Interview de Talon conspiracy

Nous avions parlé du projet Talon conspiracy, qui fournit en ligne des publications anglophones de la libération animale et de la libération de la Terre. Voici une petite interview, les réponses ayant été données par Josh Harper, activiste ayant notamment passé plusieurs années dans les prisons américaines dans le cadre d’une condamnation pour participation à SHAC (Stop Huntingdon Animal Cruelty).

Votre projet consiste à mettre en ligne des PDF de publications de l’histoire des mouvements militant pour la libération animale et la libération de la Terre. Comment en être arrivé à cette idée ?

Il y a quelques années, mon amie Sabrina m’a demandé si j’avais la collection complète de la publication d’Earth First ! de Grande-Bretagne, Do or die.

A un moment je l’ai eu, mais quand une Joint Terrorism Task Force [Force unifiée d’action contre le terrorisme] du FBI a effectué un raid chez moi, je l’ai perdu avec beaucoup d’autres publications.

Cela m’a fait réfléchir sur combien notre histoire a été perdue et ce que cela pourrait signifier pour les générations futures d’éco-guerriers.

J’ai commencé à regarder autour de moi pour des publications imprimées aussi récemment que les années 1990, et j’ai été choqué d’à quel point certaines d’entre elles étaient difficiles à retrouver. Sabrina m’a suggéré que nous les archivions en ligne, et voilà comment le site a commencé.

Quelles ont été les premières impressions après avoir jeté un œil sur tout ce qui a été produit de par le passé ? C’était impressionnant, ou peut-être décevant ?

Certaines publications sur notre site sont intelligentes, perspicaces, ou pavent la voie ; d’autres sont ternes, ignorantes et ne donnent pas d’inspiration.

Quoi qu’il en soit, elles racontent une histoire quant aux différentes périodes de notre mouvement et les gens qui se sont suffisamment préoccupés de résister au spécisme et à l’omnicide [meurtre de tout être vivant].

Depuis ma perspective d’historien amateur, toutes les publications sur notre site ont de la valeur, même si c’est pour montrer ce qui n’a pas marché dans le passé.

Les publications du passé représentent un travail énorme, et ont joué un rôle dans la question de la continuité. Sur notre site, notre politique est de faire un article quotidien, afin de montrer le sérieux et d’ouvrir un espace ouvert pour la lutte. Comment comprendre cette question de la continuité de la lutte pour les animaux et la Terre ?

Si par là il faut comprendre la continuité des actions depuis que le mouvement est réellement né dans les années 1970, je dirais qu’une chose devient clair quand on lit à travers le site : les actions les plus extrêmes ont rarement eu un effet significatif à part ralentir la participation dans l’action directe clandestine.

La continuité de la lutte est importante. Nos opposants doivent constamment être en train de se battre avec une défense d’arrière-garde et ne devraient jamais se voir accordés le luxe de moments de repos.

Nous devrions frapper sur tous les fronts à tous les moments – mais quand les bombes, les menaces de contamination et les agressions ont eu lieu, elles ont tendu à nuire à nos capacités de recruter, de maintenir le moral, et de captiver l’imagination du public.

Les meilleures actions sont celles qui nuisent à nos opposants tout en renforçant notre propre position, et les bombes, etc. ont surtout fait le contraire. Souvent elles provoquent tellement de débat interne que les actions directes se déroulent moins fréquemment, et parfois même arrivent à être paralysées.

Le problème de la présentation d’une revue du passé est qu’il y a lieu de faire une évaluation, ce qui n’est bien sûr pas neutre. Par exemple, il est clair qu’on trouve une attitude vraiment critique vis-à-vis de l’ARM (Milice pour les Droits des Animaux). Sur quelle base évaluer les choses du passé ?

Je ne peux qu’évaluer le passé en utilisant ma propre expérience subjective. Je fais le mieux que je peux pour contextualiser le passé de manière correcte, mais je ne suis qu’humain. J’espère qu’en postant ces vieilles publications, davantage de gens seront attirés par l’idée d’enquêter, et d’analyser notre histoire.

Mes perspectives sont, bien sûr, influencées par ma propre partialité, mes préférences, et mon niveau de connaissance. Je pense que nos lecteurs et lectrices sont suffisamment habiles pour voir cela, et j’aime avoir des retours sur le site.

Toi-même, tu as été en prison en raison de ton activité dans la campagne de SHAC. Peux-tu nous dire quelque chose à ce sujet ?

L’emprisonnement est une chose terrible et cela a été un lourd tribut pour moi. J’ai été témoin de choses derrière les barreaux qui me hanteront jusqu’à ma mort, et même si je ne suis plus incarcéré, le spectre de mon expérience en prison est avec moi chaque jour.

Cela dit, je serais bien plus hanté par la honte de l’inaction. Il n’y a rien de glorieux quant à avoir fait de la prison, mais je suis fier de m’être suffisamment soucié de résister, même si cela a signifié 3 ans d’isolement, de privation, de solitude et de peur.

Les pires jours, lorsque mon traumatisme post-prison s’empare de moi, j’essaie de me rappeler du sentiment de regarder dans les yeux des agresseurs d’animaux qui sont milliardaires et de voir le regard de la défaite sur leur visage.

Nous sommes plus puissants qu’ils ne le sont, lorsque nous faisons face ensemble, et un des meilleurs sentiments que j’ai jamais eu est de leur rappeler que les pauvres peuvent leur botter leurs culs maniérés.

Comment vois-tu le futur de la libération animale et de la Terre ?

Personne ne sait en quoi va consister le futur, mais je pense que les non-humains et la vie sauvage ne peuvent être sauvés de notre espèce que par un mouvement militant de masse.

Ce mouvement aura besoin d’être bien plus stratégique que ceux du passé, et plus populaire également.

Cela signifiera repenser la manière avec laquelle nous nous présentons au public, planifier des actions qui inspirent plutôt que qui repoussent, et une plus grande camaraderie que jamais auparavant.

Et comment les vois-tu reliées ?

La libération animale, qui comprend la libération de notre propre espèce, est liée à la santé de la planète pour des raisons évidentes.

Être libre ne signifie rien si il n’y a pas d’eau saine à boire, si l’air est empoissonné et si le climat est trop rude pour survivre.

Quand je parle de révolution, je parle également de joie, d’amour et d’une vie qui vaut la peine d’être vécue. Rien de cela n’est possible sans un système soutenant la vie, système fourni par cette planète magnifique.

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