“Viande, volaille et poisson : les prix poussent des ailes”

Le véganisme est par définition universaliste, et si l’on veut que l’humanité entière devienne végane, alors il faut connaître sa situation, qui peut s’avérer très différente selon les endroits.

Voici un article intitulé “Viande, volaille et poisson : les prix poussent des ailes” en provenance du Mali, du site Malijet, mais quand on dit article, c’est plutôt d’un portrait qu’il s’agit. C’est une sorte de véritable photographie, d’une très grande densité, qui témoigne de comment l’angoisse naît du chaos de la production humaine fondée sur l’exploitation animale, la quête de profit.

Comment la faim dans le monde serait aisément résolu si l’exploitation animale, en plus du crime moral, ne ruinait pas les ressources! L’accroissement de la population en Afrique, dans une multiplication destructrice des grandes agglomérations et avec la destruction de la Nature, souligne l’urgence d’une humanité unifiée et végane!

Jamais la hausse des prix de la viande n’avait atteint un tel niveau. Ce renchérissement de la viande pourtant prévisible depuis bien avant le mois de Ramadan, déstabilise aujourd’hui autant les maîtresses de maison soucieuses de servir le repas avec de bons morceaux de viande que les chefs de familles désormais obligés d’augmenter les frais de condiments.

Il faut dire qu’habituellement, la principale préoccupation des chefs de famille résidait dans le prix des céréales. Heureusement le riz et le mil constituent aujourd’hui un souci en moins grâce au bon niveau d’approvisionnement du marché. C’est le bétail et la viande qui, depuis 3 ans, connaissent une tendance haussière. Les spéculateurs s’en donnent à coeur joie et ne manquent pas d’arguments pour expliquer le renchérissement des prix.

Sur les différents marchés de la place, la hausse semble s’être durablement installée surtout en ce qui concerne la viande de bœuf et de mouton qui a connu une hausse se situant entre 300 Fcfa à 400 Fcfa selon la qualité. Un tour dans les différents marchés de la capitale, nous donne les tendances suivantes : au marché Dibida, le kg de viande de bœuf avec os est passé en l’espace de 3 mois de 1600 Fcfa à 2300 Fcfa et le gigot sans os de 2000 Fcfa à 2500 Fcfa. Quant au foie de bœuf, particulièrement prisé par les gargotières, il est aujourd’hui vendu à 3250 Fcfa/kg contre 2400 Fcfa avant le Ramadan.

Sur certains marchés, l’envolée est encore plus marquée. C’est le cas du marché de Kalabancoro et Banakabougou où le kg de viande avec os coûte 2350 Fcfa tandis qu’il faut débourser 2600 Fcfa pour le kg de viande sans os. Subvention uniquement pour le Ramadan. Pour expliquer cette situation, les chevillards ne manquent pas d’arguments. Selon Fousseyni Guindo, boucher au marché de Boulkassoumbougou, l’explication est toute simple. « Je vous jure, chaque année, pendant la période hivernale, nous avons des problèmes d’approvisionnement en bœufs sur pied. Et depuis le début de l’hivernage, les bœufs sont devenus très chers, et les vrais taureaux bien en chair sont même rares.

Il y a 3 mois, un bon taureau coûtait entre 350.000 à 500.000 Fcfa selon le poids. Mais aujourd’hui, il faut débourser entre 750.000 voire 900.000 Fcfa pour le même animal. Nous n’avons donc pas d’autres choix que de réorganiser un peu les prix », explique le boucher. Selon lui, cette situation a commencé avant le Ramadan. « Mais le département du commerce avait pris des mesures spécialement pour ce mois de carême en prenant en charge la différence de 200 Fcfa sur chaque kg de viande dans les abattoirs.

Mais cette mesure ayant pris fin, nous avons pas d’autres choix de d’appliquer les réalités du marché. Aujourd’hui, le kg de viande de bœuf avec os est cédé entre 2200 à 2300 Fcfa selon les marchés. Mais certains vendeurs non installés dans les marchés le vendent moins cher. Tout dépend du prix du bœuf sur le marché de bétail », développe notre interlocuteur. Sirima Diarra, boucher au marché de Banankabougou, souligne le manque de bétail même dans les différents « garbals » de Bamako.

