La « petite Jamaïque » au coeur de Paris

La page wikipédia présente ainsi la cité scolaire Montaigne, qui est en plein coeur de Paris et accueille 3000 jeunes:

Le lycée Montaigne de Paris, situé rue Auguste-Comte dans le 6e arrondissement de Paris, face au jardin du Luxembourg, est l’un des plus grands et anciens lycées de Paris.

C’est, en fait, le véritable bastion bobo, ou plus exactement de la bourgeoisie « rive gauche », c’est-à-dire celle qui se veut de « gauche ». La page wikipédia souligne de ce fait cela:

Sa situation géographique, proche du Sénat a fait de ce lycée de la haute bourgeoisie une scène de la contestation adolescente aux gouvernements de droite.

De 1970 à 1974 il sera à la pointe des mobilisations contre la loi Debré, puis la loi Fontanet. Le lycée sera fermé plusieurs fois à la suite d’incidents, engins explosifs, cocktails Molotov. France Soir du 22/03/71 titrera : « Les 2500 élèves du lycée Montaigne à Paris ont perdu 17 jours de cours depuis la rentrée » et Gérard Vincent commencera son livre Le peuple Lycéen collection Témoins chez Gallimard par cette phrase : « Lorsque bouge le lycée Montaigne, la France s’inquiète ».

Le film « Le péril jeune » fut également tourné là-bas, comme « symbole » bobo. Pour la petite histoire, le lycée a également eu comme élève Jean-Paul Sartre et Frédéric Beigbeder… Mais ce qui nous intéresse ici plus précisément, même si cela va avec, c’est le « surnom » que possède le lycée Montaigne depuis plusieurs années, sans parvenir à s’en défaire: la « petite Jamaïque ».

Citons ici un blog, dans un article datant de 2008:

-et alors? Montaigne? Ca marche toujours?

Ah oui, Montaigne. J’avais oublié de le mentionner… Montaigne c’etait notre lycée, notre college, tout nos souvenirs. Ah le lycée montaigne, LE lycée qui avait perdu 100 places dans le palmares en 5 ans. Mais c’etait bon quand meme. Une sorte d’equivalent de Carnot. C’est tres respecté parce que c’est des lycées de bourges et de chales, mais c’etaient les lycées ou on s’eclatait. Dans mes demandes de lycée, je voulais montaigne ou carnot, ou Claude Monnet. Mais j’etais restée à Montaigne. Carnot etait hors zone et j’avais une assez bonne moyenne pour rester a montaigne. Donc voila, Montaigne, surnommé la petite jamaïque par les journalists tant le traffic de drogue etait present. Le pire, c’est que c’est vrai…

Pourtant, en 2002, Libération racontait déjà la tentative de réprimer les activités des enfants de la haute bourgeoisie…

Il y a un an, madame la proviseure a modifié le règlement intérieur de ce lycée qui longe le jardin du Luxembourg. Interdiction de fumer dans tout l’établissement et interdiction de sortir entre les cours pour en griller une sur le trottoir. Une application stricte de la loi Evin. Seule une petite pièce au fond de la salle des profs a été aménagée pour les enseignants tabagiques. «Quand on y rentre, on voit pas ses pieds tellement il y a de la fumée», dit Julia (1re économique et sociale).

Et seuls les «chouchous», élèves des classes préparatoires, échappent à la corvée. Mais pour les quelque 1 800 collégiens et lycéens, le rappel au règlement se veut sans volutes, de tabac comme de cannabis. «Ils nous ont aussi interdit les roulées (les cigarettes faites main, ndlr) parce qu’ils en avaient marre d’avoir à les ouvrir pour vérifier», raconte Fatima.

«Avant, ça sentait pas trop le bedo (le joint, ndlr) dans la cour : la plupart allaient dans les toilettes ou dans le Luxembourg. Mais ils ont envoyé de plus en plus de civils (policiers, ndlr) dans le jardin.» De son côté, la direction de l’établissement a motivé les surveillants pour faire la chasse au mégot.

