L’appel de Manille

Le show de François Hollande ne fait que commencer que déjà sa vanité éclate au grand jour. Voici le document intitulé l’appel de Manille, lue par… l’actrice Marion Cotillard. On peut voir la vidéo ici, voici le document lui-même, suivi du contenu d’une déclaration de François Hollande juste après.

Comme il se doit, et c’est terriblement révélateur, on ne trouve pas les mots “animal”, “animaux”, ni “Nature”, dans ce dernier cas on n’aura juste… “catastrophes naturelles”. Tout est vu par le prisme de l’anthropocentrisme.

Appel de Manille à l’action pour le climat

1. Nous, chefs d’État de la République des Philippines et de la République française, et personnalités de différents pays déterminés à agir pour le climat, réunis à Manille aujourd’hui, désirons rappeler à la communauté internationale, à l’ensemble des acteurs et à l’opinion publique mondiale qu’il est urgent de lutter contre le changement climatique de manière sérieuse, efficace et équitable.

2. À moins d’un an de la 21ème Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP 21) qui se tiendra à Paris en décembre 2015 et dont les résultats concerneront la vie de milliards de personnes, nous appelons la communauté internationale à conclure un accord ambitieux, équitable et universel sur le climat, qui soit conforme aux recommandations scientifiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, afin de préserver notre planète pour permettre aux générations futures d’y vivre. À Manille aujourd’hui, nous espérons que nous écrirons ensemble l’Histoire à Paris en décembre et que nous ne nous contenterons pas de la regarder se dérouler en simples spectateurs.

3. Nous appelons à agir pour le climat.

4. En nous réunissant aux Philippines où la population a subi une série sans précédent d’événements climatiques extrêmes ces dernières années, nous prenons conscience que les pays en développement, qui ont le moins contribué au changement climatique, sont ceux qui souffrent le plus de ses effets. Certes, nous sommes confrontés à des menaces analogues et nous partageons les mêmes faiblesses, mais nous disposons aussi d’atouts et de moyens différents pour relever ces défis. Cependant, nous croyons qu’il est possible de réduire nos vulnérabilités et notre exposition aux aléas du climat. La population philippine a fait preuve d’une extraordinaire résilience à cet égard.

5. Nous appelons à la solidarité et à la justice face au changement climatique.

6. Nous avons besoin d’un accord négocié et accepté par tous et pour tous, qui tienne compte de toutes les différences de situation et fasse converger diverses perspectives pour accélérer l’action collective. Nous avons besoin d’un accord pour réduire les émissions, créer des opportunités économiques et nous doter des moyens de gérer les risques associés qui sont déjà prévisibles dans un avenir proche.

7. Nous appelons à coopérer face au changement climatique.

8. La croissance économique, le développement durable et la lutte contre la pauvreté sont des objectifs qui doivent et peuvent être atteints ensemble. Mais assurer un accès équitable au développement durable pour tous nécessitera de disposer de moyens de mise en oeuvre accrus.

9. Nous appelons à la solidarité financière et technologique.

10. Considérant que nous atteignons le point de non-retour en matière de changement climatique et que nous devons passer des intentions à l’action, nous appelons solennellement :

A) tous les États à travailler concrètement et rapidement pour lutter contre le changement climatique, en particulier contre ses impacts, et nous les invitons à présenter leurs contributions prévues déterminées au niveau national, en fonction de leurs situations et capacités nationales respectives ;

B) les pays développés et les pays en développement capables et désireux de le faire, à fournir aux pays les plus pauvres et les plus vulnérables des moyens de mise en œuvre adéquats pour les aider à se transformer en territoires résilients et en économies sobres en carbone ;

C) tous les acteurs, les États, les collectivités territoriales, les entreprises, le secteur privé, la société civile, les organisations non gouvernementales, les universités et les citoyens à jouer pleinement leur rôle dans la lutte contre le changement climatique et en particulier contre ses effets, et la réduction des risques de catastrophes naturelles liées au climat, par des efforts individuels ou des initiatives en coopération; et,

D) chacun à diffuser cet appel et à faire prendre conscience de la nécessité d’agir rapidement et partout, et de parvenir à un accord mondial sur le climat en décembre à Paris.

Déclaration à la suite de l’appel de Manille

LE PRESIDENT : L’appel a été lancé et je remercie la sénatrice et Marion COTILLARD de l’avoir prononcé. Nous sommes en effet réunis ici, tous ensemble, responsables politiques, dirigeants de grandes organisations internationales, personnalités économiques, culturelles, universitaires, pour convaincre le monde, pour mobiliser les opinions publiques.

Je remercie Nicolas HULOT d’avoir pris cette initiative parce que si nous voulons réussir en décembre prochain, il faudra que les diplomates soient au meilleur ; ils le sont. Il faudra que les instances de l’ONU puissent accompagner ce processus ; elles y sont prêtes. Il faudra que nous puissions avoir avec les dirigeants de la planète les explications nécessaires, de manière à ce que les engagements soient pris. Mais il faudra aussi et surtout la mobilisation de l’opinion publique. C’est le sens de cet appel.

