Le télescope spatial Gaïa

LTD est dédié à la planète dont nous sommes une partie, planète que nous appelons « Gaïa ». C’est un choix qui repose sur le fait que la planète est un système, un ensemble, pas simplement un gros caillou où l’humanité existerait par « miracle » ou par « hasard ».

Gaïa est également le nom choisi pour un télescope spatial de l’Agence Spatiale Européenne (ESA), lancé hier depuis la Guyane. Voici une photographie de la partie de la fusée contenant ce télescope, où l’on voit une sorte de représentation de femme tournée vers les étoiles.

C’est, selon le gens du programme « Gaïa », la moins mauvaise manière trouvée pour représenter en même temps les étoiles, la Terre, le satellite (l’espèce de soucoupe volante à droite), la déesse et le nom Gaïa. Ce nom a été initialement choisi pour sa dimension poétique, formant qui plus est un acronyme qui n’est plus valable (Global Astrometric Interferometer for Astrophysics), mais le nom a été tout de même gardé.

Il est facile de voir pourquoi: la problématique de fond, c’est le rapport entre notre planète et l’univers. Au 21e siècle, impossible d’y couper!

Le télescope a une mission de cinq ans, durant lesquels il va procéder à la cartographie en trois dimensions d’une partie de la galaxie où nous sommes, la fameuse voie lactée, pour un total d’un milliard d’étoiles. Pour cela, il va se retrouver à 1,5 million de kilomètres de la Terre.

En gros, donc, le télescope va cartographier l’environnement de la planète Terre, et même tenter de calculer les trajectoires des astéroïdes risquant de venir la percuter.

Voici une représentation et des précisions à son sujet.

Quand on dit un milliard d’étoiles, cela peut sembler beaucoup, mais en fait cela ne fait que 1 % de la voie lactée… Et la voie lactée n’est qu’une galaxie parmi tant d’autres, parmi, pour ce qu’on en sait, plusieurs centaines de milliards…

Avec bien entendu, autant de possibilités que la vie se soit développée. Cela laisse à rêver, mais cela doit aussi laisser pensif. L’humanité qui la tête dans les étoiles, et c’est certainement très bien, mais cela ne saurait aller en opposition avec le fait de reconnaître la réalité de notre propre planète.

L’une des blagues tordues qui est régulièrement sortie d’ailleurs en ce domaine est qu’il est temps de chercher une nouvelle planète, car on a démoli celle où on est. Il y a là, outre une absurdité car en pratique ce n’est pas demain la veille, un anthropocentrisme complet.

Seule la vie humaine compterait ; d’ailleurs, on voit bien que la vie humaine est considérée comme « à part », « indépendante », etc. Il y a ici une prétention humaine extrêmement forte comme quoi l’humain ne dépend de rien, qu’il est sorti de la Nature, et c’est aussi la grande contradiction des films de science-fiction, qui montrent des humains vivant toutes leurs vies dans des bases spatiales : en réalité, ce serait à devenir fou, et personne ne tiendrait bien longtemps.

Le choix du terme de Gaïa est donc, si ce n’est étrange, au moins problématique, et en tout cas révélateur de comment la question de Gaïa se pose de plus en plus comme incontournable, à travers un processus chaotique. Cela se reflète dans la manière dont le journal gratuit Metronews tente d’expliquer le choix du nom du télescope. Voici ce qui est dit.

Gaia, et pourquoi pas Eros ? Tout simplement parce que les lettres qui forment le nom du télescope spatial européen lancé jeudi ont une signification précise. C’est l’acronyme de « Global Astrometric Interferometer for Astrophysics », soit Interféromètre Astrométrique Global pour l’Astrophysique, qui s’écrivait à l’origine en majuscules.

Des termes barbares qui désignaient les technologies de mesures spatiales choisies pour équiper les satellites. Bien que l’interférométrie, une technique optique, ne soit plus utilisée dans le cas du vaisseau spatial Gaia, l’acronyme a été gardé pour préserver la continuité du projet, débuté il y a des années. Il s’écrit désormais en minuscules.

L’Agence Spatiale Européenne (Esa) choisit des acronymes qui ont du sens. Dans la légende grecque, Gaia est la personnification de la Terre, en tout cas dans le système de formation de l’Univers d’Hésiode, un philosophe grec. Gaia est l’ancêtre maternel des races divines et des monstres. Toujours selon la légende grecque, au commencement était le Chaos, puis Gaia et ensuite Eros (l’amour).

Gaia demeure une exception car, en général, les télescopes spatiaux tirent leur nom d’hommes illustres dans le domaine spatial. Par exemple, la première mission lancée en 1989 a été nommée « the High Precision Parallax Collecting Satellite », en référence à l’astronome grec Hipparchus. Cet homme est le premier à avoir catalogué la trajectoire d’environ un millier d’étoiles, en 129 avant JC, et ce, uniquement grâce à l’observation à oeil nu et un peu de géométrie.

Au-delà des acronymes, de nombreux satellites portent simplement le nom des hommes auxquels ils font référence. Le nom du satellite européen « Planck », qui a cartographié le rayonnement thermique issu du Big Bang, vient de Max Planck, un physicien allemand du début du XXème siècle. Plus récemment, Edwin Hubble, astronaute américain de la même période, a donné son nom au télescope spatial en fonction depuis 1990. Si vous souhaitez que le prochain télescope spatial porte votre nom, il ne vous reste plus qu’à bien réviser vos sciences.

L’article explique que le nom n’a été gardé que pour la continuité, puis comme il s’agit tout de même de dire de quoi il en retourne, il a vite fait de passer à autre chose, afin de ne pas avoir à trop en dire sur la question de Gaïa. Ce n’est guère étonnant : c’est un sujet trop sensible, c’est un concept qui porte avec lui une telle exigence, une telle réflexion sur ce qu’est la vie et sa valeur, que forcément ceux qui défendent l’anthropocentrisme sont immédiatement mal à l’aise…

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