Mort de Jean Bastaire, “écologiste chrétien”

Puisque hier, nous avons parlé d’Élisabeth de Fontenay et de sa vision chrétienne des animaux, faisons un petit retour sur Jean Bastaire, mort la semaine dernière.

Né en 1927, Jean Bastaire était un peu le pendant catholique de Jacques Ellul, qui lui était protestant. Tous les deux étaient des théologies et exposaient une critique de la « modernité » favorisant un retour au passé.

Cependant, Bastaire n’a par contre jamais eu le succès d’Ellul, ce dernier se « masquant » sous un masque d’intellectuel « inclassable », faisant que son discours religieux puisse mieux “passer” (voir Ellul et la critique chrétienne conservatrice et romantique de la techniqueDes décroissants toujours plus fachos).

Ellul est ainsi désormais célébré par toute la mouvance de la « décroissance », alors qu’il est religieux de bout en bout.

Inversement, Bastaire montrait ouvertement son catholicisme, comme le prouvent les titres de ses ouvrages majeurs : Le chant des créatures (Cerf, 1996), Pour une écologie chrétienne (Cerf, 2004) et Pour un Christ Vert (Salvator, 2009).

Or, l’Eglise catholique n’en a jamais rien eu à faire de tout cela, surtout qu’elle avait déjà dû avoir à faire à la mystique du théologien Teilhard de Chardin, qui avait théorisé une sorte d’Univers en mode Gaïa.

Bastaire n’a donc eu aucun impact, à part là à sa mort à la fin août, où subitement le catholicisme, en pleine croissance à la suite du mouvement relatif au « mariage pour tous », se « découvre » un aspect écologiste conforme à la mode !

Jean Bastaire a été présenté, ainsi, comme « le précurseur de l’écologie chrétienne », ce qui est allé bien vite en besogne, car il n’y a pas d’écologie chrétienne…

Comme chez Élisabeth de Fontenay, en tout cas, pas de véganisme chez Bastaire, mais bien entendu un « témoignage », comme l’appel suivant dans « Mes conseils pour une écologie chrétienne » :

« Évidemment, l’homme doit être le premier objet de notre amour. Mais pourquoi, si Dieu a fait la Création bonne et destinée à être glorifiée, ne pas développer à l’image de saint François d’Assise la conscience que notre charité doit s’étendre à tout le vivant.

C’est plus évident pour les animaux dont la souffrance nous est difficile à accepter.

Avant de devenir Benoît XVI, Joseph Ratzinger soulignait le respect dû aux animaux, et condamnait nettement l’élevage en batterie et notamment l’élevage industriel d’oies dans le seul but de faire du foie gras. »

On l’aura compris : ce qui compte, comme Élisabeth de Fontenay, ce n’est pas la Nature, mais la « création. »

Les animaux ne comptent pas pour ce qu’ils sont, des êtres vivants comme nous, mais pour ce qu’ils représentent : un « don » de Dieu.

Bastaire tient évidemment pour le reste le même discours qu’Ellul : il faut la victoire de la sobriété, il faut une société anti-consumériste, anti-publicitaire, etc. D’ailleurs, Bastaire est un disciple d’Emmanuel Mounier et de son courant spiritualiste si proche du pétainisme.

Voici à quoi ressemble la prose de Bastaire :

« Je pense que l’homme et la nature sont fait pour croître et se multiplier. La création est une histoire dont l’homme a la gérance. Mais cette histoire peut déraper, prendre une mauvaise voie jusqu’à devenir une contre-croissance qui détruit ce qu’elle développe. Nous y sommes. II faut revenir en arrière, redresser le cap.

II faut surtout revenir à l’inspiration première du Créateur en ressaisissant le sens de notre vocation. Nous sommes fait pour créer avec Lui et par Lui, pour consommer dans le premier sens du terme, saint et non diabolique : épanouir, accomplir et non dévorer, anéantir.

Voila la racine du mal et le changement drastique, la conversion radicale à quoi nous appelle le Christ. II ne s’agit pas d’être pour ou contre la croissance, mais de la réaliser d’une manière sainte, biblique, évangélique et non à la manière de satan.

Le consumérisme est le grand péché du siècle. Comme un cancer, il a envahi tous les domaines. En même temps qu’il gave et comble, il étouffe et pourrit. La sobriété en est le grand remède, nullement dans le sens quantitatif d’une diminution, d’une restriction permanente, indispensable seulement comme diète préalable permettant de rétablir la santé.

La sobriété vise un objectif beaucoup plus fondamental : un retournement intérieur de l’être, une autre attitude de vie. »

Cela a l’air critique de la société « de consommation », en fait c’est surtout la nostalgie du petit village au clocher incontournable. C’est une critique de la modernité, mais abstraire : pas de Nature, pas d’animaux, juste la contemplation de la « création » !

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