“L’écologie n’est pas la machine à laver du civic-washing”

“L’écologie n’est pas la machine à laver du civic-washing” : tel est le nom de la lettre ouverte de Christophe Cavard, député EELV du Gard. Il a quitté EELV tout en restant député (du Gard) – comme les gens d’écologiste! – mais il n’a pas rejoint ce parti, ayant monté une liste pour les régionales, intitulé “Bien commun” (qui n’a pas de site ni rien, par ailleurs).

A cette occasion il s’adresse à Gérard Onesta et dénonce l’alliance locale EELV-Front de gauche, car selon lui il y avait les moyens de lancer une liste autonome. Tout cela est de la tambouille sans grand intérêt autre qu’électoral, qui ne nous intéresserait pas, s’il n’y avait pas un contenu intéressant, car révélateur.

En effet, Christophe Cavard avait quitté le PCF en 2009, après y être resté 20 ans. Et il résume bien la différence entre EELV et le Front de Gauche, même s’il faut décoder ses propos : EELV c’est le parti des bobos des centre-villes qui croient en l’Union Européenne pour développer de nouveaux business (qualifiés de durables, de démocratie des usagers, de coopération et d’économie solidaire, etc.). C’est donc en contradiction avec le Front de Gauche qui est dans une logique de nationalisme à prétention sociale, une sorte de programme commun de Mitterrand de 1981 réactualisé.

C’est bien vu, et tout cela n’a rien de commun avec la défense de la Nature…

“Cher Gérard, tu passes beaucoup de ton temps à dénigrer la démarche que nous avons entreprise pour ces régionales, la constitution d’une liste écologiste et citoyenne. Et puisque tu refuses de me saluer lorsque l’on se croise, je te dirai donc les choses en public.

Je ne suis pas né écologiste, je le suis devenu, par conviction. Rien de naturel dans ce parcours, mais de nombreuses expériences de la chose publique dans le cadre de responsabilités associatives ou institutionnelles m’ont conduit vers l’écologie politique. Celle que je veux porter n’est pas agressive, mais elle est suffisamment singulière et pratique, suffisamment solide dans la forme et le fond du projet qu’elle prétend vouloir réaliser, pour s’affirmer de façon autonome là où il s’agit de mener une bataille démocratique.

Je n’ai pas renoncé à la démocratie. Je ne renonce pas à la République représentée par ses institutions. Les institutions républicaines sont garantes des droits fondamentaux, l’écologie politique doit savoir y prendre place pour y orienter les politiques publiques. Alors que nous demandons à toute force une représentation proportionnelle aux opinions exprimées, nous devons la permettre lorsque le mode de scrutin l’autorise.

La voie que tu as choisie, imposée par “le haut” à coup de manigances internes pilotées des bureaux de l’exécutif de la région Midi-Pyrénées, est une alliance électorale d’appareils qui ne poursuivent pas les mêmes objectifs, ni politiques ni stratégiques. L’alliance entre EELV et le Front de Gauche est une alliance de façade. Alors que l’espace politique était grand ouvert en Languedoc Roussillon Midi-Pyrénées pour porter en autonomie un projet écologiste digne de ce nom, tu as préféré diluer l’écologie dans un accord technique qui ne dit pas son nom, qui s’habille maladroitement de communication, de détournements du sens.

Car il y a entre EELV et le FDG de tels désaccords sur les compétences principales de la Région, qu’il est malhonnête de vous présenter ensemble au 1er tour devant les électeurs, d’autant que tu as déjà annoncé un accord de second tour avec le parti socialiste. A ce petit jeu, combien d‘écologistes resteront en piste à la fin du round électoral, et dans quelle transparence vis-à-vis des électeurs ?

Les personnes que je rencontre dans la vie de tous les jours expriment bien souvent leur désarroi et leur refus d’être pris en otage par des logiques partisanes dénuées de sens. D’autant qu’ils y voient des catalogues d’intentions non suivies d’effets, et pour cause !
Cache-sexe

Les désaccords portent sur ce qu’est la région, d’abord. La vision communaliste et nationaliste du PG et du PC, le refus de l’Europe, va s’affronter avec un projet écologiste dans lequel la région prend tout son sens dans un ensemble européen, et une liberté de mise en œuvre régionale. Sur l’énergie, ensuite, grande et nouvelle compétence régionale, pour laquelle le PC continue de parler de nucléaire propre. Bien sûr, ils se promettent d’y réfléchir dans une convention programmée en 2016.

Ce n’est qu’un cache-sexe pour masquer ces divergences de fond avec leur nouvel allié. Et que dire de leur refus catégorique d’envisager ce que nous souhaitons : qu’une fraction significative des foyers puisse être productrice de sa propre énergie…

Car dans ce domaine comme dans les autres, la position du PC et du PG est d’abord d’affirmer que la seule réponse aux dérives du libéralisme est le retour aux monopoles publics, à la toute-puissance de l’État. Tandis qu’un écologiste est normalement convaincu que la réponse passe par la réappropriation de ces biens communs par les usagers, au travers d’instruments de coopération et de concertation comme les SCIC, l’économie sociale et solidaire, etc.

Par la même je n’enlève pas, bien entendu, au PCF et au PG la légitimité de défendre leur projet, puisqu’il est différent des autres. Et ainsi laisser aux électeurs la liberté de choisir !

