Aymeric Caron et la troisième voie

La réponse est non, non et encore non. Et la question, c’est : la libération animale et la libération de la Terre sont-elles à vendre, intégrables pour une démarche de réformiste, de hippie, voire de facho?

Il y a six mois, nous avions critiqué le groupe Vegan Pays Basque pour pratiquer le pillage des mots sans en assumer le sens. Ils ont promis une explication de leur concept d’écocentrisme, nous avions dit qu’ils ne le feraient jamais, et pour cause, le faire les amènerait à dire la même chose que l’extrême-droite des années 1930.

Cette fois, c’est Aymeric Caron qui s’y met. On sait qu’il y a exactement un an il a expliqué qu’il allait devenir vegan, l’est-il nous ne le savons pas, il ne le dit jamais (et en tout cas il ne peut pas l’être en acceptant d’aller à Fort Boyard comme en septembre 2015).

En tout cas, le facebook des Cahiers Antispécistes – groupe lyonnais à la base de la Veggie Pride, de L214  – a publié l’information comme quoi il allait sortir un livre intitulé “antispécisme”.

On a droit encore une fois à la même approche du type “troisième voie” : rejet du capitalisme et du communisme, prétention “révolutionnaire”, négation des classes sociales, affirmation d’une modernisation de la pensée “occidentale”…

De la même manière qu’on a “la terre, elle, ne ment pas” chez Pétain, ici on a l’appel à une “symbiose” avec son entourage, bref ce vieux discours faisant la promotion d’une société “organique”.

Cahiers antispécistes

La parution le 17 mars prochain du livre d’Aymeric Caron “Antispéciste” est annoncée. Nous n’en savons pas plus que le descriptif de l’éditeur reproduit ci-dessous:

Un jour, les animaux auront tous des droits. L animalisme figure le prochain projet idéologique révolutionnaire, qui réconcilie les hommes avec eux-mêmes et avec leur avenir.

Certains en possèdent déjà : les animaux de compagnie, les espèces protégées et les animaux d élevage. Mais les droits que nous leur avons consentis sont minimaux et incohérents. Nous traitons différemment les chiens, que nous considérons comme des membres de la famille, des cochons, réduits au rang d objets produits en masse et abattus dans d indignes conditions. Pourtant cochons et chiens possèdent une sensibilité et une intelligence similaires. Comment en sommes-nous venus à les classer dans des catégories si différentes ? C est que nous sommes spécistes.

Le terme, peu connu en France, fera bientôt partie de notre vocabulaire. À l instar du racisme et du sexisme, dont il poursuit la logique. Le spécisme consiste à traiter différemment, et sans la moindre raison valable, deux espèces qui présentent les mêmes caractéristiques.

Tout comme nous avons longtemps dénié aux femmes les mêmes droits que les hommes. L affirmation de l antispécisme sera celle de l animalisme, un mouvement philosophique qui promeut la nécessité d accorder des droits à tous les animaux, en raison de leur capacité à souffrir. Loin d être anecdotique, l animalisme incarne le mouvement idéologique le plus révolutionnaire ; pour la première fois depuis deux mille ans, il entend sortir nos systèmes de pensée occidentaux de leur logique anthropocentriste et reconnaître que nous, qui sommes des animaux, avons des obligations morales à l égard de nos cousins.

Surtout, l animalisme s inscrit dans une logique d écologie politique éloignée de celle incarnée par les élections. Non plus une écologie superficielle, qui se soucie seulement de préserver les écosystèmes, les ressources et quelques espèces en péril, mais une écologie profonde, qui repense complètement la place de l homme dans le monde. Pour que ce dernier ne vive plus en parasite mais en symbiose avec toutes les formes du vivant.

Cela oblige à une refonte de nos institutions et à briser la vision à court terme du temps politique. Cela nous oblige aussi à une réforme intellectuelle qui remette en question la notion de « profit ». Le capitalisme, le socialisme, le communisme, le néolibéralisme sont aujourd hui discrédités, si ce n est dépassés.

Sale époque où pullulent ces discours sur une troisième voie, dans la négation de l’opposition gauche/droite. Sale époque où l’on doit supporter ces bourgeois passant à la télévision et prétendant changer le monde. Sale époque où un tel personnage peut se prétendre révolutionnaire…

Raison de plus d’écouter des gens non vegans, mais qui au moins vont, eux, dans le bon sens, comme le groupe Luke : “Il est ou le signal d’alarme il n’y a même plus de colère génération MTV génération somnifère”, “ici c’était triste putain où est passé la gauche!”

On ne laissera pas les valeurs de gauche, de révolution, de véganisme, se faire galvauder par des gens comme Caron !

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