisqu’elle est responsable d’un important organe de la « réacosphère », Causeurs.fr. Mais surtout il faut être agressif, chercher l’affrontement.

La libération animale, ce n’est pas manger des petits cakes végans à 4 euros pièce dans un quartier chic de Paris, c’est une question révolutionnaire. Il faut savoir dire non et taper du poing et jeter les gens agressifs, moqueurs, mauvais, pleins de mauvaise foi.

Ou alors on considère que ce sont de braves gens qui se trompent, mais alors on ne comprend rien à l’enjeu, à la dimension.

Par exemple, et surtout, Sébastien Arsac a été incapable de répondre à la question centrale, arrivée à la fin de l’émission. Cette question est pourtant la clef : « Y a-t-il un propre de l’Homme ? »

Il n’y a ici pas beaucoup de réponses possibles, et Sébastien Arsac est absurde de botter en touche.

Car, soit on dit : oui, et à ce moment-là c’est fini, on passe dans le camp des religieux, de Descartes, des viandards, des idéalistes, des nietzschéens, des fascistes, des sado-masos, bref de tous ceux qui considèrent que les humains n’ont plus rien à voir avec la Nature et doivent trouver « leur » voie.

Soit on dit non : l’humain est un animal comme un autre, il n’est qu’une pièce du puzzle de la Nature, au côté de pièces de puzzle apparemment éparpillées mais en réalité parfaitement en symbiose, dans un enchevêtrement compliqué qu’il s’agit justement de choisir.

D’un côté, la religion, de l’autre, l’athéisme le plus radical, ou Descartes, ou Spinoza, ou l’humanité indépendante de la Nature, avec un « choix » possible de manger de la « viande », ou l’humanité élément de la Nature et devant se discipliner par rapport à la globalité reconnue.

Peu importe ce qu’on peut penser de L214 quant aux méthodes et à la démarche, ce qui est flagrant c’est qu’ici les limites infranchissables de la société capitaliste ont été touchées. Soit on dit : c’est comme cela, les abattoirs on les ferme, cela suffit maintenant, et la minorité qui profite de l’exploitation animale, on va vous calmer !

Soit on va à la télé pour discuter en costume cravate avec des gens qui ne pensent qu’à se moquer et à banaliser, voire détruire des idées.

D’ailleurs, si l’on prend la question de ce costume cravate, il faut aller au bout de sa logique. Le costume cravate de Sébastien Arsac était ridicule selon les standards sérieux en ce domaine.

Donc soit il ne fallait pas en mettre en disant c’est bourgeois et la cravate ce n’est pas « naturel » (mais donc une émission de télé ne peut qu’être boycottée à moins d’avoir des garanties par écrit quant aux conditions, et encore, etc.).

Soit il fallait assumer le style bourgeois jusqu’au bout et mettre un vrai costume cravate, et même ultra classe et moderne afin de présenter ses idées sous un bon jour.

A nos yeux, il faut refuser la personnalisation et l’apparence, nous ne comprenons pas pourquoi il faudrait d’ailleurs « se justifier » dans une émission, ou raconter sa vie. Libre à Sébastien Arsac de le faire, mais il est évident qu’à part faire découvrir quelque chose « d’anecdotique » à des gens consommant passivement ce que la société capitaliste leur propose, cela ne va rien changer…

Soit on accepte le spectacle, la compromission, l’institutionnalisation, le sensationnel – ce que PeTA a assumé aux Etats-Unis, soit on refuse tout cela en bloc. Mais rester au milieu, cela pouvait être possible en France peut-être, mais aujourd’hui ?

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