Car, lorsqu’on relie les constats, on voit bien qu’il y a peu ou pas d’éléments communs qui vont justifier votre union. Hormis un, qui n’est jamais avoué, et c’est anormal, qui est qu’EELV et FDG se sont trouvés un ennemi commun, que l’alliance a pour but d’affaiblir. Et il faudrait que ces alliés disent clairement et explicitement qu’ils ont un ennemi en commun, c’est le Parti Socialiste. Moi mon ennemi c’est le front national, sa banalisation, qui gangrène jusque dans les rangs des militants radicaux.

Un nouveau civic-washing dont l’écologie serait la machine à laver

La plate-forme, cette réunion de contributions militantes, est pleine de principes et d’intention. On y insiste beaucoup sur la démocratie participative, la démocratie “augmentée”. Je souscris d’autant plus facilement à ces principes que, pour le coup, les élus du Bien Commun les mettent en œuvre depuis longtemps, que ce soit en mairie du Séquestre ou dans la co-construction participative du budget insertion du département du Gard, par exemple.

Et d’autres colistiers pratiquent depuis des années de l’évaluation de politiques publiques, mettent en place des procédures de transparence de l’action publique et des méthodes de co-construction. Mais dans le rassemblement EELV-FDG, il y a des élus, certains vice-présidents sortants de la région Midi-Pyrénées, et pourtant aucun d’entre eux n’a mis en place cette démocratie augmentée dans leurs mandats exécutifs. Pourquoi le feraient-ils demain s’ils ne l’ont pas fait avant ? “Citoyens” et “démocratie participative” ne sont pas pour nous les piliers d’un nouveau “civic-washing” dont l’écologie serait la machine à laver.

Quand la Charte éthique de ce cartel de partis explique qu’il faut lutter contre la présidentialisation du régime, comment ce même cartel accepte-t-il que tu affirmes – tu l’as fait devant moi et devant témoin -, que la seule stratégie possible pour les régionales, c’est de choisir le futur président, et que les listes départementales ne servent qu’à supporter le leader ? Comment le cartel accepte-t-il ce fonctionnement resserré de ta campagne et la communication personnalisée autour de ta personnalité ?

Mais c’est au fond cohérent avec l’ouverture populiste de cette charte, qui vise avant tout à dresser le constat d’un pays rongé par la corruption, un “ils sont tous pourris” qui n’aura comme unique conséquence de renforcer à gauche les thèses populistes sur lesquelles prospèrent les escrocs de la démocratie.

Et ce grand écart permanent entre ce qui est dit et ce qui est fait justifie la rupture. Avec le processus que tu mènes, et avec une logique, un fonctionnement de tous les partis de gauche qui sont capables de faire des projets merveilleux avant les élections pour ensuite ne pas les mettre en œuvre une fois élus.
Faire confiance aux faiseurs plutôt qu’aux diseurs

La démarche du Bien Commun est tout l’inverse. Nous ne nous cachons pas les yeux devant la maladie, mais nous sommes trop au contact de la société pour faire comme si les solutions n’existaient pas en son sein. Nous préférons co-élaborer. Pas dans un entre-soi militant, mais en rassemblant celles et ceux qui font, pas seulement qui disent ! Lutter contre la finance ? Oui, au concret. Nous mettrons en œuvre les critères de développement durable dans tous les marchés publics de la région, pour bouter hors de la commande publique les entreprises qui défiscalisent.

Et pour ça nous favoriserons la constitution de sociétés coopératives d’intérêt collectif pour que les usagers et les bénéficiaires se réapproprient les biens publics, y compris en faisant entrer la région au capital de ces sociétés. Et nous créerons des outils pour que les PME se regroupent et conquièrent les marchés publics. Nos entreprises n’ont pas tant besoin de fonds publics spéciaux, mais d’outils pour produire elles-mêmes de la valeur, dans d’autres modèles que la compétition libérale ou l’assistance-dépendance au pouvoir politique.

Et nous construirons les politiques liées aux compétences générales avec une vraie méthode. Les acteurs culturels, par exemple, n’ont cure d’organiser les énièmes assises ou états généraux de la culture, on leur a déjà fait.

Ce qu’ils attendent, c’est un diagnostic co-construit au plus près de leurs particularités, pour modeler les outils les plus appropriés pour accompagner le développement des projets artistiques, pour faire converger l’ensemble des fonds de soutien disponibles. Et que la région donne l’exemple, et fasse coopérer l’ensemble des services : économiques, touristiques, scolaires, pour que la culture et l’art soient considérés aussi comme des vrais agents économiques, avec de vraies problématiques d’emplois et d’activité.

Quasiment un électeur sur deux ne veut pas aller voter en décembre, et le dit par avance, 3 mois avant le scrutin ! Nombreux sont celles et ceux qui en ont marre des diseurs, ils veulent une méthode et des solutions, une cohérence dans l’action. Ils veulent être associés, pas instrumentalisés. Voilà la démarche que nous construisons, patiemment. L’abstention massive traduit une vraie désaffection vis-à-vis des institutions républicaines.

Cette désaffection est le fruit d’une défiance, en partie nourrie par cette insupportable coupure entre gouvernants et gouvernés. Seule une autre pratique du pouvoir peut offrir la garantie que l’institution joue effectivement un rôle crucial pour la justice sociale, la redistribution, et la capacité à répondre aux crises écologiques, économiques et démocratiques. C’est ça, la recherche du bien commun. Loin des postures, des faux-semblants, et des alliances de court terme.

Christophe Cavard, pour la coopérative politique Le Bien Commun, élections régionales 2015 en Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées.

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