“Les Israéliens de plus en plus avides de régime végétalien”

Tous les chemins mènent à Rome: tous les chemins mènent au véganisme, pourrait-on dire. Selon les pays, le processus connaîtra des différences culturelles: ainsi, tant qu’en France nous ne triompherons de l’esprit cartésien avec son culte de la “conscience” toute-puissante accompagné du rejet de “l’animal-machine”, nous n’arriverons à rien!

Tout est une question de clef, et voici un nouvel article (tiré du Times of Israel), encore une fois passionnant, sur le véganisme en Israël.

Précisons ici quelques points, pour les personnes pouvant être surprises. Tout d’abord, il y a bien entendu la question du génocide qui joue: le rapport entre l’exploitation animale et Auschwitz saute littéralement aux yeux. Ensuite, il y a la question morale.

Le judaïsme, comme l’Islam, est une religion raisonnant en termes de rétribution: le bien appelle le bien, le mal appelle le mal. Même si on n’est pas religieux, il en reste une culture accordant une place centrale aux raisons moraux.

C’est cela qui explique les toutes dernières lignes de l’article: la morale passe avant le menu. Évidemment, pour la France, entre sa tradition du “goût” et son catholicisme autorisant tout du moment qu’on se confesse après, cela ne marche pas comme démarche…

Enfin, il y a la question palestinienne. Et ici le véganisme apparaît à la fois comme un universalisme et comme le mode de vie alternatif échappant au chantage militariste de la société israélienne qui bloque tout ce qui est progressiste.

Rappelons, pour conclure, que justement nous avons parlé souvent dans la section “athéisme” de cet aspect: la religion prétend à l’universalisme, mais c’est une approche erronée que tente l’humanité pour aboutir à l’universalisme. Si on comprend cela on peut alors trouver la clef pour dépasser la religion…

Les Israéliens de plus en plus avides de régime végétalien
Selon les militants, Israël compte quelque 300 000 végétaliens, soit 4 % de la population du pays

La musique battait son plein, l’alcool coulait à flot, les danseurs se trémoussaient et les boulettes de viande khinkali et les brochettes de kababi – mets géorgiens traditionnels – ornaient presque chaque table.

C’était en février. Nana Shrier, propriétaire du bar huppé et restaurant tel avivien Nanouchka, n’avait pas encore vu le bulletin de nouvelles télévisé sur l’élevage industriel qui devait tout changer.

Choquée par la façon dont les animaux sont traités dans la production industrielle de viande et de produits laitiers, Shrier a retiré tous les produits d’origine animale du menu – du fromage aux œufs en passant par le poulet et le steak. Le restaurant était devenu entièrement végétalien.

Ce n’était pas une initiative facile. Désirant conserver le caractère géorgien du restaurant, Shrier a dû faire preuve de créativité, trouver des substituts de viande et essayer de nouveaux plats. Elle a également remarqué que les clients commandaient de l’alcool moins fort quand ils ne mangeaient pas de viande. Mais rien de tout cela ne comptait à ses yeux.

« Nous avons compris qu’il n’y a pas de prix à payer pour créer des produits d’origine animale, les voir, les vendre, les produire ou les acheter », dit-elle. « L’ambiance est agréable, mais j’aurais payé n’importe quel prix. J’aurais même perdu la moitié de mon entreprise pour cela. »

Selon le groupe militant Vegan-Friendly, Shrier compte parmi les quelque 300 000 végétaliens en Israël. Avec près de 4 % de la population du pays, les militants affirment qu’Israël a la population végétalienne la plus élevée par habitant au monde. Et la tendance semble croître.

Une enquête menée en janvier a révélé que 8 % des Israéliens sont végétariens et près de 5 % végétaliens. Il y a quatre ans, selon le Bureau central des statistiques israélien, seulement 2,6 % des Israéliens étaient végétariens ou végétaliens.

Quelque 7 000 Israéliens ont accepté le « Défi 22″ d’être végétalien pendant 22 jours depuis l’initiative lancée en mai par le groupe de défense des animaux Anonymous (aucun lien avec le collectif de hackers).

Environ 250 restaurants israéliens sont maintenant certifiés « végétaliens » par le groupe du même nom, ce qui signifie qu’au moins un quart de leurs plats ne contiennent pas de produits d’origine animale.

Israël figure également souvent sur les listes de la plupart des pays « vegan-friendly » du monde, grâce en partie au fait que les mets nationaux comme le falafel et le houmous ne contiennent pas de produits d’origine animale. Et le 13 octobre, le deuxième festival végétalien annuel de Tel Aviv a attiré plus de 10 000 participants. Nourriture, artisanat et musique ont réuni le plus grand monde, selon les organisateurs.

« La composition de la communauté est le plus grand changement », déclare Omri Paz, fondateur de Vegan-friendly, qui a organisé le festival. « Dans le passé, peut-être les végétaliens étaient-ils plus spirituels, ou perçus par la société comme un peu marginaux, étranges. Un grand nombre de nouveaux végétaliens font partie du mainstream – des avocats végétaliens, des enseignants végétaliens. Tout le monde peut être végétalien. »

Même Domino’s Pizza avait un stand de pizzas végétaliennes – les premières commercialisées en Israël. Ido Fridman, vice-président du marketing de Domino Israël, a déclaré que la société a vendu environ 300 000 pizzas végétaliennes depuis leur lancement année dernière.

L’essor végétalien en Israël intervient à un moment de prise de conscience de la protection des animaux dans les élevages industriels.

Une conférence sous-titrée en hébreu sur le « véganisme » a recueilli près d’un million de vues sur YouTube dans un pays de seulement 8 millions de personnes.

Un cinquième du pays a suivi un militant végétalien dans la dernière saison de la version israélienne de l’émission de télé-réalité « Big Brother ». Et une émission d’enquête populaire comprenait six épisodes sur le mauvais traitement des animaux dans les industries animales et laitières israéliennes.

Le végétalisme israélien a pris racine dans les milieux libéraux laïcs, mais les Israéliens religieux se joignent également au mouvement. Beaucoup font remarquer qu’Adam et Eve étaient végétariens dans le jardin d’Eden.

Yehuda Shein, le président de Behemla, une organisation religieuse qui dénonce la cruauté envers les animaux, n’est pas découragé par la coutume religieuse de manger de la viande le Shabbat et les jours fériés.

« Il n’y a pas d’injonction de manger de la viande », avance Shein. « Les gens font leurs propres adaptations. Ils arrêtent de manger de la viande, ils font autre chose. Mais notre objectif est de transmettre l’information au public. »

Le véganisme n’est pas un phénomène nouveau en Israël. Les Hébreux africains s’abstiennent de consommer des produits d’origine animale depuis des décennies. Mais tandis que les militants applaudissent la récente prise de conscience végétalienne, les vétérans craignent qu’il s’agisse d’une mode passagère.

Arie Rave, qui a ouvert le restaurant végétalien Bouddha Burgers à Tel Aviv il y a huit ans et s’apprête à lancer sa sixième franchise, affirme qu’il espère que les nouveaux adhérents resteront sérieux.

« Les gens ne deviennent pas végétaliens en un jour », observe Rave, dont les restaurants sont remplis d’affiches vantant les avantages moraux, médicaux et écologiques du végétalisme.

« Ce n’est pas en une journée ou une conversation. Ce n’est pas en un simple menu. C’est une idéologie. »

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