Menace sur le monument de la place du 2 juillet 1966 de Papeete

Papeete se situe à Tahiti, en Polynésie française, et on y trouve un petit monument, appelé monument de la place du 2 juillet 1966, ce qui fait référence à la date de la première bombe atomique française testée à Moruroa.

La zone a en effet été un “Centre d’Expérimentation nucléaire du Pacifique”, avec 46 essais aériens à à Moruroa et Fangataufa de 1966 à 1974, puis par la suite, jusqu’en 1996, avec 147 essais souterrains dans les sous-sols et sous les lagons des atolls de Mururoa et Fangataufa.

Cela reflète toute une mentalité d’aller déposer des bombes atomiques dans les lagons de Tahiti!

Inauguré le 2 juillet 2006, le monument est composé notamment de pierres venant symboliquement de Nahasaki et d’Hiroshima, ainsi que de lieux de tests nucléaires.

Et là il est menacé de destruction par Gaston Flosse, président de la Polynésie française! Petit rappel historique de ces essais, avec des informations de la Coordination Nucléaire du Sud Est.

Nombreux sont les témoignages des anciens travailleurs de Polynésie française qui ont du se plier aux ordres des militaires et “scientifiques” sur les sites d’expérimentations nucléaires français dans le Pacifique.

Edwin Haoa a travaillé à Moruroa et à Fangataufa. Il se trouvait à Moruroa au moment de la première explosion atomique et il partit vers 1972. Il dirigeait une équipe d’environ 6 personnes qui devaient analyser le degré de contamination après l’explosion :

” Parfois, l’explosion ne pouvait avoir lieu à cause du mauvais temps, des vents contraires ou pour d’autres raisons techniques. Par exemple, pour le premier essai de 1966, l’explosion n’eut lieu qu’à la troisième tentative. Avant le début de l’essai, chaque passager devait quitter le pont.

On nous donnait tous une paire de lunettes de soleil et cinq ou six minutes après l’explosion, on nous autorisait à regarder la boule de feu. Quinze minutes plus tard on nous autorisait à remonter sur le pont pour regarder le champignon nuageux.

Après une heure environ, des avions décollaient pour traverser le champignon et tiraient des roquettes spéciales pour faire pleuvoir. Il était strictement interdit de prendre des photos,… Une fois, quelque chose s’est mal passé. Au lieu de s’éloigner, le nuage s’étendit au-dessus des bateaux. Il commença à pleuvoir et tout le monde dut évacuer le pont.

Cependant, un groupe de Polynésiens jouait de la guitare sur le pont. Ils étaient un peu ivres, suite aux boissons gratuites offertes après chaque essai “couronné de succès” et ils ne comprirent pas ce qui se passait. Ils restèrent sur le pont… Lorsque la pluie cessa,… c’était trop tard.”

Les sacrifiés et la chaire à canon des scientifiques militaro-maniaques

” Nous étions les premiers à remettre pied sur la terre ferme après les explosions. Parfois une demi-journée, parfois jusqu’à trois jours plus tard, nous portions des combinaisons de protection et des masques à oxygène et nous étions équipés de compteurs Geiger pour mesurer la radioactivité. Nous commencions par les quartiers d’habitation et nous poursuivions le contrôle du reste de l’atoll.

Quand nous sommes arrivés pour la première fois sur l’atoll après une explosion, tout était détruit. Il ne restait plus de végétation… il était interdit de manger des fruits et des légumes. Lorsque les compteurs Geiger sonnaient dans un secteur, nous étions chargés de l’enclore avec du fil de fer barbelé portant des panneaux indiquant la radioactivité.

Après cela, nous devions être décontaminés. Nous nous lavions avec des savons spéciaux, puis on nous douchait et on nous faisait passer dans une grande machine spéciale appelée le “spectro”, qui contrôlait, à mon avis, le degré de contamination.

On nous mettait sur des civières et on nous poussait dans la machine où nous restions jusqu’à une heure, voire davantage. Deux semaines plus tard, on nous envoyait à Tahiti par avion pour des examens de sang et d’autres examens.

Comme la contamination diminuait avec le temps, avec mon équipe, je devais contrôler l’île chaque mois pour voir si les radiations dans les zones interdites avaient atteint la norme autorisée. Si tel était le cas, on y envoyait des gens pour y travailler, mais sans combinaisons protectrices ni masques à oxygène.

Lorsqu’une surface de béton était contaminée, on la récurait et on la recouvrait d’une peinture blanche très épaisse appelée “kukime”. Ceci ne pouvait se faire que sur du béton, et tout le reste devait être laissé en l’état jusqu’à la baisse naturelle de la radioactivité, c’est-à-dire jusqu’à des normes jugées “sûres”.

En tant que responsable de l’une des équipes qui devaient contrôler le degré de contamination, je savais que chaque nouvel essai en atmosphère aggravait progressivement la contamination globale. Dès 1969, nous avons su qu’il était dangereux de vivre à Moruroa.”

50 ans d’omerta officielle et de mensonges

Le voile sur l’un des grands secrets de l’armée française et de l’Etat n’a commencé à être levé qu’au terme d’une lutte inégale entre les victimes et le lobby d’état nucléariste. Des « retombées massives de plutonium » (le plus dangereux pour la santé) sont enfin dévoilées et « la zone radioactive » est « bien plus importante qu’annoncée ».

Tous les Polynésiens entre 1966 et 1974 ont été contaminés et Tahiti, la plus peuplée, a non seulement été « douchée » au plutonium en 1974 mais a reçu le maximum soit 39 retombées radioactives durant ces 8 années d’essais aériens.

Aujourd’hui, l’Etat français peine toujours a reconnaître ses crimes. Les valets du lobby nucléaire ont infiltré à tel point depuis des décennies les rouages de l’appareil d’Etat, les administrations, les postes électifs qu’une parole indépendante, humaniste et scientifique ne peut s’exprimer. La loi du silence, l’omerta plane sur le pays.

En Polynésie, Terre et peuple sacrifiés, il en est de même. Pourtant la Résistance aux coups bas du Président du gouvernement de la Polynésie s’organise. Des actions regroupent des centaines de personnes (ici) depuis près de 13 ans.

Une pétition qui sera transmise aux autorités de la République française et au Secrétaire général des Nations unies est lancée. Elle exige que Gaston Flosse renonce à sa décision de détruire le monument de la Place du 2 juillet 1966 à Papeete – dédié à la mémoire de toutes les victimes des essais nucléaires –  et qu’il décide la pérennité de ce monument.

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