“H8000 crew”

Voici un extrait du mémoire universitaire sur le straight edge dont nous avons récemment parlé, au sujet d’une de la scène dite H8000 qui a existé à un moment en Belgique.

Le H8000 crew représente la région des Flandres Occidentales en Belgique. Cette partie est consacrée à une étude plus détaillée d’une scène que celle de Washington D.C. entrevue en introduction. Cette étude n’est pas un modèle de développement applicable à toutes les scènes, mais plutôt un exemple intéressant où une scène straight-edge s’est crée sur un substrat de scène punk et hardcore. Nous essayerons également de comprendre comment les principes du straight-edge ont pu se transmettre jusqu’à aujourd’hui.

En 1985, une petite scène hardcore et punk existe dans la région. Pour Ed.[56] ancien membre de Rise Above et Nations on Fire : « le straight-edge est apparu en 1985 dans la région, quand j’ai pour la première fois tracé des X sur mes mains au concert d’un groupe punk ».

Malgré de nombreuses résistances « la scène nous a d’abord détesté pour avoir importé le straight-edge dans le H8000 crew et la scène belge en général (…) le mouvement se répandit rapidement. (…) Nous étions un groupe d’amis dans chaque ville, nous avons commencé un groupe, Rise Above, alors nous avons joué partout et les gens ont commencé à s’intéresser à notre message ».

Certains groupes étrangers ont également contribués à faire connaître le straight-edge dans la région tel « Larm de Hollande qui ont pas mal joué ici ».

De nouveaux groupes se créent autour de l’année 1991 tels Blindfold, Spirit of Youth, Shortsight ou Nations on Fire qui remplace Rise Above. Ces quatre groupes éditent une première compilation 45 tours, Regress No Way sur Warehouse records. Il existe également « tout un tas d’autres groupes moins importants »[57].

Malgré des périodes de désaffection illustrées par Congress, dans leur morceau Lifting the ban[58] : « le phœnix (la scène H8000) renaît de ses cendres », le développement de la scène se poursuit dans les années quatre-vingt dix. Les groupes les plus importants étant Congress et Liar qui sortent plusieurs albums et font quelques tournées européennes.

Aujourd’hui, la scène se compose « d’une quarantaine de groupes et d’environ 2000 personnes qui viennent occasionnellement aux concerts, la moitié d’entre eux étant des straight-edgers ».[59] Même si pour Josh[60] « la scène n’est plus aussi grande et il ne reste que quelques groupes straight-edge ».

Les membres de Congress ont par exemple abandonné ce mode de vie. Il existe pour lui « une trentaine de groupes actifs et peut être dix plus importants qui sortent des disques (…) Les concerts avec plus de 200 spectateurs sont rares, simplement pour les sorties d’albums ou les groupes américains. »

Le chiffre de 1000 straight-edgers est en tout cas considérable pour l’Europe où la scène du H8000 crew est partout reconnue et le plus souvent en tant que scène straight-edge.

On peut donc s’interroger sur les principes de transmission du straight-edge : comment cette scène a-t-elle pu rester à ce point marquée par le mouvement straight-edge alors que plusieurs « générations » de spectateurs se sont succédés dans le public ? Les membres du H8000 crew sont en effet connus pour leur jeunesse[61].

Ed se reconnaît comme un élément ayant contribué à la transmission des principes du straight-edge[62] : « j’ai promu le straight-edge dans des interviews, des paroles. En sortant la musique de groupes straight-edge, en imprimant des T-shirts ou des autocollants ».

Pour Josh l’élément central reste les groupes : « aussi longtemps que les groupes straight-edge répandront leurs idées, il y aura un public straight-edge ».Il est également intéressant de noter le « rôle des stars de la scène, c’est à dire des gens qui dirigent d’importants labels, jouent dans des groupes et sont toujours actifs. Les plus jeunes se référent toujours aux vétérans de la scène ».[63] Cette définition s’appliquant parfaitement à Ed.

De leurs propos on peut donc déduire plusieurs éléments ayant fortement contribué à la transmission du straight-edge dans la scène du H8000 crew :

Tout d’abord, le rôle des groupes straight-edge qui vantent le mouvement dans leurs paroles. Notamment Liar, dans leur morceau Invictus :

« Libérez ceux qui sont esclaves, trouvez la voie pour purifier votre corps et votre esprit, Le straight-edge comme force de vie. Absorbez l’utile, rejetez l’inutile. »[64]

Il convient de noter à ce titre le rôle du festival du Vort’n Vis à Ypres qui fait jouer des groupes presque exclusivement straigth-edge, à la fois européens et américains.

Ensuite celui des labels qui sortent en priorité les disques de groupes straight-edge et accordent une large place aux groupes locaux. Le plus important est Goodlife Recordings, les labels Genet et Sober Mind sont également importants. Les deux derniers ont même sorti en 1998 une compilation CD consacrée aux principaux groupes du H8000 crew.[65] Les labels distribuent aussi par correspondance et lors des concerts, des T-shirts, fanzines et CD.

Les fanzines, petits magazines non déclarés, sont un autre élément important. Il existait même un nommé H8zine, ainsi que des dizaines d’autres, presque tous fait par des straight-edgers. Malgré une durée de vie souvent éphémère, quelques numéros avec une parution irrégulière, ils sont encore nombreux. Les fanzines se composent le plus souvent de chroniques CD, concerts, d’interviews et surtout de colonnes d’opinions largement dédiées à la promotion du straight-edge.

Le fait qu’une majorité de scenesters[66] soit straight-edge donne également peu d’opportunités de ne pas l’être aux nouveaux entrants dans la scène, notamment parce qu’il existe des réseaux de sociabilités propres aux scenesters et aux straight-edgers en particulier. Quelle alternative quand tous ses amis sont straight-edge?

Suivant l’exemple du H8000 crew, les principes du straight-edge se sont répandus à l’ensemble de la Belgique. Il faut également remarquer qu’encore une fois le développement du straight-edge et du hardcore sont liés.

[56] Entretien avec Ed, janvier 2001. [57] Entretien avec Josh, janvier 2001. [58] Congress, Blackened persistance, Goodlife records, 1996. [59] Entretien avec Ed, Op. Cit. [60] Entretien avec Josh, Op. Cit. [61] Impression renforcée lors d’un concert à Courtrai en 1997 ou plus de la moitié du public semblait avoir moins de 18 ans. [62] Entretien avec Ed, Op. Cit. [63] Entretien avec Josh, Op. Cit. [64] Liar, Invictus, Invictus, Genet, 1997. [65] H8000 crew the compilation. Genet et Sober Mind records,1998.

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