“Une histoire du straight-edge”

Il existe en ligne un site appelé babexzine, où l’on trouve un mémoire universitaire sur le straight edge, datant de 2001. Le site est abandonné et des pages internes ne marchent plus, aussi voici en sauvetage quelques chapitres qu’il est toujours sympathique de lire.

Tout n’y est pas bon, loin de là! Il y a notamment toute une sorte d’explication par rapport à la religiosité et à l’ascétisme qui est… typiquement catholique, alors que l’auteur essaie de dissocier de la religion… justement comme un catholique. L’erreur est facile à comprendre et typique, elle consiste à dire:

Le catholicisme est évidemment la religion de loin la plus importante dans les pays les plus concernés par le straight-edge.

Ce n’est justement pas du tout le cas! Le straight edge s’est surtout développé dans des pays de culture protestante, notamment les Etats-Unis et la Suède pour parler des deux pays où il y a eu vrai mouvement de masse. Seulement comme en France, on ne connaît le plus souvent rien au protestantisme, quand on ne le considère pas comme une sorte de secte, évidemment cela n’aide pas à la compréhension…

A cela s’ajoute l’absence complète d’étude de la critique de la société. Le mouvement vegan straight edge en Suède était ouvertement social-révolutionnaire; aux Etats-Unis, la tendance était pareillement à une critique révolutionnaire de la société, dont le mouvement Hardline était une frange organisée et militante prônant le soulèvement.

De la même manière, le “krsnacore” n’était pas qu’un mouvement “religieux”, il y avait à la base toute une critique approfondie de la manière de vivre dans nos sociétés…

Tout n’est pas qu’une question de musique et d’ascétisme, comme l’affirme le mémoire universitaire, dont le titre est justement “straight-edge : un mouvement musical à base ascétique”…

Voici la partie consacrée à l’histoire du straight edge.

A Washington D.C. au tout début des années quatre-vingt existent des groupes de jeunes qui écoutent de la musique punk mais ne boivent pas, ne fument pas et ne prennent pas de drogue, ils se proclament « straight » c‘est à dire droits. Ian Mackaye, bassiste des Teen Idles est l’un d’entre eux.

Pour pouvoir rentrer à des concerts dont l’accès leur est interdit à cause de la législation sur l’alcool, ils proposent aux tenanciers de leur apposer un X sur le dos de la main. Ces derniers acceptent, les jeunes peuvent ainsi accéder aux salles sans toutefois pouvoir boire d’alcool. Ce X deviendra le symbole de ce qui n’est pas encore appelé straight-edge.

Après la séparation de Teen Idles, Ian Mackaye crée Minor Threat, groupe pour lequel il écrit les morceaux « Straight-Edge » et « Out of Step » posant ainsi les principes du mouvement : “I don’t drink, I don’t smoke I don’t fuck”[11], que l’on peut traduire par “je ne bois pas, je ne fume pas, je n’ai pas de relations sexuelles occasionnellles’.

Popularisé par Minor Threat le mouvement se développe aux Etats-Unis dans les années 80, à la fois sur la côte est et en Californie. Des groupes tels SSD et DYS à Boston, No For An Answer en Californie, Bold, Gorilla Biscuits et Youth of Today autour de New-York sont les leaders de scènes[12] en pleine expansion. Des labels se créent pour promouvoir le genre : Positive force records ou Revelation records.

Le développement du straight-edge apparaît alors lié à celui du hardcore : les scènes sont composées de groupes qui ne sont pas tous straight-edge et certains groupes straight-edge sont mixtes, composés à la fois de straight-edgers et de non straight-edgers.

Pour Porcell, guitariste de Youth of Today[13] « Toute une scène se développait dans le pays (…) on faisait des concerts et des centaines de gars se pointaient (…) avec des X sur les mains.(…) nous vendions 30 ou 40 000 copies[14] de chacun de nos disques. »

L’année 1988 est considérée comme l’age d’or du straight-edge old school, littéralement « vieille école », qui correspond à une musique rapide et très influencée par le punk.

Le mouvement atteint l’Europe où les premiers groupes américains commencent à tourner. Le premier groupe de straight-edge hardcore à tourner en Europe est Youth of Today en 1989.

La même année Gorilla biscuits atteignent eux aussi le vieux continent. Civ leur chanteur se rappelle « au début on nous a balancés pas mal de bouteilles de bières dessus, mais la deuxième fois que nous sommes venus, il y avait tellement de straight-edgers. »[15]. En effet des scènes importantes apparaissent, surtout en Allemagne, aux Pays-Bas et en Belgique.[16]

A la même période, le straight-edge connaît pourtant un relatif désintérêt aux Etats-Unis : « après les choses ont commencé à aller mal, le straight-edge s’est lourdement effondré(…) à peu près 90 pour cent des gens qui étaient straight-edge à l’époque du youth crew [17]ont commencé à faire la fête »[18].

Pour des raisons peu claires, le hardcore comme le straight-edge ont en effet connu une période de relatif déclin, à la fin des années 80 et au début des années 90. Plusieurs explications ont été avancées : tout d’abord le hardcore old school tel qu’il se pratiquait à cette époque devenait de moins en moins intéressant à mesure que les groupes se ressemblaient de plus en plus musicalement.

De plus La violence était de plus en plus répandue à l’intérieur comme à l’extérieur des concerts. Enfin, Les individus qui avaient rejoint le straight-edge sans être totalement impliqués dans leur choix l’ont quitté.

Chacune de ces hypothèses forme sûrement une part de l’explication.

Straight-edge et hardcore vont pourtant renaître quelques années plus tard avec un nouveau style musical beaucoup plus influencé par la musique métal appelé « new school ».

Les années quatre-vingt dix témoigneront d’une remarquable extension du straight-edge : certains groupent signent sur de grands labels, les tournées deviennent de plus en plus régulières, les groupes commencent à tourner des clips vidéos.

Il sort également de son cadre musical, pour la première fois des individus n’étant pas impliqués dans la musique punk ou hardcore se revendiquent straight-edge. L’expansion du straight-edge est également d’ordre géographique, il se répand à l’ensemble de l’Europe et de l ‘Amérique et atteint l’Océanie et l’Asie.

[11] Minor threat, Out of step.

[12] Il existe deux conceptions du mot scène : une scène est entendu ici comme l’ensemble des acteurs, fanzines, groupes qui participent à la vie musicale sur un espace géographique plus ou moins délimité et dans un style musical plus ou moins large. Par exemple, la scène des Flandres occidentales aussi appelée H8000 crew. Tandis que la scène straight-edge ou hardcore concerne l’ensemble des individus impliqués dans ces mouvements.

[13] Beth Lahickey, ALL AGES reflections on straight-edge, Revelation Records ,1997.

[14] Chiffre énorme pour du hardcore, qui plus est dans les années 80.

[15] Civ in Beth Lahickey, op. cit.

[16] Voir aussi supra L’émergence du H8000 crew comme exemple d’apparition d’une scène straight-edge en Europe.

[17] Le « positive youth crew »,inspiré par le groupe Youth Of Today correspond aux années 1988-90.

[18] Porcell in Beth Lahickey ,op. cit.

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