“Il faut refuser l’idée qu’une viande de qualité serait réservée à une petite minorité”

Nous parlions hier de la grande campagne de la presse de gauche pour une agro-industrie “responsable”, et maintenant Fabrice Nicolino pavoise d’être à la une du Monde d’aujourd’hui. Car parmi la véritable cohorte de gens pratiquant une critique bobo – intello de l’agro-industrie, Fabrice Nicolino a acquis un rôle important.

Ce journaliste est très largement mis en avant par les médias ces derniers mois, comme critique de la « malbouffe » industrielle, avec un petit côté moraliste censé satisfaire les personnes amies des animaux et les maintenir dans l’illusion que « les choses avancent » (voir Fabrice Nicolino, Descartes et l’élevage industriel, PMA, décroissance et cathos fachos, « Bidoche, L’industrie de la viande menace le monde », Une « grève de la viande » ?!).

La crise des « lasagnes » a au moins cela de bien qu’elle a aidé à faire tomber les masques, puisque nombre de gens prétendant être concernés par des questions morales ont eu vite fait d’appeler à nouvelle consommation de viande, « locale. »

Dans un chat au Monde, Nicolino révèle donc sa position de fond :

Marie : N’est-ce pas contradictoire de vouloir à la fois la fin de l’élevage industriel, qui baisse les coûts, et que la viande soit accessible à tous ?

La cohérence, c’est qu’il faut baisser massivement la consommation de viande.

Si l’on revient à une consommation modérée de la viande, il est clair que l’on pourra consacrer l’argent nécessaire à une viande de qualité. Car la viande de qualité coûte cher.

Maelle : Pensez-vous qu’il faut développer les alternatives à l’industrie agroalimentaire de la viande ? Doit-on relocaliser la production et limiter les intermédiaires entre producteurs et consommateurs, avec, par exemple, des Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP) ?

J’ai de la sympathie personnelle pour les AMAP et toutes les structures imaginées depuis une quinzaine d’années qui permettent aux consommateurs de mieux s’alimenter. Mais je crois qu’aujourd’hui, il faut sortir de la marge.

Il faut refuser l’idée qu’une viande de qualité serait réservée à une petite minorité. Je crois qu’il faut que toute la société française se mette en mouvement pour exiger un cadre nouveau pour la production de viande.

La « viande » de qualité pour tous : voilà un mot d’ordre en apparence « démocratique » ; si la forme l’est, bien entendu le contenu ne l’est pas. Il n’y aucune dimension progressiste là-dedans.

Cette position est la même donc qu’EELV, que les gens à Notre-Dame-des-Landes, que toute une armada d’intellos et de bobos en panique devant la grande industrie et rêvant d’une exploitation animale stable, pouvant se maintenir sur le long terme.

Cela va bien entendu avec une sorte de « romantisme » qui prétend que tout était mieux avant, qu’avant c’était différent, etc. Dans une même veine que le « retour à la terre » de Notre-Dame-des-Landes, Nicolino célèbre le Moyen-Âge :

Claude : Pensez-vous que cette affaire va contribuer à ouvrir un débat sur la condition animale en France ?

Je le souhaite profondément car c’est la face cachée de cette histoire. Comment est-il possible qu’on soit devenus à ce point barbares ? Un animal d’élevage, avant l’industrie, était un être vivant, sensible. Il pouvait être maltraité – il l’a été d’innombrables fois –, mais la vision sociale de l’animal n’avait rien à voir avec celle imposée par l’industrie de la viande.

Aujourd’hui, non seulement l’animal d’élevage est constamment maltraité pendant sa courte existence terrestre, mais en outre, on ne le voit plus que comme un assemblage de morceaux à découper. Son identité est totalement niée.

Et je pense que les humains que nous sommes, que les hommes s’honoreraient à repenser radicalement leurs relations avec des animaux qui leur ont tout donné. Sans la force de travail de ces animaux, aucune civilisation du passé n’aurait émergé.

Célébrer la vision sociale des animaux avant « l’industrie », il fallait tout de même le faire ! Nicolino doit regretter les massacres d’animaux effectués directement dans les rues !

Voilà pourquoi il faut être inflexible, quitte à apparaître comme intolérants en raison de la propagande mesquine et mensongère de réformistes faisant semblant d’être des révolutionnaires.

Ce qu’on a ici c’est l’hypocrisie, comme avec Onfray et l’antispécisme sans véganisme, on a ici une philosophie du « un peu mais pas trop », une sorte de morale flexible anti-universelle (voir le végétarisme cet anti-universalisme), un libéralisme adapté aux bobos !

Nicolino est un de leurs idéologues :

Yohann : Est-il nécessaire de remettre en cause notre surconsommation de viande et de l’abaisser ?

Pour de multiples raisons (morales et philosophiques), pour des raisons écologiques, de santé publique, il faut absolument réduire massivement notre consommation de viande.

Pour la morale, il faudrait réduire ? Non, il faut abolir. En réduisant, on maintient la fiction de la morale, et c’est cela que veut Nicolino le non-végan.

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