“Nous ne nous en sortirons qu’en reconnaissant la nature véritable de la Terre, le plus grand être vivant du système solaire…”

« Je qualifie Gaïa de système physiologique car elle semble destinée à réguler le climat et la chimie de la Terre de façon optimale et propice à la vie. De tels objectifs évoluent avec l’environnement et s’adaptent aux différentes formes de vie.

Nous devons envisager Gaïa comme un système global composé de parties animées et inanimées.

Le foisonnement des organismes vivants que permet la lumière solaire renforce Gaïa, mais cette énergie sauvage et chaotique est bridée par les contraintes (physiques et chimiques) qui façonnent cette entité (Gaïa) en quête d’un équilibre profitable à la vie.

La reconnaissance de ces contraintes pesant sur le développement de la vie me paraît essentielle à la compréhension intuitive de Gaïa. Elles affectent non seulement les organismes ou la biosphère, mais aussi le milieu physique et chimique.

S’il est évident que celui-ci peut se révéler trop chaud ou trop froid pour les êtres vivants les plus courants, d’aucuns trouveront moins évident que l’océan devienne un désert lorsque sa température de surface dépasse une douzaine de degrés.

En effet, il se forme alors, au contact de l’air, une couche stable d’eau chaude qui ne se mélange pas avec les eaux plus fraîches des profondeurs, riches en nutriments.

Cette propriété purement physique de l’eau de mer prive d’éléments nutritifs la vie présente dans la couche chaude éclairée par le soleil, qui ne tarde pas à se dépeupler. C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles Gaïa semble s’évertuer à maintenir la Terre fraîche.

Vous remarquerez que je continue à utiliser la métaphore de la « Terre vivante » ; n’allez pas croire pour autant que j’imagine Gaïa douée de sensations ou que je la conçoive vivante comme un animal ou une bactérie.

Je pense qu’il est grand temps d’élargir la notion quelque peu dogmatique et limitée de la vie considérée comme organisme reproductible et déterminée par la sélection naturelle (…).

La métaphore est importante pour appréhender la mauvaise passe dans laquelle nous nous trouvons : nous ne nous en sortirons qu’en reconnaissant la nature véritable de la Terre, le plus grand être vivant du système solaire, irréductible à un objet inanimé, encore moins à un « vaisseau spatial. »

Tant que nous ne l’aurons pas ressenti en notre âme et conscience, nous n’éprouverons pas d’instinct ce que nous vivons sur une planète vivante, capable de réagir aux changements en les éliminant ou en neutralisant leurs auteurs.

Tant que le caractère vivant de la Terre – sa régulation du climat et de la chimie – nous échappera, nous n’aurons pas la volonté de réformer notre mode de vie, ni ne comprendrons que nous avons fait d’elle notre pure ennemie. » (James Lovelock, La revanche de Gaïa)