Les entreprises à l’assaut des forêts françaises

Hier, la Fédération nationale du bois a annoncé la naissance d’une nouvelle marque : “Bois français”. Voici comment c’est présenté :

« Après avoir lancé en juin dernier le slogan “Préférez le bois français”, la filière bois se fédère à nouveau pour annoncer la création de la marque « Bois Français ». (…)

La marque garantit que le bois d’un produit, ou contenu dans un produit, est d’origine française, qu’il est issu de forêts gérées durablement, et que la transformation et l’assemblage du bois ont été réalisés sur le sol national.”

Un site a été créé à cette occasion : www.bois-francais.fr. Et le moment ne doit rien au hasard. Il y a une semaine en effet, la Cour des comptes a rendu public un document de novembre 2014, intitulé « Les soutiens à la filière bois », dans le cadre d’une « enquête demandée par la commission des finances du Sénat ».

Ce qui y est dit est simple : seulement la moitié des 85 millions de mètres cubes de bois produit chaque année sont récoltés, il faut faire bien « mieux », surtout qu’il y a eu 910 millions d’euros d’aides accordées entre 2006 et 2013… chaque année !

Ce qu’il faut avoir en tête ici, c’est qu’il n’y a plus de forêt sauvage en France. Tout est géré. Donc, dans une optique de profit, tout doit être géré de mieux en mieux. Voici un aperçu de la situation que fait justement la Cour des comptes :

« La forêt couvre 31 % du territoire français métropolitain, ce qui fait de la France le 4 ème pays le plus boisé d’Europe. Elle est composée à 75 % de forêts privées, détenues par 3,3 millions de propriétaires forestiers.

Les forêts publiques, appartenant à l’État et aux collectivités territoriales, sont gérées et exploitées par l’Office national des forêts. Les peuplements feuillus, au sein desquels les chênes sont prédominants, occupent les deux tiers de la forêt française. »

La première mesure qu’on devrait faire si la libération de la Terre et la libération animale prévalaient, ce serait de sanctuariser une large part de la Nature. Malheureusement, l’humanité sera encore obligée pendant longtemps d’utiliser du bois, donc de tuer des arbres, mais à terme il y aura bien des solutions de rechange.

Alors, l’exploitation de la Nature sera réellement du passé et on protégera enfin toute vie. A ce titre la libération animale n’est pas la fin d’un processus individuel, mais le début de ce qui doit être un programme collectif.

Sinon, la planète Terre aura vite fait de calmer les prétentions humaines à la toute puissance, à l’omnipotence. L’anthropocentrisme doit connaître sa fin !

Ce que propose la Cour des comptes, c’est justement le contraire. Elle demande la chose suivante :

« En conséquence, la Cour émet les recommandations suivantes :

pour l’État :

1. créer une instance interministérielle unique de réflexion et de pilotage stratégique de la politique de soutien à la filière forêt-bois ;
2. organiser une gouvernance unifiée et élaborer une stratégie pour la filière. Dans un premier temps, éviter les contradictions entre le contrat de filière issu du comité stratégique de filière « industries du bois » et le « programme national de la forêt et du bois » issu du conseil supérieur de la forêt et du bois ;
3. confier aux comités régionaux de la forêt et du bois la responsabilité de l’animation et du financement de la filière au niveau local ;
4. confier intégralement au centre national de la propriété forestière la mission de développement forestier pour les forêts privées, et en décharger les chambres d’agriculture ;

pour les professionnels de la filière :

9. fusionner France Bois Forêt, France Bois Industries Entreprises et le CODIFAB dans un organisme interprofessionnel unique, doté d’un contrat d’objectifs avec l’État et dont l’action territoriale s’articule avec celle des interprofessions régionales. »

C’est là qu’on arrive à l’initiative « bois français ». Tout a été mis en place entre novembre et avril. D’abord la Cour des comptes rend « légitime » quelque chose, puis dans les deux semaines, comme par magie, cela se réalise…

Le but, évidemment est de renforcer l’industrie du secteur. Quel est-il ? Voici ce que dit, encore une fois, la Cour des comptes :

« La filière industrielle du bois est composée d’environ 60 000 entreprises des première et deuxième transformations du bois. Ces entreprises ont un chiffre d’affaires estimé entre 35 et 40 Md€ et emploient directement près de 220 000 personnes, dont près de 71 000 salariés 9 dans le sciage et le travail du bois (charpentes, menuiserie, placages,
panneaux et emballage), segment d’activité le plus important, avant l’industrie du papier et carton. »

On comprend que la Cour des comptes propose de

« supprimer par étapes successives l’exonération applicable à la forêt privée pour le calcul
de l’impôt de solidarité sur la fortune et des droits de mutation à titre gratuit”

Il faut que les propriétaires abandonnent leurs forêts aux mains des industriels… L’État est ici directement là pour aider le capitalisme à partir à l’assaut des forêts :

« Malgré ses faiblesses, la filière forêt-bois représente une production de richesse et des emplois qu’il convient de préserver voire de développer. Elle reste un secteur économique d’avenir, pour lequel la France dispose d’un atout majeur : sa ressource forestière abondante, qui doit être davantage renouvelée et économiquement valorisée.

Cette ressource pourrait ainsi être mieux mobilisée pour relever le défi environnemental et climatique et in fine pour
répondre à une demande en bois tirée par des marchés industriels porteurs, comme celui de la construction, tout en satisfaisant les besoins en bois-énergie induits par les objectifs de la politique de développement des énergies renouvelables.

Rationaliser et organiser les soutiens publics, en visant quelques objectifs prioritaires pour la gestion et l’exploitation des forêts et pour les usages du bois, et en mettant fin au saupoudrage et aux effets d’aubaine, est désormais nécessaire.

Les modalités du soutien public à l’amont forestier devraient être profondément revues, pour encourager l’investissement forestier avant tout et mieux servir ainsi l’objectif de valorisation économique de la forêt.

Les aides à l’investissement pour le secteur-clef des scieries devraient être plus concentrées et conçues dans l’optique de restructurer le secteur et d’améliorer sa compétitivité. Les soutiens accordés aux autres industries de bois devraient venir en appui de stratégies industrielles préalablement définies, créatrices de valeur ajoutée. Le bois-construction, secteur permettant de valoriser notamment la ressource feuillue française, mérite à ce titre un appui continu.

Enfin, les soutiens au bois-énergie, pour nécessaires qu’ils soient au titre du développement des énergies renouvelables, devraient mieux prendre en compte la ressource forestière disponible afin de prévenir les conflits d’usage dommageables à la filière.

Cet effort de hiérarchisation et de définition d’une stratégie claire et partagée suppose l’instauration d’une gouvernance unifiée de la filière, associant l’ensemble des parties prenantes de l’amont à l’aval. L’État et les régions sont appelés à y jouer un rôle central, en tant que pilotes et financeurs.”

L’Etat doit aider les entreprises à partir à l’assaut des forêts françaises… Un bien triste programme, à quoi il faut s’opposer!

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