L’arbre au soleil et le lait de vache au Japon

L’arbre au soleil est un manga qu’on peut en quelque sorte appeler un « classique » du genre. Il a d’ailleurs comme auteur Osamu Tezuka, considéré en quelque sorte comme l’équivalent de Walt Disney au Japon, avec une oeuvre vraiment très grande.

Ce manga du début des années 1980 décrit, de manière réaliste et humoristique, le Japon du milieu du 19ème siècle, à un moment crucial pour ce pays qui s’ouvre au monde par la force, sous la pression des États-Unis qui veulent ouvrir des routes commerciales.

Dans ce climat où les « shoguns » cèdent la place aux empereurs qui vont moderniser le pays, on suit les aventures de deux jeunes : un samouraï tourné vers les valeurs traditionnelles et un étudiant en médecine qui lui est marqué par les grandes avancées européennes en ce domaine.

Ce qui est intéressant ici, c’est de voir le choc des cultures, et voici précisément une image concernant directement la question du rapport aux animaux.

Profitons en pour rappeler ici que le lait de vache a été utilisée historiquement en Europe, et que sa digestion est très difficile pour le reste de la population mondiale (qui n’a pas d’origine européenne ; voir notre article Blédina et Danone à l’assaut des populations pauvres (et d’origine asiatique))

Ce qui est frappant ici c’est de voir surtout comment la démarche de la personne européenne est considérée comme choquante. L’auteur ne sait d’ailleurs pas vraiment comment s’en sortir, alors il termine sur une sorte de blague où le samouraï fait face à la vache.

Il faut dire que la consommation de lait a été depuis très largement imposée par l’industrie, comme elle l’est actuellement en Chine. Voici ce qui s’est passé au Japon, avec une petite citation d’un article de « l’Observatoire Cniel des Habitudes Alimentaires ».

En l’apparence, l’article est sociologique et il s’agit d’un « observatoire » de simples chercheurs. Sauf que « CNIEL » est un acronyme signifiant « Centre national interprofessionnel de l’Économie Laitière ». L’organisme se présente, au détour d’une explication, de la manière suivante :

« L’OCHA est un observatoire au service de l’interprofession laitière,  un centre de ressources et de recherches partagées avec la communauté scientifique autour de l’approche par les sciences humaines et sociales de l’alimentation, des systèmes alimentaires, des relations homme / animaux et de l’évolution de la relation aux nourritures d’origine animale. »

On l’aura compris, il s’agit d’un « think tank » anti-vegan, de l’un de ces organismes d’intellectuels impulsés par l’industrie pour fournir une idéologie, des justificatifs, etc. Voici ce qu’il dit sur le Japon…

« Le troisième moment important pour la culture laitière japonaise se situe à la fin de la deuxième
guerre mondiale (1945). Avec la présence des troupes américaines, on recommande et
on encourage l’adoption d’habitudes alimentaires occidentales en remplacement de certaines pratiques traditionnelles.

On se met à manger du pain plutôt que du riz, de la viande plutôt que du poisson, et du lait plutôt que de la soupe miso dans le but d’internationaliser la cuisine japonaise. Ces recommandations résultaient de considérations culturelles, mais aussi nutritionnelles.

L’aide alimentaire fournie par les États-Unis après la guerre afin d’éviter la famine entraîne, de manière imprévue, des changements importants dans la consommation alimentaire des Japonais,
notamment celle des produits laitiers, qui explose. La consommation de fromage, par exemple, passe de 60 g par an et par personne en 1950 à 2200 g en 2007. Un changement aussi rapide des pratiques alimentaires sur une période de 60 ans a rarement été observé ailleurs. »

On devine très bien ici comment est masqué la modification par en haut des habitudes, derrière les concepts de « considérations nutritionnelles », « internationaliser la cuisine japonaise », « éviter la famine », etc.

C’est pour cela que plonger dans l’histoire est important : cela permet de comprendre comment les habitudes alimentaires ne datent en rien de la « nuit des temps », mais possèdent une histoire…

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