L’idéologie du haschisch

Le consommateur de haschisch est un résigné. Rien n’a plus de goût, la volonté s’efface, le temps devient une notion toujours plus floue, on est comme écrasé par la langueur.

L’idéologie du haschisch est aussi un mélange de résignation et de religion, car on retrouve la séparation du corps et de l’esprit : le consommateur de haschisch s’imagine pouvoir atteindre, par son esprit seul, un bonheur incommensurable, dépassant son corps.

Tout cela s’organise avec une précision d’horloger, un rythme de métronome. Comme l’a formulé Baudelaire :

« Les chercheurs de paradis font leur enfer, le préparent, le creusent avec un succès dont la précision les épouvanterait peut-être. »

Parfois, le consommateur de haschisch en a conscience, mais il est trop tard. C’en est au point où quand il transpire, une odeur sort du corps : celle de la drogue. C’est une impression étrange qui amène bien entendu une prise de conscience, mais il est alors bien tard…

Pareillement, il y a la transpiration abondante qui se produit la nuit lorsque le consommateur de haschisch est en manque…

Car tout n’est pas que psychologique : cela serait une absurde séparation du corps et de l’esprit.

Lorsque la dépendance est installée, l’absence de consommation pendant un, deux, trois jours, provoque une irrépressible envie de consommer, avec en attendant des tensions nerveuses, la paranoïa, l’impression d’être grippé, l’anxiété, des bouffées de chaleur, une sueur intense, une irritabilité importante, des étourdissements, une mémoire à court terme qui s’effondre, la somnolence, la sensation que tout est fade, une capacité d’attention réduite…

A ce panorama, il ne faut pas oublier d’ajouter la « dalle du fonse-dé », cette intense sensation de faim du consommateur de haschisch. On imagine à quel point le sevrage est difficile.

Cependant, tout cela varie énormément selon les gens. Et c’est encore plus vrai pour les jeunes. La plasticité de leurs cerveaux provoque une accentuation très prononcée de certaines pensées, provoquant de véritables spirales intellectuelles aboutissant à des crises pouvant aller très loin : jusqu’à l’hôpital psychiatrique.

Le plus terrible est que des générations de révoltés sont happées par le haschisch et voient leur révolte s’effondrer… sans le voir. Baudelaire l’avait déjà pourtant constaté il y a bien longtemps :

« En Égypte, le gouvernement défend la vente et le commerce du haschisch, à l’intérieur du pays du moins. Les malheureux qui ont cette passion viennent chez le pharmacien prendre, sous le prétexte d’acheter une autre drogue, leur petite dose préparée à l’avance.

Le gouvernement égyptien a bien raison. Jamais un État raisonnable ne pourrait subsister avec l’usage du haschisch. Cela ne fait ni des guerriers ni des citoyens.

En effet, il est défendu à l’homme, sous peine de déchéance et de mort intellectuelle, de déranger les conditions primordiales de son existence et de rompre l’équilibre de ses facultés avec les milieux.

S’il existait un gouvernement qui eût intérêt à corrompre ses gouvernés, il n’aurait qu’à encourager l’usage du haschisch. »

A défaut de l’encourager, l’État « tolère » la consommation du haschisch. Il pourrait écraser celle-ci, pratiquer une prohibition sévère : il n’en a aucun intérêt. Politiquement et socialement, un régime qui veut neutraliser au mieux les révoltes a tout intérêt à laisser passer le haschisch.

Le haschisch annihile la volonté, il est isolant : ce sont les termes employés par Baudelaire lui-même. Il n’hésite d’ailleurs pas à dire, tout à fait conscient que le haschisch s’appuie sur un style aristocratique, parasitaire :

« Enfin le vin est pour le peuple qui travaille et qui mérite d’en boire.

Le haschisch appartient à la classe des joies solitaires ; il est fait pour les misérables oisifs.

Le vin est utile, il produit des résultats fructifiants. Le haschisch est inutile et dangereux. »

Ce qu’il dit sur le vin, Baudelaire le justifie par l’activité qu’il permettrait. C’est vrai à court terme, mais certainement pas à long terme. Le haschisch en tout cas attaque directement ; rapidement, on en est prisonnier, il est au coeur des préoccupations.

Il arrache à la Nature ; il provoque l’illusion, une illusion égocentrique, typiquement anthropocentrique. L’idéologie du haschisch est celle de l’individu replié sur lui-même, s’imaginant être  le centre du monde…

Dites non au haschisch, non aux drogues. Encouragez le refus des drogues: devenez straight edge!

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