EELV : les thèmes de la prostitution et du cannabis

Parmi les multiples maux qui tracassent la société française, il y a le fait que les fachos soient de vrais fachos alors que les gens se disant de gauche ne sont le plus souvent que des ultra-libéraux. Faire n’importe quoi n’importe comment serait une “libération” de l’individu, qu’on ne pourrait de toutes manières pas juger, au nom de l’idéal ultra-libéral libertaire.

Une telle approche s’oppose formellement aux valeurs morales straight edge, comme le montrent ici deux documents d’EELV, parti politique représentant par excellence la ligne des bobos des villes (ceux des campagnes restant en mode “zadiste” et se contentant de variantes d’anarchisme).

Le premier document consiste en l’extrait de l’intervention de la sénatrice Esther Benbassa, au nom d’EELV, le 30 mars 2015. On y trouve la défense classique de l’idéal libéral – libertaire, du droit de l’individu à ne pas être “jugé” moralement ni a fortiori condamner légalement.

Le second document est une présentation au sénat de la proposition faite hier par EELV de légaliser le cannabis, autre grand thème de bataille libéral – libertaire.

Cet éloge de l’individu faisant “ce qu’il veut” est l’expression ultime de l’anthropocentrisme. C’est l’anti-thèse exacte d’une humanité collective se soumettant à la Nature.

Celles qui continuent à se prostituer seraient toutes des femmes violentées, agressées sexuellement dans leur enfance, victimes d’inceste. Aux yeux des abolitionnistes, une femme « normale » ne pourrait librement consentir une relation sexuelle contre rémunération. Toute personne prostituée ne pourrait qu’être soumise à la domination masculine. A nous de lui faire recouvrer sa dignité.

Virgine Despentes, dans son essai King Kong Théorie (2006), écrit ceci : « La sexualité masculine en elle-même ne constitue pas une violence sur les femmes, si elles sont consentantes et bien rémunérées. C’est le contrôle exercé sur nous qui est violent, cette faculté de décider à notre place ce qui est digne et ce qui ne l’est pas. »

Quant au psychanalyste Henri Castel, il précise : « Au nom de la sauvegarde de leur dignité, on va priver d’un coup beaucoup de gens de la liberté d’arbitrer entre divers maux dans une situation d’inégalités sociales subies de facto (…) On peut préférer se prostituer pour abriter son enfant du besoin (…) Mépriser les gens qui font des choix si graves ne convaincrait d’ailleurs vraiment que si, au lieu de dénoncer la prostitution seule, on dénonçait les inégalités en bloc. »

Ne transformons pas le Code pénal à la seule fin d’un affichage idéologique. Sachons écouter les premières intéressées, ne les traitons pas en mineures privées de parole. Ayons d’autres soucis que celui – fort politicien – des « bonnes mœurs ».

Chacun peut-il oui ou non librement disposer de son corps? Les féministes avaient fait de cette exigence leur devise pour la légalisation de la contraception et de l’IVG. On ne pourrait donc pas l’invoquer pour l’acte prostitutionnel? Oui, il y a des prostitué(e) par choix.

Dans leur pétition du 23 août 2012, de nombreux intellectuels – hommes et femmes – écrivaient : « Décréter illégal ce qu’on trouve immoral n’est pas un grand pas vers le Bien, c’est une dérive despotique. Le pouvoir politique n’a pas à intervenir dans les pratiques sexuelles des adultes consentants. »

Le vote du groupe écologiste dépendra de nos débats. Et sa grille d’analyse sera simple : protéger, oui, stigmatiser et précariser davantage, non !

Voici la proposition d’EELV de libérer le commerce du cannabis:

En France, la loi du 31 décembre 1970 dit loi “Mazeaud” punit d’un an d’emprisonnement et 3 750 euros d’amende la consommation de cannabis, considéré comme un produit stupéfiant. La loi considère l’usager de stupéfiants comme un individu malade et délinquant et sanctionne également le fait d’acheter, de consommer, de détenir, de donner, de revendre, de cultiver, de transporter ou de conduire après consommation. Les peines pour trafic de cannabis peuvent aller jusqu’à dix ans de prison et 7,5 millions d’euros d’amende.

Depuis la loi Mazeaud, plusieurs textes sont venus renforcer les sanctions à l’encontre des usagers de cannabis :

la loi du 3 février 2003 relative à la conduite sous l’influence de substances ou plantes classées comme stupéfiants ;
la loi du 10 août 2007 renforçant la lutte contre la récidive des majeurs et des mineurs, qui instaure des peines planchers pour les récidivistes.
Pour les sénateurs écologistes, auteurs de la présente proposition de loi, la législation française qui est “une des législations européennes les plus répressives”, est un échec, dans la mesure où elle n’a pas réussi à réfréner ni la consommation, ni le trafic de cannabis.

Ils souhaitent une réglementation de l’usage du cannabis qui permette de faire baisser la consommation, tout en endiguant les risques engendrés.

Ils proposent d’autoriser, de manière encadrée, la vente au détail aux personnes majeures et l’usage de plantes de cannabis et de produits dérivés issus de cultures et de pratiques culturales contrôlées. Les caractéristiques de ces produits, ainsi que leur teneur en principe psychoactif (tétrahydrocannabinol ou THC) seraient réglementées.

Le texte prévoit plus précisément :

de compléter le Code de la santé publique (article 1er) :
en autorisant l’usage non thérapeutique de plantes de cannabis et de produits contenant du cannabis répondant à des caractéristiques définies par décret et dont la teneur en tétrahydrocannabinol est fixée par arrêté du ministre chargé de la santé ;
en encadrant la culture domestique des plantes de cannabis en la soumettant à une autorisation et à un contrôle visant à assurer la qualité des récoltes ;
en soumettant à une autorisation et à un contrôle la fabrication des produits contenant du cannabis ;
en encadrant la vente au détail et l’usage du cannabis.
de porter à trois (contre une actuellement) le nombre de séances annuelles consacrées à une information sur les conséquences de la consommation de drogues sur la santé dans les collèges et les lycées (article 2) ;
un gage financier (article 3) en soulignant que l’application du dispositif pourrait créer de nouvelles ressources fiscales.

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