Homélie du « prédicateur » de la « maison pontificale »

Nous avions parlé de la journée de « prière pour la sauvegarde de la création », en voici le texte complet, très utile pour comprendre la campagne religieuse en cours avant la COP21, pendant, et certainement après aussi…

LITURGIE DE LA PAROLE
POUR LA JOURNÉE MONDIALE DE PRIÈRE POUR LA SAUVEGARDE DE LA CRÉATION

HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS

Basilique vaticane
Mardi 1er septembre 2015

HOMÉLIE DU P. RANIERO CANTALAMESSA, O.F.M. Cap.
PRÉDICATEUR DE LA MAISON PONTIFICALE

Dieu les bénit et Dieu leur dit : « Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la; dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tous les animaux qui rampent sur la terre » (Gn 1, 28).

Ces paroles ont suscité récemment de fortes critiques. Sans doute, a-t-on écrit, en attribuant à l’homme une domination indiscriminée sur le reste de la nature, ces paroles sont à l’origine de la crise écologique actuelle. On renverse la relation du monde antique, en particulier celui des grecs, qui considérait l’homme en fonction de l’univers, et non pas l’univers en fonction de l’homme (Lynn White, The historical roots of our ecologic crisis in « Science » 1967 et in « Ecology and religion in history » 1974).

Je crois que cette critique, comme tant d’autres analogues soulevées contre le texte biblique, part du fait que l’on interprète les paroles de la Bible à la lumière de catégories séculières qui lui sont étrangères. « Dominez » n’a pas ici la signification que le mot a en dehors de la Bible. Pour la Bible, le modèle ultime du dominus, du seigneur, n’est pas le souverain politique qui exploite ses sujets, mais c’est Dieu lui-même, Seigneur et père.

La domination de Dieu sur les créatures ne vise certainement pas à son propre intérêt, mais à celui des créatures qu’il crée et dont il a la garde. Il existe un parallèle évident : de même que Dieu est le dominus de l’homme, ainsi, l’homme doit être le dominus du reste de la création, c’est-à-dire être responsable de cette dernière et être son gardien.

Personne ne peut servir sérieusement la cause de la sauvegarde de la création s’il n’a pas le courage de pointer le doigt contre l’accumulation de richesses exagérées entre les mains d’une poignée de personnes et contre l’argent qui en est la mesure.

Que cela soit clair : Jésus n’a jamais condamné la richesse en soi. Ce que Jésus condamne est « la richesse malhonnête » (Lc 16, 9), la richesse accumulée aux dépends du prochain, fruit de la corruption et de la spéculation, la richesse sourde aux besoins du pauvre: celle, par exemple, du riche Epulon de la parabole, qui aujourd’hui, d’ailleurs, ne représente plus une personne, mais tout un hémisphère.

Consacrons un peu d’attention également à François d’Assise, à son cantique des créatures que le Pape François, par une très heureuse intuition, a choisi comme cadre spirituel pour son encyclique. Que pouvons-nous apprendre de lui, nous hommes d’aujourd’hui ?

François est la preuve vivante de la contribution que la foi en Dieu peut apporter à l’effort commun pour la sauvegarde de la création. Son amour pour les créatures est une conséquence directe de sa foi en la paternité universelle de Dieu. Il n’a pas encore les raisons concrètes que nous avons aujourd’hui de nous préoccuper de l’avenir de la planète : pollution de l’atmosphère, manque d’eau propre… Son écologisme est un écologisme exempt des visées utilitaristes, quoi que légitimes, que nous avons aujourd’hui.

Les paroles du saint qui définit beau le soleil, beau le frère feu, claires et belles les étoiles, sont l’écho de ce « Et Dieu vit que tout cela était beau », du récit de la création.

Le péché fondamental contre la création, qui précède tous les autres, est de ne pas écouter sa voix, le condamner irrémédiablement, dirait saint Paul, à la vanité, à l’insignifiance (cf. Rm 8, 18sq). L’apôtre lui-même parle d’un péché fondamental qu’il appelle impiété, ou « étouffer la vérité ». Il dit qu’il est le péché de qui « bien que connaissant Dieu, ne le glorifie pas et ne lui rend pas grâce » comme il convient à Dieu. Cela n’est donc pas seulement le péché des athées qui nient l’existence de Dieu ; c’est également le péché de ces croyants dont ne s’est jamais élevé du cœur avec enthousiasme un « Gloire à Dieu au plus haut des cieux ».

Certes, François n’avait pas la vision mondiale et planétaire du problème écologique, mais une vision locale, immédiate. Il pensait à ce qu’il pouvait faire lui, et éventuellement ses frères.

La sauvegarde de la création, comme de la paix, se fait, dirait notre Saint-Père François, « de façon artisanale », en commençant immédiatement par soi-même. La paix commence par toi, répète-t-on souvent dans les messages pour la journée de la paix, la sauvegarde de la création aussi commence par toi. C’est ce qu’un représentant orthodoxe affirmait déjà lors de l’assemblée œcuménique de Bâle en 1989 sur le thème : « Justice, paix et sauvegarde de la création » : « Sans une conversion du cœur de la part de l’homme, l’écologie n’a aucune espérance de succès ».

Je conclue ma réflexion. Quelques semaines avant sa mort, saint François ajouta une strophe à son Cantique, celle qui commence par les paroles : « Loué sois-tu, mon Seigneur, par ceux qui pardonnent pour ton amour » (Légende de Pérouse, 84). Je pense que s’il était en vie aujourd’hui, il ajouterait une autre strophe encore à son cantique: Loué sois-tu, mon Seigneur, pour tous ceux qui œuvrent en vue de protéger notre sœur mère Terre, scientifiques, hommes politiques, chefs de toutes les religions et hommes de bonne volonté. Loué sois-tu, mon Seigneur, pour celui qui, avec mon nom, a pris également mon message et l’apporte aujourd’hui au monde entier !

Articles pouvant vous intéresser