Polypes, gorgones et corail

“S’il fallait élire la masse animale la plus impressionnante du monde, on voterait sans hésiter pour la seule qui soit visible depuis l’espace : la Grande Barrière de corail.

Située au nord-est de l’Australie, elle se déroule sur environ 2 400 kilomètres. Ce gigantesque monument naturel, vieux de quelques cinq cent millions d’années, est le squelette de millions de polypes.

Les polypes sont des animaux minuscules, semblables à de petites anémones de mer, qui construisent en calcaire « l’immeuble commun » qui les abrite : le corail. Au cours des années, le corail forme dans certains cas des récifs, qui eux-mêmes peuvent constituer de véritables îles, comme les atolls.

La répartition du corail n’est pas limitée aux régions tropicales. On en trouve au large des côtes européennes, y compris dans les régions nordiques et dans les profondeurs. Hélas, la pêche intensive saccage de vastes portions de ces massifs coralliens.

Ainsi, 30 % des massifs norvégiens, soit près de 2000 kilomètres carrés, ont déjà été dévastés. Les coraux sont menacés partout dans le monde, notamment à cause du réchauffement climatique.

Quand on évoque le corail, on pense généralement à la matière rouge dont sont faits certains bijoux. En fait, il s’agit d’une confusion historique, car ces bijoux sont faits avec des squelettes des gorgones, des animaux très proches du corail.

Appelée corail rouge, cette gorgone fut la première espèce à avoir été exploitée par les occidentaux, qui ont inventé pour elle le mot corail.

Dès l’Antiquité, elle fut considérée comme une pierre précieuse. Les Romains lui attribuaient de nombreuses vertus. Ils en mettaient au cou des bébés pour éloigner les maladies et la portaient comme amulette.

Les Gaulois en décoraient leurs boucliers et leurs casques, ou se soignaient en la buvant broyée avec de l’eau ou du vin. De l’autre côté de l’Atlantique, certains peuples amérindiens ont eux aussi utilisé le corail comme talisman ou comme bijou.

En Méditerranée, l’exploitation abusive du corail rouge a conduit à sa raréfaction, et il devient de plus en plus cher. Chaque année, des plongeurs perdent la vie dans leur quête, parfois illégale, de la matière précieuse.

Le corail ne grandit que de 2 à 3 millimètres par an, et l’on ne trouve plus aujourd’hui de colonies importantes de corail rouge (certaines atteignaient un mètre pour 30 kilos). Néanmoins, une prise de conscience des plongeurs dans certaines zones fait que le corail rouge croît à nouveau ça et là à faible profondeur.

Faute de mieux, le corail a longtemps été rangé parmi les zoophytes (les « animaux plantes »), classification qui n’existe plus. C’est le médecin naturaliste marseillais Jean-André Peyssonnel (1694-1759) qui a plaidé au XVIIIe siècle en faveur de la nature véritablement animale du corail rouge.

A l’époque, ses arguments ont été très mal accueillis par l’académie des sciences. Aujourd’hui encore, quand les polypes blancs du corail rouge s’ouvrent sur leur squelette écarlate, on dit qu’il fleurit…”

(Marc Giraud : Calme plat chez les soles – la vie intime des animaux de la mer, de la plage et des rochers)

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