COP 21 : le deuxième jour

Regardons ce qu’a donné la seconde journée de la COP 21. Commençons par une anecdote relativement significative. C’est un peu tout ce qu’on a pour l’instant sous la main, puisque les débats ne sont pas publics.

Alors que la COP 21 vient à peine de s’ouvrir, donc, forcément tout le monde en parle, mais comme on ne parle pas en même temps de Nicolas Sarkozy, cela déplaît à celui-ci et il a montré qu’il n’était pas content :

“Il n’y en a que pour la COP 21. Comme si le drame qu’a connu la France il y a dix jours était déjà passé.”

C’est très significatif, et cela rappelle son «ça commence à bien faire» prononcé au salon de l’agriculture au sujet des questions d’environnement, en 2010. Sans doute Sarkozy est-il jaloux de ne pas avoir été à côté des 150 chefs d’État, mais tout de même…

Ceci dit, si Sarkozy a le culot de montrer qu’il se moque de la COP 21, peut-être que François Hollande est pire, dans la mesure où il prétend s’y intéresser…

Au-delà de l’anecdote, cela rappelle que l’écologie c’est une question politique. Si on ne sait pas ce qui se négocie, là on en sait un peu plus sur les contradictions du démarrage de la COP 21.

On arrive vite à des situations bloquées, que ce soit dans un pays ou entre les pays. Normalement les pays arrivent avec des propositions chiffrées, mais la Belgique n’a pas été en mesure de le faire en raison des différents gouvernements ne se mettant pas d’accord (la Belgique est un État fédéral).

Déjà qu’on doit arriver à l’unité mondiale, alors si déjà dans un pays on n’arrive même pas à négocier…
Il y a la même chose aux Etats-Unis : les républicains ont déjà annoncé qu’ils remettraient tout en cause s’ils gagnent la prochaine présidentielle.

Dans un même genre, on a le dirigeant ultra-nationaliste de l’Inde, Narendra Modi. Lui, il a carrément fait son opportuniste complet : saluant les chefs d’État d’un côté, envoyant tout balader de l’autre.
Lundi, il a annoncé avec François Hollande la formation d’une “alliance solaire internationale” avec 121 pays, pour promouvoir le solaire…

Mais le même jour, il publiait une tribune dans le Financial Times, un magazine britannique entièrement tourné vers le business, où il y disait une chose simple : les pays développés ont fait leur fortune sur les énergies fossiles, à eux d’assumer cela, pas à nous.

On s’imagine l’effet que cela a eu hier : on devine tout de suite qu’il y a double jeu. C’est ça le fond du problème.

Ceci dit, d’autres pays ne s’embêtent même pas avec cela. On a vu que la Belgique avait une bonne « excuse », mais la délégation du Venezuela (0,83 % des rejets de CO2 mondiaux), quant à elle, n’a pris aucun engagement non plus, et s’est même permis de se plaindre de l’accueil à la COP 21 qui lui a été fait.

D’autres pays ont remis des engagements, mais en traînant des pieds, en mode service minimum, comme les pays pétroliers que sont l’Angola et le Nigeria, le Qatar, l’Iran, l’Arabie saoudite.

C’est très mal parti de ce côté là. La France, tactiquement, a tenté de gagner déjà l’Afrique, qui ne produit qu’une toute petite part du CO2, mais dont nombre de pays sont liés à la France, de par l’influence encore largement présente dans les anciennes colonies.

Hier matin, il y eu ainsi un “sommet défi climatique et solutions africaines” avec François Hollande et une douzaine de chefs d’Etat africains.

Comme tout est prétexte à renforcer ces liens pas forcément sympathiques dans la mesure où c’est d’esprit colonial version modernisée, l’aide française à la lutte contre le changement climatique sera portée de 3 à 5 milliards d’euros par an d’ici à 2020 et se tournera notamment vers l’Afrique.

Comme en écho, le chef d’État du Sénégal, Macky Sall demande  5 milliards d’euros par an, pendant dix ans, de la part des pays riches :

« Quand on demande aux pays les plus en retard sur le processus de développement de renoncer aux sources d’énergie les plus accessibles et les moins coûteuses, que d’autres ont utilisés pendant des siècles pour assurer leur industrialisation, l’équité veut que cet effort soit accompagné et soutenu. »

Heureux hasard… Comme on le voit, on ne sort pas de la politique. Et qui dit politique, dit économique, bien entendu. Car on discute à la COP 21, mais entre janvier et juillet 2015, la forêt Amazonienne a perdu 6000 km², soit une fois et demi la superficie de l’Ile-de-France. Tant qu’on ne dit pas stop à cela, déjà…

Pour finir, encore une anecdote. Une chroniqueuse de France Info, Nathalie Bourrus, est allée visiter un chapiteau de 27 000 mètres carrés dédié aux associations. Elle se balade et raconte de manière moqueuse ; elle le raconte dans un podcast, avec une voix odieuse de bourgeoise prétentieuse.

Un film est en anglais sous-titré, elle s’en moque ; elle raconte encore :

« Moi, en quête de réchauffement climatico-humain
Quelque chose m’attire l’œil : des gens pédalent, comme sur un vélo, mais ce n’est pas un vélo. C’est un chargeur de portable. Car, comme le dit le proverbe Cop21 : “Si tu veux avoir de la batterie… tu n’as qu’a en baver un coup !” “C’est pas sympa, comme message de bienvenue”, dis-je à un pédaleur en pénitence. Le jeune homme, norvégien, me dévisage. »

Et là, apothéose à la française, à la fin de son podcast :

« Je décide carrément de fuir. Je passe alors devant le restaurant-cantine. J’aperçois des graines à manger. Je n’ai qu’une envie : avaler un bon gros steak, bien saignant et bien gras. Et pourquoi pas, une assiette de frites, arrosée de ketchup… »

N’est-ce pas tellement parlant ? N’est-ce pas la preuve qu’il faut écraser l’idéologie des beaufs, imposer le sérieux et la compassion, avant de pouvoir avancer ? Qu’il faut en finir avec le faux humour caustique, masque du relativisme?

Il est temps de prendre les choses au sérieux et de rompre avec tout cela!

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