« Il n’y a pas de bétail, c’est le seul problème. S’il faut acheter un bœuf de 150 kg à plus de 400.000 Fcfa et après la vente ne gagner que 350.000 Fcfa. Je jure quand nous achetons un bœuf, nos premiers soucis c’est la rentabilité et non les bénéfices. Même avec cette hausse nous vendons très souvent à perte. Si les autorités veulent vraiment une baisse, il faut qu’ils s’impliquent dans l’approvisionnement du marché comme pour les céréales », indique le boucher.

Cette hausse oblige des ménagères à rogner sur la quantité de viande habituellement consommée dans leurs foyers, d’autres se sont simplement rabattues sur les abats ou s’efforcent de jongler avec les poissons de mer et les poissons fumés. Mme Ndiaye Fanta Traoré, une ménagère avertie, déplore cette situation. «Ce qui est récurrent, c’est que chaque année, nous assistons impuissants à la même situation à l’approche de l’hivernage même une fois passée la tempête, les prix ne baissent plus.

Maintenant, nous sommes obligés de nous rabattre sur le poisson fumé. Et ce produit aussi est en train de renchérir. On ne sait donc plus à quel saint se vouer », souligne cette ménagère en souhaitant l’implication des autorités en charge du commerce pour le suivi de ces produits. Pénurie de bétail. Au grand marché de bétail de Niamana, on ne manque pas d’interlocuteurs pour analyser la situation actuelle. En effet, ce marché d’habitude très animé connait aujourd’hui par une certaine morosité.

L’absence de bêtes à l’embonpoint est frappante. Et les prix connaissent une hausse inhabituelle. Ici, pour se procurer un bovin, il faut débourser 350 000 à 500.000 Fcfa. Certaines bêtes bien en chair sont proposées jusqu’à 800.000 Fcfa voire 1 million. Et le pire est que le bétail est rare. A Niamana, l’angoisse se lit sur tous les visages : vendeurs, intermédiaires, acheteurs. « La situation est catastrophique.

Il n’y a pas encore de bœufs », lancent plusieurs interlocuteurs. Les rares têtes bien en chair qui débarquent sont très disputées. Baya Diallo, un commerçant de bœufs très connu à Niamana, est aussi un analyste très averti. « Pendant la période hivernale, les bœufs sont rares sur le marché car les éleveurs ont tendance à garder leurs animaux pour leur assurer un bon entretien afin de leur donner plus de valeur marchande. Pire, avec la crise sécuritaire qui sévit dans notre pays, le cheptel malien a beaucoup migré dans les pays voisins.

Autre facteur expliquant la situation : l’installation tardive de l’hivernage dans les régions du Nord où le bétail a été véritablement affecté par la longue saison sèche à cause du manque d’eau, d’herbes et de pâturages », développe-t-il en ajoutant que cette tendance haussière s’est installée depuis trois ans et chaque année à la même période, le prix du bœuf renchérit. Le spécialiste explique qu’à l’approche de l’hivernage, les éleveurs amenaient leurs bêtes dans les zones au climat pré guinéen où l’herbe est abondante notamment dans le Wassoulou, le Kénédougou, le cercle de Bougouni et à la frontière avec la Côte d’Ivoire. Ces contrées avec les zones de bourgoutières du cercle de Macina et de Ténenkou étaient les zones traditionnelles de pâturages.

Malheureusement, ajoute-t-il, avec la diminution des précipitations et l’aménagement effréné des bourgoutières en terres de culture du riz, les éleveurs s’étaient rués sur la zone du Wassoulou. Par malheur, chaque année, de graves conflits opposent les éleveurs aux habitants de cette zone. Les éleveurs ont dû chercher d’autres terres de pâturages à l’extérieur du pays. «Aujourd’hui près de 70 % du cheptel malien de bovins se trouvent dans des pays voisins notamment en Guinée, Mauritanie, Niger, Burkina Faso et Côte d’Ivoire. Les rares marchands qui amènent des bœufs s’approvisionnent à partir de ces pays. Et transportent les bêtes par camion à des coûts élevés.

Et ironie du sort, il faut désormais payé des frais de dédouanement, car il s’agit d’importer. La hausse des prix au détail est donc inévitable», explicite le spécialiste. Hama Barry, un autre vendeur de bétail est plus alarmiste. «Comme les populations des régions du Nord, le bétail malien s’est refugié dans les pays voisins. Seulement à la différence des hommes, les bêtes ne bénéficient ni d’évaluation et d’assistance. Vous imaginez la situation est telle que, nous avons l’impression d’importer nos propres bêtes pour approvisionner nos marchés.

