Les « œufs de Pâques » et le culte du Printemps

C’était hier le dimanche de « Pâques », où suivant la religion catholique, on offre des œufs. Cette tradition n’a pas forcément l’air d’être grand chose, et on pense surtout à l’arrière-plan religieux. En fait, c’est très compliqué et il y a beaucoup de choses qui rentrent en jeu.

Sur le papier, en effet, Pâques est une fête juive célébrant la prétendue sortie du désert du peuple hébreu, telle que c’est raconté dans la Bible. Par la suite, les chrétiens célèbrent au même moment la prétendue résurrection de Jésus-Christ, censée avoir eu lieu au moment de cette fête juive.

Pâques serait donc une fête liée à rien d’autre que des événements « historiques » racontés dans des ouvrages religieux…

En pratique pourtant, il s’avère que la période de l’année concernée était célébrée bien avant ces religions, par différents peuples. Et que l’idée de « sortie », de « résurrection », est précisément l’idéologie tournant autour du Printemps, saison du renouveau.

Ainsi, les œufs de Pâques sont censés symboliser la « résurrection » du Christ, car de « froid » ils deviennent « chaud » avec la naissance du poussin. Et justement, dans l’antiquité, dans l’empire romain et en Égypte, on offrait déjà des œufs suivant le même principe.

En France, ce sont les « cloches » qui sont censés aller à Rome et revenir en apportant ces œufs. Cela n’a rien de rationnel, pas plus que le lièvre qui les amène dans les pays germaniques. Sauf que dans ces pays, il y avait justement le symbole du lièvre comme symbole de la fertilité, du Printemps qui revient, avec les « joutes » des lièvres, reflet de la sexualité qui revient, de la vie reprenant ses droits…

Il faut également penser à Perséphone, fille de Déméter. Cette dernière est la « Terre-mère » et n’accepte pas que sa fille soit mariée à Hadès, roi des enfers. Zeus hésite et finalement coupe la poire en deux : Perséphone sera six mois sous terre avec Hadès, et aidera par contre sa mère pour les six autres : elle réapparaît alors pour le Printemps.

Si l’on regarde donc les choses ainsi, on voit ainsi que les œufs de Pâques et la « résurrection du Christ » sont là pour remplacer la célébration naturelle du Printemps. Au lieu de célébrer la Nature, on célèbre « Dieu »… Les religions ont récupéré des fêtes préexistantes, les remodelant à leur sauce.

Ce n’est pas le seul aspect culturel qui compte ici. Les œufs sont en effet et bien sûr issus de l’exploitation animale. Même dans le cas des œufs en chocolat, voire en sucre, la forme est là pour rappeler que les poules « donnent » les œufs aux humains…

Lors de la « chasse aux oeufs », cela va même plus loin, puisque c’est un animal qui apporte les œufs aux enfants. Suivant les pays, c’est un lièvre (comme dans les pays germaniques), mais cela peut être un coucou, une poule, un renard…

Ou encore le bilby, en l’occurrence en Australie où les lapins sont honnis par la population au nom de la défense de l’environnement (alors que c’est l’humanité qui les a amenés là-bas).

Il y a évidemment deux aspects : d’un côté, chercher des œufs colorés dans la forêt, c’est retrouver un lien avec la Nature. Symboliquement, il y a aussi la mise en valeur d’un animal, comme étant proche, sympathique. De l’autre, le rapport à l’exploitation animale est flagrant.

Pour compliquer encore la chose, il y a bien sûr le folklore des œufs décorés. On est là dans l’appropriation humaine de ce qui appartient aux animaux, et en même temps dans la culture, le folklore, l’art.

Et que dire lorsque ces œufs sont mis… pour décorer les arbres ? C’est le cas dans certains pays de l’Est, comme en Tchéquie. On voit bien que là il y a la tentative humaine d’établir un rapport à la Nature.

L’humanité ne réfléchit pas à son rapport à la Nature, et en même temps elle le fait… Mais selon des modalités pas forcément aisées à reconnaître, à suivre, à comprendre!

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