COP 21 : le neuvième jour

Aujourd’hui, à midi, devrait être présentée une nouvelle version du « brouillon » rendu public samedi ; la nouvelle version est censée être plus claire et, surtout, avec moins de ces fameux crochets.

On peut se demander franchement dans quelles conditions tout cela est mené ; voici par exemple ce que le Nouvel Observateur est parvenu à trouver comme information : c’est édifiant !

« En effet, il arrive fréquemment que lesdits ministres (de l’Environnement, de l’Energie ou des Affaires étrangères, selon  le choix du pays qui les mandate) n’aient pas hérités d’un maroquin pour leurs compétences ou leur goût pour les dossiers ardus, mais parce qu’ils appartiennent à tel parti de coalition. Ou, plus prosaïquement, parce qu’ils font bien dans le tableau sans faire de l’ombre au chef de l’exécutif…

« Les diplomates, rodés aux négociations diplomatiques – certains y travaillent depuis une décennie – suent un peu pour expliquer les subtilités des textes à ces ministres-là. Disons qu’ils ne comprennent pas tout très vite… »

Certains ministres se sont, par exemple, étonnés de voir trois hashtags envahir le texte qu’on leur a fourni. Il fallu leur expliquer que ces bidules remplacent “INDC” (qui désignent les engagements de chaque pays), des termes qui provoquaient une telle nausée chez les les négociateurs à force d’avoir été répétés qu’ils les ont transformés en “###”. Pas facile d’expliquer cette private joke, très humour-de-diplomate (ça existe) aux politiques qui débarquaient.

C’est que les logiques des diplomates (donner sa peau pour sauver la moindre virgule, quitte à laisser un texte impraticable) n’est pas celle des ministres (briller dans les médias ou à défaut, ne pas avoir donné l’impression de s’agenouiller devant les injonctions des Nations Unies). Alix Mazounie, de l’ONG Réseau Action Climat France :

Certains sont clairement déconnectés des enjeux. Quand c’est le ministre des Mines qui a été envoyé par son pays, je vous laisse imaginer quelle est son ouverture face aux efforts à fournir !”

Et de fait, lors des réunions, des ministres font surtout preuve de leur extraordinaire capacité à faire traîner en longueur les débats. C’est fait exprès. Matthieu Orphelin, porte-parole de la Fondation Nicolas-Hulot, explique :

Chaque pays a le droit de s’exprimer autant qu’il le souhaite, mais certains confisquent le micro pour faire perdre du temps à tout le monde. La très incisive représentante du Venezuela, pays pétrolier qui n’a aucune envie de voir son modèle économique remis en cause à Paris, est passée experte dans l’art de souligner tous les problèmes de méthode, aussi minuscules soient-ils. Elle finit par faire rire tout le monde car lorsqu’elle prend la parole pour la énième fois, elle dit au coprésident : ‘Ne stressez pas !’'”

Quant à l’émissaire de l’Arabie Saoudite, autre pays pétrolier de très mauvaise volonté, il a, dit-on, parlé trois à quatre fois plus que tous les dirigeants européens réunis !

Il en arrive encore à nier la nécessité de parvenir à un accord où le réchauffement n’excéderait pas 1,5°C car, dit-il, tous les climatologues ne sont pas d’accord – argument éculé, mais qui permet de faire perdre quelques précieuses minutes. »

L’exemple de l’Arabie Saoudite est très parlant et rappelle les contradictions qui existent. Hier, il y a d’ailleurs eu une conférence de presse des représentants de plusieurs pays – la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud – exigeant que les pays développés financent davantage les pays en voie de développement face au réchauffement climatique.

Le représentant indien a exprimé cela en disant :

« Nous continuons à être déçus par le faible niveau d’ambition et de soutien des pays développés. (…)

Il est impératif qu’en raison de leur responsabilité historique et leurs plus grandes capacités, ils soient à la pointe en matière de réduction d’émissions de gaz à effet de serre et d’aide financière et technologique au monde en développement. Malheureusement, ça ne prend pas le chemin que ça devrait prendre. »

Les plus « riches » des pays en voie de développement entendent bien profiter au maximum de leur statut, sans pour autant un jour passer à la caisse…

On a une autre fumisterie assez exceptionnelle avec la signature hier d’une « Charte d’engagement de la mode pour le climat », parrainée par la ministre de l’Ecologie Ségolène Royal, dans le cadre d’une sorte de petit « show » au sein de la COP 21.

Elle a été signée par l’Union des industries textiles et la Fédération de la maille et de la lingerie. La voici : on peut voir qu’il n’y a aucune dimension contraignante, il sera fait « autant que possible », « au maximum », on « favorisera », on « encouragera », on « oeuvrera »…

C’est un excellent exemple de « greenwashing ».

1 Concevoir autant que possible des vêtements faits pour durer et pour renaître

2 Utiliser au maximum des matières premières locales faiblement consommatrices d’eau, et de pesticides pour respecter la biodiversité

3 Favoriser les procédés de production économes en eau, en énergie tout en contrôlant les rejets dans l’eau, dans l’air et dans le sol

4 Encourager des modes de distribution générant le moins de gaz à effet de serre (privilégier par exemple le transport fluvial et la fabrication locale)

5 Informer le consommateur sur les méthodes d’entretien de ses vêtements et textiles de maison afin de contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique (affichage environnemental, fréquence et température de lavage, mode de séchage, produits lessiviels)

6 Œuvrer au développement des filières de recyclage et proposer une nouvelle vie aux vêtements et textiles de maison

7 Favoriser toute innovation textile permettant de réduire l’impact sur l’environnement des activités de production, de transport, de distribution et de consommation textile et habillement

8 Partager nos bonnes pratiques à l’international

Aucun engagement, aucun esprit d’engagement : comment s’attendre à autre chose avec des mentalités individualistes, égocentriques, sans franchise ?

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