“Je suis un soldat”

Aujourd’hui sort au cinéma le film “Je suis un soldat”. C’est une date historique, car c’est enfin un film qui parle des gens, des vrais, ceux qui n’ont pas d’argent, et qui parlent en même temps des animaux qui sont des marchandises. C’est ce qu’on appelle le réalisme, et c’est de cela on dont a besoin!

Voici le synopsis et la bande-annonce.

Sandrine, trente ans, est obligée de retourner vivre chez sa mère à Roubaix. Sans emploi, elle accepte de travailler pour son oncle dans un chenil qui s’avère être la plaque tournante d’un trafic de chiens venus des pays de l’est. Elle acquiert rapidement autorité et respect dans ce milieu d’hommes. Mais parfois, même les bons soldats cessent d’obéir…

Après, il va de soi que c’est un “film français”, et on sait comment le film français est traditionnellement très axé sur le psychologique et les drames sociaux, avec un côté souvent forcé malheureusement.

La critique de Paris Match semble confirmer que c’est le cas.

(…) Avec parfois un sentiment de honte ou de violents accès de désespoir. « Mais comment font les autres ? » hurle le beau-frère en démolissant les murs d’une maison qu’il ne peut ni payer, ni construire tout seul.

Charriant un romanesque rugueux, Laurent Larivière évoque la tragédie du déterminisme social et observe avec une certaine acuité le mal être, la solitude et la frustration de ceux qui se demandent jusqu’où il faut aller pour se faire sa place.

Cheveux courts, combinaison de travail et bottes en caoutchouc, Louise Bourgoin apporte de la douceur et de la détermination à cette combattante envoyée au front pour faire fructifier le trafic de son oncle. La brutalité de cet univers exclusivement masculin et marginal, évoquant en biais celui de la boxe dans lequel Marion Cotillard s’imposait dans « De Rouille et d’Os ». Face à sa résilience, Jean-Hughes Anglade habite intensément son rôle de vilain dans lequel il insinue une menace sourde et un malaise étrangement sensuel.

Les choses se gâtent nettement avec le dernier acte qui cumule un geste radical dont ne comprend pas les motivations, une rédemption à laquelle on ne croit pas et un détour romantico-sexuel assez peu crédible. Sans être totalement convaincant, cet hymne à la vulnérabilité est un début prometteur et la preuve que Louise Bourgoin a du cran.

Reste que l’approche est excellente et que ce film vaudra certainement le détour. Voici quelques propos du réalisateur dans le dossier de presse.

“J’avais envie de parler de la honte sociale et de ce sentiment d’échec qui pousse quelqu’un à revenir dans le giron familial après avoir tenté, sans succès, de se construire un avenir meilleur ailleurs. Dans le film, loin du refuge escompté, la famille devient paradoxalement le lieu d’un affrontement et d’une déperdition.”

“Sa mère part travailler et sa chambre de jeune fille est occupée par sa sœur et son beau-frère. Elle l’accepte et se résigne à dormir sur le canapé. Mais toute cette tension rentrée, cette solitude extrême dans laquelle se trouve le personnage est en permanence contrebalancée
par l’amour, réel, qui circule dans cette famille. Aucun de ses membres n’est d’une seule pièce.”

Q. : À aucun moment, Sandrine ne se pose des questions face à la façon dont sont traités les chiots exportés illégalement de Slovénie et de Pologne via la frontière belge.

R. : Sandrine ne se préoccupe pas de morale. Par exemple, elle ne considère jamais ou presque la violence faite aux animaux : comme s’il s’agissait de l’ordre des choses, d’un mal nécessaire.

Pour elle comme pour beaucoup d’autres, nécessité fait parfois loi.

Q. : Peu de gens connaissent ces trafics qui font le bonheur des animaleries.

R. : Je les ai moi-même découverts un peu par hasard. Avec François Decodts, mon coscénariste, nous ne voulions pas que ce soit le sujet du film mais un cadre qui nous permette de suivre au plus près la trajectoire de nos personnages en faisant écho à leur propre violence.

Cependant c’est une réalité très cruelle et très prolifique. J’ai lu un article dans le journal Libération où, selon WWF, le trafic d’animaux domestiques ou sauvages se situe au 3ème rang mondial des trafics après celui de la drogue et des armes. Il représenterait 15 milliards d’euros.

Et la France est le pays d’Europe qui compte le plus grand nombre d’animaux domestiques avec notamment 8 millions de chiens…
Et seuls 150 000 chiens des 600 000 vendus chaque année en France proviendraient d’un élevage français déclaré. Ça laisse de la marge pour les importations des pays de l’Est où il existe de véritables usines à chiots. Au-delà de cette réalité, le trafic est devenu pour nous une sorte d’allégorie de la cruauté contemporaine.”

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