L’idéologie malsaine du “sapin de Noël”

L’un des grands drames des lendemains des fêtes de Noël, c’est le sapin que l’on retrouve dans les rues, jeté aux ordures. Il y a ici un rapport à la Nature véritablement affreux qui s’exprime, cela reflète quelque chose de vraiment malsain.

Du point de vue individuel, cela peut apparaître comme exagéré de dire cela : c’est une tradition, c’est sympathique et convivial, etc. C’est un moyen, aussi erroné qu’il soit, de remettre les végétaux à l’honneur, pourrait-on même penser.

Sauf que déjà ce n’est pas une tradition. Historiquement ce sont les pays germaniques et protestants qui ont lancé la tradition du sapin de Noël présent à la maison, les catholiques utilisant eux la petite crèche symbolisant la naissance de Jésus ayant soi-disant lieu ce jour là (en réalité, c’est la fête païenne du solstice qui a été récupérée).

On peut arguer que cela ne change rien au problème, c’est vrai. Mais il y a lieu de constater que tout comme avec le fameux et désormais omniprésent Père Noël arrivé récemment et avec Coca Cola (l’Eglise catholique le rejetait encore catégoriquement il y a cinquante ans), il y a toute une idéologie du sapin, prétendant à une tradition historique etc. etc.

C’est faux et en pratique on comprend facilement ce qui se cache derrière : une telle production de masse n’a jamais pu être porté par autre chose que par le capitalisme. Et le capitalisme s’y connaît en mise en avant du « convivial », du pseudo traditionnel, afin de pouvoir tourner à plein à régime…

Car, si l’on regarde, le sapin n’a rien de convivial. Déjà ce n’est pas un sapin. Les sapins sont des arbres conifères, et le capitalisme ne peut pas les gérer. Ce qui fait que la grande majorité des sapins vendus jusqu’à il y a peu sont en fait des épicéas communs, des arbres résineux. C’est déjà une escroquerie culturelle.

D’ailleurs, en pratique l’épicéa commun version sapin de Noël est pratiquement programmé pour être jetable : il a une odeur agréable et il perd ses aiguilles en deux semaines… C’est un « produit de grande consommation ».

Cette dernière décennie, l’épicéa a toutefois cédé la place devant un nouveau « produit » plus cher car censé être meilleur, le sapin de Nordmann. Ce n’est pas non plus un sapin du grand Nord pays du père Noël, puisqu’il vient historiquement des régions tempérées d’Asie occidentale… En fait il a été choisi car ses aiguilles tombent moins vite, la résistance à la température élevée des appartements étant plus grande.

Ce qui fait que les capitalistes peuvent demander une somme supérieure… Les épicéas peu chers ont ouvert le marché, qui est désormais occupé par le Nordmann, plus rentables encore…Les épicéas continuent d’être vendus, un peu, pour les plus pauvres (30% environ du marché), pour les autres, qui ont les moyens ou qui se les donnent pour la fin d’année, il y a les Nordmann.

C’est là une évolution économique capitaliste sans originalité. Et il faut bien saisir la portée de ce commerce : l’année dernière en France, 5,4 millions de sapins de Noël se sont vendus, soit 300 000 de plus que deux ans auparavant.

Il est vrai que parmi ces sapins vendus, un peu plus de 15 % environ le sont avec des racines. Cela ne veut pas dire pour autant qu’ils vont rester en vie… Il faut en effet disposer d’un jardin, avoir la possibilité qu’il grandisse en 30 ans de manière massive, disposer du climat adéquat… Cela fait beaucoup de paramètres. Derrière, il y a toujours le profit, le fait de fournir un produit “de qualité”, qui tiendra mieux pour les fêtes.

Les prix des “sapins de Noël” ont d’ailleurs augmenté de 7 % en un an entre 2011 et 2012, et on peut s’attendre à une évolution du même type cette année, vu que posséder un sapin vraiment grand est devenu une norme dans les quartiers chics.

Cela forme donc un marché de 135 millions d’euros l’année dernière, et on peut être certain que cette année sera encore plus rentable pour les entrepreneurs…

On passe donc là du sapin individuel sympathique à un arrière-plan tout à fait commercial. L’idéologie du sapin de Noël est tout sauf neutre !

Regardons maintenant un autre aspect, frappant les esprits. La plus grande « production » de “sapins de noël” se trouve dans le Morvan, en Bourgogne, avec pas moins d’un million d’arbres. Cela fait le quart de la production française.

Un million! C’est énorme! Plus de Nature, mais un million de sapins bien alignés, bien alimentés en divers produits chimiques pour pousser plus vite… Quand on pense à cela, on voit bien que l’idéologie du “sapin de Noël” est fondamentalement pourrie. Et dans un registre similaire, au Danemark, ce sont 10 millions d’arbres de type Nordmann qui sont « produits » chaque année… Ce sont des chiffres qui donnent le tournis…

On a une industrie massive, cultivant des millions d’arbres pour… les abattre et les jeter. On est là dans quelque chose de totalement aberrant, de quelque chose qui va à l’opposé des principes mêmes de la vie. On est dans la destruction, au nom du profit, le tout masqué par des pseudos traditions. C’est pratiquement un condensé de ce qu’endure notre planète.