ALF Supporters Group Newsletter

La ALF Supporters Group Newsletter était le bulletin du groupe de soutien à l’ALF, en Angleterre, de 1982 à 1986. En réalité, de par une faille légale existant alors, l’ALF Supporters Group a été très clairement la vitrine légale de l’ALF, exprimant directement ses opinions, sa culture, ses besoins.

Nous sommes au début des années 1980 et le journal était tapé à la machine, ses exemplaires étaient ronéotypés. Il y avait des articles d’opinion, des explications de la situation et enfin des listes d’action.

Le point d’orgue consistait en des appels à rejoindre l’ALF, une présentation de sa stratégie, et des appels aux soutiens techniques, principalement pour placer les animaux libérés. La place accordée aux animaux libérés est vraiment très grande et va de pair avec l’identité de l’ALF des débuts.

L’extrait du bulletin ci-dessous appelle à donner des fonds pour les transports, les véhicules, les outils, l’entraînement, la propagande (qui a comme effet la libération animale dans d’autres pays), mais aussi l’alimentation et les frais vétérinaires des animaux sauvés, surtout que leur santé était très mauvaise au moment de leur libération.

Les premiers numéros sont, en quelque sorte, très optimistes quant à la perspective d’une vague d’action directe contre l’exploitation animale, forçant celle-ci à s’effondrer économiquement.

Cet optimisme surfe sur un écho massif alors dans la société anglaise, avec des centaines d’actions de l’ALF parfois chaque semaine, avec un soutien très important. Pas moins de 1500 personnes firent, à leur pic, partie de l’ALF SG, ce qui signifie que 1500 personnes étaient organisées directement dans le soutien matériel à l’ALF. A cela s’ajoute les différents cercles de personnes sympathisantes, etc.

Le bulletin a ici comme sous-titre: « Votre soutien est urgemment nécessaire. »

Ici, on lit « L’aube d’une nouvelle époque – la libération animale internationale.« 

Cependant, on peut lire dans le bulletin que le prix à payer sera forcément l’emprisonnement de centaines, voire de milliers de personnes pour leur activisme.

Il est également souligné que les activistes viennent, pour la plupart de milieux populaires, sans grands moyens financiers donc. De plus, les activistes conçoivent leur action sur un mode professionnel, comme leur identité la plus complète.

Il est très frappant justement quand on regarde ces bulletins de voir une naïveté politique extrême dans ce qui est exprimé. Les activistes venaient tous de la protection animale et entendaient dépasser des luttes qui ne permettaient pas la victoire.

Ils n’avaient pas d’horizon bien posé sur le plan politique ou culturel, et en fait ils n’avaient pas conscience de comment ils allaient ébranler la société et affronter la répression. C’était un mouvement activiste issu de la protection animale, sans réflexion stratégique au préalable à part l’affrontement sur la base de l’expérience faite dans la protection animale.

Naturellement, cela ne veut pas dire qu’il ne s’agissait pas de gens ouvertement progressistes; contrairement à ce que racontent les « Cahiers Antispécistes » au début des années 1990 (nous en parlions ici), l’extrême-droite est explicitement refusée. Le grand ennemi, c’est cependant la social-démocratie et tous les réformistes de la protection animale, systématiquement critiqués.

Ce qui compte, c’est le mouvement, qui doit faire boule de neige.

Le problème a, par conséquent, été que l’ALF SG s’est faite débordée. Par le succès de l’ALF tout d’abord, massif en Angleterre, mais ayant également immédiatement un écho international (aux États-Unis notamment).

En deux semaines, l’ALF SG a rassemblé autant de personnes autour d’elle qu’elle n’en avait prévu sur le très long terme. L’impact de l’ALF était énorme et avait un énorme écho, demandant une énorme capacité d’organisation, le bulletin étant en fait le fruit, assez en catastrophe, du besoin d’organiser.

Par la répression ensuite. En tant que structure, l’ALF SG et ses membres ont été la cible d’une multitude de raids policiers, avec le bulletin régulièrement confisqué. De plus, une énorme campagne médiatique fut lancée contre l’ALF, pour ridiculiser le principe des libérations.

La question de l’activisme a alors été au cœur des débats au sein même du bulletin, qui accordait également ses colonnes aux communiqués de l’Animal Rights Militia (ARM), qui évidemment n’était pas rejetée en tant qu’organisation. La réaction générale était en effet de répondre par davantage d’actions à la contre-propagande.

Mais le bulletin devint alors vraiment la clef du mouvement et le point faible…

L’Etat anglais a dû réagir promptement, avec en 1986, la fin de la possibilité d’avoir une façade légale à l’ALF, le bulletin cessant obligatoirement sous sa forme première. Une seconde version fut lancée, sans appels militants « ouverts », mais cela n’empêcha pas l’écrasement par la police, qui entendait à tout prix écraser la diffusion des listes d’action, se montant à des dizaines de milliers par an.

On notera que dans le bulletin, on trouve à un moment une interview de l’ALF France; la boîte postale de l’ALF SG fonctionna même comme moyen de leur écrire. Nous savons qu’il existe une version française de cette interview, mais nous n’en disposons pas.

On notera qu’il est parlé de « Front de Libération de l’Animal », soit la traduction directe d’Animal Liberation Front. En France, depuis, on utilise plus couramment « Front de Libération des Animaux », ou bien encore « Front de libération animale. »

Parmi les réponses, il y a celle-ci qui est très intéressante: « Les végétariens en France sont considérés comme une sorte de secte, comme des gens vivant dans les nuages, des gens étranges si je peux dire. » Toute la mentalité française, qui n’a pas changé, est ici exposée. On notera que le bulletin utilise au début le terme de végétarisme, pour assez vite passer à celui de véganisme.

Il n’est guère étonnant que vues les conditions françaises, l’ALF française se soit vite faite asphyxiée, ce qu’elle expliquera dans un autre texte. Ni les gens en général ni les gens pour la protection animale en particulier ne soutenaient une telle initiative, et l’ALF française explique qu’elle se voyait dans l’impossibilité complète de dépasser le nombre de quelques personnes (notamment à Paris et Toulouse).

On notera au passage ce communiqué d’un raid de libération d’animaux dans un laboratoire d’une faculté parisienne, au milieu des années 1980.

Tout cela remonte à très loin, pratiquement 30 ans, cela donne un aperçu très intéressant sur la libération animale en Angleterre à ses débuts. Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts!

Le bulletin de l’ALF SG existe encore et se charge du soutient aux personnes emprisonnées pour des actions illégales au nom de l’ALF.

Pour les personnes voulant consulter ce bulletin et de nombreux autres documents en anglais, ils sont sur le site The Talon Conspiracy (il faut se loguer à une interface pour pouvoir télécharger); d’autres sont disponibles sur ce site allemand, qui proposent également des documents dans cette langue. Bien entendu, ces deux archives proposent à la fois des documents sur la libération animale et sur la libération de la Terre.

Voici téléchargeable de nombreux numéros au format pdf :

numéro 1

numéro 2

numéro 3

numéro 4

numéro 5

numéro 6

numéro 7

numéro 8

numéro 9

numéro 10

numéro 11

numéro 12

numéro 13

numéro 14

numéro 15

numéro 16

numéro 17

numéro 18

numéro 19

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