«Les pions font des rondes pour nous coincer. Dans le journal du lycée, ils ont écrit qu’un bastion de fumeurs avait été repéré près du distributeur de cannettes. Ils nous observent par une petite fenêtre», raconte Angie, abonnée au «club des balayeuses»

Et pourtant, Le Parisien constatait en 2008…

A LA SONNERIE de 11 h 30, une nuée d’élèves s’échappent des portes du collège-lycée Montaigne, dans le VIe arrondissement de Paris. Visages poupins, voix fluettes, rires sous cape… Chez les 6e-5e, les conversations sont encore enfantines.

Mais en 4e, c’est déjà une autre histoire : dès la fin des cours, les cigarettes sont de sortie. Pendant que certains crapotent pour la forme, d’autres avalent la fumée avec un plaisir évident. Et le cannabis ? « S’en rouler un petit devant le bahut, on essaie d’éviter. Question deal et conso, c’est plutôt là-bas que ça se passe, derrière les autocars », sourit Camille, brunette de 15 ans, en désignant du regard les abords du jardin du Luxembourg, sur le trottoir d’en face. Look propret, Stéphane, 14 ans, n’a aucun mal à avouer son petit penchant pour le « pilon ».

« Ça tourne beaucoup au collège. Pas chez les 6e, mais en 3e, plus de la moitié fume plus ou moins régulièrement. » « Normal, poursuit son pote Cédric, chaussé de jolis mocassins : Montaigne, c’est bourge. L’argent de poche, ce n’est pas ce qui manque. »

Comme bon nombre de ses copains, Stéphane a tiré sa première « taffe de shit » en 5e, en suivant les pas de son demi-frère de 17 ans. « Je fume régulièrement, surtout le week-end ou la semaine quand les cours sautent. Ça ne m’a jamais empêché de ramener des bonnes notes, mais mon frangin, lui, est déscolarisé », avoue-t-il en relevant la mèche qui lui tombe sur les yeux. Lui et son petit groupe de copains – tous en 4e ou en 3e – en conviennent : « Trouver du splif (NDLR : un joint) à Montaigne, rien de plus facile. »

« J’en connais au moins cinq qui peuvent fournir au bahut… dont moi », glisse Antoine, qui fait dans les « petites commandes occasionnelles, pour dépanner ». « La dernière fois, je suis venu avec un vingt (une barrette de 20 €) dans un pochon caché dans le slip. Avec ça, tu peux rouler facile dix pétards, ou six en les chargeant bien », détaille l’expert, lui aussi en tête de classe.

Dans la cour de récréation, loin des oreilles familiales, certains collégiens n’hésitent pas à s’échanger les meilleures recettes de « bonne défonce ». « Bédaver (NDLR : fumer) avec une vodka-Martini, c’est cool », juge Céline, 15 ans. « Avec un jus d’orange, c’est le top, mais pas le matin. Une fois, j’en ai fumé un à 8 heures et j’ai vomi », grimace Stéphane, qui aimerait goûter à « tout sans devenir accro ».

Ces dernières années, Montaigne a hérité d’un surnom évocateur : la Petite Jamaïque. Chantale Collet, qui a pris les rênes du collège-lycée il y a deux ans, ne nie pas le problème, mais refuse de généraliser. « Je ne suis pas sûre que la situation soit plus grave qu’ailleurs.

Mais c’est vrai, il y a d’autres odeurs que le tabac devant l’établissement. On est très vigilants et sévères, mais on ne peut pas fouiller les poches de nos 2 000 élèves. Surtout qu’ils commencent de plus en plus tôt. Du coup, la prévention contre le tabac et les stupéfiants ne se fait plus en 4e, mais en 5e désormais. »

Et après on va accuser les cités, alors que les enfants des quartiers huppés se précipitent dans les drogues et en font toute une idéologie, y compris parfois soit disant de gauche… C’est tout simplement « l’oisiveté mère de tous les vices »….

C’est une belle preuve que la question des drogues – ou plus exactement leur refus – est une sacrée délimitation. Les jeunes des quartiers huppés prétendent ici certainement que ce serait facho que de vouloir interdire les drogues, mais ils sont simplement le pendant décadent des fachos en question…

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