Sibi Jâtaka ou le “don de la chair”

Composés entre les IIIème siècle avant JC et le IIIème siècle après JC, les Jâtakâs sont des contes et histoires relatant les vies antérieures du Bouddha.

Sibi Jâtaka est l’histoire d’un fameux roi de la mythologie hindouiste, il en existe plusieurs versions. Dans l’histoire, Sibi a été mis à l’épreuve par les divinités Indra et Agni.

Indra ayant pris l’apparence d’un épervier poursuivait une colombe (Agni) en vue de la manger. C’est ainsi que la colombe pris refuge auprès du roi Sibi, tandis que l’épervier voulait s’emparer de la colombe car il en allait de sa propre survie.

Ci-dessous le croquis présente Sibi et la colombe qui s’est réfugiée dans sa main droite.

Refusant de donner la colombe et de la condamner à une mort imminente, l’épervier demanda donc à Sibi de se couper de la chair d’un poids équivalent à celui de la colombe.

En accord avec cette proposition, Sibi s’exécuta et pesa sa propre chair sur une balance, mais étrangement la colombe devenait de plus en plus lourde…

Voici ici une représentation indienne avec Sibi se découpant la chair afin d’égaler le poids de la colombe qu’il veut sauver.


Sibi continua de se couper la chair, et tandis qu’il allait placer tout son corps sur la balance l’épervier et la colombe reprirent leurs apparences de Devas, terme employé pour désigner les divinités.

Ce Jâtaka reflète le don de soi et le sacrifice en vu de sauver l’autre. Le roi Sibi était prêt à mourir afin de sauver la vie de la colombe.

Nous avions parlé d’une histoire semblable, où le Prince Mahâsattva se donne la mort afin de sauver de la famine une tigresse et ses petits.

Cela fait partie de toute la tradition bouddhiste authentique qui, en quête de compassion, fait face à des difficultés, des contradictions dans l’action pour la compassion, qui aboutissent au sacrifice de soi pour combler les manques.

Il y a ainsi dans une même idée l’histoire d’Asanga. Ce dernier avait prié et médité pendant douze ans dans une grotte pour parvenir à communiquer avec la divinité le bodhissatva Maitreya.

Finissant par se décourager, il abandonna et il découvrit à la sortie de la grotte une chienne recouverte de vers. Les chiens en général, et les chiennes en particulier, étaient alors très mal vu, y compris historiquement par les bouddhistes, et jusqu’à aujourd’hui: les animaux sont considérés comme des réincarnations “basses”.

Asanga, donc, décide de se sacrifier dans les différentes versions existantes. Dans tous les cas en effet, une forme de vie va être perdante: les vers s’il les enlève du chien ou le chien s’il laisse les vers.

Il ferme les yeux pour recueillir les vers avec sa langue  (pour ne pas les blesser) et en devenir l’hôte en se faisant une plaie pour les déposer. Alors apparaît Maitreya à la place du chien, qui testait en fait Asanga.

C’est bien sûr une pirouette. Mais c’est un témoignage historique sur la tentative de généraliser la compassion.

Pour conclure, voici une représentation de Sibi et la colombe (dans sa main droite), extraite d’une peinture murale qui se trouve dans la grotte de Dunhuang en Chine.

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