“Il faut comprendre les animaux, mais sans sensiblerie”

Sur le site L’étudiant a été publiée hier une interview d’une vétérinaire, qui présente son métier. Il y a une question qui mérite particulièrement l’attention, de par la réponse donnée.

De quelles qualités faut-il faire preuve ?

Il faut une grande force de travail. Il n’y a pas que les consultations : on roule beaucoup, on téléphone pour prendre des nouvelles, on repasse à la clinique voir l’animal opéré…

Il faut donc être passionné. Il faut aussi être adroit, nos mains sont des outils précieux !

Et puis il faut comprendre les animaux, mais sans sensiblerie. Quand un chien doit être recousu, on ne peut pas se dire : « Le pauvre, il a mal. » On doit agir pour être performant.

Cela ne peut avoir l’air de rien, mais il y a dans ces dernières phrases une idéologie extrêmement puissante et dominante depuis 300 – 400 ans : celle qui considère que le critère de vérité est le résultat technique à court terme.

C’est une vision mécanique qui s’imagine que le vivant est compréhensible de manière mathématique. Quand la vétérinaire explique qu’il faut « agir pour être performant », elle prétend par là que la rapidité de l’action est essentielle et qu’elle demande forcément de mettre de côté tout le reste.

Bien entendu, il ne s’agit pas de remettre en cause la notion d’urgence. Il s’agit ici, au contraire, de comprendre que le principe même d’urgence présuppose la reconnaissance de la dignité du vivant.

Nous ne sommes plus au moyen-âge, ou bien au Far West, comme dans les films, où l’on doit amputer quelqu’un à la scie sans anesthésie.

En l’occurrence, le vétérinaire est tout à fait capable de donner des anti-douleurs ou de pratiquer une anesthésie mais surtout, et c’est là le point fondamental même si l’on ne peut rien faire, d’accepter la douleur, de la reconnaître, de ne jamais, absolument jamais, réduire le vivant à une question mécanique.

A ce titre, le terme de « sensiblerie » est odieux, d’une arrogance affreuse, et d’ailleurs absolument typique du vétérinaire ou du médecin blasé, qui à force de voir la souffrance, a fini par capituler et l’accepter tel quel, avec cynisme.

Quiconque a eu un rapport avec un vétérinaire sait à quel point cette tendance peut être marquée, forte, et triomphe inévitablement en raison d’une vision mécanique, répétitive.

Il est terrible de voir en 2013 un vétérinaire, comme dans l’interview citée, puisse oser expliquer que l’efficacité technique s’oppose à la sensibilité.

Cette conception, c’est celle de l’espion meurtrier, du gangster assassin, du tueur à gages. A aucun moment, on ne doit arriver à un point où l’on se dit :

on ne peut pas se dire : « Le pauvre, il a mal. »

On peut se dire : le pauvre, il a mal, mais malheureusement je ne peux rien faire, au pire. Mais nier la souffrance est une aberration, une abstraction intellectuelle. Et c’est très exactement là qu’on rejoint la conception de « l’animal-machine » fait par Descartes, qui se fonde sur son ridicule « je pense, donc je suis », etc.

La négation de la sensibilité au profit d’une pensée abstraite « pure » est le grand ennemi de la morale, et de la science, en général, mais encore plus en France.

Même les gens qui défendent les animaux basculent dans des raisonnements pragmatiques et utilitaristes, sans vue d’ensemble, sans reconnaissance de la sensibilité qui, si elle était authentique, en arriverait à la reconnaissance de la Nature.

Les gens qui nient la Nature sont les mêmes qui parlent de « sensiblerie », qui se prétendent « au-dessus » de la réalité sensible au moyen d’une pensée « pure », au nom d’une « technique » qui serait au-dessus de la réalité elle-même.

Quand une plaie est recousue, n’est-elle pas une partie d’un chien ? N’est-ce pas le chien qui doit être sauvé ? Pourquoi séparer la plaie du chien ? Pourquoi séparer l’opération du chien lui-même ?

On comprend tout à fait, quand on voit cela, pourquoi les vétérinaires acceptent par définition la vivisection. La « priorité » l’emporte sur le sensible. Et cela, c’est inacceptable !

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