Il est temps pour les autorités de prendre des mesures concrètes pour favoriser le retour du bétail malien sur le territoire national sinon si nos éleveurs décident de s’installer dans les pays voisins, nous serons obligés d’importer de la viande pour satisfaire les besoins de consommation », avertit ce marchand de bétail. Encore l’argument de l’hivernage. Comme la viande, les prix de la volaille et du poisson de mer poussent aussi des ailes. Cédé, il y a trois mois entre 2250 Fcfa à 2500 Fcfa, le poulet est aujourd’hui vendu entre 3000 à 3500 Fcfa.

La pintade est intouchable entre 4000 et 5000 Fcfa. Les raisons de la folie des prix ? La rengaine de l’hivernage. «Les lieux d’approvisionnement en volaille sont inaccessibles pendant l’hivernage et les frais de transports deviennent très chers. Les femmes rurales sont plus occupées à cultiver qu’à s’occuper de leurs poulaillers. Même chez les aviculteurs professionnels, la période n’est pas favorable à la grande production de volaille.

Le mauvais état des routes foraines pendant cette période n’arrange pas non plus les choses alors que les acheteurs doivent se déplacer de village en village, de foire en foire, jusque dans les recoins les plus reculés, souvent inaccessibles maintenant pour acquérir les volailles», explicite Moussa Samaké, commerçant de volaille. Sur un point au moins, on peut vérifier qu’il a raison : une légère hausse est notable sur les poulets de chair produits dans les fermes avicoles de la périphérie de Bamako, où le kg est passé de 2000 à 2500 Fcfa selon les points de vente. Si la viande et la volaille sont intouchables, il ne reste que le poisson de mer pour les ménagères qui n’ont pas assez de moyens. C’est pourquoi jamais ce produit n’avait connu autant de succès dans notre pays.

Moins chères que les poissons localement pêchés, surtout beaucoup apprécié pour son coût plus savoureux et son prix relativement très bas, le poisson congelé a conquis aussi bien les ménagères que les gargotières, voire les hôteliers. Aujourd’hui, le poisson congelé domine notre marché et commence même à être distribué dans les villages. Appelé « Sénégal Diéguéni » parce qu’il provenait de ce pays, il transporté en conteneurs frigorifiques en provenance aussi bien du Sénégal, de la Mauritanie, du Maroc et même de la Tanzanie via la Côte d’Ivoire.

Malgré ce long périple, ce poisson était vendu à des prix très abordables, environ 1000 à 1500 Fcfa le kg selon les variétés (Mérou, dorades, chinchards, baudroie, limandes, roussettes, sars, sols, poulpes etc.). Mieux les détaillantes en coupent en petits morceaux de 50 et 100 Fcfa pour les ménages à faibles revenus. Malheureusement depuis quelques temps, le poisson de mer aussi connaît un surenchérissement sans précédent. D’aucun parle de pénurie, d’autres de spéculation due à la forte de demande. Mais un tour chez les grands importateurs du produit nous a permis de comprendre qu’aucun de ces facteurs évoqués par les femmes n’est à écarter.

En effet, selon Alassane Diallo, importateur, la saison des pluies est la période des vaches maigres pour les pêcheurs de mer et le poisson devient une denrée rare en mer. « Actuellement, les côtes dakaroises sont moins poissonneuses, nous nous rabattons sur la Mauritanie. Ensuite la demande qui explose, et devient même supérieure à l’offre, naturellement les prix grimpent », explique le commerçant en ajoutant que certaines variétés sont même rares dans les pays d’approvisionnement.

« On ne sait plus à quel saint se vouer. La viande est devenue de l’or. Le poisson de fleuve est intouchable, le poisson congelé qui nous permettait de savourer l’odeur du poisson est aussi en train de prendre de l’ascenseur. Tantôt le prix grimpe, tantôt il baisse », lance une ménagère rencontrée devant un magasin de poisson de mer des Halles de Bamako. Ainsi va le marché de viande, de volaille et de poisson de Bamako. Dans les familles, les commentaires vont bon train. Chaque année, à la même période, les mêmes hausses de prix. Et comme toujours, les consommateurs subissent.

Articles pouvant vous intéresser