Dans toutes les œuvres de la nature, il y a toujours place pour l’admiration…

Le Monde a publié un article intitulé « Les dix espèces les plus étonnantes découvertes en 2013 ». Pourquoi en parler au mois de mai, mystère, même si cela est toujours intéressant, sauf qu’évidemment tout est tourné selon le critère de l’utilitarisme anthropocentriste.

Il y a ainsi cette phrase odieuse, témoignant de toute notre époque :

“Près de 18 000 espèces ont été identifiées en 2013, s’ajoutant aux deux millions déjà connues. Les scientifiques estiment à dix millions le nombre d’espèces non encore répertoriées, craignant qu’elles ne s’éteignent avant leur découverte.”

Comme cela serait horrible en effet pour ces pauvres scientifiques que ces espèces osent disparaître avant d’avoir été répertoriées… On comprend le drame pour ces gens qui « cherchent », qui « étudient »…

C’est terrible, absolument terrible, et cela reflète l’attitude des scientifiques aujourd’hui. Normalement un médecin a choisi sa vocation pour soigner des êtres humains vivants ; il y a encore une part de cela, mais pour beaucoup c’est le choix financier qui prime.

Pareillement les vétérinaires devraient aimer les animaux : en pratique, on ne les entend jamais à part pour protéger leur corporation et c’est également ici un business très rentable. Car, pour les médecins comme pour les vétérinaires, les gens n’ont simplement pas le choix…

C’est toute l’importance de l’être vivant qui est passée à la trappe, même si la reconnaissance de celle-ci n’a jamais été reconnue à sa juste valeur. On pourrait toutefois aller vers une situation meilleure, mais les scientifiques ont une vision abstraite de la vie.

Dix millions d’espèces sont ici présentées comme une source de profits, ni plus ni moins, il n’y aucune fascination pour la vie.

Citons ici le premier à avoir procédé historiquement à une classification des animaux, Aristote, qui explique que la fascination est absolument nécessaire quand on regarde les animaux. Ceux-ci témoignent d’une chose qui nous parlent au fond de nous, c’est en quelque sorte la vie qui nous répond, avec toute sa sensibilité.

« Car dans toutes les œuvres de la nature, il y a toujours place pour l’admiration (…).

De même, dans l’étude des animaux, quels qu’ils soient, nous ne devons jamais détourner nos regards dédaigneux, parce que, dans tous indistinctement, il y a quelque chose de la puissance de la nature et de sa beauté. »

L’oeuvre citée ici est intitulée « Parties des animaux », c’est en quelque sorte la première œuvre de zoologie (il y parle du sang, des os, de la respiration, etc.), qui a eu une influence centrale dans ce domaine jusqu’au 18e siècle. Voici le passage dont est tiré l’extrait.

« Pour les choses éternelles, dans quelque faible mesure que nous puissions les atteindre et y toucher, le peu que nous en apprenons nous cause, grâce à la sublimité de ce savoir, bien plus de plaisir que tout ce qui nous environne, de même que, pour les choses que nous aimons, la vue du plus insignifiant et du moindre objet nous est mille fois plus douce que la vue prolongée des objets les plus variés et les plus beaux.

Quant à l’étude des substances périssables, comme elle nous permet tout ensemble de connaître mieux les choses et d’en connaître un plus grand nombre, elle passe pour être le comble de la science; et comme, d’autre part, les choses mortelles sont plus conformes à notre nature et nous sont plus familières, cette dernière étude devient presque la rivale de la philosophie des choses divines.

Mais, ayant déjà traité de ce grand sujet et ayant exposé ce que nous en pensons, il ne nous reste plus ici qu’à parler de la nature animée, en ne négligeant, autant qu’il dépendra de nous, aucun détail, quelque bas ou quelque relevé qu’il soit.

C’est qu’en effet, même dans ceux de ces détails qui peuvent ne pas flatter nos sens, la nature a si bien organisé les êtres qu’elle nous procure, à les contempler, d’inexprimables jouissances, pour peu qu’on sache remonter aux causes et qu’on soit réellement philosophe.

Quelle contradiction et quelle folie ne serait-ce donc pas de se complaire à regarder de simples copies de ces êtres, en admirant l’art ingénieux qui les produit, en peinture ou en sculpture, et de ne point se passionner encore plus vivement pour la réalité de ces êtres que crée la nature, et dont il nous est donné de pouvoir comprendre le but !

Aussi, ce serait une vraie puérilité que de reculer devant l’étude des êtres les plus infimes.

Car dans toutes les œuvres de la nature, il y a toujours place pour l’admiration, et l’on peut leur appliquer à toutes sans exception le mot qu’on prête à Héraclite, répondant aux étrangers qui étaient venus pour le voir et s’entretenir avec lui.

Comme en l’abordant, ils le trouvèrent qui se chauffait au feu de la cuisine : « Entrez sans crainte, entrez toujours, » leur dit le philosophe, « les Dieux sont ici comme partout. »

De même, dans l’étude des animaux, quels qu’ils soient, nous ne devons jamais détourner nos regards dédaigneux, parce que, dans tous indistinctement, il y a quelque chose de la puissance de la nature et de sa beauté.

Il n’y a jamais de hasard dans les œuvres qu’elle nous présente. Toujours ces œuvres ont en vue une certaine fin ; et il n’y a rien au monde où le caractère de cause finale éclate plus éminemment qu’en elles. Or la fin en vue de laquelle une chose subsiste ou se produit, est précisément ce qui constitue pour cette chose sa beauté et sa perfection.

Que si quelqu’un était porté à mépriser comme au-dessous de lui l’étude des autres animaux, qu’il sache que ce serait aussi se mépriser soi-même; car ce n’est pas sans la plus grande répugnance qu’on parvient à connaître l’organisation de l’homme, sang, chairs, os, veines et tant d’autres parties du genre de celles-là.

De même il faut encore penser, quand on s’occupe d’une partie du corps ou d’un organe quelconque, qu’on ne doit pas seulement faire mention de la matière et ne songer qu’à elle, mais qu’on doit s’attacher à la forme totale de l’être qu’on étudie, de même qu’à l’occasion on parle de la maison tout entière, et non pas uniquement des moellons, du ciment et des bois qui la composent.

C’est ainsi qu’en étudiant la nature, il faut s’occuper de la composition totale des êtres et de toute leur substance, et non pas uniquement de ces attributs qui ne sauraient subsister séparément de leur substance même. »

Et si l’on pousse le raisonnement jusqu’au bout, on voit que les êtres vivants ne pourraient pas vivre sans Gaïa – tous les êtres vivants relèvent de la planète Terre, de la Nature.

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