Sommet de l’élevage : un milliard d’euros par an en soutien aux éleveurs

L’exploitation animale étant très bien organisée, il y a un sommet de l’élevage, qui a cette année commencée le 2 octobre, pour se finir vendredi 4 octobre au soir, à Clermont-Ferrand.

Ce sommet revendique pas moins de 1 250 exposants, 80 000 visiteurs professionnels et 2 000 « animaux de haute valeur génétique. » Le tout sur pas moins de 170 000 m², avec des gens provenant de 70 pays à peu près.

Signe des temps : ce n’est que la seconde fois qu’un président de la République y va, la première fois c’était Jacques Chirac en 2006.

Et là le président François Hollande s’est fait accompagner de pas moins de trois ministres : Stéphane Le Foll, ministre de l’agriculture, Guillaume Garot, ministre délégué chargé de l’agroalimentaire et Nicole Bricq, ministre du commerce extérieur.

Le site de l’Elysée a même proposé une vidéo de trois minutes racontant la visite !

Évidemment on n’y voit pas que le président s’est fait accueillir hier par des huées et différents cris représentatifs de l’ambiance (« Démission ! », « Le Pen ! », etc.). Car bien entendu, tout ce monde là a une vision très claire de ce que doit être le capitalisme et la société en général.

Et François Hollande le sait et il a donc annoncé son soutien fondamental aux éleveurs :

« Toutes les mesures que je viens d’annoncer permettront d’encourager les éleveurs. J’ai fait mon calcul, ça représentera près d’un milliard d’euros chaque année qui seront réorientés. »

Quand François Hollande dit chaque année, il veut dire chaque année au moins jusqu’en… 2020 ! Un beau paquet de six milliards d’euros à l’exploitation animale.

Le premier ministre Ayrault s’est fait huer pareillement, au salon international de l’élevage à Rennes le 12 septembre dernier. Ce qui ne l’a pas empêché d’annoncer son soutien aux abattoirs français…

Quant au ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll expliquait la semaine dernière dans une interview à France-Info :

« Je l’ai dit de manière très claire depuis le départ : priorité à l’élevage. Il s’agit de rééquilibrer les aides vers l’élevage sans déséquilibrer bien sûr l’ensemble des productions agricoles et en particulier céréalières. »

Le ton est donné : l’exploitation animale est un pilier du capitalisme, et donc il faut la soutenir, la moderniser.

Voici des extraits significatifs du discours de François Hollande lors de ce sommet de l’élevage. Car ce qu’il y dit est extrêmement important. On voit de manière évidente que François Hollande sait comme nous que l’exploitation animale façonne jusqu’à la géographie de la France, à ceci près qu’il pense le contraire de nous…

La lecture de ce qu’a dit Hollande est édifiant et véritablement très important. Car c’est ni plus ni moins que l’idéologie dominante qui s’exprime ici, avec toute une stratégie pour porter à bout de bras l’exploitation animale et le système des élevages.

« Le budget des aides animales actuellement couplées sera non seulement maintenu, qu’il s’agisse de la prime à la vache allaitante, de la prime bovine, de la prime caprine, de l’aide au lait de montagne ou celle au veau sous la mère. »

« Une prime à la vache laitière et une aide à l’engraissement seront introduites pour encourager la valorisation des produits sur les territoires. Pour conforter les abattoirs, les coopératives et les industries. »

« Ce plan concernera d’abord les bâtiments d’élevage. Il sera doté d’un fonds de modernisation. L’Etat l’alimentera (…). Je demande aux régions, aux collectivités locales de s’y associer.

Nous pourrons mobiliser 200 millions d’euros par an, pour l’élevage, soit le double de l’enveloppe actuelle. Soutenir les bâtiments, c’est soutenir l’élevage français. »

« L’élevage est une véritable opportunité pour l’économie française, avec une demande mondiale de viande qui va augmenter régulièrement, avec l’émergence d’un certain nombre de pays, avec une classe moyenne qui voudra goûter, acheter, consommer les produits de l’élevage français, à travers des marques de qualité. »

« Ce temps doit cesser, parce que quand la production animale recule, c’est tout un équilibre qui s’effondre. Ce sont d’abord les outils de transformation, de valorisation. Il y a les abattoirs, les usines qui sont touchés, des emplois qui sont perdus, des territoires qui ne sont plus entretenus. C’est alors la ruralité qui est menacée dans ses fondements.

Il y a aujourd’hui péril, parce que si rien n’est fait, nous constaterons qu’au moment des transmissions des terres qui jusque-là étaient destinées à l’élevage, seront vouées aux productions végétales ou à la friche. »

« Cela serait d’autant plus dommage de perdre cet avantage qui est le nôtre, en France, d’avoir un élevage de haute qualité et que nous disposons de réels atouts.

J’ai évoqué le savoir-faire des éleveurs, des techniciens, l’avance que nous avons dans la sélection. J’ai pu encore en avoir le témoignage. La transformation qui également est performante et surtout nos images de qualité qui sont reconnues.

C’est bien plus qu’un patrimoine que nous avons à préserver. L’élevage c’est un investissement pour l’avenir. »

« Je n’oublie pas non plus la médiation sur le lait, qui a eu là-encore, une influence, pas suffisant pour certains, mais qui a permis d’éviter que cette belle production laitière puisse être emportée par la crise. »

« Je viens à Cournon pour ce salon, qui est l’un des plus beaux de France et qui m’a permis une nouvelle fois de constater la qualité de nos productions, le savoir-faire de nos éleveurs, la passion qui est la leur.

Egalement, l’engouement d’un public nombreux, plus de 80 000 visiteurs, et l’attractivité que ce sommet représente pour de nombreuses entreprises françaises et étrangères. »

« Ce sommet est pour la France une de ses plus belles vitrines. Ma présence aujourd’hui n’était pas simplement de faire le constat de vos productions, de la qualité de ces exploitations d’élevage. »

« La France a besoin d’une agriculture. Elle a besoin de paysans. Elle a besoin d’éleveurs. C’est parce que je crois que la France a besoin de son agriculture qu’aujourd’hui, j’ai fait des choix pour que l’élevage soit la priorité de notre politique agricole. »

Tout cela est on ne peut plus clair. Et face à cela, on se doute bien que ce ne sont pas quelques exigences qui changeront la donne : que vaut la revendication de L214 que Monoprix ne vende que des œufs bios face à un milliard d’euros par an pour soutenir les éleveurs ? Pas seulement financièrement, bien sûr, mais également culturellement et idéologiquement en France.

L’exploitation animale est un système complet, par ailleurs de moins en moins viable ; seule une démarche révolutionnaire peut le renverser.

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