Cousteau et « Le monde du silence »

Le fameux commandant Cousteau, personnalité préférée des gens vivant en France pendant longtemps, n’avait rien d’un défenseur de Gaïa…

Voilà le constat, juste mais étrange, effectué en 5 minutes dans une vidéo visible ici (Le Monde du silence, un film naïvement dégueulasse) par Gérard Mordillat, un romancier et journaliste très engagé à gauche.

C’est juste, parce qu’on voit dans le grand classique du genre qu’est « Le monde du silence » – qu’on peut voir ici en ligne – les humains se comporter comme des barbares, dans la droite ligne de Descartes et Claude Bernard : ils pratiquent un « naturalisme », un culte de l’expérimentation fondamentalement opposée à la vie.

Cousteau assume ainsi le « vandalisme » de jeter des pains de dynamite dans l’eau pour comptabiliser les poissons…

Mais il est étrange de dénoncer sans parler du fait que Cousteau vivait en 1967 et que la conscience humaine était alors terriblement retardée, ce à quoi il faut opposer la prise de conscience justement avec des mouvements comme notamment Earth first!, l’ALF, l’ELF, etc. etc.

Voici la présentation de la chronique: on y voit bien que ce qui compte ce n’est pas tant de critiquer le présent que de se moquer du passé…

Il a fallu 60 ans pour que Gérard Mordillat trouve un moment pour voir le chef-d’œuvre du commandant Cousteau. Académicien, couvert d’honneur, communicant avisé, défenseur de la planète, le commandant Cousteau fut longtemps la personnalité préférée des Français. En 1956, son premier film (réalisé avec Louis Malle) obtenait la Palme d’or à Cannes. Des millions de spectateurs ravis allaient découvrir la mer et ses mystères. Certes la conscience écologique s’est développée dans les années soixante, mais en voyant ce film personne n’avait rien vu ?

Tout cela révèle un problème: on a droit à une critique écologiste qui s’imagine suffisante en se fondant sur les insuffisances du passé, sans être soi-même à la hauteur…

Critiquer Cousteau est bien sûr nécessaire, mais sa naïveté et son désir de faire carrière en promouvant l’océan à sa manière dépendent d’un contexte historique. L’oublier est trop facile…

De nombreux médias ont repris l’information, comme Le Monde, ou encore Slate dont voici un extrait.

L’explorateur à bonnet rouge décédé en 1997, qui fut longtemps la personnalité préférée des Français, a accédé à la notoriété avec Le Monde du silence, documentaire de Louis Malle couronné par la Palme d’or à Canne en 1956 et l’Oscar du meilleur film documentaire, qui met en scène le voyage du Commandant et de son équipe à bord de la Calypso pour un voyage d’exploration sous-marine.

Gérard Mordillat, romancier et cinéaste, lui a consacré une chronique filmée dans l’émission web de Là-bas si j’y suis du 23 juin (renaissance sur internet de l’émission de Daniel Mermet programmée auparavant sur France Inter).

Le chroniqueur dit avoir vu «Un film naïvement dégueulasse, c’est une horreur, c’est répugnant, c’est quelque chose d’insupportable».

En fait, même si on pensait avoir en tête les images du film, ce qu’il nous en raconte et les extraits qui sont présentés nous font prendre conscience de l’immense fossé qui nous sépare de cette génération d’explorateur. «Dans Le Monde du silence, il s’agit très clairement […] de faire chier les poissons et toute la faune sous-marine», s’amuse Gérard Mordillat.

Un plongeur s’accroche à une tortue jusqu’à manquer de la noyer en lui faisant perdre son souffle.

«Alors plus tard on verra la même bande d’abrutis satisfaits faire du rodéo sur des tortues terrestres et obliger ces pauvres bêtes à supporter leur poids insupportable».

Plus tard, on voit l’équipe dynamiter un récif de corail: bilan, un millier de poissons morts. «C’est un acte de vandalisme, doit admettre Cousteau en voix off, mais c’est la seule méthode qui permette de faire le recensement de toutes les espèces vivantes».

Ensuite le bateau heurte un cachalot, qui va mourir plus loin: s’ensuit un émouvant cortège funèbre d’un banc de cachalots, «ce qui nous vaut quelques commentaires magnifiques, des belles images…» Et il y a encore pire: un bébé cachalot est cette fois lacéré par les pales d’hélice… et achevé au fusil alors que les requins le dévorent. Puis, la joyeuse bande massacre des requins au poignard, à coup de pelle, au harpon «comme les pires viandards qui aujourd’hui massacrent les requins pour leurs ailerons et les rejettent à la mer plein de sang, agonisants…»

«Comment on n’a pas vu ça à la sortie du film», se demande enfin le chroniqueur, qui y voit un prologue à la destruction massive de l’écosystème marin.

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