C’est un appel qui se fait ici, à Manille. Manille qui est, aux yeux du monde, un symbole de souffrance et d’espoir. La souffrance, c’est celle qu’ont vécue hélas les victimes des typhons, des tsunamis, des catastrophes, des tremblements de terre. Ce sont des centaines de milliers de Philippins qui ont été déplacés. La souffrance, c’est celle aussi que beaucoup imaginent avec la montée des eaux, la disparition des îles, l’augmentation et l’intensité même des tempêtes. Mais il y a l’espoir qui est aussi ici, à Manille. Espoir d’un peuple qui résiste, qui lui aussi face à l’épreuve, se soulève, se redresse et s’organise. C’est pourquoi nous voulions que ce soit à Manille que l’appel puisse être lancé.

Quel est le sens de cet appel ? C’est de pouvoir conclure à Paris, lors de cette conférence sur le climat, un accord général et contraignant, pays par pays, pour assurer que le monde ne connaîtra pas un réchauffement qui l’exposerait à des catastrophes encore bien plus considérables que celles que nous avons connues.

Il y fallait une voix, la vôtre, Monsieur le Président AQUINO, votre voix telle que je l’ai entendue lors des sommets internationaux, à l’ONU, où vous avez dit que nous pouvions tous faire quelque chose, prendre notre part, jouer notre rôle. Il fallait aussi des voix multiples, celles qui sont entendues ici. Il y fallait la voix française parce que la France, et c’est son honneur, c’est aussi son devoir, sait prendre lorsque c’est nécessaire ses responsabilités. Nous l’avons montré dans d’autres circonstances, face à d’autres épreuves.

Quel est maintenant le sens de cet appel ? C’est un appel à la justice. L’appel de Manille, c’est pour que le monde soit plus juste, entre les pays développés et les pays fragiles, entre les pays riches et les pays pauvres, entre les générations aussi, celles qui ont eu tout le temps, tout le loisir pour prélever des ressources sur la planète mais qui maintenant ont le devoir d’agir pour que leurs enfants, leurs petits-enfants puissent vivre, vivre tout simplement sur cette planète.

La justice, c’est aussi de permettre que tous les progrès de la science, de la technologie, de l’imagination humaine, de l’économie soient au service de la construction, de la préservation, de la réparation, de la prévention et non pas de la destruction. C’est la raison pour laquelle une alliance doit être conclue entre toutes les forces. Les forces des Etats, les forces économiques, les forces associatives, les forces culturelles pour que nous puissions faire vivre l’appel de Manille.

L’appel de Manille, c’est aussi l’imagination. C’est notamment à travers le Fonds vert, les financements innovants, tout ce qui peut permettre de capter, de mobiliser des ressources pour les mettre au service du développement. L’appel de Manille, c’est un appel à l’invention parce que la lutte contre le changement climatique, qui est à la fois une obligation, c’est aussi une opportunité, puisque ça va nous permettre d’inventer une croissance nouvelle, une croissance verte.

Nous allons être meilleurs. Meilleurs parce que nous sommes contraints de l’être ; meilleurs pour les énergies renouvelables ; meilleurs pour stocker de l’énergie ; meilleurs pour organiser nos villes, pour assurer nos déplacements ; meilleurs pour inventer des technologies zéro carbone ; meilleurs pour organiser notre fiscalité ; meilleurs pour même établir une concurrence entre les entreprises avec un prix carbone. C’est l’agenda des solutions qui sera finalement l’expression de notre invention.

Enfin, l’appel de Manille c’est un appel à la promotion d’un monde nouveau parce que ce qui est en cause, c’est un nouveau mode de développement plus juste, plus respectueux. C’est un monde où nous puissions nous dire que ce que nous faisons est utile, un monde où chaque pays prendra ses responsabilités en fonction de ses propres capacités, un monde où une solidarité nouvelle pourra voir le jour entre pays riches et pays émergents. Beaucoup ont, à un moment dans leur démarche politique, imaginé un monde nouveau. Ils n’ont pas toujours construit un monde meilleur mais celui que nous avons à l’esprit, c’est un monde vivable, c’est un monde humain et c’est ce qui nous permet de nous rassembler.

C’est LEVI-STRAUSS qui disait que « l’arc-en-ciel des cultures humaines aura fini de s’abîmer dans le vide creusé par notre fureur ». Il faut mettre un terme à la fureur et il faut mettre, dans le ciel, l’arc-en-ciel des cultures humaines. Ce monde, si nous le voulons, il sera dessiné à Paris dans trois cents jours. J’appelle donc les chefs d’Etat et de gouvernement à tout mettre en œuvre pour conclure un accord en décembre. J’appelle les forces de la jeunesse, les citoyens mais aussi les acteurs économiques, les artistes, les universitaires, à s’engager, à s’organiser pour nous élever, pour porter une cause qui peut tous nous rassembler.

Face à l’Histoire, il y a ceux qui la regardent, qui la contemplent, et il y a ceux qui la font. Aujourd’hui, il nous faut l’écrire. Ce sera à Paris dans trois cents jours.

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